le Vendredi 13 février 2026

Pulsations acadiennes

Gabriel Malenfant, dit GABIO, auteur-compositeur et membre du duo Radio Radio, nous présente une facette plus personnelle avec son premier projet solo, intitulé Vers la mer.

Pochette de l’album Vers la mer

Photo : Facebook, GABIO

L’album nous invite à voguer sur les rythmes des années 1980 aux couleurs de DJ Jazzy Jeff and the Fresh Prince, Rakim ou encore de Grandmaster Flash. La trame mélodique de cet opus est fortement réussie. On se sent transporté de plage en plage autant par la musicalité des mots que par les arrangements proposés.

GABIO nous convie sur les planchers de danse avec des vers d’oreille qui seront des succès garantis. Ça commence avec Frenchys Run, un air disco sur lequel on peut entendre Jacobus son collègue de Radio Radio. Tchisse tu tprennais pour sonne plus pop années 1980 alors que Jacké est un son plus Radio Radio.

Pas Jamaïca but pas loin est un cocktail fort réussi de tempos et de trames mélodiques qui se rapprochent plus du style reggae. Gabio termine l’album avec Ensemble : un appel à la fraternité, entonné avec des enfants. Cette pièce a une certaine importance en ces temps de guerres dans d’autres coins du globe.

Chanson après chanson, GABIO nous séduit avec cet album solide, plein d’énergie : une véritable invitation à s’évader pour le temps de quelques pulsations.

Pas Jamaïca but pas loin
Album : Vers la mer

Douce mélancolie

Moins zéro, le nouvel album folk de l’auteur-compositeur-interprète Joey Robin Haché, est un moment de recueillement teinté de nostalgie.

Pochette de l’album Moins Zéro

Photo : Sarah Bastin

Avec des orchestrations épurées et une fragilité dans sa voix, le musicien partage ses émotions profondes. Il nous interpelle avec beaucoup de retenue, autant au niveau des interprétations que des musiques. 

Juge-moi dresse l’univers mélancolique du disque. Up and down est un autre moment fort grâce aux arrangements mélodiques. Il en va de même avec Jerrycan et sa couleur années 1970.

Joey Robin Haché porte un regard satirique sur un classique de la télévision américaine avec le p’tit air country The Price is Right. La pièce titre, Moins zéro, est empreinte d’une fragilité, qui en fait un moment magique de l’album.

Sans tambour ni trompette, mais avec une grande tendresse dans l’âme, Joey Robin Haché nous invite à de beaux moments d’intimité. Contrairement à ses derniers opus, il choisit la douceur pour créer un rendez-vous empreint de nostalgie.

Jerrycan
Album : Moins zéro

Entre ombre et lumière

Transportons-nous en souvenir dans une région magnifique de l’Ontario, la baie Géorgienne. Il y a déjà cinq ans, la formation Georgian Bay nous présentait son projet folk en deux volumes et 18 pièces : Courage.

Le premier volume, Soleil, est comme l’astre du jour. La chaleur, la clarté, la joie de vivre et la liberté sont les thèmes qui transparaissent dans l’album. Dès les premières notes de Canyon on est séduits par des mélodies folks chaleureuses et de magnifiques textes remplis de positivisme.

Pochette de l’album Courage

Photo : Facebook, Georgian Bay

Roi et Océan débordent de cette même belle énergie. Plus les musiques défilent, plus on est captivé, mais plus on sent une certaine nostalgie s’installer. August et Toronto semblent nous apporter cette brise d’automne qui nous invite au changement.   

Le second disque Moon est plus mystérieux comme l’est souvent l’astre de la nuit. Il se dégage de la lenteur des mélodies et des prestations vocales, un sentiment de mystère et d’incertitude. Cette profondeur ressort particulièrement dans Mining Town, Cœur fragile et Stardust.

Les pièces maitresses sont Storm, Tout c’que j’ai et Miroir. Les orchestrations sont extrêmement puissantes. On termine le tout avec Willows, un folk tout en douceur, comme l’aube qui reprend sa place après une nuit mystérieuse.

En résumé, Soleil et Moon sont deux belles métaphores de la vie, du jour et la nuit, de la confiance et du doute. 

Canyon
Album : Courage

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.

Francophonie et culture

Mardi, Catherine Tait s’est expliquée sur les mises à pied annoncées en décembre devant le Comité permanent du patrimoine canadien. 

Parmi les 600 postes qui pourraient être supprimés, Catherine Tait avait soutenu que Radio-Canada et CBC se partageraient les compressions à parts égales. 

Alors que cette annonce avait créé une vague d’inquiétude chez les francophones en situation minoritaire, elle a soutenu que la Société d’État devrait tenir compte de son obligation «pour la promotion, la protection et la pérennité de la langue française [au] Canada».

Par ailleurs, questionnée sur les primes attribuées aux cadres, elle a répondu que la décision finale revient au conseil d’administration. 

La ministre de Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, a annoncé l’octroi de 100 millions de dollars sur deux ans à Téléfilm Canada dans le but d’appuyer le secteur audiovisuel. 

Pascale St-Onge annonce un financement de 100 millions de dollars pour l’industrie audiovisuelle.

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

Cette enveloppe servira, entre autres, «à maintenir les 183 716 équivalents temps plein directs du secteur et sa contribution annuelle de 20,3 milliards de dollars au produit intérieur brut du Canada», selon le communiqué.

Le financement permettra la production de 40 à 60 longs métrages par année fiscale.

Logement pour les demandeurs d’asile et financement pour une aide humanitaire à Gaza

Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC), Marc Miller a annoncé, mercredi, une aide financière de 362,4 millions de dollars pour le Programme d’aide au logement provisoire (PALP) pour l’année 2023-2024. 

Marc Miller annonce un financement pour le logement pour les demandeurs d’asile.

