le Vendredi 13 février 2026

À plusieurs reprises dans le document de plus de 450 pages, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, rapporte que son gouvernement veut protéger les droits en matière de langues officielles.

Dans cette optique, 26 millions de dollars seront versés sur cinq ans au ministère du Patrimoine canadien, au Secrétariat du Conseil du Trésor et au Commissariat aux langues officielles afin d’appuyer la mise en œuvre de la Loi visant l’égalité réelle entre les langues officielles du Canada.

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Accroitre la capacité de traduction

À partir de l’année fiscale 2024-2025, le gouvernement fédéral propose une enveloppe de 31,9 millions de dollars sur cinq ans au Bureau de la traduction de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC). L’objectif est d’accroitre la capacité de traduction et d’interprétation au sein du Parlement. Trois-millions de dollars seront versés annuellement après 2028-2029.

Bien que le document précise que la pénurie de main-d’œuvre et le manque de ressources ont mis «à rude épreuve les services de traduction, mettant en péril la capacité des gens à participer à la démocratie», le plan n’établit pas comment le montant permettra d’augmenter le nombre d’interprètes et de traducteurs dans la sphère politique fédérale. 

Toutefois, le gouvernement propose d’ajouter à cette enveloppe 1,1 million de dollars sur cinq ans à compter de 2023-2025 et 200 000 par la suite pour établir un programme de bourses d’études au sein de SPAC. «Le financement proviendra de ressources existantes du ministère», précise-t-on dans le budget.

Le gouvernement prévoit également d’investir 9,6 millions de dollars sur trois ans pour le Service administratif des tribunaux judiciaires, à compter de 2024-2025, pour accroitre sa capacité à fournir des décisions traduites au sein des juridictions fédérales.

Par ailleurs, parmi les mesures législatives annoncées, le gouvernement fédéral propose de modifier la Loi visant l’égalité réelle entre les langues officielles du Canada «afin de corriger une erreur technique qui empêcherait les personnes salariées, éventuelles et anciennes, de porter plainte auprès du commissaire aux langues officielles», promet le budget.

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Culture et médias

Un montant de 10 millions de dollars sur trois ans sera ajouté au Fonds du livre du Canada afin de promouvoir davantage les auteurs et autrices au pays et à l’étranger. Le Fonds est géré par Patrimoine canadien, qui déterminera s’il y aura une portion réservée pour les livres en français hors Québec.

Aucune nouvelle mesure n’est proposée pour les médias autres que CBC/Radio-Canada. La société d’État pourrait bénéficier d’un investissement supplémentaire de 42 millions de dollars cette année «pour les émissions d’actualité et de divertissement».

Même si on indique que ce financement donnera accès à des émissions pour tous, «y compris les communautés rurales, éloignées, autochtones et de langue minoritaire», la portion pour la programmation en français en milieu minoritaire reste à préciser par le diffuseur public.

Patrimoine canadien disposera, pour sa part, de 15 millions de dollars supplémentaires pendant deux ans pour appuyer les services de programmation d’intérêt public. 

La chaine de télévision parlementaire CPAC recevra quant à elle 5 millions en 2024-2025 pour appuyer ses besoins en capital. Les 10 millions restant seront distribués à des services comme TV5 Québec Canada et le Réseau de télévision des peuples autochtones (RTPA).

Chrystia Freeland prévoit que les frais de la dette publique s’élèveront à 54,1 milliards de dollars en 2024-2025. 

Photo : Julien Cayouette – Francopresse

Améliorer les services dans les communautés rurales

Le gouvernement tente d’attirer plus de diplômés dans le domaine de la santé et les services sociaux dans les régions rurales et éloignées.

Le programme d’exonération de remboursement de prêts d’études canadiens sera étendu aux spécialistes de la santé qui choisissent de pratiquer hors des grands centres. Les métiers ciblés incluent les dentistes, les pharmaciens, les sagefemmes et les psychologues. 

Le personnel enseignant fait également partie de cette liste. Les éducatrices de la petite enfance, les médecins et le personnel infirmier avaient déjà droit à une exonération.

Le gouvernement estime que les nouveaux métiers ajoutés à la liste lui couteront 253,8 millions de dollars sur quatre ans, à compter de 2025-2026, et à 84,3 millions de dollars par la suite.

Cependant, le budget ne présente aucun plan pour promouvoir ces services en français dans les communautés francophones en milieu minoritaire.

Augmenter les bourses d’études

Quelques mesures dans le budget visent à faciliter l’accès aux études postsecondaires.

Le gouvernement prévoit rendre permanente la hausse des bourses d’études canadiennes, qui était passée de 3000 dollars à 4200 dollars pour l’année 2023 à 2024 pour les étudiants dans le besoin.

De plus, «à compter de 2028-2029, un régime enregistré d’épargne-études serait ouvert automatiquement pour tous les enfants admissibles nés à partir de 2024, et les paiements admissibles du Bon d’études canadien y seraient déposés automatiquement», est-il écrit.

Depuis 2004, les parents devaient ouvrir un Régime enregistré d’épargne-études (REEE) pour recevoir la contribution du gouvernement, qui peut aller jusqu’à 2000 dollars.

Selon ses estimations, le gouvernement croit qu’il devra investir 161,9 millions de dollars sur cinq ans à compter de 2024-2025 et 148,8 millions de dollars par la suite pour remplir les demandes de Bon d’études.

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Les grands oubliés francophones du budget

Lors de sa campagne électorale en 2021, le premier ministre Justin Trudeau avait promis une enveloppe de 80 millions de dollars par année pour les établissements postsecondaires francophones en situation minoritaire.

Dans le cadre du Plan d’action pour les langues officielles, lesdits établissements recevront un financement de 128 millions de dollars sur quatre ans.

Même si elle reste satisfaite de l’annonce, l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) croit à l’importance de respecter la promesse initiale pour contrer le sous-financement de ses membres.

«Le 32 millions [par année] pour 4 ans, c’est loin de ce que la promesse avait formulé», avait lancé Martin Normand, directeur de la recherche stratégique et des relations internationales de l’organisme en septembre dernier.

Malgré les nombreuses mesures annoncées par le gouvernement, entre autres pour la construction de plus de logements, la défense nationale et l’intelligence artificielle, le gouvernement prévoit un déficit de 39,8 milliards de dollars. 

Cependant, les frais de la dette publique s’élèveront à 54,1 milliards de dollars, une augmentation par rapport aux projections de l’énoncé économique de 2023, qui s’élevait à 52,4 milliards. 

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Avec la collaboration de Julien Cayouette

Dans son budget 2024-25, le gouvernement fédéral annonce 11,9 milliards de dollars de nouvelles dépenses. La plupart ont déjà été présentées. Depuis deux semaines, les annonces concernant le logement, la défense et l’intelligence artificielle se sont multipliées.

