Mis à part la très répandue, mais discutable histoire de la présence d’un interprète noir nommé Mathieu Da Costa au sein des expéditions de Samuel de Champlain en Acadie et au Canada, les attestations de personnes noires en Nouvelle-France sont arrivées plus tard, au XVIIe siècle.
Leonard Braithwaite a été le premier député noir de l’Ontario. Son premier discours en Chambre a entrainé la fermeture de la dernière école ségréguée de la province en 1965.
À la demande des autorités coloniales, le roi Louis XIV autorise, en 1689, l’importation d’esclaves noirs dans ce qui est maintenant le Québec, quoique la présence d’esclaves africains en Nouvelle-France remontait à bien avant cette date.
À l’époque, les esclaves de la population blanche étaient surtout des Autochtones, en particulier de Panis (nom donné par les Européens aux Premières Nations vivant dans le bassin du Missouri).
Mais c’est l’arrivée massive de loyalistes dans le Canada actuel, après la guerre d’indépendance des États-Unis, qui entrainera la migration d’un large groupe de personnes noires vers les colonies britanniques au nord. Pour ces personnes, le nord représentait une oasis de liberté.
Mais cette liberté nouvellement acquise ne signifiera pas l’égalité avec les Blancs et encore moins l’intégration dans la société blanche.
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Après la guerre d’indépendance, la Grande-Bretagne a promis des terres aux personnes noires qui se sont battues pour elle dans les colonies américaines. Dans ce qui allait devenir l’Ontario et la colonie de la Nouvelle-Écosse (qui comprend alors le Nouveau-Brunswick d’aujourd’hui), la plupart des Noirs libres n’obtiennent cependant pas les terres promises. Et ceux qui en reçoivent se retrouvent avec des terres de piètre qualité.
D’autres vagues d’immigration noire suivront dans les décennies subséquentes. On estime qu’entre 1800 et 1865, environ 30 000 personnes noires s’installent au Canada.
La ségrégation territoriale commence rapidement à se pratiquer. On dirige les nouveaux arrivés noirs dans des lieux isolés des communautés blanches, comme à North Preston, près d’Halifax, et Elm Hill, près de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, deux localités qui existent toujours.
Une autre communauté noire vivait au sein même de la ville d’Halifax, dans un quartier séparé du reste de la municipalité. Fondé au milieu du XIXe siècle, Africville ne recevait pas les mêmes services municipaux, malgré le fait que les résidents – des personnes noires – payaient des impôts. Dans les années 1960, la Ville d’Halifax a forcé la relocalisation des résidents et a rasé le quartier Africville.
Ceux et celles qui décident de tenter leur chance dans les villes et les villages des Blancs feront face à la discrimination, au racisme et à la ségrégation sociale des autorités et de la majorité blanche.
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Dès le début du XIXe siècle, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse mettent en place des écoles légalement ségréguées. Le sud-ouest de l’Ontario est d’ailleurs l’endroit qui comptait la plus forte population noire au nord des États-Unis.
La pratique des écoles séparées en Ontario est formellement légalisée en 1850 par l’adoption d’un amendement à la Common Schools Act. Il prévoit l’établissement d’écoles séparées pour les protestants, les catholiques et les Noirs.
Dans certaines municipalités, les écoles sont physiquement séparées. Ailleurs, les élèves noirs fréquentent la même école que les élèves blancs, mais à des heures différentes, ou encore ils se voient désigner des bancs différents en classe.
Une législation semblable entre en vigueur en Nouvelle-Écosse en 1865. Certaines autorités scolaires interdisent carrément aux élèves noirs l’accès à l’école.
Dans cette province, à Inglewood et à Weymouth Falls, les écoles ne sont pas ségréguées, mais le résultat est le même, car les familles noires vivent dans des quartiers séparés qui leur sont réservés. Les enfants se retrouvent donc dans des écoles uniquement fréquentées par des Noirs.
En Ontario, la ségrégation dans les écoles perdurera jusqu’en 1965, dans la communauté de Colchester. Il faudra l’intervention en Chambre du premier député provincial noir, Leonard Braithwaite, pour alerter l’opinion publique à cette situation honteuse.
En Nouvelle-Écosse, la dernière école ségréguée, située à Guysborough, ne fermera ses portes qu’en 1983, il y a à peine 40 ans…
La ségrégation sociale des personnes noires aura cours dans la plupart des sphères de la vie, et ce, pendant des décennies. D’autres communautés non blanches subiront d’ailleurs cet opprobre, notamment les Asiatiques, surtout sur la côte ouest du pays et les Autochtones partout au pays.
En Ontario, Leamington et Kingsville étaient des communautés «sundown», c’est-à-dire des endroits où les Noirs étaient menacés d’être brutalisés s’ils ne quittaient pas la ville avant le coucher du soleil. À Harrow, il y avait des restaurants et des cinémas réservés aux Blancs.
À Vancouver, la discrimination existait également. Des clauses étaient incluses dans les transactions immobilières, jusqu’en 1965, pour empêcher la vente de propriété à des personnes d’origine chinoise, japonaise – ou autre provenance asiatique –, indiennes ou noires.
Ici et là au pays, les personnes noires se voient refuser l’accès à des restaurants, des barbiers, des théâtres, des cinémas, etc. Quand on les accepte, on les confine à l’étage ou dans des endroits séparés.
À Montréal, en 1936, Fred Christie se voit refuser une bière qu’il commande à la taverne York du Forum, en raison de la couleur de sa peau. Sa poursuite contre le débit de boissons du célèbre aréna de la Ligue nationale de hockey se rendra jusqu’en Cour suprême du Canada.
Le plus haut tribunal du pays donnera cependant raison à la taverne, statuant que les entreprises ont le droit de faire preuve de discrimination et de refuser de servir des clients.
L’histoire de Viola Desmond est emblématique. Femme d’affaires noire d’Halifax, elle décide de défier la discrimination raciale alors qu’elle doit s’arrêter pour la nuit à New Glasgow, en route vers Sydney.
Décret du gouvernement canadien de 1911, signé par le premier ministre Wilfrid Laurier, interdisant pour un an l’immigration de personnes noires.
Elle décide d’aller au cinéma Roseland et de s’assoir dans un siège réservé aux Blancs, tout devant dans la salle. Elle est expulsée de l’établissement, arrêtée et mise en prison pour la nuit. Elle reçoit en plus une amende.
Elle porte alors sa cause jusqu’à la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse. Ce tribunal rejettera l’affaire, qui suscitera cependant l’indignation et constituera un moment marquant dans la lutte pour le respect et l’égalité de la communauté noire.
