le Mardi 10 février 2026

«Cette élection survient à un moment crucial de l’histoire. La stabilité économique du Canada dépendra du fait que les Premières Nations soient des partenaires égaux dans la prise de décision», affirme la cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations (APN), Cindy Woodhouse Nepinak.

Elle parle de projets d’une valeur de 560 milliards de dollars qui devraient être lancés sur les terres traditionnelles autochtones au cours de la prochaine décennie.

Ces projets représentent la pierre angulaire de la future croissance économique du Canada. Les bénéfices potentiels se chiffrent en milliers de milliards de dollars. Mais rien n’avancera sans le soutien des Premières Nations.

— Cindy Woodhouse Nepinak

Pour faire valoir ses préoccupations, l’APN a publié, mardi 1er avril, un document, intitulé Prospérité pour tous : Priorités des Premières Nations pour l’élection fédérale de 2025.

Ce rapport de 30 pages, envoyé à tous les partis, décrit les mesures attendues du prochain gouvernement en ce qui concerne la réconciliation économique, le commerce et la mobilité frontalière entre le Canada et les États-Unis, le bienêtre des enfants, des familles et des générations futures, les appels à l’action de la Commission de vérité et de réconciliation et les appels à la justice de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

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Besoins pour une stratégie d’entrepreneuriat autochtone

Tabatha Bull du Conseil canadien pour le commerce autochtone craint que cette élection fédérale «retarde l’élan» dans certains dossiers liés à l’économie autochtone.

Photo : Courtoisie

Hausse du cout de la vie, manque de logements abordables, détérioration des soins de santé : les Autochtones partagent également les mêmes inquiétudes que le reste de la population canadienne, assure Cindy Woodhouse Nepinak.

La présidente et directrice générale du Conseil canadien pour le commerce autochtone, Tabatha Bull, réclame pour sa part une augmentation et une pérennisation des financements publics alloués au «développement et à l’innovation» des entreprises autochtones.

La responsable veut aussi faciliter leur accès aux marchés publics fédéraux. En 2021, Ottawa s’était engagé à attribuer un minimum de 5 % de la valeur totale des contrats publics à des compagnies possédées par des membres des Premières Nations, des Métis ou des Inuits.

«Les entreprises autochtones ont dépensé beaucoup de temps et d’énergie en déposant des offres, mais elles n’ont que très peu réussi», regrette Tabatha Bull.

Elle dénonce par ailleurs le manque d’infrastructures, qui «bloque le potentiel de l’économie autochtone».

Il faut absolument développer l’accès à l’Internet à haute vitesse dans les communautés rurales et éloignées.

— Tabatha Bull

À ses yeux, l’économie autochtone doit infuser l’ensemble des chapitres des plateformes électorales. Elle ne doit pas seulement être reléguée dans une section dédiée aux Autochtones.

Elle plaide ainsi en faveur d’une stratégie d’entrepreneuriat autochtone à cheval sur plusieurs ministères, afin d’éviter la «logique de silo» et le renvoi systématique des dirigeants d’entreprise vers Services aux Autochtones Canada.

Craintes de compressions budgétaires

En pleine guerre commerciale avec les États-Unis, les Autochtones veulent également être associés aux négociations.

Les Premières Nations doivent être des partenaires à part entière, car nous ne pouvons pas lutter contre le colonialisme des États-Unis en renforçant le colonialisme au Canada

— Cindy Woodhouse Nepinak

«Il faut aider les entreprises autochtones à trouver de nouveaux marchés d’exportation, en leur garantissant un accès à des missions de vente et aux réseaux mondiaux d’entreprises autochtones», poursuit Tabatha Bull.

Pour elle, la période d’élection actuelle constitue en soi un facteur d’instabilité, parce que l’adoption de mesures économiques est mise sur la glace : «Nous craignons qu’en cas de changement de gouvernement, il nous faille à nouveau expliquer pourquoi l’économie autochtone est importante.»

Au-delà de l’économie, sujet central de ce scrutin, des organismes craignent que le financement d’initiatives autochtones liées à la vérité et à la réconciliation soit abandonné ou réduit.

Stephanie Scott du Centre national pour la vérité et la réconciliation constate une tendance inquiétante à la diminution du soutien et des financements fédéraux. 

Photo : Courtoisie

Dans une réponse écrite, la directrice générale du Centre national pour la vérité et la réconciliation (CNVR), Stephanie Scott, lance un message clair : «Nous attendons de tous les partis qu’ils fassent preuve d’un engagement concret et durable en faveur de notre travail.»

«Sans un financement adéquat, des initiatives cruciales risquent d’être abandonnées, ça freinera notre cheminement collectif vers la guérison et la réconciliation», ajoute-t-elle.

Stephanie Scott regrette à cet égard que la réconciliation soit encore trop traitée comme une «question périphérique», alors que le CNVR reçoit de plus en plus de demandes de la part des survivants et survivantes et de leurs familles pour obtenir des documents.

«Nous avons besoin de propositions politiques détaillées qui s’attaquent aux séquelles des pensionnats et du colonialisme, pas seulement de vagues promesses», écrit-elle.

À lire aussi : «Décoloniser» le système scolaire francophone : un travail de longue haleine

Changer le discours énergétique

Le directeur général d’Indigenous Clean Energy, James Jenkins, aimerait, lui, que les partis fédéraux parlent moins d’oléoducs et plus d’énergie propre. Selon l’organisme à but non lucratif, les Autochtones détiennent, en totalité ou en copropriété, près de 20 % des infrastructures de production d’électricité canadiennes.

«L’éolien, le solaire, les biocarburants sont de plus en plus abordables et contribuent à l’indépendance économique de toutes nos communautés au pays. Nous avons encore du travail à faire pour nous assurer qu’il s’agit d’une priorité visible.»

— James Jenkins, directeur général d’Indigenous Clean Energy

James Jenkins de l’Indigenous Clean Energy insiste sur le besoin d’investir dans les énergies propres, qui «génèrent de la richesse» dans des communautés autochtones.

Photo : Courtoisie

Le responsable demande notamment la clarification des règles d’application du crédit d’impôt à l’investissement dans les énergies propres pour les entités non imposables, comme les sociétés appartenant aux Premières Nations.

Plus largement, Indigenous Clean Energy souhaite que les nombreux programmes de subventions fédéraux restent en place. «[Ils] ont permis aux communautés de planifier leur avenir énergétique et de faire preuve de beaucoup plus de leadeurship», relève James Jenkins.

À Winnipeg, au Manitoba, Cindy Woodhouse Nepinak encourage toutes les Premières Nations à «dialoguer» avec les candidats locaux afin de faire entendre leur voix d’ici le 28 avril.

À lire aussi : Énergie Est : le projet doléoduc controversé pourrait-il ressortir de terre?

Avec des informations de Julien Cayouette et Marianne Dépelteau

PROMESSES-PHARES

Plan pour les retraités : le PLC prévoit deux mesures principales, dont la réduction de 25 % pendant un an du montant minimum devant être retiré d’un Fonds enregistré de revenu de retraite (FERR). Une manière de protéger – temporairement – l’épargne-retraite des Canadiens et des Canadiennes, selon le parti.

Les libéraux promettent aussi d’augmenter le Supplément de revenu garanti (SRG) de 5 % pendant un an, rapportant jusqu’à 652 $ de plus aux ainés à faible revenu, non imposable.

Mark Carney a répondu à plus de 160 questions de la part des journalistes depuis le début de la campagne. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Criminalité : le chef du Parti libéral a assuré qu’il combattra la circulation des armes de type militaire au Canada. Le programme de rachat des armes d’assaut sera toujours sur la table et il révoquera automatiquement les permis de port d’arme pour les personnes condamnées pour des crimes violents, notamment pour des violences conjugales.

Au niveau de la sécurité, les libéraux renforceraient aussi le Code criminel et les mises en liberté sous caution seraient plus strictes pour les crimes violents et organisés, notamment la traite d’êtres humains. Une législation pour faire du féminicide un crime au premier degré et une autre loi pour protéger les enfants contre l’exploitation sont aussi de mise, parmi d’autres mesures.

