Pour Geneviève Gagnon, l’art peut créer des occasions de connexion et de dialogue, et ainsi briser des sentiments d’isolement reliés à l’écoanxiété.
«Le geste créatif possède des qualités apaisantes. Ça peut vraiment nous aider à calmer notre système nerveux. C’est une activité qui engage tous nos sens et qui peut vraiment nous aider à connecter au moment présent», témoigne Geneviève Gagnon, conseillère généraliste à la division yukonaise de l’Association canadienne pour la santé mentale.
«C’est une manière de prendre action, parfois d’avoir un sentiment de contrôle ou d’efficacité […] par rapport à nos émotions et par rapport à l’immensité de ce problème qu’est la crise climatique.»
Selon elle, les gens ont raison d’éprouver de l’anxiété. Elle est d’avis que, ce qu’il faut faire, c’est utiliser cette émotion de manière constructive. «On ne peut pas seulement “penser” au changement climatique, on doit “ressentir” ces effets afin de réagir.»
Au Yukon, Geneviève Gagnon propose des séances d’art-thérapie pour essayer de comprendre le poids des changements climatiques sur la santé mentale des Yukonais.
Dans un de ses programmes, la spécialiste se rend dans la nature pour offrir «des opportunités de self-reflection pour apprendre par rapport à nous-mêmes». Certaines personnes se confient alors parfois sur leurs inquiétudes liées aux changements climatiques.
Notamment «les jeunes, les gens qui passent beaucoup de temps dehors, qui ont une connexion à la nature – et on s’entend qu’il y a beaucoup de gens au Yukon qui ont cette connexion –, les peuples autochtones […], les pompiers pour les feux de forêt», énumère-t-elle.
«Il y a une ouverture d’esprit au fait que ça a un impact et que ça va continuer à avoir un impact sur notre santé mentale.» Il reste donc important pour elle de bien s’outiller pour répondre à ces préoccupations.
Pour Lisa Theriault, l’art peut également avoir une incidence communautaire, notamment s’il se traduit par des évènements pour le public.
«L’écoanxiété, c’est l’ensemble des émotions qui sont liées à notre peur du changement climatique et de la transformation. Ça peut être la peur, la colère, la tristesse, la culpabilité, mais aussi des émotions comme la joie et l’espoir», rappelle Caroline Malczuk, éducatrice à l’environnement à EcoNova, reprenant la définition de la pédopsychiatre Laelia Benoit.
«Ce n’est pas une maladie mentale, ce n’est pas quelque chose qu’il faut soigner, contre lequel il faut lutter, insiste-t-elle. C’est plutôt quelque chose qu’il faut constater.»
«C’est une conscience du monde qui est justifiée, parce qu’il y a un danger. C’est normal de ressentir des émotions par rapport à une menace qui est réelle.»
Découvrez comment des gens transforment leur inquiétude en actions positives.
À l’Île-du-Prince-Édouard, l’artiste visuelle Lisa Theriault a profondément été marquée par le passage de l’ouragan Fiona, en 2022. «Quand je vois les paysages autour de moi, on voit que les forêts sont vraiment impactées par cet ouragan et les arbres ont tremblé partout.»
L’artiste visuelle Lisa Theriault croit que l’écoanxiété peut amener à penser un avenir meilleur.
Dans ses dessins, elle fait référence à ces arbres, à l’érosion et aux plages malmenées par les aléas du climat.
Selon elle, l’art est une façon «d’imaginer un avenir différent, où on peut peut-être changer les impacts de la crise climatique».
«C’est une façon de lutter contre ça et aussi de commencer une conversation avec le public sur un sujet qui est vraiment difficile ou peut-être triste, mais d’une façon plus positive. Si on dessine un avenir ensemble, c’est une façon positive de penser à l’avenir.»
L’art permet ainsi d’envisager la crise climatique sous une autre perspective et d’imaginer l’avenir autrement. «On peut créer de nouvelles réalités, ce qui est fondamental pour résoudre ces problèmes globaux», complète Geneviève Gagnon.
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En Colombie-Britannique, EcoNova propose des ateliers, notamment dans les écoles, autour des questions environnementales.
En créant des concours artistiques à destination des jeunes, qui misent autant sur la chanson que la bande dessinée, l’organisme veut créer un espace pour que ceux-ci puissent mettre des mots sur leur écoanxiété.
«Il y a plusieurs activités, comme le dessin, la musique, la chanson, qui vont être des soupapes pour les jeunes, pour les adultes, pour libérer certaines de ces émotions», décrit Caroline Malczuk, éducatrice à l’environnement au sein de l’organisme.
Pour certains, ça va être l’art, pour d’autres, le sport, la randonnée, aller marcher dans la nature. En fait, le tout c’est de trouver des espaces où on peut laisser nos émotions sortir ou apprendre à les gérer pour ne pas qu’elles se retournent contre nous et qu’elles nous fassent du mal.
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Aux yeux de Caroline Malczuk, la communauté francophone peut représenter une force : «Il y a une certaine solidarité, une certaine écoute, qui fait qu’il y a certains messages qu’on fait passer et qui sont peut-être plus entendus par des personnes qui parlent notre langue.»
«Parce que quand on écrit une chanson, on est dans l’action. Quand on fait une BD, on est dans l’action. Et à travers ces actions-là, on fait passer des messages, on crée de nouveaux imaginaires qui vont après nourrir une pensée collective […] Ça vient créer une culture environnementale dans laquelle on peut aller chercher des valeurs, des idées d’action», poursuit Caroline Malczuk.
Malheureusement, selon elle, «quand on parle d’écologie, on parle de punition, de restrictions de liberté, alors qu’en fait, ça peut être une façon de vivre qui soit très positive, très agréable».
«Mais combien de récits, d’histoires, de films, de poésie nous permettent d’imaginer ce monde-là? Pas forcément beaucoup, regrette-t-elle. Pour nous, la création artistique est importante dans le sens où c’est une première chose qui nous permettrait de construire un monde un peu plus écologique et durable, parce qu’on ne peut créer un monde que si déjà on l’imagine.»
Le progrès est en quelque sorte une matrice pour les autres idées qui encadrent notre vie politique. Il sert à comparer les politiques et les idées, à comprendre les transformations des droits de la personne en termes d’avancées ou de reculs, ou encore à rêver à ce que l’innovation technologique pourrait amener…
Le progrès sert aussi à justifier des inventions qui ont au moins autant de conséquences néfastes que positives.
L’influence de l’idée de progrès est telle que nous pouvons aisément nous réconforter en y faisant appel. Nous pouvons ainsi nous dire qu’«au moins, les choses avancent» ou encore : «Mais quand même, les choses se sont améliorées!»
Le progrès sert donc à pacifier, à relativiser la situation : tant que les choses vont mieux, pourquoi nous efforcerions-nous de les transformer?
Il reste toutefois à penser ce «mieux» et tout ce qu’il sous-entend. Car le «mieux» et le «plus» qu’amènerait le progrès demeurent indéterminés, jusqu’à ce que l’on attache un sens plus précis au progrès.
Dans la sphère économique, le recours à l’idée de progrès tend à confondre deux réalités pourtant fort différentes. La première est l’augmentation du bienêtre (devenu «mieux-être», peut-être parce que nous serions déjà si bien?).
La seconde est l’augmentation de la productivité et donc du profit.
On tend à croire que la croissance économique amènerait automatiquement un progrès dans le reste de la vie humaine. L’augmentation des profits serait simplement une récompense pour les personnes qui prennent le risque d’investir leur argent.
On peut toutefois aisément voir que le progrès se mesure malgré tout par les profits. Lorsque les profits augmentent, mais plus lentement ou de manière insuffisante, on voit des compressions et des mises à pied (comme dans le domaine des médias actuellement).