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

«Par l’intermédiaire du PALP, le gouvernement du Canada fournit des fonds aux gouvernements provinciaux et aux administrations municipales, selon le principe du partage des frais, explique le communiqué de presse, afin de répondre aux pressions extraordinaires en matière de logement provisoire résultant de l’augmentation du nombre de demandeurs d’asile.»

Cette somme s’ajoute aux 212 millions de dollars qui avaient été annoncés en juillet dernier pour le PALP. 

Gaza : 40 millions pour une aide humanitaire à Gaza 

Le ministre du Développement international, Ahmed Hussen a annoncé un financement supplémentaire de 40 millions de dollars pour une aide humanitaire dans la bande de Gaza. 

Cette nouvelle survient après la suspension du financement canadien à l’Office de secours et des travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) à la suite d’allégation d’implication d’employés de l’Office dans les attaques du 7 octobre dernier. 

La nouvelle enveloppe de 40 millions de dollars sera distribuée entre six différents organismes, dont 6 millions pour l’UNICEF et 2 millions pour le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies.

Un montant supplémentaire de 5 millions de dollars sera accordé à des organisations partenaires non gouvernementales canadiennes qui ont de l’expérience, indique le communiqué de presse. 

Aide médicale à mourir 

Le ministre de la Santé, Mark Holland a présenté, jeudi, un projet de loi visant à prolonger de trois ans, l’exclusion temporaire de l’admissibilité à l’aide médicale à mourir pour les personnes atteintes seulement de maladie mentale. 

La loi canadienne sur l’aide médicale à mourir, adoptée en juin 2016, stipule que les personnes souffrant uniquement de maladie mentale et qui répondent aux critères d’admissibilité pourraient recevoir l’aide médicale à mourir à partir du 17 mars 2024. 

Mark Holland propose un projet de loi qui a pour but de prolonger de trois ans, l’exclusion temporaire de l’admissibilité à l’aide médicale à mourir pour les personnes atteintes seulement de maladie mentale. 

Photo : Courtoisie

Cette annonce survient quelques jours après la demande de suspension indéfinie du projet de plusieurs provinces et territoires et le dépôt de recommandations d’un Comité mixte spécial sur l’aide médicale à mourir.

«En fixant un délai de trois ans, on indique que les systèmes doivent se préparer, a lancé le ministre de la Santé Mark Holland en mêlée de presse, et dans deux ans, il est possible de procéder à un nouvel examen et d’évaluer l’état de préparation du système par le biais d’un processus parlementaire». 

«Pendant [l]es consultations avec les provinces, les territoires, les professionnels de la santé, les personnes ayant une expérience en la matière et d’autres intervenants, le gouvernement du Canada a entendu et reconnait que le système de santé n’est pas encore prêt pour cette expansion», peut-on lire dans le communiqué de presse.

Ottawa souhaite également qu’un comité parlementaire mixte examine l’admissibilité des personnes souffrant seulement la maladie mentale à l’aide médicale à mourir.   

Les intérêts hypothécaires ont battu des records en 2023. Ils ont progressé de 28,5% atteignant « la plus forte hausse jamais enregistrée », selon l’Indice des prix à la consommation.

Résultat, « il y a beaucoup de personnes, qui ne sont pas capables d’acheter une maison », commente Avi Friedman, directeur du Programme de la maison à cout abordable de la Faculté d’architecture de l’Université McGill à Montréal.

La solution est de « construire des maisons sociales, des maisons à cout abordable et beaucoup de maisons », considère le professeur.

Le logement d’ici 2030

Le parc de logements devra atteindre plus de 22 millions d’unités d’ici 2030 pour rétablir l’abordabilité pour tous les Canadiens. Cette estimation signifie qu’environ 3,5 millions de logements supplémentaires devraient être construits au Canada dans les six prochaines années.

Source : Statistique Canada

Optimiser l’espace

Pour diminuer le prix des logements, Avi Friedman propose le développement d’habitations moins spacieuses situées dans les quartiers plus denses.

Selon Avi Friedman, professeur en architecture et directeur du Programme de la maison à cout abordable de l’Université McGill, il faut construire des petites maisons dans des quartiers plus denses.

Photo : Courtoisie

Cela dit, il n’est pas question de construire des quartiers compactés et renfermés, mais de trouver «une bonne balance entre une bonne densité, un espace ouvert et un espace vert», nuance-t-il.

Avi Friedman privilégie aussi la mise en place de stationnement en commun à la place de stationnements privés qui «coutent beaucoup d’argent».

Pour le matériel de construction, il est possible de «choisir des matériaux de finition qui ne coutent pas trop cher» afin d’amoindrir le prix des maisons.

Toutefois, les matériaux de base doivent être sélectionnés avec attention pour éviter toute mauvaise surprise, informe Avi Friedman.

Augmenter le logement social

De son côté, Louis Gaudreau, professeur à l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal, encourage le développement du logement social «à but non lucratif […] public ou communautaire ».

Autrement dit, un logement qui ne génère pas de revenus et affiche un loyer indépendant de l’offre et de la demande sur le marché.

Selon Louis Gaudreau, professeur à l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal, il faut élargir le programme des logements sociaux pour permettre à plus de personnes d’y avoir accès.

Photo : Courtoisie

Par exemple, les habitations à loyer modéré (HLM) ou certains logements coopératifs, dans lesquels «les locataires ne payent que 25% [au Québec] de leur revenu», détaille celui qui est aussi chercheur au sein du Collectif de Recherche et d’ACtion sur l’Habitat (CRACH).

Ce montant fixe diffère des loyers payés par les locataires des habitations de type abordable qui continuent, même à faible prix, de suivre les prix du marché de l’immobilier.

Si les logements sociaux peuvent être une solution pour de nombreuses personnes, ils représentent seulement 3,5% du parc immobilier sur l’ensemble du territoire canadien.

«Il faut élargir la portée de ces programmes-là pour qu’un ensemble plus grand de ménages puisse y avoir accès également», souligne Louis Gaudreau.

