le Jeudi 12 février 2026

«Je dirais que le consensus sur le multiculturalisme est encore là. Il est moins fort qu’auparavant et il y a peut-être des craques, des fissures, dans l’édifice […]. Mais je ne pense pas qu’on soit dans une situation critique», estime le professeur de science politique du Campus Saint-Jean, Frédéric Boily.

Frédéric Boily ne note pas de rupture dans la conception du multiculturalisme chez Justin Trudeau, qui aurait toutefois mis un accent particulier sur la diversité comme «force intrinsèque du Canada» au fil des années. 

Photo : Courtoisie

«On voit monter une anxiété identitaire plus présente qu’avant, ajoute-t-il. Mais je ne pense pas qu’on peut parler encore d’un effondrement ou d’un véritable backlash

Selon un sondage de la firme Research Co. mené en 2024, le pourcentage de Canadiens et Canadiennes pour qui le multiculturalisme est un élément de fierté a chuté à 65 %, par rapport à 74 % en 2023.

Pour parler d’un backlash (ou d’un contrecoup) politique, il faudrait notamment que des partis (qui ont une véritable chance d’accéder au pouvoir) exploitent ce sentiment d’anxiété, notamment lorsque vient le temps de parler d’immigration.

Pour l’instant, le politologue remarque plutôt que l’immigration est critiquée par le biais des enjeux économiques, tels que le logement, l’emploi et le cout de la vie.

Inquiétudes à l’égard de l’avenir

Marc Gagnon* se positionne plutôt contre le modèle multiculturaliste. Résident de Hamilton, en Ontario, depuis plus de dix ans, il dit observer des tendances inquiétantes dans sa ville.

«À Hamilton, il y a vraiment une population diversifiée. Il y a des sikhs, des musulmans, des hindous, beaucoup de chrétiens aussi […]. Ce beau mélange date d’il y a longtemps.»

Mais, plus la situation de l’immigration évolue, plus il doute que ce mélange demeure paisible. Il remarque notamment plus de signes religieux dans l’espace public, plus de langues et de coutumes étrangères en vase clos, et moins de dialogue.

[Dans 10 ou 20 ans], je ne sais pas ce que ça va être pour le vivre-ensemble tant souhaité. La société multiculturelle va peut-être devenir plus multiconflictuelle, ce qui n’est pas souhaitable.

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«Je pense qu’il y a des cultures incompatibles, qui ne veulent pas, qui refusent systématiquement de s’intégrer à la société d’accueil», estime Marc Gagnon.

Il est inquiet pour le tissu social, mais aussi pour la possibilité de discuter de certains enjeux : «J’aimerais être capable de nommer des choses sans que ce soit perçu comme étant de la discrimination ou du racisme, ou n’importe quel terme qui est utilisé pour empêcher une discussion ouverte sur le sujet.»

Un noyau commun

Pour le sociologue François Boudreau, qui a longtemps enseigné à l’Université Laurentienne de Sudbury, en Ontario, «le multiculturalisme, c’est la promesse de ne pas faire société».

François Boudreau préfère l’interculturalisme, qui «consiste à dire voici ce qu’est la culture au Canada. On va faire l’inventaire de nos valeurs fondamentales et puis l’enrichir de la part des autres cultures». 

Photo : Courtoisie

Lui aussi est inquiet pour l’avenir des relations. «J’ai habité à Toronto pendant près de cinq ans. J’ai vécu le multiculturalisme, j’étais en mesure de le voir, de l’apprécier, de le comprendre, et je suis arrivé à la conclusion que même si ça fonctionne bien jusqu’ici, […] ce n’est pas la façon de construire un pays.»

Pour construire un pays, il faut une culture commune. Ce qui s’établit plus facilement à travers l’interculturalisme, explique-t-il. Selon lui, «il s’agirait de trouver un noyau de valeurs, qui seraient bien sûr celles qui ont présidé à l’élaboration des politiques d’immigration massives, c’est-à-dire la culture au Canada telle qu’elle l’était dans les années 1960 avec ses valeurs fondamentales, et l’enrichir des nouvelles contributions des autres cultures».

Il donne l’exemple de «petites Chines, petites Indes, petits Pakistans, petites Corées» qui se créent dans les grandes villes comme Toronto et Vancouver. Il craint qu’il s’y maintiennent de «petits groupes culturels distincts» qui ne partagent pas d’identité collective.

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«La culture, c’est le mode d’emploi de l’identité [collective]. Le multiculturalisme, par définition, implique qu’il y ait différents modes d’emploi qui coexistent. Donc on ne forme pas un tout. On ne forme pas une nouvelle totalité culturelle enrichie des expériences qui viennent de partout dans le monde», insiste François Boudreau.

Selon Jorge Frozzini, «ce n’est pas vrai que les gens arrivent et [tentent] d’imposer leur façon de faire. C’est vraiment mal comprendre ou ne pas du tout comprendre les dynamiques sociales qu’on observe sur le terrain».

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Il explique que le multiculturalisme n’a pas été développé par des sociologues ou des anthropologues, mais par des politiciens, pour deux raisons : valoriser la différence dans un contexte d’immigration importante et diluer les nationalismes émergents, en particulier autochtones et québécois.

«On a tenté de noyer ces deux poissons-là», lance-t-il.

À l’heure actuelle, il n’y a pas de réalité unique, dit-il. Plusieurs nouveaux arrivants veulent devenir Canadiens et «s’insérer» dans la société, et plusieurs veulent reproduire ici le modèle de leur pays d’origine. «Le multiculturalisme appuie ceux qui veulent construire ici ce qu’ils avaient là-bas, et c’est ça qui est problématique.»

Un effort partagé

Selon le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en communication interculturelle et technologies de gestion en contexte pluraliste, Jorge Frozzini, «c’est très rare» que quelqu’un arrive ici ne voulant rien savoir de son pays d’accueil. «Habituellement, les gens qui arrivent vont faire beaucoup d’efforts pour pouvoir s’adapter», assure-t-il.

Plutôt que d’intégration, le chercheur préfère parler d’inclusion : «C’est comment on s’adapte, comment on va pouvoir travailler et avancer ensemble en apprenant certains codes, comment on procède ici, comment on fait certaines choses, mais en gardant certains traits qui leur appartiennent [aux nouveaux arrivants], en enrichissant notre communauté.»

Mais l’inclusion se joue à deux. La société d’accueil a la responsabilité de «mettre en place des mécanismes ou des services» qui facilitent l’adaptation. «Il y a des gens qui vont bien s’adapter […] Pour certains, ça peut prendre du temps. Certaines personnes n’y arriveront jamais.»

