Le ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), Marc Miller, a annoncé le 6 mars de nouveaux programmes pilotes d’immigration, dont le Programme pilote d’immigration dans les communautés francophones.
Ce dernier s’inscrit dans la Politique d’immigration francophone annoncée en janvier et sera lancé à l’automne 2024.
Le programme aidera «ces communautés à attirer et à retenir des nouveaux arrivants d’expression française grâce à l’immigration économique régionale», a déclaré le ministre en conférence de presse.
Cette déclaration reflète la réalité de l’immigration francophone au pays, qui repose surtout sur l’immigration économique. En 2022, l’immigration économique représentait 80 % des résidents permanents d’expression française admis à l’extérieur du Québec.
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L’initiative fait partie des efforts d’IRCC pour rétablir, et éventuellement augmenter, le poids démographique des francophones hors Québec qui est actuellement en chute libre.
«On veut raffiner un peu notre façon de faire les choses, évidemment pour s’assurer que ce taux de rétention soit plus efficace, surtout avec des gens qui parlent français, étant donné la fragilité de la langue surtout à l’extérieur du Québec», a affirmé Marc Miller.
Jusqu’à sept communautés francophones et acadiennes seront sélectionnées pour accueillir 2750 immigrants d’expression française par année, a précisé le ministre.
Pour la présidente de la FCFA, Liane Roy, cette annonce est une retombée concrète de la Politique en matière d’immigration francophone.
«Ça démontre le sérieux du gouvernement»
«Pour la FCFA, cette initiative coche deux cases : elle favorise la croissance de la francophonie tout en s’adressant aux pénuries de main-d’œuvre dans nos communautés», se réjouit dans un communiqué la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).
L’ampleur de cette pénurie demeure toutefois un mystère. Malgré des recommandations formulées à cet égard par le Conseil des ministres sur la francophonie canadienne en 2021, le nombre d’offres d’emploi ne trouvant pas preneurs dans ces communautés n’est toujours pas connu.
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La présidente de la FCFA, Liane Roy, estime que le programme pilote est «une des premières retombées concrètes de la nouvelle Politique en matière d’immigration francophone» et que «ça démontre le sérieux du gouvernement».
«D’ailleurs, une des pièces maitresses de cette politique, c’est la création éventuelle d’un programme économique distinct en immigration économique permanent; la mise en place d’un programme pilote sera une rampe de lancement parfaite à cet égard», ajoute-t-elle dans le communiqué.
Selon Marc Miller, les deux programmes annoncés favoriseront la rétention des immigrants.
Un programme permanent dans les communautés rurales
Marc Miller a aussi annoncé la création du Programme pilote d’immigration dans les communautés rurales.
Celui-ci «vise à garantir que les communautés rurales continuent d’avoir accès aux programmes destinés à remédier aux pénuries de main-d’œuvre et à aider les entreprises locales à trouver les travailleurs dont elles ont besoin», lit-on dans le communiqué d’IRCC.
Le ministre prévient qu’il faudra encore quelques mois au gouvernement afin de finaliser ce programme, dont l’élaboration sera inspirée par le Programme pilote d’immigration dans les communautés rurales et du Nord (PPICRN), qui prendra fin en aout 2024.
«Ce programme permettra de poursuivre le travail important de rétention des travailleurs étrangers talentueux», a assuré le ministre.
Selon le communiqué, «IRCC ouvrira le processus de candidature des communautés au printemps pour sélectionner les communautés qui participeront aux programmes pilotes».
En 1984, Brian Mulroney, sous la bannière du Parti progressiste-conservateur, obtient le plus grand nombre de sièges de l’histoire aux élections fédérales avec 211.
Même avant son élection comme premier ministre du Canada, le politicien d’origine québécoise prenait des positions importantes en ce qui a trait à la francophonie, notamment concernant ce qui se passait du côté du Manitoba, explique le professeur en sciences politiques à l’Université de l’Alberta au Campus Saint-Jean, Frédéric Boily.
En 1987, le premier ministre Brian Mulroney propose l’Accord constitutionnel du lac Meech afin de réconcilier le Canada anglais et le Canada français.
«Il y avait tout un débat sur le bilinguisme au Manitoba», renchérit pour sa part le professeur agrégé à la Cité universitaire francophone de l’Université de Regina, Michael Poplyansky. «Il y avait beaucoup de gens au sein du Parti conservateur, tant fédéral que provincial évidemment, qui s’opposaient au bilinguisme au Manitoba.»
Le gouvernement de Pierre Elliot Trudeau de l’époque avait conclu une entente avec le gouvernement du Manitoba qui ne l’obligeait pas à traduire toutes les lois adoptées depuis 1890, mais il devrait «donner des services en français et devrait même enchâsser ce caractère bilingue dans la constitution canadienne», ajoute Michael Poplyansky.
Alors que de nombreux conservateurs, tant au niveau provincial que fédéral, s’opposent à cette demande, Brian Mulroney se lève à la Chambre des communes pour se ranger du côté du premier ministre Trudeau et du chef du Nouveau Parti démocratique de l’époque, Ed Broadbent.
«Tous les trois avaient la même position, soit que le Manitoba devait accepter de se bilinguiser au niveau provincial», explique Michael Poplyansky.
Cette histoire ira jusqu’à la Cour suprême qui, finalement, donnera raison aux Franco-manitobains.
Selon le professeur Poplyansky, la Cité universitaire francophone de l’Université de Regina a été rendue possible grâce à un financement de près de 10 millions de dollars émergeant d’une entente entre Brian Mulroney et la communauté fransaskoise en 1988.
Selon Frédéric Boily, Brian Mulroney a réussi à réconcilier les conservateurs et les francophones hors Québec.
Le réconciliateur
Selon Frédéric Boily, jusqu’à l’arrivée de Brian Mulroney comme premier ministre, les conservateurs suscitaient beaucoup de méfiance chez les communautés francophones hors Québec.
«Brian Mulroney représente un premier ministre conservateur qui, d’une certaine façon, réconcilie les conservateurs avec les enjeux francophones, soutient Frédéric Boily. […]Les conservateurs avaient beaucoup de difficulté à prendre en considération la place particulière des francophones dans l’espace politique canadien.»