De nouvelles dépenses viennent s’y ajouter, notamment pour les l’éducation et la santé des Autochtones.

Pour financer tous ces programmes, le gouvernement a choisi de procéder à une importante réforme de la fiscalité.

En ce moment seulement 50 % des gains en capital sont imposables. Cette proportion passera au deux tiers, ou 66,7 %, à partir du 25 juin.

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Le gouvernement évalue qu’il récupèrera 19,4 milliards de dollars sur cinq ans grâce à cette mesure, dont 6,9 milliards seulement en 2024-25.

Les gains en capital peuvent être tirés de la vente d’actifs matériels, comme un chalet ou un immeuble à logement par exemple, mais aussi d’actifs financiers comme des actions ou des obligations. 

Les personnes les plus riches sont beaucoup plus susceptibles de déclarer des gains en capitaux substantiels. Ce type de revenu bénéficie d’un taux d’imposition moins important que les travailleurs de la classe moyenne, dont la totalité du revenu d’emploi est imposable.

Exemption pour les entrepreneurs

Afin d’éviter de pénaliser les petits entrepreneurs, cette augmentation du taux d’inclusion n’affectera pas les personnes qui déclarent des gains en capital de moins de 250 000 dollars par an. 

Grâce à cette exemption, la réforme touchera seulement les 40 000 contribuables les plus riches au pays, selon Ottawa.

La ministre des Finances, Chrystia Freeland, fait de l’équité intergénérationnelle un thème majeur de ce budget. Pour favoriser l’entrepreneuriat et le transfert des entreprises, le budget ajustera la fiscalité pour encourager les jeunes entrepreneurs à se lancer en affaires. Ils pourront accumuler des crédits pour réduire leur taux d’inclusion de gain en capital.

Les plus vieux entrepreneurs pourront en contrepartie bénéficier d’une exemption d’impôt plus généreuse lorsqu’ils vendent leur entreprise après l’avoir opérée pendant de longues années.

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Un déficit sous contrôle

Malgré une forte croissance des dépenses, Ottawa profite d’une conjoncture économique plus favorable que prévu. La récession anticipée après le resserrement du taux directeur ne s’est pas matérialisée. 

Dans ce contexte et en y ajoutant les revenus de la réforme fiscale, l’ampleur du déficit fédéral devrait rester conforme aux attentes.Il devrait s’élever à 39,8 milliards pour l’exercice budgétaire 2024-25. Ce qui représentera environ 1,3 % du produit intérieur brut (PIB).

Le gouvernement ne prévoit toujours pas de retour à l’équilibre budgétaire dans les prochains cinq ans. Le déficit devrait cependant se résorber progressivement durant cette période pour atteindre 20 milliards de dollars.

La dette fédérale nette devrait s’élever à 42,7 % du PIB cette année. Le gouvernement a comme objectif de réduire la proportion de la dette par rapport au PIB sous la barre des 40 % d’ici cinq ans.

En avril 2024, l’ACUFC a déposé une plainte auprès du Commissariat aux langues officielles pour contester la décision du gouvernement fédéral de plafonner le nombre de permis d’étude des étudiants étrangers. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Il y a un an et demi, le rapport final des États généraux sur le postsecondaire francophone en contexte minoritaire tirait la sonnette d’alarme. Il insistait sur la nécessité pour les établissements de recevoir plus de financement de la part du gouvernement fédéral.

Le 11 avril, lors d’une audience devant le Comité permanent des langues officielles, Martin Normand, directeur de la recherche stratégique à l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), a rappelé que les collèges et universités francophones continuent de souffrir en attendant que le gouvernement en fasse plus.

«Le fédéral a aussi des responsabilités qu’il n’assume pas nécessairement en ce moment. Il doit prendre acte des nouvelles obligations qui lui reviennent dans la Loi sur les langues officielles», a-t-il lancé devant le Comité.

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Une stratégie nationale demandée

La sénatrice indépendante Lucie Moncion, qui a déposé le projet de loi S-215 – Loi concernant des mesures visant la stabilité financière des établissements d’enseignement postsecondaire –, défend le besoin d’une stratégie nationale sur le postsecondaire.

Pour la sénatrice Lucie Moncion, la viabilité des communautés francophones passe, entre autres, par des établissements postsecondaires en santé. 

Photo : Courtoisie

Selon la Franco-Ontarienne, le «sous-financement chronique» par les gouvernements provinciaux des établissements est en partie responsable de la «précarité» dans laquelle ceux-ci se trouvent.

«On a besoin d’une stratégie nationale qui regarde les besoins de financement, mais dans le cadre de ce que le gouvernement fédéral peut faire», dit-elle.

Cela veut dire, entre autres, des investissements fédéraux dans les infrastructures : «On parle de laboratoires de recherche, de centres étudiants, de bibliothèques, de centres de recherche, de gymnases […] Les universités qui attirent les étudiants, ce sont celles qui ont justement toutes ces infrastructures-là, les plus modernes», affirme la sénatrice.

La stratégie devrait aussi inclure une révision des modes de financement, notamment ceux qui fonctionnent par projet.

D’après Lucie Moncion, qui a été vice-présidente du conseil des gouverneurs de l’Université de Nipissing, ce modèle oblige les établissements à dépenser l’argent dans un projet spécifique et les empêche de l’investir dans les cours et les programmes.

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Une promesse non tenue

La francophonie canadienne attend de voir si le gouvernement libéral tiendra un jour sa promesse de financement de 80 millions de dollars annuels pour les établissements dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire, une promesse faite lors de la campagne électorale de 2021.

Une loi fédérale comme argument

Lucie Moncion espère qu’une stratégie sur les modes de financement se pencherait spécifiquement sur le rôle du fédéral dans l’appui au postsecondaire francophone.

Elle cite l’article 23 de la Charte des droits et libertés relatif au droit à l’instruction dans la langue de la minorité et la partie VII de la Loi sur les langues officielles, qui rappelle que le fédéral doit aider les gouvernements provinciaux et territoriaux à favoriser le développement des minorités francophones et anglophones.

Yalla Sangaré espère un système postsecondaire plus accessible, avec des frais de scolarité moins élevés. Cela demande selon lui un appui financier supplémentaire aux établissements. 

Photo : Courtoisie

La sénatrice n’est pas seule à penser que ces deux éléments juridiques puissent servir de base au financement fédéral du postsecondaire francophone.

D’après Yalla Sangaré, trésorier de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU), «​​le gouvernement fédéral a le droit, en vertu de la Loi sur les langues officielles, de financer les communautés en contexte minoritaire».

«Le financement, c’est le nerf de la guerre, donc pour avoir une stratégie nationale c’est sûr qu’il faut un financement», poursuit-il.

