le Lundi 29 juin 2026

Pour Mario Levesque, professeur agrégé au département de politique et de relations internationales de l’Université Mount Allison, à Sackville, dans le sud-est de la province, le Nouveau-Brunswick n’a pas de poids en politique fédérale.

S’il s’agissait «du Québec, de l’Ontario ou de l’Alberta, oui, ça peut envoyer un gros message certain, mais au Nouveau-Brunswick, non. La province n’est pas assez grosse», observe-t-il.

Selon le politologue Mario Levesque, le regard que portent les francophones sur un parti provincial n’influence pas réellement leur vote sur le même parti au fédéral. 

Photo : Daniel St. Louis Photographie

Une nuance entre en compte toutefois. Le professeur agrégé de sciences politiques à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique, Rémi Léger, note que la particularité de la campagne électorale actuelle au Nouveau-Brunswick est que Blaine Higgs, au pouvoir depuis deux mandats, se présente comme l’agent de changement. «Et il joue sur l’impopularité de Justin Trudeau», glisse-t-il.

Par ailleurs, sans influencer la politique fédérale, le scrutin provincial peut être «un indicateur pour Justin Trudeau», remarque Mario Levesque.

«Si les conservateurs remportent la victoire, c’est un message que les choses pour M. Trudeau [dans la prochaine élection fédérale, NDLR] vont être un petit peu plus difficiles.»

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«L’argent mène à de l’influence politique»

Rémi Léger rappelle que le Nouveau-Brunswick est une province «pauvre» et de fait une «province mineure dans la fédération canadienne». «C’est l’argent qui mène à de l’influence politique normalement.»

«Lorsque le gouvernement fédéral débarque [avec] un fonds de centaines de millions de dollars pour les langues officielles, y compris l’éducation française langue première et l’immersion française, la province écoute parce qu’[elle] a besoin de ces fonds pour financer ses écoles et ses programmes d’éducation», illustre-t-il.

C’est ce qu’il s’est passé entre 2022 et 2023 : le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, avait remis en question l’immersion en français dans la province. Le gouvernement fédéral avait déclaré en réaction qu’il repenserait son transfert de fonds pour les programmes d’immersion.

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Le fédéral influence les votes provinciaux

Cette semaine, la cheffe du Parti vert au fédéral, Elizabeth May, est venue soutenir les candidats verts au Nouveau-Brunswick.

«Il ne faut pas que M. Trudeau vienne ici pour faire la campagne comme Mme May. Il faut que [la cheffe du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, NDLR] Susan Holt mette un peu de distance entre elle et Justin Trudeau, parce que M. Trudeau n’est pas populaire», commente Mario Lévesque.

Pour Rémi Léger le premier ministre d’une petite province n’est pas un facteur important lorsque les électeurs de cette province votent aux élections fédérales.  

Photo : Courtoisie

Selon lui, la politique fédérale peut «faire du dommage» au Parti libéral du Nouveau-Brunswick.

«Plus le Parti conservateur du Nouveau-Brunswick mentionne Justin Trudeau et l’associe à Susan Holt, plus ça va faire mal au Parti libéral pour essayer de faire élire des députés et former un gouvernement majoritaire», analyse le politologue.

Susan Holt avait tenté de se distinguer de Justin Trudeau en mars, en mentionnant une «solution de rechange» à la taxe carbone, selon l’Acadie Nouvelle.

Elle assurait encore récemment qu’elle et son parti n’avaient pas «de lien officiel», rapporte Radio-Canada.

FRANCOPHONIE

Marie-Philippe Bouchard, actuelle PDG de TV5 Québec Canada, prendra les rênes de la société d’État en janvier, à la fin du mandat de Catherine Tait. L’information, dévoilée mardi par Le Devoir, n’a toutefois pas encore été confirmée par Patrimoine canadien.

La prochaine PDG de CBC/Radio-Canada serait Marie-Philippe Bouchard, actuelle PDG de TV5 Québec Canada. 

Photos : Courtoisie TV5 Québec Canada

Pourquoi ça compte : Une francophone originaire du Québec à la tête de CBC/Radio-Canada et l’expérience de Marie-Philippe Bouchard laisse espérer que la voix et les préoccupations de la minorité linguistique seront entendues et prises en compte. Aussi, dans un contexte préélectoral, elle devra défendre la société d’État face à la promesse de Pierre Poilievre, qui assure depuis plusieurs années qu’il «définancera» la CBC s’il devient premier ministre.

Ce qu’ils disent : Pierre Poilievre a cependant mentionné dans le passé qu’il maintiendrait Radio-Canada, pour «préserver une petite partie pour les minorités de langue française, les minorités linguistiques, parce que, franchement, elles n’obtiendront pas de services d’information sur le marché».

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CANADA

Le premier ministre a affirmé mercredi, devant la commission d’enquête sur l’ingérence étrangère, qu’il détenait des noms de candidats et de députés conservateurs canadiens qui seraient impliqués dans l’ingérence étrangère ou qui risque de l’être».  Il a aussi indiqué que des parlementaires et candidats d’autres partis ont également été visés.

Le chef conservateur refuse d’obtenir les codes de sécurité nécessaires pour obtenir les renseignements sur les parlementaires conservateurs concernés par les révélations de Justin Trudeau. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

À la base : La juge Marie-Josée Hogue mène la commission chargée d’examiner «l’ingérence de la Chine, de la Russie et d’autres acteurs» étrangers dans les processus électoraux canadiens. Le premier ministre a témoigné lors de la dernière journée d’audience. Le rapport final est attendu avant le 31 décembre 2024. 

Qui est concerné : Justin Trudeau a chargé le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) d’avertir Pierre Poilievre pour que ce dernier ait accès à ces informations et prenne des dispositions pour protéger son parti. Mais pour avoir ces informations, le chef conservateur doit obtenir la cote de sécurité nécessaire, ce qu’il refuse depuis plusieurs mois.

Ce qu’ils disent : Le premier ministre considère que c’est un «manque de gros bon sens» de la part de son adversaire. Pierre Poilievre a qualifié de «mensonges» les déclarations de Justin Trudeau sur le réseau social X. 

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Sean Casey, député de Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard, a exprimé publiquement son souhait que Justin Trudeau quitte son poste de chef du Parti libéral du Canada (PLC).

Pourquoi est-ce important : Cette sortie, faite mardi lors de l’émission Power & Politics, sur les ondes de CBC News, ajoute à la démarche d’une partie du PLC. Une lettre endossée par une vingtaine de députés, dont les noms sont toujours inconnus à l’heure d’écrire ces lignes, circulerait pour demander au chef de penser à quitter son poste, selon des informations rapportées par des médias samedi dernier.

