Tout au long de leur cycle de vie, de l’extraction d’énergie fossile nécessaire à leur fabrication jusqu’à leur élimination, les plastiques représentent un danger.
L’océanographe Sarah-Jeanne Royer appelle à interdire en priorité les plastiques à usage unique.
«C’est un poison toxique», résume Sarah-Jeanne Royer, océanographe affiliée au Center for Marine Debris Research de l’Université Hawaii Pacific et membre de l’organisme Ocean Cleanup, dont l’objectif est de nettoyer les océans d’ici 2040.
À l’échelle de la planète, la production mondiale de plastique a plus que doublé entre 2000 et 2020 pour atteindre 460 millions de tonnes par an. Une quantité colossale qui devrait tripler d’ici 2060, selon les projections du Programme des Nations unies pour l’environnement.
Une très faible partie des déchets plastiques est recyclée – 9 % à l’échelle de la planète, 6 % au Canada. Plus de la moitié est enfouie dans des décharges ou incinérée. Le reste se retrouve dans l’environnement sous forme de fragments de macroplastiques, de microplastiques (taille inférieure à 5 millimètres) et de nanoplastiques (moins de 1 microgramme) à mesure qu’il se dégrade.
Ce sont les objets en plastique destinés à un usage unique qui connaissent la plus forte croissance de production.
«Ils représentent aujourd’hui 40 % de la production mondiale [des plastiques]. La priorité, c’est de les interdire, ça fera une grosse différence, avance Sarah-Jeanne Royer. Nous devons privilégier des produits plus durables, biodégradables, compostables.»
Les plastiques polluent tout au long de leur vie : avec le temps, les particules utilisées dans les bâtiments, les fibres textiles des vêtements ou la gomme des pneus se dégradent en micro et nanoplastiques et se retrouvent en suspension dans l’atmosphère.
Des millions de tonnes de déchets plastiques se retrouvent dans les océans. Cinq zones concentrant plusieurs milliers de tonnes de détritus en plastique ont été identifiées dans le Pacifique Nord et Sud, l’Atlantique Nord et Sud et l’océan Indien.
Une pollution hors de contrôle qui touche tous les recoins de la planète, jusqu’au sommet de l’Everest à plus de 8000 mètres d’altitude, dans la fosse océanique des Mariannes à 11 000 mètres de profondeur, dans les déserts, sur la banquise de l’Antarctique, etc.
En moins d’un siècle, l’humanité est devenue dépendante du plastique. Emballages alimentaires, jouets, vêtements, électronique, cosmétique, implants médicaux… Le plastique est partout. Il s’agit du troisième matériau le plus fabriqué dans le monde, après le ciment et l’acier. La Chine est à l’origine d’un tiers de la production mondiale.
Selon un récent rapport de Statistique Canada, le Canada a produit ou importé 7,1 millions de tonnes de plastique en 2020, une augmentation de 28 % par rapport à 2012. Les emballages représentaient près d’un tiers du plastique utilisé.
Toujours en 2020, près de cinq-millions de tonnes de plastique ont été jetées, principalement dans des décharges. Environ un sixième aurait été détourné pour être recyclé.
Le rapport évalue également qu’entre 2012 et 2020, près de 350 000 tonnes de plastique ont atterri dans la nature.
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Plus de 6 millions de tonnes de déchets plastiques aboutissent chaque année dans les milieux aquatiques, dont près de 2 millions de tonnes entrainées dans les océans par les cours d’eau.
Patrick Bonin de Greenpeace Canada alerte sur les dangers du plastique pour les écosystèmes marins.
Cinq grands gyres (tourbillons marins) concentrant plusieurs milliers de tonnes de détritus en plastique ont été repérés dans le Pacifique Nord et Sud, l’Atlantique Nord et Sud et l’océan Indien.
«Les microplastiques affectent la biodiversité marine, il y a des effets néfastes sur la croissance et la reproduction des organismes vivants, le plancton, les poissons, les oiseaux», observe Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada.
Toute la chaine alimentaire est contaminée par ces microplastiques. On estime que chaque personne consommerait chaque semaine jusqu’à 5 grammes de plastique, soit l’équivalent d’une carte bancaire.
Qui plus est, les plastiques (plus de 4 000 polymères différents sont recensés) se composent d’une multitude de substances chimiques ajoutées par les industriels pour les colorer ou accroitre leur résistance à la lumière ou à la chaleur.
«Le plastique est inerte en soi, ce sont tous les additifs ajoutés qui sont dangereux et toxiques pour la santé humaine», appuie Sarah-Jeanne Royer.
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Une étude du Réseau international pour l’élimination des polluants organiques persistants a répertorié plus de 13 000 produits chimiques différents contenus dans les plastiques. Pour la moitié, les données toxicologiques font défaut. Pour l’autre moitié, 3200 sont jugés comme des substances extrêmement préoccupantes.
Sabaa Khan explique que 99 % des plastiques sont fabriqués à partir de combustibles fossiles.
Dans cette longue liste se trouvent des phtalates, des bisphénols, des PCB, des retardateurs de flamme bromés ou encore des polluants éternels, les PFAS. Ces dernières sont des molécules associées à de multiples effets délétères sur la santé : cancers, perturbations du système endocrinien, naissances prématurées, infertilité, obésité, maladies cardiovasculaires.
Le plastique participe également au réchauffement climatique. Selon Sabaa Khan, directrice générale de la Fondation David Suzuki pour l’Atlantique et le Québec, «99 % du plastique est fabriqué à partir de combustibles fossiles, ce qui en fait une source importante d’émissions de gaz à effet de serre».
Un rapport publié le 12 avril par le Lawrence Berkeley National Laboratory réévalue à la hausse l’impact de la production de plastique sur le climat.
Si la production ne diminue pas de 12 % à 17 % par an à partir de 2024, elle fera dérailler à elle seule l’objectif de l’accord de Paris de maintenir le réchauffement en dessous de 1,5 °C même si des progrès sont accomplis dans les autres secteurs fortement émetteurs en gaz à effet de serre – transports, agriculture, énergie… –, alertent les auteurs du rapport.
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Vent de douceur de l’Ouest
Pochette de l’album Victoires et défaites.
Une fraicheur nous vient des Rocheuses, une voix douce, qui nous interpelle comme un rendez-vous doux entre deux vieilles connaissances. Paul Cournoyer, bassiste auteur-compositeur-interprète originaire de Calgary, nous propose un deuxième opus solo : Victoires et défaites.
L’artiste franco-albertain résume l’ensemble de ses expériences pour nous offrir onze plages à saveur folk rock et pop-rock où jeux de guitares et trames de piano séduisent.