Et tandis que les efforts de développement international pourraient permettre d’éliminer la pauvreté, les sommes déployées sous la forme d’une aide, et souvent de prêts, bénéficient davantage aux pays qui fournissent des investissements qu’aux pays qui les reçoivent.
Ici, il n’en résulte ni mieux-être ni bienêtre pour les personnes et pays qui en ont le plus grand besoin.
Et il n’est pas clair que la situation de la grande majorité de la population du monde s’améliore, malgré une croissance du PIB mondial qui continue d’année en année.
La faute n’en est pas qu’à la croissance qui ralentit : le développement visé n’est toujours pas durable, parce qu’il n’est ni mené par les groupes dont la vie économique a été restreinte par le colonialisme, ni orienté par leurs besoins, mais l’est toujours par le poids de la dette nationale.
Au vu de l’incidence des nouvelles technologies, on voudrait presque déplorer qu’«on n’arrête pas le progrès».
Les innovations technologiques présentées comme des progrès ont un poids énorme au-delà des profits et des autres bénéfices visés. Nos téléphones nous rendent la vie plus facile et divertissante. Les panneaux solaires permettent de capter une énergie renouvelable.
Mais ces deux technologies dépendent au moins en partie de minéraux que des enfants extraient, et ce, dans des conditions dangereuses pour leur santé, souvent dans des zones de conflit.
Il en va de même des voitures électriques, dont la fabrication pollue davantage que celle des voitures à carburant.
Le fait que ces voitures demeurent préférables puisqu’elles ne produisent presque pas d’émissions n’empêche pas que le problème essentiel se trouve dans l’utilisation à outrance de la voiture comme mode de transport et principe d’aménagement urbain.
Au bout de nos doigts, ce qu’on appelle l’intelligence artificielle requiert une quantité étourdissante d’énergie pour fonctionner et d’eau pour refroidir les complexes. Ses conséquences climatiques et environnementales sont déjà énormes.
Et elle nuit à la créativité humaine en détournant les utilisateurs et utilisatrices des sites où se trouvent les textes ou œuvres d’art imitées pour produire une approximation de réponse à la question posée, permettant aux entreprises qui développent ces modèles d’encaisser les revenus à la place des auteurs·trices originaux.
Cette innovation est encore loin de fournir quelque résultat intellectuel ou créatif fiable… mais a déjà des conséquences lourdes sur l’environnement et entraine un gaspillage d’eau dans des régions touchées par la sècheresse.
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Le problème n’est pas seulement que le progrès ne peut pas être infini et que des limites se dressent contre son avancée; c’est aussi que tout progrès ne peut être mesuré qu’en relation à une valeur qui est choisie d’avance.
Le progrès compris comme croissance économique et technologique s’oppose dans ses conséquences matérielles et réelles à un progrès des conditions de vie, qui n’est que supposé ou promis. Tandis qu’on associe la croissance à un effet de retour sur le bienêtre matériel de la population, rien ne permet d’établir un tel lien.
Certes, le progrès technologique peut avoir des effets positifs d’une grande valeur, et la croissance de la productivité peut éliminer la misère et apporter un plus grand confort. Tout dépend de la fin à laquelle il est appliqué et de notre capacité à surmonter l’imaginaire du progrès.
La compréhension du progrès comme croissance n’est pas viable et la croissance n’amène souvent pas de progrès. Un virage vers la notion de durabilité semble donc suggérer l’abandon du progrès.
À partir de ce constat, une série de questions émergent. Quels modes de vie sont durables? Quels modes de vie sont justes et permettraient de réduire, voire d’éliminer les grandes inégalités? Quels modes de vie pourraient être étendus à l’ensemble de la planète? Quel rapport aux ressources, à l’environnement et à la terre pourrait les sous-tendre?
Et d’abord et avant tout, puisque l’initiative individuelle ne pourra pas renverser la tendance et les décisions prises à l’échelle de pays et de corporations multinationales en concurrence, quelle distribution des ressources et quelles structures décisionnelles pourraient assurer la création de tels modes de vie?
Depuis quelques semaines, les députés conservateurs du Comité permanent des langues officielles reprochent à la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, de refuser de venir témoigner.
Le député conservateur Joël Godin a publicisé ce reproche sur X le 18 mars. Il a statué que «le public mérite de savoir que la ministre se défile de ses obligations».
«Qu’est-ce qu’elle cache?», s’est-il interrogé.
Le 28 mai, la ministre a rétorqué sur le même réseau social : «Vous savez très bien que le ministre responsable des langues officielles est Randy Boissonnault et qu’il vient régulièrement répondre à vos questions. Vous pouvez arrêter d’induire les Canadiens en erreur.»
Vous savez très bien que le ministre responsable des langues officielles est Randy Boissonnault et qu'il vient régulièrement répondre à vos questions.
— Pascale St-Onge (@PascaleStOnge_) May 28, 2024
Vous pouvez arrêter d’induire les Canadiens en erreur. https://t.co/Z7B0DxVJ24
Questionnée par Francopresse sur la situation, la ministre réitère ces mêmes propos.
Le ministre Boissonnault a quant à lui été invité ce mois-ci à revenir témoigner devant le Comité, dans le cadre de l’étude sur le financement fédéral des établissements postsecondaires. Il a refusé.
Il était déjà venu le 9 mai, mais il n’a jamais pu témoigner en raison des débats sur les propos de Francis Drouin, qui ont fait parler pendant près de trois semaines.
Le bureau du ministre Boissonnault n’a pas répondu à nos demandes d’entrevues.
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Selon le député conservateur Joël Godin, la ministre St-Onge «ne connait pas son dossier».
«Nous avons demandé que la ministre de Patrimoine canadien témoigne en Comité parce que c’est l’une des deux ministres responsables qui est mentionnée en termes de responsabilité dans la Loi sur les langues officielles», explique Joël Godin en entrevue avec Francopresse.
«Elle s’en lave les mains en déléguant la responsabilité au ministre des Langues officielles […] Elle ne connait pas son dossier», ajoute-t-il.
Le député souhaitait poser des questions à la ministre St-Onge pour «s’assurer de la reddition de comptes, s’assurer que tout est respecté dans l’application de la loi» : «Est-ce qu’il y a des résultats concrets? Qu’est-ce qu’elle va mettre en place pour améliorer les résultats?»
«Il y a urgence d’agir, il y a un déclin du français partout au Canada et il n’y a pas de réaction. Il n’y a pas de proactivité de ce gouvernement-là.»
Selon lui, étant donné que la ministre du Patrimoine canadien exerce des responsabilités en vertu de la Loi sur les langues officielles, il est logique qu’elle vienne témoigner.
Le titre de ministre du Patrimoine canadien est cité une dizaine de fois dans la nouvelle Loi sur les langues officielles. À certains endroits, il est indiqué que ce ministère est impliqué dans la mise en œuvre de la partie VII de la Loi et qu’il doit être consulté par le Secrétariat du Conseil du Trésor à certains moments.
Cependant, un document particulier permet à la ministre St-Onge de refuser de témoigner devant le Comité permanent des langues officielles.
François Larocque explique que, par le moyen de décrets, le gouvernement peut agencer les différents portefeuilles ministériels à sa guise.
«Par décret, les fonctions et responsabilités qui relèvent dans la Loi sur les langues officielles à la ministre du Patrimoine ont été transférées au ministre des Langues officielles», explique le professeur de droit à l’Université d’Ottawa, François Larocque.