Renforcement du mandat de CBC/Radio-Canada : Mark Carney a annoncé en fin de semaine dernière qu’il ajouterait 150 millions de dollars au financement de CBC/Radio-Canada.

Protection de l’environnement : Lundi, Mark Carney a annoncé plusieurs mesures, dont voici les principales : la création d’au moins 10 nouveaux parcs nationaux et aires marines de conservation, l’inscription dans la loi du droit des Premières Nations à l’eau, un programme de Gardiens autochtones de l’Arctique et l’investissement de 100 millions de dollars dans un fonds stratégique pour la protection de l’eau douce.

Immigration : En conférence de presse, mardi, le premier ministre a expliqué qu’il respecterait l’Entente sur les tiers pays surs passés entre Justin Trudeau et Joe Biden en mars 2023, qui garantit que le Canada renvoie les migrants qui passent la frontière entre les États-Unis et le Canada.

Plan pour les retraités : Les conservateurs s’engagent à maintenir l’âge de la retraite à 65 ans et à protéger les prestations de la Sécurité de la vieillesse (SV), du SRG et du Régime de pensions du Canada (RPC). Ils proposent aussi de reporter de deux ans l’âge obligatoire de retrait des fonds des REER.

Ils assurent aussi qu’ils augmenteront de 10 000 $ le montant personnel de base pour les ainés qui continuent de travailler.

Un candidat du Parti conservateur a de nouveau été la cible de critiques pour avoir nié sur X que les Autochtones du Canada avaient été victimes d’un génocide. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Criminalité : Les conservateurs veulent abroger la Loi sur le système de justice pénale pour limiter les remises en liberté sous caution. Ils proposent de créer une nouvelle infraction d’«agression d’un partenaire intime», pour imposer des conditions de libération sous caution plus strictes pour les personnes accusées de violence conjugale.

Le PCC plaide aussi pour que le meurtre d’un partenaire intime, d’un enfant ou de l’enfant d’un partenaire soit considéré comme un meurtre au premier degré. Le parti veut également ajouter des chefs d’accusation qui mènent à la prison à vie et instaurer de nouvelles peines minimales obligatoires.

Médias : Interrogé par Francopresse en conférence de presse samedi, Pierre Poilievre s’est engagé à «améliorer les services locaux de Radio-Canada», le «seul moyen d’écouter les nouvelles en français» au pays selon lui. «Il faut préserver ça.» Il promet un financement continu.

Sur le financement des médias communautaires francophones hors Québec, Pierre Poilievre a seulement affirmé qu’il doublerait le financement de l’Initiative de journalisme local (IJL), actuellement de 58,8 millions de dollars jusqu’à 2027. Il veut aussi inverser le blocage des médias canadiens par Meta en éliminant la Loi sur les nouvelles en ligne, affirmant que les médias locaux auraient leur «juste part», sans préciser aucun financement.

À lire aussi : Renouvèlement de l’IJL : une francophonie plus riche

Diminution de taxes sur la construction : Jeudi, le chef conservateur a annoncé qu’il incitera les municipalités du pays à réduire les taxes sur la construction. Pour chaque dollar d’allègement offert par une municipalité en redevances d’aménagement, le PCC assure qu’il en remboursera 50 %, jusqu’à 50 000 dollars d’économies pour les acheteurs de logements neufs.

Logement : Le NPD a affirmé lundi qu’il construira 3 millions de logements d’ici 2030, tout en mettant en place un contrôle national des loyers pour protéger les locataires contre les «rénovictions» et l’augmentation des prix.

Jagmeet Singh a promis de serrer la vis sur les questions d’évasion fiscale pour les grandes entreprises canadiennes. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Il propose aussi d’accélérer les mises en chantier et de soutenir les provinces et les Villes dans la lutte contre l’itinérance. De plus, le NPD souhaite interdire les expulsions abusives, contrer la collusion des grands promoteurs immobiliers et garantir la transparence des données sur les loyers.

Évitement fiscal : Pour lutter contre l’évasion fiscale, Jagmeet Singh propose de mettre fin aux accords avec des paradis fiscaux connus, d’exiger des preuves que des entreprises ont une bonne raison d’ouvrir un compte à l’étranger et de réviser la fiscalité pour éliminer les failles qui permettent l’évasion fiscale aux grandes entreprises.

Médecins : Les néodémocrates veulent créer des programmes de résidences pour les médecins formés à l’étranger et mettre en place un système de permis d’exercice pour assurer une répartition des médecins sur tout le territoire, notamment en milieu rural. Jagmeet Singh promet ainsi que toute la population canadienne aura accès à un médecin de famille ou à des soins de santé d’ici 2030.

Culture : Le Bloc veut bonifier les programmes de subventions, comme ceux du Conseil des arts ou de Téléfilm Canada, et faire en sorte que 40 % du financement soit alloué au contenu francophone canadien.

Du côté de la radiodiffusion, il propose la création d’un équivalent québécois du Conseil de radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui pourrait également être mis au service des francophones en milieu minoritaire.

Le parti propose aussi de moderniser Radio-Canada/CBC pour «renforcer son rôle de couverture régionale, en particulier pour les communautés francophones hors Québec», selon un communiqué.

Français : Mercredi, le Bloc a promis de déposer un projet de loi qui exigera une connaissance suffisante du français pour les immigrants qui souhaitent obtenir la nationalité depuis le Québec. Lors de l’examen pour la citoyenneté, un test obligatoire de connaissances générales devra être réussi en français.

Les Verts ont promis un plan de santé qui inclurait l’accès aux soins primaires et à un médecin de famille, ainsi que l’extension de l’assurance-médicaments. 

Photo : Archives La Voix acadienne

Soins de santé : Les Verts proposent d’assurer à chaque Canadien et Canadienne l’accès aux soins primaires, aux soins dentaires, à l’assurance-médicaments et à la santé mentale.

La mesure phare de leur plan est le dépôt d’une Loi sur les soins de santé primaire, qui garantirait l’accès pour toute la population à un médecin de famille, un infirmier praticien ou une équipe de santé communautaire.

Tous les nouveaux fonds fédéraux financeraient les soins publics à but non lucratif et la formation des travailleurs de la santé, ainsi que la reconnaissance simplifiée des diplômes pour les professionnels formés à l’étranger.​

Propos controversés d’un candidat conservateur sur les pensionnats autochtones

Samedi dernier, Pierre Poilievre a défendu Aaron Gunn, candidat dans la circonscription North Island–Powell River, en Colombie-Britannique. Ce dernier a publié sur les médias sociaux des propos remettant en cause l’incidence des pensionnats autochtones sur les survivants.

Sur X, Aaron Gunn a écrit «il n’y a pas eu de génocide» et que les «bandes autochtones avaient demandé la création des pensionnats».

«C’est de la désinformation», avait répondu Pierre Poilievre en conférence de presse, sur le fait que son candidat a nié qu’il y avait eu un génocide.

INTERNATIONAL

Jeudi matin, la suspension des tarifs douaniers réciproques de Donald Trump pour une dizaine de pays pendant 90 jours, sauf pour la Chine, a entrainé un fort rebond des marchés boursiers. Ils sont cependant repartis à la baisse le lendemain.

Le président américain a fait des annonces tarifaires qui ont affolé les marchés boursiers du monde entier pendant plusieurs jours. 

Photo : Gage Skidmore – Flickr

La pause de 90 jours ne concerne pas le Canada. Les droits de douane de 25 % sur l’aluminium et l’acier sont encore en place.

L’enjeu : Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine s’intensifient. Le président américain menace d’imposer des droits de douane supplémentaires sur les produits chinois si Pékin ne retire pas ses propres contremesures tarifaires, entrées en vigueur jeudi. Cette escalade a porté les droits de douane des États-Unis sur les produits chinois à 145 % jeudi.