Viola Desmond est en quelque sorte la Rosa Parks du Canada. En 1955, cette femme noire de l’Alabama avait refusé de céder sa place à des Blancs dans un autobus. Elle avait, elle aussi, été arrêtée et condamnée à payer une amende. Son acte de défiance avait déclenché un mouvement de résistance contre la ségrégation aux États-Unis.
En 2010, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a présenté des excuses formelles et un pardon posthume à Viola Desmond, une femme qui a eu le courage de ses convictions. En 2018, elle est devenue la première femme – autre que la reine – à figurer sur un billet de banque au Canada.
Il faudra attendre l’adoption de la Charte des droits et libertés lors du rapatriement de la Constitution, en 1982, afin que les descendants d’esclaves africains obtiennent une égalité sur papier. Malheureusement, même si la ségrégation est disparue, la discrimination et le racisme perdurent.
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Les Hay Babies avaient toutes les raisons de fêter en 2024. Pour leurs 12 ans d’existence, le trio d’autrices-compositrices-interprètes féminin a lancé fin octobre Tintamarre, un 4e album à l’image de leurs talents. Le nouvel opus de dix chansons met en évidence la richesse de la voix et de la musicalité des trois Acadiennes.
Pochette de l’album Tintamarre.
Les thèmes de prédilection de ce 4e disque sont la fierté, le besoin de prendre sa place et l’authenticité. Les prestations vocales rendent les textes extrêmement puissants. Sous des trames country, rocks et folks semblent couler une fluidité aux allures de Creedence Clearwater Revival (CCR), ce qui est fort agréable.
Comme pour les albums précédents, il y a des pièces phares sur ce disque. Avec Pas façon de tomber, Katrine Noël offre l’un des extraits les plus puissants de l’album. Julie Aubé poursuit avec Dernière mais non la moindre, un autre texte remarquable sur le besoin de prendre sa place.
Finalement, Vivianne Roy nous chavire avec Miroir, un folk puissant aux harmonies vocales irrésistibles, qui nous reste dans la tête longtemps. On peut en dire tout autant de la chanson Gars de l’île aux Vaches, pièce maitresse encore une fois grâce aux harmonies vocales. Autre mention spéciale à l’unique pièce en anglais de l’album, Some People, un excellent ver d’oreille livré de main de maitre par Vivianne Roy.
Accompagnées de musiciens exceptionnels, Les Hay Babies nous livrent des airs de guitares grinçants, accompagnées d’harmonies vocales accrocheuses. Nous sommes transportés dans une fluidité aux couleurs des années 1970. Un univers un peu à la CCR, mais avec un son moderne et captivant.
Dirigeons-nous au sud-ouest de la Saskatchewan pour notre prochain rendez-vous. L’auteur-compositeur-interprète fransaskois, Mario Lepage, propose son 2e projet musical avec Ponteix. Fidèle à sa réputation, il offre un univers riche à propos de l’origine du Canadien errant.
Pochette de l’album Forteresse.
Dès la première chanson, Le Canadien errant, on reconnait la signature de Ponteix. Un univers Indie pop où se marient à merveille les séquences de clavier et de guitare. Cet opus est rempli de richesses sonores qui captent l’attention de l’auditeur. Cette toile de fond musicale des plus captivantes accompagne une plume reconnaissante, contemplative et exploratrice.
Parmi les textes magnifiques de l’album, on trouve trois introductions, Depuis le continent européen, L’air caniculaire et Poursuivre l’étoile.
L’opus compte également plusieurs tableaux : The Way It Is sur la perception de la foi, La ville sur le besoin de se mélanger à la masse et St. Denis, en duo avec Louis-Jean Cormier, sur la distance entre les grandes villes et son chez-soi. Tout au long du disque, on retrouve d’autres excellentes pièces comme Le feeling, Partir pour revenir et Ici-bas.
Avec ce 2e disque, Ponteix nous interpelle sur nos origines et notre besoin d’explorer l’au-delà. Cet effort nous dévoile encore une fois toute la richesse de la plume de Mario Lepage.
En terminant, je n’arrive pas à croire qu’il y a à peine deux ans, l’un des meilleurs artistes du Grand Sudbury nous offrait un 6e opus. Edouard Landry tentait de séduire à nouveau les amateurs de musique franco-ontarienne avec son nouvel album Forteresse.
Mario Lepage alias Ponteix.
Dès les premières notes de la pièce Quarantaine, une certaine énergie engage l’auditeur dans une écoute profonde. Des musiques solides aux tendances rocks, folks, country et parfois progressives guident l’écoute.
Edouard Landry nous interpelle sur la quarantaine, la croisée des chemins, la méfiance, le rejet. Il y a de bonnes petites pièces assez accrocheuses, que l’on pense à Rappel, Minuterie ou encore Fossé.
Les pièces maitresses sont entre autres la pièce-titre Forteresse, déposée sur une trame de piano extrêmement puissante. Il y a aussi un appel à l’essentiel avec le country Vers la fin des terres, mais pour moi c’est la pièce instrumentale Oubliette qui est au top.
Avec son sixième opus, Forteresse, Edouard Landry dévoile encore plus la profondeur de son talent. Le dernier disque de l’artiste sudburois démontre une richesse unique au niveau des instrumentations.
Depuis le 31 janvier 2025, six communautés francophones font désormais partie du Programme pilote d’immigration dans les communautés francophones (PPICF) : la péninsule acadienne (Nouveau-Brunswick); Sudbury (Ontario); Timmins (Ontario); la région Supérieure Est (Ontario); Saint-Pierre-Jolys (Manitoba) et Kelowna (Colombie-Britannique).
Le programme, qui donne accès à la résidence permanente, vise les travailleurs qualifiés francophones.
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Les personnes admissibles doivent réunir plusieurs conditions. Il faut être un travailleur qualifié et avoir reçu une offre d’emploi admissible d’un employeur désigné dans l’une des six communautés.
Il est également nécessaire de justifier d’une expérience de travail similaire dans le domaine visé d’au moins un an sur les trois dernières années, avec un certain niveau de compétence, sauf pour les étudiants étrangers détenteurs d’un permis de travail postdiplôme qui réunissent certains critères.
Un test linguistique, un diplôme canadien ou étranger équivalent et une preuve de fonds variable selon le nombre de personnes dans la famille sont également exigés.
Ce programme devrait, selon le gouvernement, favoriser le développement économique de ces communautés, tout en contribuant à renforcer et accroitre leur poids démographique, un objectif fixé dans la Loi sur les langues officielles.