Dit simplement, quand on veut parler de langues officielles, on s’adresse au ministre des Langues officielles. Et quand on veut parler de patrimoine, on s’adresse au ministre du Patrimoine canadien, détaille-t-il.
Le décret a été émis en vertu d’«une loi que le Parlement a passée il y a des décennies» et qui porte le nom de Loi sur les restructurations et les transferts d’attributions dans l’administration publique.
«[Le gouvernement] rattache essentiellement toutes les compétences et responsabilités qui sont prévues dans une loi [au] ministre qui occupe la fonction», précise François Larocque.
«C’est vraiment très technique, admet-il. C’est vraiment quelque chose qui passe au-dessus de la tête de bien des gens.»
En ce moment, «les responsabilités dans la loi qui sont prévues pour Patrimoine canadien sont celles de Randy Boissonnault», ministre des Langues officielles, confirme le professeur.
Il rappelle que la Loi sur les langues officielles responsabilise d’autres ministères, tels que le ministre de la Justice et le ministre de l’Immigration. «Mais pour l’instant, c’est la responsabilité de Randy Boissonnault.»
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Le ministre des Langues officielles, Randy Boissonnault, a refusé de témoigner une seconde fois au comité permanent des langues officielles.
Cette confusion fait écho à l’état actuel de la Loi sur les langues officielles (LLO), qui attend d’être règlementée.
Pour conseiller le gouvernement dans ce processus, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a dévoilé un mémoire, le 28 mai.
«La loi demeure floue sur certaines responsabilités qui incombent au Conseil du Trésor et sur le partage des responsabilités avec le ministère du Patrimoine canadien», peut-on lire.
L’organisme espère que la règlementation permettra de clarifier les responsabilités de chacun. Il propose aussi «que ce soit une agence centrale, soit le Conseil du Trésor, qui se voit pleinement confier le mandat de la mise en œuvre de la LLO».
Joël Godin rappelle que dans le livre blanc sur les langues officielles du gouvernement libéral, il était proposé d’accorder «au Secrétariat du Conseil du Trésor les ressources nécessaires pour assumer le rôle d’organisme central chargé de veiller à la conformité des institutions fédérales».
Le député conservateur avait d’ailleurs proposé un amendement qui allait en ce sens lors de l’étude du projet de loi C-13, qui a modernisé la Loi sur langues officielles.
«On aurait dû prendre plus de temps pour bien faire les choses, mais les libéraux ont précipité et on a accouché», regrette-t-il.
Arif Virani et Marc Miller, respectivement ministre de la Justice et ministre de l’Immigration, ont aussi des responsabilités en vertu de la Loi sur les langues officielles.
À l’heure actuelle, le Conseil du Trésor doit veiller sur la mise en œuvre de la LLO au sein de l’appareil fédéral. La FCFA note néanmoins dans son mémoire que «le ministère du Patrimoine canadien, à qui revenait une large partie de ces tâches jusqu’à maintenant, n’est pas complètement délesté de ses responsabilités en vertu de la nouvelle Loi».
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En 2019, l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) publiait son rapport final. Il contenait 231 appels à la justice distincts visant les gouvernements, des institutions, des fournisseurs de services sociaux et les Canadiens.
Cindy Woodhouse est déçue du peu de progrès réalisé en cinq ans.
«Quand le rapport final a été publié, il y avait beaucoup d’espoir pour du changement», a rappelé la cheffe régionale de l’APN pour le Nouveau-Brunswick, Joanna Bernard, en conférence de presse le 3 juin.
«Alors que nous réfléchissons aux cinq dernières années, il est clair que la prévention de la violence contre les femmes, les filles et les personnes de divers genres des Premières Nations demeure urgente. Notre bilan montre un mélange d’avancées et de reculs. […] Dans de nombreux domaines, aucun progrès n’a été enregistré.»
La cheffe nationale de l’APN, Cindy Woodhouse Nepinak, demande au gouvernement de redoubler d’efforts. «Nous appelons à la solidarité des Canadiens, a-t-elle déclaré lors de la même conférence de presse. Ce n’est pas une bonne journée, c’est une journée où on se souvient de l’horreur.»
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Volonté politique, racisme et engagement
«Je crois que c’est une question de volonté politique», a répondu Cindy Woodhouse, questionnée sur les raisons pour lesquelles si peu d’avancées ont été accomplies en cinq ans. «On a écrit [ce rapport] et c’est comme s’il tombe un peu à plat.
Le gouvernement semble avoir cette tendance de financer des rapports, mais l’engagement n’est pas là après leur publication. Alors, on pourrait même dire qu’il gaspille de l’argent
Le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Gary Anandasangaree, a assuré qu’il se penchera sur le nombre d’appels à la justice mis en œuvre.
Le chef régional par intérim de l’APN au Manitoba, Sheldon Kent, a dénoncé le racisme persistant au Canada. «Nous sommes tous des êtres humains, nous tous. On veut tous une belle vie, a-t-il dit. Mais il faut que les politiques et les cœurs des gens changent. Nous devons agir collectivement.»
Une petite robe rouge accrochée à son veston, le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Gary Anandasangaree, a assuré que le gouvernement poursuit son travail. «Ultimement, nous allons mettre fin à cette crise», promet-il en mêlée de presse, le 3 juin.
«Il y a du travail à faire qui prendra, dans certains cas, des générations.»
Selon lui, parmi les 215 appels à la justice qui concernent le gouvernement fédéral, des avancés ont été réalisées pour 107 d’entre eux, 53 autres ont été mis en action. Le ministre n’a toutefois pas précisé à quel stade ces 107 appels sont rendus.
Il a aussi dit qu’avec tout le respect qu’il doit à la cheffe nationale de l’APN, il devra examiner le nombre d’appels mis en œuvre. D’après lui, plus que deux des 231 sont déjà mis en place.
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Selon Joanna Bernard, le gouvernement gaspille de l’argent en faisant des rapports sans s’engager à agir par la suite.
D’autres enjeux à affronter
Joanna Bernard a profité de cette journée pour parler de l’incarcération des femmes autochtones.
«En plus de la crise des filles et femmes disparues et assassinées, il existe un autre problème troublant : la surincarcération de [celles-ci]. Cette surreprésentation dans les établissements correctionnels est liée aux mêmes problèmes que ceux qui ont conduit à l’augmentation de la violence à leur égard, ce qui les expose également à un risque de “surpolicage“ et de surincarcération.»
D’après le Bureau de l’enquêteur correctionnel (BEC), 50 % des femmes incarcérées au Canada sont autochtones, alors qu’elles ne représentent que 5 % de la population de femmes au Canada. Cette surreprésentation a atteint ce niveau pour la première fois en 2022.
Selon Joanna Bernard, mettre en œuvre les appels à la justice permettrait en partie de s’attaquer à ce problème.
C’est une question de vie ou de mort pour les filles, femmes et bispirituels autochtones.
Au sujet des services correctionnels, le ministre Gary Anandasangaree explique que «ces institutions ne sont pas facilement transformées. Ce qui a pris 154 ans à construire, d’une perspective coloniale, ne sera pas transformé en cinq ans».
Duane Aucoin rappelle que les personnes bispirituelles sont aussi concernées par des appels à la justice.
Juin, mois thématique
Duane Aucoin représente la région du Yukon au Conseil 2ELGBTQQIA+ de l’APN. Il rappelle que le mois de juin est le Mois national de l’histoire autochtone, mais aussi celui de la Fierté.
«Des 32 appels à la justice pour les personnes bispirituelles, aucune n’a été mise en place», a-t-il déploré.
Il appelle à des réformes au sein de la police. «Peu de progrès ont été réalisés pour garantir la sécurité des personnes bispirituelles dans le contexte policier. Bien que certains services de police offrent des formations sur les questions bispirituelles, celles-ci ne sont pas universellement disponibles et ne sont pas obligatoires.»
