le Jeudi 12 février 2026

René Arseneault est devenu député fédéral libéral de Madawaska–Restigouche, au Nouveau-Brunswick, en 2015.

De 2019 à 2021, il a occupé la fonction de secrétaire parlementaire de la ministre du Développement économique et des Langues officielles de l’époque, Mélanie Joly. Il est membre du Comité permanent des langues officielles depuis septembre 2016 et en assume la présidence depuis décembre 2021.

Il a notamment déposé, en 2024, le projet de loi C-347, qui visait à rendre optionnel le serment d’allégeance à la Couronne britannique pour les élus canadiens. Un serment «humiliant», selon lui.

Son projet a été défait, à 197 voix contre 113, notamment parce qu’une majorité de ses collègues libéraux ont voté contre. À l’issue du vote, l’hymne national britannique God Save the King avait éclaté en Chambre des communes.

Aujourd’hui, le député acadien est prêt à mettre un terme à son aventure politique. Après presque dix ans de service public, il rentrera chez lui pour amorcer un nouveau chapitre de sa vie.

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Francopresse : Pourquoi quittez-vous la politique?

René Arseneault : Pour des raisons [familiales]. Ça fait cliché, mais c’est la réalité. À un moment donné, il n’y a plus la passion de faire de la politique.

J’ai le privilège de le faire, de travailler pour nos organismes à but non lucratif, avec nos municipalités, avec nos PME, mais tout ça, ça apporte un sacrifice qui est la négligence, si on veut, de sa propre famille. Le poids de ce sacrifice commence à être aussi lourd ou même un peu plus lourd que la passion.

Et puis, en région rurale, les avions ne sont pas vraiment commodes par rapport aux horaires qu’on a. Si je prends un train, c’est dix-sept heures de route [pour me rendre à Ottawa depuis ma circonscription]. La plupart du temps, je conduis. C’est neuf heures et demie ou dix heures de route : aller dix heures, retour dix heures. Ça devient épuisant.

Donc le poids de ça fait en sorte qu’on se néglige, qu’on néglige sa famille immédiate, ses parents, son réseau d’amis qu’on a depuis toujours.

Je suis devenu grand-père récemment et je tiens à être là avec ma petite fille et mes futurs petits-enfants qui, espérons-le, vont venir en quantité.

Quel bilan dressez-vous pour les langues officielles, après presque dix ans de gouvernement libéral?

La modernisation de notre Loi sur les langues officielles (C-13), ç’a été une expérience extraordinaire, et je pense qu’on a fait du bon boulot. Espérons que dans les cinq prochaines années, on verra quel effet ça va donner.

Le Commissaire aux langues officielles, par exemple, a des dents pour sévir, ce qui n’existait pas au cours des 52 dernières années.

Le fait que l’immigration fait maintenant partie de cette loi quasi constitutionnelle comme étant une solution pour ramener la proportion francophone hors Québec à ce qu’elle était en 1971, c’est extraordinaire.

Ce ne sont que des exemples.

Aussi, il y a quelques années, le Parti libéral a demandé à Statistique Canada qu’on fasse parvenir [à la population] le formulaire court sur les ayants droit. Et le dernier recensement, celui de 2021, nous donne des données extraordinaires de qui sont ces ayants droit, où ils sont situés.

Avant, c’était des luttes de 10, 12, 15 ans pour faire construire des écoles, parce qu’il fallait que le nombre [d’ayants droit le] justifie. Maintenant, avec le recensement de 2021, on sait exactement combien il y en a par quartier, par rue, par code postal.

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René Arseneault (à droite), à côté du député acadien libéral Darrell Samson, lors de la sanction royale du projet de loi C-13. Le sénateur acadien René Cormier est au micro, avec derrière lui Ginette Petitpas Taylor (en rouge) et Monia Fortier (en blanc). 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Êtes-vous optimiste par rapport à l’avenir de la francophonie hors Québec?

Quand j’étais jeune [dans les années 1970], René Lévesque avait dit des francophones hors Québec que nous étions des canards morts. En anglais, des dead ducks. Dans les années 1990, Yves Beauchemin, un auteur bien connu, nous avait traités de cadavres encore chauds.

Je peux vous dire que les cadavres sont toujours assez fringants. […] Et on est toujours là parce qu’il faut toujours se battre. La francophonie hors Québec, comme le dit l’adage, c’est un combat continuel, c’est le combat d’une vie.

Le latin est tombé, le grec est tombé. Il y a des pays comme la Finlande et la Suède qui sont des petits pays qui doivent aussi se battre contre la marée anglophone et qui sont bien plus petits que nous, les francophones hors Québec. Et nous, on a l’avantage d’être [la cinquième] langue la plus parlée [au monde], la deuxième en Occident.

Mais il ne faut pas être naïf, il faut toujours garder l’œil ouvert et il faut se lever plus tôt, puis se coucher plus tard que les autres pour faire valoir nos droits.

Comment interprétez-vous le fait que certains libéraux aient voté contre le projet de loi C-347?

Il y avait beaucoup d’incompréhension. C’était un vote libre. Évidemment, quand on ne sait pas quel côté voter, on regarde comment va voter notre gouvernement.

Mon projet de loi était tout simple. Je regrette que mon gouvernement n’ait même pas pris le temps de me parler à ce sujet-là et de s’assoir pour avoir un dialogue académique sur le côté juridique de cette modification constitutionnelle qui, je le répète, est mineure, n’a aucun effet sur les provinces, n’a aucun effet sur l’architecture constitutionnelle du Canada et ne concerne que les futurs députés et sénateurs à être assermentés.

J’ai des regrets, ça laisse une petite cicatrice à mon cœur d’Acadien et de francophone hors Québec, mais ce n’est pas la raison pour laquelle je ne me représente pas en politique. C’était une goutte parmi tant d’autres.

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Parlons de votre propre avenir. Avez-vous des projets?

C’est certain que je retourne dans le secteur privé. […] Ça se pourrait très bien que je retourne au droit, que je devienne un avocat consultant… tout est possible.

Puis si je suis chanceux, je vais faire de la musique! C’est une blague, parce que je suis musicien, mais on peut dire que je n’ai pas composé ma dernière chanson. Il en reste encore beaucoup à composer.

Les propos ont été réorganisés pour des raisons de longueur et de clarté.

Les francophones en situation minoritaire sont de plus en plus nombreux à vivre en zone urbaine. Selon Statistique Canada, en 2021, 57 % résidaient dans une région métropolitaine de 100 000 habitants ou plus, contre 45 % dix ans plus tôt.

«La concentration de la majorité des nouveaux arrivants de langue française dans les grandes villes joue pour beaucoup dans ce phénomène d’urbanisation», analyse Jean-Pierre Corbeil, professeur associé au département de sociologie de l’Université Laval, à Québec.

«Les immigrants préfèrent s’installer dans des centres qui font preuve de dynamisme économique avec de l’emploi à proximité, mais aussi des services et des écoles», poursuit le chercheur.