À ses yeux, la construction de nouveaux logements sociaux et l’élargissement des critères d’admissibilité «pourraient participer progressivement d’un changement de culture et d’un changement dans les perceptions du logement social».

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Contrer l’itinérance

La construction de logements plus accessibles est aussi un moyen de diminuer le nombre d’itinérants. Actuellement, il n’existe pas de solutions permanentes pour loger les personnes en situation d’itinérance, explique Carolyn Whitzman, professeure adjointe et chercheuse sur le logement à l’Université d’Ottawa.

«Les refuges d’urgence sont la seule option offerte aux personnes qui n’ont pas d’abri. Dans ces refuges, vous n’avez aucun endroit sûr pour entreposer vos affaires à long terme».

Selon Carolyn Whitzman, professeure adjointe et chercheuse sur le logement à l’Université d’Ottawa, la diminution de l’itinérance va de pair avec le développement de logements permanents à bas prix. Photo : Courtoisie

Le manque de stabilité dans les refuges pousse les personnes en situation d’itinérance à rester dans des tentes, déplore Carolyn Whitzman.

«Comme tout le monde, les sans-abris ont besoin d’un endroit où rester et les refuges ne sont pas des logements adéquats», ajoute-t-elle.

Carolyn Whitzman propose ainsi de miser davantage sur le programme Logement d’abord, directement inspiré du modèle finlandais.

Cette approche consiste à donner un logement à bas prix et à long terme aux personnes en situation d’itinérance tout en leur offrant des services d’aide.

La chercheuse évoque des services en santé mentale, de l’accompagnement pour surmonter les problèmes de dépendance à l’alcool ou aux drogues, ou encore des services pour aider les personnes handicapées à cuisiner ou à s’habiller.

Pour répondre à la crise, les chercheurs sont unanimes, le développement de programmes de logements sociaux, abordables et permanents offre une alternative aux prix dispendieux du marché.

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Au début du mois de décembre, Radio-Canada avait annoncé la décision de supprimer 600 postes et d’en abolir 200 autres vacants afin de combler un déficit budgétaire de 125 millions.

Cependant, parmi les 600 postes actifs, Catherine Tait avait soutenu que Radio-Canada et CBC pourraient se partager les compressions à parts égales. Une situation qui préoccupait déjà les communautés francophones.

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Mardi, lors de la réunion du Comité permanent du patrimoine canadien, la PDG a été interpelée à plusieurs reprises à ce sujet.

«Nos obligations, surtout pour la promotion, la protection et la pérennité de la langue française est au cœur de tous nos actions», a-t-elle tenu à rappeler devant les députés.

«On prend tout ça en considération»

Catherine Tait a été convoquée au Comité parlementaire du patrimoine canadien pour s’expliquer sur les compressions budgétaires annoncées en décembre dernier. 

Photo : Courtoisie

Selon Catherine Tait, «les crédits parlementaires» se divisent entre 56 % pour CBC et 44 % pour Radio-Canada, alors que la totalité des revenus se divise entre 54 % pour CBC et 46 % pour les services français. 

«On parle d’une parité quasi proportionnelle, quand on regarde les compressions à CBC-Radio-Canada, notre approche c’est de regarder les deux marchés différents», a-t-elle expliqué.  

«Il faut regarder l’ensemble des compressions et des coupures, on parle aussi des postes, mais aussi les dépenses sur la production indépendante, alors chez CBC on propose une coupure de 25 millions de dollars et chez Radio-Canada 15 millions de dollars.»

Martin Champoux, député du Bloc québécois dans la circonscription de Drummond, a souligné la différence dans les parts de marché dans la programmation télévisée au pays entre Radio-Canada et CBC, qui, selon lui, s’établissent respectivement 23 % et 4,4 %.

«Les Québécois et les francophones se reconnaissent à travers la télévision», a-t-il lancé en direction de Catherine Tait, lui demandant si cela sera pris en considération avant de prendre une décision définitive sur les compressions.

«Absolument, on prend tout ça en compte», a assuré Catherine Tait en précisant que le marché anglophone au Canada est plus compétitif que le marché francophone.

«On fait très très attention, on est en train de prendre le processus qui est devant nous, prendre le temps pour voir ou on va faire nos coupures», a ajouté Dany Meloul, la nouvelle vice-présidente principale de Radio-Canada aussi présente lors du comité. «L’important c’est de s’assurer que l’ampleur de la couverture de [l’information] et du divertissement demeure», a-t-elle ajouté.

Selon Catherine Tait, il faudrait «un investissement du gouvernement, remplacer les fonds qu’on a perdus et une amélioration dans nos revenus commerciaux, surtout dans le marché québécois» afin d’éviter des coupures dans les services francophones.  

La question des primes mise en avant

Catherine Tait était aussi sur la sellette en raison des primes prévues pour les cadres pour l’année 2023.

Cependant, dans son témoignage, Catherine Tait a précisé que «CBC/Radio-Canada n’attribue pas de prétendues primes. Ce que nous versons, comme toute autre société d’État, c’est une rémunération à risque basée sur le rendement».

Bien que la PDG ait mentionné qu’elle éclairera le conseil d’administration sur la décision concernant les primes, elle a avoué que la décision finale reviendra à ce dernier.

Sans mentionner si elle se priverait d’une prime pendant cette période de crise, elle a ajouté que «tout est sur la table».

Selon Marco Dubé, chef de la transformation et vice-président principal, Personnes et Culture, il existe au sein de la Société d’État un processus rigoureux qui prend un compte sept indicateurs de performance clé avant de déterminer comment seront distribuées les primes.

«L’équipe de direction est concentrée sur l’amélioration des résultats et la réduction des suppressions de postes dans toute mesure du possible», a lancé la PDG.  

Par ailleurs, Catherine Tait reste positive face au futur de la Société d’État. «J’espère que nous augmenterons les revenus publicitaires et réduire tous les défis auxquels nous sommes confrontés».