En outre, Radio-Canada révélait jeudi matin que quatre ministres du gouvernement Trudeau ne se représenteraient pas aux prochaines élections : le Franco-Manitobain Dan Vandal (Affaires du Nord), Marie-Claude Bibeau (Revenu national), Carla Qualtrough (Sports) et Filomena Tassi (Développement économique pour le Sud de l’Ontario).

L’article assure aussi que ces quatre noms seront écartés du Cabinet lors d’un remaniement qui s’annonce très prochainement.

Ce qu’ils disent : Sean Casey a assuré à CBC que «le message que je reçois très clairement et de plus en plus fortement [de mes électeurs], c’est qu’il est temps qu’il parte, et je suis d’accord».

L’indice des prix à la consommation (IPC) a connu une hausse de 1,6 % depuis septembre 2023, a annoncé Statistique Canada mardi. L’augmentation du cout des aliments est la principale source de l’augmentation tandis que le cout de l’énergie a reculé en un an.

En détails : Si l’inflation est en baisse par rapport à la hausse de 2,0 % observée en aout, «il s’agit de la plus faible progression annuelle enregistrée depuis février 2021 (+1,1 %)».

Même si certains secteurs, comme les biens durables, ont vu leurs prix se stabiliser ou diminuer, la pression demeure forte pour les ménages canadiens. Depuis septembre 2021, l’IPC a grimpé de 12,7 %.

Qui est affecté : Cette hausse a un impact significatif. Selon l’agence fédérale, elle peut accroitre le stress financier, particulièrement pour les ménages à revenu fixe ou ceux déjà en difficulté économique.

Les Mères Mohawks devant la Cour suprême du Canada pour lui demander d’intervenir dans la réintégration d’un panel d’experts chargé de rechercher les sépultures anonymes de victimes d’expérimentations médicales à l’ancien hôpital Royal-Victoria de Montréal. «Nous n’arrêterons jamais de chercher nos enfants», a lancé l’une d’entre elles. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Les Mères mohawks et leurs alliées étaient devant la Cour suprême du Canada mardi pour lui demander d’intervenir dans la protection des sépultures anonymes d’enfants autochtones et allochtones enterrées clandestinement sur les terres kanien’kehà:ka/ rotiononhsión:ni, aujourd’hui occupées par l’Université McGill.

Ce groupe se heurte au refus de l’établissement et de la Sûreté du Québec d’accéder à ces terres.

L’enjeu : Une requête a été déposée mardi devant la Cour suprême du Canada pour garantir que la recherche des sépultures anonymes des enfants autochtones et allochtones victimes d’expérimentations médicales à l’ancien hôpital Royal-Victoria de Montréal soit effectuée sous la supervision d’un panel d’experts en archéologie, sélectionné en partenariat avec McGill et la Société québécoise des infrastructures (SQI) en avril 2023.

Ce panel, qui avait été licencié par l’Université et la SQI durant l’été 2023, a vu sa réintégration ordonnée par la Cour supérieure du Québec, mais cette décision a ensuite été annulée par la Cour d’appel du Québec. Les Mères mohawks se tournent vers la Cour suprême dans l’espoir d’infirmer la dernière décision.

INTERNATIONAL

Lundi, Affaires mondiales Canada a expulsé six diplomates indiens, le temps d’enquêter sur leur rôle dans le transfert d’informations visant des Canadiens, conduisant notamment à l’assassinat d’un leadeur sikh  en Colombie-Britannique l’été dernier, Hardeep Singh Nijjar.

Justin Trudeau a affirmé en point presse lundi que l’Inde est une «démocratie importante». «Aucun de nous ne souhaite être dans cette situation. Ce n’est pas un choix du gouvernement canadien de créer un froid dans les relations entre le Canada et l’Inde.» 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Le gouvernement indien affirme qu’il n’a pas reçu de preuves concernant les accusations portées par le Canada sur le rôle de l’Inde.

Pourquoi c’est important : Cette situation fait croitre les tensions existantes entre les deux pays, avec des conséquences sur les relations diplomatiques et commerciales.

Ce qu’ils disent : En conférence de presse lundi, le premier ministre, Justin Trudeau, a paru particulièrement déstabilisé sur le sujet. «Je crois que l’Inde a fait une erreur monumentale en choisissant d’utiliser leurs diplomates et le crime organisé pour attaquer les Canadiens, pour venir faire sentir les Canadiens pas en sécurité ici chez eux. C’est inacceptable.»

«L’Inde est une démocratie importante. C’est un pays avec lequel nous entretenons des liens historiques profonds entre les peuples et les entreprises, à une époque où l’instabilité géopolitique oblige les démocraties à se serrer les coudes», a-t-il ajouté.

Avec des informations de Marianne Dépelteau, Marine Ernoult et Camille Langlade.

Autre qu’une promesse de «réparer le budget», aucune prise de position officielle n’a été prise par des députés du Parti conservateur du Canada afin de rassurer les organismes francophones du pays sur leurs finances.

Les ébauches de réponses se font attendre du côté du parti en tête dans les sondages [lors de la production de ce reportage, NDLR]. Le député Joël Godin reste évasif : «Je ne comprends pas les inquiétudes, mais [les organismes] peuvent dormir sur leurs deux oreilles», affirme-t-il en entrevue avec Francopresse.

Malgré les sommes annoncées par les libéraux dans le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028, des organismes se demandent déjà comment se projeter dans leur prochaine année financière alors que le versement des fonds du Plan accuse déjà d’un retard «de plus d’un an», comme l’a observé le commissaire aux langues officielles dans son dernier rapport.

Les libéraux n’ont jamais répondu à la demande de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) d’entreprendre un examen indépendant de l’allocation des fonds fédéraux pour les langues officielles.

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Des «incertitudes»

«C’est un peu fort de parler d’inquiétudes, mais c’est sûr qu’il y a des incertitudes», commente pour sa part la présidente de la FCFA, Liane Roy.

Pour Nathalie Lachance, «il est clair que nous continuons à revendiquer pour plus de financement pour les organismes francophones. Ça n’a pas changé par rapport à l’automne dernier». 

Photo : Courtoisie

La prudence est de mise pour l’organisme, qui se souvient que les conservateurs, dans le passé, «ont fait des coupures» dans l’éducation et les services aux francophones et considère «que l’équilibre budgétaire, c’est une priorité pour les conservateurs».

Après une conversation avec Pierre Poilievre lors du Congrès mondial acadien, Liane Roy a cependant constaté que la «réception est assez bonne, ils veulent comprendre d’où on vient».

Pour la présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta (AFCA), Nathalie Lachance, parler dès aujourd’hui de nouveau gouvernement et de sa composition reste «très spéculatif». Évoquer une possible baisse de financement l’est tout autant.