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L’autre initiative, le Programme pilote d’immigration dans les communautés rurales (PPICR), également lancé le 31 janvier, réunit des conditions d’admissibilité similaires.
La différence majeure consiste dans le fait que les 14 collectivités concernées sont rurales et ne sont pas nécessairement francophones.
Il s’agit du Comté de Pictou (Nouvelle-Écosse); de North Bay (Ontario); de Sudbury (Ontario); de Timmins (Ontario); de Sault Ste. Marie (Ontario); de Thunder Bay (Ontario); de Steinbach (Manitoba); d’Altona/Rhineland (Manitoba); de Brandon (Manitoba); de Moose Jaw (Saskatchewan); de Claresholm (Alberta); de West Kootenay (Colombie-Britannique); de North Okanagan-Shuswap (Colombie-Britannique) et de Peace Liard (Colombie-Britannique).
Le ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, avait annoncé le lancement des deux projets pilotes le 6 mars 2024.
Celles-ci ont été sélectionnées par le gouvernement pour combler les pénuries de main-d’œuvre et soutenir les entreprises locales dans leur recherche de travailleurs qualifiés.
Les deux programmes, annoncés en mars 2024 par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), font partie de la Politique d’immigration francophone et visent à attirer de nouveaux arrivants francophones.
Il est toutefois possible de présenter une demande de permis de travail temporaire en attendant que la demande de résidence permanente soit traitée.
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Le ministère d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a annoncé, jeudi, le lancement de deux programmes pilotes visant à attirer et retenir des travailleurs qualifiés – francophones pour l’un – dans 18 collectivités canadiennes.
Les objectifs : Le Programme pilote d’immigration dans les communautés francophones (PPICF) favorise l’établissement de nouveaux arrivants francophones à l’extérieur du Québec pour renforcer le poids démographique et économique des francophones.
Quant au Programme pilote d’immigration dans les communautés rurales (PPICR), il vise à répondre aux pénuries de main-d’œuvre et à soutenir les entreprises locales.
Chaque collectivité, représentée par un organisme de développement économique, collaborera avec IRCC pour identifier ses besoins en personnel, recommander des employeurs et sélectionner des candidats à la résidence permanente.
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Le candidat du président américain Donald Trump au poste de secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, a fait valoir, mercredi, que l’administration Trump envisage d’imposer des tarifs sur les importations en provenance du Canada en deux temps : dès le 1er février puis en avril.
La première série de tarifs vise à inciter le Canada et le Mexique à mettre en place des mesures concrètes pour sécuriser la frontière, en s’attaquant à l’immigration clandestine et au trafic de drogue.
Si le Canada veut éviter ces tarifs, le gouvernement de Justin Trudeau doit mettre fin au trafic de fentanyl vers les États-Unis, a déclaré M. Lutnick.
Ce qu’ils ont dit : Lundi, la ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, et le ministre de la Sécurité publique, David McGuinty, ont assuré lors d’un point de presse que le Canada travaillait à prévenir l’imposition de tarifs américains sur les produits canadiens, ainsi qu’à préparer une réponse si ces tarifs venaient à être appliqués.
La ministre Joly a rencontré Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, pour tenter de le convaincre de ne pas imposer les tarifs douaniers.
Selon Radio-Canada et CBC, des fonctionnaires fédéraux canadiens auraient produit une vidéo pour montrer au président Donald Trump que le Canada déploie tous les moyens pour renforcer la sécurité à la frontière canado-américaine.
Mercredi, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a fait état de son plan pour «produire et acheter» au Canada, afin de «protéger les travailleurs pendant la guerre commerciale».
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La juge Marie-Josée Hogue a rendu son rapport final sur l’ingérence étrangère mardi.
La juge Marie-Josée Hogue, présidente de la Commission d’enquête publique sur l’ingérence étrangère, a rendu son rapport mardi, établissant qu’il n’y avait «pas de traitres» parmi les parlementaires, en ce qui concerne des échanges d’informations ou des tentatives d’influences exercées par d’autres pays.
Les enjeux : Certains États étrangers tentent de s’ingérer dans les processus électoraux et les institutions démocratiques d’autres pays, cela n’est «pas nouveau», a assuré la juge Hogue. La nouveauté, ce sont les «moyens que déploient ces États», a-t-elle précisé en point de presse, faisant référence à des outils technologiques sophistiqués.
Si les institutions canadiennes ont instauré des mécanismes de prévention et sont «demeurées robustes» face aux tentatives d’ingérence étrangère, Marie-Josée Hogue souligne que le gouvernement a été un «mauvais communicateur».
Les Canadiens et les Canadiennes ont appris les risques dans les médias, «ce n’aurait pas dû être le cas», a-t-elle déploré.
Pierre Poilievre refuse toujours d’obtenir sa cote de sécurité, nécessaire pour savoir qui, au sein de son parti, aurait pu être lié à des activités d’ingérence étrangère.
En réaction à l’une des recommandations du rapport, le Bloc québécois et le NPD ont pressé Pierre Poilievre de demander sa cote de sécurité, nécessaire pour accéder à des informations confidentielles sur la sécurité nationale.
Néanmoins, le chef du Parti conservateur a de nouveau refusé, argumentant qu’il ne pourrait plus critiquer le gouvernement sur ces questions.
Car une fois en possession d’une cote de sécurité, il serait soumis à des règles strictes concernant ce qu’il pourrait dire en public. Plus précisément, cela l’empêcherait de critiquer librement le gouvernement sur des questions de sécurité nationale, car il aurait accès à des informations classifiées.
La cote de sécurité est une vérification de sécurité faite par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et la Gendarmerie royale du Canada (GRC), des personnes dont l’emploi nécessite un accès à des renseignements classifiés ou des sites sensibles.
Dans le cas de l’ingérence étrangère, la personne qui obtient sa cote de sécurité a accès à des documents incluant notamment les noms de parlementaires impliqués dans des activités d’ingérence étrangère.
Dans un communiqué de presse, le Parti conservateur du Canada (PCC) a repris les mots du rapport, indiquant que l’ingérence étrangère «a pu avoir un certain impact sur le résultat d’une course à l’investiture [libérale] ou sur le résultat d’une élection dans une circonscription donnée».
Toutefois, il omet la suite de la phrase : «[…] rien ne démontre que nos institutions aient été gravement affectées par une telle ingérence ou que des parlementaires soient redevables de leur élection à des entités étrangères».
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Sous réserve de ratification des membres du Parti vert du Canada, Jonathan Pedneault redeviendra cochef, aux côtés d’Elizabeth May.
