Le Bureau de la traduction (BT) attend 9 607 583 $, inclus dans le Budget supplémentaire des dépenses. Ce dernier doit d’abord être adopté par les députés.
Les travaux de la Chambre des communes sont cependant bloqués depuis la fin septembre en raison d’un bras de fer entre le gouvernement libéral et les partis d’opposition.
«De manière générale, au Canada, le Parlement a à la fois le pouvoir et la responsabilité d’approuver les dépenses du gouvernement», rappelle le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada (SCT) dans une réponse écrite.
Le 21 novembre, la présidente du Conseil du Trésor, la ministre Anita Anand, a déposé le Budget supplémentaire des dépenses (B) 2024-2025 qui, conformément à la procédure parlementaire, a été renvoyé aux comités permanents pour un examen plus approfondi.
Ce budget comprend 21,6 milliards de dollars en crédits proposés pour divers programmes et services.
Ces crédits proposés ne seront pas accordés tant qu’un projet de loi n’aura pas été déposé et adopté, explique le SCT.
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Un scandale entourant Technologies du développement durable Canada (TDDC) est à l’origine de la paralysie du Parlement. Ce fonds vert fédéral public a été rebaptisé «Green Slush Fund» par les conservateurs.
Depuis juin dernier, les partis d’opposition demandent la publication des documents liés à la mauvaise utilisation du fonds. Selon les libéraux, ce serait une ingérence dans le travail des policiers qui enquêtent sur le fonds.
Mais une motion obligeant la remise de documents a tout de même été adoptée. Les libéraux étaient les seuls à la rejeter. Puis en septembre, le président de la Chambre des communes, Greg Fergus, a annoncé que les documents remis étaient incomplets.
À la suite de cette annonce, les conservateurs ont présenté une motion de privilège, qui a préséance sur le reste des travaux, afin de demander la remise de tous les documents au Parlement.
Les dépenses supplémentaires pour le BT «appuient les interprètes qui fournissent un service essentiel pour que les parlementaires canadiens puissent travailler dans la langue officielle de leur choix», rapporte un porte-parole du ministre de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), Guillaume Bertrand, dans une réponse par courriel.
Le ministre de Services publics et Approvisionnement Canada, Jean-Yves Duclos.
Celui-ci accuse les conservateurs de Pierre Poilievre d’être responsables du blocage des travaux, et ainsi du blocage des sommes destinées au BT. «Le bilan des conservateurs de Pierre Poilievre parle pour lui-même quand vient le temps de défendre les langues officielles sur la colline parlementaire», écrit-il.
Guillaume Bertrand assure que «des solutions d’atténuation des impacts sont présentement à l’étude».
Le BT tombe sous le portefeuille de SPAC. Par courriel, ce ministère confirme qu’il évalue «ses options d’atténuation, y compris une stratégie de saine gestion de la trésorerie».
Le BT, créé en 1934, regroupe les traducteurs, interprètes et terminologues qui œuvrent au sein du gouvernement fédéral. Au sein de l’administration publique centrale. Il répond à environ 75 % de la demande de services de traduction, selon une réponse écrite de SPAC.
Toujours selon SPAC, les demandes de traduction des ministères et des organismes sont de l’anglais vers le français environ 90 % du temps. Au Parlement, la demande de traduction est d’environ 80 % de l’anglais vers le français.
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Le Budget supplémentaire sert à couvrir de nouvelles dépenses, non anticipées dans le Budget principal adopté en mars dernier, explique la professeure d’études politiques à l’Université d’Ottawa et chroniqueuse pour Francopresse, Geneviève Tellier.
Geneviève Tellier est curieuse de savoir pourquoi le Bureau de la traduction a besoin de 9,6 millions de dollars supplémentaires.
«Dans le cas de la traduction, la question que j’aurais pour le Bureau de la traduction, c’est : qu’est-ce qui est arrivé de particulier?»
Au moment de publier, Francopresse n’a pas pu savoir pour quelle raison le BT a besoin de cette somme supplémentaire de 9,6 millions de dollars.
En attendant la somme, explique la politologue, le BT peut tenter d’économiser l’argent dont il dispose déjà. «J’ose espérer que ce qu’on ne peut pas payer en ce moment, c’est ce qui est peut-être considéré moins important», dit-elle.
Mme Tellier estime que les travaux parlementaires reprendront d’ici janvier ou février 2025. «L’obstruction de la part des conservateurs» ne va pas s’éterniser, car elle est limitée par un nombre d’heures précises.
SPAC est loin d’être le seul ministère affecté par la paralysie des travaux.
«Les ministères demandant ce financement devront prendre des décisions au cas par cas sur la manière de gérer entretemps, explique le SCT dans sa réponse écrite. Ils pourraient notamment retarder la mise en œuvre de nouveaux programmes, utiliser les fonds existants ou demander au Conseil du Trésor des fonds pour éventualités, qui servent à fournir des ressources urgentes lorsque d’autres fonds ne sont pas disponibles.»
D’autres exemples de fonds bloqués incluent 2,9 milliards de dollars de dépenses en personnel, 1,2 milliard d’aide militaire et financière à l’Ukraine et 1,8 milliard en approvisionnement et en dépenses militaires.
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«Le portrait de la francophonie canadienne a beaucoup évolué en 20 ans et les besoins ont changé», souligne Ajà Besler du Réseau dialogue.
«On doit engager un dialogue entre toutes les diversités des communautés canadiennes, qui ne sont plus aussi homogènes qu’avant», estime la directrice générale de Réseau dialogue, Ajà Besler.
Pour la responsable, la fondation doit «s’outiller et évoluer» pour répondre à de nouveaux besoins : «De plus en plus de gens ont des identités multiples et ne savent pas où se situer, il faut changer nos mentalités sur ce qu’est être francophone.»
L’organisation a voulu marquer cette évolution avec un changement de nom. La Fondation dialogue est devenue Réseau dialogue à la fin novembre.
Ajà Besler prend notamment l’exemple des élèves en classe d’immersion, à cheval entre «l’anglophonie et la francophonie». Le Réseau dialogue mène actuellement une recherche avec l’Université d’Ottawa afin d’identifier les barrières qui empêchent ces jeunes de faire partie de la communauté francophone.
«Il ne s’agit pas de forcer le français dans la gorge des anglophones, le but est que les francophones et les anglophones puissent s’épanouir et être servis partout dans leur langue maternelle», considère Guy Matte.