Il souhaite notamment voir plus d’argent à destination des conseils subventionnaires qui financent la recherche, «pour qu’ils puissent distribuer plus d’argent aux chercheurs pour empêcher l’exode des cerveaux, parce qu’il y a beaucoup de chercheurs et de profs qui quittent, particulièrement pour les États-Unis».

Les champs de compétences

Si Yalla Sangaré reste en faveur d’une telle stratégie, il reconnait la complexité de la chose, l’éducation étant une compétence provinciale.

«On ne rentre pas dans les guerres de juridiction entre le provincial et le fédéral, mais on peut dire quand même qu’il y a un sous-financement chronique des institutions postsecondaires à travers le pays, donc les gouvernements provinciaux exigent plus de transferts, mais il faut qu’eux aussi fassent leur part.»

Normand Labrie, professeur à l’Université de Toronto, propose quelques pistes d’action que pourrait entreprendre le fédéral sans empiéter sur les compétences provinciales.

Normand Labrie a été recteur par intérim de l’Université de l’Ontario français, à Toronto, jusqu’en juin 2019. 

Photo : Archives – Le Voyageur

La première concerne la mobilité étudiante : «Depuis très longtemps, il est question d’établir des réseaux d’institutions bilingues et de langue française pour mettre en partage des cours, par exemple. Quand les étudiants prennent des cours dans d’autres institutions, le principal obstacle, c’est de savoir qui assume les couts et qui obtient les revenus.» À son avis, une stratégie nationale permettrait d’étudier cet obstacle.

Le professeur voit aussi une possibilité d’investir dans les résidences scolaires, les activités parascolaires, la recherche et la formation.

«Sur la formation académique, ce sont vraiment les provinces qui sont responsables, explique-t-il. Mais le fédéral est axé dans le domaine des compétences, les skills, préparer la main-d’œuvre pour l’avenir.»

Ce développement des compétences passe d’après lui par l’éducation postsecondaire : «Le fédéral a une mission de préparer la population canadienne pour l’avenir dans une économie mondialisée avec les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle, etc. Notre monde change et on a intérêt comme pays à avoir une population qui est prête et formée pour ça. C’est l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement fédéral peut s’engager.»

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Depuis des siècles, les communautés francophones en situation minoritaire défendent ardemment le français. La survie de la langue représente pour elles une quête tenace et obsessionnelle, une lutte incessante contre une société qui tend vers l’anglicisation.

La défense du français n’est pas la priorité de certains immigrants africains à leur arrivée au Canada, selon Alphonse Ndem Ahola. 

Photo : Courtoisie

Ces dernières décennies, les organismes de défense affirment que sa survie passe par l’immigration francophone, principalement originaire d’Afrique. Mais pour les nouveaux arrivants venus du Cameroun, du Maroc ou d’Algérie, le français est aussi un héritage colonial.

«Ces immigrants entretiennent un rapport paradoxal, même schizophrénique avec le français, dans la mesure où c’est aussi la langue du colonisateur», analyse Alphonse Ndem Ahola, directeur général de Francophonie albertaine plurielle (FRAP).

Le responsable communautaire assure que certains refusent carrément de s’associer à la francophonie, «car ils ne veulent pas avoir affaire à tout ce qui est lié au colonisateur».

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Culture versus travail

«Le français ne fait pas partie de leur identité profonde, car ce n’est pas leur langue maternelle. Il s’agit de leur deuxième ou troisième langue, apprise à l’école de façon utilitariste», observe Leyla Sall, sociologue à l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Lea Muhigi appelle les communautés d’accueil à prendre conscience des rapports complexes qu’entretiennent les nouveaux arrivants avec le français. 

Photo : Courtoisie

«Avec la volonté de sortir du néocolonialisme, de plus en plus de jeunes veulent que leur langue maternelle, comme le peul ou le wolof, soit sur un pied d’égalité avec le français», ajoute l’universitaire.

Lea Muhigi, vice-présidente de l’Association Initiatives Afro-Canadiennes du Nouveau-Brunswick (AIAC-NB), évoque de la même manière les «sentiments complexes» de nombreux immigrants.

D’un côté, ils sont conscients qu’il s’agit d’un «outil essentiel d’intégration économique, sociale et culturelle reconnu officiellement par les institutions politiques» canadiennes, de l’autre le français reste associé à des «expériences coloniales de domination, voire d’oppression».

En Saskatchewan, le directeur général de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), Ronald Labrecque, reconnait également que l’attachement au français peut différer entre les Fransaskois et certains nouveaux arrivants venus d’Afrique. Il parle pour les premiers d’«une langue plus culturelle», pour les seconds d’«une langue de travail».

Déception et risque d’anglicisation

Malgré ce rapport ambivalent, la plupart des nouveaux arrivants acceptent de vivre dans la deuxième langue officielle du Canada.

Pour Ronald Labrecque, l’attachement au français peut différer entre les Fransaskois et certains nouveaux arrivants d’Afrique. 

Photo : Courtoisie

«Ils ont l’habitude, ils viennent de pays où c’est l’une des langues majoritaires. Leur premier réflexe quand ils sont ici est de demander des services en français», affirme Ronald Labrecque.

Mais c’est la douche froide pour nombre d’entre eux. Que ce soit à Regina, Edmonton, Toronto ou Halifax, ils découvrent la fragilité du français en milieu minoritaire, la difficulté d’obtenir les services dont ils ont besoin.

«C’est une révélation. On leur a vendu un Canada bilingue et ils réalisent que le français est réduit à de petites gouttes dans l’Ouest», regrette Ronald Labrecque.

«Ils se rendent compte qu’ils doivent maitriser l’anglais pour avoir des emplois de qualité, ça ajoute à leur déception», renchérit Leyla Sall.

Résultat, aux yeux du sociologue, ces nouveaux arrivants ont tendance à s’angliciser : «On leur dit de maitriser le français, mais qu’est-ce qu’ils y gagnent? La défense du français n’est pas un automatisme, ils ne veulent pas se ranger du côté du plus faible.»

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Faire évoluer les luttes historiques

À leur arrivée au pays, la priorité des immigrants qui parlent français n’est pas de se battre pour le fait français : «C’est d’abord d’améliorer leurs conditions d’existence, de se nourrir, d’avoir un toit sur la tête, de trouver un travail», estime Alphonse Ndem Ahola.

Pour Nicole Arseneau Sluyter, le français «aide tout le monde à se sentir accepté, quel que soit son vécu, ses identités». 

Photo : Courtoisie

Après quelques années, certains s’engagent néanmoins dans le combat. En Saskatchewan, Jean de Dieu Ndayahundwa, originaire du Burundi, multiplie les engagements communautaires depuis son installation en 2009.

«Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour garder la langue vivante, surtout pour l’éducation de ma fille», témoigne celui qui est employé du Conseil économique et coopératif de la Saskatchewan (CÉSC).

Jean de Dieu Ndayahundwa, qui a appris le français dans les salles de classe burundaises, se dit «très fier francophone». «Ma langue maternelle est le kirundi, mais le français m’a permis de faire des études, de devenir ce que je suis. Ça façonne mon comportement, ma réflexion, mes rêves», confie-t-il.

Le Canado-Burundais est loin d’être le seul immigrant à s’impliquer dans des organismes communautaires. De plus en plus de bénévoles, gestionnaires, présidents et membres de conseils d’administration originaires du continent africain s’imposent.

En Alberta, Alphonse Ndem Ahola insiste cependant sur la nécessité d’adapter les luttes historiques aux besoins «inédits» et à l’«identité culturelle multiple» des nouveaux arrivants, afin qu’«ils s’investissent durablement».

Fédérer autour du français

Le Franco-Albertain appelle à laisser plus de place aux leadeurs issus de l’immigration : «Les francophones blancs ont parfois l’impression que c’est eux qui doivent avoir le leadeurship sur tout ce qui se fait, ils peuvent voir les immigrants d’Afrique comme une menace pour leur position.»

Fabien Hébert assure tout mettre en œuvre pour que tous les nouveaux arrivants se sentent Franco-Ontariens. 

Photo : Courtoisie

Un avis que partage Leyla Sall : «Il faut mettre fin à la hiérarchie ethnoraciale. Les nouveaux venus doivent se sentir membres à part entière des communautés d’accueil et partager les mêmes espaces sociaux.»

De leur côté, les organismes représentant les francophones en milieu minoritaire assurent tout faire pour favoriser l’intégration et promouvoir la diversité culturelle.

«Notre objectif est qu’ils se sentent chez eux chez nous», insiste Nicole Arseneau Sluyter, présidente par intérim de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). «Le français aide tout le monde à se sentir accepté, quel que soit son vécu, ses identités.»

«Quel que soit notre pays d’origine, quelle que soit la diversité des langues parlées à la maison, nous sommes tous des francophones en milieu minoritaire», corrobore Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Face aux conflits linguistiques au sein de la grande famille francophone, tous les Franco-Canadiens interrogés aspirent à faire du français un bien commun : une langue fédératrice qui jette des ponts vers d’autres mondes.

Parti de France pour m’installer au Canada il y a maintenant un an et demi, j’étais loin de me douter que l’insécurité linguistique était un aussi grand enjeu ici. Parler français au Canada relève de l’acte politique. On ne rigole pas avec les droits linguistiques et chaque transgression suscite de vives réactions.

Un évènement récent dans le monde du sport a justement éveillé les passions des défenseurs de la langue française.

Le 23 mars dernier, l’équipe masculine de soccer du Canada a battu celle de Trinité-et-Tobago en série éliminatoire de la Copa America. Un succès important, puisqu’il a permis aux Canadiens de se qualifier pour la phase finale de la prestigieuse compétition, qui se déroulera cet été aux États-Unis.

Pourtant, plus que le résultat, c’est l’entrevue d’après-match qui a fait jaser sur les réseaux sociaux.

En conférence de presse, le journaliste de RDS, Nicolas Landry, a posé une question en français à l’entraineur de l’équipe canadienne, Mauro Biello. Ce dernier a commencé à répondre dans la langue de Molière avant d’être interrompu par un officiel de la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF) qui lui a demandé de parler en anglais : «In English please» («En anglais s’il vous plait»).

Excuses et problème d’identification

Immédiatement, plusieurs internautes se sont indignés. Précisons que Soccer Canada n’a rien à voir dans cette maladresse et que la CONCACAF s’est rapidement excusée.

Ce qui pourrait être une simple anecdote classée et sans suite semble pourtant révélateur d’une chose : hors de ses frontières, le Canada est difficilement identifié comme un pays officiellement bilingue.

Dans d’autres cas, s’exprimer en français en conférence de presse pose beaucoup moins de problèmes.

Prenez par exemple Victor Wembanyama, le basketteur français des Spurs de San Antonio, appelé à régner sur la NBA ces prochaines années avec ses 2,22 mètres (7,3 pieds).

Des journalistes français font le voyage jusqu’au Texas pour s’entretenir avec la fierté de France. Ils posent leurs questions en français, «Wemby» leur répond en français. Fin de l’histoire.

La différence? Wembanyama est clairement identifié comme un joueur français. Il est venu jouer avec une équipe parisienne aux États-Unis il y a deux ans.

Les débats linguistiques pénètrent donc toutes les strates de la société, jusque dans celles qui pourraient sembler plus secondaires, comme le sport. Cette polémique fait écho à un autre évènement qui a eu lieu en fin d’année dernière, au Québec.

«Gardez-le votre anglais»

Le 19 novembre dernier, juste après la victoire de l’équipe de football des Alouettes de Montréal en finale de la Coupe Grey contre les Blue Bombers de Winnipeg, le joueur québécois Marc-Antoine Dequoy, vexé du manque de considération des pronostiqueurs, s’est écrié : «Gardez-le votre anglais parce qu’on a gagné ces coupes puis on va [les] ramener à Montréal, au Québec!»

L’affaire avait fait grand bruit et avait même été reprise par la presse française, pourtant peu friande de football canadien.

En entrevue au Devoir, Marc-Antoine Dequoy avait ensuite développé sa pensée : «C’est intéressant de voir comment une injustice que je ressentais a été ressentie par plusieurs milliers de Québécois. Ce n’est pas la même injustice, mais des injustices similaires : le parler dans leur compagnie, ou dans leur sport à eux. Tout le monde s’est approprié la situation.»

Marc-Antoine Dequoy est également revenu sur l’importance du français au sein de l’équipe. En début de saison 2023, l’entraineur des Alouettes avait forcé tous ses athlètes à apprendre les mots de base du français, comme «bonjour», «merci», «en forme».

«Ça avait toute l’importance du monde. Ce n’est pas ça qui a fait le touché gagnant, mais c’est une chose qui fait que moi, je sens que je fais partie de l’équipe», a déclaré Dequoy.

Que les joueurs étrangers qui font partie d’un club dans une ville francophone fassent l’effort de dire quelques mots en français n’est pas seulement important pour la cohésion d’équipe : ça a aussi de la valeur pour les amateurs.

J’en ai moi-même fait l’expérience. Inconsciemment ou non, on s’attache davantage à un joueur qui vous fait sentir qu’il veut s’intégrer à votre culture et qu’il n’est pas seulement de passage, tel un mercenaire.

J’ai par exemple toujours été admiratif de l’effort que faisait le Serbe Novak Djokovic, polyglotte reconnu, pour s’adresser en français aux spectateurs venus le voir jouer à Roland-Garros. «C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup», chantait France Gall.

