La saison touristique bat son plein partout au pays, des hordes de visiteurs envahissent de nombreux sites naturels et des villes emblématiques. Pour éviter ce trop-plein de touristes, certaines destinations pionnières ont pris le taureau par les cornes.
Elizabeth Halpenny pointe du doigt la communication des influenceurs sur les réseaux sociaux qui encourage la prise d’assaut de certains sites touristiques.
La municipalité des Îles-de-la-Madeleine a ainsi décidé de faire payer une redevance touristique de 30 dollars. L’objectif est double : l’aider à préserver le territoire, mais aussi prendre en charge les couts associés au tourisme de masse, comme la gestion des déchets dont la quantité explose en été. En revanche, face aux critiques, les autorités madelinoises ont reculé et la redevance est maintenant optionnelle.
«Le caractère obligatoire a soulevé de nombreux débats sur comment justifier l’accès payant à un territoire public canadien, comment savoir qui est local de qui ne l’est pas», rapporte le professeur au Département d’études urbaines et touristiques à l’Université du Québec à Montréal, Luc Renaud.
Aux yeux d’Elizabeth Halpenny, professeure spécialiste du tourisme à l’Université d’Alberta, «il faut trouver un bon équilibre».
«On doit éviter que les touristes ne viennent plus, car ils génèrent des retombées économiques essentielles, mais en même temps il me semble normal qu’ils paient aussi une certaine redevance pour participer à l’entretien du patrimoine touristique.»
Pour Rachel Dodds, les contraintes de la société font que certaines familles sont limitées par les vacances scolaires ou l’été.
De son côté, la Première nation Tla-o-qui-aht, située en Colombie-Britannique, a mis en place une taxe volontaire appelée Tribal Park Allies donation (Don des alliés du parc tribal, traduction libre). Les entreprises touristiques sont invitées à verser 1 % de leurs recettes pour contribuer à la gestion des terres.
«À ma connaissance, aucune autre destination au Canada n’a mis en place de tels systèmes, mais je suis certaine que beaucoup envisagent de le faire», observe de son côté la professeure de gestion du tourisme à l’Université métropolitaine de Toronto, Rachel Dodds.
Ces taxes permettent en effet de récolter des fonds pour remédier aux problèmes écologiques et sociaux engendrés par le surtourisme. Selon Elizabeth Halpenny, l’argent perçu peut être également réinvesti dans des campagnes de sensibilisation des vacanciers sur la manière correcte d’interagir avec les résidents, de respecter la culture et l’environnement.
Les chercheurs parlent de surtourisme quand l’excès de tourisme nuit à la conservation d’une œuvre ou d’un espace; lorsque le nombre de touristes vient dégrader la qualité même de la visite et quand on assiste à des réactions de rejet des populations locales, comme récemment aux iles Canaries, dans les Cyclades ou à Barcelone.
«Le seuil de tolérance des habitants s’est abaissé depuis la fin de la pandémie, car pendant la COVID-19, ils se sont réapproprié leur territoire et ils ne veulent plus revoir les touristes», constate Selma Zaiane-Ghalia, professeure à l’École de kinésiologie et de loisir de l’Université de Moncton.
«Les gens manifestent leur mécontentement, car leurs espaces de vie deviennent des espaces touristiques, les commerces de proximité disparaissent et sont remplacés par des boutiques de souvenirs, les prix des loyers explosent», poursuit Luc Renaud.
Selon le spécialiste, «la situation n’est pas comparable au Canada, mais il faut être prudent». Depuis la fin de la pandémie de COVID-19, le trafic aérien a atteint de nouveau des pics de fréquentation.
Les redevances ne dissuadent pas pour autant les visiteurs. «Certaines destinations sont devenues des listes de choses à faire. Si vous avez toujours voulu aller à Venise, aucune somme d’argent ne vous en empêchera», confirme Rachel Dodds.
La chercheuse prend l’exemple du mont Kilimandjaro, en Tanzanie. Depuis une dizaine d’années, les touristes doivent débourser 600 dollars US pour grimper le sommet, «mais tout le monde paie parce que tout le monde veut escalader cette montagne mythique».
Pour lutter contre le surtourisme, d’autres sites, à l’image du Machu Picchu au Pérou, ont mis en place des quotas journaliers ou annuels de visiteurs. Luc Renaud estime que ces quotas ne sont «pas nécessairement applicables», car «le nombre d’arrivées est difficile à contrôler» dans certains lieux touristiques.
La municipalité des Îles-de-la-Madeleine a décidé d’instaurer une taxe touristique de 30 dollars pour préserver son territoire et l’aider à gérer les infrastructures.
Un avis que ne partage pas Elizabeth Halpenny : «Ça peut se révéler efficace si c’est bien administré, avec des procédures de réservation longtemps à l’avance pour accéder aux sites.»
Des collectivités promeuvent des circuits alternatifs, en dehors des sentiers battus. Des sites ont également changé leur façon de communiquer. Certains ont opté pour le silence, quand d’autres vont jusqu’à faire du déréférencement sur Internet ou du démarketing, en véhiculant des images de plages bondées ou de stationnements sauvages.
Les Îles-de-la-Madeleine ont ainsi arrêté toute campagne publicitaire dans les médias nationaux et n’envoient plus de représentant dans les salons de tourisme.
En Alberta, l’association touristique de Banff – Lac Louise et le parc national de Banff, qui a accueilli plus 4,3 millions de visiteurs en 2023, ne diffusent plus aucune image en été.
À lire aussi : Rattraper le temps perdu : le tourisme de masse cause des dégâts
La pratique de la tarification différenciée en fonction de l’origine, peu répandue au Canada, existe dans de nombreux pays.
Au Taj Mahal, en Inde, au Machu Picchu, au Pérou, dans des parcs nationaux au Kenya, les tarifs d’entrée pour la population locale peuvent être 10 fois moins chers que pour les voyageurs étrangers.
Au Royaume-Uni, les Londoniens paient seulement 1 livre sterling pour visiter la Tour de Londres, contre plus de 13 livres pour les autres.
«Les destinations canadiennes essayent de répartir les visites tout au long de l’année, d’inciter les vacanciers à venir en automne ou au printemps», explique la présidente-directrice générale de l’Association de l’industrie touristique du Canada, Beth Porter.
Elizabeth Halpenny note cependant que beaucoup de facteurs échappent à l’industrie, «à commencer par la communication des influenceurs sur les réseaux sociaux qui encourage la prise d’assaut de certains sites».
Des sites touristiques albertains très populaires, comme le parc national de Banff, ne font plus de promotion pour attirer les visiteurs l’été.