«Par les francophones, mais pour un plus grand public»
L’organisme a également lancé cette année un forum jeunesse en leadeurship intersectionnel, «afin de créer des communautés plus inclusives et de permettre aux jeunes d’être des acteurs du changement», détaille Ajà Besler.
Aux yeux du premier directeur général de la Fondation dialogue, Guy Matte, cette nouvelle diversité est une «opportunité unique» pour renforcer les liens entre les différentes composantes de la société canadienne.
«Le but premier de la fondation n’était pas de se regarder entre nous, mais de s’ouvrir aux autres, de faire le pont avec les anglophones et les Premières Nations et d’en faire des alliés», rappelle-t-il.
C’est vraiment une particularité, nous sommes une organisation par les francophones, mais pour un plus grand public. Nous faisons beaucoup de travail de sensibilisation à destination des anglophones
En 2004, la Fondation a commencé «sans personnel, sans bureau et sans financement», se souvient Guy Matte : «Tout était à faire, il n’y avait que l’envie de promouvoir la dualité linguistique, cette idée fondamentale qui sous-tend le Canada.»
Dès 2005, l’organisme reprend en main l’organisation des Rendez-Vous de la Francophonie (RVF). L’analyste politique de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), Marc Masson, salue à cet égard les efforts entrepris pour faire connaitre la francophonie, «pas mal invisible autrement».
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En Saskatchewan, Marc Masson souligne les retombées positives des RVF pour la francophonie en situation minoritaire.
Renforcer les liens avec le Québec
«On est sur la place publique pendant un mois chaque année. C’est très bénéfique, ça nous rapproche des francophiles», souligne le Fransaskois.
Réseau dialogue a également créé avec Canadian Parents for French et le Français pour l’Avenir le Réseau de la dualité linguistique.
«Une grande partie de la population canadienne veut s’assurer que cette dualité linguistique soit respectée, comme en témoigne l’engouement extraordinaire pour les écoles d’immersion», assure Guy Matte.
Le rapprochement avec le Québec constitue désormais un autre cheval de bataille du Réseau dialogue. Ajà Besler constate à ce propos l’«ignorance» d’une partie de la population québécoise : «Il y a encore du cheminement à faire. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, mais ils ne savent pas que le français existe ailleurs, ils ne l’ont pas appris à l’école, les médias n’en parlent pas.»
Elle note néanmoins une volonté politique de consolider les liens, avec l’adoption récente du Plan d’action gouvernemental en francophonie canadienne 2022-2025 au Québec.
«Il y a un éveil des Québécois à la francophonie, une ouverture pour travailler ensemble à défendre le français, confirme le directeur général du Centre de la francophonie des Amériques, Sylvain Lavoie. Si la langue est vivante à l’extérieur du Québec, elle sera aussi vivante en son sein.»
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Pour Sylvain Lavoie, «il y a un éveil des Québécois à la francophonie, une ouverture pour travailler ensemble».
L’art pour tisser des liens
Le Centre, création du gouvernement du Québec, collabore régulièrement avec le Réseau dialogue.
«Nos expertises et nos offres de programmation sont complémentaires pour faire rayonner la francophonie», considère Sylvain Lavoie.
«On a des objectifs communs et la tâche est tellement énorme, qu’on n’est jamais assez à créer du dialogue», poursuit Ajà Besler.
Lors de l’édition 2022 des RVF, la Fransaskoise Alexis Normand a pu ainsi présenter son documentaire Assez French au Québec, grâce à un partenariat entre le Réseau dialogue et le Centre de la francophonie des Amériques. Son court-métrage sur l’amour du français d’une famille exogame a notamment été projeté à Québec et Montréal.
À l’inverse, de nombreux artistes québécois se rendent dans des communautés francophones en situation minoritaire à l’occasion des RVF.
«Il y a un effet de sensibilisation, ils ramènent dans leurs bagages ce qu’ils ont vu et entendu. L’art est l’une des meilleures façons d’en apprendre plus sur les différentes réalités à travers le pays», appuie Ajà Besler.
En Saskatchewan, Marc Masson juge le travail du Réseau dialogue «encore plus nécessaire» à l’heure où l’immigration atteint des sommets. Selon lui, les nouveaux arrivants anglophones n’ont pas nécessairement conscience de la francophonie en situation minoritaire.
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La célèbre flèche de la cathédrale en flammes, peu avant son effondrement, en 2019. Elle a été reconstruite et couronne à nouveau l’édifice.
Au lendemain du terrible incendie du 15 avril 2019, Emmanuel Macron prenait un engagement solennel : «Nous rebâtirons la cathédrale Notre-Dame, plus belle encore. Et je veux que cela soit achevé d’ici cinq années. Nous le pouvons.»
Et la France a pu. Pari tenu. Le défi pouvait sembler impensable, compte tenu des énormes dommages subis par l’édifice.
Le brasier a fait tomber la flèche construite au milieu du XIXe siècle, constituée d’une charpente de 500 tonnes de bois et de 250 tonnes de plomb, que le feu a réussi à faire fondre.
L’autre grande section dévastée a été, en majeure partie, la toiture. Sa charpente en bois de chêne datait du XIIIe siècle. Une partie des voutes a aussi été réduite en cendres.
Les deux tours carrées emblématiques sont restées intactes, ainsi que les précieux vitraux des XIIe et XIIIe siècles. D’autres vitraux plus récents ont cependant subi des dommages importants.
Tous ces dégâts ont laissé des plaies béantes à un vestige d’une autre époque.
Si on connait assez bien les détails de la construction de la cathédrale Notre-Dame, ses antécédents demeurent un peu imprécis. Certains croient qu’à l’origine, un temple païen dédié à Jupiter avait été érigé sur le site à l’époque gallo-romaine de Paris, qui s’appelait alors Lutèce.
Du temps de l’empereur Auguste, la ville romaine de Lutèce prend forme sur l’ile de la Cité (où s’érigera la cathédrale) et sur la rive gauche de la Seine. Elle succède à la Lutèce gauloise fondée par la tribu des Parisii et qui aurait été située où se trouve aujourd’hui Nanterre, en banlieue de Paris.
Gravure du XVIe siècle.
Plusieurs édifices religieux seront construits sur le site de la cathédrale actuelle ou dans les environs, notamment la cathédrale «primitive» Notre-Dame de Paris et la basilique Saint-Étienne.
Au XIIe siècle, à l’instigation de l’évêque de Paris, Maurice de Sully, la basilique Saint-Étienne est détruite afin d’entreprendre, sous le règne de Louis VII, l’ambitieux projet de construction de Notre-Dame, motivé en partie par la forte augmentation de la population de la ville.