C’est admirable qu’il ait pris du temps d’acquérir une compétence qui lui servira peu dans la vie – soyons honnêtes –, juste pour le plaisir de ses fans francophones. Et ce doit être apprécié à sa juste valeur.

Terminons sur une bonne nouvelle concernant l’équipe masculine de soccer du Canada. Pour la deuxième fois de son histoire, après 1986, elle devrait affronter la France cet été. En toute logique, Mauro Biello devrait avoir toute la liberté de répondre en français aux questions des journalistes.

Timothée Loubière est journaliste pupitreur au quotidien Le Devoir. Avant de poser ses valises au Québec en 2022, il était journaliste sportif en France, notamment au journal L’Équipe.

Le Plan, intitulé Résoudre la crise du logement, présente plusieurs séries de mesures regroupées en trois points : construire plus de logements, faciliter la location d’un logement ou l’accès à la propriété, et aider les Canadiens en situation précaire à se payer un logement.

Le premier ministre, Justin Trudeau, était accompagné de la ministre des Finances, Chrystia Freeland, et du ministre du Logement, Sean Fraser, lors du dévoilement du Plan,  à Vaughan, en Ontario.

Plusieurs des mesures présentes dans le Plan ont déjà été annoncées au cours des dernières semaines. 

Faciliter l’accès à la propriété

Le gouvernement propose de ne pas appliquer la taxe fédérale sur les projets de logements locatifs pour la construction de résidences étudiantes des universités, des collèges et des autorités scolaires publiques.

Cette exemption, qui avait été annoncée en septembre 2023 et bonifiée lors de l’énoncé économique, s’appliquait jusqu’à maintenant seulement aux logements locatifs et aux coopératives d’habitation construites spécialement pour la location à long terme.

Ottawa prévoit aussi d’ajouter 15 milliards de dollars au Programme de prêts pour la construction d’appartements pour encourager la construction de 30 000 nouveaux logements à travers le pays.

Le Plan devrait également prolonger la durée des prêts et élargir l’accès au financement afin que des projets de logement pour les étudiants et les ainés soient inclus.

Le document d’une trentaine de pages indique que le financement supplémentaire pour le Programme de prêts pour la construction permettrait la construction de plus de 131 000 nouveaux appartements d’ici 2031-2032.

Le gouvernement a dévoilé son plan, inscrit dans le budget de 2024, pour résoudre la crise du logement. 

Photo : Capture d’écran – CPAC

Logements abordables et coopératives

Dans son budget 2024, le Canada propose de fournir 1 milliard de dollars supplémentaires pour le Fonds pour le logement abordable. Ce fond de 13,2 milliards de dollars  avait déjà été bonifié de 1 milliard de dollars à l’automne 2023.

Ce programme «offre des contributions et des prêts à faible taux d’intérêt ou à remboursement conditionnel pour la construction et la réparation de logements abordables et communautaires», peut-on lire dans le nouveau Plan d’Ottawa.

Par ailleurs, le gouvernement fédéral prévoit de lancer un programme de coopératives d’habitation à partir de l’été 2024. L’investissement de 1,5 milliard de dollars comprendra une combinaison de prêts et de contributions pour mettre l’accent sur les nouveaux projets d’habitation coopérative partout au pays.

Mettre fin à l’itinérance 

Le Plan, qui s’inscrit dans le budget 2024, propose de verser 1 milliard de dollars de plus sur quatre ans au Programme Vers un chez-soi, dont 50 millions seront axés «sur l’accélération de la réduction de l’itinérance à l’échelle communautaire». 

Il contient aussi 250 millions de dollars pour chercher des solutions aux campements et à l’itinérance hors refuge.

«Ce financement doit être égalé par les provinces et les territoires, pour un total de 500 millions de dollars, afin de soutenir les personnes les plus vulnérables et de mettre fin aux campements dans nos collectivités, tout en aidant les Canadiens vulnérables à faire la transition vers une solution de logement digne», peut-on lire dans le communiqué du gouvernement.

Collaborer entre paliers de gouvernement

«Dans le plan qu’on annonce aujourd’hui, il y a plusieurs mesures qui vont encourager les provinces, les territoires et les municipalités à collaborer avec nous pour construire plus de logements», a lancé le premier ministre Justin Trudeau lors d’une conférence de presse à Vaughan. 

Cependant, plusieurs provinces, dont la Saskatchewan et l’Ontario, ont exprimé leur mécontentement face aux récentes annonces du gouvernement fédéral en lien avec le logement, jugeant qu’il empiète sur les champs de compétence provinciaux.

«Ensemble [les provinces et les municipalités] détiennent les leviers de la politique de planification et d’utilisation des terres, influencent le cout de la construction, financent et fournissent des logements de soutien, et encore», indique le Plan du Canada sur le logement.

Le premier ministre Justin Trudeau a indiqué que le gouvernement fédéral prévoit la construction de 3,87 millions de nouveaux logements d’ici 2031 grâce à son Plan.

Des représentants d’universités et de collèges de langue française ont témoigné le 11 avril devant le Comité permanent des langues officielles. Le financement fédéral des établissements postsecondaires francophones en situation minoritaire était à l’ordre du jour.

«Il faut que le règlement [de la Loi] nous permette de préciser comment le fédéral peut intervenir dans des domaines de compétences provinciales sans que ça vienne créer de nouveaux conflits. On veut que la part de responsabilité du fédéral soit claire», a insisté Martin Normand, directeur de la recherche stratégique à l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), devant le Comité.

«Dans la nouvelle Loi sur les langues officielles, le gouvernement fédéral s’attribue une responsabilité d’agir pour la présence d’établissements postsecondaires forts dans les communautés francophones en situation minoritaire au pays», a-t-il signalé.

Le ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, a annoncé en janvier un plafond de deux ans sur les permis d’études délivrés aux étudiants étrangers. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

C’est d’ailleurs dans cet esprit que, trois jours plus tôt, il annonçait au Comité sénatorial permanent des langues officielles que l’ACUFC avait déposé une plainte auprès du Commissariat aux langues officielles pour contester la décision du ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, de plafonner le nombre de permis d’étude aux étudiants étrangers.

Selon les plaignants, cette décision ne tient pas compte de l’impact sur les établissements francophones.

Depuis, le gouvernement a précisé la répartition des permis d’études entre les provinces et les territoires. Les places ont été attribuées afin de ne pas nuire à la croissance démographique des provinces. Certaines provinces, comme le Nouveau-Brunswick, pourront en accueillir plus qu’en 2023.