Pour mieux réguler les flux touristiques et éviter les pics d’engorgement, les chercheurs proposent une autre manière de voyager, plus écologique et responsable. Autrement dit, partir à l’autre bout du monde moins souvent, mais plus longtemps et, le reste du temps, redécouvrir les richesses de sa région.
«On aura du mal à diminuer le nombre de touristes, on ne peut pas empêcher les gens de voyager, c’est humain d’avoir envie de découvrir, considère Luc Renaud. Mais on peut réduire l’empreinte écologique et sociale de ses voyages.»
«Il faut arrêter de “faire” des pays, il faut les vivre, prendre le temps de faire des rencontres, d’aller dans les musées, on n’a pas besoin de tout voir», renchérit Selma Zaiane-Ghalia à l’Université de Moncton, qui dénonce une course effrénée aux monuments, aux photos et aux vidéos.
Néanmoins, tout le monde ne peut pas se permettre d’adapter son calendrier et son choix de destination.
Pour Selma Zaiane-Ghalia, «il faut arrêter de “faire” des pays, il faut les vivre».
«Voyager un mois hors saison c’est l’idéal, mais les contraintes de la société font que les familles sont limitées par les vacances scolaires et de nombreuses personnes sont limitées aux mois d’été», reconnait Rachel Dodds.
Face aux excès du tourisme de masse, Selma Zaiane-Ghalia appelle à l’éveil des consciences dès le plus jeune âge. «Les éducateurs doivent sensibiliser les prochaines générations au respect de la nature et à l’importance de s’imprégner d’autres cultures.»
Dans une société individualiste où l’essor des compagnies aériennes à bas tarif a cassé les frontières, rendant accessibles les pays plus reculés, le pari est loin d’être gagné.
Convaincre les gens de changer leurs habitudes est d’autant plus difficile en voyage, «où l’on ne veut pas de contraintes», observe Luc Renaud. À l’autre bout du monde, les gestes écoresponsables s’oublient vite.
À lire aussi : La reprise des croisières inquiète les associations écologistes
Ce printemps, l’autrice-compositrice-interprète fransaskoise Alexis Normand présentait quelques-unes de ses plus belles chansons francophones. Avec Empreintes, elle nous invitait dans un univers rempli de tendresse et de mélancolie.
Elle a fait appel à deux réalisateurs chevronnés, Marc Pérusse et James Bunton, qui ont bien su comprendre son univers folk auquel ils ont ajouté des nuances de blues et de jazz.
Couverture de l’album Empreintes d’Alexis Normand.
La douceur de la voix d’Alexis livre toute la puissance de chaque mot. Ces chansons nous interpellent sur divers sujets, comme l’exploitation des ressources naturelles, la richesse de la famille et le retour aux sources.
Ce nouvel album comprend une dizaine de chansons, dont quelques petits bijoux savoureux. Il faut parle de l’exploitation des ressources naturelles avec une force extraordinaire.
Le country folk Tous les matins est vraiment touchant et offre un beau moment de tendresse. L’album se termine par un duo avec Daniel Lavoie Sing me home. Il s’agit de l’une des plus belles chansons de la Fransaskoise. Cette ode au retour aux sources est tout à fait sublime.
Depuis environ une quinzaine d’années, Alexis Normand a forger un parcours musical qui démontre toute sa richesse artistique. Avec Empreintes, elle offre une parcelle de ses plus belles chansons. Elle nous livre un univers folk riche et une voix remplie de tendresse.
Mon plus grand plaisir lorsque je fais des commentaires sur des albums, c’est de découvrir de petits bijoux irrésistibles. Tel est le cas avec Girlz with Guitarz, un trio féminin de la région de Plamondon, en Alberta.
Couverture du EP de Girlz with Guitarz.
Ce trio est composé des sœurs Tracy Gauthier Lord et Karen Gautier Levoir accompagnées de leur tante Michèle Gauthier. Ces multi-instrumentistes aux voix harmonieuses nous captivent avec un univers folk dont la richesse se trouve dans les arrangements musicaux. Les harmonies vocales constituent souvent la force maitresse des chansons proposées.
Girlz with Guitarz débutent leur EP avec l’un des plus beaux textes de l’album, Langage de la poésie. Mon corps dit en est un autre sur le mal d’amour. La pièce maitresse est sans aucun doute Feel Good chanson. Une superbe valse country sur un texte vraiment touchant.
Le trio de musiciennes folk offre un EP éponyme des plus intéressants. Le temps de six chansons, Tracy, Karen et Michèle offrent un univers folk riche et harmonieux.
Au printemps 2020, Soir de semaine lançait son 3e album, Au gré du vent. Cette formation du Yukon poursuivait ainsi sa démarche artistique avec originalité et diversité.
Couverture de l’album Au gré du vent du groupe yukonnais Soir de semaine.
La diversité des genres musicaux est une force pour Soir de semaine. Rock, pop rock, ska et reggae, de plage en plage, l’auditeur est interpellé par une humeur différente et ne s’ennuie jamais. En revanche, les thèmes ne sont pas dépaysants : la famille, les amis, les fêtes ou encore les voyages.
Champagne m’a beaucoup séduit avec un reggae digne du groupe The Police. La pièce titre, Au gré du vent, également offerte en version instrumentale, se démarque également par une belle musicalité. Tes yeux est un autre excellent texte inspirant, appuyé par une belle trame musicale.
Parlant de trame musicale, je termine mon commentaire par Olivier. Une belle pièce instrumentale avec une progression d’accord qui nous captive de seconde en seconde.
Soir de semaine, ce sont des musiciens talentueux et généreux à l’énergie communicative, qui a offert un merveilleux 3e opus à la musicalité solide et aux textes puissants.
Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.
Le chef héréditaire Dasta’hyl (en haut à droite) a participé à la conférence de presse d’Amnistie internationale par vidéoconférence et d’Ana Piquer (au bas), puisqu’il est assigné à résidence.
L’organisme Amnistie internationale a déclaré que le chef Wet’suwet’en Dsta’hyl était le premier «prisonnier d’opinion» au Canada.
Ce dernier a été visé en 2020 par une injonction de la Cour suprême de la Colombie-Britannique qui lui interdisait, lui et d’autres militants, de bloquer la construction du gazoduc Coastal GasLink (CGL) qui traverse leur territoire ancestral et pour lequel les chefs héréditaires Wet’suwet’en disent ne pas avoir donné leur accord.
«[Ces] actions [de défense], sont pacifiques et protégées en vertu des droits humains à la liberté d’expression et de réunion pacifique», affirme l’organisation dans un communiqué.
Plus tôt ce mois-ci, le chef Dsta’hyl a été condamné à 60 jours d’assignation à résidence pour ne pas avoir respecté l’ordonnance du tribunal.
