Dans une nouvelle publicité diffusée le jour de la Fête du travail, le chef conservateur Pierre Poilievre s’est adressé, en français, à «celles et ceux qui se lèvent tôt».
À l’occasion de la fête du Travail, célébrée tous les premiers lundis de septembre au Canada, Pierre Poilievre et Yves-François Blanchet sont les seuls leadeurs de parti à s’être adressé directement aux Canadiens et aux Canadiennes en français. Le chef conservateur l’a fait dans une nouvelle publicité, qu’il a notamment partagée sur la plateforme X.
Justin Trudeau n’a rien publié sur ses réseaux sociaux, le Parti libéral a relayé un court message dans les deux langues sur X.
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a de son côté publié un court message écrit sur son compte deux jours plus tôt et Jagmeet Singh ne s’est exprimé qu’en anglais sur le sujet.
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Dans une vidéo publiée mercredi sur ses réseaux sociaux, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a annoncé que son parti mettait fin à l’entente de soutien et de confiance avec le gouvernement libéral.
La collaboration signée en 2022 devait assurer à Justin Trudeau et son gouvernement minoritaire de rester à la tête du pays jusqu’en juin 2025. Jagmeet Singh, le chef du Nouveau Parti démocratique, y a mis fin mercredi.
«Les libéraux sont trop faibles, trop égoïstes et trop redevables aux intérêts des grandes entreprises pour se battre pour les gens, déclare Jagmeet Singh dans une vidéo partagée sur X. Ils ne peuvent pas arrêter les conservateurs. Mais nous pouvons le faire.»
Cette décision survient deux semaines après la crise des cheminots et une semaine après que Pierre Poilievre a provoqué le NPD sur cette entente.
Le Parti libéral est en difficulté dans les sondages depuis plusieurs mois, loin derrière les conservateurs. Il suffirait désormais d’un vote de confiance ou d’une motion de censure, lors desquels le NPD et le Bloc québécois voteraient contre le gouvernement, pour faire tomber celui-ci et envoyer les Canadiens aux urnes.
«C’est un jour de déception pour les Canadiennes et les Canadiens», a réagi le parti de Justin Trudeau dans un courriel envoyé à ses partisans.
«La semaine dernière, Pierre Poilievre a demandé à Jagmeet Singh de déchirer notre entente de soutien et de confiance […] Aujourd’hui Jagmeet Singh a fait ce qui lui avait été demandé, abandonnant des politiques progressistes et exposant d’importants programmes aux coupes des conservateurs», peut-on lire dans le document.
Dans ce courriel, le Parti libéral rappelle qu’une élection peut désormais «être déclenchée à tout moment» et invite ses membres à faire un don.
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C’est la troisième fois consécutive depuis juin que la Banque du Canada abaisse son taux directeur, entrainé entre autres par une diminution de l’inflation.
C’est la troisième fois consécutive depuis juin que la Banque du Canada abaisse son taux directeur. Mercredi, la banque centrale l’a réduit d’un quart de point, passant de 4,5 à 4,25 %.
À l’origine de cette baisse : «L’offre excédentaire dans l’économie maintient des pressions à la baisse sur l’inflation. En même temps, les hausses des frais de logement et des prix d’autres services nuisent à la baisse de l’inflation», a justifié la Banque du Canada dans un communiqué.
La semaine dernière, Statistique Canada rapportait qu’au deuxième trimestre, le produit intérieur brut (PIB) réel avait augmenté de 0,5 % et que l’économie canadienne avait progressé à un taux annualisé de 2,1 %.
À la suite d’une motion conservatrice, le Comité des comptes publics a demandé cette semaine à la vérificatrice générale du Canada, Karen Hogan, de préparer un rapport plus fouillé sur les fonds accordés depuis 2017 à Technologies du Développement Durable du Canada (TDDC), une agence publique fédérale qui finance des projets dans le secteur des technologies de l’environnement.
Les conservateurs avaient négativement rebaptisé l’agence de «caisse verte des libéraux».
Un premier rapport, publié en juin, avait déterminé que 10 projets sur les 58 analysés par la vérificatrice générale auraient reçu 59 millions de dollars alors qu’ils étaient inéligibles selon les critères du programme. L’agence a également enfreint des politiques sur les conflits d’intérêts dans 90 cas.
À la suite de ce rapport, Ottawa avait aboli TDDC.
La Presse canadienne, en partenariat avec le StoryLab du Collège Humber, en Ontario, a révélé lundi que les transferts fédéraux pour la santé ont augmenté de façon plus importante que les budgets provinciaux en santé.
En 2023, l’étude souligne une hausse des transferts de 212 % au niveau fédéral, comparativement à 2005.
Ces résultats viennent contredire les propos relayés par les provinces sur le manque de fonds du fédéral à leur endroit pour la santé.
Entre 2005 et 2023, les transferts fédéraux sont passés de 427,23 dollars à 1115,31 dollars par personne. Si les dépenses en santé ont augmenté, les fonds fédéraux ont suivi cette hausse, depuis la signature de l’accord entre le gouvernement fédéral et les provinces en matière de santé par l’ancien premier ministre du Canada, Paul Martin, en 2004.
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Le ministre des Transports, Pablo Rodriguez, demande à VIA Rail un plan d’action mis à jour pour éviter des pannes majeures et améliorer les services et la communication avec les passagers.
Le ministre fédéral des transports a envoyé une lettre à la direction de VIA Rail cette semaine après une panne sur le trajet Montréal-Québec qui a immobilisé les passagers pendant plus de 10 heures, le 1er septembre. Le ministre a qualifié la situation d’«inacceptable».
Il demande que l’entreprise révise son plan d’action dans ce genre de situation. Parmi les conditions, le ministre précise qu’il souhaite voir une nouvelle formation pour les employés de première ligne, l’accès des passagers aux services de base (nourriture, eau potable) et la détermination d’un niveau d’indemnisation en cas d’évènement perturbateur.
Il a également demandé qu’une enquête indépendante soit réalisée.
Avec la mise en place des programmes de police communautaire, les forces policières ont ajouté à leur mandat une opération de relations publiques qui vise à faire accepter leur présence. Elles désirent créer une confiance, un sentiment de sécurité, et une collaboration pour la prévention et la lutte contre la criminalité.
L’approche de police communautaire suppose que les citoyens et citoyennes connaissent les membres des forces de l’ordre et que des interactions avec la police ont aussi lieu hors des interventions.
La présence dans les milieux scolaires fait partie de cette approche. Elle peut inclure une visite ponctuelle pour parler d’un problème plus large, comme le taxage ou les gangs de rue; la participation à des foires de carrière; ou encore le fait d’appeler la police pour régler les conflits entre élèves ou entre élèves et personnel enseignant.
Plusieurs conseils scolaires ont également créé des partenariats avec les forces policières locales pour mettre en place des programmes d’agents et d’agentes de liaison scolaire.
Ces personnes se concentrent ainsi sur les relations avec les élèves et elles assurent une présence plus fréquente dans certaines écoles où les risques et la criminalité sont perçus comme étant supérieurs.
Or, depuis une dizaine d’années, plusieurs conseils scolaires (notamment à Toronto, Ottawa et London) ont mis fin à ces programmes de liaison scolaire. D’autres, comme le conseil scolaire de Vancouver et celui de Winnipeg, ont mené des études qui, dans plusieurs cas, ont abouti au remaniement de leur programme.