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«Le fédéral a aussi des responsabilités qu’il n’assume pas nécessairement en ce moment. Il doit prendre acte des nouvelles obligations qui lui reviennent dans la Loi sur les langues officielles», estime Martin Normand

Photo : Guillaume Lamy

La question des champs de compétences

Martin Normand a ainsi rappelé que des éléments de la Loi sur les langues officielles (LLO), en particulier le paragraphe 41, font en sorte que les institutions postsecondaires francophones en situation minoritaire sont en partie une responsabilité fédérale.

«Dans le paragraphe 41.3 de la loi, le gouvernement fédéral s’engage à renforcer les possibilités pour les minorités francophones de faire des apprentissages de qualité dans leur propre langue tout au long de leur vie, depuis la petite enfance jusqu’au postsecondaire», a-t-il argüé devant le Comité.

«Le paragraphe 41.6, poursuit-il, précise même que l’éducation est l’un des secteurs essentiels de l’épanouissement des minorités francophones.»

Martin Normand indique toutefois que la distinction entre les compétences provinciales et fédérales dans la LLO n’est pas suffisamment précisée, créant parfois des confusions dans l’interprétation de la loi.

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D’après Gabriel Cormier, le financement fédéral ne doit pas seulement être stable, il doit aussi être indexé d’année en année. 

Photo : Courtoisie

Financement insuffisant

«Les investissements fédéraux nous permettent de maintenir des frais de scolarité compétitifs», a reconnu Gabriel Cormier, vice-recteur à l’administration et aux ressources humaines de l’Université de Moncton, devant le Comité. «Mais ce financement devrait être indexé», a-t-il prévenu.

Par exemple, le financement annuel que reçoit l’Université de Moncton à travers le Programme de langues officielles en éducation de Patrimoine canadien n’a pas été indexé aux couts de la vie depuis 2002.

Selon le vice-recteur, ce financement représentait à l’époque environ 4,9 millions de dollars, soit 5,5 % des revenus de l’Université, contre 2,5 % aujourd’hui. 

S’il avait été indexé, il atteindrait 7,9 millions. Le manque à gagner s’élève donc à 3 millions.

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Gabriel Cormier a également martelé que les infrastructures coutent cher aux établissements. «La plupart des édifices de l’Université ont été conçus dans les années 1960 et 1970 et arrivent à un cycle majeur de rénovation.»

Le financement permet également aux établissements d’offrir des programmes qui attirent les étudiants, affirme Martin Normand. «Il y a certains programmes qui sont moins présents dans notre réseau d’établissements, dans les STIM [programmes d’études en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques, NDLR] par exemple, qui sont des programmes [qui coutent] très chers à offrir.»

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Étudiants étrangers et premier ministre français

Le 5 avril, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Canada, Marc Miller, a annoncé la répartition des permis d’études entre les provinces et les territoires.

Le ministre d’IRCC, Marc Miller, a annoncé la répartition du nombre de permis d’étudiants étrangers approuvés par province et territoire. 

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

Cette déclaration précise l’annonce du ministre faite le 22 janvier qui prévoyait un plafonnement pour le nombre d’étudiants étrangers sur une période de deux ans, à partir de septembre 2024.

Selon le bureau du ministre, IRCC a réparti le nombre de places attribuées en fonction de la proportion démographique de chaque province et territoire.

Autrement dit, les provinces et les territoires qui risquent de voir leur croissance démographique freiner recevront plus d’étudiants provenant de l’étranger en 2024 qu’en 2023, tandis que celles qui sont moins à risque en accueilleront moins.

Par exemple, le nombre de places attribuées au Nouveau-Brunswick est passé de 9279 en 2023 à 14 651 pour l’année 2024, alors que l’Ontario passe de 235 000 à 141 000.

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Mercredi et jeudi, le premier ministre de la France, Gabriel Attal, était de passage à Ottawa pour réitérer l’étroite relation entre son pays et le Canada.

Gabriel Attal a souligné l’importance de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne. 

«Je veux redire les choses de manière très claire. C’est un accord gagnant-gagnant entre la France et le Canada, entre l’Europe et le Canada», a lancé le premier ministre français lors de la conférence de presse à Ottawa le 11 avril.

Les deux pays ont aussi renouvelé le Partenariat franco-canadien pour le climat et l’environnement.

«Le renouvèlement du Partenariat pour une durée de trois ans permettra de resserrer encore davantage la coopération bilatérale afin de lutter contre les changements climatiques, la perte de la biodiversité et la pollution dans le monde», rapporte le bureau du premier ministre Justin Trudeau.

Après les récents feux de forêt qui ont fait rage au Canada et en Europe, le Canada et la France ont également signé «une déclaration d’intention sur la coopération en matière de gestion des feux de végétation afin de renforcer leur collaboration dans ce domaine».

L’accord de partenariat entre la Banque de développement du Canada (BDC) et la banque d’investissement française Bpifrance a lui aussi été renouvelé dans l’optique de soutenir les petites et moyennes entreprises dans les deux pays.

Par ailleurs, la France a adhéré au Défi mondial sur la tarification du carbone et devient ainsi le plus récent partenaire du Canada dans ce champ d’action.

Le ministre Bill Blair a annoncé un investissement substantiel pour la Défense nationale. 

Photo : X – Bill Blair

Investissement pour la défense, serment d’allégeance et taux directeur

Le gouvernement du Canada a annoncé, lundi, un investissement de 8,1 milliards de dollars dans les cinq prochaines années et 73 milliards sur 20 ans en défense.

Cet investissement s’inscrit dans le dernier rapport publié par le premier ministre, Justin Trudeau, et le ministre de la Défense, Bill Blair : Notre Nord, fort et libre : Une vision renouvelée pour la défense du Canada.

«La nouvelle politique de défense vise deux principaux objectifs : renforcer les fondements des forces armées canadiennes et acquérir des capacités pour contrer de nouvelles menaces», indique le gouvernement par communiqué.

«Les investissements en défense prévus dans le budget de 2024 devraient permettre de porter les dépenses du Canada en matière de défense à 1,76 % de notre PIB d’ici 2029-2030», ajoute-t-il.

L’enveloppe sera partagée entre six thèmes de la défense nationale : soutenir le personnel, renforcer les fondements, construire une base industrielle innovante, défendre le Canada, défendre l’Amérique du Nord et défendre les valeurs et les intérêts du Canada dans le monde.

Mercredi, la Chambre des communes a rejeté le projet de loi C-347, qui visait à rendre optionnel le serment d’allégeance au roi, à 113 voix contre 197.

Il avait été proposé par le député libéral du Nouveau-Brunswick René Arsenault et appuyé par le député québécois Joël Lightbound.

Les libéraux étaient divisés sur le sujet. Les membres du gouvernement avaient reçu la directive de ne pas appuyer le projet de loi, mais les autres députés pouvaient voter librement. Près d’une quarantaine d’entre eux ont voté en faveur du projet de loi, dont Serge Cormier, député d’Acadie–Bathurst, au Nouveau-Brunswick.