«Cette lutte dure depuis 240 ans. Nous avons été incarcérés dans les réserves où ils nous ont transformés en “Indiens inscrits”. Aujourd’hui, nous sommes tous des prisonniers de conscience en raison de ce que les colons nous ont fait subir», a-t-il déclaré.
«Amnistie internationale demande la levée immédiate et inconditionnelle de son assignation à résidence et la fin de la criminalisation des défenseur·e·s des terres des Wet’suwet’en dans un contexte d’urgence climatique globale», signale dans le communiqué la directrice régionale pour les Amériques d’Amnistie internationale, Ana Piquer.
Le bureau du ministre de la Sécurité publique, des Institutions démocratiques et des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, n’a pas désiré commenter la déclaration d’Amnistie internationale.
Un prisonnier d’opinion?
Amnistie internationale est à l’origine du terme «prisonnier d’opinion» et le définit comme «toute personne emprisonnée ou soumise à d’autres restrictions physiques (comme l’assignation à résidence), uniquement en raison de ses convictions politiques, religieuses ou autres, de son origine ethnique, de son sexe, de sa couleur de peau, de sa langue, de son origine nationale ou sociale, de sa situation socioéconomique, de sa naissance, de son orientation sexuelle, de son identité ou expression de genre, ou de toute autre situation», décrit un communiqué de l’ONG.
Ce statut de prisonnier d’opinion englobe par ailleurs des personnes n’ayant pas eu «recours à la violence ni prôné la violence ou la haine» dans le cadre de leur arrestation.
Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé des élections partielles dans les circonscriptions de LaSalle–Émard–Verdun, à Montréal au Québec, et de Elmwood–Transcona, au Manitoba. Elles auront lieu le 16 septembre.
La première a été remportée par les libéraux aux trois dernières élections.
Lundi, Dominic LeBlanc, a annoncé que les mesures de protection mises en place pour les élections partielles de 2023 seront mises en œuvre pour toutes les élections partielles à venir. Ces mesures ont pour but de protéger les élections de potentielles tentatives d’ingérence étrangère.
Un rapport interne de la fonction publique obtenu par la Coalition contre la discrimination en milieu de travail dévoile qu’il y aurait de la discrimination envers les employés racialisés du Bureau du Conseil privé.
Dans son communiqué, la Coalition dénonce des «stéréotypes raciaux», des «microagressions» et de la «violence verbale».
Le Bureau du Conseil privé est un organe gouvernemental qui aide le premier ministre et son Cabinet à mettre en œuvre leur politique.
Le mot en «N» aurait été employé et, sur le plan professionnel, des employés blancs auraient eu davantage d’opportunités d’avancement que leurs collègues noirs.
Le gouvernement fédéral n’a pas suffisamment suivi les recommandations du rapport, selon la Coalition. Par ailleurs, un recours contre le gouvernement en cours allègue qu’environ 30 000 fonctionnaires noirs ont perdu des opportunités du fait de leurs origines ou couleurs de peau depuis les années 1970.
À lire : Racisme dans la fonction publique : un Plan d’action insatisfaisant
La ministre fédérale des Finances, Chrysta Freeland, a annoncé que les prêts hypothécaires pourront être offerts avec une période d’amortissement pouvant aller jusqu’à 30 ans. Les remboursements mensuels seront alors moins élevés, ce qui rendra l’achat d’une première propriété plus abordable aux Canadiens.
Cette mesure est entrée en vigueur jeudi et fait partie de la charte hypothécaire canadienne bonifiée. Elle devrait aider «davantage ces jeunes à devenir propriétaires, tout en encourageant la construction d’un plus grand nombre de logements», peut-on lire dans le communiqué de Finances Canada.
Cette mesure faisait partie du budget 2024-2025.
À lire : Budget 2024 : Ottawa garde une petite place pour la francophonie
Une étude de marché a été lancée par le Bureau de la concurrence sur la qualité et la concurrence du transport aérien au Canada.
Une étude de marché servira à observer la concurrence dans l’industrie du transport aérien au Canada et déterminer comment l’améliorer.
Elle mettra aussi en lumière «les obstacles qui empêchent les Canadiens et Canadiennes de faire des choix éclairés en matière de transport aérien», détaille le communiqué.
Il s’agit également de faire un état des lieux de la concurrence dans le transport intérieur. Les conclusions des observations seront développées dans un rapport final qui devrait être publié en juin 2025.
Il est possible de soumettre des observations jusqu’au 31 aout 2024.
Pendant près de 15 ans, de 2001 à 2015, deux grands fabricants – Weston et Canada Bread – ainsi que cinq détaillants – Loblaw, Sobeys, Metro, Walmart Canada et Tigre Géant – auraient fixé les prix du pain en épicerie. Le stratagème aurait permis à ces entreprises d’engranger un surprofit de près de 5 milliards de dollars durant cette période.
Le règlement survenu la semaine dernière permet à Loblaw et Weston de mettre fin aux actions collectives contre elles. Bien que le montant puisse paraitre énorme, ce n’est que l’équivalent d’une petite tape sur les doigts plutôt qu’une punition sérieuse, vu les profits excédentaires possiblement enregistrés et la taille des entreprises visées.
Une tape sur les doigts
Loblaw et Weston avaient reconnu leur responsabilité dans cette affaire dès 2017, après l’ouverture d’une enquête du Bureau de la concurrence. Loblaw avait offert un remboursement de 96 millions de dollars à ses clients à l’époque. Ce montant est donc déduit du règlement qui vient d’être conclu. Weston paiera 247,5 millions. Loblaw acquittera les 156,5 millions restants.
Pour le géant de l’alimentation, cela représente au final un recul du profit net de son dernier trimestre de 10 % par rapport à la même période l’an passé. Son profit trimestriel s’élève tout de même à 457 millions de dollars sur un chiffre d’affaires de près de 15 milliards. Pas de quoi s’énerver. L’action de l’entreprise a perdu 3 % le jour de l’annonce, mais a vite remonté le lendemain.
Les résultats de l’enquête du Bureau de la concurrence, eux, se font toujours attendre, depuis sept ans maintenant.
Canada Bread, l’autre fabricant impliqué dans cette affaire qui détient les marques Dempster’s et POM notamment, a reconnu sa responsabilité l’année dernière et a été condamné par le Bureau de la concurrence à payer une amende de 50 millions de dollars. Encore une fois, cette somme peut paraitre bien faible par rapport à l’ampleur de la fraude.