C’est que la présence policière en milieu scolaire est fortement critiquée et dénoncée.
Une conseillère scolaire de Vancouver a bien résumé le problème : pourquoi cèderait-on à la pression d’organismes – les corps policiers – pour les laisser interagir avec les enfants et adolescents, alors même qu’ils sont souvent accusés de bafouer les droits de la personne?
Le Commissaire aux droits de la personne de la Colombie-Britannique a présenté le problème d’un autre angle : avant d’accepter de maintenir de tels programmes, dont les maux sont bien documentés, il faudrait trouver des études qui montrent qu’ils entrainent des bénéfices.
Et tandis qu’un grand nombre de parents, d’enseignants et d’élèves se disent neutres ou favorables à ces programmes, la situation change complètement lorsqu’on parle aux parents et élèves appartenant à une minorité, surtout celles des communautés autochtones ou noires.
C’est d’abord parce que la discrimination active des forces policières s’étend au traitement des élèves. C’est aussi parce que les relations entre la police et les communautés minorisées dépassent le seuil de l’école et que les élèves craignent le harcèlement, l’intimidation et la discrimination de la part de la police autant à l’école que dans leur vie quotidienne et dans celle de leurs proches.
Comme l’a suggéré Adora Nwofor, de Black Lives Matter YYC à Calgary, la police doit montrer qu’elle est digne de confiance par ses actes au vu de l’ensemble de son mandat, et non chercher à convaincre la population.
La raison essentielle de l’échec de tels programmes tient au fait que les mêmes conflits et les mêmes comportements subsisteront tant que l’on ne s’en prendra pas aux causes de la criminalité et aux lois qui criminalisent des segments minoritaires et pauvres de la société.
Cela dit, d’autres raisons existent qui découlent de la nature de la présence policière dans les écoles.
Les membres des forces policières ne reçoivent qu’une formation limitée pour apprendre à interagir avec des enfants. Leur formation se concentre d’abord et avant tout sur la loi telle qu’elle s’applique aux adultes.
Elle n’inclut pas la pédagogie et les stages qui caractérisent la formation du personnel enseignant, ni l’apprentissage et le mentorat en milieu de travail qui suit inévitablement.
Ainsi, les agents et agentes ne peuvent aucunement prétendre instruire les personnes d’âge mineur.
Un projet de recherche sur les services de liaison scolaire à Edmonton propose une série de mesures mieux adaptées à la réalité scolaire que la présence policière, comme :
Toutes les fonctions visées par les forces policières pourraient ainsi être véritablement remplies, avec davantage de succès, par une équipe professionnelle formée à cette fin.
Le sous-financement de l’éducation est évidemment l’obstacle principal à de telles mesures.
Ce sous-financement est d’autant plus inquiétant que les gouvernements et nombre de conseils scolaires préfèrent augmenter les budgets de la police pour répondre aux comportements créés par les problèmes sociaux que de financer les écoles adéquatement pour éviter ces comportements.
Les appels au définancement de la police visent avant tout à prévenir les problèmes sociaux plutôt qu’à prévenir ou punir les mauvais comportements.
Il s’agit d’abord et avant tout de reconnaitre que la police n’est pas adéquatement formée pour accomplir la plupart des tâches qu’on lui assigne. Un transfert des fonds permettant la présence policière dans les écoles vers les écoles elles-mêmes serait un bon début.
Un financement adéquat des écoles et un élargissement des programmes qui y sont offerts, comme l’accès à la psychothérapie ou au conseil psychologique ainsi qu’à des repas gratuits, permettraient de se défaire de la logique disciplinaire et carcérale pour que les écoles puissent bien accomplir leur mandat.
Mieux encore, les milieux scolaires pourraient alors créer des mécanismes qui enseignent véritablement la coexistence et la responsabilité aux enfants.
Jérôme Melançon est professeur en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie (MétisPresses, 2018).
Andrew Scheer est un ancien chef du Parti conservateur du Canada.
«Un gouvernement conservateur de gros bon sens nommera des sénateurs de gros bon sens qui vont couper les taxes et les impôts, bâtir des logements, réparer le budget et stopper les crimes», assure le leadeur de l’opposition officielle à la Chambre des communes, Andrew Scheer, dans une réponse écrite à Francopresse.
Il accuse également Justin Trudeau d’avoir menti aux Canadiens en promettant un Sénat indépendant et non partisan, mais d’avoir nommé une majorité de sénateurs «libéraux».
Les conservateurs espèrent rééquilibrer la balance en nommant des sénateurs plus alignés aux valeurs conservatrices.
L’ancien premier ministre Stephen Harper a tenté de réformer le Sénat afin d’organiser des élections et d’instaurer une limite de mandat.
«Il n’y a pas eu de changement pendant 146 ans et les gens en viennent à la conclusion que l’on doit soit changer le Sénat, ou alors l’abolir», avait lancé Pierre Poilievre en 2013, alors qu’il était ministre d’État à la Réforme démocratique.
Selon Frederic Boily, «trop s’opposer» au programme de Pierre Poilievre pourrait alimenter son argumentaire populiste.
Mais en 2014, la Cour suprême a statué que le fédéral nécessite l’accord des provinces pour réformer ou abolir le Sénat. Pour modifier, entre autres, les pouvoirs de la Chambre haute ou le mode de sélection des sénateurs, la formule du 7/50 est nécessaire – soit l’appui des deux tiers des provinces (7) représentant 50 % de la population canadienne –, tandis que l’abolition exige l’approbation unanime de toutes les provinces.
Selon le professeur de science politique au Campus Saint-Jean de l’Université d’Alberta, Frederic Boily, à cause de cette décision, toute réforme profonde du Sénat est pratiquement impossible.
«Je pense que l’idée, pour Pierre Poilievre, serait d’avancer le plus possible avec des nominations partisanes, dit-il. Le gouvernement fédéral ne peut pas agir unilatéralement dans les projets de réforme, ça fait en sorte qu’on se rabat sur les modes de nomination, ce qui n’est pas un changement en profondeur.»
En janvier 2014, Justin Trudeau annonce l’expulsion des sénateurs libéraux du caucus national du Parti libéral du Canada (PLC), afin de limiter la partisanerie à la Chambre haute. Les 32 expulsés commencent à siéger comme indépendants.
En 2015, Justin Trudeau annonce la création d’un Comité consultatif indépendant sur les nominations au Sénat, qui a pour mission de conseiller le premier ministre sur les candidats.
«Ce n’est pas de l’estampillage de projets de loi que le Sénat doit faire», insiste Raymonde Saint-Germain.
Comme le confirme sa plus récente plateforme électorale, un gouvernement formé par le Parti conservateur du Canada rétablirait un processus de nomination partisan.
De son côté, la sénatrice non affiliée Raymonde Saint-Germain tient à l’indépendance des sénateurs face aux partis politiques. Selon elle, le Sénat doit rester «au-dessus des considérations électorales».
«Ça ne veut pas dire que quelqu’un qui est nommé en ayant l’adhésion politique à un parti ferait nécessairement un mauvais sénateur. Mais il faut que les sénateurs puissent avoir une indépendance face au programme des partis […] pour pouvoir proposer des améliorations réalistes et raisonnables aux projets de loi.»