«Ce métier est sous pression en ce moment. Ce sont des temps durs pour être journaliste», laisse tomber le psychiatre Anthony Feinstein qui s’intéresse à la santé mentale des journalistes depuis plus de 20 ans.

Nafissa Ismail est titulaire de la Chaire de recherche sur le stress et la santé mentale de l’Université d’Ottawa. 

Photo : Faculté des Sciences Sociales – Université d'Ottawa

Si le métier a toujours eu ses défauts, le professeur à l’Université de Toronto remarque une intensification de la pression : «Il y a de moins en moins de ressources. On demande aux journalistes de faire de plus en plus avec moins de ressources parce qu’il y a des coupures partout. Et pour couronner le tout, les nouvelles sont intenses. Un article après l’autre. Pas de temps mort. Pas de répit. Pas de pause.»

Et même quand vient l’heure de la pause, les journalistes sont confrontés à une bête noire : les réseaux sociaux. 

«S’ils veulent prendre une pause du travail, indique-t-il, et qu’ils consultent leur messagerie personnelle, leur Twitter, peu importe, ils sont assaillis de gens qui abusent d’eux avec les propos des plus ignobles.»

Tirer sur le messager

Le rapport «Prenez soin de vous» du Forum des journalistes canadiens sur la violence et le traumatisme de 2022 révèle que «56 % des travailleurs des médias canadiens ont déclaré avoir été harcelés ou menacés sur les médias sociaux».

L’enquête, menée sous les conseils d’Anthony Feinstein, parle d’une «haine des médias», une réalité qui a déjà fait couler de l’encre auparavant, notamment lors des manifestations du «Convoi de la liberté».

«Les journalistes sont ciblés de manière très vicieuse par plusieurs personnes en colère, rapporte Anthony Feinstein. Le harcèlement des journalistes canadiens est incroyable. C’est stupéfiant de voir le degré de haine dont [ils] sont victimes. Dans un pays sain et civilisé comme le Canada, il y a beaucoup de colère, et ils deviennent un paratonnerre.»

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En 2024, difficile d’y échapper. Pour Nafissa Ismail, professeure de psychologie à l’Université d’Ottawa, «il y a beaucoup de pression pour les journalistes au niveau des médias sociaux, d’être actifs, d’être connus, d’avoir des [abonnés]. Ça les aide aussi dans leur carrière».

«On veut une présence dans les médias sociaux, et on a besoin de cette présence-là. Mais en même temps, on dirait que le public, surtout depuis la pandémie, est devenu assez intolérant. Dans ses propos, [les gens] deviennent aussi un peu plus agressifs, un peu plus directs. Surtout depuis la pandémie.»

Un lien avec la crise des médias

La chercheuse rappelle que malgré la compétition qui existe entre les médias, «il ne faut pas qu’on oublie que nos journalistes, ce sont des personnes humaines aussi».

«Je pense, en quelque sorte, qu’il y a aussi la pression au niveau de l’employeur, dit-elle. On est en compétition avec d’autres chaines de radio, d’autres chaines de nouvelles, à la télévision, on essaye de couvrir le plus d’informations possible pour avoir le plus de visionnements, le plus d’intérêt du public.» 

Si cette compétition a toujours existé, les compressions qui ravagent le milieu de l’information depuis quelque temps ont «définitivement» un impact sur la santé mentale des journalistes, confirme-t-elle. «Parce que ç’a un impact financier, un impact personnel, un impact familial.»

L’année 2023 n’a pas été celle des bonnes nouvelles pour le secteur des médias. Les annonces de centaines de postes supprimés se sont enchainées, notamment à CBC/Radio-Canada, au Groupe TVA et chez Bell Canada.

«Tout est tellement incessant (le travail, les nouvelles) et même si nos patrons se soucient de nous et veulent que tout aille bien […] à la fin de la journée, le travail doit être effectué et il n’y a pas assez de ressources pour donner une pause à quiconque. J’envisage sérieusement de quitter le secteur parce que je ne sais tout simplement pas si ce travail vaut le stress qu’il me cause»,

– Témoignage d’un producteur de CBC dans le rapport «Prenez soin de vous» paru en 2022.

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Nafissa Ismail, qui travaille entre autres sur le stress lié au travail, rappelle qu’avant même les compressions, «l’emploi des journalistes est déjà stressant. C’est un emploi où le temps est serré, il y a des choses à couvrir très rapidement».

Selon Anthony Feinstein, les médias doivent trouver une solution pour mieux gérer le rythme effréné : «Ce n’est pas le seul métier sous pression, regardez le mien. […] Comment on garde les médecins en forme? On fait une rotation. Je pense qu’il existe des moyens pour les organismes de presse d’être créatifs et de réfléchir à cette question d’une manière différente, tout en reconnaissant qu’ils doivent diffuser les informations rapidement.»

«Les attitudes ont changé»

Anthony Feinstein remarque malgré tout une amélioration dans l’approche des employeurs qui, il y a environ 20 ans, étaient beaucoup moins patients et plus «punitifs» à l’égard des journalistes qui n’allaient pas bien : «Si vous vous leviez pour dire : « je suis traumatisé », vous étiez considéré comme endommagé, et ils ne vous utilisaient plus.»

Anthony Feinstein a étudié la santé mentale de journalistes de plusieurs pays et est l’auteur de quelques livres portant sur la couverture de la guerre. 

Photo : Doug Nicholson

«L’une des choses les plus gratifiantes dans mon travail, soutient l’expert, est de voir comment les attitudes ont changé grâce à la recherche qui a montré que c’était important, se réjouit-il. Je pense que les organismes de presse reconnaissent désormais qu’il est dans leur intérêt d’avoir des journalistes en bonne santé.»

«Le bon journalisme dépend de journalistes en bonne santé», poursuit-il. «Mettez en place des services de conseil confidentiels s’ils en ont besoin, discutez de la santé mentale au travail, organisez des sessions d’éducation sur [le sujet], essayez de normaliser la situation et d’éliminer la stigmatisation.»