Les francophones éparpillés

La ville attire, certes, mais «la tendance des francophones en situation minoritaire à s’urbaniser reste en deçà de celle des Canadiens de langue anglaise résidant hors Québec», précise Étienne Lemyre, analyste au Centre de démographie de Statistique Canada.

Le sociologue Jean-Pierre Corbeil explique qu’historiquement, les quartiers francophones des grandes villes étaient des zones relativement pauvres : «Les francophones avaient un statut socioéconomique et des revenus moyens inférieurs à ceux des anglophones.» Photo : Courtoisie

Photo : Courtoisie

En 2021, 74 % de la population anglophone à l’extérieur de la Belle Province vivait ainsi dans une région métropolitaine de 100 000 habitants ou plus.

Dans la plupart des grandes agglomérations, les francophones en situation minoritaire sont éparpillés sur l’ensemble du territoire, explique Étienne Lemyre. Halifax, Toronto, Edmonton, Calgary ou encore Vancouver ne comptent pas de quartier francophone.

«L’existence d’une école française témoigne néanmoins de la présence d’une communauté francophone dans un rayon de 25 kilomètres», avance Jean-Pierre Corbeil.

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Départ francophone dans le Grand Sudbury

Statistique Canada vient de terminer une étude sur les migrations dans le Grand Sudbury, car la région métropolitaine de 163 000 habitants dans le nord de l’Ontario connait une baisse du nombre de francophones.

Ils ne représentent plus que 23 % de la population, contre 27 % en 2006, alors même que le nombre total de Sudburois a augmenté sur la même période.

«Les francophones qui quittent le Grand Sudbury ont entre 17 et 29 ans. Ils partent à la recherche d’un emploi ou pour leurs études vers Montréal ou Ottawa», expose Gabriel St-Amant, coauteur de l’étude, dont les résultats ont été présentés au Colloque «La ville et ses frontières linguistiques», organisé par le Réseau de la recherche sur la francophonie canadienne à l’Université de Moncton les 21 et 22 aout.

Néanmoins, «ces migrations ont joué à la marge sur la décroissance de la population francophone», insiste le statisticien. À ses yeux, le principal facteur serait plutôt la «perte de transmission du français entre les générations.»

Bastions francophones à Ottawa, Moncton et Winnipeg

À cause de la dispersion géographique des francophones, Étienne Lemyre estime que «le français est susceptible d’être moins utilisé», que ce soit à la maison, au travail ou dans l’espace public. «La représentation politique de la minorité linguistique peut s’en trouver affaiblie.»

«L’accès aux services en français est aussi plus difficile, ajoute Jean-Pierre Corbeil. Des parents peuvent mettre leurs enfants en immersion ou dans des établissements anglophones, car l’école en français est trop loin de chez eux.»

D’après Étienne Lemyre de Statistique Canada, le poids démographique des francophones dans leurs bastions historiques tend à diminuer, notamment à Ottawa et Winnipeg. 

Photo : Courtoisie

Trois grands centres urbains font cependant exception. Le quartier Saint-Boniface à Winnipeg, ceux de Vanier, Côte-de-Sable et Basse-Ville à Ottawa, ainsi que le centre-ville de Moncton constituent des enclaves francophones historiques.

Seule ombre au tableau, «le poids démographique des francophones dans ces quartiers tend à diminuer et à tomber sous le seuil des 50 %», observe Étienne Lemyre.

«Les francophones et les anglophones ont tendance à vivre aux mêmes endroits, il y a plus de mixité», complète l’analyste.

À Vanier, 60 % des habitants parlaient le français en 1971, ils n’étaient plus que 36 % en 2021.

Selon Étienne Lemyre, plusieurs hypothèses pourraient expliquer cette évolution démographique. La population francophone vieillissante laisserait la place à de nouvelles générations beaucoup plus «mobiles», prêtes à s’installer dans des environnements anglophones. La multiplication des mariages exogames avec un conjoint anglophone pourrait également être une piste.

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Le français invisible 

De son côté, Jean-Pierre Corbeil considère que la désaffection des nouveaux arrivants pour les quartiers historiquement francophones pourrait causer ce déclin.

«Les immigrants ne vont pas nécessairement s’établir là où réside déjà une communauté de langue française, beaucoup d’autres facteurs entrent en ligne de compte, souligne le sociologue. Ils s’installent en priorité là où résident des gens de leur pays d’origine, c’est le premier incitatif.»

La bonne nouvelle vient d’Acadie. Au Nouveau-Brunswick, Dieppe et les quartiers est de Moncton sont devenus une région majoritairement francophone au cours des dernières années.

L’Université de Moncton à proximité semble attirer une population immigrante et jeune, âgée de 18 à 24 ans.

— Étienne Lemyre.

Si quelques quartiers francophones subsistent à travers le pays, ils restent très discrets dans le paysage urbain. «La langue minoritaire n’est pas suffisamment affichée et valorisée alors qu’elle devrait avoir pignon sur rue, regrette Jean-Pierre Corbeil. On a besoin de plus d’invitation à utiliser le français dans l’espace public, c’est le nerf de la guerre.»

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Plus sur la francophonie

Plus de 2,7 millions de dollars seront octroyés sur deux ans à l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, pour moderniser les équipements spécialisés de ses trois campus, afin qu’ils «répondent aux normes actuelles du marché du travail», peut-on lire dans le communiqué de presse paru jeudi.

Une moitié sera versée par le gouvernement fédéral, l’autre par la province. Des travaux de rénovation sont notamment prévus sur les campus d’Edmundston et de Shippagan.

Le financement devrait également permettre de remplacer l’équipement informatique de l’établissement.

Plus de 2,7 millions de dollars seront octroyés sur deux ans à l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, pour moderniser ses équipements.

Photo : Archives Acadie Nouvelle

Si l’éducation reste une compétence provinciale, certains acteurs du milieu souhaitent la mise en place d’une stratégie nationale sur le postsecondaire, incluant une réflexion sur le financement des établissements francophones en s’appuyant sur la Loi sur les langues officielles.

Selon la sénatrice indépendante Lucie Moncion, une telle stratégie permettrait notamment d’investir dans les infrastructures des universités, sans empiéter sur les champs de compétences des provinces.

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Le gouvernement fédéral a annoncé jeudi un investissement de près de 590 000 dollars pour accompagner de nouveaux entrepreneurs francophones dans l’Est de l’Ontario, dans le cadre du programme CACIA-IDE (Communauté d’affaires du CÉSOC pour l’incubation et l’accélération d’entreprise – Initiative de développement économique), qui sera lancé en septembre 2024.

Piloté par le Conseil Économique et Social d’Ottawa-Carleton (CÉSOC), ce nouveau programme de mentorat devrait soutenir jusqu’à 100 entrepreneurs francophones, dont 50 entreprises, dans leur démarche. Ils pourront notamment bénéficier de formations et de séances interactives.

Cet investissement s’inscrit dans le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 du gouvernement fédéral.

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Transport à l’arrêt, gel des embauches et financement pour les pensionnats autochtones

Le ministre du Travail fédéral Steven MacKinnon a imposé jeudi un arbitrage exécutoire pour mettre fin au conflit de travail dans le réseau ferroviaire. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Les deux principales compagnies ferroviaires du pays, le Canadien Pacifique Kansas City (CPKC) et la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) ont mis leurs 9 300 employés en lockout, un peu après minuit, jeudi.