Pour le Canada, cette confrontation entre les deux plus grandes économies du monde est préoccupante, puisque le pays pourrait subir des effets indirects importants, comme une hausse des prix de certains biens, des perturbations commerciales ou encore des pressions pour prendre parti dans ce conflit économique.

«Je travaille très fort pour que l’on continue à augmenter nos investissements pour permettre aux collèges et universités d’avoir les reins solides», a assuré la députée sortante et candidate libérale dans la circonscription d’Ottawa–Vanier, en Ontario, Mona Fortier.

La députée libérale sortante dans Ottawa–Vanier, Mona Fortier, souhaite continuer à financer des programmes de bourse pour permettre la mobilité des jeunes étudiants à travers le pays. 

Photo : Capture d’écran

Cette dernière veut s’appuyer sur «la force du réseau postsecondaire francophone» à l’extérieur du Québec, afin d’offrir aux étudiants des programmes et des diplômes qui répondent aux besoins du marché du travail.

«On doit s’assurer qu’on est un seul pays et pas seulement 13 provinces qui travaillent chacune avec des règlements différents.»

À cet égard, elle estime qu’Ottawa doit encourager la mobilité des étudiants à travers le pays, qu’ils soient canadiens ou étrangers, et favoriser la création de programmes d’échange entre les collèges et les universités.

À lire aussi : Postsecondaire : une stratégie nationale est demandée

Le conservateur Joël Godin ne veut pas faire «miroiter des millions de dollars qui vont vous tomber du ciel» et dénonce les promesses non tenues des libéraux en matière de financement du postsecondaire. 

Photo : Capture d’écran

«On n’a pas nécessairement à investir dans le béton»

Pour le candidat conservateur et député sortant de Portneuf–Jacques-Cartier, au Québec, Joël Godin, l’argent public doit avant tout «être bien utilisé». «On n’est pas à l’ère de l’impression de l’argent. Il faut maximiser les deniers publics et être responsable.»

Il a dénoncé, entre autres, la promesse non tenue du gouvernement libéral de Justin Trudeau d’allouer 80 millions de dollars par an à l’enseignement postsecondaire en situation minoritaire. En fin de compte, le secteur ne reçoit qu’environ 30 millions de dollars annuellement.

«De nos jours, on n’a pas nécessairement à investir dans le béton; il faut investir dans les moyens de communication pour transmettre le savoir», affirme-t-il.

À ses yeux, le «manque d’accessibilité» des établissements postsecondaires francophones à l’extérieur du Québec constitue l’un des enjeux principaux : «Ce n’est pas un manque de clientèle, c’est un manque d’institutions.»

Afin d’aider celles et ceux qui désirent poursuivre leur formation en français, le candidat appelle notamment à «diminuer la lourdeur et la complexité» des processus de bourses et d’admission, tout en invitant les institutions à innover et à offrir plus de programmes.

À lire aussi : Ottawa fait sauter son plafond pour des étudiants étrangers francophones

Rendre permanent le programme pilote pour les étudiants étrangers

De son côté, la candidate néodémocrate dans la circonscription de Hull–Aylmer, au Québec, Pascale Matecki a concentré ses critiques sur un système où une population étudiante étrangère «précarisée» devient le «gagne-pain» d’universités «sous-financées», à la recherche permanente de fonds et de partenariats.

La candidate néodémocrate Pascale Matecki dénonce une «marchandisation du savoir» et «l’énorme fardeau» qui pèse sur les universités pour aller chercher des fonds. 

Photo : Capture d’écran

«Il faut trouver des façons pour qu’elles ne soient pas obligées d’aller recruter des étudiants à l’étranger, puis qu’elles ne soient même plus capables de les soutenir lorsqu’ils sont ici», la candidate du Nouveau Parti démocratique (NPD).

Le candidat du Bloc québécois dans Gatineau, Richard Nadeau, a profité du débat pour fustiger le système d’immigration actuel : «La clientèle francophone est traitée comme une clientèle de second ordre, les demandes sont traitées plus lentement.»

«Notre système d’immigration est brisé», a renchéri le conservateur Joël Godin, qui critique également les récents changements apportés en matière d’immigration touchant les étudiants étrangers.

La libérale Mona Fortier considère pour sa part que «les provinces doivent aussi prendre leurs responsabilités» vis-à-vis de l’immigration.

Elle souhaite néanmoins «rendre permanent» le Programme Pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire (PPECFSM), qui vise à soutenir les étudiants francophones venant de l’étranger et leur permettre d’accéder plus rapidement à la résidence permanente.

Tous insistent sur le besoin de penser l’offre académique des établissements postsecondaires en fonction de la pénurie de main-d’œuvre.

«On a déjà les outils, il faut juste s’assurer que le gouvernement fédéral se coordonne mieux avec les communautés francophones qui sont les experts sur le terrain, savent où sont les besoins», dit Mona Fortier.

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Faire du français un critère d’attribution

Le manque de soutien et de financement de la recherche en français a également été abordé. Mona Fortier a défendu le bilan du gouvernement de Justin Trudeau à ce sujet, en parlant «d’investissements massifs».

Le candidat Richard Nadeau du Bloc québécois estime que le Canada n’investit pas assez dans la recherche et le développement : «Il faut mettre plus d’argent pour soutenir les institutions postsecondaires.» 

Photo : Capture d’écran

Elle a rappelé les 2,6 milliards de dollars de subventions fédérales investies pour la recherche et la formation avancée en 2024 et les 734 millions de dollars destinés à des infrastructures de recherche d’envergure mondiale.

«Vous avez des alliés au caucus libéral pour que les francophones aillent chercher leur juste part dans ces montants. Nous voulons aussi développer la recherche appliquée.»

Joël Godin dit constater une situation «irrespectueuse», qui a des «effets pervers sur le développement de la francophonie». Il s’engage à augmenter les financements et la diffusion de la recherche francophone.

Richard Nadeau du Bloc québécois souhaite par ailleurs que «le fait français» soit un critère d’attribution des financements de projets de recherche.

Quelle que soit leur couleur politique, les panélistes ont reconnu le rôle essentiel des établissements postsecondaires francophones en situation minoritaire, non seulement dans la transmission de la langue, mais aussi dans le développement et la vitalité des communautés.

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«Les approches plurilingues cherchent à valoriser la diversité linguistique, à reconnaitre la pluralité de la francophonie», explique le professeur agrégé à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, Joël Thibeault.

Enseigner le français en utilisant les connaissances de l’élève dans sa langue d’origine, tel est le principe des approches plurilingues. Autrement dit, il s’agit pour les enseignants et enseignantes d’encourager les jeunes à comparer les langues, à tisser des liens entre elles.

«On pense qu’elles sont isolées les unes des autres, mais dans notre cerveau, elles sont reliées. Quand on est bilingue, on alterne entre le français et l’anglais spontanément, sans réfléchir», observe la professeure agrégée à l’École d’orthophonie de l’Université Laurentienne, à Sudbury, en Ontario, Chantal Mayer-Crittenden.

L’orthophoniste assure que plus un enfant est «conscient du fonctionnement du langage, plus il lui sera facile et rapide d’apprendre plusieurs langues».

«Éducation inclusive»

Pour Joël Thibeault, des échanges ponctuels en classe sur des mots choisis dans un texte sont tout aussi valables que des leçons complètes de grammaire ou de lecture, ciblées carrément sur la comparaison entre plusieurs langues.

«Aujourd’hui, on reconnait la diversité de la francophonie de façon trop ponctuelle. Elle est folklorisée à l’occasion d’évènements», regrette Carole Fleuret. 

Photo : Courtoisie

«Ça peut être de gros dispositifs comme des clins d’œil. L’idée est toujours d’ouvrir la discussion sur les similitudes et les différences», poursuit-il. Selon lui, il faut miser sur une «éducation inclusive, où tout le monde se reconnait, quelle que soit sa trajectoire linguistique»

En maternelle, les enfants peuvent mettre en parallèle des mots de vocabulaire. À l’élémentaire, ils peuvent comparer les structures syntaxiques des phrases et l’accord de certains mots en genre ou en nombre.