Il insiste aussi sur l’importance de donner aux journalistes du temps de répit, pour se reposer, pour vivre et pour passer du temps avec ses proches.

D’ailleurs, au fil de ses recherches, le psychiatre arrive à une conclusion importante : il faut entretenir de bonnes relations.

«Ça cadre parfaitement avec la littérature psychiatrique générale, on sait que les bonnes relations sont bénéfiques. Elles soutiennent la vie émotionnelle, sont utiles, nourrissent, aident à traverser les périodes difficiles et aident à célébrer les bons moments», fait-il valoir. 

«En ce qui concerne les journalistes, de bonnes relations constituent le principal facteur de protection. Peu importe que vous soyez afghan, canadien, israélien, mexicain ou kényan. Cela n’a pas d’importance. Il y a un point commun, une universalité dans ces données.»

Plus sur la francophonie

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et la Commission nationale des parents francophones (CNPF) ont lancé mercredi une campagne d’action auprès des députés fédéraux pour voter en faveur d’un amendement au projet de loi C-35 garantissant le financement à long terme des services de garde en français.

L’amendement a été adopté par le Sénat en décembre dernier après avoir été rejeté par le comité sénatorial, Affaires sociales, sciences et technologie, responsable de la révision du projet de loi.

La FCFA et la CNPF implorent le gouvernement d’approuver la Loi sur les services de garde telle qu’amendée.

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

Aujourd’hui, le «manque de clarté sur les intentions du gouvernement» préoccupe grandement la FCFA et la CNPF.

«Le silence du gouvernement nous inquiète beaucoup. Si le projet de loi C-35 devait être adopté sans l’amendement du Sénat, ce serait pire qu’une occasion ratée», a lancé la présidente de la FCFA, Liane Roy, lors d’une conférence de presse.

Bien que les discussions avec les députés des différents partis semblaient favorables à la motion, Liane Roy a soutenu qu’il est «difficile de savoir où les gens se situent par rapport à l’amendement».

Ottawa met en place un plafond temporaire de deux ans pour nombre de permis d’études au Canada.

Marc Miller établit un plafond de deux ans sur le nombre de permis d’études émis par Ottawa.

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Environ 360 000 étudiants étrangers seront admis en 2024, une baisse de 35 % par rapport à l’année 2023.

Le ministre de l’Immigration, Marc Miller, a confirmé que les provinces et des territoires devront déterminer comment les permis d’études seront distribués parmi leurs établissements postsecondaires. Une affirmation qui inquiète l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC).

Selon Martin Normand, directeur de la recherche stratégique et des relations internationales à l’ACUFC, cette stratégie pourrait causer préjudice aux établissements francophones hors Québec qui dépendront des décisions arbitraires des provinces.

«Pour nous, le gouvernement fédéral doit garder une responsabilité qui est celle d’appuyer l’épanouissement des communautés francophones.»

Loi sur les mesures d’urgence, ingérence étrangère et caucus libéral

La Cour fédérale a déterminé que le recours à la Loi sur les mesures d’urgence par Ottawa lors du convoi de la liberté en février 2022 a été «déraisonnable et illégal».

Le juge Richard Mosley a toutefois reconnu que l’occupation et le barrage dans le centre-ville d’Ottawa étaient une situation préoccupante et nécessitait une action gouvernementale et policière.

De plus, le tribunal soutient que les mesures imposées par Ottawa violaient l’article 8 de la Charte canadienne des droits et libertés contre les fouilles, les perquisitions ou les saisies abusives.

Le gouvernement fédéral a annoncé qu’il porterait la décision en appel.

La Commission d’enquête publique sur l’ingérence étrangère débutera à Ottawa le 29 janvier.

«Les audiences [de la première semaine] d’une durée de cinq jours, permettront de déterminer les défis, les limites et les effets préjudiciables potentiels sur la sécurité nationale associés à la divulgation au public d’informations et de renseignements classifiés», indique le communiqué.

Au cours de la première semaine, le ministre de la Sécurité publique, Dominic LeBlanc et le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité, David Vigneault figurent sur la liste des témoins.

L’ancien ministre de la Justice, David Lametti, quitte le caucus libéral. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

L’ancien ministre de la Justice David Lametti, qui avait perdu son portefeuille lors du remaniement en aout dernier, quitte son rôle de député.

Député dans la circonscription de LaSalle-Émard-Verdun à Montréal, au Québec, depuis près de 9 ans, David Lametti a informé ses collègues qu’il ne reviendrait plus au caucus dès le 1er février.

David Lametti a été surpris d’être exclu du Conseil des ministres l’été dernier, déclare-t-il dans une lettre qu’il a fait parvenir à certains médias.

Pendant son mandat comme ministre de la Justice, il a fait adopter 13 projets de loi, dont la Loi sur la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et la réforme du régime d’aide médicale à mourir.

Maintien du taux directeur et nouvelle sénatrice pour l’Île-du-Prince-Édouard

La Banque du Canada a annoncé, mercredi, qu’elle maintenait son taux cible de financement à 5 %.

Bien que les conditions du marché du travail se soient assouplies avec le nombre de postes vacants et une création d’emploi plus lente que la croissance démographique, «l’augmentation des salaires demeure autour de 4 à 5 %», peut-on lire dans le communiqué.

Selon la Banque, la croissance économique devrait reprendre progressivement vers le milieu de l’année 2024.

La gouverneure générale du Canada, Mary Simon, a nommé Mary Robinson au Sénat pour combler le poste vacant pour l’Île-du-Prince-Édouard.

Mary Robinson devient sénatrice indépendante pour l’Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Courtoisie Canadian Centre for Food Integrity

Reconnue principalement dans le secteur agricole, Mary Robinson est vice-présidente de l’Organisation mondiale des agriculteurs et directrice associée du Robinson Group of Companies.