À lire aussi : Lendemain d’inflation (Chronique)
Le Bureau de la concurrence est le principal gendarme qui s’occupe de protéger la concurrence. Il traite les plaintes et lance des enquêtes quand des entreprises sont soupçonnées de fixer les prix.
L’enquête interminable du Bureau et les montants dérisoires des amendes et règlements dans le cas du cartel du pain ne laissent cependant présager rien de bon quant à l’avenir de l’antitrust au Canada.
Le cas de la fixation des prix du pain ne devrait pas prendre plus de sept ans à régler. Après tout, les deux instigateurs du stratagème, Weston et Canada Bread, ont reconnu leur responsabilité et participent à l’enquête. Des courriels font expressément référence à l’entente. Il y a des preuves écrites. C’est un cas classique de fixation des prix, et non une ruse très élaborée.
Si le Bureau de la concurrence peine à mener cette enquête à bien, comment peut-on croire qu’il aboutira dans des cas plus complexes? Il vient d’ailleurs d’entamer ce printemps une enquête contre les géants de l’épicerie Sobeys et Loblaw, qui limiteraient la concurrence par l’entremise de leur contrôle immobilier.
Ces entreprises ne sont pas que des épiciers; elles gèrent aussi des divisions dans la pharmacie, le vêtement, les services financiers et, oui, les investissements immobiliers.
Le Bureau de la concurrence soupçonne ces épiciers de contrôler le type de commerce qui peut s’établir dans les centres commerciaux par l’entremise d’ententes restrictives ou directement d’acheter des terrains vacants pour empêcher d’éventuels compétiteurs de s’installer et de les concurrencer.
Ce type de pratiques qui limitent la concurrence seront assurément plus complexes à prouver que le cas du cartel du pain.
L’alimentation n’est pas le seul secteur économique où l’on observe une grande concentration des entreprises. Le secteur du transport aérien, le raffinage et la distribution d’essence ou la téléphonie cellulaire sont quelques autres exemples de biens et services qui coutent plus cher au Canada qu’ailleurs.
On peut évidemment soupçonner que des pratiques anticoncurrentielles sont la cause de ces prix élevés, mais encore faut-il le prouver. Seul un régulateur fort disposant de moyens conséquents peut y arriver.
Au-delà de l’impact économique sur nous tous, c’est surtout la confiance du public qui est en jeu dans ces histoires. Les pratiques anticoncurrentielles peuvent prendre de nombreuses formes et ne se limitent pas à des ententes directes sur les prix.
Les consommateurs doivent avoir des recours et avoir confiance que les institutions publiques qui les protègent ont les moyens de faire valoir leur droit, surtout devant des entreprises milliardaires qui opèrent à la grandeur du pays. Pour l’instant, les résultats sont, au mieux, mitigés.
Avec les informations de Marine Ernoult et Camille Langlade
Le lundi 22 juillet, au moins quatre feux de forêt se sont déclarés dans le Parc national entourant la petite ville touristique de Jasper, en Alberta, qui compte environ 5 000 habitants. Les feux ont été déclenchés par la foudre dans une région en proie à une extrême sècheresse.
«Juste avant les coups de foudre, le temps a été très chaud et très sec, Jasper a battu des records de température journalière», détaille la chercheuse au sein du Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada en Alberta, Ellen Withman.
Au cours des neuf jours précédant l’incendie, la température a effectivement dépassé les 30 degrés Celsius. Le mercure a atteint 35 degrés le 22 juillet. «Et il n’y a eu que très peu de pluie pendant les semaines qui ont précédé», ajoute la scientifique.
Lorsque les feux ont pris de l’ampleur, plus de 20 000 habitants et touristes ont été évacués de la zone. Aucun blessé ou victime n’a été rapporté.
À lire aussi : Incendie de Jasper : «Les cendres tombaient du ciel»
Jasper compte environ 5 000 habitants, incluant une communauté francophone.
Le président et directeur général de Parcs Canada, Ron Hallman, a parlé de «conditions ressemblant à l’enfer sur terre», lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le lundi 29 juillet.
Il a évoqué un feu qui se déplaçait de 15 mètres par minute sous l’effet de vents violents, des flammes de près de 300 mètres de haut, des débris et des pommes de pin enflammées projetées jusqu’à un kilomètre à l’avant du brasier.
«Aucun humain, aucun équipement n’aurait pu faire quelque chose en se trouvant devant ce mur de feu», a souligné le responsable.
Vue sur la ville de Jasper.
Nichée au cœur du parc national du même nom, Jasper constitue l’un des joyaux naturels des Rocheuses canadiennes. La région reste très prisée par les Albertains et les touristes du monde entier.
Fondé en 1907, le parc national est reconnu comme site du patrimoine mondial de l’UNESCO et couvre une superficie de plus de 11 000 km2.
Les paysages, allant des sommets enneigés aux lacs turquoise, en passant par des forêts denses et des glaciers, en font une destination de choix pour les amateurs de nature et d’aventure.
À lire aussi : Entre protection environnementale et expansion des activités de plein air (Le Franco)
Même le roi Charles III a qualifié la région d’«endroit réellement féérique» dans un message envoyé le 30 juillet.
«Il y a tout un ensemble de marqueurs de l’identité et de l’imaginaire territorial de ces lieux qui sont en lien avec le tourisme», commente le professeur et chercheur au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Dominic Lapointe.
La ville de Jasper reste aussi liée au développement du chemin de fer et à la création des parcs nationaux.
«La première vocation des parcs nationaux était touristique, pour l’élite aristocratique nord-américaine, pour voir les territoires encore vierges de cette Amérique. L’idée était de créer ce discours qu’en Amérique, on n’a pas de cathédrale, mais on a ces grands parcs», rappelle le spécialiste.
Certaines voix reprochent l’inaction de Parcs Canada face à une infestation du dendroctone du pin, un insecte ravageur présent dans le parc depuis environ 20 ans.
Selon certains habitants et politiciens albertains, en laissant derrière lui des pins morts et séchés, l’insecte aurait fourni davantage de combustible aux feux.
Les dommages ont pu être limités au sud-est de la ville de Jasper. Les infrastructures névralgiques n’ont pas été touchées.
Durant la conférence de presse du 29 juillet, le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, a plutôt défendu l’action de l’agence fédérale : «Parcs Canada travaille à mettre en place des mesures de prévention des incendies autour de la ville de Jasper depuis 1996, 1997 […] On a récolté mécaniquement du bois mort qui avait été affecté par cet insecte-là, justement pour éliminer des sources de combustible.»
«À quiconque perçoit cela comme un échec : je rejette cette prémisse. C’est un succès. Lorsque nous avons été attaqués, les lignes de défense ont tenu. Oui, nous avons subi des pertes, et c’est si incroyablement douloureux. Mais nous avons tenu bon, et [Parc Canada] a sauvé 70 % de notre ville», a renchéri le maire de Jasper, Richard Ireland.