Au secondaire, les enseignants peuvent montrer comment se servir efficacement des outils de traduction. Les adolescents peuvent aussi lire et comprendre un texte dans leur langue maternelle et le résumer dans leur langue seconde.

«Les enseignants n’ont pas à connaitre toutes les langues. Au contraire, ils se décentrent et se fient aux élèves qui deviennent les experts», précise la professeure titulaire à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, Carole Fleuret.

Étant donné l’augmentation du nombre d’élèves allophones et anglophones, issus de familles ayants droit ou exogames, ces méthodes d’approches plurilingues font leur chemin dans les écoles de langue française en situation minoritaire.

Le programme-cadre de français de l’Ontario de 2023 les mentionne ainsi explicitement pour la première fois.

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Un concept qui fait école

Les 12 et 13 avril se tient le Congrès des savoirs en matière de littératie, à Ottawa. Cet évènement réunit des personnes engagées dans le domaine de l’enseignement du français en milieu minoritaire. Il y sera notamment question des approches plurilingues.

Ces approches, ou «translangage» dans les milieux anglo-saxons, sont déjà répandus dans plusieurs pays du monde. Le concept, né au pays de Galles, en Grande-Bretagne, est utilisé dans les écoles basques en Espagne, mais aussi en Belgique et aux États-Unis.

«Développer un rapport positif» au français

«Ce n’est pas encore très répandu dans les salles de classe, mais ça s’en vient, assure Joël Thibeault. Il y a une belle ouverture, en particulier dans les centres urbains où il existe une grande diversité linguistique.»

Pour Joël Thibeault, les approches plurilingues évitent que les jeunes développent des rapports conflictuels avec le français, car «on utilise leur bagage linguistique comme un tremplin». 

Photo : Courtoisie

Alors que le français devient souvent «une langue seconde apprise à l’école», selon Chantal Mayer-Crittenden, les approches plurilingues permettent aux jeunes de «développer un rapport positif» avec cette langue.

«On percevait souvent les enfants qui ne parlaient pas français à la maison comme un fardeau. Il faut changer de perspective et l’aborder comme une richesse», plaide-t-elle.

«Il y a un avantage sur le plan affectif. Ça marche mieux sur le plan de l’intérêt. Les élèves se sentent reconnus dans leur singularité, leurs cultures», abonde dans le même sens Carole Fleuret.

Joël Thibeault croit lui aussi que le français est «vu comme une langue autoritaire, punitive», lorsque les élèves doivent «laisser leur langue première à la porte d’entrée».

Les chercheurs sont conscients des craintes que peuvent susciter ces méthodes dans un contexte minoritaire où les communautés francophones doivent se battre pour leur survie.

La peur de l’assimilation à l’anglais est complètement normale, mais on ne peut pas faire comme si le phénomène n’existait pas. La francophonie devient multilingue et on a besoin des nouveaux arrivants si l’on veut assurer la survie du français.

— Carole Fleuret

À lire aussi : Étudier en français sans le parler : le défi des élèves allophones

Sensibiliser aux enjeux de la francophonie

Chantal Mayer-Crittenden insiste pour sa part sur le besoin d’un cadre bien défini afin que les jeunes prennent conscience de la place particulière du français en situation minoritaire. Parler du manque de services, des rapports de pouvoir entre les langues, il s’agit d’après elle d’autant de façons de garantir l’identité francophone de la nouvelle génération.

«Les jeunes alternent déjà spontanément entre le français et l’anglais, on parle juste de rendre le processus plus intentionnel et, surtout, autorisé», explique Chantal Mayer-Crittenden. 

Photo : Courtoisie

«On doit créer des espaces sécuritaires, des moments de la journée où les élèves doivent avoir besoin de parler français», ajoute-t-elle.

«On n’enseigne pas l’anglais, on l’utilise pour que les apprenants comprennent la dynamique du français», appuie Joël Thibeault.

À ses yeux, les approches plurilingues ne menacent pas non plus la construction identitaire des jeunes : «La plupart se considèrent déjà bilingues, ils ne se reconnaitront pas si on leur propose d’adhérer à une représentation monolingue de la francophonie.»

Quelles que soient les peurs du corps enseignant, les chercheurs restent persuadés que si les enfants «amènent leur langue dans la salle de classe, ils parleront plus facilement le français et développeront un sentiment d’appartenance plus grand», selon les mots de Carole Fleuret.

À lire aussi : L’éducation en français à l’épreuve du pouvoir et du multiculturalisme

Le Parti libéral du Canada, qui se dirigeait tout droit vers une cuisante défaite, a fait une remontée spectaculaire dans les intentions de vote en un temps record. Ce retournement de situation s’explique par un ensemble de facteurs : un nouveau chef, un nouvel enjeu de campagne et des leadeurs d’autres partis qui sous-performent.

Un autre élément exceptionnel dans cette campagne électorale est la prodigalité manifestée par tous les partis. Le message que l’on entend depuis le premier jour de la campagne est le suivant : le Canada fait face à une crise existentielle qui ne pourra se résoudre que si on dépense. Que si on dépense beaucoup, devrait-on préciser.

Combien? C’est peut-être la question à 100 milliards de dollars…

Car on n’a aucune idée du cout de l’ensemble des promesses faites jusqu’à maintenant par chacun des partis.

— Geneviève Tellier

Certes, certaines estimations ont été présentées. Mais c’est plus l’exception que la règle.

Par exemple, les libéraux promettent de créer un programme d’aide à l’industrie automobile qui sera doté d’une enveloppe de 2 milliards de dollars.

Les conservateurs s’engagent à mettre en place un programme de prêts pour les entreprises frappées par les tarifs douaniers américains d’une valeur de 3 milliards de dollars.

Les néodémocrates proposent d’offrir des subventions et des prêts à faibles taux d’intérêt pour encourager la rénovation énergétique résidentielle à hauteur de 1,8 milliard de dollars par année pendant 10 ans.

Sur les 41 engagements faits par les trois principaux partis qui ont été recensés par le Toronto Star à ce jour, il y en a seulement 9 pour lesquels les partis ont jugé bon de fournir eux-mêmes une estimation de couts : 5 par le Parti libéral, 2 par le Parti conservateur et 2 par le Nouveau Parti démocratique.

Pourtant, les promesses faites jusqu’à présent vont couter cher : réductions d’impôt, programmes d’aide aux entreprises, projets d’infrastructure, etc. On parle de dizaines de milliards de dollars pour chacun des partis.

Sans compter la perte de revenus qui risque de se produire si une récession se produit. Ce qui semble de plus en plus probable.

À lire : Feuilleton d’élection fédérale : les premières promesses

Les chefs des trois plus grands partis font beaucoup de promesses sans préciser le cout de celles-ci. 

Photos : Inès Lombardo et Marianne Dépelteau – Francopresse

Une élection différente

Ce peu d’informations tranche avec les élections passées.

En 2021, chacun des trois principaux partis avait présenté une plateforme chiffrée détaillée. Le cout de toutes les promesses était présenté.

Ainsi, on savait que la valeur totale des promesses libérales s’élevait en moyenne à 16 milliards de dollars par année pour les cinq prochaines années, celle des conservateurs à 10 milliards et celles des néodémocrates à 43 milliards.

La même chose s’était produite à l’élection de 2019. Tous les partis avaient présenté une plateforme présentant l’ensemble de leurs promesses accompagnées d’un cadre financier détaillé.

À vrai dire, il semblait désormais acquis que le dévoilement de cadres financiers était devenu incontournable en campagne électorale.

Il y a de bonnes raisons pour cela. En chiffrant chacune de leurs promesses, les partis politiques peuvent ainsi convaincre les électeurs qu’ils ont un plan réfléchi et réaliste. Ils montrent aussi qu’ils ont bien fait leurs devoirs et qu’ils acceptent de se soumettre à la critique. On pourra examiner, commenter, critiquer leurs propositions.

Bref, les partis qui présentent un cadre financier font preuve à la fois de sérieux et de transparence.