Elle a aussi été la première femme à avoir occupé le poste de présidente au sein de la Fédération canadienne de l’agriculture.

«L’expérience que possède Mme Robinson dans les secteurs de l’agriculture et des affaires apportera une perspective importante au Sénat, où elle sera une voix forte pour le Canada atlantique», a affirmé le premier ministre Justin Trudeau par voie de communiqué.

La FCFA et la CNPF lancent une campagne d’action auprès des élus fédéraux afin qu’ils appuient un amendement garantissant le financement à long terme des services de garde en français adopté par le Sénat dans le projet de loi C-35 sur l’apprentissage et la garde d’enfants.

Liane Roy et Jean-Luc Racine réclament une réponse claire et favorable face à l’amendement du projet de Loi C-35. 

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

En décembre dernier, le Sénat avait adopté en troisième lecture un amendement à l’article 8 du projet de loi qui protège le financement des services de garde dans les communautés francophones et anglophones en situation minoritaire.

Cependant, depuis que le projet de loi amendé a été retourné à la Chambre des communes, le gouvernement de Justin Trudeau refuse d’indiquer s’il appuie ou rejette la proposition du Sénat.

C’est en raison du «manque de clarté sur les intentions du gouvernement» que la FCFA et la CNPF ont décidé de faire campagne auprès des élus.

«La FCFA et la CNPF ont travaillé très fort avec le Sénat pour que cet amendement passe, a affirmé la présidente de la FCFA, Liane Roy en conférence de presse mercredi matin. Pourquoi? Parce que, plus souvent qu’autrement, les francophones sont les grands oubliés lorsque les provinces et les territoires créent des places en garderie.»

Liane Roy a aussi rappelé que cette motion, proposée par le Sénateur René Cormier, avait été rejetée initialement par le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie en novembre 2023 à la suite de nombreuses objections.

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«Le silence du gouvernement nous inquiète beaucoup, a-t-elle lancé. Si le projet de loi C-35 devait être adopté sans l’amendement du Sénat, ce serait pire qu’une occasion ratée».

De son côté, le directeur général de la CNPF qualifie la situation des parents francophones hors Québec d’«alarmante».

«Selon le recensement de 2021, 141 000 enfants de 0 à 4 ans ont droit à l’éducation en français à l’extérieur du Québec, a expliqué Jean-Luc Racine. Cependant, il existe des places autorisées en français pour seulement 20 % de ces enfants.»

Le bureau de la ministre de la Famille, Jenna Sudds, examine les considérations juridiques liées à l’amendement. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Les discussions se poursuivent avec les députés

La FCFA confirme que les conversations entreprises avec les partis d’opposition démontrent une certaine ouverture vers l’appui à l’amendement. «On n’a pas plus de détails que ça, déplore Liane Roy.

«C’est difficile de savoir où les gens se situent par rapport à l’amendement», a-t-elle observé. 

Des représentants de la FCFA et la CNPF ont pu discuter de l’amendement avec le personnel du bureau de la ministre de la Famille. Ils auraient toutefois souhaité avoir la conversation directement avec la ministre Jenna Sudds.

«Les fonctionnaires examinent les considérations juridiques liées à l’acceptation de cet amendement et nous aurons bientôt plus d’informations à ce sujet», a précisé par courriel Soraya Lemur, attachée de presse de la ministre de la Famille.

La FCFA a aussi discuté avec le ministre des Langues officielles, Randy Boissonnault sur l’amendement au projet de loi C-35. «Je pense qu’ils sont très ouverts à écouter, conclut-elle de ces discussions. Mais on n’a pas eu de réponses officielles comme telles du parti, c’est ça qui nous inquiète.»

Le débat se poursuivra-t-il sur l’amendement?

Par ailleurs, il est impossible de savoir si les députés continueront le débat sur l’amendement, ou s’ils se contenteront d’un vote.  

La Chambre des communes pourrait décider de rejeter ou de modifier l’amendement du projet de loi, ce qui engendrerait un renvoi au Sénat.

La Chambre des communes et le Sénat échangeraient donc ainsi plusieurs messages afin qu’ils parviennent à un accord sur une version identique du projet de Loi avant de recevoir la sanction royale.

Une autre annonce faite au même moment aurait mérité que l’on s’y attarde. Cette annonce a été faite par le ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, qui a dévoilé la nouvelle stratégie de son gouvernement pour accueillir les nouveaux arrivants francophones hors Québec.

Ce plan veut principalement favoriser le recrutement d’une main-d’œuvre étrangère francophone. On peut supposer que le gouvernement cherche notamment à pourvoir des postes francophones en santé et en éducation.

Le gouvernement affirme aussi vouloir aider des communautés à «bâtir des milieux propices à l’intégration économique et socioculturelle des nouveaux arrivants francophones».

Près d’une trentaine de communautés bénéficieront de ce programme. Cependant, sans plus de détails, il est difficile de savoir de quoi il s’agit exactement pour l’instant.

Une annonce bien accueillie

Cette annonce a cependant été bien accueillie par des représentants de communautés francophones. Comme le soulignait la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Liane Roy, «on est quand même content[s] de voir que le gouvernement fédéral nous a entendus».

Mais vous aurez peut-être remarqué comme moi le «quand même» dans cette déclaration. C’est que cette annonce a de bons et de moins bons aspects.

Commençons par les éléments intéressants.

Ce qui est bien dans l’approche du gouvernement fédéral, c’est qu’il semble reconnaitre l’importance d’appuyer des initiatives locales, et que ces initiatives locales peuvent différer les unes des autres, notamment d’une région à l’autre.

Cette flexibilité n’est pas une chose qui vient naturellement aux gouvernements, qui sont souvent critiqués pour leur manque de souplesse.

Avec cette annonce, on a l’impression que le gouvernement a compris que les besoins des francophones en situation minoritaire étaient multiples et variés d’un bout à l’autre du pays et qu’il était important de tenir compte de cette diversité.