Ses prises de position lors de plusieurs débats en lien avec les enjeux de la francophonie et du bilinguisme ont été un élément fondamental de cette redéfinition de la relation entre les conservateurs et les francophones afin de démontrer «que les francophones ne seraient pas oubliés avec un gouvernement conservateur».
1988 : première modernisation de la Loi sur les langues officielles
Michael Poplyansky considère que Brian Mulroney n’a pas eu la tâche facile lorsqu’il défendait la dualité linguistique du pays, car il y avait un mouvement, tant au niveau provincial que fédéral, contre le bilinguisme.
Brian Mulroney a toujours démontré qu’il était sensible à l’idée d’un Canada bilingue et au principe que le gouvernement fédéral devait offrir les services dans les deux langues partout au pays, soutient le professeur agrégé Michael Poplyansky.
Dans cette optique, Brian Mulroney désire consolider la Loi sur les langues officielles 19 ans après son entrée en vigueur en 1969 afin de mieux représenter la dualité linguistique du pays.
«La Loi de 1988 est venue donner un nouvel élan à la dualité linguistique, peut-on lire dans une publication du Commissariat aux langues officielles (CLO), notamment en cristallisant les droits en matière de langue de travail et en reconnaissant l’importance de la promotion du français et de l’anglais ainsi que de l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire.»
Des funérailles d’État sont prévues le 23 mars prochain pour l’ancien premier ministre du Canada, Brian Mulroney.
Un vaste chantier, selon ONU Femmes, qui estime qu’il faudra près de 300 ans pour atteindre cette égalité si nous n’accélérons pas les efforts. Mais ce thème m’inspire également une tout autre réflexion, plus personnelle, sur l’importance vitale du repos dans nos luttes.
Depuis que j’ai souffert d’épuisement l’année dernière et depuis les épisodes dépressifs qui ont suivi, j’éprouve beaucoup de difficultés à me concentrer. Mon rythme de vie s’en est trouvé fortement affecté.
Finies les longues périodes de travail intensif. Terminé l’agenda rempli du matin au soir. Au revoir les sorties organisées plusieurs mois à l’avance.
Je passe désormais plus de temps à scroller sur Instagram qu’à lire des essais sociologiques, et mes leçons de piano se sont faites aussi rares que des prévisions budgétaires exactes au Nouveau-Brunswick.
Certaines activités, cependant, ont pris davantage de place dans ma vie : jardiner, écrire, cuisiner, discuter avec mes amies et amis, danser, faire l’amour. Des choses simples, qui s’inscrivent dans la durée et la répétition.
J’ai réalisé que ce rythme me convenait davantage et me permettait de mieux ressentir la joie, dans le sens spinozien du terme, c’est-à-dire comme un état mental profond qui découle de ma compréhension de la façon dont le monde fonctionne, plutôt que de mes possessions matérielles ou de l’assouvissement de mes désirs.
Qu’allons-nous faire collectivement de notre surmenage?
L’épuisement professionnel n’est pas simplement le résultat d’une charge de travail excessive ou de responsabilités accablantes. C’est le symptôme d’un système capitaliste malade.
Dans nos sociétés où la productivité et la réussite sont constamment valorisées, il est facile de se retrouver piégé dans un cycle incessant de travail et de stress. Dans un sentiment d’urgence qui nous donne l’impression d’exister, le cerveau noyé sous les endorphines.
Mais combien d’entre nous font face à de réelles urgences? Un rapport administratif à remettre ou une présentation n’ont rien de foncièrement urgent, selon moi.
Nous sommes constamment poussés à en faire plus, à être plus performants, sans jamais prendre le temps de nous reposer ou de nous ressourcer. Résultat : aujourd’hui, au Canada, un adulte sur quatre souffre de dépression, d’anxiété ou de trouble de stress posttraumatique.
Le paradoxe est frappant : nos sociétés sont de plus en plus riches matériellement, mais nous-mêmes sommes de plus en plus déprimés et épuisés. Nous sommes conditionnés à croire que notre valeur dépend de notre productivité et de notre succès matériel, ce qui entraine un sentiment constant d’insatisfaction et d’anxiété.
Le repos comme un acte de résistance radical
La poétesse et militante américaine Tricia Hersey, également connue sous le nom de Nap Bishop, défend le repos comme un acte de résistance radical contre la culture de l’hyperproductivité actuelle.
Selon elle, le repos est bien plus qu’un simple moment de détente : c’est une affirmation de notre droit fondamental à une existence pleine et équilibrée. Dans son ouvrage Rest is Resistance: A Manifesto (Le repos est résistance : un manifeste), elle explore comment le repos perturbe et repousse les systèmes oppressifs du capitalisme et de la suprématie blanche.
Elle avance que le repos est une pratique qui nous permet de nous reconnecter avec notre humanité profonde. En choisissant de nous reposer, nous affirmons notre autonomie et notre valeur intrinsèque en tant qu’êtres humains. C’est un refus de nous laisser définir par notre productivité et notre utilité aux yeux des autres.
En cette Journée internationale des droits des femmes, alors que nous investissons en faveur des femmes et de leur émancipation, rappelons-nous l’importance vitale du repos dans cette lutte.
Le repos nous permet de reprendre notre pouvoir, de réclamer notre temps et notre énergie pour nous-mêmes. C’est une forme de résistance contre les systèmes oppressifs qui cherchent à nous exploiter et à nous aliéner.
Ainsi, en célébrant le 8 mars, engageons-nous à accélérer le rythme vers l’égalité des genres, certes, mais aussi, et peut-être surtout, à nous reposer lorsque cela est nécessaire. Car dans ce repos réside une puissante forme de résistance, une affirmation de notre humanité et de notre droit à une vie pleine de joie, de créativité et de connexion avec nous-mêmes et avec les autres.
Originaire de Belgique, Julie Gillet est titulaire d’une maitrise en journalisme. Militante éprise de justice sociale, voici près de quinze ans qu’elle travaille dans le secteur communautaire francophone et s’intéresse aux questions d’égalité entre les genres. Elle tire la force de son engagement dans la convergence des luttes féministes, environnementales et antiracistes. Elle vit aujourd’hui à Moncton, au Nouveau-Brunswick.