«Les compagnies de chemins de fer ne se soucient pas des agriculteurs, des petites entreprises, des chaines d’approvisionnement ou de leurs propres employés. Leur seul objectif est d’augmenter leur bénéfice net, même si cela signifie mettre en péril l’ensemble de l’économie», a affirmé par communiqué Paul Boucher, le président de la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada, le syndicat qui représente les travailleurs des deux compagnies. Ce dernier avait déposé un préavis de grève de 72 heures le 18 aout.

Les compagnies ferroviaires et le premier ministre québécois François Legault ont pressé le gouvernement fédéral d’agir cette semaine pour éviter la grève, sans succès.

Une grève dans le secteur pourrait priver l’économie canadienne de plus de 106 millions de dollars par jour, ont estimé dans un communiqué les Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEC).

Le ministre du Travail, Steven MacKinnon, a annoncé jeudi en fin d’après-midi en conférence de presse qu’il imposait un arbitrage exécutoire final. Il a demandé au Conseil canadien des relations industrielles de prolonger la durée des conventions collectives actuelles jusqu’à ce que de nouvelles soient signées.

À peine deux heures plus tard, le Canadien National a annoncé la fin du lock-out dès 18 h jeudi et a immédiatement mis en œuvre un plan de reprise de son réseau canadien.

Jeudi toujours, les pilotes d’Air Canada ont voté en faveur d’un mandat de grève, qu’ils pourraient déclencher dès le 17 septembre.

Les négociations entre les employés et la compagnie aérienne sont en cours depuis juin 2023 et sont supervisées par un conciliateur. Les pourparlers devraient prendre fin lundi prochain et être suivis d’une période de réflexion de trois semaines.

Québec a demandé et obtenu d’Ottawa la suspension temporaire du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) dans la région de Montréal, pour les emplois dont le salaire est inférieur à 27,47 $/heure, dès le 3 septembre prochain.

Dans le viseur du gouvernement provincial : le volet des postes à bas salaires du PTET, le fédéral comme Québec craignant un abus de la part des employeurs canadiens.

Ottawa avait déjà annoncé début aout que «certaines régions» seraient ciblées par des mesures pour lutter contre la fraude dans le cadre du PTET.

Toutefois, «les employeurs qui présentent une demande d’EIMT pour des postes dans certains groupes de l’industrie du Système de classification des industries de l’Amérique du Nord ne seront pas touchés, dont ceux des secteurs de l’agriculture, de la construction, la transformation des aliments, l’éducation, de la santé et des services sociaux», indique par communiqué le gouvernement fédéral.

Mardi, le premier ministre François Legault a également annoncé le dépôt d’un projet de loi à l’automne pour encadrer la venue d’étudiants étrangers sur le territoire québécois, pour notamment mettre fin à des «abus».

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«Notre intention était de financer le plus grand nombre d’initiatives possible, mais nous reconnaissons que le manque de flexibilité de ces changements était une erreur», a déclaré Gary Anandasangaree.

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Il n’y aura plus de plafond de 500 000 dollars pour les projets visant la recherche des enfants qui ne sont pas rentrés chez eux après avoir fréquenté des pensionnats, a annoncé le gouvernement fédéral vendredi dernier.

«Notre intention était de financer autant d’initiatives que possible, mais nous reconnaissons que le manque de flexibilité de ces changements a été une erreur», a admis le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Gary Anandasangaree, par voie de communiqué.

Les communautés pouvaient auparavant recevoir jusqu’à 3 millions de dollars par an par l’intermédiaire du Fonds de soutien communautaire pour les enfants disparus des pensionnats.

La décision de plafonner ce financement avait soulevé une vague de critique en juillet dernier.

Les récents changements apportés au Fonds «n’ont pas respecté notre engagement solennel de retrouver les enfants», a déclaré Gary Anandasangaree.

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Le 31e rapport sur la fonction publique du Canada déposé par Justin Trudeau cette semaine à la Chambre des communes a pour but de rappeler les politiques exercées cette année par le gouvernement, telles que la construction de nouveaux logements ou encore l’accès aux soins dentaires pour les Canadiens.

Le rapport évoque aussi les efforts pour faire progresser «la réconciliation, la lutte contre le racisme, l’équité, la diversité et l’inclusion», et ainsi favoriser un «changement de culture» au sein de la fonction publique.

Une volonté présente, mais entachée de plusieurs ratés, puisqu’un recours à l’initiative de fonctionnaires fédéraux racisés est en cours pour faire reconnaitre qu’une inégalité de traitement et d’accès à des opportunités professionnelles existe entre eux et leurs collègues blancs.

La vérificatrice générale avait d’ailleurs souligné les manquements de la fonction publique à cet égard dans un rapport.

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Le 8 aout dernier, à Halifax, le ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, Randy Boissonnault, annonçait un investissement de 227,9 millions de dollars sur cinq ans dans le cadre d’ententes bilatérales pour soutenir l’offre de services offerts aux communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM).

Selon Rémi Léger, des clauses linguistiques dans les ententes garantiraient une considération des besoins des CLOSM. 

Photo : Courtoisie

Ces ententes, signées avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, visent des secteurs de juridiction provinciale tels que la santé, l’éducation et les services de garde.

«Dans la Constitution de 1867, on partage les pouvoirs entre le fédéral et les provinces et on partage aussi les pouvoirs de taxation», explique Rémi Léger, professeur agrégé de sciences politiques à l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique.

«Sauf que ce pouvoir de taxation est inégal : celui du gouvernement fédéral est plus étendu que celui des provinces», souligne-t-il. Ce déséquilibre permet au gouvernement fédéral de dépenser dans des champs de compétences provinciales, comme la santé et l’éducation.

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Pallier un manque d’ambition

Si certaines ententes bilatérales sont spécifiques aux francophones en situation minoritaire, c’est que le fédéral, soumis à la Loi sur les langues officielles, «veut appuyer le français et anglais à l’échelle fédérale», estime le chercheur.

«Les provinces et territoires n’ont pas toujours cette même ambition. […] Au fil des années, le gouvernement fédéral a compris que s’il voulait effectivement faire la promotion de ces deux langues, il allait devoir lui-même intervenir, parce que certaines provinces étaient très peu ou pas du tout intéressées par ce projet.»

Au niveau des langues officielles, plusieurs gouvernements se fient sur le fédéral pour offrir des services en français.

— Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA)

«Toutes les ententes bilatérales visent à aider les provinces et territoires à offrir des services provinciaux, territoriaux et municipaux dans la langue de la [CLOSM]», confirme le bureau de Randy Boissonneault par courriel.

Et pour la reddition de compte, le gouvernement fédéral effectue une vérification annuelle «à l’aide de rapports sur les dépenses et les résultats soumis par les gouvernements des provinces et territoires», lit-on.

Mais selon Rémi Léger, les ententes non spécifiques aux CLOSM ne leur assurent pas systématiquement une offre de services. «Dans certains cas, [les francophonies] ne sont pas du tout impliquées.»