Paul Cournoyer a conçu des orchestrations dont la profondeur n’a d’égal que celle des textes proposés. Sa plume nous interpelle sur l’essentiel, la vérité, l’instant présent et l’intégrité.
Quelques moments forts de l’album comprennent C’est bien comme ça, qui nous rappelle que malgré les détours, l’important c’est nous. Parfois est une superbe ballade sur le futur et l’inconnu. Avec Ça coule dans notre sang, l’artiste visite également l’univers blues pour nous parler de nos racines et de notre destin. La pièce titre Victoires et défaites nous rappelle de son côté qu’il y a toujours un prix à la réussite et à la victoire.
Chansons traditionnelles revisitées
Prairie Comeau est la rencontre de deux excellents musiciens, maitres de leurs instruments. Benoit Archambault, jadis de la formation Mes aïeux, et Anique Granger, autrice-compositrice-interprète de la Saskatchewan, nous invitent dans le jardin de notre inconscient avec L’emprunt(e) vol.1.
Ce jardin est celui de la bonne chanson traditionnelle d’avant les années 1960. Un effort de sobriété vient ajouter une certaine profondeur au produit final. Les voix de Benoit Archambault et Anique Granger sont un velours pour l’ouïe, on s’en rend compte dès la première pièce du EP; Tout passe.
Pochette de l’album L’emprunt(e) vol.1.
La réussite de ce produit tient aussi aux arrangements proposés. De merveilleux musiciens accompagnent le duo, dont un certain Michel Lalonde de Garolou sur la magnifique chanson Comment veux-tu.
Un autre moment percutant est l’interprétation de la pièce Les amants malheureux. Benoit et Anique nous livrent le texte tout en chuchotement. Ils terminent cet EP en offrant une version à capella tout à fait magistrale de La chère maison.
Un devoir de souvenir, c’est ce que nous offrent Benoit Archambault et Anique Granger. Prairie Comeau effectue un travail de relecture remarquable d’une sélection de chansons traditionnelles inoubliables. L’emprunt(e) vol.1 est un moment de tendresse fort appréciable et on ne peut qu’attendre avec impatience le vol. 2.
Vingt ans de carrière
En guise de célébration pour ses quinze ans de carrière, l’auteur-compositeur-interprète acadien Joseph Edgar nous livrait un album double. 2004-2014 Point picot est une belle sélection des meilleures compositions de cet artiste.
Joseph Edgar est un artiste acadien, auteur de l’album 2004-2014 Point picot.
Comprenant deux disques, cette compilation nous rappelle de beaux souvenirs. L’artiste offre des classiques revisités, en version live et, bien entendu, quelques inédits. On retrouve ainsi les Jo, Jane et Jim, Espionne russe, Oh ma ma! et Y’a un train qui s’en vient et bien d’autres belles chansons.
Quant aux inédits, il y a Black Jetta Blues, qui offre un jeu de guitare captivant, Entre les craques (le calepin d’un flâneur partie II)), l’un des excellents textes de l’album, Mille requiems, une belle trame folk intéressante, et Loin, loin, loin, un petit texte vraiment touchant.
Joseph Edgar, ex-membre de la formation acadienne Zéro Degré Celsius, voulait sortir un album solo. S’attendait-il à une carrière aussi fascinante? Peu importe, l’important est qu’il est l’un des artistes acadiens les plus importants de sa génération.
2004-2014 Point picot est un point d’arrêt pour regarder le chemin parcouru afin de mieux continuer. Pour ses 20 ans de carrière, Joseph Edgar vient tout juste de nous offrir un nouvel album original, que l’on analysera sous peu.
«Nous sommes très satisfaits de l’enquête menée par le Programme du travail», déclare Nathan Prier, président de l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP) en entrevue avec Francopresse.
Le 25 avril, l’agente de santé et sécurité du ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux, Marie-Ève Bergeron Denis, a conclu que des dangers persistaient pour les employés du Bureau de la traduction lors des heures de travail.
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«Le fait d’être exposé à un effet Larsen lors de l’utilisation d’un casque d’écoute constitue un danger pouvant causer des blessures graves, écrit Marie-Ève Bergeron Denis dans une instruction envoyée à l’employeur. L’exposition répétée à l’effet Larsen peut créer des atteintes permanentes sur la santé auditive des interprètes.»
Pour Nathan Prier, l’ordonnance de l’agente de santé et sécurité est une victoire.
Depuis le début de la pandémie de COVID-19, Nathan Prier affirme que ce sont plusieurs centaines d’accidents de travail que les interprètes ont rapportés en lien avec l’effet Larsen. «Ils ont enfin été entendus : c’est une menace sérieuse sur le lieu de travail.»
Néanmoins, il aura fallu attendre plus de quatre ans avant «de croire les interprètes», déplore le président.
Déclarer que l’effet Larsen est un danger offre aux membres et aux interprètes pigistes une protection additionnelle, ajoute-t-il.
Suite à la décision de l’agente de santé et sécurité, le président de la Chambre des communes, Greg Fergus, a partagé aux parlementaires par courriel lundi les pratiques à mettre en place pour protéger les participants lors des réunions.
Il est notamment question de garder les oreillettes en tout temps loin du microphone et de «rester à une distance constante du microphone lorsqu’on parle».
Ces pratiques exemplaires servent à prévenir l’effet Larsen, qui se produit principalement lorsqu’un microphone activé est à proximité d’une oreillette dont le volume est élevé.
Par ailleurs, le président de la Chambre des communes a annoncé dans ce courriel des changements techniques qui ont été apportés pour protéger les interprètes.
Par exemple, les oreillettes dans les salles de comité ont été remplacées par un modèle d’oreillette approuvé et des modifications ont été apportées à l’espace et l’équipement dans les salles de comité pour réduire les risques d’effet Larsen, en fonction des propriétés de la pièce.
Ce courriel a été favorablement accueilli par les membres de l’ACEP, qui représente 886 traducteurs, interprètes et terminologues. «Les interprètes ont besoin de ce genre d’allié», admet Nathan Prier, ajoutant que l’association a l’intention d’imposer ces règlements à chaque fois que les interprètes sont présents.
Le président de la Chambre des Communes, Greg Fergus, a envoyé un courriel aux députés pour rappeler les mesures à prendre lorsqu’on utilise le matériel d’interprétation.
Les pratiques imposées par le Programme du travail depuis le 29 avril semblent porter leurs fruits. «Tout le monde s’est conformé aux mesures […] Donc c’est très rassurant», annonce M. Prier.