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«L’État a un programme antidiscrimination, antiracisme, etc., depuis quasi 50 ans. Ça ne veut pas dire qu’il réussit. […] Cela n’empêche pas des courants antiimmigration et antiminorités […] Présentement, ces courants se multiplient», observe Denise Helly. 

Photo : Courtoisie

La chercheuse Denise Helly, qui travaille sur les questions d’immigration et d’intégration à l’Institut national de la recherche scientifique du Québec, explique que le Canada est, en raison de son histoire, culturellement pluriel.

Pour cette raison, selon elle, le gouvernement canadien peut difficilement tenir un discours sur l’unité, ce qui explique qu’il ait mis l’accent sur la cohésion sociale plutôt que sur l’unité sociétale.

«Cohésion sociale, ce fut un mot magique inventé par des fonctionnaires canadiens, soutient-elle. C’est l’idée normative qu’en dépit de divisions de classe, de langue [et autres], des liens doivent exister entre les individus pour faire société.»

«La question ensuite est de savoir comment créer ces liens, les maintenir, et est-ce que c’est le rôle de l’État de le faire?», s’interroge Denise Helly.

«Pour l’heure, la croyance demeure que ce qui lie les Canadiens, c’est la Charte des droits et libertés. Ce n’est pas l’histoire, ni la nation, mais la Charte», assure-t-elle. Ce qui veut dire respect des libertés individuelles, mais aussi respect et valorisation de la pluralité culturelle de la population, selon la chercheuse.

*Le nom a été modifié afin de protéger l’identité de l’interlocuteur qui craint les représailles.

Le 21 septembre 2020, l’Assemblée législative de l’Ontario adopte la loi 182 faisant du drapeau franco-ontarien un emblème officiel de l’Ontario. C’est la consécration pour ce symbole qui s’apprêtait alors à souffler ses 45 bougies.

Pendant une bonne partie du XXsiècle, les drapeaux utilisés par la communauté franco-ontarienne lors de manifestations religieuses ou civiles étaient les mêmes que ceux du Québec, soit le Carillon-Sacré-Cœur et le fleurdelisé. C’était l’époque du «Canada français».

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À la recherche d’un symbole unique

Dans les années 1960, avec la montée du mouvement indépendantiste au Québec, les élites franco-ontariennes souhaitent se doter d’un symbole propre à la communauté.

Ainsi, la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste de l’Ontario présente en 1964 un drapeau très similaire à l’ancêtre du drapeau québécois, le Carillon-Sacré-Cœur, mais avec au centre de la croix blanche un trille, symbole floral de l’Ontario, au lieu du Sacré-Cœur.

Mais la proposition trouve peu d’écho dans la communauté francophone et le drapeau tombe dans l’oubli.

Moment historique en 1975  : Michel  Dupuis hisse le nouveau drapeau franco-ontarien à l’Université de Sudbury. 

Photo : Archives Le Voyageur

Le début des années 1970 marque l’arrivée d’un nouveau mouvement d’affirmation identitaire en Ontario français. C’est dans ce contexte d’effervescence culturelle et identitaire qu’un petit groupe de l’Université Laurentienne, à Sudbury, œuvre très discrètement – pour ne pas dire en secret – à la conception d’un nouveau drapeau.

On attribue la paternité de ce drapeau à Gaétan Gervais, historien et professeur d’histoire, et à Michel Dupuis, étudiant en sciences politiques. D’autres personnes ont également contribué à cette démarche.

Le drapeau qui sera hissé pour la première fois le 25 septembre 1975 est cependant très différent de celui qui avait été proposé par les élites plus de 10 ans auparavant. Il est composé de deux carrés : à gauche se trouve une fleur de lis blanc sur un fond vert qui représente les étés; à droite, un trille vert, symbole floral de l’Ontario, sur un fond blanc qui représente les hivers.

Les Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes deviennent ainsi la deuxième communauté francophone de l’extérieur du Québec à se doter d’un drapeau. L’Acadie l’avait déjà fait 91 ans plus tôt lors de la seconde Convention nationale acadienne, en 1884, en choisissant le tricolore français orné d’une étoile jaune, symbole de la Vierge Marie.

Une lente progression et reconnaissance

Les premiers pas du nouveau drapeau dans la société franco-ontarienne sont timides. Un drapeau «concurrent» concocté par un groupe d’animateurs culturels d’Ottawa est même présenté aux chefs de file de la communauté francophone, mais cet effort en reste là.

Levée du drapeau franco-ontarien en 2015, à l’occasion de son 40e  anniversaire. Deux artisans du drapeau  : Donald  O’Bonsawin (à gauche) et Michel  Dupuis. 

Photo : Archives Le Voyageur

En 1977, l’Association canadienne-française de l’Ontario (devenue l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario) adopte officiellement le drapeau. L’année suivante, en 1978, ce dernier est hissé à un premier établissement scolaire francophone, soit l’école secondaire de Hearst.

Le drapeau prend des allures de symbole politique en 1979 alors qu’il flotte sur l’école secondaire francophone de Penetanguishene, au cœur de l’Ontario. Le geste est éminemment emblématique, car l’école de la Huronie qui ouvre ses portes cette année-là n’est pas reconnue par le gouvernement provincial.

L’école «de la résistance», comme on l’a appelée, se voulait une réponse au refus du conseil scolaire de la région de mettre sur pied une école secondaire francophone. Il faudra trois ans pour que la communauté obtienne gain de cause.

Le drapeau, symbole de la «cause» francophone

Au fil des ans, le drapeau est présent lors d’évènements militants et de manifestations pour l’éducation postsecondaire en français. Il devient par exemple un véritable outil de ralliement lors de la lutte SOS Montfort pour sauver l’hôpital francophone d’Ottawa.

À son 25e anniversaire, en 2000, le drapeau franco-ontarien est indéniablement devenu un important symbole identitaire de la communauté, qui célèbre ici et là ce quart de siècle de vie. On le voit de plus en plus dans les évènements culturels et militants.

Le vert du drapeau franco-ontarien symbolise l’été et le blanc, l’hiver. 

Photo : Wikimedia Commons, domaine public

Après l’adoption par la communauté vient la reconnaissance du gouvernement ontarien, qui confère officiellement au drapeau le statut d’emblème officiel des Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes le 21 juin 2001. La province reconnait ainsi la place et la contribution de l’ensemble de la communauté franco-ontarienne.

Malgré cet «imprimatur» gouvernemental, certaines municipalités à forte concentration francophone hésitent à hisser le drapeau franco-ontarien devant leur édifice principal. En 2003, les conseillers municipaux de Sudbury rejettent une proposition en ce sens. Le maire John Rodriguez, à son premier jour en poste le 1er décembre 2006, prendra seul la décision de l’installer en permanence.