C’est pour cette raison, ajoute-t-il, qu’une discussion sur les clauses linguistiques de ces accords a eu lieu ces dernières années.

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Un nouveau mode de consultation

Lors de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, la FCFA avait plaidé pour intégrer de telles clauses dans les ententes, afin d’obliger le fédéral à rappeler aux provinces et territoires, lors les négociations, l’importance de fournir des services aux francophones.

Liane Roy prévoit des changements dans les négociations à cause de la nouvelle Loi sur les langues officielles. 

Photo : Courtoisie

«L’exemple parfait, raconte Liane Roy, c’est quand le fédéral a annoncé, il y a quelques années, le beau programme de garderies à dix dollars par jour. On s’est aperçu que plusieurs provinces ne donnaient pas de services de garde en français à dix dollars par jour.»

Pour savoir ce dont ont besoin les francophones, les gouvernements ont longtemps consulté les associations porte-parole des francophones en situation minoritaire ou les groupes dont le mandat est spécifique à un enjeu, comme l’éducation. Liane Roy donne l’exemple des regroupements de parents «qui mettaient pression envers les gouvernements provinciaux ou territoriaux».

«Mais depuis la nouvelle Loi sur les langues officielles, le fédéral a un devoir de consulter les communautés. C’est bien écrit dans la loi», fait-elle remarquer. «Là, on attend la règlementation pour qu’ils nous définissent ce que veut dire une consultation.»

Quand, comment et par l’entremise de qui seront consultés les francophones hors Québec? Un projet de règlement devrait être déposé au Parlement début 2025, a assuré la présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand.

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Inviter les francophones à table

Pour l’instant, l’obligation de consultation les CLOSM ne s’applique pas au cadre des négociations, réservé aux provinces et au gouvernement fédéral.

Jean-Michel Beaudry explique qu’au Manitoba, dans certains cas, c’est la communauté francophone elle-même qui livre les services en français. 

Photo : Courtoisie

La Société de la francophonie manitobaine (SFM), par exemple, ne prend pas forcément part à ces discussions. Elle doit espérer que les enjeux qu’elle soulève auprès de la province seront reflétés dans les ententes finales.

«La SFM n’est pas nécessairement impliquée directement», confirme le directeur général de la SFM, Jean-Michel Beaudry. «Je pense que la meilleure pratique serait peut-être de s’assoir tous les trois à l’entour de la table.»

Rémi Léger aimerait aussi voir des ententes tripartites : «Je comprends que la francophonie ne va pas mettre d’argent sur la table, mais le parallèle qu’on peut faire, c’est avec les populations autochtones. Lorsque des ententes sont conclues, [celles-ci] sont de plus en plus présentes à la table.»

Des secteurs chauds

Selon Liane Roy, le continuum de l’éducation francophone, notamment les garderies et le postsecondaire, reste le secteur à prioriser dans les ententes bilatérales. Elle met surtout l’emphase sur la petite enfance.

Si tu n’as pas accès à des services de garde en français et que tu dois envoyer tes enfants dans des garderies anglophones, c’est plus difficile après de réintégrer le système scolaire francophone.

— Liane Roy

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Jean-Michel Beaudry ajoute aux enjeux importants le tourisme, les sports et loisirs, le développement économique et les services municipaux. Mais peu importe l’enjeu, il arrive que la francophonie ait à se retrousser les manches elle-même.

Le Manitoba «est une province où les services gouvernementaux, dans certains cas, ne sont pas offerts directement par la province. On a bâti ensemble la capacité communautaire pour offrir ces services», illustre le directeur général. Des centres francophones, par exemple, viennent pallier le manque d’offre à l’aide des ententes.

«L’épuisement militant, c’est une pente très douce et très longue. Au fond de soi, on le sait, mais c’est très difficile d’arrêter. C’est une bataille contre soi-même, on repousse constamment ses limites», confie l’ancienne directrice générale d’Actions Femmes Île-du-Prince-Édouard, Johanna Venturini.

Julie Gillet a été directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick de 2020 à 2023, avant de «craquer». 

Photo : Courtoisie

La Franco-Canadienne prend la tête de l’organisme francophone en 2020 avec l’ambition de «faire réellement bouger la société». Investie dans la cause féministe depuis ses études postsecondaires, elle voit dans ce «poste de pouvoir» l’occasion de faire passer son engagement «à un niveau supérieur».

Très vite, la trentenaire est confrontée à un casse-tête insoluble ou presque : faire renaitre de ses cendres un organisme à l’arrêt depuis des années.

Assurer la gestion de l’organisme et de l’équipe, répondre aux attentes du conseil d’administration et de la communauté, rencontrer les politiciens et politiciennes, faire des demandes de financement, représenter l’organisme dans les médias et les évènements nationaux, la liste des tâches est longue.

«Je savais que ça allait être un gros challenge personnel, mais là, c’était beaucoup trop sur les épaules d’une seule personne, avoue-t-elle aujourd’hui. En plus, l’incertitude perpétuelle liée aux financements me causait une énorme anxiété.»

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Une passion dévorante qui épuise

Julie Gillet, directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick de 2020 à 2023 et chroniqueuse pour Francopresse, a elle aussi dû composer avec le manque chronique de ressources humaines et financières, la pression constante «intenable sur le long terme» et des semaines de travail à 80 heures où elle devait courir de réunion en réunion.

Après des années sur le devant de la scène, la Franco-Ontarienne Marie-Pierre Héroux préfère désormais former des jeunes, leur donner les clés pour défendre leur langue et leur culture. 

Photo : Courtoisie

«Quand on fait ça, ça touche aux tripes. On ne peut pas rentrer chez soi le soir et tout oublier. La fatigue est omniprésente», explique-t-elle, ajoutant toutefois avoir trouvé «beaucoup de joie» en travaillant avec des gens passionnés qui partagent les mêmes idéaux.

La Franco-Ontarienne Marie-Pierre Héroux a également l’engagement chevillé au corps. En 2016, lors de son entrée à l’Université Laurentienne, à Sudbury en Ontario, l’anglicisation à l’œuvre dans l’enseignement postsecondaire réveille plus que jamais sa fibre militante.

L’étudiante s’engage alors corps et âme dans le mouvement en faveur de la création d’une université franco-ontarienne, qui deviendra l’Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto.

Propulsée sur le devant de la scène publique «sans le vouloir», l’ancienne présidente du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) frise le «burnout».

«C’était la lutte de ma vie […] Et j’en avais beaucoup trop dans mon assiette, j’avais l’impression que si je ne répondais pas à toutes les demandes d’entrevue, le mouvement allait en pâtir», raconte-t-elle.

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Concilier trois vies en une

En Saskatchewan, Jean de Dieu Ndayahundwa a lui aussi connu des moments difficiles. Arrivé à Regina en 2009, il n’hésite pas à se lancer dès 2015 dans une bataille inédite pour l’ouverture d’une seconde école francophone dans la capitale provinciale. Il fonde, avec sept autres parents, le Collectif des parents inquiets et préoccupés de Regina.