La construction se fait en plusieurs étapes pendant deux grandes périodes échelonnées sur près de 200 ans. L’évêque Sully mourra bien avant la fin des travaux, en 1345.
C’est à cette époque qu’apparait l’art gothique, qui succède à l’art roman et précède la Renaissance. La cathédrale Notre-Dame de Paris sera l’une des premières manifestations grandioses de ce style nouveau.
Plusieurs évènements importants s’y dérouleront : dépôt de la (présumée) Sainte Couronne (celle d’épine qui aurait ceint la tête de Jésus au moment de sa crucifixion), procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc, mariage de Marie Stuart d’Écosse – future victime d’Elizabeth 1re – et de François II, et mariage d’Henri de Navarre – futur Henri IV – et de Marguerite de Valois (la reine Margot).
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Tombée en désuétude, la cathédrale subit plusieurs modifications et rénovations à partir du règne de Louis XIII jusqu’à celui de Louis XVI (mais surtout sous Louis XIV).
Première page du manuscrit du roman Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo. L’ouvrage a sauvé la cathédrale d’un délabrement total.
Tout bascule avec la Révolution française et ses attaques à l’endroit de ce qui entoure la religion, son organisation et ses édifices. Pendant ces années troubles, Notre-Dame de Paris est victime de vandalisme. Nombreuses de ces statues sont détruites ou décapitées et une partie de son trésor disparait.
Avec l’arrivée de Bonaparte au pouvoir, la France et l’Église catholique se réconcilient. Napoléon est sacré empereur dans la cathédrale en présence du pape Pie VII. Mais Notre-Dame n’est plus l’ombre d’elle-même.
Un homme la sauvera avec sa plume : Victor Hugo. Grâce à son chef-d’œuvre Notre-Dame de Paris, publié en 1831, l’auteur suscite un intérêt nouveau pour le vieux monument. La trame se déroule à la fin du XVe siècle et gravite autour de personnages tels que la gitane Esmeralda, le sonneur de cloches Quasimodo, le prêtre Frollo et le poète Gringoire.
L’histoire sera réinventée à la fin des années 1990 dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris, signée Luc Plamondon et Richard Cocciante.
Trois ans après la sortie du roman de Victor Hugo, la restauration de la cathédrale est décidée.
Notre-Dame, pendant la grande restauration du milieu du XIXe siècle.
C’est un chantier colossal qui intègrera des éléments nouveaux, qui deviendront indissociables de Notre-Dame, tels que les 54 chimères – statues fantastiques à l’allure diabolique – installées au sommet de la façade, ainsi que la nouvelle flèche remplaçant l’originale, qui avait dû être démontée en raison de son piètre état vers 1792.
Après la restauration menée entre 1845 et 1864 sous la direction d’Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, le monument vit des années paisibles. Il reste intact lors des deux guerres mondiales, sauf lors d’un raid mené par des avions allemands en 1914 qui ne laisse que très peu de dégâts.
D’importants travaux d’entretien sont effectués à l’occasion du 850e anniversaire de l’édifice, en 2013. Mais rien d’une ampleur comparable à celle qui suivra l’incendie de 2019.
Plus de 175 scientifiques sont réunis pour appuyer les architectes dans le chantier de reconstruction. Les travaux permettent de parfaire les connaissances sur les cathédrales médiévales et redonnent au monument son caractère unique et grandiose.
Lors de fouilles préventives, effectuées en vue de placer les échafaudages, un jubé est découvert, un mur du XIIIe siècle qui séparait le chœur et la nef. Des sculptures sont également mises au jour pendant les travaux.
Pour faire revivre Notre-Dame, il a fallu restaurer la pierre, le mortier, les vitraux les plus récents, des murs, des voutes, des colonnes et l’imposante charpente qui surplombait la nef. Tout un «écosystème numérique» a été créé pour assister les experts.
Avec la tenue des Jeux olympiques d’été, l’année 2024 aura été pour Paris, et pour la France, l’année des grands exploits, mais aussi de dépenses vertigineuses, alors que, comme ailleurs, le pays fait face à de grands défis.
Il est revenu le temps… de Notre-Dame.
Dans son roman Le baiser de Nanabush, traduction de Motorcycles & Sweetgrass publiée chez Prise de parole, Drew Hayden Taylor promet d’emblée qu’il nous racontera toute une histoire. Et il tient merveilleusement parole.
Drew Hayden Taylor est un auteur prolifique avec des racines ojibwées; il a écrit autant de la fiction que des chroniques et des essais. Avec Le baiser de Nanabush, qui a d’ailleurs représenté la littérature autochtone au Combat des livres de Radio-Canada en 2023, il se hisse au niveau des grands conteurs.
Dans le premier chapitre, on découvre une jeune Anishinabe de la réserve de Lac-aux-Loutres qui nage avec un copain. On sent tout de suite une grande attirance entre les deux, mais on sent aussi que ce copain n’est pas un être ordinaire. Et il y a un problème. La jeune femme a décidé de poursuivre ses études dans un pensionnat autochtone.
Au pensionnat, on l’affublera d’un nouveau nom chrétien, Liliane, et pendant les deux ans qu’elle passera dans cet établissement, elle sera témoin des maltraitances subies par ses copensionnaires. Toute sa vie, elle restera cependant la dévote Liliane qui mêle ses croyances chrétiennes et autochtones.
L’intrigue commence vraiment 80 ans plus tard. Sur son lit de mort, Liliane convoque son ancien copain. Il réapparait sous les traits d’un beau jeune motocycliste qui sèmera la pagaille dans sa famille et dans la réserve. Surtout auprès des femmes.
La fille de Liliane, Maggie, est cheffe de la Nation de Lac-aux-Loutres. Elle tente de régler un différend territorial avec la communauté blanche avoisinante, a un fils qui aime faire l’école buissonnière, un frère ermite qui vit sur une ile et un conjoint décédé depuis quelques années.
Maggie est stressée. L’arrivée de John chamboulera sa vie et celle de sa famille.
Au fil de l’intrigue, on apprendra qui est vraiment celui qui se fait appeler John, mais dont le nom de famille change en fonction de chaque interlocuteur.
Dans ce livre, Drew Hayden Taylor réussit à faire se côtoyer la vie moderne dans une réserve autochtone et les traditions et la mythologie de ses habitants. Tout ça dans un roman haletant qui mêle surnaturel, séduction, amour, chicane territoriale, combat épique et même une bataille avec des ratons laveurs.