C’est en 2015 que les chemins de James Natsis (ou Jim, pour les intimes) et de Patrick Litanga se croisent, au sein du cercle francophone de Louisville. Le premier, américain d’origine grecque, est un fervent francophile. Le second, originaire de la République démocratique du Congo, vit aux États-Unis depuis 2003.
Quelques années plus tard, pendant la pandémie de COVID-19, James Natsis propose à son acolyte de créer un balado dans la langue de Molière. Selon lui, ce créneau reste à prendre.
James Natsis (à gauche) est professeur de langues à l’Université d’État de Virginie-Occidentale et Patrick Litanga (à droite) est professeur de sciences politiques à l’Université du Kentucky de l’Est.
«Il n’y a pas vraiment de balados francophones aux États-Unis, remarque James Natsis. Il y en a en anglais ou avec un petit peu de français, mais les gens n’osent pas vraiment faire ça complètement en français.»
L’idée ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. «Il n’y avait pas un genre de forum où les francophones et les francophiles de tous niveaux, de toutes aspirations, pouvaient participer directement. C’est pourquoi, lorsque Jim m’a parlé de ça, avant même qu’il ne termine, je me suis dit “oui, je veux le faire!”», se souvient Patrick Litanga.
Le premier épisode des Récits Francophones au Cœur de l’Amérique sort ainsi en aout 2021. Aujourd’hui, le compteur du balado affiche 69 épisodes.
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«On est invisibles ici»
Toutes les deux semaines, le duo va à la rencontre de francophones vivant aux États-Unis, au Canada, mais aussi en Amérique du Sud.
«En créant ce forum, on donne l’opportunité à des francophones, à des étudiants, à des gens qui parlent très bien le français, à des gens qui apprennent le français, engagés avec la langue française» de prendre le micro, détaille Patrick Litanga.
Le balado est aussi une occasion de mettre en lumière ces personnes.
On est invisibles ici. Il ne faut pas oublier que pour la plupart des gens, le français est la deuxième, troisième langue. Et ce n’est pas évident, quand on rencontre quelqu’un, de savoir s’il parle français si on n’a pas un contexte.
Le duo d’animateurs classerait les invités du balado dans trois catégories : ceux qui ont une longue histoire avec la francophonie américaine, ceux qui apprennent ou ont appris le français, et les nouveaux arrivants.
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Effet domino
«Le Canada m’a beaucoup influencé», confie James Natsis.
Ce professeur de langues admire la capacité des Franco-Canadiens à trouver des équivalents français de mots en anglais dans l’espace public, comme «courriel», «stationnement», «balado», «magasiner», etc.
Le francophile s’est également inspiré des Louisianais, «fiers» de parler français, peu importe leur accent.
«L’influence des Canadiens est une inspiration pour nous. Puis quand les dominos tombent, c’est la Louisiane, après, qui nous a donné, encouragés», illustre James Natsis.
«Nous avons associé à [l’influence du Québec et du Canada] le pragmatisme américain : c’est-à-dire qu’on vit avec. On commence là où on est, avec ce qu’on peut, et on va voir là où ça va nous amener», ajoute Patrick Litanga.
En français, s’il vous plait
Tout le monde est invité à s’exprimer, y compris les débutants. «Notre seule règle, c’est que ça doit être en français», insiste James Natsis.
Parler couramment français ou avec beaucoup d’hésitations, peu importe.
Au Canada, vous êtes jugé parfois quand ce n’est pas parfait, donc je n’ose pas postuler pour un travail par exemple. Mais ici, aux États-Unis, on n’a rien à perdre.
«J’aime pas quand on mélange. On essaie de trouver les mots en français, même si ce ne sont pas des bons mots […] On ne peut pas ouvrir la porte vers le bilinguisme», lance-t-il, sous peine d’être engloutis par Shakespeare. Le duo reste fier d’avoir réussi ce pari linguistique.
«Notre intention, c’est d’explorer ces différentes francophonies dans leurs originalités, tout en oubliant un peu les côtés de la sécurité linguistique. […] On se rencontre avec des francophones américains qui ont des accents, des patois différents, et c’est un peu ça la beauté de notre structure», note Patrick Litanga.
«En tant que francophone de l’Afrique vivant aux États-Unis, je n’étais pas informé de la manière dont il y a les différentes francophonies ici, aux États-Unis […] J’avais peut-être une idée que la Louisiane avait été achetée par les Américains ou les Français, des histoires pareilles, mais j’étais complètement ignorant qu’il y avait des francophones d’origine américaine qui essayaient de garder leur histoire, de maintenir leur langue», raconte-t-il.
Pas question pour autant d’en faire une arène politique, ou du moins politicienne. «C’est raconter simplement des histoires de chacun, sans rentrer dans les débats», explique James Natsis. Même si certains sujets comme la présence du français en Louisiane sont abordés.
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Un écosystème rayonnant
Le symbole de Louisville est une fleur de lis.
Le binôme a pourtant bel et bien conscience d’appartenir à un «écosystème», dont le point névralgique est le Québec et le Canada. «Et puis, ça rayonne.»
«Nous sommes dans ce que j’appelle “la périphérie de la francophonie nord-américaine”, témoigne Patrick Litanga. Mais il y a un tas d’autres gens qui parlent français qui sont isolés. Par exemple, ici au Kentucky, il y a un bon nombre d’immigrants, des Français, des Africains; il y a même des Sud-Américains qui vous parlent français. Notre tâche, c’est de créer cette possibilité qu’eux sachent que cette francophonie existe encore.»
«Avant, on boudait les gens qui sont dans les coins perdus. Mais c’est l’Internet qui nous relie», complète James Natsis.
Une «folie»?
Les deux comparses définissent eux-mêmes leur entreprise comme une «folie».
«C’est un peu comme si vous êtes en train de marcher quelque part et vous voyez quelque chose qui n’a pas de sens, dit James Natsis en riant. Il y a ces deux gars qui font un balado en français aux États-Unis, au milieu de nulle part. C’est fou, c’est dingue!»
Pourtant, ces hurluberlus ont toute leur tête. «Nous nous engageons dans cette histoire parce que nous pensons que c’est important», rapporte Patrick Litanga, comparant leur démarche à un «sacerdoce».