Selon Patrick Ladouceur, le «sentiment d’isolement» dans les petites communautés francophones contribue à l’épuisement des militants. 

Photo : Courtoisie

«C’est dans mes veines, je ne tolère pas l’injustice. J’ai besoin de me sentir utile», affirme le francophone, originaire du Burundi.

Il doit alors réussir à concilier trois vies en une : la famille, le travail et le bénévolat : «Au début, c’était dur, je dormais très peu la nuit. Je devais travailler les dossiers pendant mes vacances. Heureusement, ma famille a été très compréhensive.»

Il se rappelle encore d’«attaques personnelles» contre lui de membres de la communauté, qui s’opposaient à l’action du Collectif.

«Certains sont allés jusqu’à me discréditer auprès de mon employeur. On était vus comme des fauteurs de trouble, déplore-t-il. Ça faisait mal au cœur. Il fallait avoir les nerfs solides.»

Malgré les doutes et la fatigue, il assure qu’il n’a jamais songé à abandonner : «Dès qu’une bonne nouvelle tombait, ça redonnait de l’énergie et du courage pour aller jusqu’au bout.»

Après dix ans de négociations avec le gouvernement provincial, un nouvel établissement scolaire sera enfin inauguré en janvier 2025.

Quitter pour se reconstruire

Au Nouveau-Brunswick, Julie Gillet a fini par craquer et quitter son poste. Les compressions budgétaires incessantes et les «attaques de plus en plus fortes» du gouvernement progressiste-conservateur de Blaine Higgs à l’encontre des «droits des personnes les plus fragiles» ont eu raison de sa détermination. 

«On nous demande de faire des changements systémiques avec 300 000 dollars de budget par an. C’est hypocrite», s’indigne Johanna Venturini. 

Photo : Courtoisie

«Je ne pouvais plus lire l’actualité politique sans être angoissée. Je n’étais tout simplement plus capable de faire correctement mon travail», livre-t-elle.

À bout, Johanna Venturini quitte elle aussi à la fin de l’année 2022. L’appel à l’aide d’une victime de violence conjugale a constitué un point de non-retour. «Je voulais tellement l’aider que je me suis improvisée travailleuse sociale. J’aurais dû mettre des limites. Je n’étais pas formée pour ça.»

Elle évoque les réunions de crise jusqu’à 23 h et se souvient du sentiment «d’impuissance» qui l’habitait. Profondément affectée, elle fait remonter la situation au niveau national : «Je me suis retrouvée à pleurer durant des réunions avec des bailleurs de fonds.»

Pour se reconstruire, elle a mis fin à tous ses engagements militants : «J’ai peur de remettre le doigt dans l’engrenage et de voir que rien n’a changé, que les combats n’ont pas avancé.»

De son côté, Julie Gillet assure qu’elle ne pourra jamais vraiment quitter le militantisme : «Ce sont mes valeurs, je ne vais pas disparaitre. J’aborde juste le problème d’une manière différente.»

Les longs combats rebutent

Jean de Dieu Ndayahundwa est, lui, déjà engagé dans son prochain combat : la construction d’une troisième école francophone à Regina.

Mais la partie est loin d’être gagnée. Depuis la création du comité de parents en 2015, cinq des sept membres fondateurs ont quitté le navire. «Les gens se découragent et préfèrent souvent s’engager à court terme», regrette-t-il.

Jean de Dieu Ndayahundwa s’inquiète de la difficulté de recruter des bénévoles prêts à se battre pour les causes des francophones en situation minoritaire. 

Photo : Courtoisie

Un avis que partage le professeur adjoint en justice sociale à l’Université Laurentienne, Patrick Ladouceur : «Ça prend beaucoup de temps pour arriver à des changements. Ça crée de la frustration, car c’est une lutte constante où il y a souvent des régressions.»

Selon lui, le «sentiment d’isolement» dans les petites communautés francophones contribue aussi à l’épuisement des militants, qui doivent redoubler d’efforts pour se coordonner et élaborer des stratégies de mobilisation efficaces.

À cet égard, il estime que les organismes communautaires «bien établis et organisés» jouent un rôle essentiel pour forger un «sentiment d’identité commune autour des luttes pour la justice sociale».

Sur le terrain, Jean de Dieu Ndayahundwa constate la difficulté de recruter des bénévoles prêts à se battre : «C’est inquiétant pour la vitalité de nos communautés en situation minoritaire. Ça peut nuire à nos revendications.»

Patrick Ladouceur croit cependant dans la «résilience» du monde militant. Il en est persuadé, les batailles pour les droits des francophones en situation minoritaire porteront leurs fruits dans les années à venir.

Existe-t-il une «économie acadienne»? La question est plus ardue qu’il n’y parait.

«Moi j’ai de la difficulté à [la] définir ou à [la] cadrer», admet Pierre-Marcel Desjardins, l’un des experts invités au Forum économique du Congrès mondial acadien 2024. Selon le professeur à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton, il est parfois compliqué de cerner quelles compagnies sont acadiennes.

«Une entreprise qui est la propriété d’un Acadien ou d’une Acadienne, mais dont les employés sont anglophones, est-ce une entreprise acadienne? Ça devient difficile.» L’économiste préfère parler d’économie dans les régions acadiennes, où il peut y avoir des sociétés de diverses appartenances.

Mais encore là, où situer les régions acadiennes? La présidente du Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse (CDÉNÉ), Suzanne Roy, explique que ce concept a changé dans sa province.

«Traditionnellement, on disait “l’Acadie, c’est les Acadiens qui vivent dans des villages acadiens”. Mais c’est plus ça. À Halifax, il y a 30-40 000 francophones et francophiles qui sont dynamiques, qui sont actifs. Certains ont des entreprises, puis ça fait partie de la communauté aussi.»

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Les participants au Forum économique du Congrès mondial acadien 2024 ont discuté de divers enjeux liés à l’économie acadienne. 

Photo : Marc Poirier – Francopresse

Manque de main-d’œuvre

Les grands joueurs de l’économie acadienne qui se sont établis il y a belle lurette sont encore là, toujours liés aux ressources naturelles, comme la pêche, la forêt ou la tourbe.

Dans le Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse, ces grandes entreprises ont pour nom Comeau’s Sea Foods (1946), Les Algues acadiennes (1981) et le constructeur de navires A. F. Thériault et fils (1938). Des entreprises qui œuvrent sur la scène internationale.

Le PDG de Comeau’s Sea Foods, Noël Després, a expliqué lors du Forum que son entreprise fait preuve d’innovation pour se maintenir à flot, mais comme bien d’autres, elle reste confrontée à un défi de taille : «On n’a pas la main-d’œuvre.»

Recherche et innovation

Exemple des bateaux que construit l’entreprise acadienne A. F. Thériault et fils. 

Photo : Wikimedia Commons, domaine public

Ce ne sont pas seulement les entreprises qui misent sur l’innovation et qui se lancent dans la recherche et le développement, les pêcheurs s’y intéressent également.

Depuis une vingtaine d’années, diverses organisations de pêche en Atlantique investissent et déploient des efforts pour comprendre l’environnement marin qui fait vivre leurs membres et les communautés.