Duane Aucoin ajoute qu’en raison de la méfiance envers les forces policières, de nombreuses personnes bispirituelles ne dénoncent pas les violences qu’elles subissent.
L’alerte robe rouge
Le 3 mai dernier, le Canada et le Manitoba ont annoncé qu’ils unissaient leurs forces pour développer un système d’alerte qui informerait la population lorsqu’une fille ou une femme autochtone est portée disparue.
«C’est un petit pas, mais un pas important, pour s’assurer que nos proches reviennent à la maison», avait indiqué la députée néodémocrate Leah Gazan, dans le communiqué de presse annonçant le partenariat.
Celle-ci est à l’origine d’une étude sur l’alerte robe rouge au sein du Comité de la condition féminine, entamée en mars dernier.
Elle a aussi fait adopter une motion au Parlement – adoptée à l’unanimité – visant à déclarer que la crise des femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées est une situation d’urgence à l’échelle du Canada.
«Il est honteux de constater que seuls deux des 231 appels à la justice ont été mis en œuvre, ce qui est inacceptable», a déclaré la députée le 3 juin en mêlée de presse.
Le gouvernement de Justin Trudeau «ne parvient pas à lui accorder l’urgence qu’elle requiert», déplore-t-elle. «Les familles et les survivantes méritent justice, et ce gouvernement continue de les décevoir.»
N’importe quel Canadien en quête de productions audiovisuelles francophones sur une plateforme de diffusion en continu en a fait l’amère expérience. La recherche peut être longue et souvent infructueuse avant de dénicher un film. Les quelques pépites présentes sont enterrées dans les tréfonds des sites, cachées sous une masse de titres anglophones ou même en d’autres langues.
Catalina Briceno insiste sur le rôle des familles et de l’école dans la transmission de la culture cinématographique, littéraire, télévisuelle et musicale francophone.
Sur les Netflix, Crave et Amazon Prime de ce monde, «si je veux voir un film en français produit au Canada, je vais vite trouver que l’offre est plutôt limitée», confirme Catalina Briceno, directrice de l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
«Le catalogue s’est un peu enrichi, mais les films ne sont pas visibles et mis en valeur. Ils ne sont pas suggérés et il est presque impossible de tomber dessus par hasard», renchérit Lucile Ouriou, auxiliaire de recherche à la Chaire UNESCO en communication et technologies pour le développement.
Autrement dit, ils ne sont pas découvrables. Il en va de même pour la musique d’artistes franco-canadiens sur les services de lecture en continu comme YouTube, Spotify ou Deezer.
Cette année, près de 100 millions de pistes musicales et 6 millions de balados sont disponibles sur Spotify, mais les contenus francophones sont totalement noyés «dans une suroffre», regrette Catalina Briceno.
Selon la directrice générale de l’Alliance nationale de l’industrie musicale (ANIM), Clotilde Heibing, l’invisibilité de la francophonie, encore plus en situation minoritaire, reste une question d’algorithme : «Nous sommes défavorisés, car nous échappons à l’algorithme des plateformes, nourri en anglais depuis Toronto pour une consommation en anglais.»
Pour Clotilde Heibing, les francophones sont désavantagés, car les algorithmes des plateformes numériques sont nourris en anglais depuis Toronto pour une consommation en anglais.
Une fois défini, l’algorithme s’alimente tout seul et recommande aux utilisateurs ce qui fonctionne le mieux, explique Clotilde Heibing.
«C’est un modèle économique qui n’est pas là pour défendre la création musicale, mais pour monétiser du contenu», poursuit la responsable. En toile de fond se pose la question de la valorisation et de la représentation de la diversité culturelle.
Avant même l’algorithme, la directrice générale de l’Alliance des producteurs francophones du Canada (APFC) pointe, elle, les rapports entre les plateformes et les maisons de production locales.
«Le premier problème reste que les plateformes n’achètent pas ou presque pas les droits de productions francophones et n’en produisent pas. Ça ne les intéresse pas», relève Carol Ann Pilon de l’APFC.
Pour tenter de changer la donne, le ministre de la Culture du Québec, Mathieu Lacombe, a fait part en début d’année de sa volonté d’adopter une loi afin d’augmenter la présence de contenus québécois sur le Web.
Aucun détail n’a encore été révélé, mais le 27 mai, lors d’une rencontre du Groupe de réflexion de l’UNESCO sur la diversité des expressions culturelles dans l’environnement numérique, le ministre a invité citoyens et organisations de la société civile à déposer des mémoires sur le sujet d’ici le mois de juillet.
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La Convention de l’UNESCO, dite «Convention sur la diversité culturelle», signée par le Canada, autorise les États à taxer les plateformes étrangères pour réinvestir l’argent dans la production locale.
Ce traité international légitime également la volonté des États de protéger leur culture par des quotas ou tout autre dispositif.
En 2018, l’Union européenne a adopté sa propre directive sur les services de médias audiovisuels. Elle oblige chaque pays membre à légiférer pour imposer une double contrainte : les plateformes numériques étrangères doivent proposer un minimum de 30 % de contenu européen dans leur catalogue tout en le mettant en valeur.
La France a placé la barre encore plus haut avec 60 % de titres européens et 40 % de titres en français.
L’annonce du gouvernement québécois fait suite à la publication d’un rapport sur «la souveraineté culturelle du Québec à l’ère du numérique».
«Le contenu francophone ne doit pas être seulement accessible, il faut se le faire proposer. C’est avec l’exposition qu’on finit par normaliser les contenus», souligne Carol Ann Pilon.
Dans ce document, quatre experts concluent que le Québec a le pouvoir d’encadrer le contenu francophone sur les plateformes. Ils considèrent en outre que «la mise en place de quotas de contenus d’expression originale de langue française pourrait éventuellement être envisagée».
«C’est un mal nécessaire. Jusqu’alors, il n’y avait rien pour favoriser la diversité des contenus et contraindre les géants numériques à financer le cinéma local», considère Lucile Ouriou.
Carol Ann Pilon salue également l’initiative, mais s’inquiète du sort des communautés francophones en situation minoritaire : «Il ne faut pas les laisser sur le bord du chemin. Pour s’assurer qu’elles ont accès à des contenus francophones de qualité, ça prend quelque chose du fédéral.»
L’an dernier, Ottawa a franchi un premier pas en adoptant la Loi sur la diffusion continue en ligne. Ce texte vise notamment à obliger les plateformes numériques à promouvoir le contenu canadien et à y contribuer.
Dans la foulée, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a lancé un processus de consultation, avec l’industrie culturelle notamment, afin d’assurer la mise en œuvre du texte.
«Nous travaillons très fort pour que la nouvelle règlementation sur la radiodiffusion s’impose aux plateformes étrangères, car ce sont les premières à bénéficier du marché canadien», souligne Carol Ann Pilon.
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L’APFC réclame, entre autres, la constitution d’un fonds de soutien à la création culturelle canadienne auquel les plateformes étrangères – celles qui empochent plus de 10 millions de dollars par an – seraient obligées de contribuer à hauteur de 5 % de leurs revenus canadiens.
Depuis l’an dernier, tout le contenu de la chaine TFO est en ligne, à la demande ou en direct. «En tant que seul média public éducatif francophone, présent en milieu minoritaire, nous voulions être encore plus accessibles», explique Sonia Boisvert.
De ce fonds, 40 % seraient investis dans la création francophone, dont 15 % spécifiquement à la production en milieu minoritaire. Le CRTC doit rendre sa décision cet été.
