le Lundi 29 juin 2026

Le gouvernement libéral marque un virage ce jeudi avec l’annonce d’une réduction du nombre de permis de résidence permanente, alors qu’il y a deux ans, près de 1,5 million d’entre eux devaient être accueillis jusqu’en 2025. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

FRANCOPHONIE

Le gouvernement fédéral a amorcé jeudi un tournant dans sa politique en immigration. Le nombre de résidents permanents sera réduit au cours des trois prochaines années. Au lieu de 500 000 immigrants, le Canada en accueillera 395 000 immigrants permanents en 2025, puis 380 000 en 2026 et 365 000 en 2027.

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Plus pour la francophonie : En revanche, le gouvernement souhaite avoir une cible de 33 375 immigrants francophones hors Québec en 2025; 36 100 en 2026 et 36 500 en 2027. Au lieu de 7 % d’immigration francophone en situation minoritaire annoncé pour 2025, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada vise 8,5 %.

«La question est en anglais». C’est ce qu’a lancé Larry Brock, député conservateur de Brantford—Brant, en Ontario, après que le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Jean-Yves Duclos, a répondu à sa question en français jeudi à la Chambre des communes.

Ce qu’il répond : «Ce qu’on vient d’entendre est une insulte à tous les députés francophones de cette Chambre, y compris les députés conservateurs francophones!», a rétorqué, outré, Jean-Yves Duclos.

En conférence de presse après l’incident, le ministre Duclos a affirmé qu’il s’agissait d’un «mépris pour le choix fondamental que nous avons comme députés, y compris comme députés francophones, de nous exprimer dans la langue de notre choix».

«C’est la base ici : les questions peuvent être posées en anglais ou en français et les réponses peuvent être en anglais ou en français», a assuré le président de la Chambre, Greg Fergus, en réponse à la gronde provenant des banquettes libérales.

Le gouvernement canadien, par le biais du ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, Randy Boissonnault, a annoncé la création d’un groupe consultatif pour stimuler la création et la diffusion de la recherche en français.

La mission : Les dix personnes désignées devront formuler des recommandations et développer une stratégie fédérale pour développer la recherche en langue française, en tenant compte des besoins des communautés de langue officielle en situation minoritaire et du Québec.

Le cout : Le gouvernement fédéral a investi 8,5 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir plus largement la recherche en français. 

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CANADA

Neuf personnes autochtones et noires sont mortes sous les balles de la police canadienne en l’espace de six semaines, entre septembre et octobre, d’un bout à l’autre du pays.

Un groupe de mères autochtones et noires, dont les jeunes ont été tués sous des balles de la police au cours des dernières années, a demandé mardi au gouvernement une enquête publique sur les dérives policières. «Arrêtez de nous tuer», a lancé l’une d’entre elles en conférence de presse. Sa fille, décédée par le tir d’un policier «n’avait rien fait». 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

En conférence de presse mardi, des mères autochtones et noires sont venues demander au gouvernement de déclencher une enquête publique pour stopper la «brutalité policière».

Ce qu’elles disent : «On a réalisé que c’est impossible d’avoir une justice dans ce pays. On veut guérir, mais sans justice il n’y a pas de guérison. On est tellement fatigués que les provinces ne nous prêtent pas attention», a affirmé Laura Holland, une mère Wet’’suwet’’en dont le fils a été tué par la police en 2021.

«Quand un membre de la police tue un membre de votre famille, il tue toute votre famille.»

Un débat d’urgence avait été demandé en septembre par le Nouveau Parti démocratique (NPD) au Parlement, mais rien de concret n’en est ressorti.

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La saga : Selon des informations de Radio-Canada publiées la semaine dernière, 24 frondeurs libéraux auraient fait circuler une lettre à l’intérieur du parti pour demander le départ de leur chef.

Pourquoi c’est important : Ce document remet en cause le leadeurship de Justin Trudeau dans un contexte où les sondages ne sont déjà défavorables au Parti libéral du Canada.

Ce qu’ils disent : Certains députés libéraux ont parlé des «frustrations de collègues», sans jamais donner de noms. D’autres ont fui les questions des journalistes ou ont simplement nié qu’il y avait des discussions concernant le leadeurship de Justin Trudeau, à l’instar de la ministre du Revenu national Marie-Claude Bibeau, lors de son entrée au Parlement mercredi. 

Après des discussions «franches et honnêtes» selon le député québécois de Pierrefonds—Dollard, Sameer Zuberi, «qu’on avait besoin d’avoir», selon Sophie Chatel, députée de Pontiac, Justin Trudeau a lancé avoir un «parti libéral uni».

Sans répondre à la question à savoir si M. Trudeau devrait rester chef, Sophie Chatel assure de son côté avoir pu «s’exprimer librement». 

En réponse : Les signataires de la lettre demandaient une réponse de leur chef avant le 28 octobre. Justin Trudeau y a répondu lors de la conférence de presse sur l’annonce en immigration : Non, il ne quittera pas.

Mercredi, la Banque du Canada a baissé son taux directeur de 0,5 point à 3,75 %. Le taux directeur est un outil de la Banque du Canada pour contrôler l’inflation.

Pourquoi ça compte : La croissance économique a été d’environ 2 % au cours de la première moitié de l’année, avec des prévisions de 1,75 % pour la seconde moitié. L’inflation est descendue sous les 2 %. La consommation totale progresse, mais par habitant, elle diminue.

Jagmeet Singh, chef du NPD, a annoncé jeudi qu’il déposera une motion sur l’élargissement de l’accès à l’avortement au Canada, avec le Parti conservateur du Canada dans sa ligne de mire, divisé sur la question. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Le chef du Nouveau Parti néodémocratique, Jagmeet Singh, et la députée de Winnipeg Centre, Leah Gazan, ont annoncé jeudi leur prochaine motion d’opposition en Chambre. Elle visera l’élargissement de l’accès à l’avortement.

Ce qu’ils disent : «Poilievre a lui-même voté en faveur de ces tentatives pour restreindre le droit de choisir cinq fois et a déclaré qu’il laisserait son caucus poursuivre les attaques contre les femmes», assure le communiqué de presse du NPD. 

Après plusieurs annonces restrictives en matière d’immigration ces derniers mois, notamment pour les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires, le gouvernement fédéral confirme sa volonté de juguler l’immigration au Canada, avec le Plan des niveaux d’immigration 2025-2027.