«Ce savoir nous permet ensuite de convaincre nos pêcheurs, nos gestionnaires et nos politiciens sur les directions à prendre pour avoir une industrie qui est en santé», a expliqué un autre participant, Martin Mallet, directeur général de l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM).

L’Acadie et la francophonie économique

Plusieurs politiciens ont pris part aux discussions, dont le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada, François-Philippe Champagne, qui a présenté sa vision d’une «francophonie économique».

Si vous regardez l’économie mondiale, actuellement, on voit deux grands courants : la décarbonisation et la numérisation de l’économie. Je pense que l’Acadie peut se positionner là-dedans.

— François-Philippe Champagne

Selon lui, le numérique prend de plus en plus de place dans l’économie mondiale et il souhaite que le développement de solutions dans ce domaine puisse se faire aussi en français.

«Pourquoi la francophonie numérique, ça ne partirait pas à partir d’ici, avec les gens d’ici? Comme ça on va s’assurer d’être des leadeurs non seulement dans ce siècle-ci, mais dans le prochain.»

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Traverser les frontières

François-Philippe Champagne déplore en outre qu’il n’y ait pas assez d’échanges et de mobilité entre les étudiants des universités acadiennes et québécoises ou d’ailleurs au pays.

«Alors, donnons-nous comme défi, au niveau du Congrès mondial acadien [de voir] comment on peut donner à la prochaine génération d’Acadiens et d’Acadiennes les opportunités, par exemple, de traverser la frontière du Québec au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse et de garder leurs crédits. Comme créer un réseau où les étudiants pourraient passer un semestre dans une université et un semestre dans une autre.»

Pour l’économiste Pierre-Marcel Desjardins, le concept de l’économie acadienne reste quelque peu difficile à définir. 

Photo : Archives Francopresse

C’est une idée qui plait à l’économiste Pierre-Marcel Desjardins. Il existe selon lui un modèle dont les francophones du Canada pourraient s’inspirer : «Ne réinventons pas la roue. En Europe, on a le programme Erasmus.»

Les étudiants peuvent ainsi étudier de trois à douze mois dans une université d’un autre pays. «On pourrait avoir le même genre de programme au Canada, un programme pancanadien qui fait en sorte que pendant un semestre, on offre du financement pour ce genre de mobilité.»

Au début du Congrès mondial acadien 2024, le chanteur et militant cadien Zachary Richard a fait valoir que l’économie joue un rôle crucial dans la survie du peuple acadien. Les économistes et intervenants présents au Forum économique lui ont donné raison.

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Dans son rapport annuel, déposé en mai dernier, le Commissaire aux langues officielles (CLO), Raymond Théberge, dressait un portrait plutôt sombre du respect de la Loi sur les langues officielles (LLO) au sein des institutions fédérales.

«Cette problématique suggère que les institutions récalcitrantes n’acceptent pas la prémisse qu’elles doivent servir les membres des deux communautés linguistiques dans la langue officielle de leur choix», écrivait-il.

Quelques semaines plus tard, c’était au tour du Secrétariat du Conseil du Trésor (SCT) d’annoncer de mauvaises nouvelles dans son propre rapport annuel sur les langues officielles 2022-2023. Non seulement des institutions fédérales peinent à respecter leurs obligations, mais elles sont parfois pires qu’avant.

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Faire le travail en amont

Le rapport du SCT inquiète la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), confirme sa présidente, Liane Roy, qui ne trouve rien d’amusant dans la répétition des conclusions sombres de rapports chaque année.

Liane Roy espère que la nouvelle Loi contribuera à renforcer le respect des langues officielles au sein de la fonction publique. 

Photo : Courtoisie FCFA

La FCFA avait recommandé, avant la modernisation de la LLO, que le SCT joue un plus grand rôle dans la coordination de la Loi, rappelle Mme Roy. «On voulait justement qu’ils fassent du travail en amont. Quand ils sortent les plans, qu’ils soient dans des mesures beaucoup plus préventives.»

Il faudra attendre la règlementation de la Partie VII de la LLO, qui porte sur les institutions fédérales, pour voir si le SCT misera sur la prévention.

La présidente du SCT, Anita Anand, a annoncé il y a quelques semaines qu’elle déposera un projet de règlement au Parlement au début de l’année 2025, un délai critiqué par tous les partis d’opposition.

La Partie VII est censée renforcer le respect des obligations linguistiques des institutions fédérales. «Une fois que la règlementation sera mise en place, on devrait voir comment ça va fonctionner, en réalité», dit Liane Roy.

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La culture organisationnelle

«C’est certain qu’il y a un enjeu de culture organisationnelle», remarque de son côté le chercheur postdoctoral à l’Université d’Ottawa et à l’Université du Québec en Outaouais, Julien Doris.

Cette culture, explique-t-il, est constituée des pratiques, des rites et des mises en œuvre, des interactions entre employés et, à la base de tout ça, des valeurs de l’organisation.

Il y a parfois des discours un peu cyniques qui ont tendance à parler du français comme la traduction de l’anglais dans le régime fédéral de travail de la fonction publique […] et qui minimisent la place du français.

— Julien Doris

Le CLO, le SCT, «la Commission de la fonction publique et Patrimoine canadien doivent constamment se pencher sur les meilleures pratiques pour promouvoir le français, certes, mais les langues officielles plus largement comme étant des valeurs de la culture organisationnelle de la fonction publique», poursuit-il.

Selon le chercheur, le bilinguisme devrait davantage être considéré comme un facteur de cette culture, «au même titre que la diversité, l’équité et l’inclusion».

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Une question de leadeurship?

En mêlée de presse, il y a quelques semaines, Anita Anand a indiqué que les cadres supérieurs doivent faire preuve de plus de leadeurship à l’égard du bilinguisme.

Mais comme le souligne Liane Roy, dans le rapport du SCT, les capacités linguistiques des gestionnaires ne sont pas en cause. La section consacrée aux cadres supérieurs contient d’ailleurs certains des meilleurs résultats.

«[Il faut] que la diversité, finalement, tienne davantage compte de l’enjeu linguistique comme étant une valeur fondamentale de l’administration publique canadienne», dit Julien Doris. 

Photo : Courtoisie

Michael Wernick était Greffier du Conseil privé, le plus haut fonctionnaire du Canada, de 2016 à 2018. Avant ce mandat, il a occupé plusieurs postes de direction au sein de la fonction publique, notamment celui de sous-ministre adjoint à Patrimoine canadien en 1996.

Celui-ci n’est «pas du tout» d’accord avec Mme Anand : «C’est une excuse politique. Ces gestionnaires, ces cadres supérieurs, ont beaucoup de responsabilités, d’imputabilité […]. Elle doit accepter sa responsabilité politique. De blâmer les fonctionnaires, c’est décevant.»

Il affirme que le vrai pouvoir de changer les choses réside au Conseil du Trésor et chez sa ministre. «C’est le centre de gestion, c’est l’employeur pour les négociations avec les syndicats, les politiques de ressources humaines et c’est là où émanent toutes les politiques de gestion financière, de l’informatique, de l’équité d’emploi et de langues officielles.»