Le duo songe désormais à créer un site Web ou une plateforme nord-américaine, dont leur balado ferait partie. «Et s’il y a des gens qui s’intéressent à explorer ces possibilités, qu’ils se mettent en contact avec nous!»
Commençons avec un son lourd et grunge qui nous vient du nord du Nouveau-Brunswick. Ce son percutant, originaire de Bathurst, est le fruit d’un deuxième EP J’mettrai le feu du trio MESSE, qui figurait parmi les finalistes du dernier Gala de la chanson de Caraquet.
Le groupe MESSE.
Dès les premiers accords de Révolution, nous pouvons facilement percevoir des influences de Led Zeppelin ou encore Rush. La formation acadienne nous propose un univers blues rock psychédélique qui accompagne des textes rappelant certaines chansons de groupes francophones québécois des années 1990 comme Notre-Dame ou encore Possession simple.
Quelques pièces se démarquent, notamment Automne pour sa couleur un peu plus progressive. Le morceau instrumental T.O.M.I. est à couper le souffle. Il met en évidence le talent des musiciens. L’intensité de la plage Gaz est un autre exemple de la puissance du trio MESSE.
Le groupe de Bathurst se classe dans une catégorie à part au niveau de la musique acadienne. Dans cet univers se retrouvent des groupes comme Les Hôtesses d’Hilaire, La Patente ou encore Aubin pi la S.C.B. (Band).
MESSE propose aux amateurs de musique rock une trame solide grâce à des jeux de guitares intéressants et une section rythmique des plus remarquables. Les trois jeunes musiciens ont tous ce qu’il faut pour attirer l’attention des amateurs de hard rock.
Ballade jazz
À l’autre bout du spectre musical se retrouve l’univers manouche de Christine Tassan et les Imposteures. Après six ans d’absence, le groupe propose le nouvel album Sur la route, un retour toujours aussi généreux et savoureux avec une quinzaine de pièces; autant des chansons que des morceaux instrumentaux.
Pochette de l’album Sur la route.
La formation nous offre un univers jazz manouche parsemé de quelques notes de blues et ballades, qui nous captivent dès les premiers accords.
Sur la route nous rappelle la richesse des voyages que Christine Tassan et les Imposteures ont faits au cours des dernières années. Christine Tassan et ses acolytes nous bercent, nous décrochent un sourire et nous font rêver tout au long des différentes prestations proposées.
Il y a de beaux moments sur cet opus. L’instrumental À vélo dans Stanley Park débute avec une intro à la Harmonium pour se poursuivre avec un jazz manouche ultra moderne. Louisville Blues réussit à nous faire ressentir les chaleurs humides du Kentucky grâce à une performance remarquable.
Le quatuor manouche y va même d’une relecture d’un classique de Willie Nelson. On the road again passe aisément du manouche au celtique avec une partition de podorythmie. Parlant de relecture, Je reviendrai à Montréal est à couper le souffle, un beau mélange de ballades et de manouches.
Terminons avec Balade à Vernon, parole et musique signées Christine Tassan. L’auteure-compositrice-interprète montréalaise nous offre un moment de tendresse où nous pouvons entendre sa belle voix de velours.
Poète cowboy
Daniel Léger, l’un des meilleurs auteurs-compositeurs-interprètes de sa génération, nous proposait en avril 2019 son quatrième opus Groundé, le fruit d’une plume près du cœur et des émotions.
Le plus storyteller des artistes acadiens puise ses inspirations chez Bob Dylan, The Band et John Mellencamp. La toile de fond de cet album est celle de la contradiction entre l’Amérique rurale et les grands centres urbains.
Pochette de l’album Groundé.
Côté mélodie, Daniel Léger donne dans le country auquel il y ajoute des tons de folk, rock et blues. Buche, buche illustre bien l’univers de l’album. Jean Baptiste décrit bien une situation de plus en plus présente que nous voudrions cacher, celle du peuple contre l’exploitation des multinationales.
Rusty évoque les vraies valeurs, tout comme Semer comme on s’aime. Cette dernière est une super belle ballade country avec un texte puissant sur la richesse de l’essentiel.
Porté par ce besoin de décrire le quotidien des vraies gens, du peuple qui l’entoure, Daniel Léger nous interpelle avec un opus solide rempli de franchise et d’images loin d’être préfabriquées.
Sur une toile de fond country aux multiples nuances, l’artiste livre des textes puissants, qui décrivent l’Amérique rurale. Proche de la complainte et du parler, il réussit vraiment à nous captiver et à nous faire réfléchir sur une Amérique que nous connaissons tous, mais que nous aimerions cacher.
Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.
«Il y a urgence», lance Denis Desgagné, directeur général du RESDAC. Pour lui, ce sommet résonne comme un appel à l’aide, mais surtout un appel à l’action face à une urgence éducative croissante. Selon lui, les chiffres sont sans appel.
Le RESDAC rapporte qu’en moyenne, 52 % des francophones en situation minoritaire ont des compétences en littéracie en dessous du niveau 3, considéré comme le seuil minimum pour s’épanouir dans la société actuelle. Un chiffre qui frôle les 70 % dans certaines communautés.
«Au niveau 3, on est capable de lire des documents, les comprendre, etc. Niveau 2, on peut les lire, mais des fois on ne comprend pas ce que ça veut vraiment dire. Niveau 1, on ne peut pas lire. Cela donne une idée», commente Denis Desgagné.
Pour lui, ces statistiques permettent de comprendre, entre autres, l’assimilation et l’insécurité linguistique au sein des communautés francophones.
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Pour Denis Desgagné, les compétences spécifiques des francophones en contexte minoritaire doivent être reconnues
«Situation critique»
Néanmoins, le directeur général rappelle que ces chiffres sont issus d’une étude faite par le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) en 2012. «On pense qu’après la COVID, les données vont être encore plus graves.»
«On est dans une pénurie de main-d’œuvre, les gens sont inquiets, les compétences n’ont jamais été aussi importantes, remarque Denis Desgagné. Les employeurs cherchent des gens avec des compétences socioémotionnelles : la créativité, l’adaptabilité, la collaboration.»
Il cite aussi comme «éléments d’urgence» actuels les questions liées à la crise climatique et à l’intelligence artificielle.