Randy Boissonnault, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, ainsi que Ginette Petitpas Taylor, ministre des Anciens Combattants et ministre associée de la Défense nationale ont quant à eux voté avec le reste du gouvernement.

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La Banque du Canada a annoncé mercredi qu’elle maintenait son taux directeur à 5 %.

«La Banque s’attend à ce que l’économie mondiale continue de croitre à un taux d’environ 3 % et à ce que l’inflation baisse graduellement dans la plupart des économies avancées», indique l’institution dans un communiqué.

L’inflation, mesurée à l’aide de l’indice des prix à la consommation (IPC), a ralenti et s’établit à 2,8 % en février, alors qu’elle était à 2,9 % en janvier.

«Toutefois, la hausse des frais de logement reste très élevée, sous l’effet de la croissance des loyers et du cout de l’intérêt hypothécaire», indique le communiqué.

«Les budgets ont toujours une dimension politique, évidemment, mais là, cette fois-ci, elle est encore plus accentuée que par le passé», soutient Fédéric Boily, professeur en science politique au Campus Saint-Jean, en Alberta.

Bien qu’il soit courant, dans la politique canadienne, de procéder à des annonces quelques jours avant la présentation du budget, «le faire ouvertement avec une stratégie planifiée, avec autant de ressources et en étant aussi transparent […] ça, c’est du jamais vu», renchérit Geneviève Tellier, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa et aussi chroniqueuse pour Francopresse.

Reprendre le contrôle du message

Pour le politologue Frédéric Boily, il sera aussi important de surveiller les mesures en lien avec l’augmentation de la productivité du pays. 

Photo : Courtoisie

Selon Fédéric Boily, le gouvernement de Justin Trudeau veut montrer qu’il reprend le contrôle du message, contrairement à l’année dernière.

«On avait l’impression que le gouvernement fédéral était littéralement en état d’hibernation, qu’il était à la remorque des évènements et qu’on ne semblait pas vouloir agir», dit-il en entrevue à Francopresse.

Même son de cloche du côté de Geneviève Tellier. Depuis plusieurs mois déjà, le Parti conservateur prend une importante avance dans les sondages, alors que «les libéraux continuent d’être à la traine et n’arrivent pas à regagner du terrain et donc il faut que quelque chose change».

Pour la professeure, la stratégie du gouvernement fonctionne. «On parle des annonces prébudgétaires, on parle de Justin Trudeau [mais] on ne parle pas de Pierre Poilievre», lance-t-elle, rappelant que la Chambre n’a pas siégé pendant deux semaines de la fin mars au début avril.

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«Est-ce que ça va continuer à marcher?»

«Maintenant, est-ce que ça va continuer à marcher?», se demande Geneviève Tellier.

Selon elle, les Canadiens sont préoccupés par le cout de la vie et les mesures annoncées par Ottawa ne permettent pas de déterminer s’ils se sentiront plus en confiance avec le gouvernement.

Demain, quand les gens vont aller faire leur épicerie ou vont renouveler leur hypothèque, est-ce qu’ils vont se sentir en meilleure confiance et trouver que le gouvernement les aide?

— Geneviève Tellier

La professeure soutient par ailleurs que les citoyens pourraient aussi se sentir manipulés par le gouvernement, qui semble désespéré à rester au pouvoir. Certaines personnes pourraient ainsi voir d’un mauvais œil ces nouvelles mesures.

Relations tendues avec les provinces

Pour Frédéric Boily, la nouvelle stratégie politique de Justin Trudeau permettrait au gouvernement libéral, minoritaire, de prendre l’avantage sur l’opposition. Cependant, elle attire bien des critiques du côté des gouvernements provinciaux. Plusieurs premiers ministres jugent qu’Ottawa empiète sur leurs compétences provinciales.

Dans cette optique, Frédéric Boily croit que le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, pourrait revenir à la charge avec un discours qui soutient un fédéralisme d’ouverture, comme le faisait l’ancien premier ministre du Canada, Stephen Harper, pour montrer que le Parti conservateur respecte les champs de compétence des provinces.

On peut voir aussi auprès de l’électorat de certaines provinces un discours qui va appeler directement à voter pour les conservateurs [ou] voir un discours qui est moins critique à leur égard

— Frédéric Boily

Selon Geneviève Tellier, «vouloir trop intervenir dans les champs de compétences provinciales» entraine d’autres difficultés politiques. Les annonces obligeraient le gouvernement à négocier avec les dix provinces, ce qui crée des mécontents et la probabilité de voir se créer un front commun.

De plus, les citoyens pourraient encore être plus critiques envers le gouvernement fédéral. Dans l’éventualité où les choses ne vont pas bien, que ce soit en éducation, en santé ou un autre domaine, «les gens vont dire : “bon ben tu as la capacité de le faire puis tu ne le fais pas, ou tu le fais mal, donc c’est de ta faute”», remarque-t-elle.

La professeure estime tout de même que le gouvernement libéral est conscient de ces obstacles et qu’il est prêt à les assumer.

À surveiller dans le budget

Il reste tout de même plusieurs éléments à surveiller lors du dépôt du budget, tel que l’équilibre budgétaire. 

Pour Frédéric Boily, c’est une question de rigueur, car les Canadiens pourront à ce moment savoir si le gouvernement perd le contrôle des finances publiques avec ses nombreuses annonces, sans pour autant prendre de décisions importantes, ou s’il est en mesure de contrôler son budget.

Selon la professeure Geneviève Tellier, une grande quantité d’annonces fédérales à quelques semaines d’un budget n’est pas chose courante sur la scène politique canadienne. 

Photo : Martin Roy – Le Droit

Avec toutes ces dépenses annoncées, il va également falloir surveiller les taxes, soutient Geneviève Tellier.

«Par le passé, ce gouvernement-là n’a pas montré qu’il était vraiment enclin à augmenter les impôts, explique-t-elle. Oui, il y a eu des taxes de luxe, mais ce n’est pas [avec] ça qu’ils vont [..] ramener le déficit à la baisse.»

La professeure ajoute que plusieurs indices laissent croire que ce dernier pourrait augmenter. Le 7 mars, le Bureau du directeur parlementaire du budget prévoyait un déficit de plus de 46 milliards de dollars.

«On peut facilement envisager un déficit au-dessus de 50 milliards avec les nouvelles annonces qui ont été faites.»

Pour les gens d’affaires ou de la classe moyenne, il sera surtout question de productivité, observe Frédéric Boily.

Plusieurs études montrent que la productivité au Canada aurait diminué, ce qui pourrait avoir des conséquences sur les finances publiques, mais aussi sur l’ensemble des Canadiens. «Il faudrait qu’il y ait des mesures pour stimuler cette productivité.»