En début de semaine, 123 incendies de forêt faisaient rage en Alberta, dont 25 sont encore hors de contrôle. La foudre est responsable de 73 d’entre eux et les activités humaines de cinq. Les causes demeurent encore inconnues pour 46 brasiers. Des enquêtes sont en cours.
Dans l’extrême nord de la province, les autorités ont ordonné l’évacuation de la Nation crie de Little Red River.
L’agente d’information du service Alberta Wildfire, Josée St-Onge, se montre néanmoins confiante : «On a reçu beaucoup de pluie ces derniers jours à travers la province, ça nous a permis de faire de belles avancées, on est dans une meilleure position pour lutter contre les feux.»
Une semaine après le début de l’incendie, quelque 32 000 hectares étaient partis en fumée. Parcs Canada estime que les feux ont détruit environ 30 % des bâtiments de Jasper, mais ont épargné des infrastructures névralgiques, comme le centre de soins de santé local et la bibliothèque municipale.
Dimanche 28 juillet, le feu était enfin maitrisé dans la municipalité. En revanche, malgré des averses et des températures plus fraiches, le brasier demeure toujours hors de contrôle dans le parc.
Quelques jours de pluie ne suffiront pas à éteindre un incendie d’une telle ampleur. «Il faudra probablement des semaines, voire des mois, pour en venir à bout», prévient Ellen Withman.
En conférence de presse le samedi 27 juillet, le commandant adjoint des interventions au sein de Parcs Canada, Landon Shepherd, a confirmé que le feu pourrait bruler pendant plusieurs mois.
Ellen Withman explique que seules des précipitations très abondantes ou de la neige permettraient de déclarer l’incendie officiellement éteint : «Nous avons besoin d’un changement météorologique important, qui correspond plus ou moins à l’arrivée de l’automne.»
Sur le terrain, les sinistrés de Jasper n’ont pas encore reçu l’autorisation de rentrer à leur domicile. Selon Steven Guilbeault, leur réintégration se fera par étapes, en fonction d’un calendrier qui n’a pas été révélé. Ottawa promet par ailleurs d’appuyer les efforts de reconstruction de la ville.
Dominic Lapointe rappelle que le parc national de Jasper est très lié au tourisme, beaucoup de personnes y ont des souvenirs, ce qui pourrait influencer la reprise de l’activité touristique.
Selon Dominic Lapointe, les catastrophes naturelles dans un lieu très touristique «activent la mémoire de tout un ensemble de gens qui y ont travaillé ou qui l’ont visité».
Le spécialiste liste différents phénomènes qui pourraient survenir dans les six prochains mois à cinq années.
«D’un côté, on va avoir un certain tourisme sombre ou un peu morbide, qui va vouloir voir à quoi ça ressemble une ville qui a brulé. Après ça, il y a tous ceux qui y ont passé du temps, qui y ont des souvenirs et qui vont vouloir voir comment elle est reconstruite.»
Il cite aussi les personnes qui vont venir voir ces lieux pour se sentir utile et contribuer à la reconstruction de la ville et sa région.
Le professeur ne doute pas que les visiteurs seront de nouveau au rendez-vous. «La ville fait partie de ce triumvirat [avec les parcs des Banff et du lac Louise]. Pendant quelques années, peut-être que le circuit va pour certains consister à traverser Jasper plutôt que de s’y arrêter […] Mais assez rapidement le circuit va se rétablir.»
Des évènements de grande ampleur, comme l’incendie de Jasper, ne peuvent pas être reliés directement aux changements climatiques provoqués par l’activité humaine sans une analyse complète des données.
Cependant, de nombreuses études ont démontré que la hausse des températures entraine une augmentation de la fréquence et de la sévérité des conditions propices aux feux de forêt, comme des températures très élevées, des risques de sècheresse et des vents forts, confirme le chercheur en écologie forestière chez Ressources naturelles Canada, Yan Boulanger.
Selon l’outil Climate Shift Index, les neuf jours de températures intenses enregistrés avant l’incendie avaient trois fois plus de chance de se produire sous l’influence des changements climatiques.
«L’énergie qui est libérée par le feu est encore plus intense, ce qui fait en sorte que ces feux-là sont encore plus difficiles à combattre», poursuit Yan Boulanger.
La présence de la dendroctone du pin en Alberta est une preuve du réchauffement de l’Ouest du Canada.
S’il est aussi difficile d’associer les ravages des dendroctones du pin à l’intensité des feux, Yan Boulanger note que la présence de l’insecte en Alberta reste une conséquence des changements climatiques.
«Normalement, le dendroctone est surtout inféodé à la côte ouest, à la Colombie-Britannique. Cet insecte-là est très sensible aux températures hivernales et pendant plusieurs années, ces températures-là ne sont pas survenues.»
Les températures plus élevées lui ont permis de traverser les Rocheuses et de s’installer dans les forêts du côté est de la chaine de montagnes.
Marie Turgeon, au lutrin, est présidente de l’ACFA de Jasper. Elle et la directrice de cette organisation porte-parole de la francophonie, Emilie Langlais, ont vécu de près les feux du parc national.
«On recevait des cendres qui tombaient du ciel. On voyait la boucane. C’était impressionnant. La respiration n’était pas agréable», décrit avec désolation la résidente de Jasper et directrice de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) locale, Emilie Langlais.
Le lundi 22 juillet, elle et ses deux enfants, fuyant les flammes, se retrouvent coincés dans la voiture familiale. «Juste pour faire un kilomètre, ça nous a pris 4 heures. C’était tellement congestionné de voitures, il y avait une seule sortie pour toute la ville», raconte-t-elle.
Un peu plus tôt dans la journée, l’après-midi joviale à la rivière avait pris une tournure inattendue. «Nous étions au lac, comme chaque jour de forte chaleur. Dans l’après-midi, nous avions entendu qu’un feu avait pris dans l’est de la ville. On a d’abord attendu.»
En constatant le ballet incessant des hélicoptères dans le ciel, elle décide alors prudemment de rentrer chez elle avec ses enfants… dans l’est de la ville.
À lire aussi : Incendie de Jasper : les braises sont encore chaudes
Le Parc national Jasper a partagé sur sa page Facebook plusieurs photos relatant les incendies. Parmi elles, cet ours allongé au milieu de la cendre.
Évacuation compliquée
Vers 21 h 30, les autorités envoient une première alerte sur les téléphones des gens du secteur. Une heure plus tard, c’est l’ordre d’évacuation.