Ces mesures permettront de non seulement protéger les interprètes, mais aussi d’éviter une suspension des travaux parlementaires.
Comme le rappelle Nathan Prier, la Loi sur les langues officielles oblige un échange simultané en français et en anglais. «C’est un grand problème s’il n’y a pas d’interprétation, on contrevient à la loi.»
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Pour Nathan Prier, c’est aussi un pas dans la bonne direction pour combler la pénurie de main-d’œuvre. «Une décision comme celle-là améliore les conditions pour tous les travailleurs à travers le pays et ailleurs. […] Comme nos membres sont capables de lutter pour leur propre santé et sécurité, je pense que ça va avoir des impacts sur le lieu de travail de tous les interprètes mondialement, mais surtout au Canada.»
Par ailleurs, dans un communiqué publié mardi, le Bureau de la traduction admet qu’elle reste préoccupée par les incidents qui continuent de se produire.
Dans cette optique, l’institution fédérale s’est dotée d’un plan d’amélioration continue pour protéger ses employés.
Ce plan inclut en 2024 une étude de l’Université Western sur la qualité perçue du son à la Chambre des communes, une étude de l’Université Laval sur la quantité de son (dosimétrie) reçue par les interprètes et une évaluation par l’Université d’Ottawa de l’évolution de la santé auditive des interprètes sur deux ans.
Le nombre d’heures de travail permises pour les étudiants étrangers passera de 20 à 24 heures par semaine à partir de l’automne 2024. C’est ce qu’a annoncé lundi le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Canada (IRCC), Marc Miller.
Pendant la pandémie de COVID-19, Ottawa avait mis en place une politique temporaire permettant aux étudiants de travailler plus de 20 heures par semaine hors campus. Cette politique n’avait pas été renouvelée ni prolongée et avait pris fin le 30 avril dernier.
«En autorisant les étudiants à travailler jusqu’à 24 heures par semaine, on s’assure qu’ils se concentrent principalement sur leurs études, tout en ayant la possibilité de travailler, si nécessaire», rapporte IRCC dans un communiqué.
Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, a été expulsé de la Chambre des communes après avoir tenu des propos jugés «non parlementaires» envers le premier ministre, Justin Trudeau.
La période de questions de mercredi a mené à l’expulsion du chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre.
Alors qu’ils débattaient sur la décriminalisation des drogues dures, Pierre Poilievre a utilisé le mot «wacko» [cinglé] pour décrire cette politique et le premier ministre Justin Trudeau.
Le président de la Chambre des communes, Greg Fergus, a demandé au député conservateur de retirer ces mots, ce qu’il a refusé de faire, les remplaçant par «radical» et «extrémiste».
Le président lui a alors demandé de quitter les lieux. M. Poilievre et les membres de son parti ont donc quitté la Chambre, puis les débats se sont poursuivis.
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Le Bloc québécois a appuyé la position de Greg Fergus. «Monsieur le président, je me permets de vous féliciter pour avoir fait preuve de gros bon sens», a lancé le chef du parti, Yves-François Blanchet, en Chambre.
«Les gens s’attendent à ce qu’on livre pour eux, qu’on travaille pour eux, et qu’on n’agisse pas comme des enfants, et le chef de l’opposition Pierre Poilievre doit arrêter d’agir comme un enfant», a lancé pour sa part la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, en mêlée de presse, mercredi.
De son côté, sur son compte X (anciennement Twitter), Pierre Poilievre dit avoir été censuré alors qu’il s’exprimait sur la politique de Justin Trudeau.
BREAKING: Today the Liberal speaker censored me for describing Trudeau's hard drug policy as wacko.
— Pierre Poilievre (@PierrePoilievre) April 30, 2024
6 people dying from overdoses every day in BC is wacko.
Kids playing next to used syringes is wacko.
Nurses worried about breastfeeding after breathing in toxic drug fumes is…
Alors que les conservateurs demandent la démission de Greg Fergus, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, soutient qu’il fait toujours confiance au président de la Chambre des communes. «La situation qui s’est passée [mardi], montre que Pierre Poilievre et les conservateurs sont des intimidateurs», a-t-il lancé lors d’un point de presse.
Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a soutenu le budget du parti libéral, déposé le 16 avril dernier par la ministre des Finances, Chrystia Freeland.
Le vote a eu lieu en fin de journée mercredi et la motion pour le budget a été adoptée avec 172 votes pour et 150 contre.
Le Parti conservateur, le Bloc québécois et le Parti vert avaient déjà affirmé qu’ils voteraient contre le budget.
«Dans ce budget, [le NPD] a forcé le gouvernement de mettre en œuvre des éléments pour réduire les pressions sur les gens et qui vont donner un coup de main aux familles», a lancé Jagmeet Singh lors d’un point de presse, mercredi.
Toutefois, il soulève des inquiétudes face au budget fédéral, tel que la prestation pour les gens qui vivent avec un handicap et le financement accordé aux logements et l’infrastructure des communautés autochtones restent faibles.
«Ça veut dire que les communautés autochtones vont continuer de vivre dans des situations inacceptables», a ajouté le chef du NPD. «J’ai dit clairement au premier ministre [Justin Trudeau], je dois voir ces problèmes réglés.»
Santé Canada avait autorisé la décriminalisation des petites quantités de drogues dures dans la province de la Colombie-Britannique, au début de l’année 2023.
Toutefois, ce projet-pilote adopté pour une durée de trois ans a des conséquences qui n’avaient pas été anticipées par les acteurs politiques. La province demande à Ottawa de revoir cette politique.
Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, a soutenu, dans un communiqué de presse datant du 26 avril, qu’il souhaite interdire la consommation de drogues illicites dans tous les espaces publics, tels que les hôpitaux, les transports en commun et les parcs.
«Notre priorité absolue est d’assurer la sécurité des personnes. Bien que nous soyons attentifs et compatissants à l’égard des personnes qui luttent contre la toxicomanie, nous n’acceptons pas les désordres de la rue qui font que les communautés ne se sentent pas en sécurité», a ajouté David Eby.
Une décision qui inquiète les défenseurs du projet pilote. «Sous couvert de mots vantant “l’empathie” de la province et de ses représentant·es, les actes, eux, montrent clairement que le bienêtre des plus précaires n’est pas une priorité, voire que ces derniers sont plutôt considérés comme une nuisance», dénonce le Centre communautaire francophone en Colombie-Britannique dans un communiqué.
Pour sa part, la ministre de la Santé mentale et des Dépendances du Canada, Ya’ara Saks, soutient que son ministère travaille de près avec la province tout au long du processus.