On voit la situation critique et on a besoin d’intervenir. On sait que seul, on n’y arrivera pas, la tâche est trop grande. Donc, le sommet, c’est un appel à l’aide à toutes les organisations, pour qu’elles puissent jouer leur rôle. Si on n’en fait rien, si on fait comme on faisait avant, c’est clair que les données vont augmenter.
«On a beau aller chercher de nouveaux francophones ailleurs, on est dans une situation où même les nouveaux arrivants ont besoin aussi de compétences.»
De nouveaux cadres de compétences
Pour faire face à ces défis, de nouveaux cadres de compétences sont nécessaires, spécifiques aux francophones qui vivent en contexte minoritaire, soutient Denis Desgagné.
Des cadres qui incluent l’affirmation identitaire, l’engagement citoyen, le vivre ensemble et le bilinguisme additif, détaille-t-il.
Il rappelle que le RESDAC et d’autres organismes se sont battus pour faire adopter un amendement à l’article 41 (3) de la nouvelle Loi sur les langues officielles.
«Le gouvernement fédéral s’engage à renforcer les possibilités pour les minorités francophones et anglophones de faire des apprentissages de qualité, en contexte formel, non formel ou informel, dans leur propre langue tout au long de leur vie, notamment depuis la petite enfance jusqu’aux études postsecondaires», précise le texte de loi.
«C’est ça qui nous permet de rêver d’un nouveau paradigme, d’un nouveau chapitre de l’éducation en français au Canada», souligne Denis Desgagné. À l’intérieur, mais aussi en dehors du cadre scolaire.
Du formel à l’informel
«La francophonie canadienne a travaillé pour avoir des écoles, des garderies, des universités, des collèges, mais il y a aussi autour de nous des associations jeunesse, des familles. C’est tout cet écosystème qui est là et encore une fois, en francophonie canadienne, on ne peut pas juste improviser comme dans les majorités», poursuit-il.
L’apprentissage peut prendre différentes formes, qu’il soit formel, non formel ou informel, insiste Denis Desgagné. Au-delà des diplômes scolaires, il cite les formations apprises dans le cadre professionnel, mais aussi chez soi, en regardant par exemple un tutoriel sur YouTube, ou encore les activités culturelles et sportives. Sans oublier les interactions sociales avec son entourage.
Avec ce premier sommet, le RESDAC espère susciter un mouvement d’engagement collectif. Environ 300 personnes de partout au pays sont attendues.
«Le sommet est un tremplin. […] On souhaite que les gens s’engagent à travailler ensemble pour faire que nos organismes, nos institutions, nos familles soient apprenantes, que le formel, le non formel et l’informel soient en synergie, qu’il y ait des parcours d’apprentissage qui se dessinent pour tous les francophones du Canada», déclare le directeur général.
Badges numériques
Le RESDAC prévoit notamment de lancer une plateforme de badges numériques pour reconnaitre les compétences acquises tout au long de la vie, y compris dans les cadres non formels et informels.
Une initiative qui existe déjà dans plusieurs pays, «mais pas dans la francophonie canadienne», assure Denis Desgagné.
Des investissements sont également prévus pour aider les organisations francophones à développer des programmes de formation adaptés à leurs besoins.
La ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jenna Sudds a proposé l’amendement qui garantit le financement des garderies francophones en contexte minoritaire.
En décembre 2023, le Sénat avait ajouté une motion pour inclure les mots «communautés de langue officielle en situation minoritaire» à l’article 8 du projet de loi sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants au Canada.
À cet effet, l’amendement garantit le financement des garderies de langues officielles en contexte minoritaire.
Après plus de 2 mois d’attente, cette motion a été acceptée à l’unanimité à la Chambre des communes.
Une nouvelle attendue avec impatience
Les communautés francophones à travers le pays attendaient avec impatience cette nouvelle.
La présidente de la FCFA, Liane Roy, attend impatiemment la sanction royale sur le projet de loi C-35.
«La nouvelle loi fédérale sur les services de garde, qui recevra maintenant la sanction royale, confirme officiellement l’engagement du gouvernement du Canada à financer ces garderies de langue française», se réjouissent la Commission nationale des parents francophones (CNPF) et la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada dans un communiqué.
«Trop souvent, le financement des garderies de langue française échappe au radar des provinces et des territoires», ajoutent-ils.
Selon la CNPF et la FCFA, l’adoption de ce projet de loi permettra à des milliers d’enfants de fréquenter les services de garde francophones, ce qui leur garantira par la suite une scolarité en français.
Acceptée par le Sénat, mais pas sans difficultés
Cette motion à l’article 8 du projet de loi sur l’apprentissage et les services de garde avait tout d’abord été rejetée par le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie le 9 novembre dernier.
Le directeur général de la Commission nationale des parents francophones, Jean-Luc Racine, se réjouit du vote en faveur de l’amendement au projet de loi C-35.
Pour plusieurs des sénateurs siégeant à ce comité, l’amendement proposé par le sénateur René Cormier du Nouveau-Brunswick, n’était pas un ajout nécessaire.
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La sénatrice Rosemary Moodie avait quant à elle soutenu que le projet de loi contenait déjà des dispositions qui protègent les communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM) dans l’article 7 portant sur les principes directeurs.
Un avis qu’avait réfuté François Larocque, avocat et professeur de droit à l’Université d’Ottawa. Ce dernier avait recommandé cet ajout en octobre, jugeant que l’article 7 ne garantissait pas une protection totale des minorités linguistiques devant les tribunaux.
Contre toute attente, l’amendement avait été adopté au début du mois de décembre, en troisième lecture auprès du Sénat, avec 58 en faveur contre 20 et 3 abstentions.
Le projet de loi C-35 sera renvoyé au Sénat en attendant la sanction royale.
Dépenses gouvernementales, assurance médicaments et resserrement de visas
La présidente du Conseil du trésor, Anita Anand, a déposé le 29 février les plans de dépenses du gouvernement pour l’année 2024-2025.
Anita Anand dépose le budget principal des dépenses du gouvernement.
Le budget principal s’élève à 449,2 milliards de dollars en dépenses budgétaires prévues pour 129 organisations.
«Ce budget des dépenses présente également la première étape de l’initiative visant à recentrer les dépenses gouvernementales annoncées dans le budget de 2023», détaille le Conseil du Trésor dans un communiqué.