«Cela permettra une pause dans la croissance de la population au cours des deux prochaines années», a affirmé d’emblée le premier ministre, Justin Trudeau, en conférence de presse jeudi.

Alors qu’il avait annoncé un objectif de 500 000 résidents permanents entre 2024 et 2026, le gouvernement fait volteface et vise désormais 395 000 immigrants permanents en 2025, puis 380 000 en 2026 et 365 000 en 2027.

Ottawa a toutefois revu à la hausse ses cibles en immigration francophone en situation minoritaire, par rapport à celles annoncées en  2023.

Le fédéral souhaite accueillir 33 375 résidents permanents francophones hors Québec en 2025; 36 100 en 2026 et 36 500 en 2027.

La cible en immigration francophone à l’extérieur du Québec passe ainsi de 7 % à 8,5 % en 2025.

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Cibles en immigration francophone hors Québec

«Une tendance à l’imiter l’érosion francophone»

L’annonce s’inscrit dans la «tendance à limiter l’érosion francophone hors Québec», estime en entrevue avec Francopresse le vice-président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Ibrahima Diallo.

«Mais en même temps, à la fin de 2027, on a prévu une cible de 12 %», rappelle-t-il.

Il n’en reste pas moins qu’il y aura une «réduction des places dans la plupart des programmes», a-t-on confirmé en breffage technique aux journalistes, en marge de la conférence de presse, jeudi.

Le nombre de permis de travail pour les conjoints de travailleurs temporaires sera aussi réduit et limité.

«Changement de ton»

De son côté, le porte-parole du Bloc québécois en matière d’immigration pour le Bloc québécois, Alexis Brunelle-Duceppe, observe un «changement de ton» de la part du gouvernement libéral, qui fait face à plusieurs frondeurs au sein de son parti.

En conférence de presse, il interprète aussi un «aveu» du gouvernement fédéral : «500 000 immigrants par an, c’était beaucoup trop élevé.»

Ibrahima Diallo voit lui aussi une réaction «épidermique» du cabinet Trudeau. «Il faut comprendre que l’immigration est un continuum. On ne peut pas juste faire venir les gens, les débarquer et dire “tiens on a atteint les chiffres!” Il faut des mesures d’accompagnement.»

Le gouvernement a confirmé que le nombre de résidents temporaires sera réduit à 5 % de la population canadienne d’ici fin 2026.

Des restrictions majeures avaient touché cette catégorie d’immigrants en septembre dernier. Ottawa avait réduit le nombre de visas délivrés aux étudiants étrangers et aux travailleurs temporaires ainsi qu’à leurs conjoints et conjointes.

Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) avait aussi écopé de plusieurs conditions, plus restrictives.

À lire aussi : Moins de permis d’études : l’immigration francophone encore dans l’incertitude

En 2025, plus de 158 000 immigrants temporaires seront admis comme résidents permanents, a précisé le gouvernement, qui souhaite prioriser les personnes qui sont déjà au Canada.

La population canadienne devrait décroitre de plus de 445 000 personnes en 2025 et 2026.

En outre, «si davantage de clients appliquent par rapport aux places limitées, cela pourrait avoir un impact de temps de traitement», assure une agente d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

Depuis des semaines, l’hypothèse d’élections fédérales imminentes agite la vie politique canadienne. Le gouvernement minoritaire du premier ministre libéral Justin Trudeau est plus que jamais sur la sellette à la Chambre des Communes. Certains analystes prédisent un scrutin national d’ici la fin de l’année, d’autres seulement en 2025. 

À l’occasion de son assemblée générale annuelle, l’ACFA a organisé un panel de discussion sur les enjeux des prochaines élections fédérales. De gauche à droite, Charlie Mballa, Nathalie Lachance, Erica Norton et Sarah Biggs. 

Photo : Arnaud Barbet - Le Franco

Quelle que soit la date, l’associée du cabinet d’affaires publiques Biggs-Olsen, Sarah Biggs, appelle les organismes communautaires francophones à recueillir les préoccupations de la société civile.

«Il faut identifier un ou deux problèmes qui comptent vraiment et mettre la pression pour se faire entendre, en particulier dans le camp conservateur», insiste l’analyste politique, qui a participé à un panel sur le sujet à l’occasion de l’assemblée générale de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) le samedi 19 octobre.

Depuis un an, les sondages donnent en effet les conservateurs en tête, avec en moyenne 15 à 20 points d’avance sur les libéraux. 

«[Si les conservateurs] rentrent au pouvoir, les francophones devront militer plus fort pour maintenir des services en français. Je ne suis pas sure que la Loi sur les langues officielles soit leur priorité», prévient Sarah Biggs. 

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Le silence des conservateurs sur les enjeux de la francophonie canadienne ne surprend pas le professeur Frédéric Boily : «Leur discours est axé sur l’inflation, le cout de la vie, les questions économiques dominent.» 

Photo : Courtoisie

Risque de compressions 

Sarah Biggs s’attend par ailleurs à des compressions dans des programmes sociaux «jugés non nécessaires» et s’inquiète du sort des ententes pour des garderies à 10 dollars par jour.

Le professeur de sciences politiques au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily, se montre, lui, plus rassurant : «Les conservateurs ne sont pas aussi généreux que d’autres partis, ils pourraient réduire certaines dépenses, mais je ne pense pas qu’il y aura de coupures drastiques.»

Le politologue estime que les ententes et les programmes les plus menacés seront probablement ceux adoptés plus récemment.

En revanche, la promesse du chef conservateur, Pierre Poilievre, de réduire les financements de la CBC, avec un effet domino sur Radio-Canada, préoccupe fortement les deux spécialistes.

Aux yeux des experts, l’immigration est un autre dossier à surveiller de près. «Pierre Poilievre s’est engagé à maintenir la vitalité des communautés francophones, mais on n’a pas encore beaucoup de détails sur cette question», observe Frédéric Boily. 

Pour le politologue Charlie Mballa, les conservateurs sous-estiment le poids politique des communautés francophones en situation minoritaire. 

Photo : Arnaud Barbet

«Derrière, la question financière est transversale, car nous avons besoin d’argent pour financer les services et les infrastructures en français et donner l’envie aux nouveaux arrivants de s’installer et de rester», poursuit le professeur adjoint en sciences politiques au Campus Saint-Jean, Charlie Mballa. 