Elle espère que, peu importe l’identité du prochain premier ministre, les sénateurs nommés «comprendront le rôle du Sénat et travailleront dans le meilleur intérêt des Canadiens». Pour ce qui est des sénateurs actuels, elle est d’avis que le «gros bon sens» prévaut déjà.
«Le Sénat a déjà le réalisme et le pragmatisme en tête lorsqu’il examine les projets de loi ou lorsque les comités font des études», affirme-t-elle.
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Gouvernement majoritaire ou minoritaire : la nature de la victoire conservatrice – si elle a lieu – sera décisive pour l’influence de Pierre Poilievre au Sénat.
«Si c’est une victoire forte, ça pourrait compliquer la tâche des sénateurs qui voudraient s’opposer à un projet de loi conservateur», explique Frederic Boily. Dans ce cas, «trop s’opposer» pourrait alimenter le discours populiste de Pierre Poilievre, car s’opposer à son programme serait s’opposer à la volonté populaire.
Pierre Dalphond ne croit pas que le Sénat sera forcément obstructif aux propositions d’un gouvernement conservateur.
Selon le sénateur progressiste Pierre Dalphond, tant que Pierre Poilievre se montrera ouvert aux modifications nécessaires de ses projets de loi, «le Sénat ne sera pas obstructif». «Je ne défendrai pas une politique d’obstruction systématique. Chaque projet de loi sera jugé à sa valeur.»
«Sous Trudeau, jusqu’à maintenant, chaque affaire, chaque projet de loi a été adopté avec une majorité qui n’était pas toujours constituée des mêmes personnes», rappelle-t-il. Il s’agit d’y aller au cas par cas, d’expliquer les projets de loi et d’en reconnaitre les faiblesses au besoin, détaille le sénateur.
Le sénateur conservateur Donald Plett ne craint pas que le plan de Pierre Poilievre rende le Sénat plus partisan. «Trudeau nomme des sénateurs libéraux depuis son début et le fait par l’entremise d’un comité formé de libéraux», avance-t-il. L’indépendance du Sénat depuis sa réforme demeure, selon lui, une «illusion».
Et en nommant plus de sénateurs «de gros bon sens», Pierre Poilievre pourrait ramener deux caucus clairs au sein de la Chambre haute, se réjouit Donald Plett, qui constate que celle-ci est fragmentée et que les sénateurs «viennent avec leurs agendas personnels».
«Un conservateur de gros bon sens est quelqu’un qui veut faire ce qu’il y a de mieux pour l’ensemble du pays, pas pour les élites libérales», définit-il.
Le conservateur assure aussi que Pierre Poilievre n’a jamais tenté de dicter le vote des sénateurs du caucus : «On ne whip pas nos sénateurs.» Si les votes sont similaires entre sénateurs et députés conservateurs, c’est pour une autre raison, soutient-il. «Mes valeurs me font pression.»
Les prochaines élections fédérales sont prévues au plus tard le 20 octobre 2025. Jusque-là, le premier ministre, par la voie de la gouverneure générale, peut nommer des sénateurs.
Selon le site du Sénat, quatre sénateurs prendront leur retraite en 2024, huit en 2025, neuf en 2026, cinq en 2027, cinq en 2028 et sept en 2029. Il reste également huit sièges vacants à combler.
S’il devient premier ministre en 2025, et dans le cas hypothétique où Justin Trudeau ne nomme aucun nouveau sénateur d’ici là, Pierre Poilievre aura donc l’occasion de nommer au moins 46 sénateurs lors d’un mandat.
«Au fil des ans, la paroisse Saint-Jean-Baptiste a dû s’adapter aux changements démographiques et sociaux», explique le père Rolf Hasenack, actuel responsable de la paroisse. Il poursuit : «Aujourd’hui, on sait qu’il y a plusieurs familles francophones demeurant dans l’ouest de la ville, notamment à Sydney et Esquimalt, et qui fréquentent les paroisses anglophones avoisinantes de leur quartier.»
Le père Hasenack a pris la relève à la suite du départ à la retraite du curé Benoît Laplante, originaire du Québec et ancien missionnaire au Nicaragua. En 2017, face à une situation financière difficile, les paroissiens ont pris des mesures pour assurer la survie de l’église, notamment en louant le presbytère et en maintenant les revenus de la garderie anglophone Le Carrousel. Ces décisions ont permis de financer l’entretien et les dépenses de l’église.
La présence des francophones à Victoria au tournant du XIXe siècle est pour le moins impressionnant. En 1858, le premier évêque catholique, Modeste Demers, s’installe à Victoria, où la majorité des habitants de la ville sont alors francophones. La même année, les Sœurs de Sainte-Anne, originaires du Québec, arrivent à Victoria à l’invitation de Mgr Demers.
Elles fondent la première école catholique de la région, offrant un enseignement aux enfants autochtones et des colons, ainsi que le premier hôpital de Victoria, le St. Joseph’s Hospital, en 1876. Au-delà de ces institutions, les Sœurs s’impliquent dans diverses œuvres caritatives, soutenant les plus démunis de la communauté. Leur présence contribue à la préservation de la langue et de la culture françaises dans cette région majoritairement anglophone.
La paroisse Saint-Jean-Baptiste est née sous l’égide d’Yvonne Fortin-Therrien, une figure importante qui a organisé la communauté francophone de Victoria à partir de 1940. Elle fonde également le Club Canadien-français de Victoria en 1941, ainsi qu’une bibliothèque francophone. En 1957, quelques familles francophones se portent acquéreurs d’une ancienne église anglicane, permettant ainsi l’ouverture de l’église Saint-Jean-Baptiste. Dès lors, la paroisse joue un rôle de gardienne de la langue française dans l’histoire de la communauté francophone.
À la dernière rangée, à droite, se trouve le père Rolf Hasenack, entouré de quelques-uns de ses paroissiens.
Le père Rolf Hasenack, actuel responsable de la paroisse, a un parcours hors du commun. Né en Indonésie de parents hollandais, il est interné par les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale. De retour en Hollande, puis au Canada en 1962, il rejoint l’Ordre des Dominicains, présent au Québec, et fait son noviciat à Saint-Hyacinthe. En 1989, il retourne en Indonésie, sur l’île de Java, pour y fonder une communauté dominicaine. Quelques années plus tard, il s’installe en Colombie-Britannique.
Aujourd’hui, à 84 ans, le père Hasenack s’occupe de quatre paroisses, dont l’une à Langford, Sydney, sur l’île Pender, en plus de l’église francophone Saint-Jean-Baptiste. Il entretient également des liens avec quatre nations amérindiennes de la région, où il célèbre occasionnellement des baptêmes et des funérailles. Sensible au sort des Amérindiens, il s’est réjoui de la visite du pape François au Canada en juillet 2022, estimant qu’elle était nécessaire pour tendre la main après le désastre des écoles confessionnelles et des abus.
Selon la Société francophone de Victoria, « la communauté francophone de Victoria compte aujourd’hui plus de 38 000 francophones ». Malgré cette francophonie florissante, le père Hasenack affirme que « la survie de la paroisse est remise en question chaque année ». Le défi majeur, selon lui, est d’attirer des jeunes pouvant assurer la relève. Quant à lui, il compte bien assumer ses fonctions jusqu’en 2025.