Du plaisir pour tous!
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Les deux prochains livres sortent de la plume de Tomson Highway, un Cri du nord du Manitoba qui a connu une carrière internationale de pianiste ainsi que de dramaturge et de romancier renommé.
Le premier livre, Le baiser de la Reine blanche (trad. de Kiss of the Fur Queen), est un roman et le deuxième, Éternel émerveillement : Grandir au pays de la neige et du ciel infini (trad. de Permanent Astonishment: Growing Up Cree in the Land of Snow and Sky), une autobiographie.
Les deux ouvrages racontent la vie de deux jeunes garçons cris qui grandissent pendant cinq ans au sein de leur famille de chasseurs/pêcheurs avant d’être envoyés dans un pensionnat autochtone.
Dans Le baiser de la Reine blanche, l’auteur se permet plus de fantaisie. D’ailleurs, il écrit : «l’histoire […] au fil des années, devenait de plus en plus incroyable, exagérée, selon la manière des Cris de raconter des histoires, de fabriquer des mythes.»
Le roman commence par une scène emblématique du Grand Nord : une course de traineau à chiens. Après trois jours et 150 miles (240 km), Abraham Okimasis et ses chiens sont complètement épuisés. Un mile avant l’arrivée, il a la vision d’une Dame blanche qui le soutiendra et lui fera gagner la course.
Au fil d’arrivée, Abraham, complètement dans les vapes, verra même un fœtus surgir du diadème de la Dame blanche. La femme d’Abraham accouchera de son fils ce même jour.
L’auteur nous fait vivre la naissance de ce fils ainsi que de son jeune frère trois ans plus tard. Le roman décrit le parcours des deux petits garçons qui accompagnent leur famille à la chasse et la pêche dans le Grand Nord. Jusqu’à leur départ au pensionnat.
Ils reviendront au village pendant les vacances d’été, mais leur vie ne sera plus jamais pareille.
Dans cette école, on tente de leur interdire leur langue, on leur inculque la chrétienté à coups de règles sur les doigts et on les agresse sexuellement. Mais la Reine blanche veille sur eux, et ils s’en sortiront grâce à la musique. L’ainé des garçons deviendra pianiste et le cadet, danseur.
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En lisant Éternel émerveillement, ouvrage publié 15 ans après la version originale du Baiser de la Reine blanche, on comprend que tout ce que Tomson Highway avait décrit dans son roman était fondé sur sa réalité.
Dans cette autobiographie, il délaisse le surnaturel et nous raconte sa naissance dans un banc de neige, la vie familiale dans un village autochtone près de la frontière du Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest (aujourd’hui le Nunavut) et, bien sûr, ses années dans un pensionnat autochtone.
À tous égards, la vie dans ce livre est difficile, mais ce qui en ressort, c’est justement l’éternel émerveillement de Tomson Highway devant la vie.
Il nous raconte la vie du village avec humour, il nous amène dans des parties de pêche et de chasse trépidantes, et il passe rapidement sur les exactions subies au pensionnat. Il nous fait plutôt vivre son amour de sa famille, sa fierté envers son peuple et, surtout, sa passion pour la musique.
Ces deux livres racontent en somme la même histoire, mais il est intéressant de les lire tous les deux pour comprendre la relation entre la réalité et le romanesque.
Réjean Grenier a travaillé dans les médias pendant 47 ans, comme journaliste, rédacteur principal à Radio-Canada/CBC, éditeur et propriétaire d’un journal et d’un magazine, et éditorialiste. Il a présenté une chronique littéraire sur les ondes de Radio-Canada pendant cinq saisons. Il est un avide lecteur depuis l’âge de 12 ans. Il a grandi dans un petit village du Nord de l’Ontario où il n’y avait pas de librairie, mais il a rapidement appris où commander des livres. Son type d’ouvrage préféré est le roman puisqu’«on ne trouve la vérité que dans l’imaginaire».
En comité parlementaire, le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, a également assuré que «toutes les communautés [de langue officielle] minoritaires» devaient être prises en compte par la loi sur les langues officielles modernisée.
Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, s’est exprimé devant le Comité permanent des Langues officielles du Sénat lundi, puis devant celui de la Chambre, mardi. Il a réitéré son impatience quant à l’application de trois décrets de la nouvelle Loi sur les langues officielles, adoptée en juin 2023.
La source de l’impatience : Le commissaire fait notamment référence à la Partie VII de la loi, qui porte sur le rôle des institutions fédérales et l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Selon lui, les institutions doivent faire une étude d’impact à ce propos.
Le règlement, qui devrait préciser ces points, se fait toujours attendre. «Le temps n’est pas notre ami», a-t-il insisté.
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La semaine dernière, le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique (NPD) ont proposé conjointement un projet de loi pour suspendre temporairement la taxe sur les produits et services (TPS) sur certains biens afin de donner du répit aux Canadiens et aux Canadiennes pendant les Fêtes.
Adopté : Ce projet de loi a été adopté jeudi tard dans la soirée jeudi avec l’appui des deux parties. Les conservateurs et le Bloc québécois s’y sont opposés.
L’enjeu : La suspension de deux mois de la TPS prendra effet le 14 décembre. Les produits et services visés sont entre autres des vêtements pour bébés et enfants, des couches, des bancs d’auto, ainsi que des boissons alcoolisées et encore certains produits d’épicerie. Le cout de cette perte de revenus est estimé à 1,6 milliard de dollars.
La seconde partie du projet de loi initial – un chèque de 250 $ envoyés à toutes personnes qui gagnent moins de 150 000 $ par an – n’était pas incluse, puisque les trois partis d’opposition critiquent l’exclusion des ainés.
Marie-Philippe Bouchard a répondu qu’elle «étudiera» la question de la prime aux cadres de CBC/Radio-Canada.
La future présidente-directrice générale de CBC/Radio-Canada, Marie-Philippe Bouchard, a tenu tête aux députés conservateurs à plusieurs reprises devant le Comité permanent du patrimoine canadien, mercredi. Ces derniers l’ont questionnée sur la prime accordée à sa prédécesseuse – Catherine Tait – ainsi qu’à plusieurs cadres de la société d’État.
Ce qu’ils disent : La future PDG a répondu qu’elle «évaluera avec son conseil d’administration» si ces primes seront applicables ou non.
«Je comprends que vous n’êtes pas fermée», lui a lancé le député conservateur québécois Joël Godin. «J’étudierai la question», a simplement répété Marie-Philippe Bouchard.