Pour l’instant, Pierre Poilievre s’est montré relativement discret sur les enjeux qui touchent les communautés francophones en situation minoritaire. 

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Discours dominé par l’économie

Ce silence ne surprend pas du tout Frédéric Boily : «Son discours est axé sur l’inflation, le cout de la vie, les questions économiques dominent. Il table sur le fait que les francophones trouvent leur compte là-dedans.»

«Il y a une sous-estimation du poids politique de nos communautés, de leurs intérêts stratégiques, ajoute Charlie Mballa, qui a pris part au panel de l’ACFA. C’est un calcul politique de mettre l’accent sur d’autres priorités qui constituent de plus grosses réserves de voix.»

En cas de victoire de Pierre Poilievre, Sarah Biggs s’inquiète des compressions budgétaires dans de nombreux programmes sociaux qui pourraient toucher les francophones en milieu minoritaire au Canada. 

Photo : Courtoisie

Pour Sarah Biggs, ce manque d’intérêt reflète une «certaine méconnaissance» de la francophonie en situation minoritaire, en particulier dans l’Ouest : «Nous sommes souvent oubliés, le focus est sur le Québec et l’Ontario.»

Les conservateurs ont néanmoins tenté de changer leur image de «parti qui ne comprend pas les francophones», considère Frédéric Boily. 

«Durant les débats accompagnant l’adoption de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, ils ont été assez actifs. Leur porte-parole, Joël Godin, était très au fait du dossier», affirme-t-il. 

L’absence de discours clair sur la francophonie canadienne traduit également la volonté des conservateurs de «décentraliser la question linguistique au niveau des provinces», selon Charlie Mballa.

«Leur idéologie est de ne pas s’immiscer dans le travail des provinces. Ils sont donc embarrassés au niveau fédéral, préfèrent être plus en retrait pour ne pas se contredire», analyse le chercheur. 

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Analyser les discours, attendre les plateformes 

«Ils sont moins entreprenants et intrusifs que les libéraux dans leurs relations avec les provinces. Ils préfèrent les laisser gérer les dossiers qui relèvent de leurs champs de compétence», abonde dans le même sens Frédéric Boily.  

Charlie Mballa voit dans cette volonté de décentralisation un risque «de recul ou du moins de stagnation des acquis» pour les francophones en situation minoritaire, car Ottawa a joué ces dernières années un rôle de chef de file dans l’application du bilinguisme.

La présidente de l’ACFA, Nathalie Lachance, parle d’un «travail de longue haleine» à propos de la sensibilisation des partis politiques aux enjeux des communautés francophones en situation minoritaire. 

Photo : Courtoisie

«Il ne faut pas tomber dans le piège du fédéral qui vient toujours à la rescousse des francophones. Les communautés doivent être capables de transiger avec le provincial», nuance Frédéric Boily. 

En attendant le dévoilement des futures plateformes, Charlie Mballa invite la population à suivre l’évolution et la cohérence des discours des chefs de parti, qui essayent de plus en plus de s’éloigner de leur «orthodoxie idéologique» afin d’élargir leur base électorale.

En Alberta, l’ACFA multiplie déjà les rencontres avec les personnes élues et les formations politiques.

«C’est absolument important de s’assoir avec les candidats pour qu’ils soient familiers de nos dossiers et de nos enjeux, qu’ils connaissent mieux nos spécificités», souligne la présidente de l’ACFA, Nathalie Lachance, également participante au panel. 

La responsable insiste sur le «travail de longue haleine» à mener avec tous les partis, «bien avant la campagne électorale», pour gagner des «alliés de la francophonie un peu partout».

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Supposons qu’un politicien fasse une déclaration qui, disons, étire la vérité. Une partie de la population se demandera pourquoi personne ne dénonce ce mensonge flagrant. L’autre partie, elle, défendra le politicien.

Cette généralisation est un exemple parfait d’un biais de confirmation. Il s’agit de la tendance qu’a notre cerveau à chercher, à interpréter et à se rappeler les informations qui confirment – et confortent – notre vision du monde tout en rejetant celles qui la contredisent.

Ainsi, un mensonge a beau être irrationnel pour une partie de la population, s’il permet à une autre partie de dire «Ah ah! Je le savais», il sera accepté comme étant une vérité par cette dernière.

Le biais de confirmation n’est pas le seul des biais cognitifs qui nous empêche de naviguer objectivement l’océan d’informations dans lequel baigne le monde moderne. Il est cependant la source de beaucoup de tensions dans les publications sur les réseaux sociaux.

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Le monde depuis notre fenêtre

Pour fonctionner et survivre, l’être humain a dû développer la capacité de prendre des décisions rapidement. Les expériences antérieures et les connaissances acquises sont devenues essentielles à une prise de décision efficace.

Dans un monde stable et cohérent, il n’est pas nécessaire de tout remettre en question lorsque vient le temps de prendre une décision. D’où l’utilité du biais de confirmation. Il permet aussi de garder une certaine cohésion sociale dans des petits groupes.

Par contre, ce monde stable et cohérent n’existe (presque) plus. La vie dans une société composée de millions de personnes n’a rien à voir avec la vie des groupes nomades ou des petites cités-États. Les relations et les interactions entre tous les citoyens sont vertigineusement plus complexes.

Mais le biais de confirmation reste bien implanté. Notre subconscient a pris l’habitude de seulement prendre en compte notre point de vue, nos besoins, notre façon de voir le monde afin de pouvoir réagir rapidement.

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Votre biais et vos réseaux sociaux

Les réseaux sociaux exploitent majestueusement bien notre biais de confirmation. Les algorithmes sont programmés pour nous présenter des informations de même nature que les précédentes dans le but de nous rendre accros et d’agir sur notre dopamine.

Très rapidement, l’internaute crée une bulle qui laisse entrer très peu ou pas de points de vue divergents au sien.

Celles et ceux qui ne prennent pas l’habitude d’aller voir ailleurs, de mettre leurs croyances à l’épreuve, se creusent une tranchée de plus en plus profonde d’où il peut être difficile de sortir.

Plus nos convictions sont fortes, plus il est ardu d’accepter les faits qui les contredisent.

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Contourner le biais grâce… aux médias

Les médias font en ce moment les frais des biais de confirmation.