Du côté du secteur musical, l’ANIM sollicite aussi l’institution d’un fonds alimenté par les plateformes en fonction de leur chiffre d’affaires.
«Augmenter la découvrabilité ne sera jamais assez; on doit aussi augmenter la capacité financière des artistes», plaide Clotilde Heibing.
En septembre, l’Alliance nationale de l’industrie musicale (ANIM) ouvrira trois guichets uniques – en Acadie, en Ontario et dans l’Ouest – pour aider les artistes francophones à améliorer la découvrabilité de leurs œuvres sur internet.
Des professionnels les formeront à saisir les métadonnées de leurs compositions. Ils percevront ainsi des droits d’auteurs et leur musique sera mieux référencée.
«Beaucoup d’artistes ne font pas ce travail par manque de connaissances et de temps, regrette la directrice générale de l’ANIM, Clotilde Heibing. On veut démystifier les choses, leur montrer que ça n’est pas aussi compliqué que ça parait.»
Cependant, mettre Netflix, Amazon ou Disney à contribution pour produire et présenter du contenu en français au Canada demeurera insuffisant si le public n’est pas au rendez-vous. Lucile Ouriou constate à cet égard l’ambivalence des jeunes francophones : «Ils manifestent un intérêt très fort pour du contenu local alors que dans la pratique, ils en regardent très peu.»
Pour Sonia Boisvert de TFO, «il faut réussir à imaginer des contenus qui reflètent la réalité des enfants et des adolescents en situation minoritaire».
«C’est un gros défi, il faut réussir à imaginer des contenus qui reflètent la réalité des enfants et des adolescents en situation minoritaire», reconnait la vice-présidente contenus et productions de la chaine de télévision éducative TFO, Sonia Boisvert.
Pour modifier ces habitudes de consommation, les spécialistes interrogées invitent à remettre la culture francophone au cœur des écoles. Cela permettrait, selon Sonia Boisvert, de «forger leur identité, leurs gouts et leurs références culturelles dès le plus jeune âge».
Catalina Briceno abonde dans le même sens : les lois ne peuvent pas tout. «C’est le rôle des familles et de l’école d’offrir un accès à la culture et aux arts francophones», insiste l’universitaire. Organisez des tournées scolaires, invitez des artistes; les solutions existent. Il reste à les mettre en œuvre.
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Pour ses vingt ans de carrière solo, Joseph Edgar nous propose un 15e opus éponyme. Au cours de ces deux dernières décennies, l’auteur-compositeur-interprète acadien n’a cessé de nous séduire à chaque album, avec une plume personnelle et un accent chaleureux.
Pochette de l’album Joseph Edgar. Photo : josephedgar.ca
Cette fois, il nous présente un album aux accents folks modernes, coréalisé avec Benoit Bouchard. Le duo nous offre des orchestrations solides et profondes tout au long du disque.
Les prestations vocales de Joseph Edgar sont justes et attendrissantes, créant parfois des moments d’intimité très touchants.
Certaines chansons me rappellent l’univers d’un certain Chris Isaak. «Année après année», un crescendo qui nous berce tendrement, est suivi de «Hang On (Rester là)», un folk pop accrocheur accompagné de l’un des plus beaux textes de l’album. «Les Golden Hours» est un autre succès potentiel.
Un autre extrait radio à surveiller est «Le Heavy Side of Love». Le texte de l’album nous est livré dans les deux langues officielles du pays. C’est le genre de chanson que l’on écoute en boucle. «Juste comme ça» est une autre pièce qui se démarque bien, avec un excellent texte et une voix en plein contrôle.
Joseph Edgar revient avec des textes magnifiques, chantés d’une voix intense. L’artiste acadien a su prendre le temps nécessaire pour livrer un produit magnifique, qui rend justice à son talent.
À la fin du mois d’avril, Reney Ray, autrice-compositrice-interprète de Kapuskasing en Ontario, nous présentait Temporaire, son 4e opus. Cet album, dont elle signe la réalisation, est un effort plus personnel que ses premiers disques.
Pochette de l’album Temporaire.
Dès les premières notes d’«Adam», elle nous propose une trame blues, qui trace la ligne narratrice de cette création. L’artiste franco-ontarienne nous livre ses blessures les plus profondes et sa quête de spiritualité et de paix intérieure. Avec «Cobaye» et «J’t’aime pareil», elle nous dévoile son besoin de tendresse et son mal d’amour.
Elle nous surprend également avec la pièce «Backstab», un duo au style inattendu avec l’artiste David Jalbert. La prière «Oh My Lord» est un autre duo surprenant avec Day Vee. Dans la même veine, on trouve également «Powerful».
Reney Ray termine ce 4e album avec la chanson la plus profonde de toute sa carrière. Dans «T’as grandi», l’artiste se livre dans toute sa vulnérabilité et sa fierté. La trame piano-voix rend cette pièce extrêmement intense et saura venir toucher le cœur des parents.
Ce nouvel opus offre des trames profondes et une certaine recherche de spiritualité au niveau des textes. La Franco-Ontarienne réussit à nous interpeler tout au long du disque avec sa voix un peu rauque et réconfortante.
À l’automne 2019, une belle voix chaude du passé nous revenait, comme celle d’un bon vieux chum. Une voix chaleureuse qui avait bercé notre jeunesse et qui, encore une fois, venait nous séduire avec des mélodies captivantes. Avec Comme un engin, Michel Lalonde, ex-Garolou, revenait nous partager le fruit de ses dernières créations.
Pochette de l’album Comme un engin.
Dès les deux premières pièces, on y retrouve cette chaleur humaine, cette tendresse qui nous berce avec «J’suis fait comme ça» et «Tout ce qu’on avait». Cette dernière est une adaptation francophone d’une chanson de John Prine, qui met en scène la voix de Patricia Richard au niveau des chœurs.
«Marilou» est une autre excellente pièce country folk où la charmante voix de Caroline Bernard vient appuyer celle de Michel Lalonde.
Deux de mes titres préférés me rappellent des univers folks americana classique. «Cap sur l’amour», sur une trame à la Gordon Lightfoot, est le plus beau texte de l’album. Une partition de violon nous dresse une toile de fond nostalgique, alors que le texte respire la tendresse.
«C’est toujours toi» est une autre belle mélodie folk à la Eagles, avec une touche de nostalgie qui vient doucement nous bercer.
Sur cet opus, Michel Lalonde nous offre aussi un p’tit clin d’œil à son époque Garolou avec une belle version de «Joli cœur de rosier».
Je termine par une mention spéciale pour la pièce-titre, «Comme un engin», une road song au texte engagé, très puissante et actuelle.
Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.
La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a dévoilé mardi un mémoire sur la règlementation de la partie VII de la Loi sur les langues officielles (modernisée en juin 2023), qui touche notamment les responsabilités des institutions fédérales.
L’organisme de représentation suggère 14 principes afin de guider le travail du Secrétariat du Conseil du Trésor, propose des outils et appelle à de meilleures définitions de certains concepts inclus dans la Loi.
La FCFA demande aussi la clarification des responsabilités : «La loi demeure floue sur certaines responsabilités qui incombent au Conseil du Trésor et sur le partage des responsabilités avec le ministère du Patrimoine canadien.»
Raymond Théberge demande au gouvernement d’accélérer la règlementation de la nouvelle Loi sur les langues officielles.
D’ailleurs, la FCFA demande «que ce soit une agence centrale, soit le Conseil du Trésor, qui se voit pleinement confier le mandat de la mise en œuvre de la LLO».
Dans son rapport annuel et lors d’une réunion au Comité permanent des langues officielles lundi, le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, a rappelé que la règlementation se faisait attendre.