«Environ 10,5 milliards de dollars des budgets ministériels seront réaffectés aux grandes priorités des Canadiens et des Canadiennes au cours des trois prochaines années.»
Par ailleurs, CBC/Radio-Canada recevra 1,38 milliard de dollars pour 2024-2025, une augmentation de près de 100 millions de dollars par rapport aux budgets précédents. Le radiodiffuseur public ne figure plus sur la liste des entités fédérales qui devront réduire leurs dépenses de 3,3 %.
«C’est difficile pour [CBC/Radio-Canada]», précise Anita Anand, faisant référence aux coupures annoncées au sein de la société d’État en décembre dernier. «Nous voulons maintenir l’accès aux nouvelles pour les Canadiens et les Canadiennes.»
Le Commissariat aux langues officielles verra son budget augmenter, passant de 22,5 millions à 25,3 millions de dollars.
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Jeudi, le ministre de la Santé, Mark Holland, a déposé le projet de loi C-64, soit la Loi concernant l’assurance médicaments.
Selon le gouvernement, le projet de loi comprendra un accès universel à la contraception et aux médicaments contre le diabète.
«Le gouvernement du Canada entamera des discussions avec les [provinces et les territoires] sur la mise en place d’une couverture universelle à payeur unique», annonce Santé Canada.
Grâce à cette annonce, le Nouveau Parti démocratique (NPD) continuera d’appuyer le Parti libéral à la Chambre des communes, selon l’entente conclue il y a plus de deux ans.
«[Jagmeet] Singh et le NPD ont fait pression sur le gouvernement, grâce à l’entente de soutien et de confiance, pour qu’il mette en place un cadre pour l’assurance-médicaments», affirme le NPD dans son communiqué.
Le gouvernement de Justin Trudeau va de l’avant avec le projet de loi sur l’assurance-médicaments.
À compter du 29 février 2024 à 23 h 30, les ressortissants du Mexique auront besoin d’un visa pour entrer au Canada. L’annonce a été faite par le ministre de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Marc Miller.
Selon lui, c’est une mesure nécessaire pour créer «un équilibre dans la circulation des personnes entre nos deux grands pays et les demandes adressées au système d’immigration et aux ressources publiques du Canada».
«En 2023, les demandes d’asile émanant de citoyens mexicains représentaient 17 % de l’ensemble des demandes présentées cette année-là par toutes les nationalités du monde», ajoute Marc Miller.
Lundi, le ministre de la Justice, Arif Virani, a déposé le projet de loi C-63, qui pourrait devenir la Loi sur les préjudices en ligne.
«Ce projet de loi vise à renforcer la protection des enfants en ligne et à mieux protéger tout le monde au Canada contre la propagande haineuse et d’autres types de contenu préjudiciable en ligne», explique Patrimoine canadien dans un communiqué.
En plus d’obliger les plateformes à rendre certains contenus inaccessibles, le gouvernement prévoit de renforcer le Code criminel et d’améliorer la loi relative à la pornographie juvénile sur Internet.
Il envisage aussi de créer une commission de la sécurité numérique.
Décès de Brian Mulroney, les fonctionnaires noirs demandent plus de transparence, un élu franco-manitobain démissionne
Brian Mulroney a conclu l’historique accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique (ALENA).
Le 18e premier ministre du Canada, Brian Mulroney, est décédé le 29 février à l’âge de 84 ans.
«Au nom de ma mère et de notre famille, c’est avec une grande tristesse que nous annonçons le décès de mon père», a annoncé sa fille, Caroline Mulroney, sur la plateforme X. «Il est mort paisiblement, entouré de sa famille.»
En 1984, Brian Mulroney, sous la bannière du Parti progressiste-conservateur, obtient le plus grand nombre de sièges de l’histoire aux élections fédérales avec 211. Il restera au pouvoir jusqu’en 1993. Il a travaillé à créer un lien entre le Canada français et le Canada anglais et s’est opposé fermement à l’apartheid en Afrique du Sud.
Les réactions sont nombreuses sur les réseaux sociaux. «C’est avec une grande tristesse que j’ai appris aujourd’hui le décès du très honorable Brian Mulroney, ancien premier ministre du Canada», a déclaré le premier ministre Justin Trudeau.
«Je lui serai toujours reconnaissant pour ses conseils francs et son généreux mentorat à mon égard, a écrit pour sa part Pierre Poilievre. Tous les Canadiens lui sont reconnaissants de son immense sacrifice et de l’héritage durable qu’il nous laisse.»
Une coalition de plusieurs organismes défenseurs des droits des communautés noires a déposé une plainte contre la Commission canadienne des droits de la personne pour discrimination (CCDP).
«La requête, articulée autour du manquement de la CCDP aux Principes de Paris ainsi qu’à ses infractions au droit international relatif aux droits humains, peut-on lire dans le communiqué, constitue un jalon essentiel dans la démarche de tenir la Commission responsable de ses actions discriminatoires.»
Cette initiative vise à combattre le racisme et la discrimination systémiques au sein de la fonction publique.
La coalition appelle, entre autres, le gouvernement du Canada à prendre des mesures législatives et à modifier la Loi canadienne sur les droits de la personne, pour permettre l’accès direct au Tribunal canadien des droits de la personne.
Les organismes demandent aussi une révision de la Loi sur l’équité en matière d’emploi, pour refléter l’intersectionnalité.
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Le député fédéral néodémocrate Daniel Blaikie quittera son siège le 31 mars. Après plus d’une décennie en politique fédérale, il rejoint le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, comme conseiller principal aux affaires intergouvernementales.
Il a été élu comme député dans la circonscription d’Elmwood—Transcona au Manitoba une première fois en 2015, avant d’être réélu en 2019 et en 2021.
«Daniel Blaikie a défendu les travailleuses et travailleurs, s’est battu pour des droits de négociation collective forts et pour des pensions de retraite justes et stables», peut-on lire dans le communiqué du NPD.
«On voit que l’histoire et la contribution des Afro-Canadiens peuvent être minimisées parfois et [qu’elles] ne sont pas bien représentées dans les programmes éducatifs», admet Ronald Ajavon, directeur général au Conseil des écoles fransaskoises (CEF).