Les données du Digital News Report 2024 soulignent que seulement 46 % des francophones – et à peine 39 % de l’ensemble de la population canadienne – font encore confiance aux médias. Une baisse importante en quelques années seulement, puisque le taux de confiance général s’élevait à 55 % en 2016.

La lecture des médias traditionnels a été remplacée chez certaines personnes par la consultation de sites Web et de vidéos qui présentent plus d’opinions que de faits. Les bulles se sont souvent construites autour de préjugés, de demi-vérités et de mensonges.

Il faut donc mener une lutte consciente contre notre biais de confirmation. Pour y arriver, il faut commencer par consulter des médias variés qui permettent d’obtenir plusieurs points de vue crédibles sur un enjeu.

Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi garder un degré de scepticisme équivalent pour toutes les informations que l’on reçoit.

Le scepticisme à géométrie variable est très présent dans les cercles conspirationnistes. Les adeptes remettent en question toutes les déclarations des sources officielles, sans nécessairement chercher à analyser la véracité ou les intentions des sources qui confortent leurs croyances ou des messages à l’origine des théories du complot.

Si vous pensez avoir une intelligence supérieure à la moyenne et ainsi être à l’abri du biais de confirmation, détrompez-vous.

Une recherche a montré que les personnes qui ont une plus grande capacité de raisonnement s’en servent souvent pour dénicher les informations étayant leur conception du monde et pour rationaliser le rejet de tout ce qui ne fonctionne pas à leur avantage.

À vous de montrer que vous n’êtes pas à la merci de vos instincts.

Alors que s’amorçait la dernière semaine de consultation de la Commission sur l’ingérence étrangère, le panel sur le renforcement de la «résilience démocratique» s’est surtout prêté lundi à un exercice de définitions.

Alors que les experts rassemblés lançaient leurs idées de stratégies pour renforcer la résilience démocratique, Tanja Börzel, la directrice du pôle d’excellence Contestations of the Liberal Script à l’Université libre de Berlin, invitée par la Commission, a proposé une piste pour la définir.

La résilience démocratique, ce n’est pas juste résister. C’est la capacité à s’adapter face à des menaces externes sans compromettre les principes démocratiques.

— Tanja Börzel

Interrogé par Francopresse sur la question, le professeur émérite de l’Université d’Ottawa, François Rocher, croit que la résilience démocratique est une mauvaise piste : «Ici, il ne s’agit pas de s’adapter à l’ingérence étrangère, il ne s’agit pas de s’assurer d’une résilience démocratique. Il s’agit plutôt de contrer l’ingérence de pays tiers dans les choix démocratiques qui sont faits par les citoyens.»

Pistes de résilience

Devant la Commission, le journaliste parlementaire Stephen Maher a plaidé pour une éducation des citoyens sur la nécessité de s’informer pour renforcer leur confiance envers leurs institutions et les médias et, ainsi, appuyer la résilience démocratique.

Les gens les plus suspicieux sont ceux qui prêtent le moins d’attention aux nouvelles. D’un autre côté, il faut que les gens des médias soient humbles. Il ne faut pas faire de propagande ou de dogmes.

— Stephen Maher

Pour la professeure Tanja Börzel, une approche gouvernementale ne suffit pas, il faut une mobilisation de toute la société. «La bonne nouvelle, c’est que le Canada dispose d’un fort capital de confiance en ses institutions, selon des données de l’OCDE.»

En effet, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a enquêté en 2023 sur la confiance dans les gouvernements nationaux/fédéraux dans le monde. Celle des Canadiens atteignait 49 %, un score supérieur à la moyenne mondiale de 39 %.

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En 2023, l’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) évaluait la confiance des Canadiens dans leur gouvernement fédéral à 39 %. 

Photo : Courtoisie OCDE

La spécialiste recommande de «penser à des stratégies sur le renforcement de la résilience plutôt que détecter, dissuader et punir l’ingérence étrangère».

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La résilience, «un concept un peu vide»

«C’est comme arriver avec le gâteau avant d’avoir mis des ingrédients dedans», analyse François Rocher.

Pour ce dernier, puisque le niveau de confiance des citoyens baisse, «on ne peut pas arriver avec une solution en disant que l’on met sa confiance à l’endroit des institutions. On ne peut pas dire “on va faire confiance aux gens pour qu’ils partagent le vrai du faux” si on est sous une pluie de faussetés [de désinformation, NDLR]. Il faut commencer par ouvrir le parapluie».

La résilience démocratique est «un concept un peu vide», insiste François Rocher. «Ça [laisse croire] que les citoyens sont un peu responsables de leur propre sort et ça donne lieu à toutes sortes de dérives.»

Définir l’ingérence pour mieux s’y attaquer

La question de la définition de l’ingérence étrangère a aussi créé un obstacle lors de ce premier panel d’experts. Même si elle a déjà été définie par la Commission.

Qu’est-ce que l’ingérence étrangère?

«Les activités influencées par l’étranger qui sont des menaces envers la sécurité du Canada sont celles : qui touchent le Canada ou s’y déroulent, qui sont préjudiciables à ses intérêts, qui sont de nature clandestine ou trompeuse ou comportent des menaces envers quiconque», définit la commissaire Marie-Josée Hogues, qui mène l’Enquête publique sur l’ingérence étrangère, dans son rapport initial.

François Rocher trouve le concept de résilience démocratique «étrange». 

Photo : Courtoisie

Pour le professeur de philosophie de l’Université de Warwick au Royaume-Uni, Qassim Cassam, il faut absolument une définition de l’ingérence étrangère «facile à comprendre pour être utilisable», afin de se doter d’un cadre de travail fiable.

Selon lui, cette définition inclut les «formes traditionnelles d’ingérence, mais aussi la forme moins traditionnelle, comme celle de la désinformation lors de campagnes électorales sur les médias sociaux, par exemple».

Avec une définition «on veut que nos filets attrapent les poissons que l’on veut, pas les poissons que l’on ne veut pas», illustre l’universitaire.

C’est tout l’inverse pour son collègue Hoi Kong, professeur et titulaire de la Chaire de la Très Honorable Beverley McLachlin en droit constitutionnel, à l’Université de la Colombie-Britannique. : «Il ne faut pas perdre du temps à définir l’ingérence mais se concentrer davantage sur le pourquoi de sa régulation et identifier les activités qui en font partie.»