Six mois après avoir démissionné pour des raisons de santé, Jonathan Pedneault revient au Parti vert du Canada comme cochef, aux côtés d’Elizabeth May.
Le Parti vert l’a approché pour qu’il revienne, sous réserve d’une approbation des membres d’ici la semaine prochaine.
Ancien travailleur humanitaire en zone de conflit, il a expliqué mardi en point presse que la réélection de Donald Trump l’a motivé à reprendre un rôle politique. Il a qualifié le retour de ce dernier de «menace» pour le Canada.
Il se dit prêt pour d’éventuelles élections fédérales ce printemps.
La Banque du Canada abaisse son taux directeur de 25 points de base, à 3 %, une sixième baisse consécutive. Cette décision réduit les paiements d’intérêts des prêts hypothécaires à taux variable et des lignes de crédit.
Après un pic à 5 %, le taux recule depuis avril 2024. En octobre et décembre, des baisses plus marquées de 50 points avaient été instaurées. La mesure est justifiée par une inflation maitrisée, avec une hausse annuelle de l’indice des prix à la consommation de 1,8 % en décembre, selon Statistique Canada.
La Stratégie pancanadienne des femmes immigrantes francophones en milieu minoritaire : Briser les barrières pour une intégration équitable, comptant une centaine de pages, a été dévoilée à Toronto, le 30 janvier.
«Nous voulons donner aux femmes immigrantes francophones en situation minoritaire les moyens de s’intégrer, nous voulons renforcer leurs droits et leur autonomie pour qu’elles puissent s’épanouir pleinement», a affirmé la présidente de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC), Nour Enayeh, lors du lancement.
Soukaina Boutiyeb de l’AFFC regrette le manque de données disponibles sur les femmes francophones immigrantes en situation minoritaire.
Elle explique que ces femmes «sont plus vulnérables», car elles cumulent plusieurs discriminations liées à leur genre, à leur statut d’immigrante, souvent racisée, et à leur langue.
«Nous voulons nous assurer que les services d’établissement soient mieux adaptés aux réalités de femmes aux multiples identités, souvent marginalisées», détaille la directrice générale de l’AFFC, Soukaina Boutiyeb, en entrevue avec Francopresse.
L’organisme a été mandaté par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) et travaille sur ce document depuis plus d’un an, en partenariat avec la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) et le Réseau de développement économique et d’employabilité Canada (RDÉE).
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Après avoir réalisé des recherches sur la situation au Canada et sur différentes pratiques exemplaires à l’étranger, les auteurs du rapport ont mené une série de consultations publiques auprès d’organismes et de 343 immigrantes partout au pays.
Environ 72 % des répondantes qui ont participé à un sondage en ligne étaient responsables de la demande d’immigration. Qu’elles suivent leur conjoint ou fuient leur pays d’origine, qu’elles viennent de façon volontaire pour améliorer leurs conditions de vie ou suivre des études, «les femmes portent la charge mentale du projet d’immigration et des responsabilités familiales qui en découlent», relève Soukaina Boutiyeb en entrevue.
D’après les résultats de l’enquête, l’accès au logement et aux soins de santé en français restent les plus importants obstacles auxquels sont confrontées les nouvelles arrivantes. Arrive ensuite l’accès à des services d’aide à l’emploi, à de la formation professionnelle et à des garderies.
Seul point positif, la majorité des répondantes ne rencontre aucune difficulté en ce qui concerne l’inscription de leurs enfants dans une école francophone.
Les femmes évoquent également les difficultés d’accéder au marché de l’emploi à cause de leur méconnaissance de l’anglais et de la non-reconnaissance de leur acquis, ou encore les défis d’intégration dans leurs communautés d’accueil liés au racisme systémique.
Par conséquent, les risques d’isolement, de précarisation économique et de violence sont réels, rappelle Soukaina Boutiyeb.
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Pour lever les freins à l’intégration, l’AFFC a élaboré 11 recommandations. L’organisme insiste sur l’importance d’avoir une offre de services en français plus visible et cohérente, accessible aux femmes qui préparent leur départ vers le Canada.
La stratégie recommande notamment la création de nouvelles formations prédéparts, qui offriraient des informations claires et détaillées en amont sur les conditions de vie et de travail au Canada.
La stratégie veut aussi faciliter l’accès à de l’information juridique, à des services de santé en français et à des services d’aide adaptés à la vie familiale, avec l’intervention de travailleurs sociaux. Des logements de transition à l’arrivée seraient aussi une aide précieuse.
Pour favoriser l’insertion économique et communautaire, le rapport préconise de renforcer le réseautage, le marrainage et le mentorat; de promouvoir et de financer davantage l’entrepreneuriat au féminin; de multiplier les campagnes de sensibilisation sur la diversité culturelle et l’inclusion auprès des employeurs; de simplifier la reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger.
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Cette stratégie «reflète notre volonté collective de faciliter l’intégration socioprofessionnelle», a souligné, lors du lancement, la présidente du RDÉE Canada, Julie Tremblay, qui a travaillé sur le volet employabilité et entrepreneuriat du document.
Nos recommandations sont concrètes et accessibles, mais ce n’est pas la seule responsabilité de l’Alliance. Nous avons besoin de la contribution de tout le monde pour avoir un impact concret.
En entrevue, elle insiste à cet égard sur le besoin d’adopter systématiquement une démarche par et pour les femmes : «La clé est de les inclure dans l’élaboration de tous les programmes et politiques, en organisant régulièrement des forums, des consultations.»
«Il faut prévoir des investissements en conséquence et plus de collaboration entre les ministères pour pallier le manque de données sur les profils des femmes francophones immigrantes», ajoute-t-elle.
Afin de vulgariser la stratégie et de mobiliser le public le plus large possible, l’AFFC a lancé le site Web immigration.affc.ca. La plateforme, «ludique et informative», selon Soukaina Boutiyeb, réunit des fiches explicatives, des capsules vidéos et des balados enrichis de témoignages de nouvelles arrivantes et de pratiques exemplaires.
À partir du 25 février, l’AFFC proposera également une série de cinq formations en ligne pour appuyer les acteurs de l’immigration francophone dans la mise en application de la stratégie.
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Avec les informations de Marianne Dépelteau et Marine Ernoult
Étant donné les menaces de Donald Trump d’imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les importations canadiennes, l’inquiétude monte dans les milieux d’affaires francophones d’un bout à l’autre du pays. Les entreprises francophones sont intégrées à l’économie du Canada et, conséquemment, elles font elles aussi affaire avec les États-Unis.