«À ce stade, nous avons demandé à la Colombie-Britannique des mises à jour et plus d’informations sur ce qu’elle nous a soumis, a-t-elle lancé en mêlée de presse mercredi. Nous comprenons qu’il s’agit d’une situation urgente, c’est pourquoi nous leur avons demandé de nous répondre de toute urgence, afin que nous puissions régler ce problème.»
Les fonctionnaires fédéraux pourront travailler moins d’heures à la maison chaque semaine.
La Secrétaire du Conseil du Trésor, Catherine Blewett, a annoncé mercredi que les fonctionnaires fédéraux retourneraient au bureau trois jours par semaine à partir du 9 septembre.
Des syndicats, dont l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP) de la fonction publique, s’opposent à ce changement politique.
«L’Association s’oppose fermement à toute modification à la politique gouvernementale sur le retour au bureau qui entraine une augmentation du nombre de jours de présence obligatoire du personnel au bureau», indique-t-elle dans un communiqué.
L’ACEP ajoute d’ailleurs que l’organisme syndical n’a pas été consulté en lien avec ces changements.
«Nous nous joindrons à nos membres et à leurs collègues sur leur lieu de travail pour lutter contre cette décision qui fait fi du bon sens, a déclaré le président de l’ACEP Nathan Prier. Il est clair que le gouvernement manque de vision et de cohérence. Notre confiance n’a jamais été aussi faible, nous ne nous laisserons pas faire.»
Le premier ministre Justin Trudeau a accusé son adversaire Pierre Poilievre de «courtiser» des extrémistes et des nationalistes blancs.
L’échange du 30 avril a commencé par une question en Chambre de Pierre Poilievre sur la décriminalisation des drogues en Colombie-Britannique.
En guise de réponse, le premier ministre Justin Trudeau a accusé son adversaire de «courtiser» des extrémistes et des nationalistes blancs, une référence à la brève visite accordée par le chef conservateur à un groupe de manifestants le 25 avril, et lui a demander de dénoncer les «groupes extrémistes» comme Diagolon.
Après quelques échanges, Pierre Poilievre est revenu à la charge. «C’est une politique cinglée (wacko) de ce premier ministre cinglé», a lancé le chef de l’opposition officielle, acclamé par les députés de son rang.
Le président de la Chambre des Communes, Greg Fergus, a ensuite demandé à quatre reprises à M. Poilievre de «simplement retirer» les propos dans lesquels il s’était servi du mot «cinglé».
Mais à chaque fois, le chef conservateur n’a fait que changer le mot, tantôt pour «radical», tantôt pour «extrémiste».
À bout de patience, le président a cité le règlement et a demandé à M. Poilievre de quitter la Chambre. Les députés conservateurs se sont tous levés pour suivre leur chef et le débat en Chambre s’est poursuivi entre les partis restants.
«Je ne le vois pas comme un évènement isolé ponctuel, je le vois comme un phénomène plus large qui est symptomatique d’un Parlement qui ne fonctionne pas très bien», analyse Geneviève Tellier, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa et chroniqueuse pour Francopresse.
Depuis quelque temps, les débats sont de plus en plus tendus, combattifs et agressifs, observe-t-elle.
Selon Geneviève Tellier, plusieurs facteurs peuvent expliquer l’évènement. Elle y voit aussi une faiblesse du Parlement actuel.
«Qu’est-ce qu’on fait avec le Parlement? Quel genre de discours veut-on donner? Ça fait des années que c’est empoisonné. On ne pose pas des questions et on ne répond pas aux questions, puis on laisse aller les choses.»
Selon la politologue, l’incident du 30 avril constitue la première réplique des conservateurs à la nouvelle stratégie des libéraux.
Pierre Poilievre joue souvent sur les émotions, remarque-t-elle. «Le Parti libéral a finalement dit “Ok, tu veux jouer sur les émotions, on va te suivre”. Jusqu’à présent, il résistait.»
Les tentatives d’associer Pierre Poilievre à des extrémistes et des nationalistes blancs de Justin Trudeau font partie de cette stratégie.
De son côté, Pierre Poilievre a rappelé les «costumes racistes» qu’a portés Justin Trudeau dans sa jeunesse, insinuant au passage que celui-ci avait déjà été un «raciste pratiquant». Il a également parlé de l’impact des drogues dures sur les infirmières qui allaitent leurs bébés en Colombie-Britannique.
J’ai l’impression que pour Pierre Poilievre, l’enjeu en ce moment c’est : «Ce n’est pas vrai que vous allez être plus émotif que nous. On va la gagner cette bataille-là.»
C’est donc, selon elle, cette compétition qui aurait mené la période de questions vers un échange aussi agressif.
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Le politologue Frédéric Boily croit que Greg Fergus est resté neutre au cours de l’échange.
Depuis l’évènement, les conservateurs remettent en question l’impartialité de Greg Fergus et demandent sa démission.
Pour Frédéric Boily, professeur de science politique au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, accuser Greg Fergus de favoritisme à l’égard des libéraux fait partie d’une stratégie plus grande.
M. Poilievre avance cette idée que «l’institution parlementaire, le président de la Chambre tout particulièrement, aurait un penchant libéral et ne serait pas complètement neutre. Par conséquent, il y a cette idée qu’on ne peut pas s’exprimer comme on le voudrait en Chambre [et] qu’il y a des tentatives de censure», analyse le politologue.
La CBC et les «universitaires de gauche», accusés de «wokisme» par les conservateurs, demeurent les cibles principales dans la lutte contre la censure menée par M. Poilievre, mais «le président de la Chambre se trouve un peu pris dans l’engrenage de tout ça», conclut-il.
Cheolki Yoon, professeur adjoint à l’École de communication sociale de l’Université Saint-Paul à Ottawa, fait remarquer que Pierre Poilievre a l’habitude d’utiliser des mots chocs.
Pour augmenter l’attirance de l’attention vers son propos, l’emploi d’un terme fort et offensif, ça peut s’aligner avec sa propre stratégie. Normalement, les expressions fortes, offensives, inhabituelles, cela attire plus d’attention […] Cet incident a été largement médiatisé.
Selon le professeur Cheolki Yoon, le débat sur la décriminalisation des drogues en Colombie-Britannique a été dilué par le jeu politique.
«Le vrai débat a été dilué», regrette le professeur, qui affirme que les partis politiques sont probablement déjà en campagne électorale.
Les élections ne sont pas encore déclenchées, dit le professeur Yoon, mais «le Parti conservateur a haussé la voix, intensifiant la critique envers le premier ministre Justin Trudeau».