«À ce moment, nous étions prêts à partir», explique Emilie Langlais. Elle et ses enfants finissent la nuit dans la voiture, sur l’aire de stationnement de la Royal Canadian Legion, Branch 266, à Valemount, 100 km à l’ouest de Jasper.
Bonne nouvelle, la mère de famille apprendra le samedi suivant que sa maison, pourtant située dans un secteur détruit, a été épargnée des flammes.
Myriam Turgeon, elle, n’a pas attendu l’ordre d’évacuation pour quitter la ville. Elle constate la progression des feux allumés quelques jours plus tôt, dès le lundi matin, en escaladant les montagnes environnantes en tant que guide de montagne, auprès de quatre touristes.
Selon les responsables de Parcs Canada, les pompiers progressent dans la lutte contre les incendies dans le Parc national Jasper, en Alberta.
Ça commençait à être boucaneux, ils étaient inquiets», se rappelle-t-elle. Elle les rassure au maximum : «Les feux sont courants dans la région, […] ça va bien aller.
En terminant l’expédition, elle se souvient des paroles d’un résident lorsqu’elle avait déménagé à Jasper, il y a deux ans : «Un jour, Jasper va bruler. De toute façon, quand ça arrive, on n’est jamais prêt.»
Plus tard dans la journée, les trois feux en cours sont en phase d’être éteints. Mais l’espoir est de courte durée. En soirée, chez elle, elle entend un orage. Un éclair, puis le bruit sourd du tonnerre précèderont de quelques minutes le retentissement de nombreuses sirènes de secours.
Depuis son potager, elle voit que les fumées se rapprochent de l’aéroport. «Ça sent mauvais», se dit-elle. Elle reçoit la première alerte sur son téléphone : «C’était en anglais. Pour moi, “alert ou order”, c’est rendu la même affaire. Nous sommes partis», assène-t-elle, sans attendre l’ordre d’évacuation.
À lire : Feux de forêt : la peur fait partie du quotidien des anciens évacués
Le 28 juillet, les soldats du feu se sont réunis au lac Pyramid pour faire le point sur la lutte contre les flammes.
358 structures totalement détruites
D’abord en famille à Kelowna, aujourd’hui auprès de son mari à Banff, Marie Turgeon n’a d’autre choix que d’attendre.
La ville est interdite d’accès depuis son évacuation. Le plus grand incendie du parc national de Jasper depuis une centaine d’années a détruit 36 000 hectares de forêt et endommagé environ 30 % de la ville touristique albertaine, soit 1 113 structures, dont 358 complètement détruites.
«Il pourrait falloir de 15 à 20 jours pour qu’il soit suffisamment sécuritaire pour les résidents de retourner sur les lieux», ont déclaré ce lundi les autorités fédérales en conférence de presse.
En attendant, les quelque 20 000 personnes évacuées du secteur doivent trouver des solutions d’hébergement, aussi provisoires soient-elles. Centres d’accueil, camping sauvage, hôtel ou séjour chez des proches… À chacun son plan. Dans cette situation, demain c’est loin. «On vit au jour le jour», partage Marie Turgeon.
À lire aussi : Feux de forêt : la peur fait partie du quotidien des anciens évacués
La solidarité plutôt que le fatalisme
«On traversera le pont rendu à la rivière… Pour l’instant, c’est plus le besoin de prendre soin de nous [qui prime]», affirme celle qui est aussi intervenante communautaire et linguistique à l’école francophone Desrochers.
«On rebondit sur des choses et on prend des opportunités. Il y a tellement de messages de soutien. Certains hôtels acceptent que l’on réserve pour deux semaines sans payer. Il y a tellement de solidarité autour qu’on souhaite seulement penser à nos besoins de base.»
On reçoit beaucoup de messages des gens qui ont vécu les feux à Fort McMurray, par exemple, ou dans d’autres lieux avec des situations semblables
Marie-Claude Faucher réside depuis 22 ans à Jasper.
Marie Turgeon l’assure : «Les Jasperiens sont tricotés serrés, ils ont une volonté de vouloir tout rebâtir. On pensait que tout Jasper était brulé. Finalement, ce n’est que 30 %. Les principales infrastructures sont là, on va pouvoir reconstruire», dit-elle, rassurante.
À côté de cet élan d’espoir, certaines images restent tout de même difficiles à encaisser. «Constater les dégâts, compter le nombre d’amis qui ont tout perdu, les entreprises qui ne pourront pas rouvrir… C’est comme une loterie bizarre, conclut Emilie Langlais. Même en cas de bonne nouvelle de notre côté, on se sent mal pour les autres.»
«L’année dernière, on était à 22 000 visites uniques sur notre page moniteuracadien.com. Une fois que le blocage a été fait, ça a été réduit à 2 500», raconte le directeur général du Moniteur Acadien, Jason Ouellette.
Le blocage de Meta est en réplique à la Loi sur les nouvelles en ligne, adoptée par le gouvernement fédéral en juin 2023. Le géant du numérique évite ainsi de compenser les médias canadiens pour l’utilisation de leurs contenus.
Mais l’impact de cette décision n’est pas nul pour ces médias. Non seulement ils ne seront pas compensés par Meta, mais ils perdent aussi en visibilité, en occasion de publicité et parfois même en revenus.
Pour protester contre la Loi, Meta a aussi mis fin à son entente de redevance avec la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i).
Geneviève Rossier confirme que Le Droit a été affecté financièrement par l’annulation de l’entente de redevances qu’avaient les membres des Coops de l’information avec Meta avant le blocage.
La directrice générale de l’organisation, Geneviève Rossier, confirme que cet impact financier coule jusqu’au journal d’Ottawa/Gatineau, Le Droit, qui fait partie des Coops de l’information.
Entre 2017 et 2022, Meta a investi dans 120 médias canadiens. Jusqu’en 2022, ses investissements auprès du journalisme canadien représentaient environ 18 millions de dollars, sans compter les millions additionnels lors de la pandémie de COVID-19.
Meta a cessé ces activités de financement en plus du blocage.
À lire aussi : Les angles morts de C-18
Le journal fransaskois L’Eau vive a observé une réduction de 10 % du trafic sur son site web depuis le blocage, rapporte son responsable du numérique, Jean-Pierre Picard.
«On devient un peu invisible», dit Jean-Pierre Picard sur le blocage des nouvelles canadiennes.
«Ça n’a pas eu un grand impact sur le journal, mais en ayant une présence sur Facebook, ça rappelait aux gens qu’on existe, dit-il. On se rend compte que les gens ont moins le réflexe de nous envoyer de l’information sur leurs activités.»