Les panels sur d’autres thèmes qui seront tenus cette semaine aideront la Commissaire à bâtir son rapport, qui devra être déposé avant le 31 décembre.

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«L’absence de la langue comme dimension d’analyse dans la production de données sur le marché du travail entraine un manque d’information», rapportent la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) et deux organismes collaborateurs dans une étude de 2022.

Autrement dit, l’étude souligne un problème majeur : l’exclusion de questions linguistiques dans des analyses gouvernementales des besoins en main-d’œuvre.

Selon Richard Kempler, les gens d’affaires francophones de l’Ontario favorisent les résidents permanents. 

Photo : Courtoisie

Le 26 septembre dernier, le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) a été ajusté par Ottawa afin de diminuer la dépendance canadienne envers ces travailleurs.

Pour développer cette mesure, le gouvernement se fonde sur le portrait économique actuel, notamment le haut taux de chômage général au Canada, qui semble indiquer que la pénurie de main-d’œuvre est chose du passé dans la plupart des secteurs.

Mais dans une réponse écrite à Francopresse, Statistique Canada confirme que le taux de chômage des francophones hors Québec pour l’année 2024 n’est pas connu.

Si ce taux reste élevé au niveau national et si les besoins généraux en matière de main-d’œuvre étrangère peuvent être moins importants qu’avant, cela ne veut pas nécessairement dire que la situation est la même pour les communautés francophones.

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Depuis le 26 septembre, certaines demandes d’études d’impact sur le marché du travail (EIMT), qui permettent de recruter des travailleurs étrangers temporaires, pour des emplois à bas salaire sont affectées par les mesures suivantes :

Il existe toutefois quelques exceptions à ces règles, notamment pour les employeurs des secteurs de la santé et de la construction, où la limite du nombre de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire est maintenant de 20 %.

«Mes CPE seraient fermés»

«Sans nos immigrants, sans nos employés temporaires, qui pour la plupart réussissent à avoir la résidence permanente après un an de travail, on ne pourrait pas fonctionner. […] Mes CPE seraient fermés présentement parce que je n’aurais aucun employé», affirme la directrice générale de l’Association des centres de la petite enfance francophones de l’Île-du-Prince-Édouard, Kathleen Couture.

Pour recruter des éducatrices à l’étranger, celle-ci passe par le volet Mobilité francophone, ce qui lui évite de devoir faire une EIMT. Ce volet, indépendant du PTET, demeure intact.

C’est un avantage pour les  employeurs qui y ont recours, car, comme le note Mme Couture, «dans un contexte [francophone] minoritaire, ce n’est pas facile de trouver des francophones».

«Nous avons besoin de quelqu’un avec un diplôme de 2 ans pour être éducatrice de la petite enfance. C’est certain qu’il y a des programmes pour qu’ils puissent aller chercher leur formation, mais l’intérêt n’est vraiment pas là», dit-elle.

Ottawa souhaite prioriser les travailleurs déjà sur place, mais dans le cas des garderies francophones, ces travailleurs sont rares.

«On ne dit pas qu’on ne veut pas d’immigrants, nuance la directrice. Mais on veut aussi que les étudiants de 11e et 12e année commencent à regarder la petite enfance comme une carrière possible.»

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Aucune exemption à l’horizon

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, n’a de son côté pas entendu d’inquiétudes par rapport aux changements apportés au PTET. «Par contre, je me rappelle quand le gouvernement a fait des changements au niveau des permis d’étude, raconte-t-il. Ça allait affecter grandement les institutions postsecondaires francophones, puis il y a eu un rajustement.»

«Je peux imaginer que les entrepreneurs francophones vivent un peu d’inquiétude et d’anxiété vis-à-vis des changements au programme», déclare Fabien Hébert. 

Photo : Courtoisie

Il évoque la pénurie de main-d’œuvre qui persiste dans certains secteurs et se demande si le gouvernement prévoit mettre en place des mesures spécifiques pour les francophones, «comme il l’a fait pour les permis d’étude».

Selon une source au bureau du ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles – qui ne peut être identifiée parce qu’elle ne peut pas parler aux médias –, il n’existe actuellement aucun plan qui exempterait les francophones des mesures qui visent le PTET.

«Je peux juste imaginer que les entrepreneurs francophones doivent vivre des inquiétudes, clairement», ajoute Fabien Hébert.

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Quelques domaines susceptibles

Dans une réponse écrite, le directeur général de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), Richard Kempler, explique que les domaines de l’hôtellerie, du tourisme et de la restauration sont les plus susceptibles de souffrir des nouvelles mesures.

Pour le reste, il n’anticipe que peu de répercussions sur le fonctionnement des entreprises membres de la FGA.

«Nos employeurs privilégient l’embauche de travailleurs bénéficiant de la résidence permanente, et ce, en raison de l’investissement en temps comme en argent pour leur formation et de la nécessité de retenir les employés qualifiés», écrit-il.

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Calculer la francophonie

Le professeur d’économie de l’Université Carleton à Ottawa, Christopher Worswick, voit dans ce resserrement du PTET un «petit pas» vers l’éloignement des programmes d’immigration temporaire, dont il est critique.

Pour plusieurs raisons, il favorise plutôt une immigration qualifiée et permanente. Mais dans deux cas particuliers, il s’avère moins sévère dans l’utilisation de programmes d’immigration temporaire.

Selon Christopher Worswick, il est plausible que le taux d’emploi général au Canada ne s’applique pas à la réalité francophone. 

Photo : Courtoisie

«Je pense que le cas francophone est peut-être similaire au cas de l’agriculture, en ce sens qu’il n’y a peut-être pas beaucoup de gens prêts à occuper ces postes, en tout cas à l’extérieur du Québec.»

«Pour les employeurs qui cherchent des employés francophones à l’extérieur du Québec, je pense qu’il est juste de dire que le taux d’emploi général est peut-être non pertinent, ajoute-t-il. Mais je me demande s’il n’y a pas moyen de calculer le taux d’emploi des francophones.»

Sans avoir de réponse à la question, l’économiste suggère de prendre des pôles géographiques francophones comme Sudbury ou tout l’Ontario et de calculer le taux d’emploi des francophones.