Selon Julien Doris, c’est une responsabilité partagée entre les fonctionnaires et les cadres. «La prévention se fait beaucoup dans la co-construction. Donc il faut que les employés soient parties prenantes à la solution. […] La prévention doit [aussi] passer par la sensibilisation dès l’entrée dans la fonction publique.»

Financer le bilinguisme autrement

Quant à la question de la langue de travail, Michael Wernick prône la formation. Mais encore faut-il pouvoir la financer. «Plusieurs commissaires aux langues officielles ont clairement recommandé qu’il y a une façon de trouver les fonds nécessaires à la formation linguistique : d’abolir la prime au bilinguisme.»

Cette prime, qui s’élève à 800 dollars par année pour les fonctionnaires bilingues admissibles, ne fait pas l’unanimité.

«Si on veut vraiment changer de trajectoire, de direction, la seule personne qui a la possibilité de le faire, c’est le ministre qui est président du Conseil du Trésor», assure Michael Wernick. 

Photo : Université d’Ottawa

«Il y a 80 millions de dollars à peu près chaque année qui sont alloués aux gens qui sont déjà bilingues. Ce n’est pas logique, défend Michael Wernick. Ce serait plus logique d’investir ces fonds dans la formation des non-bilingues. […] L’obstacle, ce sont les syndicats.»

Cette prime incitative peut, à court terme, pourvoir des postes bilingues, estime Julien Doris. «Mais est-ce que ça résout réellement la question de la transformation à long terme de la fonction publique dans l’amélioration des objectifs qui sont maintenant contenus dans la nouvelle LLO? On peut se poser la question.»

Selon lui, d’autres solutions peuvent probablement être mises en œuvre parallèlement, notamment pour ce qui est du recours à la dotation non impérative, qui permet de pourvoir un poste par une personne qui ne satisfait pas aux exigences linguistiques au moment de sa nomination.

«[Quand cela arrive], explique le chercheur, il y a des obligations de formation assorties avec des évaluations très strictes pour assurer que si, au départ, le candidat n’est pas bilingue, il le devienne par la force des choses.»

Il y a trente ans, lors du premier Congrès mondial acadien de 1994, dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick, le chanteur cadien Zachary Richard lançait son désormais célèbre appel à l’aide : «On a tombé de la falaise, mais on n’a pas encore touché la terre.»

La mémoire du héros acadien Joseph Broussard dit Beausoleil a été honorée par une plaque dévoilée par les dirigeants du comté d’Annapolis, soit l’ancienne région de Port-Royal. 

Photo : Marc Poirier

La première édition du Congrès a constitué de réelles retrouvailles entre les descendants des Acadiens déportés vivant en Louisiane et leurs cousins de l’Acadie d’aujourd’hui.

Depuis, le Congrès est devenu un phare pour les Cadiens, qui ont eux-mêmes accueilli l’évènement en 1999.

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«Maintenir notre culture vivante»

«Les congrès nous aident à maintenir notre culture vivante», souligne le militant cadien Warren Perrin. 

 

Photo : Marc Poirier

«Les congrès nous aident à maintenir notre culture vivante, avance Warren Perrin, grand défenseur de la culture cadienne en Louisiane. Cela aide à nos associations de famille de demeurer actives. Les congrès leur donnent un point de mire, à tous les cinq ans [l’intervalle entre chaque édition].»

Les réunions de famille sont en effet l’un des principaux éléments qui attirent les Cadiens au Congrès. D’ailleurs, Warren Perrin était parmi des dizaines de Louisianais qui ont participé, le 14 aout, au dévoilement d’une plaque honorant Joseph Broussard, dit Beausoleil, sur les rives de la rivière Annapolis (anciennement rivière Dauphin).

«Beausoleil Broussard» – comme on le nomme souvent – est considéré comme un héros tant en Acadie des Maritimes qu’en Louisiane. Pendant les premières années de la Déportation, il a mené une résistance farouche contre les forces britanniques et de la Nouvelle-Angleterre qui pourchassaient la population acadienne.

Après la guerre de Sept Ans, en compagnie de son frère Alexandre, Beausoleil Broussard a mené un groupe d’environ 200 Acadiens emprisonnés en Nouvelle-Écosse pour s’établir en Louisiane, où des déportés s’étaient déjà réfugiés.

Plusieurs Cadiens présents au dévoilement de la plaque sont des descendants des frères Broussard. Le fait qu’ils soient accueillis par une communauté anglophone, dont plusieurs membres sont des descendants des colons de la Nouvelle-Angleterre venus occuper les terres et les fermes des Acadiens laissées vacantes par la Déportation, en a ému plusieurs, dont Earlene Broussard.

«Il a relevé beaucoup de défis en ce temps-là, et puis là, c’est à nous d’essayer de continuer à préserver notre identité et notre langue française», souligne cette militante cadienne de longue date.

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Selon Barry Jean Ancelet, le Congrès mondial acadien a permis une grande prise de conscience de l’Acadie chez les Cadiens de la Louisiane. 

Photo : Jérôme Luc Paulin/CMA

Le Congrès : le présent et l’avenir

Pour Barry Jean Ancelet, le fait de pouvoir débattre de ces enjeux strictement louisianais avec le reste de la communauté acadienne est une autre preuve des retombées positives du Congrès auprès des Cadiens.

«Il y a eu une énorme prise de conscience [et un éveil à] l’attachement à l’Acadie et [à] l’importance de cette histoire, pas seulement celle du passé, mais dans le présent.»

Avant le premier Congrès, la plupart des Cadiens n’étaient pas conscients de la réalité acadienne en général, avance-t-il. «Ç’a ouvert cette porte. On se sent comme si on fait partie d’un plus grand monde. Même si on n’est pas pareils, on a quand même tous ces liens.»

Zachary Richard abonde dans le même sens : «C’est fantastique parce que ça fait 30 ans que ça dure. Et puis, la Louisiane se trouve une place de plus en plus évidente. Il y a une nouvelle génération et je pense que la courbe, la tendance est bonne.»

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La nouvelle génération est en effet bien présente au Congrès de 2024, particulièrement du côté musical avec des chanteurs comme Jourdan Thibodeaux et son groupe «Les Rôdailleurs», formé de musiciens cadiens.

Le chanteur et militant cadien Zachary Richard entrevoit l’avenir du français en Louisiane avec espoir.

Photo : Marc Poirier

La relève, c’est aussi Colby LeJeune, doctorant à l’Université de Louisiane à Lafayette. Ce dernier anime, en français, l’émission du matin de la radio KRVS, qui fait jouer presque exclusivement de la musique francophone.

Né d’une mère créole et d’un père cadien, Colby Lejeune a décidé de se réapproprier le français à l’âge de 18 ans. Il en est à sa première participation au Congrès.

«C’est important d’avoir des évènements comme ça parce que je connais beaucoup de monde qui vient en Nouvelle-Écosse faire leur propre pèlerinage, mais avoir un évènement central donne une bonne raison pour ceux-là qui jonglaient à venir au Canada. Ils peuvent planifier pour l’année du Congrès. Il y a les réunions de famille, c’est important», insiste-t-il.