Les ponts entre le journal et la communauté qu’il reflète se trouvent alors quelque peu morcelés. Mais selon Jean-Pierre Picard, «c’est vraiment la communauté qui écope en ayant moins d’information, de sources fiables».
«Quand on publiait une nouvelle sur Facebook avec un lien vers le site, souvent, il y a avait des commentaires. Ça suscitait des échanges et des discussions», ajoute-t-il.
Cette perte d’échange avec le lectorat a poussé Le Droit à relancer la discussion sur ses propres plateformes. «On a réouvert toute la section de commentaires sur les nouvelles des Coops de l’information et du Droit, explique Geneviève Rossier. On a un très bon système de modération et très bientôt, ce sera aussi possible de le faire à partir des applications mobiles.»
À lire aussi : Faut-il remercier Google d’avoir demandé une exemption?
Jean-Philippe Giroux espère que les redevances de Google pourront apaiser les choses. Au Courrier de la Nouvelle-Écosse, cet argent servirait à financer des salaires.
«Ça a été tellement difficile avec Meta, parce qu’on ne s’attendait pas à un silence radio», confie le rédacteur en chef du Courrier de la Nouvelle-Écosse, Jean-Philippe Giroux. «On avait mis beaucoup d’efforts, de temps et de travail dans la création de contenus pour les plateformes Instagram et Facebook.»
Avant le blocage, le Courrier recevait des commentaires d’encouragement de la communauté pour son travail sur les réseaux sociaux : «Il y avait un momentum.»
Résiliente, l’équipe du journal a redirigé ses efforts vers le site web et son infolettre. Le rédacteur en chef affirme que le trafic sur le site a augmenté, mais que sans les réseaux sociaux, «c’est un peu plus difficile de savoir l’impact qu’on a dans la communauté».
À L’Eau vive, les efforts sont doublés sur LinkedIn et un bulletin envoyé par courriel compte presque le même nombre d’abonnés que sur Facebook. «Toutes les semaines, les gens reçoivent une infolettre avec les nouveaux articles, souligne Jean-Pierre Picard. Je dirais qu’il y a plus de clics sur les liens du [bulletin] depuis le blocage de Meta.»
Francis Sonier assure que l’Acadie Nouvelle revient aux nombres de visites d’il y a un an.
«On a rétabli le contact avec les lecteurs autrement, avec une application mobile, davantage d’infolettres et des abonnements», raconte de son côté l’éditeur-directeur général de l’Acadie Nouvelle, Francis Sonier.
Ce quotidien du Nouveau-Brunswick, ne pouvant plus pêcher les clics sur Meta, a vu une réduction du trafic sur son site web. «Ça a duré environ huit mois. Là, on est dans les mêmes chiffres de visites qu’on avait il y a un an à peu près», observe-t-il.
Et au Droit, le trafic sur le site se redresse «assez bien», assure Geneviève Rossier. «Les gens qu’on a perdus, ce sont des gens qui étaient moins loyaux et moins engagés envers le média. Ce sont des gens qui venaient une fois par mois parce qu’un ami avait partagé un contenu sur Facebook.»
Le Moniteur Acadien, de son côté, a récupéré des lecteurs avec des infolettres, des concours et en faisant la promotion du site sur les ondes de la radio CJSE, qui compte 80 000 auditeurs, assure Jason Ouellette.
Grâce à ces nouvelles stratégies, le site web du Moniteur Acadien est passé de 2 500 visites à 8 000, ce qui demeure loin des 22 000 du départ. «Et ce n’est pas suffisant pour convaincre d’acheter de la publicité chez nous», fait remarquer le directeur général. Entre le site à 8 000 et la radio à 80 000 auditeurs, le choix est vite fait.
Le Moniteur Acadien tentait d’ailleurs de générer de la publicité à travers les réseaux sociaux, idée qui est tombée à l’eau.
À lire aussi : C-18 : 63 % des 100 millions iront aux médias de la presse écrite
En juillet 2023, le gouvernement fédéral a annoncé le retrait de ses publicités des plateformes de Meta, un boycottage qui ne s’est pas étendu jusqu’à l’utilisation des plateformes par les élus.
«Ce qui me dérange le plus, [j’en suis] très émotionnel, c’est de voir mes élus […] continuer d’utiliser les plateformes comme Meta pour communiquer avec les gens quand clairement, ils négocient de mauvaise foi», déplore Jason Ouellette.
Selon Jason Ouellette, il y a un manque d’éducation chez les élus qui demeurent actifs sur Facebook et Instagram.
«Mes conseillers, mes députés provinciaux et mes députés fédéraux dorment», ajoute-t-il. Je ne comprends pas comment un député qui a porté serment ou allégeance au Roi pour assurer la démocratie canadienne peut continuer d’appuyer des plateformes comme celles-là.»
Geneviève Rossier, quant à elle, s’inquiète pour le secteur «très volatile» des médias. Celui-ci ne fait pas seulement face au boudage de Meta, rappelle-t-elle. «Il y a beaucoup d’incertitudes entourant l’exécution de l’entente avec Google. […] Je ne sais toujours pas combien d’argent je vais recevoir, ni quand.»
Elle ajoute qu’il existe aussi de l’incertitude face aux impacts de l’intelligence artificielle et face à l’avenir de la politique fédérale : «Pas tous les partis aspirant au pouvoir sont enthousiastes à poursuivre les programmes de soutien aux médias.»
«Depuis les trois dernières années, on a reçu 585 résidents permanents francophones», se réjouit la coordonnatrice de la CFA de Hamilton, en Ontario, Nabila Sissaoui.
Pour Nabila Sissaoui, le bilan de la communauté francophone accueillante de Hamilton est très positif.
Selon elle, 90 % des besoins de la communauté ont été comblés, notamment sur le plan économique. «On avait besoin d’encourager l’entrepreneuriat de la région et faire de la communauté de Hamilton un moteur économique.»
Grâce à la CFA, Hamilton a réussi à mettre sur pied le premier incubateur francophone en Ontario et à accompagner 34 responsables de projet.
La communauté avait aussi comme priorité d’améliorer l’offre de services en français. Elle a ainsi pu installer des présentoirs interactifs dans plusieurs endroits publics. Elle a aussi mis une trousse à la disposition des nouveaux arrivants.
«On a développé un parcours d’intégration, un visuel, une page, qui explique l’ensemble des services qui sont disponibles et quel est le chemin idéal pour un nouvel arrivant», détaille Nabila Sissaoui.
La stratégie semble faire ses preuves. «On reçoit de plus en plus de demandes des gens de l’extérieur qui souhaitent venir s’établir à Hamilton», assure la coordinatrice.