André LeBlanc rappelle qu’une grande partie des produits de la pêche des Maritimes est exportée aux États-Unis.
Selon des données de Statistique Canada, 77,3 % des exportations canadiennes étaient destinées aux États-Unis en 2023. Le Nouveau-Brunswick et l’Alberta sont les deux provinces qui dépendent le plus des exportations vers notre voisin du sud. L’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Québec et l’Ontario ont aussi des économies entremêlées à cette relation.
Minerais, animaux d’élevage vivants, végétaux, bois, nourriture transformée, pâte à papier… Des millions de dollars de matériaux et de produits sont vendus de l’autre côté de la frontière canadienne chaque année.
«Tout le monde en parle. Ça va fortement nous toucher. On parle d’une récession inévitable si ça se concrétise», témoigne le directeur général du Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE) de l’Île-du-Prince-Édouard, Stéphane Blanchard.
Même son de cloche du côté du président-directeur général du Conseil économique du Nouveau-Brunswick, Gaëtan Thomas, qui indique que «la situation pourrait être extrêmement difficile» pour les entreprises francophones de la province, dont «la majorité» sont actives dans les secteurs de la pêche et de l’exploitation forestière.
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Pour le directeur général sortant de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), Richard Kempler, la base d’une résilience de l’économie canadienne, «et donc franco-canadienne», se trouve dans le commerce intérieur.
Pour cette raison, il souhaite une «mise en œuvre pleine et entière de l’Accord de libre-échange canadien». Cet accord, signé en 2017, encourage le retrait des exceptions au commerce entre les provinces et territoires. Ces exceptions comprennent par exemple des limites sur la vente et la distribution de boissons alcoolisées entre certaines régions du Canada.
Stéphane Blanchard entrevoit «une récession inévitable» si des tarifs douaniers sont imposés au Canada par les États-Unis.
Or, le tableau ci-dessous, tiré d’une analyse du groupe de réflexion IEDM, montre que seuls les trois territoires, le Manitoba et surtout l’Alberta ont retiré des exceptions à cet accord entre 2017 et 2023.
Les huit autres provinces ont maintenu leur nombre d’exceptions et, selon un communiqué d’IEDM du 27 janvier 2025, le Québec – qui est déjà la province ayant le plus grand nombre d’exceptions – en aurait même ajouté une de plus en 2024.
Tout cela signifie que les progrès espérés avec l’Accord de libre-échange canadien tardent largement à se concrétiser. Pourtant, ces exceptions au commerce intérieur représentent des manques à gagner pour l’économie canadienne, déplore Richard Kempler.
«C’est une absurdité, on se tire une balle dans le pied, dit-il. Commençons par créer un véritable marché unique à l’échelle du Canada. […] Que les produits laitiers du Québec puissent être vendus en Ontario, que l’Ontario puisse proposer des services techniques en Saskatchewan.»
Et dans le cas d’entreprises canadiennes francophones qui exportent vers les États-Unis, le Québec n’est pas à négliger, fait remarquer Richard Kempler. «Vous avez à portée de main un énorme marché où vous avez la langue en commun.»
«On a besoin de renforcer le marché intérieur, d’assouplir les règlementations», plaide le vice-président aux affaires nationales de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), Jasmin Guénette. «Les embuches actuelles reviennent à s’imposer des tarifs douaniers en tant que Canadiens.»
Jasmin Guénette veut que les provinces retirent les barrières au commerce d’est en ouest au Canada.
«Aujourd’hui, c’est plus facile et moins cher d’exporter aux États-Unis qu’au Québec. Les provinces doivent s’aligner et arrêter de compétitionner entre elles», renchérit Gaëtan Thomas.
La FCEI réclame notamment la reconnaissance des produits d’un océan à l’autre. «Les provinces et territoires doivent ouvrir leurs portes aux produits du reste du pays comme si c’étaient des produits fabriqués et approuvés chez eux», explique Jasmin Guénette.
«Ça fait des années qu’on en parle, mais rien n’a bougé. J’espère que la menace des droits de douane américaine va faire prendre conscience à nos gouvernements qu’il faut avancer sur cette question», réagit le directeur général du Conseil économique et coopératif de la Saskatchewan, Kouamé N’Goandi.
Le responsable s’inquiète particulièrement pour deux grosses entreprises fransaskoises, Bourgault Industries et Trailtech Trailers, qui fabriquent respectivement du matériel agro-industriel et des remorques industrielles.
«Elles exportent surtout aux États-Unis, car le marché canadien est trop petit, explique Kouamé N’Goandi. Elles vont devoir se réinventer, essayer de baisser leurs couts de production pour rester compétitives.»
Il estime néanmoins que les entreprises ne pourront pas s’en sortir toutes seules, sans l’aide des gouvernements. «Le fédéral et les provinces devront leur verser des incitatifs pour compenser la hausse des tarifs.»
En Nouvelle-Écosse, l’industrie de la pêche se prépare à «diversifier ses marchés à l’international», rapporte le gestionnaire des services en affaires et en entrepreneuriat du Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse, André LeBlanc. Cette industrie tente «de maintenir la croissance du secteur et de stabiliser les impacts, potentiellement très graves.»
Gaëtan Thomas propose de développer des relations commerciales avec les pays francophones de l’Afrique.
«La francophonie pourrait nous servir de tremplin. On regarde au niveau des opportunités en France, relève-t-il. Mais ça reste compliqué. Les Européens ne sont pas habitués à nos homards, nos pétoncles et nos crabes.»
Les acteurs économiques néobrunswickois explorent les possibilités en Afrique francophone. Le gouvernement provincial mènera d’ailleurs une mission économique en Côte d’Ivoire cet hiver et au Bénin au printemps.
«Ce sont des marchés en expansion incroyable. Grâce à la francophonie, nous allons être capables de faire des grands pas en Afrique», considère Gaëtan Thomas.
Richard Kempler voit aussi les pays d’Afrique francophone comme de bons candidats au développement de nouveaux échanges économiques.
Pour les francophones, le directeur sortant suggère de diversifier le commerce en regardant ailleurs qu’aux États-Unis. «Aidons les entreprises francophones à exporter vers un marché d’exportation naturel où la langue est un atout, vers les 321 millions de locuteurs de l’[Organisation internationale de la francophonie].»
Malgré ses promesses en campagne électorale, le premier ministre a souvent été absent de l’action, des débats et des annonces touchant la minorité francophone.
Pour un chef accusé – par les anciens ministres Marc Garneau et Bill Morneau – de concentrer le pouvoir décisionnel au sein du cabinet du premier ministre, Justin Trudeau semble pourtant avoir laissé toute la place à sa ministre Ginette Petitpas Taylor lors de la refonte de la Loi sur les langues officielles.