Depuis qu’il est chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre assure qu’il souhaite «définancer» la CBC. Il a toutefois soutenu que la tête francophone de la société sera épargnée.
Marie-Philippe Bouchard a cependant sous-entendu que les «conséquences sur les services» de Radio-Canada se feraient aussi ressentir.
Le directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, a assuré devant le Comité sénatorial permanent des finances nationales que le budget supplémentaire des dépenses devrait être voté d’ici deux semaines par les parlementaires. La paralysie de la Chambre des Communes risque cependant de l’empêcher.
Ce qu’il a dit : «Les parlementaires ont deux semaines à compter d’aujourd’hui pour approuver le budget supplémentaire de dépenses (B), sinon les ministères devront financer à même leurs propres fonds», a déploré Yves Giroux.
«C’est un problème qu’on signale depuis plusieurs années, a-t-il souligné devant les sénateurs. On vous demande d’approuver des dizaines de milliards sans savoir comment le gouvernement parvient à ces résultats, combien il a dépensé pour une année qui a pris fin il y a huit mois.»
La semaine dernière, la présidente du Conseil du Trésor, la ministre Anita Anand, a déposé une demande de budget supplémentaire de 21,6 milliards de dollars pour financer des programmes liés au logement, aux soins dentaires et le programme national d’alimentation scolaire.
Le montant le plus important (970,8 millions) concerne les ajustements de rémunération des fonctionnaires résultant des conventions collectives.
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Justin Trudeau se prépare à faire face à la prochaine administration Trump dès janvier 2025.
Donald Trump a menacé lundi d’imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les produits canadiens et mexicains importés aux États-Unis. Le futur président américain a précisé qu’ils resteraient en vigueur jusqu’à ce que «les drogues, en particulier le fentanyl, et tous les immigrants illégaux arrêtent cette invasion de notre pays!», a-t-il déclaré sur Thruth Social.
L’unité entre les provinces et le gouvernement fédéral reste essentielle face à ce risque, a déclaré mardi la vice-première ministre canadienne, Chrystia Freeland, à l’issue d’une réunion d’urgence des premiers ministres.
Ce qu’ils disent : Néanmoins, des tensions subsistent, notamment avec le Québec, qui demande des actions concrètes pour sécuriser les frontières et limiter l’immigration illégale.
Les premiers ministres provinciaux ont globalement critiqué l’inaction du gouvernement fédéral et demandé des mesures urgentes pour sécuriser la frontière, lutter contre le trafic de drogues et d’armes, et protéger l’économie.
En Ontario, Doug Ford a appelé Ottawa à une approche proactive, tandis que Wab Kinew au Manitoba et Danielle Smith en Alberta ont insisté sur des investissements dans la sécurité et l’application de la loi.
Les partis d’opposition ont également réclamé un plan concret pour protéger les secteurs économiques stratégiques et diversifier les échanges commerciaux, afin de limiter l’impact des tarifs prévus.
L’émotion était palpable parmi les députés et sénateurs acadiens réunis au Parlement d’Ottawa, le 27 novembre, lors du lancement de l’Association acadienne des parlementaires du Canada (AAPC). Celle-ci verra officiellement le jour le 11 février 2025.
Dans un rapport, commandé par plusieurs parlementaires acadiens et présenté cet été dans le cadre du Congrès mondial acadien, deux chercheurs, Rémi Léger et Michelle Landry, ont conclu que le pouvoir politique acadien avait besoin d’une représentation accrue.
L’AAPC a pour objectif principal de faire reconnaitre le peuple acadien «comme une minorité nationale, avec un statut particulier au sein de la Fédération canadienne», a déclaré le sénateur acadien néoécossais Réjean Aucoin, lors de l’annonce.
En entrevue avec Francopresse, ce dernier explique que l’AAPC a été créée pour répondre à un manque.
Le sénateur Réjean Aucoin est coprésident intérimaire de l’AAPC, avec Chris d’Entremont.
«On n’était pas nécessairement réunis en groupe. On ne se concertait pas toujours sur des dossiers touchant l’Acadie. Et ce n’est pas juste qu’on ne se consultait pas, c’est qu’il n’y avait pas de mécanisme pour se consulter sur des dossiers, des projets de loi qui auraient touché l’Acadie.»
«Le constat que nous avons fait, c’est qu’il y a peut-être un manque de concertation et de vision commune sur les priorités que nous devrons mettre de l’association. Un de ses objectifs de travail, c’est de prioriser, d’identifier là où on peut intervenir davantage pour renforcer le pouvoir politique du peuple acadien», appuie le sénateur acadien du Nouveau-Brunswick René Cormier.
Il assure que ce sont davantage les provinces de l’Atlantique qui sont la priorité. «Ce sont là que sont les institutions et les établissements qui permettent d’ancrer le pouvoir politique du peuple acadien.»
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Dans son discours, Darrell Samson, député acadien néoécossais, a exprimé la «solitude» d’être un élu acadien.
René Cormier évoque de son côté «une grande responsabilité mise sur les épaules».
«Comment assumer mes responsabilités, comment travailler avec la société civile? C’était des questions qui m’animaient dès mon arrivée au Sénat, il y a huit ans, puis en fait, c’était vraiment aussi ce qui me motivait à échanger avec mes collègues pour dire : “Est-ce qu’il ne faudrait pas qu’on crée une association?”»
Des ponts transpartisans au Canada et à l’international
L’association ne souhaite toutefois exclure aucun parlementaire, quel que soit son parti.
L’un des souhaits du sénateur néobrunswickois René Cormier est que l’association «fasse en sorte que la société civile acadienne soit davantage mobilisée et concertée autour de priorités communes».
«On s’est toujours dit qu’on travaillerait sur ce qui fait consensus au sein de l’association, puisqu’on ne veut pas que des barrières partisanes viennent entraver nos travaux. C’est absolument déterminant», affirme le sénateur Cormier.
Le député conservateur et vice-président de la Chambre des Communes, Chris d’Entremont, admet que la non-partisanerie pourrait être parfois «difficile», mais finit par nuancer : «On essaie d’avoir la discussion et de voir ce qu’on peut supporter, comment on va travailler ensemble.»
Au-delà des partis, l’AAPC tendra à rassembler tous les parlementaires canadiens, quelles que soient leurs origines.
«Il n’y a pas d’examen sanguin, vous n’êtes pas obligé d’être un Boudreau, Gallant, Cormier ou Thériault pour rejoindre cette association. Ce message-là est fondamental si nous voulons réussir à travailler ensemble et surtout à reconnaitre la contribution de tout le monde à ce grand projet», a assuré René Cormier, ému, lors de l’annonce.