À lire aussi : Les communautés francophones accueillantes, l’effort d’IRCC
Les communautés francophones accueillantes (CFA) font partie d’un projet pilote lancé en 2020 par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) qui regroupe 14 communautés d’un bout à l’autre du pays.
L’initiative a été renouvelée et le gouvernement fédéral devrait sélectionner jusqu’à 10 communautés additionnelles.
IRCC évalue actuellement la liste des communautés recommandées par les Réseaux en immigration francophone et l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, a précisé le ministère dans un courriel envoyé à Francopresse.
En Colombie-Britannique, la CFA de Prince George accompagne aussi les personnes immigrantes dès leur arrivée : installation, recherche d’emploi, vie sociale.
«On crée des activités hebdomadaires, des cours de cuisine, de peinture, de yoga. On invite tous les membres de la communauté pour que nos bénéficiaires puissent faire connaissance et ainsi se créer des liens», indique la responsable des communications pour la CFA, Diamondra Rakotoarijaona.
La CFA de Prince George, en Colombie-Britannique, organise différentes activités pour ses bénéficiaires. Photo : Courtoisie
Pour elle, ces initiatives humanisent le processus d’immigration, qui peut s’avérer difficile.
La communauté propose en outre des circuits de conversation en anglais, pour faciliter l’intégration sur le marché de l’emploi. Car la possibilité de travailler dans la langue de Molière à Prince George reste ténue.
«Ce qu’on aimerait vraiment faire, c’est sensibiliser au plus les employeurs sur la richesse qu’apporterait la main-d’œuvre francophone», ajoute Diamondra Rakotoarijaona.
«On travaille énormément avec nos partenaires anglophones locaux. Le référencement se passe vraiment très bien, que ce soit eux envers nous ou nous envers eux, parce qu’on n’a pas toutes les ressources non plus.»
À lire aussi : Les finances des organismes francophones toujours dans le rouge
À l’autre bout du pays, à Terre-Neuve-et-Labrador, l’initiative des CFA n’a pas encore officiellement été renouvelée.
À Terre-Neuve-et-Labrador, David Lapierre souhaiterait que l’initiative soit davantage régionalisée, pour rejoindre les communautés les plus éloignées.
«On est dans le processus de l’avoir pour l’année prochaine, pour un an seulement», rapporte le coordonnateur du Réseau immigration francophone (RIF) pour la province, David Lapierre,. «Ça ne veut pas dire que ça va se terminer dans un an, mais ça peut être redistribué sur une autre année ou sur 3 ou 5 ans.»
«On n’avait pas nécessairement les chiffres de résidents permanents pour prouver la nécessité de garder ce projet au Labrador», poursuit-il.
«Si les résultats ne sont pas atteints au niveau des chiffres, il faut se demander pourquoi. On est passés par tout le processus; est-ce qu’on la régionalise [la CFA de Labrador City–Wabush], est-ce qu’on la déplace, est-ce qu’on n’en fait juste plus de CFA?»
Même si les chiffres ne sont pas forcément au rendez-vous, la CFA a tout de même permis de «mettre un petit peu plus cette région-là sur la map», nuance-t-il, notamment lors de salons de recrutement à l’étranger.
À lire aussi : Un nouveau programme pour l’immigration francophone
David Lapierre reconnait que l’initiative des CFA permet une certaine flexibilité, pour s’adapter aux besoins de chaque communauté.
«L’affaire que j’ai entendue souvent dans mes rencontres au niveau national, c’est que même IRCC a un peu de la misère à faire la gestion des projets CFA parce que c’est tellement nouveau et c’est tellement pas selon les autres ententes à cause de cette flexibilité-là et de cette créativité-là», observe-t-il.
Actuellement, la CFA est installée à Labrador City–Wabush, à l’ouest de la province. Régionaliser le projet pour inclure des villes plus éloignées, comme Happy Valley-Goose Bay, serait d’après lui une bonne option.
À Hamilton, la CFA organise aussi des tournois sportifs.
«Si tu veux prendre une auto pour sortir d’ici, ça prend huit heures de sortir d’un côté, puis six heures de l’autre», illustre Julie Cayouette, directrice générale de l’Association francophone du Labrador (AFL) et résidente de Labrador City.
«C’est géré à Saint-Jean tout ce qui se passe à Terre-et-Neuve-et-Labrador […] Puis nous, si on doit y aller ou si la chambre de commerce organise un évènement […] tout est dans le billet d’avion, dans les hôtels. Pourquoi pas régionaliser pour au moins permettre que ça favorise deux communautés plutôt qu’une seulement», suggère David Lapierre, lui-même basé à Saint-Jean.
Mais selon lui, IRCC a déjà «de la misère à accepter ça parce qu[e le ministère dit] non» à d’autres projets de régionalisation.
«Comment on garde la même structure au national, mais avec des réalités différentes?», s’interroge encore le coordonnateur, qui aimerait que le programme des CFA soit «un petit peu plus modelé selon l’expérience et selon la région».
À lire aussi : Immigration francophone : bien s’outiller pour un meilleur accueil (Chronique)
À Hamilton, Nabila Sissaoui souhaite poursuivre les efforts engagés. «On va mettre beaucoup plus d’accent sur le développement du leadeurship communautaire, surtout pour les jeunes.»
Néanmoins, les besoins définis il y a quatre ans ne sont pas forcément les mêmes aujourd’hui. «Le plan n’est pas figé, précise-t-elle. Chaque année on fait une évaluation, puis on dit qu’est-ce qu’on a réalisé, est-ce qu’on doit continuer dans ce sens ou non.»
La CFA de Hamilton, en Ontario, met à la disposition des nouveaux arrivants une trousse pour faciliter leur parcours d’intégration.
«Des fois on se demande ce qu’on fait, et des fois on est fiers de ce qu’on fait, mais je pense qu’en tout et partout, ça a beaucoup plus de positif qu’on pense», partage de son côté David Lapierre.
Même s’il avoue que le RIF s’est posé de nombreuses questions quant à l’avenir de l’initiative, «il y a un momentum à garder». Pour lui, un bilan ne se résume pas qu’à des chiffres.
Julie Cayouette abonde dans le même sens. «Ce qu’on a, c’est des choses qualifiables, mais pas quantifiables. […] [C’est] le simple fait qu’un nouvel arrivant qui vient juste ce soir prendre un café se sente chez lui.»
Après l’étape pilote, le temps est à la concrétisation, pense-t-elle. «La première version de la CFA, ça a été un petit peu “Ok, on va le mettre là, là, là, là, là, voici les fonds, voici ce que vous allez faire”. Tandis que là, c’est comme “Ok, on l’a fait, maintenant, ce qu’on voudrait faire, c’est ça”.»