À lire : Élection fédérale : le retour de l’homme fort (chronique)

De nouvelles règles depuis 2017

Les parlementaires ont même voulu aider les partis politiques à entreprendre cet exercice en leur offrant des ressources supplémentaires.

En 2017, la Loi sur le Parlement a été modifiée afin de permettre au directeur parlementaire du budget d’évaluer les promesses électorales. Tout parti qui le voulait pouvait lui demander d’entreprendre une évaluation indépendante du cout financier de ses promesses.

Chaque parti était libre de choisir quelles promesses il voulait soumettre à l’analyse du directeur parlementaire du budget et quelles promesses chiffrées il voulait rendre publiques.

L’élection générale de 2019 a été la première à se tenir avec ces nouvelles dispositions. Ce fut un succès. Le directeur parlementaire avait publié sur son site Web le cout de 115 promesses électorales.

En 2021, le nombre de promesses évaluées par le directeur parlementaire avait été plus faible, soit 72. Il faut dire que l’élection avait été déclenchée deux ans avant la date prévue par la loi. Les partis politiques n’ont peut-être pas pu se préparer adéquatement pour élaborer un ensemble de propositions.

Cette fois-ci, en 2025, la situation est complètement différente. Aucune estimation n’a encore été publiée par le directeur parlementaire du budget. C’est comme s’il n’existait plus.

Par ailleurs, seul le Bloc québécois a présenté une plateforme jusqu’à maintenant. Nous sommes pourtant dans la troisième semaine de campagne. Il commence à se faire tard.

Y aura-t-il des plateformes chiffrées?

En fait, il ne serait même pas surprenant que les autres partis dévoilent leur plateforme et leur cadre financier pendant la dernière semaine de campagne seulement, soit après les débats des chefs. Certains partis pourraient même décider tout simplement de ne pas présenter de cadre financier.

Est-ce un point de vue trop cynique? Peut-être pas, puisque c’est exactement ce qui s’est produit il y a quelques semaines en Ontario lors de l’élection provinciale.

Les partis ontariens ont promis des milliards de dollars supplémentaires en raison de la crise commerciale qui se dessinait avec les Américains, mais n’ont pas jugé nécessaire de fournir des données financières détaillées (à l’exception du Parti vert).

Le déficit mystère

Le directeur parlementaire du budget a quand même profité de la campagne électorale pour mettre à jour les perspectives financières du gouvernement fédéral. Il estime que le déficit pourrait atteindre entre 42 et 47 milliards de dollars cette année, sans tenir compte du cout des promesses électorales.

En incluant ces dernières, nous dirigeons-nous plutôt vers un déficit de 60 milliards? 80 milliards? 100 milliards?

Ces chiffres ne sont pas si farfelus. Rappelons que le déficit avait été de 140 milliards de dollars en 2021 en raison d’une autre crise : celle de la COVID-19.

C’est peut-être celle-là, la question à 100 milliards de dollars…

À lire : Économie : un déficit de 62 milliards et silence sur les langues officielles

Geneviève Tellier est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques budgétaires des gouvernements canadiens. Elle commente régulièrement l’actualité politique et les enjeux liés à la francophonie dans les médias de tout le pays.

Le phénomène est directement relié, selon René Arseneault, au fait que les programmes provinciaux et ceux du gouvernement fédéral sont souvent conçus pour favoriser le développement urbain.

À lire aussi : Les villes à l’avant-poste de la lutte linguistique

Plus difficile d’obtenir des programmes d’aide en milieu rural

René Arseneault était député d’une circonscription rurale, celle de Madawaska–Restigouche dans le Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick, lors du déclenchement de l’élection fédérale.

Après dix ans à représenter cette région sous les trois gouvernements de Justin Trudeau (élu en 2015, 2019 et 2021), l’Acadien assure qu’il est bien plus «difficile» d’obtenir des programmes de services ou d’aides en région rurale qu’en milieu urbain.

René Arseneault est désormais l’ex-député libéral de la circonscription du Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick. 

Photo : Courtoisie

«Lorsqu’une petite municipalité de 3000 habitants veut faire une demande d’aide pour du logement abordable, comme le ferait Toronto, Montréal, Vancouver ou Moncton, celle-ci ne répond pas aux critères», affirme-t-il.

René Arseneault observe qu’il «faut attendre» que les ministères «viennent faire des petites modifications». «Si bien qu’on a perdu du temps, il est trop tard et il ne reste plus de fonds. C’est souvent, trop souvent comme ça.»

Il explique que l’exode rural vers les villes «embourbe» ces dernières depuis les années 1960, ce qui conduit à la «multiplication des programmes politiques et des infrastructures». Plus le choix de «répondre à ce surplus dans les régions urbaines».

C’est là que les villes deviennent plus avantageuses : «Il y a plus d’infrastructures, du transport en commun, du logement.»

À lire aussi : Le repreneuriat, «un outil pour faire vivre les communautés francophones»

Un point de vue à nuancer?

Un point de vue largement nuancé par le professeur émérite à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, François Rocher.

Selon François Rocher, les très grandes villes au Canada ne sont pas nombreuses, le clivage entre les municipalités plus petites et les grands centres urbains au niveau politique est à nuancer. 

Photo : Courtoisie

«Le clivage rural-urbain est de moins en moins vrai aujourd’hui, dans la mesure où on parle de zones périurbaines», qui comprennent des gens qui ne sont pas si loin d’un centre urbain, mais qui ne sont pas non plus dans de très petites communes.

«C’est plus complexe que juste une différence entre le rural et l’urbain», analyse-t-il.

Pour lui, les très grandes villes au Canada ne sont pas si nombreuses et certains enjeux «traversent tous les territoires, comme l’inflation par exemple».

Le professeur concède toutefois des différences dans les activités liées au territoire. Il donne l’exemple de l’extraction des ressources naturelles, que l’on trouve surtout dans les régions «plus en périphérie» et qui lie ce type d’activité aux intérêts immédiats des électeurs.

«S’ils travaillent dans ces domaines, évidemment ils vont accorder plus d’importance à ce que les partis politiques vont favoriser sur leurs activités ou non. (…) Donc il y a une diversité sociale qui fait en sorte que les choix politiques ne sont pas les mêmes.»

Plus de territoires, moins de députés ruraux

En plus de la différence d’aide entre les régions urbaines et rurales, René Arseneault déplore le fait que l’exode qui touche les petites communautés canadiennes débouche sur des territoires de circonscriptions agrandis.

En effet, selon la Loi électorale du Canada, les circonscriptions fédérales doivent en général représenter un nombre minimum de personnes, pour mieux représenter la croissance de la population notamment.

La carte électorale fédérale est mise à jour tous les dix ans pour refléter la variation de la population. Par exemple, en Ontario, le redécoupage de 2023 a mené à une circonscription de moins dans le Nord de l’Ontario et une de plus dans la région de Toronto.

Des circonscriptions de plus en plus populeuses

Les circonscriptions sont réexaminées tous les dix ans.

Dans sa version datant de 2009, la procédure de la Chambre des Communes du Canada reconnait : «Étant donné que les problèmes d’accessibilité, de transport et de communication constituent souvent des obstacles à une représentation efficace et au démarchage électoral, les commissions font généralement en sorte qu’il y ait moins d’électeurs dans les circonscriptions rurales que dans les circonscriptions urbaines.»

Statistique Canada rappelle de son côté que si 30 nouveaux sièges ont dû être créés après le recensement de 2011, aucun n’a été ajouté après le plus récent, en 2021.

Toutefois, «la taille moyenne de la population d’une circonscription au sein des provinces passera de 116 116 habitants à 121 891, pour refléter l’accroissement de la population au cours de la décennie», peut-on lire sur le site de l’agence.

«Nos territoires ruraux s’agrandissent, ils sont immenses. D’ailleurs pour l’élection qui s’en vient fin avril, mon territoire s’agrandit davantage pour le candidat qui me remplace. C’est une mission impossible de voir tout le monde, être partout», remarque le député sortant.