Parmi les facteurs qui expliquent l’altercation du 30 avril, Geneviève Tellier mentionne les réseaux sociaux : «On cherche le fameux clip […] On fait un peu plus un spectacle, mais un spectacle encore plus court, plus pointu, plus punché. Ça donne peut-être le ton qu’on voit en ce moment à la Chambre des communes.»
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«Je pense que le style du chef y est pour beaucoup. Et ce n’est pas M. Poilievre qui va mettre la pédale sur le frein. Je pense qu’il aime ce style combattif», complète Geneviève Tellier.
D’après elle, les choses peuvent rapidement changer au Parlement avec un nouveau chef de parti.
Je fais toujours en ce moment le parallèle avec Paul St-Pierre Plamondon au Québec, qui lui a dit «moi je vais faire la politique différemment», il l’a fait différemment et ça fonctionne.
Sur la question du style, Pierre Poilievre a déjà été accusé par les libéraux d’être un «Trump canadien». «Ça n’a peut-être pas été aussi efficace qu’on pourrait le penser», estime Frederic Boily.
«Est-ce que là, ça va fonctionner de dire que [les libéraux] sont au-dessus de la mêlée pendant que Poilievre s’énerve et qu’il montre son côté pour le moins turbulent? Je n’ai pas l’impression que ça peut être une stratégie aussi gagnante. Ça pourrait le devenir si des épisodes se répétaient du côté de Pierre Poilievre et s’il commet de plus en plus de faux pas.»
On connait la chanson : «c’est une langue belle» ou encore «c’est la langue de mon cœur»… Les airs ne manquent pas pour professer son amour de la langue française ni pour rappeler qu’elle est en danger.
En effet, l’avenir du français suscite des inquiétudes, qu’elles portent sur la pureté de la langue ou sur sa survie au Canada. Des décennies de politiques culturelles pour protéger cette langue et de sorties publiques dénonçant les phénomènes, et le plus souvent les groupes, qui la menacent nourrissent ces préoccupations.
Amour et crainte
Les deux sentiments – amour et crainte – vont d’ailleurs souvent de pair, comme dans les cris du cœur partagés par le journaliste et politicien Jean-François Lisée et le sociologue Joseph Yvon Thériault.
Joseph Yvon Thériault est professeur à l’Université du Québec à Montréal depuis 2008, après avoir enseigné à l’Université d’Ottawa pendant 30 ans (de 1978 à 2008), où il a notamment été titulaire de la chaire de recherche Identité et francophonie.
Tous deux s’inquiètent du fait que le français n’est pas la langue d’usage autour d’eux, soit à Montréal. Ils témoignent d’une blessure à l’amour-propre des membres de la population québécoise ou francophones blanc·hes dont les familles sont au pays depuis plusieurs générations.
Comme beaucoup de personnes qui commentent l’actualité et l’état des mentalités, Lisée s’appuie sur des récits anecdotiques afin de proposer une théorie qui se veut valable pour expliquer la société et les actions nécessaires.
Or, cette théorie ne peut tenir la route. Lisée commet une erreur fréquente, celle de méprendre une impression individuelle pour une compréhension généralisée.
Ainsi les personnes qu’il mentionne ne peuvent le renseigner que sur leurs propres perceptions et nullement sur ce qui a réellement lieu dans les écoles ou à l’échelle de la société.
De telles impressions, bien qu’elles soient partagées par un grand nombre de personnes, ne sont pas pour autant vraies, puisqu’elles se transmettent et s’amplifient par la discussion et les médias comme un fait ou une interprétation relevant du sens commun.
Le fait de recevoir de nombreux témoignages (par exemple, par courriel) ne permet pas davantage de faire des généralisations, puisqu’il n’y a aucune manière de savoir s’ils sont représentatifs d’une réalité plus large… ni de vérifier leur véracité.
En utilisant la chronique de Lisée comme tremplin, Thériault prend bien soin de tempérer l’élan anti-immigration de ce texte. Il s’éloigne du genre de pensée qui mène Lisée à créer, par exemple, une catégorie de «natifs» qui exclut les enfants nés à Montréal de deux parents nés à l’étranger.
Thériault nous renvoie à une mutation sociale plus large : l’individualisme et les fragmentations des identités collectives.
Toutefois, le message essentiel de son court essai est que les lois linguistiques, malgré leurs succès, ont échoué à faire aimer la langue française et «la culture franco-québécoise».
Sans pouvoir critiquer ici les méthodes de la théorisation sociologique de Thériault ni les articles et livres universitaires qui lui servent d’appui, arrêtons-nous sur ces formules et interrogeons-nous sur leurs conséquences.
À lire : Entretien avec Joseph Yvon Thériault : pour une véritable société franco-canadienne
Est-il possible d’aimer une langue?
Quand on affirme aimer le français, que dit-on au juste?
Une langue n’est pas un invariant, ses formes écrites ont peu à voir avec ses formes parlées et elle n’est pas une, mais toujours multiple.
Aimer le français, ce serait donc aimer ce français, tel qu’il est parlé à un moment, en un endroit. Ce serait alors aimer ses sonorités, le trouver agréable, ce qui n’implique aucunement quelque besoin de le parler.
Ce peut aussi être aimer sa flexibilité, sa diversité – mais dans ce cas, qui revient à aimer le langage en général, il est difficile de dire ce qui le distinguerait des autres langues et créerait la nécessité de le parler… d’autant plus que l’existence du français n’est nullement en danger dans le monde.
Thériault dévoile un autre aspect de l’amour de la langue. Il exprime en effet la nécessité de faire aimer la langue française, mais aussi le besoin de faire aimer la culture franco-québécoise. Il en va de même des cultures acadienne et franco-canadienne en général.
L’amour de la langue renvoie dans ce cas à l’identification à une collectivité. Aimer le français, ce serait donc aimer les personnes qui le parlent à un endroit ou encore aimer le parler avec elles.
Aimer la langue, mais non ses locuteurs?
Thériault et Lisée, malgré les différences importantes dans le type de discours employé et l’attitude face à l’immigration, partagent une même vision.
Tous deux distinguent celles et ceux qui s’identifient à la langue et à la culture des francophones de celles et ceux qui vivent au sein de cette culture et parlent cette langue, sans s’y identifier et sans aimer les personnes qui la parlent.
De part et d’autre, on renforce l’idée d’une unité linguistique et culturelle et d’une harmonie que permettent l’amour de la langue et la culture. Cette unité et cette harmonie sont alors le véritable objet des craintes.