«Je pense qu’il y a là matière, pas seulement pour l’avenir du peuple acadien, mais pour l’avenir de notre pays. Je pense qu’on est dans une époque où on doit reconnaitre toute la diversité du Canada», a-t-il ajouté en entrevue avec Francopresse.
«Même si je connaissais Darrell [Samson] du Parti libéral, ce n’était pas évident comment vraiment nous parler, de supporter des projets de loi fédéraux, comment parler à la société civile», affirme le député conservateur Chris d’Entremont, sur le sentiment de solitude d’être un élu acadien.
L’AAPC aspire également à faire connaitre l’Acadie aux parlementaires anglophones, «mais aussi aux nouveaux arrivants et à ceux et celles qui ont moins la chance de côtoyer des Acadiens et des Acadiennes», poursuit le sénateur. «Je pense que c’est une occasion de faire ces ponts avec eux.»
L’organisation cherche aussi à s’étendre au-delà des frontières canadiennes. Elle est notamment en contact avec des parlementaires français, souligne René Cormier.
Dès qu’un nouvel arrivant pose le pied sur le sol canadien, une réalité complexe l’attend : la nécessité de maitriser un système financier où les notions de crédit, de cote de crédit, d’épargne et de fraude bancaire peuvent rapidement devenir un casse-tête.
Dans son pays, Bintou Ahouéfa* confiait son argent à une structure de microfinance et s’appuyait sur la tontine. Des habitudes loin des pratiques de l’Occident.
Il s’agit d’une association collective de petits épargnants qui mettent en commun des fonds pour une période librement déterminée.
Par exemple, cinq personnes créent une tontine où elles versent 300 $ chacune par mois. Chaque mois et à tour de rôle, une des membres reçoit la totalité du 1500 $. Ceci donne un accès ponctuel à une somme importante d’argent sans passer par une institution financière ou avoir accès au crédit.
Ce système d’épargne – très populaire dans de nombreuses cultures d’Afrique subsaharienne – repose sur la confiance entre les participants.
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Installée en Ontario depuis quelques mois, Bintou Ahouéfa poursuit son processus d’intégration non sans difficulté.
Zineb Norry insiste sur l’importance d’une littératie financière solide pour aider les nouveaux arrivants à éviter les pièges de l’endettement et des fraudes bancaires.
«J’ai obtenu quelques renseignements sur la carte de crédit avant d’arriver au Canada. Malgré mes recherches dans les différents forums de discussion et sur des plateformes telles que YouTube, je n’ai toujours pas compris ce qu’était une cote de crédit», explique la trentenaire.
«J’ai été très surprise, dit-elle, lorsque je suis allée poser ces questions à un agent de ma banque qui a plutôt insisté sur les points» qui permettent, une fois accumulés, d’obtenir des récompenses pour les détenteurs de cartes de crédit de certaines banques.
Le crédit est l’un des besoins prioritaires des nouveaux arrivants au Canada. «Pour la location d’un logement, les propriétaires et les agences demandent souvent une vérification du crédit. Il en va de même pour la téléphonie et Internet», explique la vice-présidente régionale Mauricie et Centre-du-Québec de la Banque Nationale du Canada (BNC), Zineb Norry.
Au quotidien, «la méconnaissance des subtilités du système bancaire canadien conduit à des erreurs qui peuvent s’avérer couteuses, ou exposer les immigrants à des fraudes», remarque Zineb Norry.
Certains immigrants apprennent à leurs dépens que la carte de crédit reste un outil à manier avec prudence. C’est le cas de Sébastien Fotsing à Gloucester, en Ontario.
Sa nouvelle carte de crédit a été livrée à son ancienne adresse. Sa banque l’a plus tard prévenu que celle-ci avait été utilisée chez un réparateur automobile.
«J’ai fait une déclaration à la police qui a mené des investigations à l’issue desquelles j’ai été blanchi de tout soupçon», se réjouit aujourd’hui Sebastian Fotsing. Il croit que la preuve de changement d’adresse demandée quelques semaines plus tôt auprès de Postes Canada l’a sauvé.
Si le père de famille a eu la chance de se voir attribuer une nouvelle carte, sans pénalités, Mariama Aboul Atchang a pour sa part vu ses comptes bancaires bloqués il y a quelques semaines à cause «d’une opération frauduleuse».
«En ouvrant l’application de ma banque, j’ai constaté avoir été débité à hauteur de 341 $ par une tierce personne au nom de “Parc Omega”. J’ai essayé de joindre le parc en question, sans succès», explique-t-elle.
Même si Mariama Aboul Atchang a désormais à nouveau accès à son compte, la banque poursuit l’enquête «afin de savoir s’ils vont me restituer les fonds, ou pas», conclut-elle.
Un sondage réalisé par la société financière Interac indique que 70 % des nouveaux arrivants se sentent «plus susceptibles d’être victimes de fraudes financières que le reste de la population». De plus, 53 % des répondants déclarent qu’eux-mêmes ou un membre de leur famille ont été victimes de fraude.
L’hameçonnage, les fausses offres d’emploi et les individus se faisant passer pour des fonctionnaires sont les principales techniques employées pour tromper les immigrants.
À l’échelle de la population canadienne, les fraudes ont causé des pertes estimées à 530 millions de dollars en 2022 par le Centre antifraude du Canada (CAFC).
Pour l’experte-conseil en littératie et en éducation économique Carole Freynet-Gagné, l’éducation des immigrants aux questions de gestion du budget, d’épargne, d’impôts et d’assurances doit se faire rapidement.
Raya Avazova propose en Colombie-Britannique des conseils financiers essentiels pour une meilleure intégration des nouveaux arrivants.
«La littératie financière est un facteur important d’intégration au sein de la communauté. À mon avis, la protection du patrimoine doit faire partie des priorités du nouvel arrivant. Il y a ensuite l’employabilité et même l’entrepreneuriat.»
À New Westminster, Le Relais francophone de la Colombie-Britannique, un organisme d’aide à l’intégration des immigrants, insiste sur plusieurs aspects de la littératie financière, surtout le paiement des impôts et l’épargne.
«Parmi les nouveaux arrivants dans la province, il y a des réfugiés, très souvent des personnes âgées, qui n’ont pas mis assez d’argent de côté pour leur retraite. Il est alors important pour eux de bien gérer leurs épargnes», explique l’agente d’établissement, Raya Avazova.