Selon ses observations, de moins en moins de ministres et de députés sont issus des régions rurales, contrairement à ceux provenant des milieux urbains. Et les voix de ministres pèsent parfois plus lourd, en fonction de la problématique mise sur la table.

Pour les grandes villes, René Arseneault affirme qu’il faut «créer des circonscriptions à l’intérieur même des villes».

L’ancien élu n’impute pas le déséquilibre entre les régions rurales et les villes à un gouvernement libéral ou conservateur en particulier, mais à ceux qui se sont succédé depuis les années 1960.

Deux poids, deux mesures

René Arseneault utilise l’accès au signal cellulaire en ville et région pour illustrer le déséquilibre dont il a été témoin.

J’ai assisté à un décès dans un centre communautaire, on était incapable d’appeler le 911, il n’y avait pas de réseau cellulaire. Je comprends que ce n’est pas un problème 100 % du gouvernement, ce sont les fournisseurs de services qui sont un peu réticents à venir où il y a peu de population, je comprends ça. Mais ça vous donne une image.

— René Arseneault

Et l’Acadien de poursuivre : «On a la téléphonie cellulaire à l’intérieur du métro de Toronto alors qu’en région rurale dans le Canada, on n’est pas capable d’appeler le 911 dans une situation d’urgence parce qu’il n’y a pas de signal.»

Pour lui, la solution réside dans l’équilibre économique de l’offre et la demande.

«Quand on déborde de monde à Vancouver ou à Toronto et que les loyers commencent à friser les 2500-3000 $ par mois, il y a très peu de logements, beaucoup de demandes. Si on laissait les règles économiques naturelles régler le prix, automatiquement il y a des gens qui quitteraient le centre de ville à 20, 30 minutes. Ça créerait des régions suburbaines qui créeraient leur propre économie.»

À lire : Le service de téléphonie cellulaire coute cher au Canada (Chronique)

C’était le 7 avril 1987. L’Accord du lac Meech, qui a pour but de formellement réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel canadien, est à la veille d’être signé. Une nouvelle ère de collaboration entre les «deux peuples fondateurs», comme on appelait alors francophones et anglophones (en oubliant les Autochtones), s’annonce possible.

C’est dans cette enceinte que Léo Piquette a «osé» poser une question en français en avril 1987. 

Photo : Wikimedia Commons, attribution 2,0 générique

Ce jour-là, à l’Assemblée législative de l’Alberta, le député néodémocrate de la circonscription francophone d’Athabasca–Lac La Biche, Léo Piquette, se lève pour poser une question à la ministre de l’Éducation, Nancy Betkowski, au sujet de la place du français dans la refonte de la School Act, ainsi que de l’application de l’article 23 de la Charte des droits et libertés portant sur le droit des minorités linguistiques à l’éducation dans leur langue.

«Les Franco-Albertains attendent impatiemment depuis 1982…» Ne lui laissant pas le temps de poursuivre, le président de la Chambre, David Carter, l’interrompt : «Order Honourable member. Order please

Le président, indiquant qu’il se lève «avec hésitation», rappelle au député Piquette qu’il a eu avec lui une discussion l’année précédente quant à l’usage du français à l’Assemblée et que la permission de le faire lui avait été accordée, mais pas lors des périodes de questions. Et il conclut, en français : «En anglais s’il vous plait.»

Le français chevillé au corps

Né à Plamondon, village fondé par des Canadiens français, notamment par son ancêtre Joe Plamondon, Léo Piquette a été élu en 1986, mais il avait derrière lui une longue carrière d’enseignant et de directeur d’école. Il avait la langue française tatouée sur le cœur.

Léo Piquette récidive, en indiquant au président de la Chambre qu’en prenant la parole dans sa langue maternelle l’année précédente, il avait affirmé son droit de parler français en Chambre. «Je ne crois pas que ce droit a été aboli par votre déclaration, dit-il en anglais, avant de poursuivre en français. Les Franco-Albertains attendent impatiemment depuis…»

Le président lui coupe à nouveau la parole : «Order please.» David Carter avertit le député que s’il ne pose pas ses questions en anglais, il devra renoncer à son droit de parole. Et le président insiste à nouveau, en français : «En anglais s’il vous plait.»

Il rabrouait, mais au moins, il était poli. Ironiquement, le président a sommé Léo Piquette de parler en anglais, en disant quelques mots en français…

Léo Piquette persiste et parle

Le francophone albertain a payé le prix de son audace. Dans un court film de Jacques Thivierge sur cette affaire, l’ancien député raconte comment son geste a été reçu :

«Je savais que c’était peut-être la fin de ma carrière politique parce qu’il y a eu une réaction très négative des politiciens et même de nos francophones. […] Quand j’ai sorti le soir, j’étais poursuivi par tout le monde. J’avais eu peut-être 40 appels sur mon téléphone de gens qui voulaient me tuer si j’allais sur leur terre, sur leur ferme. […] Il y en avait qui voulait que je recule, mais j’ai dit non.»

Montage effectué par Jacques Thivierge dans le cadre de la production de son film, En anglais s’il vous plaît

Photo : Courtoisie Jacques Thivierge

Une semaine après l’incident, une pancarte est placée devant l’édifice législatif d’Edmonton, enjoignant le député à «retourner» au Québec s’il veut parler français.

Le président transmet l’affaire à un comité de la Chambre, qui statue que l’utilisation du français à l’Assemblée est un privilège qui doit être autorisé au préalable par le président et à condition qu’une traduction soit fournie.

Le comité conclut que le député Piquette doit présenter des excuses pour avoir manqué de respect envers le président de l’Assemblée. Le politicien francophone refuse de le faire.

Du rejet et des appuis

D’un bout à l’autre du pays, Léo Piquette reçoit des appuis, notamment de la part de certains commentateurs dans des journaux anglophones. Le Globe and Mail dénonce même l’affaire en éditorial.

La revue Langue et société, publiée par le Commissariat aux langues officielles de 1979 à 1994, a parlé de l’affaire Piquette dans son numéro de l’automne 1987. 

Image : Avec la permission du Commissariat aux langues officielles

Comme on l’a dit, cette histoire survient alors que le pays tente de se réconcilier avec le Québec, exclu de l’entente constitutionnelle de 1982.

Le gouvernement fédéral s’active au même moment pour mener la première grande refonte de la Loi sur les langues officielles de 1969.

À la Chambre des communes, le député libéral fédéral franco-ontarien Jean-Robert Gauthier, grand défenseur des droits des minorités francophones, interpelle le premier ministre Brian Mulroney sur cette affaire. Qualifiant l’incident «d’insulte envers tous les francophones du pays», le député Gauthier lui demande d’intervenir auprès de son homologue albertain.

Dans sa réponse, Brian Mulroney souligne que l’Accord du lac Meech part du principe selon lequel «les gens et les leadeurs de ce pays feront preuve de générosité et d’ouverture d’esprit en ce qui a trait à la mise en œuvre toute mesure linguistique».

Il demande aux députés de l’Assemblée législative albertaine de trouver une «solution honorable» à cette affaire, tout en précisant que les «minorités doivent être protégées et respectées».

Ce plaidoyer aura finalement peu d’écho en Alberta, alors dirigé par le conservateur Don Getty, farouchement opposé au bilinguisme législatif.

À lire aussi : Langues officielles : les institutions fédérales doivent prévenir plutôt que guérir

Une reconnaissance momentanée

Quelques mois plus tard, les francophones de l’Alberta et de la Saskatchewan obtiendront néanmoins une reconnaissance momentanée de leurs droits avec le jugement rendu par la Cour suprême dans l’affaire Mercure.

Photo de Léo Piquette lors de la campagne électorale en Alberta en 1986 lors de laquelle il a été élu. 

Photo : Wikimedia

Le père André Mercure, curé en Saskatchewan, avait contesté devant les tribunaux une contravention reçue pour excès de vitesse qui avait été rédigée en anglais seulement. Son affaire s’est rendue en Cour suprême du Canada, qui a statué en février 1988 que les lois de l’Alberta et de la Saskatchewan étaient invalides parce qu’elles avaient été adoptées uniquement en anglais.