Le drapeau vert et blanc est tellement imprégné dans la psyché de la communauté francophone que son jour de création, le 25 septembre, devient en 2010 le Jour des Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes, reconnu officiellement par une loi de l’Assemblée législative de la province.

L’étendard d’un peuple

La communauté fête cinq ans plus tard, en 2015, le 400e anniversaire de la présence française en Ontario. Son drapeau est partout. Même de grands symboles de la province, comme les chutes Niagara et la Tour CN de Toronto, affichent les couleurs symboliques des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes.

En 2015, la Ville de Greenstone installe le drapeau franco-ontarien à son mât, mais elle décide de le retirer en mars 2024. 

Photo : Archives Le Voyageur

Et ce n’est pas fini! Le drapeau franco-ontarien continue de prendre une place toujours plus grande dans l’espace provincial. Des versions immenses de la bannière vert et blanc flotte devant les 18 «Monuments de la francophonie», érigée dans la province depuis 2006, un projet maintenant chapeauté par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.

Après avoir reconnu le drapeau comme emblème officiel de l’Ontario en 2020, les députés de Queen’s Park votent à l’unanimité pour exposer le drapeau en permanence dans la Chambre législative et sur les terrains de l’édifice de l’Assemblée législative.

Ce succès n’empêche pas les reculs. En 2024, la municipalité de Greenstone, dans le nord ontarien, a décidé de ne plus faire flotter en permanence ce symbole franco-ontarien devant l’hôtel de  ville. Il était fixé au mât depuis près de 10 ans.

Le conseil municipal modifiait ainsi sa politique concernant les drapeaux afin, a-t-elle fait valoir, de mieux représenter les autres groupes communautaires, notamment les Autochtones.

La communauté francophone, formant environ 20 % de la population de Greenstone, s’est fortement opposée au geste, proposant même de financer la construction de deux mâts supplémentaires.

Le conseil municipal a alors consenti à commander un rapport sur la question, mais en juin 2024, il a maintenu sa décision.

C’est là où le mât blesse…

Le premier constat préoccupant est la baisse des inscriptions en immersion française dans certains districts scolaires, une tendance observée depuis la pandémie. Jason Howe explique que «même si le nombre d’élèves dans les écoles francophones a augmenté, les programmes d’immersion française font face à une diminution des inscriptions».

Il attribue cette situation à deux facteurs principaux : une pénurie d’enseignants qualifiés en français et un manque de salles de classe dans certaines écoles, notamment à Vancouver et Surrey.

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Cette pénurie a des répercussions directes sur l’expansion des programmes et sur la qualité de l’enseignement. «Sans enseignants qualifiés et sans infrastructures adéquates, les districts scolaires peinent à répondre à la demande des familles désireuses d’inscrire leurs enfants en immersion», précise Jason Howe. En outre, il déplore le manque de promotion de ces programmes auprès des jeunes et des familles.

Des initiatives pour renverser la tendance

Malgré ces défis, CPF BC & Yukon reste optimiste quant à l’avenir des programmes d’immersion française.

Jason Howe

Photo : Jerald Walliser

Le directeur général de l’organisme mentionne plusieurs initiatives visant à inverser cette tendance, notamment la création d’activités en français pour renforcer l’engagement des jeunes. «Nous voulons offrir aux élèves des occasions d’apprendre non seulement la langue, mais aussi de s’immerger dans la culture francophone», explique-t-il.

Cependant, Jason Howe souligne que CPF BC & Yukon ne joue pas un rôle direct dans la gestion des écoles. Il appelle donc à une plus grande collaboration avec les autorités éducatives pour mettre en place des comités dans chaque district scolaire, chargés de se concentrer sur les défis spécifiques à l’immersion française. «Certains districts ont déjà créé de tels comités, mais ce n’est pas le cas partout, notamment à Surrey», note-t-il.

Les attentes de la communauté francophone envers les partis politiques

Du côté de la FFCB, la présidente Marie-Nicole Dubois rappelle que les élections provinciales représentent une occasion cruciale pour faire avancer les enjeux liés au français en Colombie-Britannique. «Par le passé, nos efforts pour attirer l’attention des candidats ont été vains», déplore-t-elle.

Cependant, cette année, la FFCB adopte une approche plus stratégique en mettant en avant des questions prioritaires qui concernent aussi bien la communauté francophone que la majorité anglophone. «En abordant des sujets tels que la pénurie d’enseignants et d’infrastructures scolaires, nous espérons capter l’attention des candidats et les encourager à intégrer ces enjeux dans leur plateforme électorale», explique-t-elle.

Un appel à un soutien accru pour le bilinguisme

L’un des principaux messages de la FFCB et de CPF BC & Yukon aux décideurs politiques concerne l’importance du bilinguisme et de l’immersion française pour l’avenir de la province.

Jason Howe insiste sur le fait que l’apprentissage du français ouvre des portes aux jeunes et leur offre des ouvertures professionnelles futures.

Nous encourageons les jeunes à devenir bilingues, car cela leur permettra d’accéder à un plus large éventail de carrières, que ce soit au niveau local ou national.

— Jason Howe

Pour renforcer ces programmes, le directeur général du CPF BC & Yukon recommande que les districts scolaires les plus touchés, comme Vancouver et Surrey, bénéficient de ressources supplémentaires et d’une meilleure planification à long terme.

Il plaide pour une approche collaborative avec les autorités éducatives et demande aux élus de s’engager activement pour soutenir ces initiatives. «Nous aimerions voir les candidats aux élections provinciales faire du développement des programmes d’immersion française une priorité dans leurs plans éducatifs», ajoute-t-il.

Des progrès encourageants, mais insuffisants

Bien que des progrès aient été réalisés ces dernières années, notamment avec des discussions initiées par certains candidats, les deux organisations estiment que le soutien gouvernemental reste insuffisant.

Marie Nicole

Crédit : FFCB.

La présidente de la FFCB, Marie-Nicole Dubois, reconnaît que la popularité des programmes d’immersion est en hausse, mais que le financement ne suit pas toujours. «Le gouvernement devrait allouer des fonds suffisants pour répondre adéquatement à la demande croissante», affirme-t-elle.

Elle se réjouit toutefois des conversations en cours avec trois candidats aux prochaines élections provinciales d’octobre et espère que ces discussions se poursuivront tout au long de la campagne électorale. «Nous comptons sur les médias pour interpeller les candidats sur leur réponse à notre lettre ouverte», ajoute-t-elle.

Vers un avenir plus prometteur pour l’immersion française

Malgré les obstacles, Jason Howe et Marie-Nicole Dubois restent optimistes quant à l’avenir des programmes d’immersion française en Colombie-Britannique. Ils espèrent que les discussions en cours aboutiront à des engagements concrets de la part des élus, permettant ainsi d’assurer la pérennité et l’expansion de ces programmes dans toute la province.