À d’autres occasions, le gouvernement de Justin Trudeau a cependant oublié que les communautés francophones en situation minoritaire doivent être protégées.
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Le postsecondaire francophone, un des grands oubliés
L’un des plus récents exemples d’oubli remonte à janvier 2024, quand le ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Marc Miller, a annoncé une réduction du nombre de permis d’études délivrés aux personnes étrangères.
Les établissements postsecondaires francophones ont alors tiré la sonnette d’alarme, parce que la diminution des revenus apportés par ces étudiants et étudiantes allait lourdement diminuer leurs revenus.
Dans les semaines suivantes, il a été impossible de savoir comment la mesure affecterait les établissements postsecondaires francophones; jusqu’à l’annonce d’un nouveau programme pour eux.
En 2021, Justin Trudeau faisait campagne avec la promesse de financer les établissements postsecondaires francophones à hauteur de 80 millions de dollars par an de manière permanente. Un financement qui ne s’est jamais concrétisé dans le Plan d’action pour les langues officielles.
Important, mais pas toujours…
Quand Justin Trudeau n’était pas absent des débats, il semblait tout simplement oublier les besoins des communautés francophones en situation minoritaire.
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En 2019, il a nommé une lieutenante-gouverneure unilingue anglophone dans la seule province officiellement bilingue du Canada.
Lors de son entrée en fonction comme gouverneure générale du Canada, Mary Simon avait promis d’apprendre le français.
En 2021, Justin Trudeau a persisté et signé avec l’installation d’une gouverneure générale qui ne parle pas français, Mary Simon. Certes, elle est autochtone et sa nomination représente un geste louable pour se rapprocher des Premières Nations, mais la population francophone du pays s’est sentie, encore une fois, oubliée.
D’ailleurs, la prorogation du Parlement au début de l’année a rejeté dans les limbes deux projets de loi qui auraient modifié la Loi sur les compétences linguistiques et rendu obligatoire le bilinguisme pour les postes de gouverneur général du Canada et de lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick.
Autre exemple d’oubli, au début de la pandémie de COVID-19, le premier ministre a défendu la décision contestée de Santé Canada d’autoriser l’étiquetage unilingue en anglais afin d’accélérer la production de certains produits désinfectants, antiseptiques et d’entretien.
Dans ce dernier cas, le commissaire aux langues officielles a cependant conclu que la mesure avait été «raisonnable».
À lire : Quatre projets de loi en lien avec la francophonie victimes de la prorogation
Comment ne pas montrer l’exemple
Tous ces exemples d’oublis n’ont pas la même portée grave que d’autres préjudices passés subis par les francophones en situation minoritaire. Ils ne se comparent pas au Règlement 17 ou aux difficultés d’obtenir des écoles de langue française. Ils n’ont pas fait reculer les droits des francophones.
Ils démontrent cependant un manque de leadeurship qui envoie un très mauvais message à la fonction publique et à la population, tant francophone qu’anglophone.
Le commissaire aux langues officielles indiquait d’ailleurs dans son rapport annuel de 2024 que des institutions fédérales «ne semblent ni adhérer à la vision d’une fonction publique bilingue ni appuyer la création de milieux de travail dans lesquels les fonctionnaires se sentent habilités à travailler dans la langue officielle de leur choix».
Un très vieux problème qui disparaitra seulement lorsque la personne à la tête du gouvernement canadien offrira plus qu’un bilinguisme d’apparence, plus que des discours dans les deux langues officielles.
Elle montrera que le français est aussi important que l’anglais. Elle rappellera que les francophones ont aussi aidé à construire le pays. Elle n’oubliera pas que les communautés minoritaires ont des enjeux spécifiques.
Justin Trudeau en avait peut-être l’intention, mais il n’a pas été cette personne.
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«L’absence de la langue comme dimension d’analyse dans la production de données sur le marché du travail entraine un manque d’information», soulignaient la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) et le Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE) dans une étude de 2022.
Deux ans plus tard, dans un rapport, le Comité permanent des langues officielles recommande au gouvernement fédéral de demander à Statistique Canada de recueillir des données linguistiques dans le cadre de l’Enquête mensuelle sur la population active (EPA).
Cette enquête se fait tous les mois, mais elle ne distingue pas les groupes linguistiques. Les besoins en main-d’œuvre dans les communautés francophones en situation minoritaire ne sont donc pas connus, ni leur taux de chômage, ni leur taux d’emploi.
Selon Martin Normand, l’Enquête mensuelle sur la population active est une machine qui permet déjà de ramasser des données économiques à laquelle il faudrait ajouter des questions sur la francophonie.
«Nous et bien d’autres organismes, on interpelle plusieurs ministères à cet effet-là depuis des années», déclare le président-directeur général de l’ACUFC, Martin Normand. «L’aiguille n’a pas beaucoup bougé.»
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Un besoin de plus en plus criant
Les institutions fédérales qui travaillent avec l’ACUFC demandent de plus en plus de données probantes sur les besoins économiques des communautés francophones pour justifier des décisions politiques, indique Martin Normand.
«J’ai eu ces demandes-là d’IRCC [Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada] dans le débat autour des permis de travail postdiplôme. […] Quand je dis qu’on devrait ajouter certaines professions ou certains programmes à la liste d’éligibilité des permis de travail, on me demande d’arriver avec des données qui prouvent qu’il y a des pénuries dans ces secteurs-là.»
Les établissements postsecondaires francophones doivent parfois présenter de telles données aux gouvernements provinciaux pour justifier la création d’un nouveau programme d’études subventionné, ajoute-t-il.
«Il est impossible d’avoir une idée claire des besoins de main-d’œuvre des communautés par secteur d’emploi et par région du pays, dit Liane Roy. Les francophones au Yukon n’ont peut-être pas les mêmes besoins que ceux de Terre-Neuve-et-Labrador.»
Quand ces données sont inexistantes, l’ACUFC va chercher des données plus qualitatives, des articles de presse ou des études plus génériques. «Ça reste imprécis», dit M. Normand.
Pour la présidente de la FCFA, Liane Roy, il faut aussi «quantifier les besoins». Elle donne l’exemple des pénuries de main-d’œuvre : «On prend beaucoup parole dans le dossier de l’immigration francophone et on dit toujours qu’on veut aider les pénuries de main-d’œuvre via les immigrants. Mais il faut avoir une bonne idée de ce qu’on demande.»