En Comité, le député libéral Marc Serré a donné un échéancier plutôt vague à cet égard, mais il a assuré que les consultations des communautés se termineraient à l’automne 2024.
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Des frappes israéliennes ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés dimanche et mardi, à Rafah. Vendredi dernier, la Cour pénale internationale ordonnait à Israël de cesser immédiatement ses opérations dans cette ville du sud de la bande de Gaza.
«Même en temps de guerre, il y a des règles. Les images provenant de Rafah sont horribles et déchirantes. Notre position sur Rafah est claire et on la répète depuis des semaines», a déclaré lundi la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, dans la Chambre des communes.
Sur X, elle a rappelé que le Canada ne soutenait pas une opération militaire israélienne à Rafah.
Nous sommes horrifiés par les frappes qui ont tué des civils palestiniens à Rafah.
— Mélanie Joly (@melaniejoly) May 27, 2024
Le Canada ne soutient pas une opération militaire israélienne à Rafah.
Ce niveau de souffrance humaine doit cesser.
Nous exigeons un cessez-le-feu immédiat.
Le Nouveau Parti démocratique (NPD) demeure toutefois insatisfait de cette réponse. Le député néodémocrate Alexandre Boulerice a notamment commenté la publication de Mélanie Joly, demandant quelle action elle allait entreprendre.
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Des manifestants propalestiniens se sont réunis mercredi devant le Parlement, à Ottawa.
Lundi, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marc Miller, a annoncé que le plafond des demandes de visa de résident temporaire pour les proches de Canadiens à Gaza qui pourront être traitées passait de 1000 à 5000 requêtes.
Marc Miller souhaite accueillir au Canada plus de personnes provenant de Gaza.
Le 29 avril, 179 visas avaient été octroyés dans le cadre de ce programme de visa.
Témoignant devant le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration, le ministre Miller a dit ne pas savoir si les détenteurs de ces visas étaient arrivés au Canada ou non.
«Nous avons conçu cette politique en partant du principe qu’il y aurait une coopération pour assurer [aux Palestiniens] une sortie structurée par le point de passage de Rafah avec la coopération du COGAT [l’organisme du ministère israélien de la Défense chargé des affaires civiles dans les territoires palestiniens, NDLR]», a expliqué le ministre.
Mais cet espoir s’est dissipé en raison de l’escalade du conflit et de la fermeture des frontières, qui rend la logistique du programme difficile, a rapporté Marc Miller en comité.
«Bien qu’il ne soit actuellement pas possible de quitter Gaza, la situation peut changer à tout moment. Grâce à cette augmentation du plafond, nous serons prêts à aider davantage de personnes en fonction de l’évolution de la situation», a-t-il ajouté dans un communiqué de presse, lundi.
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Le projet de loi antibriseurs de grève a été déposé en novembre dernier par le ministre fédéral du Travail, Seamus O’Regan.
Ce projet de loi C-58, adopté à l’unanimité lundi, interdira le recours aux travailleurs de remplacement durant une grève ou un lockout dans les entreprises de compétence fédérale.
En troisième lecture à la Chambre des communes, les 317 députés ont voté en faveur de l’adoption du projet de loi. Il peut désormais passer dans les mains des sénateurs.
Un délai d’un an est prévu avant son entrée en vigueur. Le projet de loi prévoit aussi le maintien des activités dans l’entreprise en question, même durant un conflit, si un arrêt de travail peut entrainer des risques pour la santé ou la sécurité de la population, pour l’environnement ou pour l’état de l’équipement.
Le Bloc québécois a déposé jeudi un projet de loi visant à codifier le fait qu’un accusé a droit à un procès dans un délai maximal de 18 mois pour les causes entendues en cour provinciale et 30 mois pour les causes criminelles.
L’idée est d’empêcher des criminels d’obtenir un arrêt des procédures en invoquant l’arrêt Jordan, qui garantit le droit d’être jugé dans un délai raisonnable. Le projet de loi propose aussi d’utiliser la disposition de dérogation à la constitution afin d’encadrer son objectif.
«On a encore des procès qui, de façon absurde, sont abandonnés. Les procédures sont arrêtées, parce qu’on n’a pas réussi à juger les gens dans un délai raisonnable», déplore le porte-parole bloquiste en matière de justice, le député Rhéal Fortin.
«C’est un projet de loi qui tente de colmater une brèche dans notre système de justice pour s’assurer que l’accès à la justice soit respecté face aux crimes graves et violents», a expliqué le député du Bloc québécois, Denis Trudel, en point de presse jeudi.
Selon les députés, en s’attaquant à cet enjeu, ce projet de loi contribuera à rétablir la confiance du public envers le système de justice.
Le manque de services en français ne permet pas aux personnes de mettre des mots sur leurs maux, surtout lorsqu’il s’agit de santé mentale.
«Il faut être capable de bien s’exprimer. Si on s’exprime en anglais, ce n’est pas tout qui va sortir», a souligné la psychiatre à l’hôpital Monfort à Ottawa, Valérie Giroux, lors du colloque portant sur la santé des populations noires francophones en situation minoritaire, à l’occasion du 91e Congrès de l’Acfas.
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«Lorsque je suis en douleur, la langue des émotions c’est le français», a témoigné Bernadeth Betchi, doctorante en philosophie, Études féministes et de genre.
Mwali Murray et Saredo M Bouraleh expliquent qu’il ne suffit pas d’avoir un professionnel de la santé qui parle en français, il faut aussi une personne qui est familière avec les différentes cultures des communautés.
Pendant ses différentes grossesses, la chercheuse raconte que son premier réflexe était de demander aux sagefemmes si celles-ci parlaient et comprenaient le français «de façon confortable».
Ne pas pouvoir s’exprimer dans la langue de son choix ou ne pas obtenir un service de santé adéquat peut avoir des répercussions sur la santé du patient. On peut passer à côté d’un problème sous-jacent ou faire un mauvais diagnostic, informe la professeure adjointe à l’École des sciences infirmières de l’Université d’Ottawa, Mwali Muray.
Lorsqu’une personne n’arrive pas à parler de son état mental ou émotionnel, si elle doit le camoufler, des symptômes physiques peuvent se manifester, a ajouté la spécialiste.
Pour l’étudiante en épidémiologie à l’Université d’Ottawa, Saredo M Bouraleh, pouvoir échanger avec un professionnel de la santé francophone n’est pas suffisant; le personnel médical doit aussi avoir une «sensibilité culturelle».
Un avis que partage Bernadeth Betchi, qui a fait une présentation sur la dépression postpartum et les défis des femmes noires francophones durant cette période.
Dans le cas de la dépression postpartum, le manque de sensibilité culturelle pousse les femmes noires à ressentir «le poids du monde sur [leurs] épaules», explique-t-elle, puisqu’elles ne savent pas à qui en parler et si elles seront comprises.
La dépression postpartum, ou dépression postnatale, survient après l’accouchement et peut être grave. Les femmes peuvent éprouver un trouble du sommeil, de la fatigue, de l’anxiété, de la culpabilité et bien d’autres symptômes.
La dépression postpartum peut aussi être invisible et diffère d’une femme à une autre.
Il ne faut pas la confondre avec le baby blues, qui reste une déprime passagère et qui ne dure que quelques jours à quelques semaines.
La doctorante rappelle ainsi qu’il existe des différences culturelles entre les populations noires africaines, caribéennes et antillaises. Selon elle, il faut intégrer des profils diversifiés au sein du personnel de santé.
Quelques maladies peuvent être perçues différemment et restent taboues au sein de certaines communautés noires, détaille Mwali Muray.