On voit finalement que ce n’est pas le fait de parler français qui leur importe, mais bien l’attitude avec laquelle on le parle.
Il ne suffirait pas de parler français ou de faire que plus de gens parlent français au Canada que ce que nous avons pu voir depuis fort longtemps. Il faudrait également aimer la culture, la langue, la majorité et s’en montrer reconnaissant.
Encore faudrait-il que l’unité et l’harmonie aient déjà existé. Les appels à l’harmonie et à la bonne entente sont des stratégies discursives qui cherchent à enterrer la dissension, à cacher les différends, à masquer la mésentente.
Ces deux textes font abstraction du fait que la dénonciation du racisme dans l’espace public augmente en réponse à des mesures juridiques qui racialisent et excluent des groupes entiers de l’espace public.
Si la dénonciation peut sembler nouvelle, le refus du racisme existe depuis toujours au sein des communautés racisées. L’exclusion n’est donc pas une auto-exclusion.
Au bout du compte, on reproche à des personnes présentées comme externes à ce qui serait une véritable société francophone de ne pas éprouver les sentiments convenables envers cette société et la langue qu’elle privilégie.
Ce faisant, on place comme objet d’amour des phénomènes aux contours mal dessinés, changeants, qui deviennent des critères impossibles à remplir.
Ce faisant, on se permet de mépriser celles et ceux qui, malgré toutes ces opérations de mise à distance, parlent la langue, cohabitent avec le français et participent à une vie commune.
Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie (MétisPresses, 2018).
«On est très consterné et très inquiet, lance le Canado-Haïtien Bathélemy Bolivar en entrevue avec Francopresse. On est entre la frustration, la confusion et la colère par rapport à tout ce qui se passe dans le pays.»
D’origine haïtienne, le professeur associé à l’Université du Manitoba et chercheur dans les domaines de l’intégration des immigrants et de l’antiracisme, suit la situation de très près depuis les premiers jours.
Bathélemy Bolivar souhaite voir un meilleur soutien de la part du Canada avec une participation active des Haïtiens.
Un sentiment d’impuissance
Qu’ils soient installés au Canada depuis longtemps ou qu’ils soient nés ici, beaucoup de Canadiens d’origine haïtienne ont encore des proches dans le pays.
Comme l’explique Bathélemy Bolivar, Haïti est un pays de 27 750 km2 et d’environ 11 millions d’habitants. «Donc, peu importe ce qui se passe, on connait quelqu’un quand même qui connait quelqu’un.»
Les médias sociaux et les applications de messagerie, telles que WhatsApp, permettent à l’information de circuler rapidement entre les communautés.
Pour le professeur, le sentiment d’impuissance est fort dans la diaspora haïtienne. Les Canadiens-Haïtiens se sentent pour la plupart incapables d’apporter leur aide à leurs compatriotes en Haïti.
«[Quand] je parle d’aider, [c’est] en fonction de faire quelque chose de structurel et à long et à court terme pour que les gens puissent avoir au moins ce niveau de dignité», explique-t-il.
Le conseil de transition est composé d’Edgar Leblanc Fils (ancien président du Sénat d’Haïti), Fritz Alphonse Jean (ancien gouverneur de la banque centrale d’Haïti), Laurent Saint-Cyr (entrepreneur), Emmanuel Vertilaire (avocat), Leslie Voltaire (ancien ministre et diplomate), Smith Augustin (ancien diplomate) et Louis Gérald Gilles (médecin et ancien sénateur).
Edgar Leblanc Fil a été désigné président du conseil le 30 avril.
Ketcia Peters a dirigé une rencontre entre les membres de la communauté haïtienne à Ottawa, ainsi que leurs alliés, pour les aider à faire face aux traumatismes de la crise haïtienne.
Mais aussi, un sentiment de désespoir
Ketcia Peters, directrice générale de Nord-Sud Développement Racines et Cultures Canada, partage les mêmes émotions.
«Le désespoir est vraiment le sentiment qui est souvent reflété et répété [dans la communauté]», dit-elle.
Lorsqu’un Haïtien vivant au Canada reçoit un appel provenant d’Haïti, il y a à la fois ces sentiments de peur, de stress et de culpabilité qui surviennent, révèle Ketcia Peters.
Certaines personnes se sentent coupables ou responsables de ne pas avoir fait plus et parfois plus vite pour sortir leurs familles ou leurs proches de cette situation.
«Nous, au Canada, on est vraiment limité dans les possibilités de ce qu’on peut leur offrir, de ce qu’on peut faire», indique Ketcia Peters.
Obligé de quitter son chez-soi
Retourner à Haïti, c’est une manière pour plusieurs de se ressourcer. Cependant, cette quiétude peut rapidement faire place à la panique lorsqu’une situation de crise survient, comme l’explique Bathélemy Bolivar.
«On veut se reconnecter avec notre monde. Mais, une fois qu’on est là, on ne peut pas vivre et le Canada doit encore nous [sortir de là]. En fait, côté culturel, côté émotionnel, côté sentimental, ce n’est pas sain.»
C’est une situation que l’on retrouve souvent. Une femme Canado-Haitienne, à qui Francopresse a accordé l’anonymat pour éviter des répercussions sur sa vie personnelle, est la première fille de parents immigrants.
Depuis leur retraite, ses parents retournent souvent en Haïti pour y rester quelques mois, afin de se ressourcer, de retrouver ce sentiment de communautarisme.
Malheureusement, lorsque la situation a empiré à Port-au-Prince en mars dernier, ils ont dû écourter leur voyage cette année et tenter de rentrer au Canada.
Une situation qui a causé beaucoup de stress et d’anxiété chez leur fille, et aussi vécue par plusieurs personnes de la diaspora.
Avec l’insécurité qui sévit dans le quartier où ses parents demeurent et les problèmes de santé importants qu’ils ont, la femme craignait d’avoir une mauvaise nouvelle lorsqu’elle recevait un appel de sa famille.
De la souffrance à l’indifférence
Toutes ces émotions engendrent un sentiment de déni chez plusieurs membres de la communauté, selon Ketcia Peters.
Par exemple, elle remarque que les Canado-Haïtiens ne veulent plus suivre les nouvelles d’Haïti, car «ça leur fait mal au cœur».
De son côté, la Canadienne d’origine haïtienne admet qu’elle se sent indifférente face à la crise en Haïti. «Peut-être parce que ça me fait mal, peut-être parce que j’en ai un petit peu honte, peut-être parce que je ne comprends pas non plus l’histoire», confie-t-elle, pensive.