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Faire connaitre les francophones

Comme la FCFA, Nathalie Lachance rappelle que l’ACFA collabore avec tous les partis politiques, sans distinction. «Il y a beaucoup de travail qui se fait pour s’assurer que nos besoins soient identifiés, peu importe le parti politique élu.»

Tous les partis politiques fédéraux ont voté en faveur de la loi sur les langues officielles modernisées […] Ils avaient repris plusieurs de nos revendications justement pour la modernisation de la loi dans [leurs] plateformes électorales.

— Nathalie Lachance

Selon Fabien Hébert, «ce qu’on doit retenir, c’est que la communauté francophone est déjà sous-financée. [Cette dernière] serait plus grandement affectée par des changements au niveau du financement». 

Photo : Courtoisie

«Nous avons rencontré depuis le printemps dernier un grand nombre de députés fédéraux […]. Nous avons besoin que les élus fédéraux et provinciaux soient bien au courant de nos enjeux, de nos défis, de nos forces», insiste-t-elle.

La FCFA, qui représente plus de 20 organismes de la francophonie canadienne, a aussi mis en place «une stratégie pour mieux se faire connaitre parce qu’il y a beaucoup de députés [conservateurs, NDLR] qui ne nous connaissent pas».

Au moment de modifier la loi sur les services de garde, l’organisme a fait une campagne de lettres auprès de députés en faveur des francophones.

«C’est un exemple où on s’est bien fait connaitre parce que là, les autres députés qui ne savaient pas qu’ils avaient des francophones dans leur région ont commencé à poser des questions. Ça a amené pas mal de visibilité», souligne Liane Roy.

Côté Atlantique, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), attend la fin des élections provinciales à la fin octobre pour commencer à rencontrer l’équipe de Pierre Poilievre, affirme la présidente Nicole Arseneau-Sluyter.

En Ontario, Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), affirme que son organisme remet au candidat «une ébauche de plateforme francophone pour les guider dans leur prise de décision et leur faire part de quels sont les besoins de la communauté francophone».

Le but : que les futurs députés répondent aux besoins de la communauté.

«Je ne crois pas que la plateforme est clairement définie pour eux. Ils sont encore à prendre, à ramasser l’information et à découvrir les besoins sur le terrain. Il y a une ouverture d’écouter nos messages», soulève Fabien Hébert.

Nicole Arseneau-Sluyter affirme qu’en tant qu’organisme francophone, «il faut arriver à financer tout ce qu’on veut faire avec probablement moins d’argent parce qu’on sait tous que ça coute plus cher». 

Photo : Courtoisie Devin Ashton-Beaucage – Acadie Nouvelle

Les gouvernements changent, les besoins restent

Nathalie Lachance souligne d’ailleurs que même en cas de changement de gouvernement, les actions en faveur de la francophonie restent en grande partie les mêmes.

«En Alberta, la politique en matière de francophonie avait été mise en place par le gouvernement [conservateur] précédent et nous continuons d’avoir des gains. Nous sommes maintenant au troisième plan d’action, 75 % des actions identifiées dans le plan d’action actuel sont les mêmes que dans notre plan d’action.»

Au Nouveau-Brunswick, Nicole Arseneau-Sluyter affirme que le financement est «toujours une inquiétude».

«Nous, à la SANB, on ne peut pas être partout et mener tous les dossiers à cause du financement. Il va falloir qu’on travaille ensemble partout à travers le Canada afin d’avoir le financement nécessaire. C’est toujours inquiétant parce que ce n’est jamais pérenne à long terme.»

Des chiffres alarmants

Selon l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM), un Canadien sur cinq éprouvera des problèmes de santé mentale au cours de sa vie et 70 % des troubles se déclarent durant l’enfance et l’adolescence.

Consultez le site : On a le choix

Des statistiques qui démontrent l’importance de sensibiliser les jeunes à cette problématique car, comme le rappelle l’ACSM : « La santé mentale est partie intégrale de l’état de santé général de l’individu et est essentielle à sa survie, puisqu’elle détermine le comportement, la perception, la façon de penser, de communiquer et de comprendre. »

« En Ontario, les personnes affectées par la maladie mentale, c’est 1,5 fois plus haut que tous les cancers réunis », rapporte Angele D’Alessio, représentante de ACSM et organisatrice de l’évènement du 9 octobre à Cornwall.

Le but de l’activité était de sensibiliser les jeunes à cette réalité, de les encourager à s’exprimer et à chercher de l’aide s’ils en ont besoin, mais aussi de mettre en évidence l’importance d’améliorer l’accès à ces ressources.

Malgré le fait qu’on a toutes sortes de services ici, il y a encore dans certaines régions une liste d’attente d’au-delà de 2 ans. On est ici pour dire que ce n’est pas acceptable, il faut vraiment en parler et mettre la pression sur notre gouvernement.

— Angele D’Alessio

L’intervenante souligne la nécessité d’accroître les subventions pour les services en santé mentale, en particulier pour les jeunes.

Le rôle des associations locales

L’ACSM Champlain Est, dont le siège social est situé à Cornwall, offre plusieurs services, comme du soutien au logement, des actions de sensibilisation communautaire et des services intensifs de gestion de cas, pour aider les personnes souffrant de problèmes de santé mentale sévères.

« On sait que la connexion fait partie d’une bonne santé mentale et peut réduire les risques », explique Angèle D’Alessio.

Parmi les exposants présents lors de l’évènement se trouvait notamment le Boys and Girls Club de Cornwall, ainsi que le Carrefour bien-être pour les jeunes de Cornwall SDG, qui constitue une ressource utile pour les jeunes de 12 à 25 ans et leur famille.

Dans ses deux centres de services de Cornwall et Alexandria, il est possible d’obtenir l’aide d’infirmières et d’intervenants pour des problèmes de santé mentale, de dépendance, ou encore d’emploi et de logement.

« Il y a à peu près 15 agences représentées aujourd’hui pour démontrer qu’il y a de l’aide et qu’on est ici ensemble dans la collectivité », indique Angèle D’Alessio.

Témoignages et marche dans les rues de la ville

Après la visite des différentes échoppes et une présentation des organisateurs, le public a pu écouter des témoignages, comme celui de Tom Hickey, bénévole pour l’ACSM Champlain Est.

« Je vis avec des problèmes de santé mentale depuis mes 12 ans. Avant ça, je n’avais aucune idée de ce que c’était. J’étais un enfant intelligent, je faisais du sport et toutes les choses qu’un jeune normal fait, j’avais des amis. »

La maladie l’a ensuite empêché de poursuivre sa vie normalement et il a développé de l’anxiété sociale.