Le rôle des communautés noires dans l’édification du Canada a été puissant et il ne faut pas le négliger dans les programmes scolaires, renchérit Aïcha Benimmas, professeure titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Moncton.
«Il est nécessaire qu’il soit reconnu comme les autres composantes de toute la société canadienne», insiste-t-elle.
Pour ces deux experts, cette lacune de plusieurs programmes d’études au pays a de nombreuses conséquences, d’abord et avant tout dans les salles de classe, mais aussi par la suite dans la société.
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L’estime de soi, la réussite scolaire et le sentiment d’appartenance
«Il faut comprendre de façon primordiale [que] le manque de représentativité a un impact sur les élèves noirs, allant à des répercussions sur la confiance en soi à l’influence sur la réussite scolaire et le sentiment d’appartenance», soutient pour sa part Ronald Ajavon.
Aïcha Benimmas croit que le manque de représentativité des Canadiennes et Canadiens noirs dans le système scolaire peut avoir des conséquences néfastes sur l’estime de soi des enfants issus des communautés noires.
Selon Aïcha Benimmas, lorsque la «catégorie sociale» de l’élève n’est pas représentée dans les activités d’apprentissage, que ce soit dans le domaine des sciences humaines, de la technologie ou autres, l’enfant verra son estime de soi en souffrir puisqu’il n’aura pas d’occasions de s’affilier à un groupe.
Il va de soi que le sentiment d’appartenance se manifeste dès le plus jeune âge, estiment les experts.
«On a un sentiment d’appartenance aussi à l’école dans laquelle on apprend, et on tisse des liens sociaux avec les camarades, explique Aïcha Benimmas. Savoir qu’il y a un silence ou une invisibilité au niveau de [sa] catégorie sociale a un effet sur comment on valorise la personne noire canadienne en tant qu’individu.»
Discrimination et intimidation
Non seulement le manque de représentativité des communautés noires dans les programmes d’études «pourrait avoir des effets néfastes sur l’estime de soi, mais ça peut aussi donner lieu à des comportements qui ne sont pas adéquats à l’égard des enfants de couleur noire», ajoute-t-elle.
Les recherches de la professeure ont montré que l’enfant ressent un malaise lors de ses interactions avec des camarades de classe issus d’autres communautés, comme les communautés blanches.
«Une mère m’a dit que son enfant change toujours d’amis [car il se fait dire] “toi tu connais rien de ce qui se passe au Canada”» ou encore se fait appeler par le mot en N, se rappelle Aïcha Benimmas.
À cet effet, les enfants issus des communautés afrodescendantes subissent à la fois de la discrimination et de l’intimidation par leurs pairs.
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L’école, le reflet de la société
Aïcha Benimmas est d’avis que l’école a une place importante dans le développement du citoyen plus tard. «C’est là qu’on apprend à accepter l’autre, à collaborer avec l’autre», assure-t-elle.
«Alors si on s’habitue à cette absence ou bien à toujours valoriser l’histoire de l’homme blanc et à ignorer l’apport du Canadien noir, c’est sûr que cela va donner lieu à des comportements qui vont toujours valoriser l’homme blanc par rapport aux personnes noires ou de couleur.»
Malgré les progrès des programmes d’études, Ronald Ajavon croit qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour améliorer la représentativité des Canadiens et des Canadiennes noirs dans l’éducation canadienne.
Même son de cloche chez Ronald Ajavon. «Quand on examine les biais inconscients [on revient] à la question de représentativité dans le système scolaire», résume-t-il.
Les préjugés et le favoritisme que l’on retrouve dans les décisions et les jugements plus tard, par exemple dans les décisions d’embauche, sont influencés grandement par ce «qu’on vit dans le système scolaire».
«Il y a du travail à faire pour commencer à inculquer ces dimensions-là à nos jeunes. C’est de parler de la contribution des Afro-Canadiens [dans l’histoire du pays].»
Par ailleurs, l’élève qui s’est habitué à voir sa communauté ignorée en salle de classe pourrait, par la suite, se questionner sur l’importance de la place de sa communauté dans la société.
«Le rôle crucial de la représentativité [est important] pour le développement positif du jeune», renchérit Ronald Ajavon.
L’importance de la représentativité au sein du personnel scolaire
La présence de figures d’autorité noires dans la sphère scolaire joue aussi un rôle important dans le développement des enfants noirs et pourrait contribuer au bienêtre de ces élèves.
«[Ces adultes] peuvent être des modèles pour ces enfants, lance Aïcha Benimmas. Le fait de voir un enseignant de couleur noire dans la classe, à l’école, ça va juste lancer un message aux élèves que [leur] école est inclusive.»
Pour le directeur général de la CEF, la diversité au sein du personnel scolaire prépare tous les jeunes à la société de demain. «C’est vraiment [pour] le développement positif du jeune.»
Des avancées dans certaines provinces
Les deux experts en éducation canadienne s’accordent à dire que la conscientisation entourant les lacunes du système scolaire prend de l’ampleur.
Le 8 février, à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, l’Ontario a annoncé un programme scolaire revu pour inclure l’histoire des Canadiennes et des Canadiens noirs qui ont contribué à bâtir le pays.
«À compter de septembre 2025, en 7e, 8e et 10e année en histoire, le ministère ajoutera pour la première fois un apprentissage obligatoire centré sur l’histoire des Noirs en tant que partie intégrante de l’histoire du Canada», indique le communiqué de presse.
Depuis 2002, les élèves du secondaire de la Nouvelle-Écosse peuvent suivre des cours en études afro-canadiennes.
Selon un rapport d’aout 2023 de la Commission canadienne pour l’UNESCO, «en 2018, le Conseil de l’éducation afro-canadienne de la province a recommandé l’élaboration d’un cadre pédagogique pour soutenir la réussite et le bienêtre des élèves noirs de la Nouvelle-Écosse».
De son côté, Ronald Ajavon est fier de dire que son conseil scolaire en Saskatchewan a mis en place des partenariats afin d’accueillir du personnel provenant de différents pays, par exemple de l’Afrique francophone ou d’ailleurs, et d’ouvrir ainsi les horizons des élèves.