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Les unions entre Autochtones et colons européens sont survenues très tôt dans l’histoire de la Nouvelle-France. Le premier enfant connu d’un couple mixte est André Lasnier, né vers 1619 à Port Latour, en Acadie, fils de Louis Lasnier et d’une «Canadienne». 

La naissance d’une véritable communauté métisse dans ce qui est aujourd’hui le Canada se déroule cependant bien plus tard et bien plus loin des côtes de l’océan Atlantique. La traite des fourrures en sera la genèse.

Au cours du XVIIe siècle, coureurs des bois, trappeurs et négociants français, puis ceux nés en Nouvelle-France, prennent d’assaut la région des Grands Lacs. Plusieurs de ces aventuriers s’unissent avec des femmes autochtones. Mais ce n’est qu’au siècle suivant que de petits groupes familiaux mixtes s’établissent un peu à l’écart des Autochtones et des Blancs. 

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La Terre de Rupert octroyée à la Compagnie de la Baie d’Hudson équivalait au tiers du Canada actuel. 

Photo : Wikimedia Commons, Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 3.0

La Compagnie de la Baie d’Hudson

En 1670, la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) voit le jour. Elle obtient une charte royale britannique qui lui donne le monopole du commerce de la fourrure dans la «Terre de Rupert», un immense territoire allant du nord du Labrador jusqu’aux Rocheuses. 

Bon nombre d’officiers et autres employés de la Baie d’Hudson fondent des familles avec des Autochtones. 

En 1811, la CBH accorde à l’un de ses actionnaires, l’Écossais Thomas Douglas, comte de Selkirk, un vaste territoire qui couvrait cinq fois la superficie de l’Écosse et qui s’étendait de la Saskatchewan actuelle jusqu’au nord-ouest de l’Ontario d’aujourd’hui, débordant même dans des parties des états américains actuels du Minnesota et du Dakota du Nord.

Lord Selkirk y fonde une colonie au confluant des rivières Rouge et Assiniboine, dans le Manitoba actuel. Il attire des Écossais et des Irlandais pour peupler le nouvel établissement, qui devient la première colonie agricole du Canada.

Les conflits prennent fin lorsque les deux compagnies fusionnent en 1821. La nouvelle Compagnie de la Baie d’Hudson se retrouve alors avec un surplus d’employés. 

«Wigwam», un Métis saulteaux, communauté autochtone du nord-ouest de l’Ontario, 1858. 

Photo : Bibliothèque et Archives Canada / Fonds Humphrey Lloyd Hime / c016447

Mais la naissance de cette colonie est perçue comme une menace par la grande rivale de la CBH, la Compagnie du Nord-Ouest (CNO), et par les Métis qui l’approvisionnent ou qui y travaillent, dont Cuthbert Grant. Celui-ci prend la tête d’un groupe de Métis qui décide d’expulser les colons de la rivière Rouge. Lors d’un combat, le gouverneur de la colonie, Robert Semple, et plusieurs habitants trouvent la mort.

En conséquence, plusieurs agents métis décident de partir pour aller s’installer à la rivière Rouge avec leur famille. C’est à cet endroit que prendra naissance la communauté métisse du Manitoba.

Mais d’autres conflits surviennent. En 1835, la CBH prend directement le contrôle de la colonie de la rivière Rouge et forme le Conseil d’Assiniboine, qui devient un véritable gouvernement local au sein duquel les habitants métis et canadiens-français y sont représentés aux côtés des Écossais et des Irlandais.

D’une colonie à une province

Au cours des prochaines décennies, les Métis deviennent de plus en plus nombreux au sein de la colonie et s’opposent avec plus de vigueur au Conseil d’Assiniboine. 

Les membres du gouvernement provisoire, avec Louis Riel au centre. 

Photo : Bibliothèque et Archives Canada / Fonds Topley Studio / a012854

En 1867, c’est la Confédération; deux ans plus tard, la CBH vend la Terre de Rupert au gouvernement du Canada. Les Métis sont offusqués que tout se soit passé sans qu’ils aient un mot à dire.

Ottawa pousse la provocation en dépêchant des arpenteurs pour cartographier la région, sans égard aux Métis qui y habitent. 

Craignant l’arrivée massive de colons anglo-protestants de l’Ontario, les Métis, menés par un jeune membre instruit de leur communauté du nom de Louis Riel, chassent les arpenteurs et s’emparent d’un poste de traite. C’est la «Rébellion de la rivière Rouge».

Quelques mois plus tard, un gouvernement provisoire, dont Louis Riel devient le président, est chargé de négocier l’annexion de la colonie au Canada comme cinquième province.

Des conseillers de Louis Riel emprisonnés, ici devant le palais de justice de Regina, aout 1885. 

Photo : Bibliothèque et Archives Canada / O.B. Buell / Fonds Ernest Brown / c006688b

La pendaison du chef des Métis, Louis Riel, est un évènement majeur dans l’histoire du Canada. Photographié ici entre 1870 et 1873. 

Photo : Bibliothèque et Archives Canada / Fonds Jean Riel / e011156648

Les pourparlers mènent à la création du Manitoba en juillet 1870, avec certaines garanties et certains privilèges pour les Métis, dont la promesse d’une réserve de 1,4 million d’acres de terre.

Mais entretemps, un certain Thomas Scott, qui avait tenté de renverser le gouvernement provisoire, est condamné à mort par une cour martiale, quelques mois avant la création de la province. En aout, un détachement militaire envoyé par Ottawa pour maintenir la paix cherche à venger Scott. Riel fuit aux États-Unis.

Malgré les promesses de la Loi sur le Manitoba, des centaines de Métis sont chassés de leurs terres par des colons, principalement ontariens, et trouvent refuge plus à l’ouest. Les Métis de cette région entreprendront à leur tour une résistance, la «Rébellion du Nord-Ouest», en convainquant Louis Riel de revenir de son exil et d’en prendre la tête. 

Après la défaite à Batoche, Riel se rend et est pendu le 16 novembre 1885.

La lutte se poursuit 

Au Manitoba, les Métis ne constituent alors plus que 7 % de la population. Au cours des décennies suivantes, les Métis de l’Ouest seront confrontés à la pauvreté, au racisme et au dénigrement. De nouvelles organisations prennent forme pour défendre leurs droits et font quelques gains.