L’un des souhaits qu’il exprime, c’est l’importance de mieux connaître l’histoire, en particulier la contribution des Sœurs de Sainte-Anne à la Colombie-Britannique.
Ces religieuses ont apporté une contribution exceptionnelle dans les secteurs hospitaliers et de l’éducation en Colombie-Britannique. Et leur présence s’est étendue à d’autres parties de la province
Dans cette perspective, le père Hasenack insiste sur l’importance de préserver la mémoire collective : « Les réponses de ce qui nous arrive aujourd’hui se trouvent souvent dans le passé. Et quand on commence à oublier l’histoire, on s’oublie soi-même et les autres également ». Ces propos soulignent l’importance de la paroisse Saint-Jean-Baptiste non seulement comme lieu de culte, mais aussi comme gardienne d’un héritage culturel et historique francophone en Colombie-Britannique.
Si les formes de violence les plus visibles et celles qui ont tendance à recevoir le plus d’attention sont physiques, il existe une «quantité très inquiétante de violences verbales, également des situations d’intimidation et de harcèlement en lien avec les médias sociaux», rappelle la présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick (AEFNB), Stéphanie Babineau.
La violence peut aussi s’exprimer de diverses façons dans la cour de récréation, comme par l’exclusion consciente d’un enfant ou par des commentaires ou des comportements qui dénigrent et humilient, énumère la vice-présidente, Opérations cliniques et chef des services cliniques chez Jeunesse, J’écoute, Andréanne Deschamps.
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Pour lutter contre la violence à l’école, il faut regarder dans quel milieu l’enfant se trouve.
Selon François Bowen, le milieu scolaire est la première ligne de défense contre la violence envers les élèves.
Le professeur au Département de psychopédagogie et d’andragogie de la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Montréal, François Bowen, précise ne pas faire référence aux milieux riches ou défavorisés, mais plutôt au milieu scolaire.
Les défis vont plutôt surgir en fonction du style de gestion de la direction, du personnel, des pratiques éducatives et surtout des «ressources qui sont mises en place pour soutenir les enfants», détaille-t-il.
Dans le cas du harcèlement, si le milieu éducatif ne réussit pas à encadrer et résoudre le problème, le harceleur continuera ses actions. Celui-ci voit dans l’intimidation un moyen de «prendre du prestige, parce qu’il vient avec des supporteurs, des bystander».
Le professeur critique aussi la phrase parfois prononcée par les adultes dans la cour de récréation : «Ce n’est pas grave, ils se chamaillent.» En ignorant une situation peut-être plus problématique, les adultes n’élèvent pas de barrières contre les actions des harceleurs.
De plus, un conflit entre des élèves et du harcèlement sont deux problèmes distincts. Ils doivent être résolus de manière différente, puisqu’on ne parle pas ici des mêmes mécanismes psychologiques, précise François Bowen.
Des jeunes qui se disputent n’ont pas appris à réguler leurs émotions trop fortes, donc ils se précipitent dans un conflit avant d’essayer de régler le problème d’une autre façon. Dans le cas du harcèlement, l’intimidateur agit par intérêt personnel et peut être dépourvu d’empathie.
L’organisme Jeunesse, J’écoute propose des services 24 h/24 et 7 jours sur 7 pour les personnes victimes de harcèlement ainsi que celles qui intimident.
Dénoncer peut être difficile pour les jeunes enfants témoins de harcèlement, informe Andréanne Deschamps. Ils peuvent toutefois discuter avec la victime, lui dire que ce qui se passe n’est pas normal et l’aider à aller en parler à un adulte.
Ça permet de «démontrer qu’on est allié avec l’autre jeune, que ce soit un ami ou pas, de la classe ou dans l’école, qui a subi ce comportement-là. Ça peut déjà avoir un effet très positif pour la personne qui le subit».
Une autre solution est de confronter le harceleur en groupe pour lui dire que son comportement n’est pas acceptable. La vice-présidente de Jeunesse, J’écoute explique que l’effet de groupe peut parfois arrêter les agresseurs.
Les jeunes témoins peuvent aussi en parler avec des adultes, tels que leurs parents, qui pourraient à leur tour en informer la direction du cas de l’élève harcelé, ajoute Andréanne Deschamps.
Parfois, les ressources mises en place par les écoles ne répondent pas aux besoins des enfants, indique Stéphanie Babineau.
Par exemple, depuis l’adoption du projet de loi 85 au Nouveau-Brunswick en 1986, les enfants avec des besoins particuliers sont intégrés aux mêmes écoles que les autres enfants. Toutefois, les ressources pour aider ces enfants ne sont pas disponibles dans toutes les écoles, affirme-t-elle.
Pour offrir les ressources nécessaires, il reste indispensable d’avoir du financement, déplore la présidente de l’AEFNB.
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Stéphanie Babineau tient à rappeler que malgré une bonne formation de pédagogue, les enseignants ne sont pas des experts en psychologie ou des émotions. Il est préférable d’avoir un psychologue, un travailleur social ou un intervenant en toxicomanie, souligne-t-elle.
Stéphanie Babineau rappelle que, malgré la bonne formation des enseignants, ils ont besoin d’experts comme des psychologues et des travailleurs sociaux pour aider les jeunes à gérer leurs émotions.
L’accès à ce genre de services dans les écoles francophones peut être long, ce qui peut permettre à la situation de s’envenimer. Le moment venu, les psychologues doivent «intervenir avec les élèves qui sont en situation de crise parce qu’on va chercher à éteindre le feu en premier», souligne Stéphanie Babineau.
François Bowen rappelle qu’un psychologue est nécessaire, mais pas suffisant. Il faut former les directions d’école, les éducateurs spécialisés et les enseignants à la prévention. Il faut effectuer un travail d’équipe, encourage-t-il.
À l’extérieur des murs de l’école, il y a des services d’aide, comme Jeunesse, J’écoute, disponible partout au Canada 24 heures sur 24, rappelle Andréanne Deschamps.
En plus du service de texto, l’organisme propose des outils pour apprendre à gérer sa colère, ses émotions, trouver des alliées. Il peut en outre offrir des ateliers en ligne pour les classes afin d’aborder divers sujets, comme le bienêtre, l’intimidation et la violence.
Pour prévenir la violence et le risque de harcèlement, François Bowen encourage les établissements à développer l’intelligence émotionnelle chez les jeunes.
La gestion de la colère, la gestion des conflits, ce sont des choses qui font partie d’un apprentissage normal pour tous les jeunes, puis aussi dans notre vie adulte.
D’ailleurs, Stéphanie Babineau observe que les enfants «ont beaucoup de défis quand ça vient à la régulation de leurs propres émotions, quand ça vient à la gestion de situations plutôt difficiles».
L’objectif est donc d’outiller les enfants pour gérer des évènements stressants, explique François Bowen. Se faire exclure d’un groupe d’amis ou avoir de la difficulté en amitié peut être une source de stress et de mal être.
L’intelligence émotionnelle permet aussi de développer l’empathie, ce qui manque surtout chez les intimidateurs. Cela réduirait le nombre de cas de harcèlement, propose François Bowen.