Selon Aïcha Bennimas, au Nouveau-Brunswick, il existe des formations en interculturalité pour les enseignants et la province élabore actuellement des ressources pédagogiques qui portent uniquement sur les Canadiennes et Canadiens noirs, leur rapport à l’histoire et leur place dans la société canadienne.
«Donc, ce sont des choses quand même encourageantes, parce qu’il y a un souci quant à la question de la cohésion sociale», raisonne-t-elle.
La professeure émérite de l’Université de Moncton était à l’Université d’Ottawa le 22 février pour une causerie autour de son dernier livre, Insécurité linguistique dans la francophonie.
Le court ouvrage de 76 pages vulgarise la notion d’insécurité linguistique en l’illustrant avec des exemples personnels et professionnels. Annette Boudreau veut amener les francophones à réfléchir et comprendre à quel point les commentaires moqueurs sur la langue «peuvent blesser les gens [et] que la langue n’est pas séparée de l’individu».
L’insécurité linguistique n’est pas un phénomène aléatoire, au contraire, «on se rend compte que c’est une réalité qui est très présente dans les minorités francophones au pays», informe Sébastien Savard, professeur titulaire en travail social à l’Université d’Ottawa, présent au lancement du livre.
Cette réalité a des conséquences sur l’épanouissement et l’identité d’un francophone, précise l’autrice.
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Annette Boudreau, professeure émérite de l’Université de Moncton, considère que la glottophobie provoque le sentiment d’insécurité linguistique.
Cacher son identité francophone
Craindre de parler sa langue ou de faire entendre son accent en public est causée par la présence d’une norme, explique Annette Boudreau.
Par exemple, il y a des années, la sociolinguiste travaillait sur une nouvelle recherche et elle est allée observer les interactions entre les travailleurs d’un centre d’appel et les clients qui souhaitent réserver une chambre dans un hôtel de luxe au Nouveau-Brunswick.
Face à la pression de la journée, une employée se trompe et tutoie l’individu, «puis la personne au bout du fil, elle dit passe-moi une vraie francophone».
«Puis elle nous a dit : “Ça m’a tellement blessée que j’ai décidé de changer mon identité”. Elle a décidé de devenir anglophone. Elle disait, “Hi my name is […] can I help you? I am learning French, if you want, you can help me”», raconte l’autrice.
À partir de ce moment, les clients complimentaient son français, ce qui lui a permis de se protéger et d’éviter les commentaires négatifs, rapporte Mme Boudreau.
Cependant, de façon générale, les personnes qui ressentent de l’insécurité linguistique se contentent d’user de la carte du silence pour éviter de prendre la parole et de faire entendre leur voix dans l’espace public, informe Annette Boudreau.
Se dévaloriser
Dans son livre, elle aborde aussi le sentiment de honte et d’embarras qui se manifestent lorsqu’une personne ressent de l’insécurité.
Dans une recherche menée au début des années 1990, Annette Boudreau et sa collègue Lise Dubois, aujourd’hui professeure à la retraite du département de traduction et de langues à l’Université de Moncton, ont voulu découvrir s’il y avait des différences entre les adolescents francophones qui vivent dans un milieu où leur langue est majoritaire et d’autres où le français est minoritaire.
Les jeunes qui baignaient dans un milieu très francophone «avaient vraiment une meilleure opinion de leur langue» tandis que le second groupe avait l’impression de mal parler français, comparativement aux autres francophones.
Pourtant, ils parlent bien français, il y a uniquement des accents qui diffèrent d’un lieu à un autre, nuance Annette Boudreau.
D’ailleurs, d’autres chercheurs ont décidé de reproduire cette recherche pour observer s’il y a eu une évolution des perceptions des jeunes en contexte minoritaire au sujet de leur français, remarque la sociolinguiste.
Critiquer les francophones, d’où ça vient?
L’insécurité linguistique est une conséquence de la glottophobie, soit la discrimination linguistique. Se moquer ou mépriser une personne pour sa langue ou son accent entraine un sentiment d’humiliation et de gêne.
Selon Sébastien Savard, expert en travail social à l’Université d’Ottawa, l’irritabilité de certains professionnels en santé à parler en français peut favoriser le sentiment de l’insécurité linguistique.
Par exemple, lorsque l’autrice acadienne était étudiante en France, elle a demandé à un autre étudiant : «Est-ce que vous avez du change?». Il lui a répondu : «J’ai pas de change, j’ai de la monnaie.»
Face à cette réponse, «je m’étais sentie humiliée, il avait une attitude hyper condescendante», confie-t-elle.
Un autre exemple : dans le milieu de la santé, lorsque des francophones souhaitent recevoir des services dans leur langue, ils ressentent une «certaine irritation de la part des professionnels du milieu», explique Sébastien Savard. Ils ont l’impression que demander un service dans sa langue dérange.
Ce qui peut mener à ne pas vouloir demander des services en français pour éviter de faire face à un professionnel de santé moins joyeux, ajoute-t-il.
L’impact des journaux
Pour comprendre les racines de l’insécurité linguistique chez les populations francophones en situation minoritaire, Annette Boudreau a produit une recherche sur la glottophobie dans les médias entre 1867 et 1970. Elle a sélectionné les archives et les éditoriaux du Moniteur acadien et L’Évangéline.
Les discours étaient très négatifs, surtout dans les années 1940 et 1950, parce que l’on comparait beaucoup le français parlé au Canada au français parlé en France.
Ces idées lues dans les journaux par les grands-parents et les arrière-grands-parents ont été transmises aux parents qui eux les ont transmises à leur tour à leurs enfants de manière inconsciente, favorisant le sentiment d’insécurité linguistique.
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Besoin de modèles
Il faut attendre la fin des années 1970 pour commencer à voir des francophones assumer fièrement leur accent.
«Il y a des artistes qui sont arrivées sur scène comme Michel Tremblay avec Les Belles-sœurs, Robert Charlebois, le groupe 1755 en Acadie, tout le monde chantait dans leur vernaculaire», dit Annette Boudreau.
En écoutant ces nouveaux artistes, des francophones ont réalisé qu’ils pouvaient s’exprimer avec leur accent, informe l’autrice.
Au fil du temps, les personnes ont assumé davantage leur accent, mais selon elle, il faut continuer à encourager les francophones à ne pas avoir honte de leur accent, de ne pas essayer de le camoufler.