En conclusion, la rentrée scolaire 2024 et les élections provinciales représentent un moment charnière pour la communauté francophone en Colombie-Britannique.

Par leur lettre ouverte, la FFCB et CPF BC & Yukon ont lancé un appel clair aux candidats : l’avenir du bilinguisme et des programmes d’immersion dépend de leur engagement à soutenir et à renforcer ces initiatives. Il appartient désormais aux élus de répondre à cet appel et de prendre des mesures pour assurer un avenir prometteur à l’éducation en français dans la province.

L’auteur et poète acadien du Nouveau-Brunswick, Paul Bossé, considère que l’intelligence artificielle «risque d’appauvrir notre propre intelligence». Celui-ci craint que les individus demandent à cette technologie d’écrire à leur place.

«Déjà que les gens ont de la difficulté à écrire, surtout en français […] et puis l’écriture c’est pas juste le fait d’écrire, c’est le fait de réfléchir, c’est de penser, c’est de construire.»

Pour la présidente de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF), Marie-Josée Martin, les modèles de langage restent un enjeu très important pour les créateurs et les créatrices. «Il faut le regarder froidement. Il ne s’agit pas de diaboliser l’intelligence artificielle ni de l’idéaliser, les deux attitudes se [rencontrent].»

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Selon Marie-Josée Martin, la créativité demeure une qualité humaine. 

Photo : Mathieu Girard

Manque de transparence et d’éthique

En dehors de son métier d’écrivaine, Marie-Josée Martin est traductrice et elle voit d’ores et déjà l’intelligence artificielle comme une concurrente dans ce domaine. Elle encourage la sensibilisation et la règlementation de cette technologie.

Selon elle, le manque de transparence et d’éthique des textes produits par l’IA, entre autres, est problématique. «L’intelligence artificielle a été entrainée avec des textes qui ont été créés par des auteurs et des autrices sans qu’on le sache et qu’on soit dument rémunéré pour ce travail-là.»

L’autrice franco-ontarienne n’est pas la seule à critiquer cet aspect, Paul Bossé souhaite aussi voir plus de structure et de morale dans ce domaine qui ressemble «un peu au Far West».

En tant qu’écrivain, poète et cinéaste, Paul Bossé travaille quotidiennement avec des archives. Aujourd’hui, des personnes sont capables de créer de fausses images avec l’intelligence artificielle générative. «J’ai très peur du moment où les archives ne seront plus fiables du tout», s’attriste-t-il.

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Paul Bossé s’inquiète de la rapidité à laquelle se développe l’intelligence artificielle générative et du manque de règlementions qui existent sur le sujet. 

Photo : Annie France Noël

Les limites de l’intelligence artificielle

Pour Marie-Josée Martin, même si l’intelligence artificielle est capable d’écrire, «il ne faut pas s’attendre à ce que les machines fassent de la littérature. La créativité demeure pour l’instant vraiment une qualité humaine».

L’écrivaine rappelle que le développement de la créativité n’arrive pas du jour au lendemain. 

L’autre bémol avec l’intelligence artificielle revient à son caractère parfois «sexiste, hétéronormatif, raciste», remarque-t-elle.

De plus, elle souligne que cette «machine technologique» n’est pas apparue toute seule : elle a été créée par des humains. Elle est donc remplie de préjugés et de réponses qui dépendent de ces programmeurs et des données utilisées pour l’entrainer, affirme Marie-Josée Martin.

Dans ce cas, la littérature humaine est capable non seulement d’être créative, mais aussi de proposer des ouvrages inclusifs et plus sensibles, ajoute-t-elle.

Cela dit, à la vitesse à laquelle l’intelligence artificielle se développe, Paul Bossé s’inquiète.

C’est sûr que les humains ont l’avantage [aujourd’hui], mais pose-moi la même question en 2029, on verra.

— Paul Bossé

Face aux menaces engendrées par cette technologie, Marie-Josée Martin espère «qu’on aura la sagesse de l’utiliser à bon escient plutôt que de nous réduire, nous les êtres humains».

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Utiliser avec modération

Néanmoins, l’intelligence artificielle peut aussi aider les nouveaux écrivains qui ne savent pas comment aborder la construction d’un texte, illustre Marie-Josée Martin.

Le bulletin Participe Présent numéro 89 de l’AAOF, dirigé par Marie-Josée Martin, évoque «les atouts de l’IA dans les arts littéraires», dont la capacité de détecter les incohérences des personnages et trouver différents mots pour éviter les répétitions.

Pour Paul Bossé, même si certaines personnes utilisent cette technologie pour s’appuyer, la rapidité d’exécution d’un tel appareil peut rapidement le transformer en un outil pratique pour un usage très récurrent, même pour les tâches les plus simples.

De plus, cette «aide-là peut rapidement se transformer en plagiat, puis juste recopier et refaire ce qui a été déjà fait avec quelques différences», s’inquiète l’auteur.

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La décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) sur la demande d’exemption à la Loi sur les nouvelles en ligne pour Google se fait attendre. Les consultations publiques sont terminées, depuis le 26 aout.

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Google a négocié une exemption de 5 ans à la Loi sur les nouvelles en ligne adoptée en juin 2023. Le Collectif de journalisme canadien (CJC) a été choisi au début de l’été par Google afin de recevoir et distribuer les 100 millions de dollars par an aux médias canadiens. Le CRTC évalue présentement si cette entente répond aux demandes de la Loi.

Contacté par Francopresse, le CRTC a répondu par courriel qu’il «travaille rapidement». «Mais comme il s’agit d’une question faisant l’objet d’une instance ouverte, nous ne pouvons accorder une entrevue ou commenter davantage.»

L’agenda du Collectif canadien de journalisme (CJC) rappelle que le 7 octobre est la date limite pour recevoir une réponse, sans quoi il ne pourra pas distribuer les fonds avant la fin de l’année 2024.

Plus sur la francophonie

Le député franco-ontarien Francis Drouin a pris la décision de quitter le Comité permanent des langues officielles mardi.

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Pablo Rodriguez a remis sa démission en tant que ministre des Transports fédéral et lieutenant du Québec. Il sera candidat à la chefferie du Parti libéral québécois. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

L’autre départ, cette fois du caucus libéral, est celui du ministre des Transports et lieutenant politique de Justin Trudeau au Québec, Pablo Rodriguez. Il a été remplacé jeudi par Jean-Yves Duclos comme lieutenant du Québec, tandis qu’Anita Anand prendra le portefeuille des Transports.