Le 30 aout, 711 brasiers étaient toujours actifs dans le pays (dont 128 hors de contrôle) et près de 5 millions d’hectares ont été dévastés par les flammes cette année, selon le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC). Cette superficie représente 146 % de la moyenne de la dernière décennie.
L’an dernier, c’est tout le territoire canadien qui s’est embrasé. Non seulement l’Ouest et les territoires, mais aussi l’Ontario, le Québec et même les provinces maritimes de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick. Au total, 18,5 millions d’hectares de forêt – un record – ont été détruits.
Face à ces mégafeux qui se multiplient et s’intensifient, les villes tentent de se protéger du mieux qu’elles peuvent.
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En Alberta, 30 % des bâtiments de la ville de Jasper ont été calcinés et 25 000 personnes ont reçu l’ordre de quitter la zone en juillet dernier.
«Le niveau de préparation varie fortement d’une province à l’autre, mais, historiquement, les villes de l’Ouest sont plus en avance sur ces questions, la conscience du risque est plus élevée», avance Joanna Eyquem, directrice générale Infrastructures résilientes au climat au sein du Centre Intact d’adaptation au climat de l’Université Waterloo, en Ontario.
Dans les Territoires du Nord-Ouest, des tranchées coupe-feu, longues parfois de 10 kilomètres, sont aménagées autour de certaines villes, comme Yellowknife. De même, en Alberta et en Colombie-Britannique, les municipalités débroussaillent autour des quartiers périurbains, enlèvent les plantes et les arbres hautement inflammables en bordure des rues, procèdent à des brulages dirigés.
La Dr Anabela Bonada considère que les normes de construction doivent évoluer et imposer le recours aux matériaux ininflammables dans les zones à risque.
«Dans les provinces de l’Est et les Maritimes, il n’y a pas grand-chose de comparable, parce que jusqu’alors il n’y a pas eu d’incendies majeurs comme dans l’Ouest», affirme la directrice générale du Centre Intact d’adaptation au climat, la Dr Anabela Bonada.
Le programme Intelli-feu, dont l’objectif est d’apprendre aux communautés à mieux protéger leurs habitations, a vu le jour en Alberta en 1993. Au tournant des années 2000, Parcs Canada a également commencé à s’impliquer et à promouvoir de bonnes pratiques.
Le programme invite notamment les habitants à choisir les bons matériaux pour leur toiture ou leur terrasse tout en repensant leur aménagement paysager. Selon les recommandations, la zone à proximité immédiate de la maison doit être débarrassée de toute végétation et de tous débris secs pouvant attiser les flammes.
Dans la zone intermédiaire, de 10 mètres de rayon, les arbres morts et les conifères doivent être coupés, mais certaines espèces de feuillus peuvent être laissées. Plus loin, des espaces doivent être créés entre les arbres pour éviter de trop gros ensembles forestiers.
«C’est difficile d’évaluer ce qui fonctionne ou non. Ça peut varier d’un incendie à l’autre, selon le type et la quantité de combustible qui se trouve au sol, la puissance du vent, l’intensité de la sècheresse», observe la Dr Anebela Bonada.
La chercheuse mentionne néanmoins les résultats d’une étude réalisée à Fort McMurray, à la suite de l’incendie de 2016 : «Les maisons dont les propriétaires ont suivi les conseils d’Intelli-feu ont été totalement ou partiellement épargnées.»
Des recherches similaires menées aux États-Unis ont également montré que les quartiers qui disposent d’un programme de type Intelli-feu ont 50 à 70 % plus de probabilité d’être épargnés par les flammes.
Au Canada, Intelli-feu n’est devenu national qu’en 2021, sous la houlette du CIFFC. Les provinces et territoires étant responsables de la lutte contre les incendies de forêt, «chacun a son propre modèle de financement, ses propres objectifs et ses propres modalités de mise en œuvre, adaptés aux réalités locales», explique le CIFFC par courriel.
Lorsqu’un évènement catastrophique se produit, les provinces et les villes en tirent rapidement les leçons. Elles ont tendance à renforcer leur protection et à consacrer davantage de fonds à la préparation.
À la suite des incendies de 2017, la Colombie-Britannique a ainsi mis en place son tout premier comité Intelli-feu et lancé un «programme solide», selon les mots de la chercheuse. Cette année, l’Alberta a, elle, prévu d’investir 151 millions de dollars sur trois ans, pour améliorer sa gestion du risque.
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Au Québec, la province la plus durement touchée en 2023, le gouvernement a alloué 29 millions de dollars supplémentaires sur cinq ans à la Société de protection des forêts contre le feu, pour embaucher plus de pompiers forestiers, mais aussi mieux éduquer et préparer la population.
Selon la chercheuse Joanna Eyquem, les villes de l’Ouest sont mieux préparées aux incendies de forêt, car elles ont subi plus de feux majeurs au cours des dernières décennies.
«Si Intelli-feu est plus implanté dans l’Ouest, ça s’en vient dans l’Est. On sait quoi faire. Le défi, c’est de passer à l’action», considère Joanna Eyquem.
Le CIFFC note, par courriel, que les provinces ayant connu récemment des mégafeux consacrent plus d’argent à Intelli-feu. L’organisme constate par ailleurs «une augmentation significative» des effectifs d’Intelli-feu dans l’ensemble du pays au cours des 18 derniers mois.
La Dr Anabela Bonada estime cependant qu’il reste beaucoup de «travail d’éducation» pour faire connaitre le programme et développer une vraie culture du risque.
«Tant qu’un incendie ne se produit pas à proximité, les gens pensent qu’ils ne sont pas en danger. C’est faux. Si l’on est proche d’une forêt, on est en danger, même s’il n’y a pas eu d’incendie depuis 50 ou 100 ans», insiste la spécialiste.
«On a besoin de plus d’investissements financiers et humains pour que la population voie l’intérêt d’adapter les habitations, d’utiliser des matériaux moins inflammables, car ça peut être couteux», renchérit Joanna Eyquem.
À ses yeux, le manque de coordination entre le fédéral, le provincial et les municipalités constitue un autre frein à une protection efficace des villes.
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Mercredi, le ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, Randy Boissonnault, a annoncé l’octroi d’environ 18,3 millions de dollars prévus dans le Plan d’action des langues officielles (2023-2028).
Mona Fortier est députée d’Ottawa-Vanier.
La Fédération de la culture canadienne-française (FCCF) recevra près de 12,4 millions pour appuyer ses programmes de soutien aux arts en milieu scolaire : PassepART, La ruchée et ImmserART. Ce dernier, annoncé le même jour, vise les écoles d’immersion.
La Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) reçoit quant à elle 6 millions pour soutenir le programme de microsubventions Vice-Versa. Selon le communiqué du gouvernement, environ 3040 microsubventions seront octroyées à plus de 740 écoles sur quatre ans.
Ces initiatives assurent «que les jeunes croient dans leur francophonie, dans leur identité et, évidemment, découvre l’art, la culture et leur patrimoine», a déclaré la députée libérale franco-ontarienne Mona Fortier, lors d’une conférence de presse.
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La traduction en français du document ayant été complétée tardivement, l’accord de réforme de la protection de l’enfance entre l’Assemblée des Premières Nations (APN), les chefs de l’Ontario, la nation Nishnawbe Aski avec Ottawa ne fera pas l’objet d’un vote avant octobre ou novembre.