«Les institutions fédérales cherchent des données, c’est à elles de trouver les solutions pour que ces données-là soient produites plutôt que de mettre ça sur les épaules des organismes, qui n’ont pas les ressources pour créer et soutenir des études longitudinales sur le marché du travail», défend Martin Normand.
Un potentiel économique inconnu
La Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) a récemment publié un deuxième livre blanc sur l’économie franco-ontarienne. Mais, comme le fait remarquer le directeur général, Richard Kempler, les données ont été achetées.
On aimerait bien pouvoir le faire à l’échelle de l’ensemble du pays, et surtout de le faire […] tous les mois, ce serait idéal. On aurait un tableau de bord, quasiment en temps réel, de l’état de la francophonie, et donc de l’écosystème francophone d’affaires au pays.
«On a besoin que Statistique Canada se penche de façon systématique sur l’état de la francophonie au pays», signale Richard Kempler.
Le livre blanc a par exemple permis de recenser que près de 900 000 personnes en Ontario sont capables de travailler en français, mais ne le font pas actuellement.
«Il y a un réservoir de productivité, de gains potentiels, de croissance, qui n’est pas utilisé. Il faudrait mieux s’identifier comme francophones, défend Richard Kempler. Avoir des statistiques en permanence permettrait de dire : “Regardez, comptons-nous, regardez ce qu’on représente.” On a tendance à être sous-estimé dans le pays en dehors du Québec.»
Le français est, selon lui, une force pour l’économie, mais il est difficile d’outiller les entreprises francophones si l’on ignore leur localisation et leur nombre.
«On se sert de la lentille francophone pour ajouter un surcroit de croissance à l’ensemble de l’économie ontarienne. J’en ai pour preuve qu’un salarié bilingue gagne plus qu’un salarié unilingue, donc le fait d’ajouter le français contribue davantage à la croissance du PIB de l’Ontario», soutient le directeur.
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«Portrait statique et incomplet»
Le RDÉE se dit prêt à collaborer avec Statistique Canada et les décideurs publics pour mettre en œuvre la collecte de ces données essentielles.
«Les données disponibles à l’heure actuelle, comme celles de l’Enquête sur la population de langue officielle en situation minoritaire, offrent un portrait statique et incomplet, alors que des données mensuelles de l’EPA permettraient un suivi continu des tendances», écrit le RDÉE dans une réponse par courriel.
«De plus, avec la menace de tarifs sur les exportations et une potentielle hausse du chômage, des données spécifiques pour les CLOSM aideraient à réagir plus efficacement et à mieux soutenir les populations touchées», ajoute l’organisme, en mentionnant au passage d’autres domaines qui pourraient bénéficier de ces données, comme l’immigration et l’entrepreneuriat.
Selon Joël Godin, si les données linguistiques ne sont toujours pas recueillies dans l’EPA, c’est probablement «une question de volonté et d’intention».
«C’est aberrant»
«Comme gestionnaire, le gouvernement du Canada doit avoir des données plus précises», estime le député conservateur Joël Godin. Pour lui, ces données sont un «outil important» pour permettre aux communautés de langues officielles en situation minoritaire [CLOSM] d’avoir un portrait réel de leur situation et pour faire comprendre celle-ci au gouvernement.
Il est «aberrant» que ces données ne soient toujours pas disponibles, affirme le député membre du comité qui a fait la recommandation.
Si le gouvernement libéral actuel ne demande pas à Statistique Canada de les recueillir, il serait «très envisageable» qu’un éventuel gouvernement conservateur le fasse, indique Joël Godin. «Je vais faire ces représentations-là auprès de mon caucus.»
«En tant que néodémocrates, nous sommes déterminés à lutter contre la pauvreté et à soutenir les communautés francophones en situation minoritaire. Ces données aideront à réduire la pauvreté dans ces communautés», écrit pour sa part la députée fédérale Niki Ashton, dans un courriel.
Les députés libéraux contactés n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue.
«Plusieurs personnes au gouvernement disent qu’on l’entend de plus en plus cette recommandation, rapporte Liane Roy. Je pense qu’encore une fois, sans vouloir être négative, c’est une question de sensibiliser les gens à ce que ça peut vouloir dire.»
Le Canada veut mettre fin aux affirmations plus ou moins douteuses, voire franchement mensongères, qui fleurissent sur de plus en plus de produits dans les commerces, et encadrer la façon dont les entreprises communiquent sur l’impact environnemental de leur activité.
Geneviève Paul aurait aimé que les nouvelles mesures législatives renforcent le devoir de vigilance des entreprises et les obligent à prendre en compte les répercussions de leurs activités sur la planète.
Depuis juin 2024 et l’adoption du projet de loi C-59 par le Parlement, la Loi sur la concurrence oblige les compagnies à fournir des preuves suffisantes et appropriées à l’appui de leurs prétentions écologiques.
Lorsque les allégations portent sur une entreprise ou ses activités, les données devront être obtenues à l’aide d’une méthodologie reconnue à l’international.
L’écoblanchiment se traduit le plus souvent par des promesses vagues, comme celles de réduire les émissions de gaz à effet de serre ou de planter des arbres. Du côté de la finance verte, des produits d’investissement sont parfois présentés comme étant plus durables qu’ils ne le sont réellement.
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Selon un rapport du Centre québécois du droit de l’environnement, l’écoblanchiment climatique est «foisonnant», avec les expressions «net-zéro» et «carboneutre» de plus en plus utilisées par de grandes compagnies.
Une autre étude menée par le Réseau international de contrôle et de protection des consommateurs constate qu’environ 40 % des prétentions liées à l’environnement pourraient être considérées comme trompeuses.
«C’est une avancée significative et nécessaire, insiste le professeur au Département de management de l’Université Laval, Olivier Boiral. Les études montrent que plus les entreprises sont polluantes, plus elles communiquent en matière de développement durable pour améliorer leur légitimité.»
Le chercheur Olivier Boiral s’inquiète des conséquences de la nouvelle législation sur les petites et moyennes entreprises : «Ce n’est pas sûr qu’elles aient assez d’argent pour se conformer. Ça pourrait nuire à leurs actions environnementales.»
Les nouvelles dispositions «devraient rétablir la confiance avec les consommateurs, être un incitatif pour se démarquer en investissant réellement dans l’environnement», croit de son côté l’avocat et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke, Julien Beaulieu.
Selon un sondage de septembre 2024 commandé par Greenpeace Canada, 93 % des personnes interrogées soutiennent l’idée que les entreprises doivent être sanctionnées si elles sont coupables d’écoblanchiment.