«Ceux qui ont rapporté les impacts les plus importants avec des histoires de traumatismes étaient des travailleurs des médias qui passaient beaucoup de temps à revoir des images ou des détails dérangeants, notamment les journalistes vidéos, les caméramans, les podcasteurs, les monteurs et libraires vidéos et les recherchistes.»

Selon Anthony Feinstein, le journalisme au Canada est plus risqué pour la santé mentale qu’avant. L’une des raisons : les heures passées à regarder la souffrance dans le monde. 

Photo : Doug Nicholson

Ce constat est tiré du rapport Prenez soin de vous du Forum des journalistes canadiens sur la violence et le traumatisme, datant de 2022.

«Le taux de [syndrome de stress posttraumatique] (SSPT) n’est pas aussi élevé que celui d’un journaliste terrain qui risque sa vie. Mais il est certain que certaines personnes vulnérables peuvent souffrir de SSPT, de dépression ou d’anxiété après avoir été exposées à ce matériel visuel très dur», confirme Anthony Feinstein, professeur de psychiatrie à l’Université de Toronto.

Il explique qu’en 2013, l’Association américaine de psychiatrie a ajouté aux causes possibles du SSPT l’exposition répétitive à du matériel visuellement traumatique.

«Ça ne concerne pas la population générale. La personne qui écoute les nouvelles du matin chez elle ne souffrira pas de SSPT, précise-t-il. On parle de gens qui font ce travail et qui sont exposés à beaucoup de contenus difficiles.»

«Contenu très difficile à regarder»

La conseillère d’orientation spécialisée en trauma, Marylou Tardif, a été appelée à intervenir dans quelques salles de nouvelles depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 en Israël.

«Les journalistes me demandaient surtout comment ils pouvaient être moins exposés. Ils se disaient fatigués, rapporte-t-elle. On parlait beaucoup de stress et d’anxiété.»

Elle se demande si ce n’était pas la goutte de trop. «Est-ce que ce n’est pas le cumul, justement? Il y a eu [des guerres], la pandémie, ça a été super difficile pour les journalistes. On dirait que depuis des années, le métier est beaucoup moins facile aussi.»

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S’il y a toujours eu des guerres, aujourd’hui, elles se déroulent à la vue de tous.

Marylou Tardif conseille aux journalistes de limiter les dégâts en évitant, si possible, de partager beaucoup de contenus difficiles à plusieurs collègues. 

Photo : Courtoisie

«J’ai lu une citation de Baudelaire, qui écrivait au milieu du XIXe siècle disant que lorsqu’il ouvre son journal le matin avec son petit déjeuner, il n’y a que des mauvaises nouvelles», raconte Anthony Feinstein.

«Il y en a toujours eu, mais je pense que ce qui est différent aujourd’hui, c’est qu’elles proviennent de nombreuses sources. En plus, on les reçoit maintenant avec des images [plus explicites]. Il n’y avait pas de photographie pour Baudelaire. On ne recevait pas de photos, on ne recevait pas de vidéos.»

Le professeur pense notamment aux journalistes qui filtrent le matériel audiovisuel envoyé par des témoins ou qui circule sur les médias sociaux. «Il y a des gens qui font ce travail pendant des heures, jour après jour. […] Ils ne sont pas en zone de guerre, ils ne risquent pas leur sécurité, mais c’est du contenu très difficile à regarder.»

Marylou Tardif affirme que la littérature scientifique suggère que «le cerveau ne fait pas [forcément] la différence où tu es» : «Si tu es stressé, que tu sois en télétravail, que tu sois sur le lieu de travail, le cerveau ne le sait pas.»

«Que ce soit des images, des mots, des textes ou des vidéos, ça peut créer un trauma ou non. Ça va dépendre de la personnalité de la personne et de son historique avec les traumas», ajoute-t-elle.

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Le pouvoir de l’image

Le photojournaliste Ivanoh Demers est conscient du pouvoir que détiennent ses photos. Il doit choisir celles qui représentent l’histoire le plus exactement possible, mais il ne contrôle pas comment elles seront reçues par les lecteurs.

«L’image, ça touche un nerf, qui est l’émotion. Parfois, vous allez faire un lien qui n’a aucun rapport avec n’importe qui d’autre qui va voir la photo. […] Si vous avez quelqu’un qui est mort à terre avec un toutou et que vous avez le même toutou, vous allez être traumatisé pendant une semaine. C’est quand vous vous reconnaissez que ça fait mal», décrit-il.

Ivanoh Demers a été photographe pour La Presse et travaille maintenant à Radio-Canada. Parmi les nombreux pays qu’il a photographiés, il y a l’Ukraine, Haïti, la Libye et le Mexique. 

Photo : Martin Chamberland

C’est de cette façon qu’il explique l’impact qu’a eu, en 2015, la photo du cadavre d’un jeune enfant syrien retrouvé noyé sur une plage européenne. «Cette photo a marqué l’Occident, rappelle Ivanoh Demers. Pourquoi? Parce que le petit garçon était habillé comme un Occidental. Il avait des petites chaussures et un petit teeshirt.»

Selon le photojournaliste, «quand l’Occident au complet a vu le garçon tout bien habillé, c’était leur garçon».

Au moment de prendre une photo, l’adrénaline protège en quelque sorte le photographe, explique Ivanoh Demers. C’est autre chose après coup. Récemment, il a regardé des photos qu’il a prises à Haïti, il y a 10 ans.

«J’ai été estomaqué par les images parce que je n’avais pas du tout vu ça comme ça, relate-t-il. Ça m’a beaucoup affecté quand j’ai revu mes photos; des gros, gros évènements, revoir ces photos avec du recul, plus tard, c’est souvent pénible, c’est souvent difficile.»

Savoir décrocher

Ivanoh Demers applique une règle à notre monde numérique : «Il faut décrocher.»

Ivanoh Demers a été photographe pour La Presse et travaille maintenant à Radio-Canada. Parmi les nombreux pays qu’il a photographiés, il y a l’Ukraine, Haïti, la Libye et le Mexique. Photo : Martin Chamberland

Photo : Olivier Pontbriand

«Je suis beaucoup sur mon téléphone parce que je suis un des seuls photographes de Radio-Canada, donc je suis tout le temps dans la nouvelle. Des fois, il faut que je fasse exprès, que je ferme mon téléphone et que je le mette de côté.»

L’incapacité de déconnecter est un grand défi que Marylou Tardif voit couramment chez les journalistes. «Même si ton patron n’est pas content, la fin de semaine, tu n’es pas payé : tu reprendras. Je pense que c’est correct d’être en contact avec du laid. On est capable d’en prendre, mais tu fais déjà ça [pendant] 40 heures de la semaine…»

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