Le processus et la traduction inquiètent des chefs et des défenseurs francophones qui estiment avoir besoin de plus de temps pour examiner le document.
L’APN a donc décidé de reporter l’assemblée spéciale lors de laquelle les chefs autochtones devaient voter, initialement prévue en septembre.
Cet accord est le résultat de litiges qui ont mis en lumière le sous-financement des services de protection de l’enfance. Les 47 milliards de dollars compris dans l’entente représentent plus du double de ce qui avait été proposé originalement.
Le Tribunal canadien des droits de la personne a jugé en 2019 que le gouvernement était coupable de discrimination basée sur la race envers les enfants autochtones. C’était la septième fois depuis 2016 qu’Ottawa se faisait taper sur les doigts pour cette raison.
Les ministres fédéraux se sont réunis cette semaine à Halifax, en Nouvelle-Écosse, pour préparer la rentrée parlementaire prévue le 16 septembre. Le thème phare : l’abordabilité.
Dimanche, le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Jean-Yves Duclos, et le ministre du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités, Sean Fraser, ont annoncé la mise en place d’une nouvelle banque de terrains publics pour la construction de logements abordables.
Celle-ci comprend 56 propriétés, dont des immeubles de Postes Canada, des bâtiments de bureaux fédéraux et d’anciennes bases militaires dans plusieurs régions du pays.
Les ministres Jean-Yves Duclos (à gauche) et Sean Fraser (à droite) ont annoncé la conversion éventuelle d’immeubles fédéraux en logements.
Lundi, la ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jenna Sudds, a souligné les «progrès incroyables» effectués dans le cadre du programme d’apprentissage et de garde des enfants et du programme national d’alimentation scolaire.
Pour le premier, «on a déjà vu 750 000 familles à travers le pays [en] bénéficier», a-t-elle dit devant les journalistes. «Nous avons créé 115 000 nouvelles places à travers le pays. Huit provinces et territoires ont déjà des garderies à 10 dollars par jour et toutes les autres devraient s’y rendre d’ici 2026.»
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Lundi, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé qu’Ottawa réduira le nombre de travailleurs étrangers temporaires (TET) occupant des emplois à bas salaire. Des secteurs comme la santé, la construction et la sécurité alimentaire sont exemptés.
«Il n’y a pas de meilleur moment pour investir et pour embaucher des travailleurs canadiens», a-t-il déclaré en conférence de presse.
«C’est injuste envers les Canadiens qui peinent à trouver de l’emploi et c’est injuste pour ces travailleurs étrangers temporaires, certains d’entre eux étant mal traités et exploités», a déclaré Justin Trudeau.
Alors que l’augmentation du nombre de TET admis en 2022 était nécessaire à cause d’une «pénurie de main-d’œuvre sévère», Justin Trudeau a admis que «l’économie actuelle est très différente de celle d’il y a deux ans».
«L’inflation a commencé à baisser, le taux d’emploi est plus haut, nous n’avons plus besoin d’autant de travailleurs étrangers temporaires», a-t-il lancé.
«Nous avons besoin que les entreprises canadiennes investissent dans la formation et la technologie, et non qu’elles augmentent leur dépendance envers la main-d’œuvre étrangère à faible cout.»
Des modifications au volet des postes à hauts salaires sont aussi en examen.
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Le premier ministre a aussi annoncé l’imposition d’une surtaxe de 100 % sur tous les véhicules électriques – et dans certains cas, hybrides – fabriqués en Chine et de droits de douane de 25 % sur l’acier et l’aluminium chinois.
La première mesure prendra effet le 1er octobre et la seconde, le 15 octobre.
Justin Trudeau a critiqué la Chine pour l’«avantage injuste» qu’elle se donne dans le marché mondial. Elle applique des normes environnementales et des normes de travail moins rigoureuses, ce qui «compromet la sécurité d’industries canadiennes et déplace des travailleurs des secteurs de l’automobile et de la métallurgie», a-t-il affirmé.
L’élection partielle dans LaSalle–Émard–Verdun, à Montréal, prévue le 16 septembre, permettra de combler le siège de l’ancien ministre démissionnaire David Lametti.
Mais la campagne des libéraux pour y maintenir leur siège a frappé un écueil : selon Radio-Canada, 52 employés libéraux arabes et musulmans ont envoyé une lettre à Justin Trudeau pour déclarer qu’ils ne participeraient pas à cette campagne.
Ils fustigent notamment la position du gouvernement libéral sur la situation à Gaza et la position de la direction du parti, qui serait plus propalestinienne.
Dominic LeBlanc a comparu devant un comité mercredi, pour parler de l’affaire impliquant un nouveau citoyen canadien accusé de crimes liés au terrorisme.
Le ministre de la Sécurité publique, Dominic LeBlanc, a témoigné mercredi devant le Comité permanent de la sécurité publique et nationale au sujet d’un attentat planifié, mais non exécuté, à Toronto.
Fin juillet, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a arrêté Ahmed Fouad Mostafa Eldidi et son fils Mostafa Eldidi. Ils font face à neuf chefs d’accusation, dont un pour complot en vue de commettre un meurtre au nom du groupe armé État islamique à Toronto.
Le père a obtenu la citoyenneté canadienne quelques mois avant son arrestation. Le ministre de l’Immigration, Marc Miller, a assuré le 14 aout que son ministère étudiait comment il avait obtenu cette citoyenneté.
Les audiences du comité, de leur côté, visent surtout à retracer qui savait quoi, et quand, au sein du gouvernement canadien.
Dominic LeBlanc a affirmé que le Service canadien du renseignement de sécurité a été informé de la menace en juin. Son ministère aurait été informé le 24 juillet, une semaine avant que la GRC annonce publiquement les arrestations.
Marc Miller devrait comparaitre devant le comité à une date ultérieure.
«Sachez qu’on va toucher plus de 700 écoles avec ces programmes. On va toucher des milliers de jeunes dans les écoles francophones, dans les écoles francophiles», a promis le ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, Randy Boissonneault, mercredi en conférence de presse.
Près de 12,4 millions de dollars de cette enveloppe iront à la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF). Des fonds ont aussi été accordés à la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), ainsi qu’à des écoles et des organismes communautaires.
Cet investissement s’inscrit dans le cadre du Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028.
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Selon le ministre Randy Boissonneault, il est important de soutenir des programmes qui visent l’inclusion de tous les francophones. P
Avec cette aide financière, Ottawa espère renforcer l’identité francophone et assurer son rayonnement auprès des jeunes par l’entremise de programmes soutenant les activités culturelles et artistiques.
Le programme PassepART de la FCCF, qui vise à rapprocher les écoles francophones des organismes artistiques francophones, reçoit 5 millions.
Dans la même lignée, le programme de microsubventions Vice-Versa de la FJCF – qui vise à créer des liens entre les écoles, les élèves et leur communauté – bénéficiera de 6 millions.
Le financement de 2,1 millions pour le laboratoire d’innovation La ruchée de la FCCF avait déjà était annoncée en juin dernier. Ce montant couvre seulement la phase III du projet, qui se déroulera de 2024 à 2026.