Pablo Rodriguez se lance dans la course à la chefferie du Parti libéral du Québec. Plusieurs de ses collègues du caucus fédéral ont assuré en mêlée de presse mercredi que sa décision n’était pas liée à l’échec des libéraux aux élections partielles de lundi à Montréal (détails ci-dessous).

Il continuera de siéger à Ottawa comme député indépendant, «pour éviter une élection partielle couteuse à quelques semaines, peut-être quelques mois, d’une élection fédérale», a-t-il assuré en conférence de presse, jeudi.

Défaites cuisantes, motion de censure, nouveau tour de vis à l’immigration temporaire

Les libéraux ont essuyé mardi un revers électoral dans la circonscription montréalaise de LaSalle–Émard–Verdun, un des bastions du parti.

Le Bloc québécois l’a remporté avec 28 % des voix, à peine plus de 200 voix devant les libéraux (27,2 %). Le Nouveau Parti démocratique (NPD) est arrivé troisième avec 26,1 % des voix.

Le Parti libéral a de plus terminé troisième à l’élection partielle de la circonscription manitobaine d’Elmwood–Transcona. Son candidat, Ian MacIntyre, a obtenu seulement 4,8 % des voix, soit 10 % de moins que lors de l’élection de 2021.

Leila Dance du NPD l’a emporté avec 48,1 % des voix tandis que le Parti conservateur a obtenu 44 % du vote.

La nouvelle députée du NPD pour la circonscription manitobaine d’Elmwood– Transcona, Leila Dance, lors du caucus hebdomadaire du parti mercredi. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Juste avant la réunion de son Cabinet, mardi, le premier ministre a analysé qu’il y avait là «plusieurs sortes de réflexions à mener à ce sujet».

«C’est sûr qu’on a du travail à faire puis on va le faire, et moi, aujourd’hui, je me concentre sur ce qu’on doit livrer pour les Canadiens», a-t-il dit en mêlée de presse.

«La Chambre n’a pas confiance dans le Premier ministre et le gouvernement.» Tels sont les mots inscrits dans la motion de censure que le Parti conservateur de Pierre Poilievre déposera mardi au Parlement et qui sera votée le jour suivant.

Le Bloc québécois a assuré à plusieurs reprises qu’il votera contre. Non pas par allégeance au gouvernement, mais parce qu’il souhaite notamment faire passer le projet de loi sur l’augmentation de la pension pour les ainés.

«On a de très bonnes chances d’obtenir ce que l’on veut», a affirmé Yves François Blanchet en mêlée de presse, jeudi.

Il a été suivi par le chef du NPD, qui a affirmé en conférence de presse le même jour que son parti ne votera pas non plus en faveur de la motion de la semaine prochaine.

Mercredi, Ottawa a de nouveau serré la vis à la venue de travailleurs temporaires.

Les principaux changements touchent les travailleurs à bas salaires faisant partie du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET). La limite ne sera plus de 20 %, mais de 10 % de TET par entreprise.

Des exceptions concernent les secteurs des soins de santé, de la construction et de la fabrication d’aliments, où le plafond de 20 % est maintenu.

De plus, les études d’impact sur le marché (EIMT) ne s’appliqueront que dans les régions métropolitaines où le taux de chômage dépasse les 6 %, sauf dans les secteurs protégés.

Le gouvernement fédéral va aussi réduire de 10 % le nombre de permis d’études octroyés aux étudiants étrangers, avec un nouvel objectif de 437 000 permis délivrés en 2025 et 2026. «Une baisse d’environ 36 % par rapport à 2023», a précisé le ministre de l’Immigration, Marc Miller, en conférence de presse mercredi.

Les critères d’admissibilité au permis de travail postdiplôme devraient également changer dès le 1er novembre prochain, avec de nouvelles exigences linguistiques.

Ottawa priorise les étudiants étrangers qui ont fait des études supérieures. La filière d’études choisie devra aussi s’aligner sur les secteurs en pénurie de travailleurs.

En aout dernier, le gouvernement avait déjà annoncé des restrictions concernant les travailleurs temporaires.

Dans un communiqué de presse, Collèges et instituts Canada déplore que les mesures feront «un tort considérable», notamment dans «les collectivités locales».

La vice-première ministre Chrystia Freeland a dévoilé le détail des changements aux prêts hypothécaires, inscrits au budget 2024. 

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

La ministre des Finances, Chrysta Freeland, a annoncé lundi que tous les acheteurs d’une première maison pourront amortir leur prêt sur 30 ans à partir du 15 décembre.

Depuis le 1er aout, seules les propriétés nouvellement construites étaient admissibles.

De plus, le plafond pour les prêts hypothécaires assurés passe de 1 million à 1,5 million de dollars. Un prêt assuré touche les acheteurs qui font une mise de fonds de 5 à 20 % seulement.

L’indice des prix à la consommation a dégringolé à 2 % au mois d’aout, a indiqué Statistique Canada mardi, soit 0,5 point de pourcentage de moins qu’en juillet. Il s’agit de la plus faible hausse enregistrée depuis février 2021.

Selon l’agence, cette baisse est liée au prix de l’essence, sans quoi l’indice des prix à la consommation (IPC) serait à 2,2 % en aout.

C’est le cout de l’intérêt hypothécaire et les prix des loyers qui «ont contribué le plus à l’augmentation de l’IPC en aout», ajoute Statistique Canada.

«On doit être comptable, psychologue, gestionnaire; c’est un métier hyperpassionnant, mais c’est loin d’être facile», partage Carol Doucet, agente d’artistes et directrice de l’entreprise Le Grenier musique, au Nouveau-Brunswick.

Entre l’effondrement des ventes d’albums et le ralentissement des ventes de places de concert, l’agente Carol Doucet a vécu de nombreux bouleversements dans l’industrie musicale. 

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L’Acadienne, ancienne journaliste, s’est lancée dans l’aventure en 2001. Depuis, elle représente une quinzaine de musiciens et chanteurs au Canada atlantique et de la Gaspésie.

Les agents sont de véritables couteaux suisses. De quoi les artistes ont-ils besoin? Comment lancer leur carrière? Comment les vendre et accroitre leur renommée sur le long terme? Comment s’adapter aux nouvelles pratiques artistiques? Autant de questions qu’ils doivent se poser au quotidien.

Carol Doucet évoque également les relations avec la presse, la gestion des emplois du temps, les réservations de salles de spectacle et de festivals, la négociation des cachets et les nombreux déplacements à prévoir aux quatre coins du pays.

«Travailler avec un artiste, c’est un choix très personnel, selon ses inspirations et ses gouts, explique-t-elle. Il faut vraiment croire dans un projet pour le pousser jusqu’au bout, car le succès n’est jamais garanti.»