Le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) salue également le texte de loi qui «renverse le fardeau de la preuve», selon sa directrice, Geneviève Paul.
Auparavant, le Bureau de la concurrence devait démontrer que les indications des entreprises étaient fausses et trompeuses. Désormais, ce sera aux compagnies d’attester la véracité de leurs allégations écologiques.
En revanche, la loi n’oblige pas les entreprises à divulguer les données sur lesquelles elles se fondent pour documenter leurs déclarations, regrette Geneviève Paul.
Autre progrès salué par les groupes écologistes : à partir de juin, les consommateurs et consommatrices pourront directement déposer plainte devant le Tribunal de la concurrence.
Mais Olivier Boiral prévient : «Les plaintes vont se multiplier et le Bureau de la concurrence aura besoin de plus de ressources humaines et financières pour mener des enquêtes.»
En théorie, les sociétés qui enfreignent la nouvelle règlementation s’exposent à des sanctions très lourdes, pouvant aller jusqu’à 3 % de leur chiffre d’affaires mondial. En pratique, il existe de nombreuses circonstances atténuantes.
«Si l’entreprise démontre qu’elle est de bonne foi et a agi avec diligence pour se conformer, elle peut simplement se faire taper sur les doigts», explique l’avocat Julien Beaulieu.
En 2022, le Bureau de la concurrence a néanmoins conclu une entente avec Keurig Canada qui comprenait une pénalité de 3 millions de dollars pour fausses allégations sur le recyclage de ses capsules de café.
Des accords similaires ont été conclus avec Volkswagen Canada, Audi Canada et Porsche Canada. Actuellement, la société de vêtements Lululemon ferait l’objet d’une enquête.
Du côté des acteurs économiques, la règlementation, jugée trop imprécise, inquiète. «Elle laisse planer un grand flou. Nos membres ne savent plus exactement de quoi ils peuvent parler», rapporte la vice-présidente de la Chambre de commerce de Calgary, Ruhee Ismail-Teja.
Pour Ruhee Ismail-Teja de la Chambre de commerce de Calgary, les mesures législatives contre l’écoblanchiment empêchent ses membres de parler librement de leurs objectifs climatiques.
En juin dernier, Alliance nouvelles voies, le lobby de l’industrie des sables bitumineux, a ainsi retiré de son site Web et de ses réseaux sociaux toutes les affirmations selon lesquelles le secteur était sur la voie de la carboneutralité.
Dans un communiqué de presse, Alliance nouvelles voies parle d’«un climat d’incertitude considérable pour les entreprises canadiennes souhaitant s’exprimer publiquement sur les travaux qu’elles entreprennent pour améliorer leur rendement au chapitre de l’environnement et lutter contre les changements climatiques».
De même, le géant pétrolier Suncor Énergie, établi à Calgary, a supprimé de ses supports de communication toute référence à ses actions en matière climatique, «jusqu’à ce que le Bureau de la concurrence présente des clarifications et des directives précises».
Le secteur de l’agroalimentaire serait également plus frileux à communiquer sur les questions écologiques par peur d’être accusé d’écoblanchiment, rapporte Olivier Boiral, qui a mené une enquête auprès d’une trentaine d’acteurs.
Les entreprises «s’interdisent de s’engager ouvertement alors que le but de la loi n’est pas de réduire la quantité d’informations disponibles, mais d’améliorer la qualité. On peut se demander si [elles] n’exagèrent pas les risques», considère Julien Beaulieu, qui y voit avant tout une «posture politique».
Olivier Boiral estime pour sa part qu’il y aura de moins en moins de communication verte des grandes industries polluantes : «La loi joue un rôle préventif, elles se sentent surveillées, elles vont y penser à deux fois avant de mettre de l’avant des allégations trompeuses qu’elles auront du mal à justifier.»
L’entrepreneur Kevin Krausert craint une fuite des jeunes pousses à l’étranger : «C-59 alourdit trop leur fardeau.»
Au centre des critiques se trouve la notion de «méthodologie reconnue à l’international», un «concept inédit», selon Julien Beaulieu, que les acteurs économiques jugent confus et inadapté.
«Ça n’est pas clair, est-ce que cela veut dire que l’on devra se conformer à de nouvelles normes?», s’interroge Ruhee Ismail-Teja.
Le directeur général et cofondateur d’Avatar Innovations, Kevin Krausert, craint quant à lui «un coup de frein brutal» sur l’innovation en matière de technologie propre. Sa société, située en Alberta, investit dans de jeunes pousses spécialisées dans la transition énergétique.
«Quand on développe une nouvelle technologie, il y a inévitablement des erreurs sur les objectifs de réduction des émissions de carbone, ce n’est pas dans l’intention de tromper le public», argüe-t-il.
Geneviève Paul du CQDE s’inscrit en faux contre cet argument : «Les nouvelles dispositions devraient contribuer à des innovations environnementales sérieuses, qui s’appuient sur une démarche allant au-delà du simple discours publicitaire ou du message de relations publiques destiné à faire du profit.»
Pour aider les entreprises à y voir clair, le Bureau de la concurrence révise actuellement ses lignes directrices. Ces changements sont soumis à la consultation du public jusqu’à la fin février.
Les entreprises «s’interdisent de s’engager ouvertement alors que le but de la loi n’est pas de réduire la quantité d’informations disponibles, mais d’améliorer leur qualité», fait remarquer l’avocat Julien Beaulieu.
«Tout en tentant de rassurer le monde économique, le Bureau reste très général et ne va pas dans les détails. C’est frustrant. Ça ne donne pas beaucoup de certitudes», déplore Julien Beaulieu.
En réalité, l’autorité indépendante a préféré rester prudente, car une épée de Damoclès plane au-dessus des nouvelles dispositions de la Loi sur la concurrence dans l’Ouest canadien.
En Alberta, un groupe d’entreprises conteste le texte devant les tribunaux. Les plaignants parlent d’atteinte à la liberté d’expression et argüent qu’ils ne seraient plus en mesure de s’exprimer librement sur leurs performances environnementales.
«Le bureau n’a pas voulu prendre de mesures qui pourraient nuire à la défense devant la cour», confirme Julien Beaulieu.
Une autre incertitude politique pèse sur le projet de loi C-59 : l’élection fédérale imminente et la possible arrivée au pouvoir des conservateurs.
Si tous les partis ont voté en faveur du texte à la Chambre des communes, une remise en question au Parlement reste possible, avance Olivier Boiral. Le chercheur rappelle que le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, a fait de la contestation des mesures climatiques adoptées par Justin Trudeau son cheval de bataille.
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