N’importe qui, qui a encore l’amour pour Haïti, qui a encore de l’amour pour les gens proches qui demeurent en Haïti, est en train de vivre un cauchemar présentement
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Frustration face à la participation canadienne
Le 7 avril dernier, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, annonçait la fin de l’opération des départs assistés pour aider les Canadiens à quitter Haïti.
«Nous avons aidé plus de 250 Canadiennes et Canadiens, résidentes et résidents permanents et membres de leur famille admissibles à quitter le pays, grâce à une étroite collaboration avec Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada et l’Agence des services frontaliers du Canada», déclarait le ministère dans un communiqué.
Pour plusieurs Haïtiens, ce geste n’a pas été suffisant pour aider leurs confrères coincés dans l’insécurité extrême à Port-au-Prince.
«On se demande pourquoi c’est tellement difficile [d’aider Haïti], pourquoi carrément ne pas sécuriser le pays au lieu d’envoyer quelques avions pour normalement les faire sortir des gens du pays», soutient Bathélemy Bolivar, jugeant le Canada responsable de la situation haïtienne avec le Core Group.
Avec le conseil présidentiel qui a prêté serment, Bathélemy Bolivar est d’avis que c’est aux Haïtiens de décider de leur gouvernance, mais c’est aussi à Ottawa d’apporter leur soutien comme à l’Ukraine.
«Ce qu’on demande des puissances qui entourent Haïti, c’est de traiter Haïti comme un pays majeur, comme un pays qui a une certaine autodétermination, et ne pas décider à la place du peuple et donc respecter la volonté de ce peuple», ajoute-t-il.
Passer à travers cette période difficile
Chaque personne dans une situation similaire a sa propre façon de surmonter ce sentiment d’impuissance.
Comme auteur, Bathélemy Bolivar écrit et s’entoure d’une communauté haïtienne au Manitoba. «Ça me permet de créer ma propre Haïti, mais je le sais ce n’est qu’une illusion, car Haïti continue de sombrer dans la déchéance la plus amère, la plus sordide.»
Ketcia Peters a encouragé les participants a accepté et embrassé leurs traumatismes.
Pour Ketcia Peters, aussi coach de traumatisme, c’est aussi important de pouvoir recréer cette communauté. C’est pour cela qu’elle a organisé une rencontre avec la diaspora haïtienne le 30 avril, avec comme thème : Guérir ensemble : Soutenir la communauté haïtienne de la capitale nationale.
Cette rencontre a permis à une dizaine de membres de la communauté haïtienne et des alliés de partager leurs émotions et leur façon de vivre la situation.
Alors que certains ont parlé de désarroi, de tristesse, de déchirure, l’espoir s’est frayé une place dans cette conversation intime et sincère.
Par ailleurs, Ketcia Peters exhorte aussi le gouvernement fédéral à apporter un soutien aux membres de la communauté haïtienne.
«Un support de pair [le gouvernement canadien et la communauté haïtienne au Canada] pour pouvoir supporter les gens psychologiquement à long terme, puis physiquement aussi bien sûr parce que le traumatisme souvent a un effet physique», avance-t-elle, ajoutant que le gouvernement pourrait offrir des subventions à la communauté afin d’avoir accès à des professionnels de la santé gratuitement.
Après une semaine d’âpres tractations entre un millier de délégués de 175 pays, les négociations pour aboutir à un traité mondial de lutte contre la pollution plastique se sont achevées dans la nuit du 29 avril à Ottawa.
Sous l’égide de l’ONU, les représentants nationaux se sont quittés sur l’engagement de poursuivre les pourparlers en sous-comités, avant un ultime rendez-vous prévu du 25 novembre au 1er décembre, en Corée du Sud.
Au cours de l’été, les discussions des comités porteront sur les moyens de mettre en œuvre ce traité juridiquement contraignant, dont les mécanismes nécessaires à son financement, et sur l’évaluation d’une liste de substances chimiques jugées préoccupantes.
Malgré la demande du Rwanda et du Pérou, la production de plastique ne se retrouve pas au programme de ce travail entre les deux sessions. Ce point demeure cependant présent dans le projet de texte et sera donc abordé en Corée du Sud.
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Patrick Bonin de Greenpeace Canada se montre prudent quant aux chances d’aboutir à un accord contraignant sur le plastique d’ici la fin de l’année.
Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada, qualifie les négociations de «rendez-vous manqué» : «Les États ont progressé vers un texte qui peut servir de base au futur traité, mais ils s’éloignent de plus en plus de ce que la science exige pour résoudre la crise. Les enjeux cruciaux n’ont pas été réglés.»
«La priorité est devenue un traité à tout prix et non un traité ambitieux. Il n’y a pas beaucoup d’avancées et de changements substantiels», renchérit Karen Wirsig, responsable du programme des plastiques chez Environmental Defence.
Seule bonne nouvelle, selon elle, le texte est «plus direct» et «toutes les options sont encore sur la table», y compris les plus ambitieuses.
Elizabeth May, cheffe du Parti vert du Canada, regrette également l’absence de «résultats solides» et «d’options claires», prêts à être discutés en Corée du Sud.
Cette session a certes accouché d’une ébauche de texte, mais elle a surtout confirmé de nombreux points de désaccord.
Deux blocs s’affrontent. Une coalition, présidée par la Norvège et le Rwanda, rassemblant 65 membres, dont le Canada et l’Union européenne, défend un texte de «haute ambition». Ce groupe veut agir à la source et met l’accent sur la réduction de la production de plastique.
Les organisations non gouvernementales (ONG) militent elles aussi pour une réduction de 75 % de la production à l’horizon 2040.
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La coalition dite «de haute ambition» plaide par ailleurs pour l’élaboration d’une liste noire d’articles à usage unique (Coton-Tige, couverts jetables, sacs…) et de substances chimiques préoccupantes à interdire (bisphénol, PFAS, retardateurs de flamme…).
En matière de financement, la coalition défend le principe du pollueur-payeur et plaide pour la mise en place de filières de responsabilité élargie du producteur (REP) au niveau planétaire.
Sur le volet économie circulaire, les pays les plus ambitieux rappellent l’importance de conserver l’ordre du principe des «5 R» (réduction, réemploi, réutilisation et réparation et, en dernier recours, recyclage) et d’introduire des objectifs d’écoconception dans le traité.
Les ONG critiquent néanmoins le manque de leadeurship de cette coalition pendant le dernier round de négociation à Ottawa.
Karen Wirsig d’Environmental Defence se dit déçue des résultats de la quatrième et avant-dernière phase de négociations pour arriver à un traité mondial de lutte contre la pollution plastique.