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«Tu es souvent tout seul, sans assurance de manger à la fin du mois»

Les agents doivent composer avec une industrie culturelle en profonde mutation, où les ventes d’albums se sont effondrées et où les plateformes de diffusion en ligne supplantent la télévision et le cinéma.

Depuis la pandémie, le public se montre également plus frileux à acheter des places de concert. «Les ventes de billets sont plus difficiles, l’offre est immense et seulement les gros noms vendent très bien», rapporte Carol Doucet.

La professionnelle pointe à cet égard le nombre insuffisant de salles de spectacle où les artistes peuvent se produire, sachant que «celles qui existent souffrent d’une santé financière fragile».

«Ça prend du temps d’avoir un salaire qui te fait vivre, de créer des liens de confiance avec l’industrie», explique Anne Dumas de l’ANIM à propos du métier d’agent artistique. 

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De son côté, Catherine Mensour, fondatrice de l’Agence du même nom à Ottawa, s’inquiète des conséquences de l’intelligence artificielle.

«Ça va faire une différence pour nos activités. Elle va prendre de plus en plus de place pour les voix des annonces publicitaires, des films d’entreprise, des dessins animés», prévient-elle. 

Dans cet environnement en pleine révolution, les jeunes agents mettent du temps à tisser un réseau de contacts professionnels et à se dégager un salaire décent.

«Tout ça fait peur. Au début, tu es souvent tout seul, sans assurance de manger à la fin du mois. Ça peut être long avant de connaitre des gens dans le milieu, d’avoir la clientèle», confirme la responsable de l’administration et de la coordination de projets de l’Alliance nationale de l’industrie musicale (ANIM), Anne Dumas.

«Jusque-là, c’était un métier de passion avec des horaires intenses auxquels on dévouait toute sa vie. Il faut changer les codes de l’industrie. Le besoin de concilier vie privée et vie professionnelle se fait de plus en plus sentir», ajoute-t-elle.

En attendant, les sacrifices exigés rebutent de nombreux candidats et le métier ne suscite pas beaucoup de vocations. Mais, à l’inverse, les artistes à la recherche d’un agent ne manquent pas.

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Intelligence artificielle, effondrement des ventes 

«Il n’y a clairement pas assez d’agents francophones. C’est rare qu’il y ait une semaine où un jeune musicien ne m’approche pas», confirme Carol Doucet.

«L’augmentation du nombre d’artistes et la croissance, hors Québec, des productions cinématographiques et des séries en français rendent les agences plus indispensables que jamais», poursuit Catherine Mensour.

«Une agence est un lieu de rassemblement, de rencontre entre des artistes. De nombreux projets sont nés dans nos locaux», raconte Catherine Mensour, qui vient de fermer les portes de son agence à Ottawa. 

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L’Ontarienne vient de fermer les portes de son agence, ouverte en 1985 dans la capitale fédérale. Elle assure avoir replacé chez d’autres confrères «une très bonne partie» de la centaine d’acteurs, producteurs et auteurs qu’elle représentait.

«Ça me fait de la peine pour le côté francophone. Ça crée un vide, j’espère que quelqu’un prendra la relève», confie-t-elle.

Profondément attachée à son métier, elle accompagne encore certains auteurs et se dit ouverte à des collaborations ponctuelles.

«Les agences anglophones peuvent aussi représenter des artistes francophones, mais la relation avec les producteurs, les syndicats et les associations n’est pas toujours la même», reconnait-elle.

«Politiquement, il est difficile pour un agent unilingue de bien défendre l’importance de la francophonie.»

Selon Carol Doucet, face au manque d’agents francophones, un «gros pourcentage» d’artistes s’occupent de leur propre carrière.

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Une nouvelle agence dans l’Ouest «enlève un poids aux artistes»

Certains, comme Lisa LeBlanc ou Les Hey Babies, se tournent aussi vers des compagnies québécoises. «C’est une bonne chose. Jouer au Québec, c’est le nerf de la guerre, c’est là où il y a le plus grand marché», estime Carol Doucet.

«C’est une passion plus qu’autre chose. On n’est pas là pour faire de l’argent», observe Soraya Ellert, à propos de la création de la nouvelle agence artistique VANDAL, en Saskatchewan. 

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En revanche, «les artistes franco-canadiens n’ont pas le gout de se tourner vers les anglophones», affirme Soraya Ellert, directrice générale de la toute nouvelle agence artistique franco-canadienne VANDAL.

Lancé en aout dernier en Saskatchewan, le groupe VANDAL souhaite pour le moment accompagner une dizaine de créateurs des arts de la scène partout au Canada. «Le vide se faisait sentir depuis plusieurs années dans l’Ouest, il n’y avait aucune agence francophone», observe Soraya Ellert, engagée dans le milieu culturel depuis plus de 30 ans.

«On connait parfaitement les défis et les réalités de l’Ouest, c’est plus facile pour nous. Ça enlève un poids aux artistes», renchérit-elle. Elle parle d’un «marché plus difficile et compétitif, car plus petit», et de réseaux de diffusion «pas forcément organisés».

Pour pallier la pénurie d’agents francophones, l’ANIM a de son côté monté un projet de pépinière d’entreprises au printemps 2022, grâce à un financement de trois ans du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes.

Les agents débutants peuvent ainsi bénéficier de formations, de mentorat et d’aide pour financer leurs déplacements. Jusqu’alors, l’organisme a aidé 13 nouvelles entreprises à se lancer.

En politique, le double standard vestimentaire est aussi tenace qu’une tache de café sur un tailleur blanc.

Alors que les hommes peuvent se fondre dans l’uniformité des costumes sombres, une femme n’a que rarement ce luxe. Le moindre faux pas vestimentaire peut être interprété comme un affront, une excentricité, voire un défi direct aux codes tacites du «boys club», ce réseau informel où les hommes et leurs visions dominent.

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Tenues scrutées, idées éclipsées

Depuis son arrivée sur les devants de la scène politique en 2020, le style vestimentaire de Kamala Harris n’a cessé d’être commenté, notamment pour son affection pour les chaussures de marque Converse. Un détail qui a parfois pris une importance disproportionnée dans la couverture médiatique​, occultant les véritables enjeux de ses campagnes.

Kamala Harris n’hésite pas à porter des souliers confortables, ce qui détourne parfois l’attention de son message. 

Photo : Gage Skidmore – Wikimedia Commons

Au Canada, les choses ne sont pas si différentes. Le Québec a eu son propre «scandale vestimentaire» avec la députée provinciale Catherine Dorion. En 2019, Dorion, connue pour son style décontracté et ses prises de position audacieuses, s’est présentée à l’Assemblée nationale en coton ouaté, ce qui a déclenché un tollé parmi certains collègues qui estimaient que sa tenue n’était pas à la hauteur des attentes pour une députée.