La Cour offrait cependant une solution aux deux provinces : adopter une loi (bilingue) validant toutes les anciennes lois rétroactivement. Ce que se sont empressées de faire les deux provinces. Ironiquement, en officialisant son unilinguisme législatif, l’Alberta a du même souffle permis l’usage du français dans son Assemblée.

À lire aussi : Quand l’Alberta et la Saskatchewan étaient bilingues…

Dans un communiqué soulignant la Journée internationale de la Francophonie, en 2023, l’Assemblée législative de l’Alberta rappelait que le français avait été la première langue européenne parlée dans la province.

Pour le président de la Chambre albertaine, Nathan Cooper, «la langue française a fait partie intégrante du développement de notre province et demeure aujourd’hui l’une des langues les plus importantes et courantes en Alberta».

Des remarques que Léo Piquette n’aurait peut-être jamais cru pouvoir entendre à l’époque où il s’est fait mettre au pas, le 7 avril 1987.

Après son passage en politique, le Franco-Albertain est resté très actif au sein des organismes scolaires et économiques.

En 2015, son fils Colin s’est fait élire pour le même parti et dans la même région que lui, l’emportant sur un ministre conservateur, lors de l’élection historique qui a porté le Nouveau Parti démocratique au pouvoir après 44 années de règne conservateur en Alberta. Colin Piquette ne s’est pas représenté au scrutin de 2019.

Un patrimoine francophone mis en valeur

Le duo Prairie Comeau tente de partager une bride du riche patrimoine musical francophone d’Amérique du Nord avec son album L’emprunt(e) Anique Granger (Saskatchewan) et Benoît Archambault (Québec) unissent leurs deux univers pour rendre hommage à la bonne chanson.

Pochette de l’album L’emprunt(e)

Photo : ciedunord.com

Avec douceur et justesse, Prairie Comeau nous invite à nous laisser bercer au son des guitares et autres instruments acoustiques. Des arrangements très épurés donnent toute la place aux voix remplies de sobriété. On a rapidement l’impression d’être témoin d’un rendez-vous privé, d’une rencontre exceptionnelle qui révèle la richesse de la musique francophone d’Amérique du Nord.

Du superbe duo Tout passe à Je sais bien quelque chose, Anique Granger et Benoît Archambault livrent des interprétations magistrales. La chanteuse fransaskoise poursuit avec une version remplie de mélancolie de Partons la mer. Un autre moment fort est Comment veux-tu, chanson sur laquelle on retrouve la voix de Michel Lalonde du légendaire groupe Garolou.

Les amants malheureux est l’empreinte d’un autre duo magique. On poursuit avec La chère maison, une interprétation a cappella incroyable, le point culminant de l’album. Pour celles et ceux qui sont passionnés d’improvisation, Benoît Archambault offre La feuille d’érable, l’hymne national de la Ligne nationale de l’improvisation (LNI).

Prairie Comeau offre une œuvre de douze chansons tirées d’un répertoire de bonnes chansons en français. Avec beaucoup de justesse et de respect pour les extraits choisis, le duo propose un moment très intimiste. 

Prairie Comeau : Partons la mer
Album : L’emprunt(e)

Vieillir en chansons 

Pour le renouveau, celle qui nous invitait chez elle en 2020 nous revient avec le bouquet de nostalgie Les Échos. Le 2e opus de l’autrice-compositrice-interprète Jeannine Guyot fait du bien à l’âme. L’artiste de Fannystelle, au Manitoba, réussit à nous transporter dans ses souvenirs les plus profonds.

Jeannine Guyot. 

Photo : jeannineguyot.com

Elle nous interpelle sur les moments intimes, les départs et les absences. En toile de fond, les mélodies de Jeannine Guyot sont remplies de nostalgie et le piano guide les harmonies. Parfois tout en douceur, parfois plus rythmée, elle livre des textes touchants sur les étapes du vieillissement.

Entre Prélude et Réflexion, les deux pièces instrumentales, l’auditeur a droit à de petites perles. La pièce-titre Les Échos témoigne des traces de la vie de sa grand-mère. La chanson L’important nous invite à vivre le moment présent et, finalement, Les yeux de Heidi est un instant de tendresse entre Jeannine et sa mémé.

L’autrice-compositrice-interprète franco-manitobaine livre un moment de tendresse et d’amour. Avec beaucoup de nostalgie dans la voix, elle rend un brillant hommage à sa grand-mère qu’elle aimait tant.

Jeannine Guyot : Les yeux de Heidi
Album : Les Échos

Souvenir dun paysage intérieur 

En terminant, je reviens vers une artiste de la Baie Georgienne en Ontario. L’autrice-compositrice-interprète franco-ontarienne Joëlle Roy nous offrait en 2018 son album Paysage intérieur.

Dès la première plage, Identité épaillée, on est interpelé par des arrangements sur lesquels on se laisse bercer. Les textes font beaucoup référence aux contacts humains, aux sentiments envers les autres et à l’intégrité.

Pochette de l’album Paysage intérieur

Photo : joelleroy.ca

Il y a de beaux petits bijoux sur ce disque, dont Ça me fait chier de t’oublier, un country folk à la Harvest Moon de Neil Young. Plus jamais de détour est un petit univers Dixieland jazz des plus accrocheurs et charmants. Insatiablement est la pièce la plus rock de cet opus avec un beau changement d’humeur dans le bridge avec les enfants.

La pièce-titre Paysage intérieur et la belle reprise, J’entre – qu’elle a écrite en début de carrière – nous amènent dans un niveau d’émotion plus profond. Autant la force des mélodies, que la puissance des textes nous interpellent avec des sentiments de quiétude et de sérénité qui nous touchent au plus profond. L’album se termine en beauté sur une belle reprise du classique de CANO, Dimanche après-midi.

Paysage intérieur de Joëlle Roy est une invitation à arrêter le temps. L’autrice-compositrice-interprète nous interpelle avec des mélodies parfois zydeco, parfois country folks, mais toujours agréables.

Je terminerai en vous disant qu’elle vient de lancer sur YouTube un excellent vidéoclip pour une nouvelle chanson : Dans mes bras.

Joëlle Roy : Ça me fait chier de t’oublier
Album : Paysage intérieur

Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.

Avec des informations de Julien Cayouette et Marianne Dépelteau

FRANCOPHONIE

La loi 96 sur la langue française est une réforme de la Charte de la langue française du Québec. Son but est de consolider le statut du français en tant que langue officielle et commune de la province.

Si le chef libéral Mark Carney a assuré cette semaine aux journalistes qu’il n’avait «pas de problème» avec cette loi, il a expliqué en avoir un avec l’utilisation de la disposition de dérogation, aussi appelée clause nonobstant ou clause dérogatoire.

La disposition dérogatoire

La disposition dérogatoire fait partie de la Charte canadienne des droits et libertés et permet aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux d’adopter des lois qui s’appliquent même si elles contreviennent à certaines dispositions de la Charte. Le Québec l’a utilisé à quelques reprises pour protéger la langue française.

Le gouvernement de François Legault, premier ministre du Québec, a utilisé cette clause pour protéger la loi 96 de façon préventive. Historiquement, la disposition a été utilisée seulement après qu’un tribunal a conclu qu’une loi ne respectait pas la Charte ou la Constitution.

À lire aussi : Feuilleton de la Colline : loi sur la laïcité et course à la chefferie libérale

ÉCONOMIE

Le président des États-Unis, Donald Trump, s’est une fois de plus invité dans la campagne électorale canadienne. Il a annoncé une longue liste de tarifs douaniers sur les importations de près de 180 pays, mercredi, mais n’a pas ajouté de droits de douane supplémentaires pour le Canada et le Mexique.