Il peut s’agir de maladies en lien avec la santé mentale ou de pathologies physiques, comme le cancer du sein, complète la cofondatrice du Réseau des femmes congolaises, Anifa Kalay.
Anifa Kalay encourage les services de santé et les chercheurs à engager la conversation avec des organismes ou des personnes de la communauté pour offrir un service adéquat aux personnes noires francophones.
Saredo M Bouraleh ajoute que les professionnels de la santé doivent comprendre et connaitre ces aspects pour savoir «comment traiter et donner les soins nécessaires [adaptés]».
Pour y arriver, Anifa Kalay encourage les services de santé à approcher des organismes communautaires ou une personne de la communauté «qui peut venir avec des explications plus claires sur la façon dont cette maladie est perçue».
Lors du colloque, de nombreuses intervenantes ont également rappelé l’importance qu’accordent les populations noires à l’esprit de communauté.
Pour essayer d’aider les femmes noires francophones qui souffrent de dépression postpartum, Valérie Giroux leur conseille de demander à leur médecin, si elles le désirent, d’inviter une personne de confiance pour se sentir plus à l’aise.
Il y a aussi peu de recherches ou d’études sur les Noires francophones en milieu minoritaire, ont souligné les intervenantes.
Bernadeth Betchi a présenté les défis des femmes qui souffrent de dépression postpartum.
Pour les intégrer dans les recherches, il faut aussi trouver du personnel de recherche qui a une sensibilité culturelle afin d’assurer la représentation des communautés noires dans la recherche, appuie Anifa Kalay. «Parce qu’on a tendance à être plus rassuré quand on voit quelqu’un qui nous ressemble, on se dit que cette personne nous comprend.»
Pour elle, il faut aussi engager la conversation avec les organismes communautaires qui peuvent organiser des évènements pour sensibiliser.
«Nous avons commencé ce qu’on appelle des petites tables rondes avec les membres de la communauté. L’objectif principal n’est pas [de parler de la] recherche, mais nous essayons de greffer [le sujet] dans la discussion.»
Pendant ces rendez-vous, Anifa Kalay constate que les personnes veulent donner leurs avis. Il suffit d’être transparent sur les intentions de la recherche et ensuite de développer une stratégie pour savoir comment aborder les maladies considérées comme taboues.
Les organismes communautaires peuvent aussi approcher des personnes d’influence, comme un leadeur religieux, ajoute la cofondatrice du Réseau des femmes congolaises. «Souvent d’ailleurs, on descend dans les Églises pour pouvoir parler aux personnes avec l’appui du leadeur de cette église-là.»
Les électeurs touchés par les inégalités intergénérationnelles sont très courtisés à la fois par les libéraux et par leurs adversaires. Si les libéraux n’ont pas la faveur des électeurs âgés de 30 ans et plus, quelques électeurs âgés de 18-29 ans semblent ouverts à leur message.
Justin Trudeau tente notamment de rebâtir son image pour regagner les appuis des plus jeunes électeurs de plus en plus nombreux – surtout les locataires âgés de 18-29 ans. Il est trop tôt pour savoir si ses efforts porteront fruit.
Les Canadiens sont plutôt divisés sur l’augmentation du taux d’imposition sur le gain en capital – une mesure phare du budget fédéral de 2024. D’un côté, des sondages de la firme Abacus suggèrent que les libéraux regagnent des appuis chez les jeunes de moins de 30 ans, et un autre souligne que plus de jeunes – comparé aux autres groupes d’âge – disent que le budget a amélioré leur perception du gouvernement. D’un autre côté, un sondage réalisé par la firme Léger suggère que les libéraux sont au troisième rang avec seulement 14 % des intentions de vote chez les électeurs de 18-34 ans.
Chez les électeurs dans la trentaine et la quarantaine, les conservateurs de Pierre Poilievre conservent tout de même une longueur d’avance encore très importante selon ces mêmes sondages.
Comme solution à la crise du logement et à la question de l’abordabilité du cout de la vie, le premier ministre tente de taxer davantage ceux qu’il considère être «les riches» pour financer (indirectement) la construction de logements abordables pour les jeunes et les familles de la classe moyenne.
La crise du logement au Canada n’a pas été causé par un seul évènement ou un seul facteur.
Rappelons que la crise du logement au Canada est causée par plusieurs facteurs. Il y a entre autres la planification urbaine, les taux d’intérêt à leur plus bas jusqu’en 2022, la pénurie de main-d’œuvre spécialisée dans la construction, et les politiques de Justin Trudeau, telles que l’augmentation des niveaux d’immigration permanente et temporaire.
Cette dernière politique a rapidement fait augmenter le nombre de nouveaux arrivants, rendant ainsi la vie peu abordable pour bon nombre d’immigrants eux-mêmes ainsi que pour bien d’autres Canadiens.
Une portée difficile à cerner
Justin Trudeau propose de faire passer le taux d’inclusion de l’impôt sur les gains en capital de 50 % à 66,67 % pour des gains de plus de 250 000 $ réalisés par un particulier dans une même année.
Pour les entreprises, l’augmentation touchera en principe tous les gains en capital, même ceux qui permettraient de réinvestir dans la création d’emplois. Il va falloir attendre le texte du projet de loi du Parti libéral pour voir s’il y aura des exceptions.
Justin Trudeau prétend que seulement les contribuables les plus riches seront touchés par la mesure annoncée dans le budget. Il passe sous silence que l’augmentation aura des répercussions sur beaucoup d’ainés qui misaient sur la vente d’un édifice à revenus ou d’actions achetées il y a 30 ans pour financer leur retraite.
Les chiffres qu’il utilise pour faire valoir que peu de contribuables seront affectés sont réfutés par des économistes. Les données du gouvernement soulignent aussi que 300 000 entreprises qui déclarent des gains en capital qui seront touchées par cette nouvelle mesure. Les entrepreneurs auront moins intérêt à investir dans de nouveaux projets et moins de capitaux pour le faire.
Le gouvernement offre un «nouvel incitatif aux entrepreneurs canadiens» pour limiter l’incidence sur les plus petits entrepreneurs. Cependant, les statistiques citées par le gouvernement sont celles des impôts d’une seule année. Ils ne prennent pas en compte les gains en capital qui n’ont pas encore été réalisés par les particuliers et les entreprises et qui seraient assujettis au taux d’inclusion supérieur quand les actifs imposables seront éventuellement vendus.
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Les conservateurs coincés?
Plusieurs regroupements de gens d’affaires et des analystes économiques critiquent l’augmentation du taux d’imposition du gain en capital.
En temps normal, on pourrait croire que les conservateurs se porteraient plus à la défense des ainés et des créateurs de richesse. En 1999, nul autre que Pierre Poilievre disait favoriser l’abolition de l’impôt sur les gains en capital. Cependant, en tant que chef du parti, il fait appel aux travailleurs et aux jeunes dans ses messages politiques, plus qu’aux investisseurs dans un contexte où les inégalités de richesse augmentent.
Pierre Poilievre tente de maintenir une image de «Robin des Bois», qui est peu compatible avec la défense des «riches» investisseurs. Il s’abstient de commenter définitivement la mesure, mais il devra se prononcer quand le projet de loi sera déposé, si ce n’est pas avant.
Les conservateurs attendent probablement un changement de narratif ou d’opinion dans le débat public avant de s’avancer. Ou encore l’émergence d’autres détails concernant la portée et l’incidence des mesures, le texte du projet de loi ou même les résultats de sondages.
Comme tous les autres partis politiques, ils tentent d’éviter tout ce qui pourrait contredire ce qui est au cœur de l’image de leur chef. L’intégrité de l’image, voire sa simplicité, est valorisée en communication politique.
