Partout au Canada, étudiants internationaux, personnes réfugiées et professionnels arrivent avec des aspirations légitimes : parfaire leur éducation, mettre leur famille à l’abri, contribuer à la société et vivre dans la dignité. Pourtant, un écart saisissant persiste entre ces ambitions et la réalité quotidienne du parcours migratoire.
Un constat lucide et national
D’un océan à l’autre, la trajectoire des nouveaux arrivants est jalonnée de défis structurels majeurs :
- Le déclassement professionnel : Faute de reconnaissance de leurs compétences, de nombreux immigrants hautement qualifiés se retrouvent confinés à des emplois précaires.
- L’insécurité financière et administrative : Les frais de scolarité élevés pour les étudiants internationaux, la crise du logement, la complexité des permis de séjour et l’obtention d’équivalences engendrent un stress continu.
- L’isolement et les tensions familiales : L’éloignement du réseau de soutien, la séparation de familles, les tensions d’un coparentage à distance, le divorce, la barrière linguistique et culturelle exacerbent la détresse psychologique.
Mon parcours à London (Ontario) en offre une illustration concrète. Arrivée en décembre 2018 pour un doctorat à l’Université Western, après avoir dirigé un programme national de santé maternelle, néonatale et infantile au Rwanda, j’ai surmonté les défis de la santé physiologique et la santé mentale, la précarité financière, les obstacles linguistiques et culturels, les lourdeurs, lenteurs et délais administratifs qui, parfois, freinent des démarches; qu’il s’agisse de l’obtention de mon statut migratoire, de l’équivalence de mes diplômes, ou des attentes pour recevoir des soins de la santé (spécialement des services en français). C’est au cœur de ces épreuves qu’est apparue la force de la résilience individuelle et familiale que j’ai l’honneur de partager avec les autres.
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Aimée Joséphine Utuza (M.Sc., MPH) est professionnelle de la santé et des services sociaux, fondatrice de Ngira Nkugire Development Initiative, et coordinatrice des projets de la petite enfance auprès de la Société santé en français.
La dynamique «s’enraciner pour s’élever»
La culture de la résilience ne signifie pas subir l’adversité avec passivité, mais peut reposer sur une acceptation active pour reprendre le contrôle de sa trajectoire et s’articuler autour de quelques principes, à savoir :
- L’ancrage culturel : Maintenir les valeurs de solidarité, d’entraide et de respect intergénérationnels pour éviter l’assimilation amnésique.
- La double appartenance : S’approprier la langue, les institutions et les codes locaux sans renier son identité d’origine.
- La priorité à la santé mentale : Briser les tabous autour de la détresse psychologique et accéder à un accompagnement adapté.
- La revalorisation de soi et des acquis : Reconstruire sa personne, s’autodéfinir, s’estimer et être déterminé à bâtir son avenir positivement en s’appuyant sur son bagage d’expériences, de diplômes et de compétences.
L’impact des initiatives locales
La résilience individuelle doit se transformer en une force collective pérenne. Convaincue que les réseaux communautaires offrent une sécurité humaine essentielle, j’ai contribué à créer l’initiative Zirikana (soutien intergénérationnel, collaboration entre les membres de la communauté de London Ontario et ceux de Kigali au Rwanda et l’entrepreneuriat), puis la Ngira Nkugire Development Initiative (NNDI) à London. NNDI favorise le dialogue, la sauvegarde du patrimoine culturel, l’intégration linguistique, artistique et l’harmonie familiale.
Ces actions locales, menées en partenariat avec diverses institutions, permettent aux nouveaux arrivants, notamment francophones, de devenir des membres actifs et épanouis de la société canadienne.
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Un appel à un accompagnement institutionnel structuré
Pour que ces trajectoires s’épanouissent à l’échelle locale et nationale au Canada, les institutions fédérales, provinciales et municipales doivent adapter leurs cadres :
- Élaborer des politiques globales tenant compte des réalités familiales (équité dans les bourses, accès au logement, conciliation travail-famille).
- Développer d’outils de littératie financière, d’orientation juridique, de soins de santé mentale culturellement sécurisants en tenant compte des traumatismes et de la violence.
- Créer des espaces décisionnels où la diversité est reconnue comme un moteur de leadeurship et de créativité.
À toutes les personnes immigrantes traversant le doute ou la solitude : soyons fières de nos parcours. En restant enracinés dans nos valeurs et unis dans l’action, nous continuons de nous élever. L’intégration véritable n’est pas une assimilation docile, mais un processus durable d’enrichissement mutuel et de double appartenance.