le Jeudi 30 juillet 2026
le Jeudi 30 juillet 2026 5:00 Libre opinion

Où nous situons-nous dans l’immensité de notre planète?

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L’écoanxiété est de plus en plus fréquente chez les jeunes, que devrait faire notre société pour les appuyer?  — Photo : Jacek Dylag – Unsplash
L’écoanxiété est de plus en plus fréquente chez les jeunes, que devrait faire notre société pour les appuyer?
Photo : Jacek Dylag – Unsplash

LIBRE OPINION – Depuis des milliers d’années, l’humanité évolue et s’adapte aux transformations de son environnement. Toutefois, avons-nous déjà dû composer avec des changements aussi rapides et d’une telle ampleur? Cette évolution, portée par les avancées technologiques, la mondialisation et l’industrialisation, soulève une question essentielle : sommes-nous réellement satisfaits du monde que nous sommes en train de construire?

Où nous situons-nous dans l’immensité de notre planète?
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Être professionnelle de la santé mentale en 2026 est à la fois un privilège et un défi. Chaque jour, j’observe les répercussions des bouleversements sociaux, environnementaux et humains sur le bienêtre psychologique des personnes que j’accompagne. Une question me revient constamment : où s’en va notre société et quelles seront les conséquences de ces transformations sur notre santé mentale?

Aujourd’hui, il devient difficile d’être satisfait de ce que nous avons. Les réseaux sociaux nous exposent à un paradoxe : une image idéalisée du bonheur fondée sur la réussite, la performance et la consommation, tout en nous confrontant quotidiennement aux changements climatiques, aux conflits et aux crises humanitaires.

Nous vivons dans une société où la réussite est souvent mesurée par nos accomplissements et nos biens matériels, faisant de la consommation un symbole de statut social.

Cette surconsommation et le gaspillage alimentaire accentuent la pression exercée sur les agriculteurs, les pêcheurs et les autres travailleurs des ressources naturelles, déjà confrontés aux effets des changements climatiques.

Voici le témoignage d’un fermier d’expérience de la péninsule Acadienne qui affirme que les changements climatiques ont une incidence directe sur le revenu des agriculteurs. Les épisodes de chaleur perturbent le cycle de reproduction des animaux et entrainant une diminution des vêlages. Moins de naissances signifient moins de production et, par conséquent, une baisse des revenus des exploitations agricoles. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Véronique Robichaud est travailleuse sociale à l’Université de Moncton et doctorante en éducation à la même université. 

Photo : Courtoisie

En 2022, 2,5 milliards d’adultes étaient en situation de surpoids, dont 890 millions vivant avec l’obésité. Dans un monde de plus de huit-milliards d’habitants, cette réalité illustre les paradoxes de notre société de consommation.

Mais pourquoi avons-nous constamment besoin de plus? Le striatum, une région du cerveau impliquée dans le système de récompense, nous pousse naturellement à rechercher la nouveauté et la satisfaction. Essentiel à notre adaptation et à notre survie, ce mécanisme peut aujourd’hui contribuer à une quête incessante du «toujours plus». Dans ce contexte, nous devenons des insatisfaits chroniques.

Les problématiques auxquelles nous faisons face sont de plus en plus complexes : isolement, polarisation sociale, incertitude économique, violence, crises climatiques et itinérance. Notre tissu social s’effrite, la fatigue de compassion augmente chez les intervenants et les organismes communautaires s’épuisent.

C’est dans ce contexte que l’écoanxiété prend de l’ampleur. L’Office québécois de la langue française la définit comme un «sentiment d’anxiété, de préoccupation ou d’appréhension devant les bouleversements causés par les changements climatiques et leurs conséquences».

Comme travailleuse sociale sur un campus universitaire, je rencontre des jeunes qui hésitent à poursuivre leurs projets parce qu’ils perçoivent l’avenir comme incertain. Certains se demandent même s’ils vieilliront dans un monde viable. Au Nouveau-Brunswick, environ 55,8 % des élèves de la 4e à la 12e année rapportent des symptômes d’anxiété ou de dépression.

Les changements climatiques ne touchent donc pas seulement notre environnement : ils influencent également notre santé mentale, notre sentiment de sécurité et notre capacité à envisager l’avenir.

Fait intéressant : la chaleur est associée à une augmentation de l’agressivité et de certains troubles de santé mentale, alors que notre système de santé est déjà sous pression.

Quelles sont les solutions? Comme travailleuse sociale, je crois qu’il est essentiel de reconnaitre et de normaliser les émotions liées aux changements climatiques. S’engager dans sa communauté, limiter son exposition aux nouvelles lorsque nécessaire et échanger avec les autres favorisent la résilience et réduisent l’isolement.

Collectivement, nous devons réduire les émissions de gaz à effet de serre, poursuivre la transition énergétique et adapter nos sociétés vers un modèle plus écologique et durable.

Avec ma lunette de doctorante, j’ajouterais l’importance d’investir dans la recherche, l’accessibilité des soins en santé mentale et surtout dans l’éducation, qui demeure, selon moi, l’un des outils les plus puissants pour transformer le monde. Il faut également développer des programmes de santé mentale adaptés aux pêcheurs, aux agriculteurs et aux autres travailleurs des ressources naturelles afin de mieux répondre à leur réalité et de briser les tabous entourant la santé mentale.

Reconnaitre les effets des changements climatiques sur notre santé mentale ne signifie pas sombrer dans le découragement, mais plutôt reconnaitre notre capacité d’agir et de construire un avenir meilleur. Car oui, le monde peut être beau : la solidarité, l’empathie collective et la capacité des communautés à se soutenir après une catastrophe demeurent de puissantes sources d’espoir pour les générations futures.

Aucun geste n’est insignifiant : chaque choix quotidien contribue à réduire notre impact sur la planète. Il est temps d’agir.

Je vous laisse, cher lecteur, sur cette citation attribuée à Douglas K. Wilson : «N’essayons pas de créer un monde meilleur pour nos enfants. Éduquons plutôt nos enfants afin qu’ils créent un monde meilleur.»

Type: Opinion

Opinion: Contenu qui avance des idées et qui tire des conclusions fondées sur une interprétation des faits ou des données émanant de l’auteur.