Prendre position contre la mesure risquerait d’être difficile à expliquer sans ternir l’image des nouveaux conservateurs, qui favorisent les jeunes travailleurs, et rappeler une image moins flatteuse, même mythique, des vieux riches conservateurs d’antan.
La ministre des Finances, Chrystia Freeland, n’a pas inclus le nouveau taux d’inclusion de l’impôt sur les gains en capital dans le projet de loi budgétaire.
La ministre des Finances, Chrystia Freeland, n’a pas inclus le nouveau taux d’inclusion de l’impôt sur les gains en capital dans le projet de loi budgétaire. Il fera plutôt l’objet d’un autre projet de loi séparé qui sera présenté avant l’été. Cette stratégie protègera les autres mesures budgétaires et assurera leur adoption plus rapide.
La tactique permet aussi au gouvernement d’attirer plus d’attention sur la difficile prise de position de M. Poilievre. Si sa réponse semble nuire à son image, les libéraux n’hésiteront pas à prolonger le débat public.
Est-ce qu’un éventuel gouvernement conservateur renverserait la mesure? Il est assez difficile pour les gouvernements de se priver de revenus qu’ils ont l’habitude de recevoir. La dépendance à ces revenus peut se développer assez rapidement.
Le gouvernement libéral du premier ministre Jean Chrétien a maintenu la TPS du gouvernement progressiste-conservateur précédent, malgré la promesse de l’abolir.
Chez les conservateurs actuels, plusieurs favorisent une simplification des lois concernant les impôts et les taxes. Dans l’éventualité d’un gouvernement majoritaire, ils pourraient aborder la question dans ce contexte, si la volonté ainsi que les conditions politiques et économiques sont réunies.
Au cours des prochaines semaines, on verra si la tendance permet aux libéraux de confirmer la sagesse de leur mesure – et à Pierre Poilievre de se prononcer davantage sur le sujet.
Carl Dholandas est conseiller en politiques publiques et en communication stratégique. Avocat-conseil en droit public et en droit des affaires, il a occupé des postes exécutifs aux ministères des Finances, de l’Industrie, de la Justice, de l’Immigration et des Affaires mondiales.
La ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, veut revoir le mandat de CBC/Radio-Canada.
La ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, a annoncé en décembre dernier qu’elle entreprendrait cette réflexion avant les prochaines élections en prévision d’un potentiel gouvernement conservateur qui promet de ne plus financer CBC, mais de conserver Radio-Canada.
À l’époque, elle avait expliqué le besoin de revoir les lacunes en information régionale et de moderniser le mandat de la société d’État.
Pour ce faire, elle s’est entourée de sept experts du milieu médiatique.
«Il y a des gens compétents hors de tout doute, mais il manque certainement une représentation des francophones en milieu minoritaire au Canada», regrette la professeure titulaire en information-communication à l’Université de Moncton, Marie-Linda Lord.
«On voit qu’il y a d’autres minorités qui sont représentées au sein du comité. Bravo, c’est tant mieux, c’est important, nuance-t-elle. Mais encore une fois, quand vient le temps de parler de Radio-Canada, la minorité francophone est absente.»
D’après Marie-Linda Lord, les francophones en situation minoritaire sont parfois oubliés par Radio-Canada dans leurs productions nationales.
Ce n’est pas la première fois que les francophones hors Québec se sentent oubliés par la société d’État, avance la professeure. Elle donne l’exemple de la programmation nationale, à la télévision ou à la radio, qu’elle trouve très centrée sur le Québec.
«On est des exceptions à l’occasion lorsqu’on parle de nous», dit-elle.
Parmi les sept experts du comité, Loc Dao parle français et habite en Colombie-Britannique depuis plus de dix ans. Marie-Philippe Bouchard et Catalina Briceno, basées à Montréal, sont francophones. Ces dernières ont toutes les deux redirigé nos demandes d’entrevue au bureau de la ministre.
«Le Comité consultatif sur l’avenir de CBC/Radio-Canada est une ressource importante pour moi et notre gouvernement dans l’évaluation des nombreuses idées proposées au fil des ans. Nous sommes ravis de renforcer le radiodiffuseur public parce que les Canadiens ont besoin de nouvelles, d’informations et d’histoires canadiennes qui nous unissent d’un océan à l’autre», a répondu le Cabinet de la ministre par courriel.
La présidente de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Nancy Juneau, n’est pas certaine des connaissances dont disposent les sept experts de la réalité francophone en situation minoritaire, mais elle s’inquiète de ne pas voir un représentant officiel de cette francophonie.
Selon Nancy Juneau, la réflexion du comité d’experts doit servir à «solidifier ce qu’on a».
«On sait que ce sont des enjeux et des contextes qui sont vraiment spécifiques, donc j’espère que ce comité-là fera appel ponctuellement à des gens qui peuvent éclairer leur lanterne à ce niveau-là.»
Cette spécificité est due au fait que dans certaines régions, Radio-Canada est le seul diffuseur francophone présent. «Radio-Canada pour nous, c’est comme un poumon, explique-t-elle. C’est un poumon qui nous permet d’avoir des nouvelles et une programmation en français.»
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Selon Nancy Juneau, le «discours» général de la ministre inclut les communautés linguistiques en situation minoritaire. «On sent qu’il y a une sensibilité. Mais jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’occasion de vérifier dans les actions comment cela se traduit. On en a une avec ce comité.»
«C’est un manque de connaissance et possiblement de sensibilité, corrobore Marie-Linda Lord. Il n’y a pas de malveillance de la part de ces gens-là, mais parfois, on ne peut pas connaitre ce qu’on ne connait pas.»
«Si les membres du comité sentent qu’ils n’ont pas toute l’information ou la connaissance dont ils ont besoin pour bien comprendre le rôle primordial du radiodiffuseur public en milieu minoritaire, on les invite à aller consulter les organisations», indique Nancy Juneau.
Liane Roy craint que la francophonie en situation minoritaire devienne un angle mort dans la réflexion de Patrimoine canadien.
Mais encore faudra-t-il que les experts aient le réflexe de consulter. La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy, n’a pas assez de détails sur les experts choisis ni leur mandat exact afin de juger leur capacité à représenter les francophones en situation minoritaire.
Elle n’est pas pour autant rassurée. Si des membres du comité parlent français, ils ne sont pas là à titre de représentants des communautés francophones en situation minoritaire.
«Je pense que l’histoire démontre que quand on n’est pas là, on est absent, émet-elle. Quand on est là, on est plus capable de se représenter. Je ne dis pas que c’est toujours comme ça, mais souvent, on est mieux servi par soi-même.»
Patrimoine canadien et Radio-Canada sont tous deux, à leur façon, soumis à la Loi sur les langues officielles (LLO).
Le ministère peut prendre des mesures de toutes sortes pour favoriser la progression vers l’égalité des deux langues officielles, notamment «pour appuyer le développement et la promotion de la culture francophone au Canada», dit la loi.
Radio-Canada, quant à elle, contribue «par ses activités à l’épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada et à la protection et la promotion des deux langues officielles».
C’est quand même un diffuseur public et le mandat touche l’ensemble du Canada.
Un mandat qui dépasse l’information et permet la découvrabilité des contenus francophones produits à l’extérieur du Québec, affirme-t-elle, citant au passage le spectacle du Congrès mondial acadien, qui sera diffusé par Radio-Canada.
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Marie-Linda Lord rappelle qu’il ne faut pas se fier uniquement à la LLO : «Être sujet à la Loi c’est une chose, mais Radio-Canada, c’est plus que ça. C’est aussi la vie communautaire, culturelle et politique […]. C’est beaucoup plus que la langue. C’est une question de visibilité des communautés dans toute leur diversité.»