On peut aussi se réjouir que l’attention du gouvernement se porte pour le moment sur les domaines de la santé et l’éducation, deux secteurs aux prises avec d’importants défis. On rapporte régulièrement des cas de personnes qui n’ont pas pu recevoir des services en santé ou en éducation en français.

Un rapport présenté l’automne dernier par le directeur de la responsabilité financière de l’Ontario indique, par exemple, que le nombre de places disponibles dans le réseau d’éducation francophone de cette province ne permettait d’accueillir que 59 % des enfants ayant droit à une éducation en français.

L’immigration, la solution au déclin du français?

C’est une chose d’accueillir de nouveaux arrivants francophones, mais cela en est une autre de montrer qu’il est possible de faire sa vie en français au Canada.

Si on a beaucoup présenté l’immigration comme étant une solution pour freiner le déclin de la population francophone au pays, on ne s’est pas encore sérieusement pencher sur la véritable question : est-ce que cette stratégie peut fonctionner?

Peu de données existent pour répondre à cette question. Celles du recensement permettent de constater que l’usage du français est en déclin partout au pays depuis de nombreuses années, mais sans plus. Heureusement, il semble que Statistique Canada commence à se pencher plus sérieusement sur cette question.

Ainsi, l’agence fédérale a publié en décembre 2023 les premiers résultats d’une enquête sur les changements de comportement linguistique à la maison.

Ces résultats proviennent d’un sondage mené auprès de 36 000 répondants de 15 ans et plus entre avril 2022 et juin 2023. Bien que l’ensemble des données ne soit pas encore publié (elles le seront probablement dans deux ou trois ans), on nous présente déjà quelques éléments d’analyse intéressants.

Pour commencer, nous apprenons que près de 12 % de la population canadienne ne parlait ni français ni anglais à la maison il y a cinq ans. Sans surprise, les immigrants forment la majorité de ce groupe (80 %).

Au cours des cinq dernières années cependant, 15 % de ces immigrants ont adopté l’une des deux langues officielles du Canada à la maison. Ces changements s’observent surtout chez les jeunes immigrants ainsi que chez les immigrants arrivés récemment au pays.

Le pouvoir d’attraction de l’anglais

Les résultats de l’enquête indiquent aussi que l’anglais exerce un fort pouvoir d’attraction, même au Québec. Dans cette province, 9 % des immigrants qui n’utilisaient aucune des deux langues officielles à la maison ont adopté le français au cours des cinq dernières années, mais 4 % ont tout de même adopté l’anglais.

C’est donc une personne immigrante sur deux qui choisit l’anglais comme langue d’usage à la maison au Québec.

Ailleurs au Canada, les écarts sont nettement plus substantiels : 15 % des immigrants ont adopté l’anglais à la maison contre 0,1 % pour le français durant la même période.

Par ailleurs, les francophones hors Québec (qu’ils soient immigrants ou non) sont plus susceptibles de modifier leur comportement linguistique à la maison que ceux du Québec : ils sont 13 % à avoir choisi d’utiliser l’anglais à la maison au cours des cinq dernières années, comparativement à moins de 2 % de francophones au Québec.

Ces données ne sont pas complètes et il est à espérer que d’autres enquêtes seront menées sur les questions linguistiques. Il serait notamment très utile de savoir si ces tendances s’observent dans toutes les régions du pays, dans tous les milieux socioéconomiques, dans tous les contextes familiaux, etc.

Cependant, ce que cette enquête révèle clairement c’est que certains changements se produisent après l’établissement des nouveaux arrivants au pays. Pourquoi ces changements surviennent-ils et comment peut-on les anticiper? Le gouvernement devrait aussi se pencher sur ces questions lorsqu’il élabore ses politiques linguistiques.

Geneviève Tellier est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques budgétaires des gouvernements canadiens. Elle commente régulièrement l’actualité politique et les enjeux liés à la francophonie dans les médias de tout le pays.

Lundi, le ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Marc Miller, a annoncé que le gouvernement fédéral instaurera un plafond temporaire de deux ans pour le nombre d’étudiants postsecondaires qui viennent de l’étranger.

«Dans un souci d’équité, des plafonds provinciaux et territoriaux ont été fixés, pondérés en fonction de la population, ce qui se traduira par des diminutions beaucoup plus importantes dans les provinces où la population d’étudiants étrangers a connu la croissance la plus insoutenable», rapporte IRCC dans un communiqué de presse.

De ce fait, Ottawa approuvera environ 360 000 permis d’études en 2024, ce qui représente une baisse de 35 % par rapport à 2023.

Martin Normand soutient qu’il est de la responsabilité du fédéral de protéger les établissements francophones face au plafonnage annoncé. 

Photo : Guillaume Lamy

Pour Martin Normand, directeur de la recherche stratégique et des relations internationales à l’ACUFC, cela représente une baisse très importante pour les provinces et les territoires.

Bien qu’il dit comprendre la volonté du ministre Marc Miller de protéger l’intégrité du système d’éducation du pays, selon lui, tous les établissements sont à risque, particulièrement les établissements francophones.

«[Les universités et les collèges] comptent pour très peu dans le portrait global des étudiants internationaux au Canada, mais, en contrepartie, contribuent directement à l’atteinte des cibles en matière d’immigration francophone», assure Martin Normand en entrevue avec Francopresse.

«Il va falloir être très vigilant»

Lors du point de presse, le ministre Marc Miller a soutenu qu’il sera de la responsabilité des provinces et des territoires de déterminer comment le nombre de permis d’études sera distribué parmi leurs institutions postsecondaires.

Cependant, Martin Normand croit que cette stratégie est préoccupante. Selon lui, les provinces et les territoires pourraient faire le choix de réduire ou de ne pas distribuer de permis d’études aux établissements francophones. «Il va falloir être très vigilant, si ça se déploie comme c’est annoncé», lance-t-il.

Pour nous, le gouvernement fédéral doit garder une responsabilité qui est celle d’appuyer l’épanouissement des communautés francophones.