« J’ai accepté de recevoir de l’aide. Est-ce que ça a été une trajectoire directe ? Est-ce que j’ai été subitement guéri ? Non. Ça a été un processus long et difficile. Ça prend du temps et des efforts dont je ne me croyais pas capable, mais chaque fois que j’ai fait quelque chose de nouveau, ça m’a donné plus de motivation pour essayer encore », confie le jeune homme.

Expliquant que l’échec n’était pas « la fin, mais un autre chemin », le jeune homme a finalement obtenu son diplôme de secondaire, passé son permis et décroché un emploi.

Le maire de Cornwall, Justin Towndale, était aussi présent. Il a fait un discours devant la jeunesse, précisant que lui-même était passé par un état de mal-être émotionnel à la suite de la pandémie et qu’il était conscient des défis que les jeunes avaient dû traverser eux aussi.

Il a ensuite insisté sur l’importance de reconnaitre les problèmes de santé mentale. « Quand j’avais votre âge, ce n’était pas quelque chose dont on parlait et c’est vraiment malheureux. »

Un point de vue que partage Stephen Douris, un résident de Cornwall d’une cinquantaine d’années. Ce dernier est venu témoigner de son parcours, qui l’a mené à vouloir attenter à sa vie à un certain point.

Ajoutant que les jeunes ne devraient jamais être amenés à voir le suicide comme une issue, le quinquagénaire a précisé à l’intention du public qu’il n’y avait rien d’indigne à être malade ou à avoir besoin d’aide.

Après l’écoute des témoignages, les participants se sont rendus dehors pour former un cortège et défiler dans les rues de Cornwall, avec des pancartes et en arborant le ruban vert, symbole de la sensibilisation aux maladies mentales, le tout, en musique.

Pour tous les jeunes trentenaires qui ont découvert le tennis au milieu des années 2000 – je fais partie de ce groupe –, c’est tout un chapitre de leur enfance qui s’est refermé la semaine dernière.

Roger Federer était un joueur de tennis extrêmement populaire auprès des spectateurs. 

Photo : Peter Meyer –  Wikimedia Commons

Deux ans après Roger Federer, Rafael Nadal a annoncé le jeudi 10 octobre qu’il prenait sa retraite en fin d’année. La veille, c’est le Français Richard Gasquet qui avait déclaré qu’il allait mettre un terme à sa carrière, après le tournoi de Roland-Garros 2025.

Il est toujours difficile de voir les idoles de son enfance quitter le devant de la scène. Immédiatement, une vague de nostalgie vous submerge. C’est ce qui m’est arrivé jeudi dernier. Et pourtant : je n’ai jamais considéré Nadal comme une idole, bien au contraire.

Pour moi, le Majorquin était un briseur de rêve, qui a trop souvent battu le joueur que j’admirais par-dessus tout, Roger Federer. Je peux même dire que, dans ma jeunesse, je le haïssais. Peut-être aussi parce que c’était le joueur préféré de mon petit frère.

Alors, pourquoi ce petit pincement au cœur au moment de l’annonce de sa retraite? Je me suis rendu compte que la perception de mes héros et de mes antagonistes de jeunesse a grandement évolué. Ce qui m’a conduit à m’interroger sur l’importance donnée à ces idoles pendant notre l’adolescence.

Plus jeune, j’ai pratiqué le tennis pendant une petite dizaine d’années. Mon niveau très modeste ne m’empêchait pas de rêver. Je me rappelle que, quand j’avais 11 ans, lors d’une rentrée scolaire, nous devions mettre sur une fiche quel métier nous voulions faire plus tard. J’avais alors répondu : «joueur de tennis».

L’influence de mes idoles expliquait forcément cette réponse fantasmée. J’étais admiratif de la classe de Federer, de l’impression de facilité qu’il dégageait. Le tennis paraissait si simple quand il jouait.

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De simples mortels

Je me disais qu’il y avait un certain mérite à ce que ce joueur soit si bon. Ce n’était pas simplement le talent qui était récompensé, mais aussi une forme de perfection morale. Toute sa vie semblait parfaitement orchestrée autour de sa passion et elle paraissait être celle dont on devait tous rêver.

Et puis les années ont passé. Au fur et à mesure que notre esprit critique s’affine, notre regard change.

Ce qui nous intéresse n’est plus seulement ce qui se passe entre les lignes d’un court de tennis, mais aussi l’homme ou la femme derrière l’athlète. Quelles valeurs renvoie-t-il? Utilise-t-elle sa notoriété à bon escient? Et, surtout, son image publique est-elle conforme à ses actions?

Je me souviens encore de ce moment où nous avons appris qu’Oscar Pistorius était accusé du meurtre de sa compagne. Le coureur sud-africain était un modèle à suivre pour ceux qui repoussent les limites imposées aux personnes ayant un handicap. Lui, l’amputé des deux jambes, rivalisait avec les meilleurs valides sur le tour de piste. Un modèle d’abnégation, de refus d’accepter la différence.

Depuis la funeste nuit du 13 au 14 février 2013, la figure du héros a laissé place à celle du paria.

Rafael Nadal a fait le cheminement inverse dans mon esprit. De «l’ennemi» dont on souhaite la défaite, il est devenu un exemple. Non pas pour son jeu – bien qu’on ne puisse pas nier sa bravoure et sa pugnacité – mais pour le respect qu’il témoigne à ceux qu’il côtoie. Les témoignages sont multiples, du chauffeur de taxi à l’hôtesse d’accueil, en passant par le ramasseur de balles.

Bottes aux pieds et balai à la main, il n’avait pas non plus hésité à donner de sa personne pour aider des sinistrés après d’importantes inondations sur l’ile de Majorque, dans la Méditerranée, où il est né et où il réside toujours.

Statue indéboulonnable

Qu’elles le veuillent ou non, les vedettes ont une responsabilité morale envers leurs admirateurs et le public. C’est bien ainsi, étant donné que leur influence ne cesse de grandir avec l’avènement des réseaux sociaux.

Après des mois à tenter de retrouver son meilleur niveau, Rafael Nadal a finalement annoncé mettre un terme à sa carrière à la fin de la saison. 

Photo : Mikelokok – Wikimedia Commons

Le documentaire du youtubeur français Inoxtag sur sa récente ascension de l’Everest, intitulé Kaizen et vu des millions de fois, en est l’illustration parfaite.

Si la performance du jeune influenceur a été saluée par beaucoup, à juste titre, d’autres n’ont pas manqué de faire des critiques, pour la plupart constructives, de son initiative : cout financier et environnemental, participation à un tourisme de masse, placements de produits peu évidents…

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«Il faut savoir séparer l’homme de l’artiste.» Cette affirmation n’a jamais semblé aussi anachronique qu’aujourd’hui.