Comme si l’élégance vestimentaire était le critère ultime pour faire de la bonne politique.

Bien sûr, les hommes en politique ne sont pas totalement épargnés par les jugements vestimentaires. Mais la différence est que, chez eux, les faux pas sont moins risqués et moins commentés. Tant qu’ils portent un costume sombre et des chaussures cirées, ils passent sous le radar​. En somme, la société leur pardonne plus facilement.

En politique, on s’attend à ce que les femmes soient sérieuses, mais pas trop. Élégantes, mais pas trop. Féminines, mais pas trop. Cette ligne totalement arbitraire à ne pas franchir est à la fois absurde et frustrante.

Des figures comme Chrystia Freeland, ministre des Finances et vice-première ministre du Canada, ont régulièrement dû jongler avec ces attentes, subissant parfois des critiques pour des tenues «trop simples» ou «trop féminines».

Le débat autour des choix vestimentaires des femmes en politique n’est pas un simple affrontement de gouts, mais bien une manifestation profonde de la manière dont les femmes sont perçues dans les sphères de pouvoir.

Derrière les commentaires sur les tenues des femmes politiques se cache une vision patriarcale et profondément sexiste, qui lie l’apparence à la compétence et la crédibilité.

Un jeu aux règles invisibles

Le résultat de cette inégalité de traitement et de ces règles floues est que les femmes en politique doivent non seulement prouver leurs compétences, mais aussi gérer leur apparence avec une précision quasi chirurgicale. Si elles ne respectent pas les codes vestimentaires implicites, elles risquent de voir leur crédibilité remise en question.

En politique, on s’attend à ce que les femmes soient sérieuses, mais pas trop. Élégantes, mais pas trop. Féminines, mais pas trop… 

Photo : Pavel Danilyuk – Pexels

Dans ce contexte, l’apparence vestimentaire devient un enjeu politique, un espace où se jouent des luttes de pouvoir qui ne concernent pas uniquement les idées, mais aussi la manière dont les femmes peuvent – ou ne peuvent pas – occuper l’espace public.

Le fait d’avoir deux poids, deux mesures en matière vestimentaire sert non seulement à limiter l’expression des femmes dans l’espace public, mais aussi à les renvoyer constamment à leur corporalité, les réduisant ainsi à des objets du regard.

Il est temps que nous arrêtions de juger les femmes politiques sur ce qu’elles portent et que nous nous concentrions enfin sur ce qui compte vraiment : leurs idées, leurs politiques et leur capacité à diriger.

Parce que, franchement, que Kamala Harris porte des Converse ou que Catherine Dorion préfère les cotons ouatés, ce n’est pas cela qui va résoudre les défis auxquels sont confrontées nos sociétés.

Originaire de Belgique, Julie Gillet est titulaire d’une maitrise en journalisme. Militante éprise de justice sociale, voici près de quinze ans qu’elle travaille dans le secteur communautaire francophone et s’intéresse aux questions d’égalité entre les genres. Elle tire la force de son engagement dans la convergence des luttes féministes, environnementales et antiracistes. Elle vit aujourd’hui à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Les décisions rendues par la Cour suprême avant 1970 sont disponibles en ligne depuis quelques années, mais pas dans les deux langues officielles.

C’est la deuxième fois que la Cour suprême est visée par une plainte sur la traduction de ses anciens jugements et la deuxième fois que le commissaire aux langues officielles (CLO), Raymond Théberge, conclut que le plus haut tribunal du pays ne respecte pas la Loi sur les langues officielles.

«Je conclus que toutes les décisions que la Cour suprême publie sur son site Web devraient être dans les deux langues officielles puisque cette offre en ligne constitue une communication au public faite par une institution fédérale», écrit-il dans son rapport final, dont Francopresse a obtenu une copie.

Rappel de la première plainte

En 2023, en réponse à une première plainte, le commissaire aux langues officielles avait conclu que la Cour suprême avait enfreint la Loi sur les langues officielles en ne rendant pas disponibles dans les deux langues officielles ses anciennes décisions.

Mais la Cour suprême avait évoqué un manque de ressources et avait indiqué qu’elle ne traduirait pas les anciens jugements.

L’organisme Droits collectifs Québec a par la suite décidé, lui aussi, de porter plainte en décembre dernier.

La partie IV de la Loi sur les langues officielles «s’applique à tout contenu produit par les institutions fédérales publié sur leurs sites Web», que ce contenu soit «historique» ou non, assure Raymond Théberge dans son rapport. 

Photo : Courtoisie CLO

Plainte fondée

La plainte déposée par ​​Droits collectifs Québec est donc fondée, estime le commissaire, conformément à la partie IV de la Loi, qui stipule que les Canadiens ont le droit de communiquer avec les institutions fédérales et d’en recevoir les services dans la langue officielle de leur choix.

«L’affichage de documents sur un site Web par une institution fédérale relève manifestement de la partie IV de la Loi dans la mesure où il s’agit bien d’un service ou d’une communication au public.»

Raymond Théberge propose un échéancier : la Cour suprême a 18 mois pour se conformer à ses obligations et veiller à ce que toutes les décisions publiées sur son site Internet soient dans les deux langues officielles.

«Il reste à l’institution fédérale de réagir à cette recommandation. […] Il est trop tôt pour parler de ce qui va se passer dans 18 mois, mais c’est certainement quelque chose qu’on pourra revisiter à ce moment-là», indique le commissaire en entrevue avec Francopresse.

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«Absolument inacceptable»

Si jamais la Cour suprême refuse de se conformer dans le délai établi, le plaignant, Droits collectifs Québec, pourrait mener le dossier devant la Cour fédérale du Canada. Le directeur général de l’organisme, Etienne-Alexis Boucher, le confirme en entrevue avec Francopresse.

C’est absolument inacceptable dans un État de droit que la Cour suprême du Canada n’accepte pas de respecter l’ensemble des lois et des règlements qu’elle a le devoir d’interpréter.

— Etienne-Alexis Boucher

«On n’est pas devant un défi comme aller sur la lune. On parle de traduire des jugements. […] On serait tout à fait renversés de devoir poursuivre la Cour suprême devant les tribunaux pour la forcer à respecter l’État de droit. Ce serait une situation exceptionnelle», dit-il.

Selon lui, l’absence de traduction pour d’anciens jugements engendre une discrimination à l’égard des juristes francophones qui se servent des anciennes décisions comme ressources.

Selon Etienne-Alexis Boucher, la non-disponibilité des anciennes décisions dans les deux langues discrimine les juristes francophones. 