— Martin Normand

De plus, Martin Normand affirme que ce plafonnement va à l’encontre des nouvelles mesures annoncées par IRCC la semaine dernière pour dynamiser l’immigration francophone.

«Dans la politique en matière d’immigration francophone, un des objectifs c’est de maximiser et de bonifier le nombre d’étudiants internationaux francophones qui s’installent à l’extérieur du Québec, explique Martin Normand. Donc il faut que le ministre trouve une façon de réconcilier les deux annonces.»

Le responsable est d’avis que cette nouvelle politique pourrait nuire aux «efforts collectifs en matière d’immigration francophone».

À lire aussi : Le rôle du ministre des Langues officielles dans l’immigration francophone

Un cadre en cours d’élaboration

Ottawa s’engage à travailler avec les provinces et les territoires pour mettre en place une politique pour établir un cadre pour déterminer des établissements «reconnus».

Selon un porte-parole du bureau d’IRCC, ces institutions devront ainsi prouver qu’elles sont en mesure de subvenir aux besoins des étudiants internationaux dans plusieurs secteurs, comme en logement, en santé mentale et en soins.

«On s’entend que la grande majorité des établissements au Canada vont se conformer à ce modèle-là», s’agace Martin Normand.

Il n’y a rien qui garantit que les établissements francophones vont pouvoir maintenir leurs acquis en matière d’accueil des étudiants internationaux francophones.

— Martin Normand

Le directeur milite ainsi pour que le gouvernement fédéral instaure en ce sens des directives plus claires en matière d’accueil des étudiants internationaux dans ces établissements.

D’autres mesures annoncées

À partir du 1er septembre 2024, «les étudiants étrangers qui commencent un programme d’études faisant partie d’un accord d’utilisation des programmes d’études ne seront plus admissibles à un permis de travail postdiplôme à la fin de leurs études», peut-on lire dans le communiqué de presse d’IRCC.

Cependant, les diplômés de programmes de maitrise et d’autres courts programmes d’études supérieures pourront demander un permis de travail valide pendant trois ans.

Par ailleurs, le conjoint d’un étudiant étranger dans un programme de maitrise ou de doctorat pourra demander un permis de travail ouvert. Par contre, ce ne sera pas le cas pour un étudiant étranger à un autre niveau de scolarité, y compris dans un programme collégial ou de premier cycle.

Les nouvelles mesures n’auront aucune incidence sur le renouvèlement des permis d’études actuel.

La semaine dernière, le ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), Marc Miller, a annoncé la mise en œuvre d’une nouvelle politique en matière d’immigration francophone, un programme d’appui et le renouvèlement de l’initiative des communautés francophones accueillantes.

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Pour Randy Boissonnault, ces annonces permettraient d’atteindre l’un des objectifs du Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028, soit un poids démographique francophone hors Québec de 6,1 %.

Dans cette optique, le ministre des Langues officielles assure travailler de concert avec IRCC.

On a des équipes de travail interministérielles qui sont très importantes aussi parce qu’on veut livrer la marchandise.

Il met l’accent sur le volet économique de ces projets, dans le but de soutenir les francophones qui veulent s’installer au Canada. «Parce qu’on a une pénurie de main-d’œuvre dans tous les secteurs, que ce soit la santé, en éducation, en économie verte, ou en construction», déclare-t-il en entrevue avec Francopresse. 

Pénurie de main-d’œuvre et reconnaissance des acquis

Étant aussi ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre, Randy Boissonnault soutient qu’il est encore essentiel de travailler sur la reconnaissance des acquis chez les nouveaux arrivants.

À ce sujet, il est donc primordial, selon lui, de travailler avec les provinces et les territoires, surtout avec les ministres chargés des dossiers des communautés linguistiques en situation minoritaire.

«Nous avons des ententes de transferts [avec les provinces] en matière de développement de main-d’œuvre», rappelle-t-il.

Le fédéral investit 3,5 milliards de dollars canadiens par an pour aider les provinces et les territoires à former la relève directement sur le terrain, «parce que les provinces sont plus près des gens».

D’ailleurs, plus tôt la semaine dernière, le ministre fédéral, ainsi que ses homologues provinciaux et territoriaux se sont réunis à Winnipeg, au Manitoba, pour discuter des priorités en lien avec la pénurie de main-d’œuvre.

Lors de la réunion du Forum des ministres du marché du travail (FMMT), le ministre Randy Boissonnault a soutenu continuer de travailler avec le ministre Marc Miller «pour s’assurer qu’on n’a pas des empêchements pour les gens d’accéder au marché du travail», que ce soit pour les réfugiés, les demandeurs d’asile ou les résidents permanents.

Cependant, sous le chapeau des Langues officielles, Randy Boissonnault est conscient de devoir respecter les obligations liées à la nouvelle Loi sur les langues officielles.

«Il ne faut pas seulement aider les gens à former en garderie, secondaire, postsecondaire, etc., mais aussi que la formation de la main-d’œuvre soit faite en français à l’extérieur du [Québec] et en anglais au Québec», ajoute-t-il fermement.

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Service d’intégration pour les nouveaux arrivants

Pour Randy Boissonnault, l’accueil des immigrants francophones passe par la mise en place de services d’intégrations disponibles partout au pays.

On a des communautés accueillantes […] et moi ma tâche, c’est de faire certain que l’intégration de ces gens sur le terrain est faite de la bonne manière avec l’appui du ministère de l’Immigration.

D’ailleurs, lors de son annonce, Marc Miller a souligné le renouvèlement du financement des 14 communautés accueillantes existantes et l’ajout d’une dizaine de nouvelles communautés à travers le pays.

Le rôle du ministre des Langues officielles, selon Randy Boissonnault, c’est encore une fois de travailler de très près avec les provinces et territoires du pays afin d’assurer que les communautés aient les services disponibles suffisants pour accueillir les nouveaux arrivants.