À l’heure où les statues d’illustres personnages historiques sont retirées de leur piédestal et où le mouvement #MoiAussi rappelle à l’ordre certaines vedettes masculines qui se croyaient intouchables, les célébrités ne peuvent plus mystifier leurs admirateurs par leur simple talent.

Gageons néanmoins qu’en raison des accomplissements de l’homme qu’elle représente, la statue de Rafael Nadal, inaugurée en 2021 à Roland-Garros, ne devrait pas, elle, être déboulonnée de sitôt.

Timothée Loubière est journaliste pupitreur au quotidien Le Devoir. Avant de poser ses valises au Québec en 2022, il était journaliste sportif en France, notamment au journal L’Équipe.

Le 8 octobre dernier, deux témoins de la Commission nationale des parents francophones (CNPF) ont rappelé au Comité permanent des langues officielles que l’absence de clauses linguistiques dans les ententes de financement entre les provinces et le fédéral nuit au développement des services de garde en français. Pourtant, la demande ne cesse de croitre.

Selon une étude de 2023 publiée par la Fédération des parents francophones de l’Alberta (FPFA) et le Conseil de développement économique de l’Alberta (CDÉA), Edmonton et les autres régions de la province où il y a suffisamment d’enfants francophones pour justifier la présence de garderies sont des «déserts» où il n’existe pas de place.

«On a dévoilé que pour six enfants francophones en Alberta, il y a moins d’une place en service de garde. On est extrêmement mal desservis», alertait déjà en mars 2023 la directrice générale de la FPFA, Mireille Péloquin.

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Au-delà du financement

Le directeur général de la CNPF, Jean-Luc Racine, l’a martelé en comité : il y a un «manque de financement structurel pour la petite enfance. On gère des garderies sans aucun financement fédéral depuis bientôt deux ans».

Plus précisément depuis le dévoilement en mars 2023 du Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028, qui a débloqué 64,2 millions de dollars «afin d’appuyer deux initiatives d’apprentissage et de garde des jeunes enfants dans les communautés francophones en situation minoritaire partout au pays (sauf au Québec)», rappelle le service communication d’Emploi et développement social Canada (EDSC), par courriel à Francopresse.

Mais ce financement ne suffit pas, expliquent ces témoins. Il faut aussi des clauses linguistiques spécifiques aux besoins de chaque province et territoire.

Le critique des conservateurs en matière de langues officielles, Joël Godin, a demandé s’il s’agissait d’un manque de volonté des gouvernements. «Absolument», a répondu Jean-Luc Racine, qui souhaite que les provinces soient plus claires dans leurs plans d’action.

La responsabilité est entièrement remise aux provinces : «Toute exigence qu’une province ou un territoire peut mettre en place concernant l’octroi de fonds aux exploitants [francophones] est laissée à sa discrétion», a appuyé Jean-Luc Racine.

Aucun mécanisme de reddition de compte ou de garanties linguistiques n’est prévu par le fédéral. Et ce, même si la nouvelle Loi relative à l’apprentissage et à la garde des jeunes enfants au Canada protège le financement à long terme pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire.

À lire : La Chambre accepte de garantir le financement des garderies francophones

Gillian Anderson et Jean-Luc Racine ont témoigné mardi en comité parlementaire pour rappeler le manque de places en garderie pour les francophones, en raison notamment de l’absence de clauses linguistiques et de consultations.

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

«Nous ne savons pas d’où vient l’argent»

Le 10 octobre, en marge du Comité des langues officielles, le directeur des services administratifs et financiers de la Commission scolaire de langue française de l’Île-du-Prince-Édouard, Brad Samson, a confirmé à Francopresse avoir eu des «défis» avec la demande du président du comité, René Arseneault, qui souhaitait que les témoins précisent à quel palier de gouvernement ils faisaient référence lorsqu’ils s’exprimaient devant les députés.

«Nous ne savons pas d’où vient l’argent», se désole-t-il.

Il entend par là que les commissions scolaires ou les organismes responsables de la petite enfance, rarement consultés lors de l’élaboration des ententes intergouvernementales pour créer des infrastructures pour les francophones, ont du mal à démêler qui fournit le financement opérationnel.

«Notre défi, pour les centres de la petite enfance par exemple, c’est que si la province ne construit pas, c’est le fédéral qui paie pour la construction des espaces au prix scolaire, [donc] on ne peut pas rajouter des espaces à la petite enfance», résume-t-il.

Devant le comité, Jean-Luc Racine assurait que c’est «bien la province qui détermine où vont les fonds, mais souvent les parents ne sont pas consultés […] dans le secteur de la petite enfance».

«Si la province décide que les fonds du Programme des langues officielles dans l’enseignement (PLOE) vont au secondaire, il n’y aura rien pour la petite-enfance.»

La présidente de la CNPF, Gillian Anderson, indique que si l’Alberta est l’un des pires exemples, car «aucun financement n’a été accordé aux francophones» depuis «un bon cinq, six ans», la «majorité [des provinces] ont des défis».

On revient au fédéral pour s’assurer que ces attentes et ces plans d’action sont garantis pour les francophones, parce que les gouvernements changent fréquemment. Donc sans les clauses, il n’y a rien qui protège.

— Gillian Anderson

«Manque de volonté» des gouvernements

Les témoins appellent aussi à une consultation des communautés en situation minoritaire lors des négociations pour les ententes entre le fédéral et les provinces ou territoires qui peuvent concerner les francophones en milieu minoritaire.

À l’Île-du-Prince-Édouard, par exemple, il y a 150 jeunes qui attendent pour un service de garde en français.

Pour Jean-Luc Racine, la solution serait de mettre en place des services en milieu familial. Il déplore toutefois que sans une demande des anglophones pour plus de places, celle des francophones n’est pas réalisable.

À tout cela s’ajoute la pénurie de personnel francophone qualifié dans les garderies. Les récentes restrictions annoncées par le ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, sont «une terrible nouvelle», estime la présidente de la CNPF, Gillian Anderson.

«Parce qu’on ne peut pas aller recruter des éducatrices à l’étranger. L’éducation est exemptée [de ces restrictions], mais la petite enfance n’est pas reconnue dans l’éducation, même si elle fait partie du continuum [de l’éducation]».

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La professeure en communication et politique de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Mireille Lalancette, voit venir une «tempête parfaite», qui a le potentiel d’exacerber la désinformation électorale.

«Il y a de moins en moins de gens qui s’identifient à un parti politique, qui ont une carte de parti par exemple. Dans la même veine, il y a une montée du populisme […] Il y a aussi une méfiance envers les gouvernements et les médias. Donc on va se tourner vers une autre source.»