Ce qui reste : Les importateurs doivent tout de même payer un tarif douanier de 25 % sur tous les produits exportés aux États-Unis et qui ne font pas partie de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) ou qui ne le respectent pas; 10 % sur tous les produits pétroliers, 10 % sur la potasse (engrais), 25 % sur l’acier, l’aluminium et les pièces automobiles.

En réponse, Mark Carney a annoncé jeudi un droit de douane de 25 % sur les véhicules importés des États-Unis qui ne sont pas conformes à l’ACEUM.

À lire aussi : L’économie franco-canadienne doit se tourner vers l’est et l’ouest

PROMESSES-PHARES

Le premier ministre Mark Carney, qui a pris la succession de Justin Trudeau, n’est pas encore élu au Parlement et a lancé sa candidature à Nepean, en banlieue d’Ottawa, cette semaine.

Mark Carney est candidat dans la circonscription de Nepean, à Ottawa. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Commerce canadien : Le candidat libéral promet d’investir 5 milliards de dollars dans un nouveau Fonds pour la diversification de corridors commerciaux, pour construire ou rénover les ports, les chemins de fer, les autoroutes… Le gouvernement libéral poussera les ports à coopérer et la sécurité serait aussi renforcée pour endiguer l’entrée des drogues et des armes au pays.

Logement : Mark Carney propose de doubler le taux de construction résidentielle pour atteindre 500 000 logements par an. Son gouvernement promet de créer un projet, «Maisons Canada», pour créer des résidences à couts abordables. Ce dernier agirait comme promoteur immobilier, notamment sur des terrains publics.

Cout de la vie : La taxe fédérale sur le carbone imposée aux consommateurs a pris fin mardi partout au pays, suite à la décision du premier ministre, réduisant le prix de l’essence presque partout au Canada. Ce dernier a rappelé la baisse d’impôts dévoilée la semaine dernière et l’élargissement de la couverture dentaire aux Canadiens de 18 à 64 ans.

Agriculture : Le candidat libéral s’est engagé, entre autres, à protéger la gestion de l’offre, notamment en augmentant la protection des revenus pour les agriculteurs, de 3 à 6 millions de dollars par ferme, en cas de baisse importante des revenus due à l’impact du commerce international, de la météo ou autres facteurs.

Secteur automobile : Jeudi, Pierre Poilievre a affirmé qu’il abolira la TPS sur la vente de voitures neuves fabriquées au Canada, afin de protéger le secteur automobile. Il a assuré que son parti créera aussi un «Fonds pour la protection des emplois canadiens», un programme de prêts et de crédits ciblés et temporaires destiné aux entreprises directement touchées par les tarifs douaniers de l’administration Trump.

Pierre Poilievre a fait pression sur les libéraux pour que la candidature de Paul Chiang soit retirée. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Taxe de gains en capital : Le PCC propose que «toute personne ou entreprise qui vend un actif ne paiera pas de taxe sur les gains en capital lorsqu’elle réinvestira le produit au Canada».

Création d’un «corridor énergétique» : Le PCC veut autoriser rapidement la construction de lignes de transmission, de chemins de fer et de pipelines pour transporter les ressources naturelles canadiennes à l’intérieur du pays.

À lire aussi : Élection fédérale : promesses de corridors énergétiques

Équité fiscale pour les travailleurs de la route : Samedi, Pierre Poilievre a annoncé qu’il modifiera la Loi de l’impôt sur le revenu pour mettre fin aux déductions pour les jets d’affaires de luxe. Les entreprises pourront déduire l’équivalent d’un vol commercial.

En outre, les camionneurs pourront déduire la totalité des frais de nourriture, de transport et d’hébergement.

Réduction de la taxe sur l’alcool : Pierre Poilievre a annoncé, mardi, que s’il est élu, il coupera l’augmentation annuelle de la taxe sur l’alcool.

Jagmeet Singh a dévoilé une première partie de la plateforme environnementale du NPD. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Environnement : Jagmeet Singh a annoncé, lundi, que le NPD mettrait fin à la taxe carbone pour les consommateurs, mais maintiendrait celle pour les industries et le plafond sur les émissions de gaz à effet de serre (GES). Il mettrait aussi fin aux subventions aux entreprises pétrolières et gazières. Selon lui, cette dernière mesure permettrait de récolter 1,8 milliard de dollars par an.

L’argent serait redirigé vers un plan de rénovation pour 3,3 millions d’habitations, dont  des rénovations gratuites pour 2,3 millions de ménages à faibles revenus.

S’ajouterait à cela un montant de 1,5 milliard pour «financer des améliorations de l’efficacité énergétique entièrement gratuites pour les ménages à faibles revenus».

Emprunts d’épargnes non imposables : Le NPD propose les «emprunts de la Victoire du Canada»; des obligations d’épargne libre d’impôts à taux avantageux. L’argent récolté serait utilisé pour stimuler l’économie canadienne et reconstruire les infrastructures.

Accès à un premier logement : Jagmeet Singh veut réorienter le mandat de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) vers l’aide aux personnes qui souhaitent acheter une première maison et réduire les taux d’intérêt d’un prêt hypothécaire typique.

Le Bloc québécois est le premier parti à avoir rendu publique sa plateforme électorale. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Le Bloc québécois a été le premier parti à dévoiler sa plateforme électorale, samedi dernier.

Protection de l’agriculture : Comme Mark Carney et Pierre Poilievre, le chef du Bloc québécois a affirmé que la gestion de l’offre sera le premier projet de loi proposé par le parti dès le retour de la Chambre, au plus tard en juin 2025.

Hausse de pension des retraités du Québec : Le Bloc Québécois déposera de nouveau un projet de loi pour hausser les pensions, notamment en augmentant le seuil permettant aux personnes touchant le Supplément de revenu garanti de travailler davantage sans pénalité dans leurs prestations.

Soutien aux universités : Yves-François Blanchet propose un soutien aux universités situées hors des grands centres, en réinvestissant dans la recherche et le développement. Il veut aussi rééquilibrer le financement de la recherche au profit des régions et accroitre le soutien à la recherche en français et aux publications scientifiques en français.

Pêche : Enfin, le Bloc veut rapatrier «un maximum de pouvoirs» au Québec en matière de pêcheries, via une réforme.

Création d’un «Corps national de défense civile» : Ce dernier compterait 120 000 membres. Son but serait d’être prêt en cas d’urgences pour répondre notamment à des catastrophes climatiques, protéger les infrastructures et la sécurité nationale.

Investissement dans l’économie canadienne : Les Verts proposent d’imposer aux fonds de pension d’investir dans l’économie canadienne, de créer des emplois au Canada et de promouvoir l’innovation locale, avec l’aide du gouvernement fédéral.

Ils suggèrent aussi la création de réserves stratégiques gérées par des sociétés d’État «pour acquérir et gérer des ressources naturelles clés».

Le Parti conservateur du Canada (PCC) et le Parti libéral (PLC) ont tous deux dû dire au revoir à respectivement quatre et un candidats.

Pourquoi? Dans le cas du PCC, il s’agit de Mark McKenzie dans Windsor–Tecumseh–Lakeshore, dans le sud de l’Ontario, Stefan Marquis dans la circonscription montréalaise de Laurier–Sainte-Marie, Lourence Singh dans New Westminster–Burnaby–Maillardville, en Colombie-Britannique, et Don Patel dans Etobicoke–Nord.

Les deux premiers ont eu des propos controversés dans un balado ou des publications sur X. Aucune explication n’a été livrée de la part du PCC pour le retrait du troisième candidat. Don Patel aurait aimé des publications sur les réseaux sociaux en faveur de déportations en Inde et aurait des liens avec le parti de l’actuel premier ministre de l’Inde, Narendra Modi.

Du côté libéral, si Mark Carney a tenté de défendre le député Paul Chiang, il a fini par accepter sa démission lundi soir. Les propos du député de Markham–Unionville invitaient à livrer le candidat conservateur de Don Valley North, Joe Tay, au consulat de Chine à Toronto.

Please see my statement below. pic.twitter.com/12P50tir4X

— Paul Chiang (@PaulChiangMU) April 1, 2025