Wab Kinew (né Wabanakwut) a marqué l’histoire en octobre 2023 en devenant le premier Autochtone à être élu premier ministre d’une province canadienne. 

Photo : Wikimédia, domaine public.

Les revendications et les pourparlers des années 1960 et 1970 aboutissent à l’adoption de la Charte des droits et libertés en 1982, dans le cadre du rapatriement de la Constitution canadienne. Les Métis sont reconnus en tant que peuple autochtone au même titre que les «Indiens» (nom alors utilisé pour désigner les Premières Nations) et les Inuits.

En 2013, la Cour suprême du Canada reconnait que le fédéral a failli à son obligation de distribuer aux Métis les terres promises lors de la création du Manitoba. Des négociations s’ensuivent et aboutissent à une entente en 2016 entre la Fédération métisse du Manitoba et Ottawa.

Puis, en 2021, les deux parties signent un accord reconnaissant l’autodétermination et l’autonomie gouvernementales de la communauté métisse. En 2023, le fédéral reconnait certains gouvernements métis de l’Ontario, de la Saskatchewan et de l’Alberta.

En octobre 2023, Wab Kinew est élu premier ministre du Manitoba. Il est le premier autochtone à réaliser cet exploit dans une province canadienne. Comme il l’avait promis en campagne électorale, la première loi qu’il fait adopter par l’Assemblée législative est la reconnaissance de Louis Riel comme premier premier ministre du Manitoba.

Une longue, très longue boucle de bouclée.

La faculté d’éducation et celle des sciences fournissent des informations sur les formations en français, tandis que la French Cohorte en affaires publiques et relations internationales, un programme phare du BAFF avec 65 % des cours en français, est également représentée.

Donner un sens à la pratique du français

Assis à une table pour déjeuner, Elliot 18 ans et Clara 17 ans, entament leurs premières années à l’université. Nés et élevés à Vancouver, ils ont tous les deux ajouté une mineure de français à leur formation. «J’étudie la physique mais j’adorerais enseigner les sciences en français», explique le jeune homme qui a été scolarisé dans une école secondaire en français. Aucun des deux n’utilisent la langue avec leur entourage familial, alors ils cherchent à s’associer à la communauté pour pratiquer. «C’est génial de pouvoir m’agripper à ces événements en français parce qu’en dehors de l’université, je n’y vais pas», ajoute-t-il. Même si de plus en plus de programmes proposent une mineure en français, des obstacles récurrents subsistent dans la poursuite d’études en français en Colombie-Britannique.

Si le cœur de la mission du BAFF est de permettre à des jeunes adultes de poursuivre des études postsecondaires en français, en milieu minoritaire, il ne s’arrête pas là. Et le directeur Gino LeBlanc tient à le souligner : «Notre deuxième mandat, tout aussi important, est de faire rayonner les cultures francophones», pose-t-il. Ses propos sont parfaitement illustrés dans le discours d’Anika Clark, une étudiante en quatrième année de la French Cohorte qui témoigne de ses doutes et de ses succès. «C’est lors d’un voyage à Winnipeg que j’ai pu enfin parler le français dans un contexte autre qu’académique et c’était incroyable» s’émerveille-t-elle au micro.

Le Printemps de la francophonie comme outil 

Pour le directeur, il est difficile de s’attacher à une langue si on ne l’utilise pas dans la vie quotidienne. Et pour « donner un sens de pratiquer le français », le BAFF organise chaque année depuis 14 ans, soit presque aussi longtemps que sa propre existence, le Printemps de la francophonie. Prévu au mois de mars, il rassemble divers arts comme la littérature, la musique et le théâtre. L’an passé, une conférence avait reçu la célèbre écrivaine québécoise d’origine vietnamienne Kim Thuy. 

Après vingt ans d’existence du BAFF, Gino LeBlanc attribue cette réussite au lien étroit et fort avec la communauté francophone de la Colombie-Britannique. «C’est la communauté qui a eu l’idée de créer le BAFF en 2004, rappelle-t-il en préambule de son discours. Le BAFF, c’est le projet de la charte des libertés et celui des langues officielles». Et ce maillage avec la communauté se retrouve aussi dans le mode de gouvernance du bureau. Le comité consultatif est convoqué deux fois par an pour avoir des retours sur les décisions importantes. «Je porte le flambeau de deux directions avant moi, précise Gino LeBlanc. Je pense que la clé c’est qu’on s’est développé étapes par étapes», pointe-t-il. Avec huit étudiants au départ, il compte aujourd’hui 30 programmes différents et plus de 5 000 étudiants formés en français en milieu minoritaire.

À l’ère des réseaux sociaux et des plateformes numériques aux offres surabondantes venant d’ailleurs, les jeunes regardent de moins en moins la télévision traditionnelle au Canada.

Une majorité des 18 à 34 ans (62 %) regardent la télé par Internet, contre 42 % chez les 35 à 54 ans et seulement 18 % chez les 55 ans et plus, observe le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) dans un récent rapport.

Dans ce nouveau paysage audiovisuel, les chaines et les maisons de production tentent de s’adapter.

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«En contexte francophone minoritaire, les conseils scolaires, les enseignants, les écoles deviennent nos alliés», témoigne Fabienne L’Abbé. 

Photo : Courtoisie Slalom

S’adapter pour ne pas être zappé

«On regarde beaucoup ce qui se fait ailleurs, sur le Web, et c’est toujours du montage très rapide, beaucoup de graphismes, une présentation très informelle», remarque la directrice des coproductions et des acquisitions chez TFO, Marianne Lambert.

«On s’inspire de ce que les jeunes connaissent déjà. On sait que les ados aiment bien se filmer pour partager des mouvements de danse ou partager une opinion sur quelque chose», observe la productrice de Slalom, Fabienne L’Abbé, comme les vidéos sur Snapchat ou TikTok.

La maison de production ottavienne alimente d’ailleurs ses propres réseaux sociaux pour rester connectée avec son public, en montrant par exemple les coulisses de ses tournages.

«La chose la plus importante, c’est de passer du temps avec les jeunes, être curieux, qu’est-ce qui les intéresse, qu’est-ce qui les interpelle», poursuit la productrice.

Néanmoins, bien que pédagogiques, les émissions doivent rester divertissantes et visuellement attrayantes pour capter l’intérêt des jeunes, indique-t-elle, surtout quand ils grandissent et que le facteur «cool» devient important.