«C’est tout ça mis ensemble qui rend possible que cette désinformation ait plus de prise», résume-t-elle.

Désinformation ou mésinformation?

Selon Mireille Lalancette, la désinformation est liée au partage volontaire de fausses informations. La mésinformation est surtout liée au partage involontaire d’une fausse information.

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Les avancées technologiques n’expliquent pas à elles seules l’exacerbation de la désinformation électorale. Le contexte est aussi important, estime Mireille Lalancette. 

Photo : Josée Beaulieu - UQTR

L’opinion aux dépens des faits

Selon Mireille Lalancette, «dans certains cas, il n’y a plus d’intérêt pour les faits». Aujourd’hui, les opinions prennent de plus en plus de place.

«Le sous-financement des médias amène à avoir beaucoup d’opinions, de commentaires, explique la professeure. Quand on normalise l’importance d’avoir des opinions et des commentaires, ça mène les gens à dire : “Moi j’y crois, moi je pense ça, moi je l’aime cette personne”. On n’est plus dans les faits, dans la véracité. On est dans l’ordre de l’émotion.»

«Les médias doivent recevoir une certaine aide, comme ça a été fait en Finlande, afin que les salles de nouvelles puissent être peuplées de journalistes capables d’offrir des analyses sérieuses plutôt que, comme on le voit beaucoup aujourd’hui, des chroniqueurs d’opinion», défend de son côté le député bloquiste de Trois-Rivières, René Villemure.

Ce n’est pas que l’opinion n’est pas valable, mais elle n’est pas toujours valide

— René Villemure

IA et réseaux sociaux

M. Villemure anime, dans sa circonscription le 15 octobre, un colloque sur la désinformation électorale. Cette initiative est non seulement motivée par sa carrière prépolitique d’éthicien, elle est aussi d’actualité.

Pour contrer la désinformation électorale, René Villemure prône une presse indépendante plus forte et un enseignement renforcé de la pensée critique dans les écoles. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

«L’arrivée de toutes les méthodes de surveillance qu’on peut appeler médias sociaux, téléphones ou intelligence artificielle fait qu’on devrait être à même d’intéresser la personne ordinaire» à ce phénomène, dit-il.

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Les complots et les opinions trouvent leur confort dans les réseaux sociaux, où, comme le rappelle Mireille Lalancette, les codes journalistiques ne s’appliquent pas. Pourtant, les gens s’informent de plus en plus au sein de ces plateformes.

«Quand votre source d’information est YouTube ou Facebook, et que vous prenez votre vérité là, qu’est-ce que ça fait? C’est là qu’on est beaucoup plus influençables», met en garde l’expert en résidence à l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval et militaire de carrière, Richard Giguère.

«Quand on parle de désinformation ou de mésinformation, on essaie d’influencer les gens», dit-il. Certains États étrangers l’ont d’ailleurs bien compris.

Ingérence étrangère

«Certains pays étrangers peuvent mener des campagnes sophistiquées qui masquent efficacement les sources de désinformation», note la présidente de la Commission sur l’ingérence étrangère, la juge Marie-Josée Hogue, dans son rapport initial paru en mai 2024.

«La Russie cherche aussi à façonner l’opinion publique, à manipuler les enjeux sociaux existants et à exacerber les clivages sociaux. Elle cherche à miner la confiance du public dans les systèmes politiques et les processus démocratiques en Occident», lit-on. La Chine est aussi identifiée comme autrice de désinformation au Canada.

«La Chine ne vise pas à s’approprier nécessairement le contrôle du pays, mais à créer un certain chaos en politique afin d’empêcher certaines décisions de se prendre», commente René Villemure.

Selon lui, malgré l’approche d’élections fédérales, le Canada «n’est malheureusement pas mieux outillé». La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, l’a affirmé elle-même la semaine dernière.

Richard Giguère voit un lien entre la désinformation et la guerre cognitive. 

Photo : Ducimus Groupe Conseil

«[Certains] gouvernements étrangers ont probablement fait le calcul que ce serait préférable pour eux d’avoir tel ou tel gouvernement en place dans les pays qui sont en élections», stipule Richard Giguère.

Celui-ci fait un lien entre la désinformation et la «guerre cognitive» : «Les espaces de confrontation traditionnels, c’était le domaine terrestre, maritime et aérien. Là, on voit l’apparition de nouveaux espaces […] comme le cyberespace, la bulle informationnelle et le domaine cognitif.»

En d’autres mots, l’objectif de ces États est d’influencer en «ciblant le cerveau des gens».

Le problème, c’est qu’il est «extrêmement difficile de trouver le coupable, ajoute le chercheur. Il y a plein de moyens de détourner [la source de la désinformation]».

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Un enjeu domestique aussi

«Les gens sont plus sensibles au discours politique en période d’élections», note Richard Giguère. C’est donc un moment propice pour mener une campagne de désinformation.

On voit que les acteurs politiques eux-mêmes se servent de la désinformation pour arriver à leurs fins, comme raconter des faussetés à propos d’autres candidats, raconter des choses qui pourraient influencer le vote, miner les faits

— Mireille Lalancette

Parmi les techniques utilisées par les politiciens, elle remarque «la répétition, même d’un élément faux, qui à force d’être répété devient comme vrai ou plus vérifiable».

S’inspirant de techniques américaines républicaines, «ils vont être très répétitifs dans leurs contenus, nier, attaquer systématiquement l’adversaire», poursuit la professeure. 

«Tout ça participe aussi à créer une forme de cynisme envers la politique, de méfiance, ce qui fait en sorte qu’on va encore plus se détourner des médias pour aller chercher de l’information ailleurs», dit-elle.

René Villemure soutient que son parti ne joue pas le jeu de la désinformation. «Là où on a un contrôle [comme député], c’est quand on voit de la désinformation par un parti politique. Je pense qu’on a un devoir de la dénoncer et d’exiger de rendre compte.»

La campagne américaine sera un test de désinformation, «mais la campagne canadienne n’y échappera pas», prévient-il. «La désinformation vient des États étrangers, mais il y a [aussi] des acteurs malveillants à l’intérieur du pays.»

Quelles que soient leurs ambitions, les organismes de la francophonie canadienne se heurtent à un problème de taille : ils restent encore largement méconnus en dehors des frontières du pays.

Martin Théberge de la SNA insiste sur l’importance de la diplomatie civile pour faire exister la francophonie canadienne sur la scène internationale. 