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Le nouveau programme ImmersART reçoit quant à lui 4 millions de dollars pour permettre de financer des projets et des activités culturelles francophones au sein des établissements d’immersion francophones.
Selon la directrice générale de la FCCF, Marie-Christine Morin, ces initiatives contribueront à renforcer «le sentiment d’appartenance des élèves à une francophonie canadienne plurielle et inclusive».
Pour ImmersART, elle précise qu’il ne suffit pas d’inclure les élèves en immersion dans un contexte uniquement académique, il faut les rapprocher «avec le cœur à notre langue», par l’intermédiaire de l’art et de la culture.
Il est «important que notre francophonie représente tous les gens, de toutes les couleurs, une francophonie plurielle, une francophonie qui ressemble à tous les gens», a pour sa part déclaré le ministre Randy Boissonneault.
Marianne Dépelteau – Francopresse
«C’est plate travailler dans un environnement comme ça. Après un moment, je me suis dit que je ne pouvais plus faire ça», raconte Félix*, un ancien fonctionnaire qui a travaillé comme traducteur au sein de plusieurs ministères.
«Même si on n’était que cinq francophones dans une réunion, s’il y avait un anglophone, tout se faisait en anglais.» Ne pas pouvoir travailler en français, ça lui arrivait «tout le temps», assure-t-il.
«J’étais traducteur, donc forcément, je travaillais en français […]. Mais au quotidien, si j’avais besoin de parler avec des collègues ou de faire quoi que ce soit qui n’était pas de la traduction, ça se faisait en anglais. C’était impossible de le faire en français.»
Félix a quitté la fonction publique pour différentes raisons. «Mais une grande partie, dit-il, c’est qu’il fallait toujours que je me batte pour que les gens valorisent le français.»
Dans les régions désignées bilingues, les fonctionnaires fédéraux ont le droit de travailler dans la langue officielle de leur choix, même s’ils n’occupent pas un poste désigné bilingue.
Selon Félix, certains fonctionnaires voient le français comme une langue de traduction; l’anglais est la priorité.
Un gestionnaire lui aurait même dit qu’elle ne comprenait pas l’existence de son emploi de traducteur. «Pourquoi t’es là?», lui aurait-il lancé.
«Quand t’as besoin de défendre la raison pour laquelle ton emploi existe, ça devient vraiment frustrant», partage Félix.
Luc Turgeon ressent un «certain pessimisme». Selon lui, «les gens ont juste accepté la situation».
«Ça ne devrait pas être ma job d’être le défenseur du français quand on est censé être une fonction publique bilingue qui produit et qui peut travailler dans les deux langues [officielles].»
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Isaac* fait toujours partie de la fonction publique. Il a tout de même choisi de quitter un poste pour un autre au sein de l’appareil fédéral, en grande partie parce que son niveau d’anglais ne lui permettait pas d’accéder à des postes plus hauts gradés, mais aussi parce que l’attitude envers le français le «décourage».
«C’est très lourd. Jusqu’à environ deux ans passés, je me battais bec et ongles pour le français au travail», se souvient-il.
Mais se battre lui a déjà donné «mauvaise presse» auprès de gestionnaires qui refusaient de le superviser dans la langue de son choix. «Juste parce que j’ai fait valoir mon droit», déplore Isaac. Le harcèlement dont il estime avoir été victime aurait commencé après cet incident.
«Mes tâches sont présentement à 95 % en anglais. Mes collègues, [même les] bilingues, préfèrent parler en anglais, donc ça devient très difficile pour moi de m’exprimer dans la langue de mon choix.»
De son côté, Félix était témoin d’une tendance lourde et démoralisante : les collègues qui se plaignaient de devoir apprendre le français. «C’est tellement insultant d’entendre des gens me regarder en pleine face et me dire que ma langue est une perte de temps.»
Dans le bureau où il travaille, la langue d’usage est «par défaut l’anglais», affirme Isaac, même chez les francophones, comme le suggère cette anecdote.
«On était quatre personnes en appel conférence et on se parlait tous en anglais. Après une demi-heure de discussion, quand on avait presque terminé [la réunion], quelqu’un a demandé : “On a tous un fort accent en anglais, est-ce que vous êtes tous francophones sur l’appel?” On a tous dit “oui”.»
Dans une étude parue en juillet, deux chercheurs de l’Université d’Ottawa concluent que «l’aptitude à utiliser la langue officielle de son choix dans le lieu de travail est un facteur prédictif important de l’intention de quitter chez les fonctionnaires anglophones et francophones».
La recherche suggère que 40 % des fonctionnaires anglophones et francophones qui rapportent une faible capacité à utiliser la langue officielle de leur choix au travail ont l’intention de quitter leur poste actuel pour un autre dans la fonction publique.
Certains songent même à carrément quitter l’appareil fédéral.
La surprise de notre étude, c’est qu’on pensait que cet effet serait particulièrement fort chez les francophones, mais il l’était aussi chez les anglophones
De retrouver la même tendance chez les anglophones «n’est pas totalement farfelu, ajoute-t-il. [Ils] ont peut-être plus d’options à l’extérieur de la fonction publique, surtout à l’extérieur du Québec.»
À titre de comparaison, la probabilité de quitter son poste s’élève seulement à 26 % parmi les fonctionnaires qui expriment une haute capacité à travailler dans la langue officielle de son choix.
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«Le gouvernement investit des ressources importantes pour former ces gens, dit Luc Turgeon. Il y a un cout à les perdre. […] Une perte de talent aussi, potentiellement. Aussi, ça donne une image problématique de la fonction publique, où le bilinguisme est soi-disant l’une de ses caractéristiques fondamentales.»
«En fait, ils m’ont embauché parce qu’ils voulaient que je fasse tout le travail en français», remarque Félix. «Mais quand tout le monde fonctionne en anglais tout le temps, le français devient une dernière pensée. On disait “ah! Ben Félix va s’en occuper”.»
C’est assez commun qu’en te voyant arriver, les gens disent “oh un francophone!” Et tout à coup, même si ce n’est pas ton travail [ni ton expertise], tu deviens le traducteur automatique, l’expert du français.
Isaac, lui, n’est pas traducteur. Plus d’une fois, celui-ci a été obligé de traduire des documents à cause de délais de traduction trop longs ou d’une mauvaise traduction. «Je me suis claqué la job de traducteur, mais je n’ai pas le salaire de traducteur», dénonce-t-il.
D’ailleurs, on attend des francophones qu’ils parlent anglais, même si leur poste ne l’exige pas forcément, explique Isaac.
Il l’a remarqué lors d’une réunion où l’anglais régnait. «C’est épuisant d’écouter les interprètes à longueur de journée […] et parfois, les acronymes étaient seulement en anglais. [Les francophones] ne participaient pas.» Dans les activités en sous-groupe, où étaient mélangés francophones et anglophones, les interprètes disparaissaient, affirme-t-il.
Lors d’une autre réunion, le fonctionnaire a retourné la situation : «J’étais le seul francophone. […] Je leur ai dit “je vais me gâter en parlant en français, vous allez mettre vos casques d’écoute à chaque fois que je parle et vous allez subir ce qu’un francophone subit [normalement]”. Ils ont trouvé leur journée pénible, mais j’ai trouvé que c’était un bon exercice.»
*Les prénoms ont été modifiés pour des raisons de sécurité et de confidentialité.
