Dans son annonce de rupture des négociations avec les États-Unis le samedi 22 aout, Mark Carney a évoqué le français comme l’un des «irritants».
Plus précisément, il a expliqué que l’une des raisons de l’échec des négociations émane des demandes de l’administration Trump concernant certaines règles et lois pour la protection du français et de la culture au Canada. Des conseillers du président auraient demandé de revoir la loi sur la diffusion en continu du gouvernement fédéral et la loi 109 sur la découvrabilité du Québec. Les règles d’étiquetage sont aussi un irritant de longue date.
Une stratégie de Carney qui pourrait être instrumentalisée par Trump
Selon le professeur de science politique à l’Université d’Ottawa, Charles-Étienne Beaudry, la sortie de Mark Carney aurait «jeté un pavé dans la mare de l’élection provinciale au Québec».
Ce dernier affirme que le gouvernement canadien et le gouvernement québécois de la Coalition avenir Québec, actuellement au pouvoir, auraient cherché à se présenter comme des défenseurs du français pour gagner des votes face au Parti québécois, un parti indépendantiste nationaliste qui mène dans les sondages à l’approche de l’élection d’octobre.
«S’ils ont voulu faire une manœuvre politique pour nuire au Parti québécois, ils ont peut-être donné des munitions à Donald Trump. Il pourrait se mettre à soutenir l’indépendance du Québec pour briser le Canada», prévient le professeur.
La francophonie canadienne est aussi entrainée dans la tourmente, poursuit Charles-Étienne Beaudry. Le désir des plateformes de diffusion en ligne, comme Netflix et Amazon Prime, que les règles fédérales concernant la mise en valeur du contenu francophone soient assouplies est également «instrumentalisée» par Trump.
«Avoir mis l’emphase là-dessus, je ne sais pas si c’est une si bonne idée que ça, questionne le professeur Beaudry. Les stratèges de Mark Carney ont peut-être dit : “En disant ça, vous allez montrer que vous vous souciez du français et de la culture francophone au Canada”. Mais là, attention, à ne pas donner d’armes à notre adversaire qui n’hésitera pas à les utiliser.»
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Donald Trump a profité d’un message sur son réseau social le 25 aout pour contrer l’argument de Mark Carney, qui a dit vouloir protéger la langue française contre les demandes des États-Unis comme l’une des raisons de la rupture des négociations. Cette déclaration d’amour pour la francophonie canadienne fait abstraction du fait que les règles d’étiquetage du Québec ont été identifiées comme une «barrière technique au commerce» dans un rapport en avril 2025.
La réplique canadienne
Le 25 aout, le Canada a annoncé sa riposte face à cette plus récente salve de tarifs douaniers des États-Unis. Cette dernière concernant des produits canadiens totalisant 27,6 milliards de dollars est finalement entrée en vigueur le 22 aout.
Les ministres fédéraux François-Philippe Champagne, Patty Hajdu, Mélanie Joly et Evan Solomon ont annoncé des contretarifs «dollars pour dollar» qui se chiffrent à un total de 27,6 milliards de dollars de produits américains. Des tarifs douaniers variant entre 15 et 50 % seront appliqués dès le 8 septembre sur des produits de fer et d’acier, alimentaire, laitiers, électroménagers et agricoles, entre autres.
Cette réponse canadienne survient après la rupture des négociations entre les États-Unis et le Canada, le 22 aout. Ottawa a refusé la dernière entente truffée de «lignes rouges», a mentionné le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, sur les ondes de Radio-Canada.
La réplique canadienne est assortie de différentes mesures de soutien à hauteur de 7,5 milliards de dollars pour les entreprises et travailleurs canadiens touchés.
Plateformes de diffusion : le Canada «pas une extension» des États-Unis
Après cet échec des négociations, est-ce que le gouvernement canadien pourrait permettre au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de ramener la demande de contribution de 15 % des revenus canadiens des plateformes de diffusion des États-Unis pour financer la production de contenu canadien et francophone? En réponse par courriel à Francopresse, le ministère de l’Identité et de la Culture canadiennes préfère envoyer la question vers le bureau du premier ministre.
Le professeur Charles-Étienne Beaudry reste prudent sur cette possibilité : «On a déjà reculé, donc ce n’est pas évident. Il faut se tenir solides dans nos décisions, peut-être trouver de nouvelles mesures.»
La contribution de 15 % devant les tribunaux
Le CRTC avait décidé en mai 2026 de faire passer de 5 à 15 % de leurs revenus canadiens la contribution des grandes plateformes de diffusion étrangères, comme Netflix, Apple TV+ ou Amazon Prime, à la production canadienne et francophone.
Les plateformes américaines contestent depuis cette mesure devant les tribunaux. Selon eux, le Canada leur impose une obligation financière beaucoup plus lourde qu’aux entreprises canadiennes, ce qu’ils considèrent être une mesure discriminatoire ou un obstacle commercial visant spécifiquement les entreprises américaines.
Le gouvernement canadien a toutefois indiqué en juillet qu’il comptait retirer cette obligation de contribution et la remplacer par du financement public. Cette décision est survenue alors que la contestation judiciaire était toujours en cours.
Selon le professeur, la contribution de 15 % c’était «trop». Il avance notamment un retour à 5 % comme possible solution.
Le Canada pourrait aussi s’inspirer du modèle de l’Union européenne, où Netflix adapte son contenu aux différentes cultures et régions.
Les entreprises américaines de diffusion de contenu, comme Netflix ou Amazon Prime, ont tendance à considérer le Canada comme une «extension du marché américain», ce qui «agace», note-t-il.
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L’alcool : l’autre irritant
Selon Charles-Étienne Beaudry, l’autre «carte maitresse» du Canada est le retour de l’alcool américain sur les tablettes canadiennes.
Huit des dix provinces l’ont banni de leurs étagères ou ont cessé d’en acheter, notamment le vin californien et le whisky du Kentucky qui sont le «nerf de la guerre», selon le professeur.
Plusieurs États producteurs d’alcool «sont des États importants pour les élections, cruciaux pour que les républicains de Trump conservent la Chambre des représentants, conservent le Sénat.»
Ce boycottage de l’alcool américain était l’une des demandes de la plus récente vague de tarifs. «Carney a vu qu’il était manipulé et a refusé», analyse le professeur.