Photo : Courtoisie

«Il y a une certaine compréhension que le français existe à l’extérieur du Québec, mais les gens ne comprennent pas nécessairement les nuances, le fait qu’il s’agit d’une langue minoritaire», explique le président de la Société nationale de l’Acadie (SNA), Martin Théberge.

«Il y a un gros travail d’éducation et de sensibilisation à faire pour que les gens nous connaissent et pensent à nous quand ils veulent nouer des partenariats», ajoute le président-directeur général par intérim de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), Martin Normand.

Les organismes communautaires ont profité du Sommet organisé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), à Villers-Cotterêts, au nord de Paris, pour changer la donne. Les 4 et 5 octobre derniers, ils ont multiplié les rencontres avec des responsables politiques français et des acteurs et actrices de la société civile de divers horizons.

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«C’était important qu’on soit à Paris pour renforcer nos liens avec le reste de la francophonie, ça représente un potentiel énorme», confirme la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Liane Roy.

«Ça nous ouvre de nouveaux canaux de communication, de nouvelles collaborations. Ça élargit notre cercle d’influence», poursuit Martin Théberge.

Sommet de la Francophonie 2024

Durant deux jours, les 88 États et gouvernements membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ont débattu de la place des femmes, de l’importance de l’entrepreneuriat, de culture, de technologie ou encore de la guerre au Liban.

Les gouvernements du Canada et du Nouveau-Brunswick, membres de plein droit de l’OIF depuis les années 1970, mais aussi celui de l’Ontario, membre observateur depuis 2016, étaient présents à cette grand-messe de la francophonie internationale.

La Nouvelle-Écosse, nouveau joueur à la table

Le député fédéral Darrell Samson se dit «extrêmement fier» de l’adhésion de la Nouvelle-Écosse à l’OIF. 

Photo : Francopresse

Preuve que la francophonie canadienne renforce son poids diplomatique, la Nouvelle-Écosse a obtenu son statut d’observateur auprès de l’OIF au cours du Sommet.

«Grâce aux Acadiens, la province devient un joueur sur la scène internationale et s’engage davantage dans la francophonie mondiale», se réjouit le député fédéral libéral de Sackville–Preston–Chezzetcook en Nouvelle-Écosse et membre de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), Darrell Samson.

«Ça nous ouvre des portes un peu partout. Nous allons développer de nouveaux liens et partenariats dans les domaines de la culture, de l’éducation, de l’économie», renchérit la présidente de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), Denise Comeau-Desautels.

Liane Roy met cependant en garde : «C’est un bon début, mais tout va dépendre de ce que le gouvernement provincial va faire de cette participation, du rôle plus ou moins actif qu’il va vouloir jouer.»

Peter Hominuk de l’AFO souhaiterait que l’Ontario devienne membre à part entière de l’OIF. 

Photo : Courtoisie

En Ontario, le directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Peter Hominuk, pense déjà à la suite. Il aimerait que la province devienne membre de plein droit de l’OIF, à l’image du Nouveau-Brunswick.

«Notre voix est amplifiée [quand nous sommes plusieurs à participer]. Les Franco-Ontariens sont reconnus comme un joueur qui compte, ça nous ouvre des opportunités économiques et ça peut même encourager l’immigration francophone», affirme-t-il.

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Une «réelle capacité d’influence»

Pour Martin Théberge, prendre part au Sommet donne une «réelle capacité d’influence» : «On peut porter nos messages clés auprès du premier ministre Justin Trudeau et des politiques.»

Liane Roy de la FCFA se dit très heureuse que le sujet de la pénurie du personnel enseignant ait été abordé lors du Sommet de la Francophonie. 

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

Les communautés francophones en situation minoritaire ont fait de la diplomatie civile un axe central de leur action sur la scène internationale. La SNA et la FCFA font notamment partie de la Conférence des organisations internationales non gouvernementales de la Francophonie (COING) de l’OIF. La FCFA a récemment été élue au sein du comité de suivi.

Liane Roy considère qu’il s’agit d’«une vraie reconnaissance» du travail mené depuis des années : «En tant que structure de la société civile, nous jouons un rôle pour faire entendre la voix des femmes, des jeunes, des minorités à l’étranger.»

«On est arrivé à un point d’inflexion, avertit néanmoins Martin Normand. Les instances politiques souhaitent [que les organismes communautaires] prenne[nt] plus de place, mais nous avons des moyens limités pour le faire. Pour nous engager davantage, il nous faut des sources de financement supplémentaires.»

Le président de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), Simon Thériault, estime, lui, que le Canada doit pousser davantage pour que la jeunesse soit écoutée au sein des instances de la francophonie internationale : «Notre modèle canadien par et pour les jeunes est très convoité, il faut en faire profiter d’autres pays.»

La FJCF s’investit notamment pour que le Réseau international de la jeunesse de la Francophonie (RIJF), créé en octobre 2022, soit mieux financé et plus actif.

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Diplomatie culturelle

Dans la déclaration finale du 19e Sommet de la Francophonie, les chefs d’État et de gouvernement rappellent leur attachement au rôle de la société civile «au bénéfice des populations et de la Francophonie institutionnelle».

Ils soulignent également l’importance de faciliter les échanges entre les chercheurs et les étudiants dans le cadre de projets de mobilités. «Ce travail résonne avec notre volonté de valoriser et promouvoir le savoir scientifique en français», salue Martin Normand.

Concernant la question du manque de professionnels de l’éducation, les responsables politiques évoquent le développement «d’actions de formations linguistiques et pédagogiques, afin d’augmenter significativement le nombre d’enseignants».

«La FCFA a beaucoup poussé pour le sujet. Le Canada va travailler en partenariat avec l’OIF pour trouver des solutions durables, favoriser la mobilité des cerveaux et l’échange des connaissances sur la formation des enseignants», relève Liane Roy.

Simon Thériault de la FJCF aimerait qu’un prochain Sommet de la Francophonie soit organisé dans une communauté francophone en situation minoritaire. 

Photo : Annie-France Noël

Aux yeux de Peter Hominuk, la diplomatie culturelle reste une autre manière de renforcer la présence de la francophonie canadienne dans le reste du monde : «Nos artistes sont nos portevoix, ils sont capables de faire rayonner notre culture à l’extérieur.»

Le directeur de l’AFO parle également des possibilités de diffuser dans le monde des outils pédagogiques spécifiques à l’enseignement du français en milieu minoritaire.

De son côté, Simon Thériault espère convaincre Ottawa d’organiser un prochain Sommet de la Francophonie dans une communauté en situation minoritaire. «Ce serait la meilleure manière d’être plus visible et de promouvoir notre langue», assure-t-il.

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Columba livia, c’est le nom latin du pigeon biset (du vieux français bis, qui signifie gris sombre ou grisâtre). La plupart des pigeons voyageurs sont de cette espèce. C’est le plus vieil oiseau domestique au monde.