La récente nomination de Victor Boudreau au Sénat a fait sourciller quelques commentateurs à cause de son passé de ministre libéral au Nouveau-Brunswick.
Si le PCC remporte la prochaine élection, «des sénateurs de gros bon sens qui vont couper les taxes et les impôts, bâtir des logements, réparer le budget et stopper les crimes» seront nommés, assure le député Andrew Scheer.
L’Acadien est d’ailleurs loin d’être le seul sénateur nommé après la réforme ayant un passé libéral. Clément Gignac était ministre libéral au Québec. Pat Duncan était première ministre libérale du Yukon.
Le Sénat compte aussi dans ses rangs d’anciens candidats du Parti libéral du Canada (PLC). Michelle Audette, par exemple, a fait campagne pour la formation en 2015; Bernadette Clément en 2011 et en 2015.
Selon le leadeur conservateur à la Chambre des communes, Andrew Scheer, «Trudeau a menti aux Canadiens en disant qu’il rendrait le Sénat indépendant et non partisan».
«La réalité est que presque toutes les personnes qu’il a nommées sont en fait des sénateurs libéraux. Les nominations de Trudeau ne visent qu’à faire avancer son programme inflationniste et couteux», écrit-il dans une réponse par courriel.
Alors, qu’en est-il du Sénat indépendant promis par Justin Trudeau?
En janvier 2014, Justin Trudeau annonce l’expulsion des sénateurs libéraux du caucus national du PLC afin de limiter la partisanerie au Sénat. Les 32 expulsés commencent à siéger comme indépendants.
En 2015, Justin Trudeau annonce la création d’un Comité consultatif indépendant sur les nominations au Sénat ayant pour mission de conseiller le premier ministre sur les candidats.
À la suite de ces changements, des groupes de sénateurs se sont formés. Aujourd’hui, outre les sénateurs affiliés au Parti conservateur du Canada (PCC), la Chambre haute compte également des sénateurs non affiliés ainsi que des sénateurs affiliés au Groupe des sénateurs indépendants, au Groupe des sénateurs canadiens et au Groupe progressiste du Sénat.
Le sénateur Scott Tannas confirme que la réforme a permis plus d’indépendance au Sénat. On le voit dans le nombre d’amendements proposés par le Sénat dans les projets de loi émanant du gouvernement, dit-il.
Scott Tannas soutient toujours le PCC, mais son travail au Sénat est guidé par ce qu’il estime être la meilleure chose pour le pays et pour la province qu’il représente, assure-t-il.
Selon lui, les sénateurs nommés depuis 2015 «sont issus d’un large éventail de milieux différents». «Certains d’entre eux ont peut-être comme instinct premier de penser à ce que veut le gouvernement. Mais la majorité d’entre eux réfléchissent aux décisions du gouvernement, aux impacts de celles-ci sur leurs provinces et au meilleur rôle possible que peut jouer le Sénat.»
Qu’un sénateur ait fait de la politique auparavant ne dérange pas le sénateur Pierre Dalphond : «Ce sont des gens qui ont servi, qui comprennent la politique, qui savent que la politique fonctionne par majorité sans quoi rien n’avance.»
«Il y a une procédure extrêmement complexe à suivre. Les projets de loi arrivent et il y a 300 articles. […] Ça demande des habiletés que l’on retrouve en général chez des personnes qui ont déjà eu une expérience politique», confirme Serge Joyal, un ancien sénateur.
«L’indépendance, c’est quand ta première pensée n’est pas ce qu’un parti politique t’ordonne de faire, explique de son côté Scott Tannas. La deuxième étape, c’est la pensée critique. Est-ce que tu représentes les intérêts régionaux? Que pense ta province de la législation?»
Selon Pierre Dalphond, la présence d’une opposition officielle au Sénat, qui a pour mission de relever les failles des projets de loi étudiés, demeure importante.
Et troisièmement, ajoute-t-il, «un sénateur indépendant doit penser à l’institution».
«Quand tu fais partie d’un caucus, ta première pensée est : “que font les autres?”», raconte-t-il. Scott Tannas fait partie de ceux qui ont quitté le caucus conservateur pour former le Groupe des sénateurs canadiens.
Dans les mots de Pierre Dalphond, l’indépendance «permet de dire “je ne le fais pas parce que le parti [ou le chef] me demande de le faire. Je le fais parce que je pense que c’est la meilleure décision à prendre”.»
Selon lui, l’absence de whip et de discipline de parti oblige à la coopération : «Il faut essayer de bâtir des majorités vote par vote, question par question, projet de loi par projet de loi.»
Et ce travail entraine des discussions et du respect, poursuit-il. «Je trouve que là-dessus, on est plus intéressants que la Chambre des communes.»
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Serge Joyal faisait partie du groupe de sénateurs exclus du caucus libéral en 2014. Selon lui, la réforme «paraissait bien sur papier», mais pose des problèmes en pratique.
Serge Joyal a été sénateur jusqu’en 2020, quand il a atteint l’âge maximal de 75 ans. Selon lui, la réforme «affaiblit l’institution du Sénat».
«Quand vous n’avez pas la force d’un parti politique pour tenir tête au gouvernement dans le débat public, vous atomisez les individus, explique-t-il. Ils peuvent se réunir en groupe comme ils le font actuellement, mais la règle d’or de leur positionnement est que chacun est libre de voter comme il veut.»
«En d’autres mots, on a exclu ce qui fait la force essentielle d’un parti politique : le vote du groupe.»
Serge Joyal raconte que l’individualisation des sénateurs a créé un déséquilibre dans les rapports de pouvoirs entre les deux chambres. Les sénateurs sont seuls et plus vulnérables face à l’influence politique.
«Les ministres ont tendance à appeler les sénateurs individuellement pour tenter de les convaincre d’appuyer leurs projets de loi», raconte-t-il. Une situation qu’il a lui-même vécue à plusieurs reprises après son exclusion du caucus.
Le débat public est donc affaibli, réitère-t-il, «parce que ces discussions se retrouvent à huis clos, dans le privé des bureaux des ministres».
«L’opinion publique n’est pas plus favorable au Sénat qu’elle l’était avant», affirme quant à lui Marc-Antoine Rancourt, coauteur d’une étude parue en 2023 sur l’opinion publique des Canadiens face au Sénat.
Marc-Antoine Rancourt recense un manque de confiance de plusieurs Canadiens envers le Sénat, et ce, même des années après la réforme.
Selon les résultats, près de la moitié des électeurs seraient en faveur de l’abolition du Sénat.
«Si le but de Justin Trudeau était d’améliorer la perception du Sénat dans l’œil publique, ça n’a peut-être pas fonctionné», constate l’étudiant au doctorat à l’Université de Toronto.
L’étude suggère une variable clé : le populisme. «C’est la conception d’une institution élitiste et bourgeoise qui ne [travaille] pas pour le peuple» qui semble handicaper la réputation du Sénat, même des années après la réforme.
De plus, les sénateurs ne sont pas élus par la population, rappelle le chercheur. «Ils sont toujours nommés. Ce sont des gens qui ont réussi dans leur domaine propre […]. Il y a une déconnexion entre les caractéristiques des sénateurs et les caractéristiques démographiques du citoyen moyen.»