Trente ans plus tard, le cri du cœur de Zachary Richard résonne encore. Le Congrès mondial acadien a fait en sorte que, même si le sort des Cadiens de la Louisiane est toujours incertain, ils n’ont toujours pas touché terre.

Le premier Congrès mondial acadien a eu lieu il y a 30 ans, dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick. C’était la première fois que les descendants du Grand Dérangement dispersés de par le monde se réunissaient en un même lieu.

L’évènement avait deux grands objectifs : permettre des retrouvailles, notamment par l’entremise des réunions de famille et des spectacles, ainsi que lancer des réflexions sur l’Acadie d’aujourd’hui et de demain.

Si le volet des retrouvailles et le côté festif se sont avérés de grands succès depuis les débuts, le segment «sérieux», celui des discussions, a connu des hauts et des bas.

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Des états généraux

«C’est sûr que depuis 1994, on se questionne beaucoup sur la bonne formule», admet Clint Bruce, professeur et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales à l’Université Sainte-Anne à Pointe-de-l’Église, en Nouvelle-Écosse.

L’artiste et militant acadien de la Louisiane, Zachary Richard, a prononcé la conférence d’ouverture des États généraux. 

Photo : Nicole Deveau/CMA

L’universitaire a participé à l’organisation du volet conférence du congrès précédent, en 2019, qui avait selon lui «certaines réussites, mais aussi certaines limites qu’on a voulu dépasser avec les États généraux», nom donné aux conférences et discussions du congrès de 2024.

Le défi reste cependant le même : définir des stratégies et des orientations politiques pour une entité – l’Acadie – qui n’a pas de frontières ni de gouvernance politique commune.

Repenser l’Acadie

Cette année, la Société Nationale de l’Acadie (SNA), organisme chargé d’assurer la pérennité du Congrès mondial acadien et d’encadrer le choix des régions hôtes, a mis des efforts pour redynamiser le brassage d’idées.

Première des deux journées des États généraux. 

Photo : Nicole Deveau/CMA

Les discussions ont porté cette année sur plusieurs thèmes, comme l’identité, la langue, la diplomatie internationale, l’insécurité linguistique ou encore l’immigration.

Lors des États généraux, des députés fédéraux et sénateurs acadiens de différentes allégeances politiques ont présenté leur projet de former – peut-être cet automne – une association acadienne de parlementaires fédéraux.

Selon le sénateur indépendant du Nouveau-Brunswick, René Cormier, cette association sera un instrument auquel «les Acadiens peuvent s’adresser pour faire avancer les enjeux acadiens, un espace de dialogue sur le plan politique».

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Le congrès, ça donne quoi?

En plus de s’intéresser au volet conférence du CMA, Clint Bruce mène une étude sur les incidences – locales et générales – de l’édition de 2024. Une équipe de 17 chercheurs et chercheuses s’attardera à déterminer les «espoirs et enjeux» découlant de cet évènement.

Le président du comité organisateur du Congrès de 2024, Allister Surette, ancien recteur de l’Université Sainte-Anne, estime que les retombées s’observent déjà.

Jean-Marie Nadeau, «idéateur» du Congrès mondial acadien. 

Photo : Jérôme Luc Paulin/CMA

«Je connais des jeunes qui ont commencé à jouer la musique ici. Juste l’ouverture officielle [du présent congrès]¸ ça les a ouverts les yeux», dit-il, aux personnes qui ont vu par exemple un chanteur du coin, comme P’tit Belliveau, sur une grande scène.

Allister Surette, qui assurait aussi la présidence du Congrès de 2004 qui a eu lieu dans toute la Nouvelle-Écosse, affirme que l’incidence de ces rassemblements est indéniable. «Je suis certain qu’on n’aurait pas eu la Loi sur les services en français en Nouvelle-Écosse si on n’avait pas eu le Congrès mondial acadien [en 2004]. Donc le Congrès a été utilisé comme une plateforme pour engager les gouvernements, engager nos communautés.»

Le militant acadien Jean-Marie Nadeau, qui avait lancé l’idée et le concept du Congrès en 1988, souligne que cet évènement a aussi un effet rassembleur pour les communautés des régions hôtes. «Ça a permis de réduire les guerres de clocher.»

Selon lui, le Congrès a, dès le début, fouetté le dynamisme des artistes, en devenant une sorte «d’Olympiques» culturels. «Ça devient une date de référence.»

Le retour aux sources

L’un des buts de départ du CMA était de renouer les liens entre l’Acadie d’origine et la diaspora. En plus des délégations toujours importantes de la Louisiane, plusieurs descendants des déportés en France sont également de la partie.

Le drapeau acadien est bien présent dans les villages de la région du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. 

Photo : Marc Poirier

C’est le cas notamment d’un groupe venant de Belle-Île-en-Mer, une petite ile bretonne qui a accueilli, fin 1765 et 1766, près de 80 familles acadiennes expulsées en 1755 et ayant abouti en Angleterre où elles ont passé plusieurs années avant d’être transportées en France.

Maryvonne Le Gac, présidente de l’association Belle-Île en Acadie, n’en est pas à son premier CMA. Mais comme il a lieu cette année en Nouvelle-Écosse, il s’agit pour les membres du groupe d’un vrai pèlerinage, un retour à la terre d’où viennent leurs ancêtres. «C’est pour nous, je dirais, ce congrès où, sentimentalement, on est plus proche de la communauté.»

Anciens Acadiens, nouveaux Acadiens

L’un des défis du territoire d’aujourd’hui de l’Acadie est d’accueillir et d’intégrer des immigrants de langue française de plus en plus nombreux. Le sujet a d’ailleurs été abordé lors des États généraux du Congrès.

Cette réalité existe maintenant dans toutes les régions acadiennes des Maritimes, mais particulièrement à Moncton, au Nouveau-Brunswick, où plusieurs jeunes provenant de divers pays viennent faire leurs études – et dans de nombreux cas – s’y installent pour de bon.

Le congrès, c’est aussi l’occasion de revêtir les couleurs de l’Acadie. 

Photo : Steve Caron/CMA

L’Haïtien Rotchild Choisy vit à Moncton depuis six ans. Il vient de terminer un baccalauréat en arts visuels de l’Université de Moncton. Il est venu raconter son expérience au CMA lors d’un panel sur la question de l’immigration.

Il fait partie des nombreux nouveaux venus en Acadie qui ont réussi à se faire une place dans leur terre d’accueil. «Je me considère quand même Acadien, oui. J’ai une pratique de réflexion sociale qui à la fois penche sur mon expérience en Haïti, mais aussi mon expérience en tant que personne qui vit en Acadie, au Nouveau-Brunswick.»

Il est convaincu que l’arrivée de nouvelles cultures est un atout pour la survie de la communauté acadienne. «Mais je trouve que, comme, ça va juste la renforcer en fait.»

Et que pense-t-il du Congrès? «C’est un concept intéressant. C’est une façon pour les Acadiens de se rencontrer et de se dire : OK, on a une présence physique.»