Les premières traces d’utilisation du pigeon pour transmettre des messages remontent à au moins 3000 ans, lorsque les Égyptiens s’en servaient pour annoncer leur arrivée dans un port plusieurs jours à l’avance.

Pendant la Première Guerre mondiale, certains pigeons étaient munis d’un appareil photo pour espionner l’ennemi. 

Photo : Wikimedia Commons - Domaine public

À la même époque, en Grèce, des pigeons étaient parfois utilisés pour faire savoir aux différentes cités les vainqueurs des Jeux olympiques.

Les Romains, pour qui la Grèce était une source intarissable d’inspiration, adoptent le petit volatile, mais comme à leur habitude, ils voient grand. Ils construisent d’énormes pigeonniers pouvant abriter jusqu’à 5000 oiseaux, auxquels ils confient toutes sortes de missions.

Par exemple, ils les teignent de différentes couleurs et les relâchent pour communiquer les résultats des courses de chars à leurs propriétaires. Après la mort de Jules César, des témoignages montrent que le pigeon voyageur est mis à profit à des fins militaires.

L’oiseau et les armées vont d’ailleurs entretenir une relation très proche, qui va perdurer tout au long de l’histoire. En Europe médiévale, Charles Martel proclame sa victoire sur les Sarrasins à Poitiers au moyen de pigeons.

Sous le règne de son célébrissime petit-fils, Charlemagne, roi des Francs et empereur, l’usage du volatile se répand énormément. Charlemagne fait de l’élevage du pigeon un privilège des nobles. On retrouvait des tours à pigeons dans presque tous les châteaux et les abbayes.

Lors des Croisades, les deux camps chrétiens et musulmans feront appel à ces oiseaux pour véhiculer des messages, particulièrement les résultats des batailles.

Le pigeon complice de délit d’initié

Cette pratique s’est poursuivie pendant les siècles suivants.

L’un des meilleurs exemples du rôle utilitaire joué par les pigeons reste celui de la bataille de Waterloo, lors de laquelle Napoléon a subi son ultime défaite face à plusieurs armées alliées menées par le duc de Wellington.

Exemple de pigeonnier où ces oiseaux voyageurs étaient élevés. C’était leur point de retour. 

Photo : Wikimedia Commons, domaine public

Un membre de la très connue et influente famille Rothschild, qui agissait comme banquier des pays ennemis de Napoléon, a été le premier informé de l’issue de la bataille de Waterloo grâce à un pigeon voyageur, ce qui lui aurait permis d’en retirer des avantages financiers.

Quelques décennies plus tard, lors de la guerre de 1870-1871, plus de 60 ballons chargés de pigeons sont dépêchés à différents points de la France alors que les armées prussiennes assiègent Paris. C’est ainsi que le gouvernement, réfugié à Tours, peut prendre connaissance de ce qui se déroule dans la capitale française.

La technologie avait alors fait de grandes avancées. Quelques années avant la guerre, René Dragon avait mis au point un procédé réduisant la taille des photographies au point où il fallait un microscope pour les observer. Il avait réussi par exemple à fixer 400 portraits sur une surface de 2 mm carrés.

Cette nouveauté permet d’acheminer 3000 dépêches sur une pellicule pouvant être attachée à la patte d’un pigeon. Environ 115 000 dépêches ont ainsi pu être expédiées pendant le siège de Paris.

Comment font-ils?

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer l’incroyable habileté des pigeons à servir de messagers.

Les pigeons voyageurs sont devenus un instrument de communication crucial pendant les guerres. 

Photo : Schweizerisches Bundesarchiv, CH-BAR#E27#1000/721#14095#4508* / CC-BY-SA 3.0/CH

D’abord, il faut savoir que, lancés avec leurs précieux messages, ils retournent à leur point de départ, c’est-à-dire leur colombier, qui est leur nid. Monogame, le pigeon mâle revient surtout pour retrouver sa femelle, alors que celle-ci est plutôt motivée par l’idée de revoir ses petits. La nourriture peut aussi les pousser à rentrer au colombier.

Ils s’orientent grâce au soleil, à la lune ou même aux étoiles, par temps clair évidemment. Mais des études indiquent que le champ magnétique de la Terre joue pour eux le rôle d’une boussole. C’est que les pigeons ont des particules d’oxyde de fer dans le crâne et les muscles du cou qui interagissent avec le champ magnétique terrestre.

D’autres scientifiques croient que ces oiseaux peuvent détecter des infrasons provenant de leur colombier.

Cher Ami, on tire sur le messager

Les pigeons voyageurs connaitront leur dernière heure de gloire lors des deux conflits mondiaux du XXe siècle. L’histoire du pigeon «Cher Ami» est probablement la plus célèbre… si elle est vraie.

France, septembre-novembre 1918. Offensive de la Meuse, près de Verdun. C’est la dernière bataille de la Première Guerre mondiale, celle qui mènera à la signature de l’armistice du 11 novembre. Lors de l’attaque, une division américaine se retrouve prise au piège derrière les lignes allemandes. Le quartier général perd sa trace, car le signal radio est trop faible.

La division se fait bombarder par sa propre armée qui ignore sa position. Lorsque les troupes ennemies avancent dangereusement vers elle, la division dépêche des pigeons afin d’informer son commandement. Mais les soldats allemands parviennent à les abattre.

Un pigeon «militaire» s’envole avec son message enroulé sur une de ses pattes. 

Photo : Wikimedia Commons - Domaine public

Il ne reste qu’un pigeon nommé Cher Ami. La division américaine l’envoie, mais il est atteint d’une balle.

Est-ce la fin? Non. Cher Ami reprend son vol. Malgré ses blessures, il parcourt 40 km en 30 minutes, son message toujours attaché à sa patte droite abimée. Il accomplit sa mission. Entretemps, les tirs «amis» avaient cessé, mais grâce à Cher Ami, le sauvetage de la division a été facilité.

Amené aux États-Unis, le pigeon meurt quelque mois plus tard de ses blessures. Il devient un héros et reçoit même la Croix de Guerre américaine.

C’est une belle histoire, sauf que… En 2021, une enquête d’un conservateur du Musée national d’histoire américaine (où Cher Ami, empalé, est exposé) conclut que le récit a été embelli. Cher Ami a bel et bien transporté un message alors qu’il était gravement blessé. Mais plusieurs détails demeurent incertains.

Conclusion, ne laissez pas les faits gâcher une bonne histoire, comme l’a dit l’écrivain américain Mark Twain. Mais, ironiquement, personne ne sait avec certitude s’il a véritablement prononcé ces paroles…