«La famille, c’est un facteur important pour que les jeunes puissent regarder la télé aussi […] si les parents eux-mêmes ne regardent pas beaucoup la télé, c’est sûr que les jeunes ne seront pas nécessairement des consommateurs de ce médium-là», remarque Stéphane Villeneuve. 

Photo : Courtoisie

Stéphane Villeneuve, professeur au Département de didactique à l’Université de Québec à Montréal (UQÀM), estime que la télévision a un gros travail de markéting à faire pour attirer les jeunes, étant donné que la vie sociale de la nouvelle génération se passe maintenant essentiellement en ligne.

«Les réseaux sociaux tentent de nous rendre accros au contenu par l’utilisation de leur plateforme tandis que la télé n’a pas été construite pour ça. Les gens ne peuvent pas interagir avec l’écran de télé», constate le spécialiste.

Pour être plus compétitif, le médium devra peut-être intégrer des éléments interactifs, imagine-t-il, évoquant au passage l’intelligence artificielle.

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Temps d’écran et santé publique

Dans un monde où tout est «très, très rapide, le contenu est consommé en moins de 15-20 secondes sur Instagram», commente Stéphane Villeneuve. «C’est pas facile d’assoir un jeune et de dire “OK, regarde ça pendant une heure”.»

Pour Andréanne Gagné, la télévision a encore un rôle à jouer auprès des jeunes, mais a-t-elle les moyens financiers de le faire? «De moins en moins», tranche la chercheuse. 

Photo : Courtoisie

«La télévision confinait l’usage de l’écran de l’enfant à un lieu, un moment, un contenu […] Alors que maintenant, avec notre cellulaire, on traine ça dans notre poche», illustre de son côté la professeure titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, Andréanne Gagné.

«En termes de santé publique, la télévision représente encore cet avantage-là.»

Selon elle, restreindre l’usage des écrans favoriserait un développement plus équilibré chez les jeunes. Elle évoque, par exemple, l’interdiction des cellulaires dans les écoles de certaines provinces.

La télévision offre en outre un cadre plus structuré. La publicité destinée aux enfants est règlementée par le CRTC, rappelle-t-elle.

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Intelligence émotionnelle et écoanxiété

Les thèmes des émissions ont aussi changé, ou du moins évolué. «Cette année, on parle beaucoup d’intelligence émotionnelle […] apprendre à identifier les émotions, les écouter, les réguler», décrit Marianne Lambert. Même chez les tout-petits.

«On observe et on entend parler du niveau d’anxiété qu’ils ont déjà. Si je compare à mon enfance – je suis dans la mi-quarantaine – je ne savais même pas c’était quoi l’anxiété», confie la directrice du développement et productrice exécutive, enfance et jeunesse chez TFO, Renée Paradis.

«On a vraiment fait très, très, très visuel pour aller chercher les jeunes», témoigne Simon D’Amours, réalisateur et producteur, évoquant Va jouer dehors, une série qui encourage les jeunes à sortir au grand air. 

Photo : Courtoisie

«Notre approche dans la série Effet Domino, c’est de toujours regarder le positif et de dire, oui ça, c’est le fait, mais il y a toujours de l’espoir et c’est comme ça qu’on rencontre les jeunes», appuie Renée Paradis. 

Photo : Courtoisie

La productrice Geneviève Cousineau rappelle que ce sont les parents qui ont le contrôle sur la manette, pour les plus petits téléspectateurs. 

Photo : Courtoisie Slalom

Selon le réalisateur dans l’Ouest canadien Simon D’Amours, l’intelligence émotionnelle reste trop souvent négligée, tant dans les contenus pour les jeunes que dans la société en général, alors que «c’est la base», estime-t-il.

Certaines productions abordent également l’écoanxiété, tout en évitant d’ajouter à l’inquiétude ambiante. «On essaie d’avoir un angle positif, d’outiller les jeunes, de ne pas être défaitistes, de donner des solutions. On veut leur montrer que chaque petit geste compte», explique Marianne Lambert. Elle prend l’exemple de la série Effets dominos, qui met en lumière des initiatives pour protéger la planète.

Pour inspirer les jeunes, SLALOM propose des contenus qui évoquent la citoyenneté numérique, les métiers spécialisés ou encore l’entrepreneuriat. «On vient répondre à un besoin, mais on vient aussi piquer la curiosité», témoigne la productrice Geneviève Cousineau.

Sans oublier de mettre à l’écran «des jeunes qui leur ressemblent, qui parlent avec tous les accents de la francophonie canadienne», souligne-t-elle.

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La série Cirkus s’adresse aux enfants de 6 à 8 ans. «C’est sûr que de rejoindre notre public à cet âge-là, c’est un peu plus difficile. On doit passer par les parents en premier pour pouvoir les intéresser», avoue Geneviève Cousineau. 

Photo : Antoine Simard-Legault

Identités francophones

Les émissions jeunesse mettent également en lumière la diversité culturelle et linguistique, un sujet essentiel dans les communautés francophones en situation minoritaire, insiste Marianne Lambert.

«Il y a beaucoup de gens qui sont issus de l’immigration, donc c’est important de montrer ça dans tous nos contenus.»

Marianne Lambert souligne l’importance pour les diffuseurs éducatifs de proposer des contenus divertissants tout en restant pédagogiques et de créer un environnement sûr pour les jeunes téléspectateurs, sans publicité. 

Photo : Courtoisie

La série Hôtel Beyrouth suit notamment la trajectoire d’une famille qui a fui la guerre au Liban à la fin des années 1980 pour s’installer à Ottawa. «L’histoire est racontée à travers les yeux de deux enfants de cette famille», précise la directrice.

«On célèbre la diversité des accents, on aime qu’il y ait différents accents, d’Afrique, d’Acadie, du Manitoba», ajoute-t-elle.

Les chaines en français jouent un rôle important dans la préservation et la promotion de la culture francophone, dans un contexte où l’accès au contenu anglophone est omniprésent, appuie Stéphane Villeneuve.

Pour Geneviève Cousineau, cela contribue à renforcer la fierté francophone des jeunes sur le long terme. «Si on ne produit plus de séries jeunesse en français, ça va être difficile de garder ces gens-là attachés à la culture et à vouloir consommer de la télévision francophone en tant qu’adulte.»