À l’en croire, les immigrants s’intéressent particulièrement à l’investissement dans l’éducation de leurs enfants.
À travers les ateliers que Raya Avazova anime, les nouveaux arrivants apprennent par exemple qu’ils peuvent bénéficier de réduction d’impôts en épargnant pour les études postsecondaires de leurs enfants. «Le gouvernement britannocolombien encourage une telle démarche», explique-t-elle.
Raya Avazova encourage les nouveaux arrivants à consulter des conseillers financiers, «qui proposent souvent gratuitement des conseils sur l’épargne-retraite, les types de comptes bancaires, le crédit, etc.».
Ces professionnels, souvent liés à des compagnies d’assurance, intègrent ces échanges dans une démarche visant à présenter leurs produits.
Enseigner la littératie financière aux plus jeunes
Passionnée par l’éducation financière, Carole Freynet-Gagné aide les jeunes francophones du Manitoba à comprendre les bases de la finance pour favoriser leur intégration et leur autonomie économique.
Carole Freynet-Gagné, PDG et directrice du développement Apprentissage Illimité, un éditeur de ressources éducatives et littéraires, à Winnipeg, a créé le programme «Bons comptes, bons amis» afin d’initier les jeunes élèves francophones au système financier du pays et à la gestion de leur patrimoine.
«Quand les jeunes arrivent à l’adolescence, ils ont déjà accès à l’argent, mais ils n’ont pas encore accès à la connaissance. Nous nous sommes dit qu’il fallait commencer très tôt, en lien avec la famille.»
Le programme est enseigné dans certaines écoles francophones de provinces canadiennes, «pour préparer les jeunes, y compris ceux issus de l’immigration, à une citoyenneté engagée et responsable», conclut-elle.
* Le nom a été modifié pour des raisons de sécurité et de confidentialité.
Depuis que ces initiatives ont été annoncées, les commentaires négatifs fusent de toutes parts. On dénonce une manœuvre électoraliste indécente, injuste et improvisée qui ne cible pas les bonnes personnes.
Les personnes qui n’ont pas travaillé en 2023, comme les personnes retraitées, et celles qui n’achèteront pas de produits visés par le congé de taxe ne bénéficieront pas de la «pause de la TPS» (taxe sur les produits et services), qui sera en vigueur du 14 décembre 2024 au 15 février 2025.
Par contre, les personnes qui gagnent un bon revenu profiteront de cette pause et recevront aussi, pour la plupart, le chèque promis.
Plusieurs se demandent s’il est pertinent d’envoyer un chèque à des personnes bien nanties. Le montant maximal de 150 000 $ – après impôts – fait sourciller bien des gens. Pourquoi n’est-il pas de 100 000 $ par exemple?
Environ 1,6 million de personnes ayant un emploi gagnent entre 100 000 et 150 000 $ par année au Canada. Le gouvernement économiserait ainsi un demi-milliard de dollars.
Enfin, cette décision est annoncée tardivement, alors que le temps des Fêtes est à nos portes. Les entreprises auront-elles le temps de s’ajuster d’ici l’entrée en vigueur du congé de TPS? Les personnes qui aiment les décorations de Noël pourront-elles attendre jusqu’au 14 décembre pour acheter leur sapin?
Malgré tous ces reproches, on ne sent pas une révolte de fond au sein de la population.
Le temps des fêtes est toujours une des périodes de l’année difficile financièrement pour plusieurs personnes.
Si la question du cout de la vie est réellement préoccupante pour bien des gens, ce que les sondages semblent indiquer, l’annonce serait le coup de pouce financier tant attendu de la part de ce gouvernement.
En octobre, le premier ministre conservateur de l’Ontario, Doug Ford, annonçait qu’il prolongeait la réduction de la taxe provinciale sur l’essence et qu’il enverrait un chèque de 200 $ à tous les Ontariens et Ontariennes, peu importe leur âge, leur situation d’emploi et leurs revenus.
Si vous voulez profiter du congé de TPS pour acheter votre sapin de Noël, il faudra attendre jusqu’au 14 décembre.
Le premier ministre du Québec, François Legault, relativement centriste, a lui aussi remis des chèques de 200 $ (ou 275 $ pour les personnes seules), comme il l’avait promis en 2021. En Saskatchewan, le premier ministre Scott Moe a envoyé des chèques de 500 $ en 2022. Les deux premiers ministres seront éventuellement réélus. Notons aussi la réduction de la taxe sur les carburants en Alberta et au Manitoba.
Est-il surprenant de voir des gouvernements d’idéologie différente proposer des mesures fiscales similaires? À première vue, oui.
Les partis de droite préfèrent des États qui n’interviennent pas beaucoup dans la vie de tous les jours et, donc, qui taxent peu. En revanche, les partis plus à gauche mettent l’accent sur des services publics généreux, ce qui requiert de percevoir plus de revenus auprès des contribuables.
De voir des chefs conservateurs, comme Pierre Poilievre ou Doug Ford, vouloir réduire les taxes et impôts n’est donc pas surprenant. Ce qui l’est plus, c’est d’observer un comportement similaire de la part de Justin Trudeau et de Jagmeet Singh.
Effectivement, étant minoritaires à la Chambre des Communes, les libéraux ont besoin du soutien d’au moins un autre parti pour que leurs initiatives puissent être adoptées. Le Nouveau Parti démocratique semble plus qu’heureux d’appuyer les deux mesures fiscales que viennent d’annoncer les libéraux.
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Si nous avions atteint un seuil d’imposition trop élevé, nous comprendrions pourquoi les partis politiques, peu importe leur idéologie, appuient l’idée de réduire la charge fiscale des contribuables canadiens.
Mais les données nous montrent que ce n’est pas le cas. La population canadienne n’est ni la plus taxée ni la moins taxée de la planète.
Si on compare le Canada à l’ensemble des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) par exemple, on constate que notre fardeau fiscal correspond à la moyenne de celui des contribuables des autres pays.
Par contre, il existe très certainement une méfiance envers les impôts et les taxes depuis très longtemps au pays. À un point tel que même le Parti libéral du Canada a refusé la plupart du temps d’augmenter les impôts lorsqu’il était au pouvoir. Même s’il créait de nouveaux programmes sociaux.
Toutefois, cette méfiance envers les impôts et les taxes a été remise en question par Justin Trudeau lui-même. Lors de la campagne électorale de 2015, il promettait de baisser les impôts de la classe moyenne, mais d’augmenter ceux des mieux nantis. Une promesse qu’il a rapidement concrétisée.