Photo : Mouvement national des Québécois et Québécoises

«Le droit, c’est bien sur les textes des lois, mais c’est aussi ce qu’en ont pensé les juges à travers des décisions rendues précédemment. C’est ce qu’on appelle la jurisprudence, ajoute M. Boucher. Les jugements rendus avant 1969, c’est le socle du droit canadien.»

En juin dernier, lors d’une conférence de presse, le juge en chef de la Cour suprême avait évoqué un manque de ressources financières et humaines pour expliquer la non-conformité à la Loi.

«Depuis quand le respect de la Loi dépend des ressources financières ou humaines dont dispose un individu, un organisme ou une entreprise?», demande Etienne-Alexis Boucher. «Ça n’a pas de bons sens.»

Conscient de la lourdeur de la tâche qui s’impose devant l’institution, il suggère de considérer les nouvelles techniques en traduction et de faire appel à des experts en la matière.

Contactée pour une demande d’entrevue, la Cour suprême a indiqué par courriel qu’elle ne fera pas de mise à jour sur cette question.

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«Exemplaire» depuis 1970

«Je tiens à souligner que, depuis 1970, la Cour suprême a été, parmi les tribunaux fédéraux, exemplaire en publiant simultanément ses décisions dans les deux langues officielles», note toutefois Raymond Théberge dans son rapport.

Il reconnait également les «difficultés» que connait la Cour pour rendre accessibles dans les deux langues les décisions historiques.

«Le comment relève toujours de l’institution fédérale, rappelle-t-il en entrevue. Je soupçonne qu’il y a des moyens à la disposition de la Cour, mais ça revient, encore une fois, à l’institution de décider de la démarche à prendre.»

Théberge espère que, peu importe la lourdeur de la tâche, la Cour suprême réussira à se conformer. Non seulement le respect de la Loi sur les langues officielles reste crucial, mais ces décisions ont aussi «un impact historique [et] peuvent alimenter et éclairer les décisions d’aujourd’hui».

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Le député franco-ontarien Francis Drouin confirme que la francophonie et les dossiers connexes n’ont pas été «un symptôme du caucus» libéral qui s’est tenu juste avant la rentrée parlementaire. En revanche, «ça donne toujours une chance aux [députés francophones] de se rencontrer», affirme-t-il.

Même si Francis Drouin ne se représentera pas aux prochaines élections, il affirme que le plan des libéraux pour la prochaine session parlementaire reste «le meilleur». 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Après une discussion avec les ministres des Langues officielles, Randy Boissonnault, et de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marc Miller, Francis Drouin veut surtout «s’assurer qu’on a compris ce qu’on allait faire», soit avancer sur les dossiers plutôt que d’accorder trop de temps aux «crises qui agitent les bureaux de ministres».

Francis Drouin fait une référence à peine voilée à la controverse dont il a été le point de départ au printemps, après ses propos à l’endroit de témoins lors d’une réunion du Comité permanent des langues officielles.

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Si les conservateurs spéculent sur le retour ou l’absence de Francis Drouin au Comité, l’élu ne semble pas s’en préoccuper.

«À ce que je sache, je suis encore là, rappelle-t-il, légèrement agacé. Je contesterais la volonté de certains collègues membres du Comité des langues officielles à continuer à parler de moi. Je ne vois pas comment cela va servir la situation minoritaire dans le pays. Je ne suis pas à Ottawa pour me représenter [mais] pour représenter mes concitoyens. Je n’ai pas un chat qui me parle de ça chez nous.»

Toujours des travaux en langues officielles

Du côté des autres partis, rien de concret ni de nouveau sur la francophonie n’est à l’agenda pour la rentrée parlementaire, à part les dossiers en cours.

Joël Godin, le député québécois à qui Pierre Poilievre a confié le dossier francophone au sein du Parti conservateur, assure qu’il souhaite mettre la pression sur la règlementation de la partie VII de la Loi sur les langues officielles «adoptée depuis un bout de temps maintenant».

Le règlement sur la partie VII

Le règlement sur la partie VII de la Loi sur les langues officielles, rédigé par le Conseil du Trésor, touche à l’application de la Loi en ce qui concerne l’obligation des institutions fédérales de faire la promotion de l’égalité du français et de l’anglais au sein de la société, autant le statut que l’usage.

Le député du Bloc québécois, Mario Beaulieu, assure que son parti ne souhaite pas faire tomber le gouvernement Trudeau à tout prix. 

Photo : Courtoisie

Le porte-parole du Bloc québécois en matière de langues officielles, Mario Beaulieu, manifeste le même désir : «On continue avec la même approche, c’est-à-dire que tout ce qui est bon pour le Québec, on l’appuie. Ce qui est mauvais, on va voter contre.»

Il assure qu’une étude sur le continuum en éducation en français sera sur la table du Comité des langues officielles.

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Une ambiance préélectorale

Le député québécois rappelle ce qui a été dit au caucus du Bloc la semaine dernière : la priorité d’Yves-François Blanchet n’est pas de faire tomber le gouvernement, mais de voter pour les intérêts du Québec. «Le caucus va évaluer ça à mesure que [la session] avance», garantit Mario Beaulieu.

Au premier jour de session le 16 septembre, la leadeure du gouvernement à la Chambre des communes, Karina Gould, a ouvert les hostilités en qualifiant Pierre Poilievre d’«imposteur», car il «ne dit jamais la vérité».

Elle a notamment assuré que, quelles que soient les menaces de motion de censure des conservateurs contre le gouvernement libéral minoritaire, son parti continuera de faire avancer les projets de loi en cours.

Joël Godin assure que les francophones au Canada peuvent être rassurés s’ils «embarquent en auto avec Pierre Poilievre». 

Photo : Courtoisie Twitter

Sur les sept jours auxquels auront droit les partis d’opposition pendant la session qui s’amorce, cinq sont destinés au parti conservateur. C’est à cette occasion que Pierre Poilievre pourra déposer sa motion de censure sur la taxe carbone. Ce qu’il promet de faire depuis plusieurs semaines, notamment depuis que Jagmeet Singh, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), a rompu son pacte avec le Parti libéral. Cette entente devait maintenir les libéraux au pouvoir au moins jusqu’en juin 2025.

Joël Godin affirme que la motion sera déposée lors d’une journée d’opposition, sans donner de date : «C’est le gouvernement qui est à l’agenda». 

«Il y a sept journées d’opposition. On va donner les jours d’opposition dans le processus normal, comme on l’a fait d’habitude», a confirmé Karina Gould en conférence de presse lundi. 

Sur la question, le nouveau chef de cabinet de Jagmeet Singh, Jonathan Gauvin, affirme que les députés du NPD «n’excluent aucune option» quant à leur vote sur une prochaine motion de censure qui serait déposée par les conservateurs.