Cette décision a été importante, car elle a attiré l’attention sur la question de la redistribution du fardeau fiscal. En d’autres termes, il faut se demander qui doit financer les services publics. À l’époque, le premier ministre laissait entendre que si on veut s’offrir des programmes publics, il faut réfléchir à leur financement.
Malheureusement, ce message n’a été que de très courte durée. Par la suite, surtout depuis le départ de son ministre des Finances Bill Morneau, le gouvernement libéral s’est lancé dans la création de grands programmes (soins dentaires, assurance médicaments, construction de logements sociaux, etc.) sans aborder la question de leur financement.
Il y a bien eu quelques tentatives timides, comme l’augmentation du taux d’imposition sur le gain de capital, annoncée dans le dernier budget libéral, mais le gouvernement fédéral ne les présente jamais avec grandes convictions.
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L’annonce du congé de TPS et l’envoi de chèques offrent une réponse. C’est tout simplement parce que les gens préfèrent les baisses d’impôts et les congés de taxes plutôt que d’amorcer une véritable discussion collective sur le financement des services publics.
Je ne vois pas d’autres raisons qui expliqueraient l’unanimité des différents partis à applaudir les cadeaux fiscaux, même si cela met à mal la viabilité financière de nos services publics.
Ainsi, avant de reprocher aux gouvernements leurs comportements électoralistes, demandons-nous pourquoi ils pensent que cette stratégie est payante politiquement.
Geneviève Tellier est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques budgétaires des gouvernements canadiens. Elle commente régulièrement l’actualité politique et les enjeux liés à la francophonie dans les médias de tout le pays.
Ce sont 35 % des immigrants francophones qui quittent le Canada dans les cinq ans suivant leur arrivée, fait valoir le rapport d’étude du Conference Board of Canada, publié par l’Institut pour la citoyenneté canadienne (ICC) le 15 novembre.
«Lorsque nous comparons les taux de migration subséquente des francophones, des anglophones et des allophones, nous constatons que les francophones et les anglophones sont les plus susceptibles de partir au bout de deux ans plutôt qu’au bout de cinq ans», souligne le document.
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Selon le rapport, le terme «migration subséquente» décrit le processus par lequel les immigrants quittent le Canada pour s’établir ailleurs.
Le fait que les données se terminent en 2020 «limite le rapport», observe la professeure agrégée en géographie à l’Université d’Ottawa et spécialiste en immigration canadienne, Luisa Veronis.
La dernière cohorte d’immigrants prise en compte dans les données va en fait jusqu’à 2021, indique l’Institut : «Il s’agit des personnes immigrantes qui ont payé leurs derniers impôts en 2021.»
«Les immigrants investissent beaucoup plus en venant ici que ce que nous on investit en eux», estime Luisa Veronis.
«Avant cela, le Canada n’avait pas tant investi [en immigration francophone, NDLR]», nuance Luisa Veronis.
Un fait qui, prévient-elle, la met «mal à l’aise pour tirer de grandes conclusions pour les francophones, qui ont reçu beaucoup plus d’argent depuis».
Les initiatives se sont effectivement multipliées depuis 2021 pour les francophones, avec la hausse des cibles d’immigration malgré une baisse des taux généraux de délivrance des résidences permanentes; le projet pilote pour les étudiants internationaux francophones; le projet pilote pour les communautés francophones accueillantes, etc.
Si le rapport conclut, avec ses données datant de 2021 tout au plus, que le Canada perd un tiers de sa population immigrante francophone après cinq ans, le phénomène aurait été particulièrement prononcé en Ontario et au Québec.
En Ontario, l’une des causes mentionnées dans le rapport serait une faible rétention des immigrants francophones.
Luisa Veronis a interrogé des immigrants francophones de partout au pays de 2015 à 2020 qui ont expliqué que ce que le gouvernement fédéral leur avait vendu n’était «pas ce qu’ils avaient trouvé».
«Il y a toujours un décalage, [immigrer] n’est pas exactement comme le rêve qu’on imaginait. Mais je crois que pour les francophones, il y avait un décalage qui était beaucoup plus grand.»
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Selon une étude, les francophones quittent davantage le Canada que les anglophones et les allophones.
Le rapport de l’ICC rappelle que «des études révèlent que les immigrants qui s’établissent dans une communauté de langue officielle en situation minoritaire ont plus de chances de rester et les immigrants francophones citent la présence de communautés minoritaires francophones comme un facteur important les motivant à rester».
L’une des études à laquelle Luisa Veronis a participé pour le compte de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) appuie les dires du rapport : les immigrants francophones qui restent sont ceux qui ont trouvé une communauté.
L’un des immigrants participant aux discussions dans le cadre de l’étude de le FCFA rapporte : «J’ai trouvé une communauté qui vous donne une place à l’implication. Chaque fois, soit on est venu me chercher, soit j’ai frappé à une porte et elle m’a toujours été ouverte pour m’impliquer. Donc, comment se fait cette implication? C’est d’abord par le partage des savoirs. Chacun de nous a quelque chose en plus qu’il partage soit par la télévision, soit par la radio, soit par des conférences, soit par des tables rondes, ainsi de suite. Deuxième implication, c’est au niveau du développement communautaire.»
Toutefois, des expériences d’exclusion ont été mentionnées. «Certains participants ont expliqué que leur sentiment d’appartenance variait d’un espace à l’autre.»
Par exemple, des immigrants récemment arrivés et appartenant à une minorité racisée ont dit se sentir traités différemment, avec plus d’exigence que les autres, dans certains espaces, notamment professionnels.
«Ils nous disaient qu’ils étaient dupés, déplore Luisa Veronis. Et c’était très difficile pour eux de trouver de l’emploi. Beaucoup n’avaient pas l’anglais.»
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Pour la chercheuse, la conjoncture économique reste aussi une cause des départs.
Malgré le fait que les immigrants francophones sont désormais mieux outillés à propos de l’utilisation du français au Canada à l’extérieur du Québec, «le souci reste le cout de la vie, le cout du loyer, trouver un emploi, tout ça est beaucoup plus difficile, donc ce sera à voir», analyse-t-elle.
Les immigrants africains sont particulièrement désavantagés. «Peut-être qu’ils partent après un an parce qu’ils n’ont pas le revenu qu’ils espéraient, ils ne trouvent pas l’emploi et ils ont brulé leurs économies. Ils croyaient au rêve nord-américain.»