«Ils ont sacrifié leurs ambitions pour tenter de trouver un compromis à la baisse», déplore Karen Wirsig.
«Comme riche pays pétrolier et nation hôte, le Canada ne s’est pas tenu debout sur les points les plus importants, il n’a pas fait preuve de fermeté sur l’établissement d’un plafond mondial de production», ajoute Patrick Bonin.
Aux yeux de Sarah-Jeanne Royer, océanographe affiliée au Center for Marine Debris Research de la Hawaii Pacific University, la position du Canada reflète «un équilibre délicat entre ses ambitions environnementales et ses intérêts économiques de quatrième producteur de pétrole mondial».
En face, plusieurs pays producteurs de pétrole et de plastique ne partagent pas la même ambition. Ils ont monté autour des pays du Golfe une coalition pour la durabilité du plastique regroupant l’Iran, la Russie, le Brésil ou encore l’Inde.
Ces pays se montrent réticents à toute obligation de réduction de la production et privilégient une approche fondée sur le recyclage, qui plafonne aujourd’hui en dessous de 10 % à l’échelle mondiale.
«Ils ont des intérêts économiques et politiques spécifiques qui rendent la négociation très difficile. Derrière, il y a une pression forte de l’industrie pétrochimique», analyse Sabaa Khan, directrice générale de la Fondation David Suzuki pour l’Atlantique et le Québec.
«Les lobbyistes ont été plus présents et agressifs que jamais à Ottawa. Les États sont trop à leur écoute», abonde dans le même sens Karen Wirsig.
La Chine, premier producteur mondial, et les États-Unis, premier consommateur, ne font pas officiellement partie de cette alliance, mais sont sur la même ligne.
«Les États-Unis tiennent un double discours, ils prétendent être un leadeur, mais, en réalité, ils jouent un rôle très effacé et bloquent intentionnellement les efforts pour parvenir à une entente forte», considère Patrick Bonin.
Isabelle Des Chênes de l’Association canadienne de l’industrie de la chimie, est contre une limitation de la production de plastique à la source.
Du côté de l’industrie, Isabelle Des Chênes, vice-présidente des politiques de l’Association canadienne de l’industrie de la chimie, assure que le secteur «supporte pleinement un traité contraignant» sur les déchets plastiques.
«Mais la limitation de la production aura trop de conséquences socioéconomiques négatives, le monde de demain a besoin de plastique, la transition énergétique ne peut pas se faire sans», affirme-t-elle.
La responsable appelle plutôt à miser sur l’innovation pour améliorer les systèmes de collecte et de gestion des déchets tout en créant de nouveaux produits moins polluants.
Pour Sabaa Khan, le recyclage est une «fausse bonne solution», en raison de son cout, de ses effets négatifs sur l’environnement et de l’impossibilité de recycler de nombreux plastiques.
Dans ce contexte tendu, le temps presse. L’objectif est d’aboutir à un texte juridiquement contraignant avant la fin de l’année, pour une adoption formelle au premier semestre 2025.
«Je ne suis pas sûr que les États en soient capables. Même si certaines discussions importantes ont eu lieu, le travail qui reste à accomplir est gigantesque», prévient Patrick Bonin.
Google a consenti à verser 100 millions de dollars aux médias canadiens pour se conformer à la Loi sur les nouvelles en ligne (anciennement projet de loi C-18). Cette somme doit être divisée entre les médias, mais la méthode de gestion proposée déplait aux plus petits médias.
Une structure de négociations pour le partage de la redevance a été proposée au géant du Web par un regroupement de médias. Les membres du Consortium des médias communautaires de langues officielles en situation minoritaire, qui représente 98 médias partout au Canada, ont refusé d’y adhérer, mais ils ne sont pas les seuls.
Les membres du Consortium sont Réseau.Presse (éditeur de Francopresse), l’Association des journaux régionaux du Québec (AJRQ), l’Alliance des radios communautaires (ARC) du Canada et English-Language Arts Network (ELAN).
Dans la structure financière proposée à Google, un Collectif de médias en ligne recevra et répartira les 100 millions entre trois groupes rassemblés par types de médias. Le Collectif a été créé parce que Google veut avoir un seul interlocuteur.
Ce Collectif sera principalement un conseil d’administration composé d’un membre de chacun des trois groupes : CBC/Radio-Canada (qui recevra 7 millions de dollars), les radiodiffuseurs et télédiffuseurs admissibles (30 millions) et les médias imprimés et numériques admissibles (63 millions).
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«On ne trouve pas que la radio anglophone au Canada représente autant les radios francophones en milieu minoritaire que le fait l’ARC», explique Pierre Sicard.
Peu de place pour les petits
Dans ce scénario, les membres du Consortium se retrouvent dans le même bain que des joueurs plus grands qu’eux.
Pour Pierre Sicard, directeur général de l’ARC, refuser de signer le document envoie le message à Google que la structure proposée n’est pas dans l’intérêt de tous les médias.
Un seul représentant peut occuper le siège de la radio à but non lucratif, alors qu’il y a plus qu’une association.
«Si on y va au ratio en termes de membres, l’association qui rejoint les radios anglophones au Canada […] est un petit peu plus grosse, explique-t-il. On sait très bien que si jamais c’est l’association des radios anglophones qui prend le dessus, la réalité de nos radios francophones au Canada ne sera pas respectée ou ne sera pas prise en compte.»
René Chiasson est aussi directeur du développement des affaires de l’Acadie Nouvelle.
Du côté de la presse écrite et numérique, les membres des grandes associations, comme News Media Canada et Hebdos Québec, constituent la majorité du groupe recevant 63 millions de dollars.
Les modalités et la structure de gouvernance proposées ne tenaient pas compte de la situation particulière des journaux desservant des communautés de langues officielles en situation minoritaire, indique de son côté René Chiasson, coprésident de Réseau.Presse dans un courriel.
«La structure proposée risquait de favoriser davantage les grandes organisations, au détriment des plus petites organisations comme la nôtre», dit-il.
Brenda O’Farrell, présidente de l’AJRQ, qui représente les journaux communautaires de langue anglaise du Québec, est quant à elle déçue du manque de représentation des plus petits médias dans la structure proposée.
D’après Brenda O’Farrell, la structure proposée laisse plus de place aux grands joueurs, reflétant mal tout l’écosystème médiatique du pays.
«Si on veut aider une industrie en crise, il faut regarder les besoins, dit-elle. Les plus petits médias ont besoin de quelque chose à quoi s’accrocher, et il n’y a aucune garantie dans ce sens. […] Il faut que tout le monde ait une place à la table.»
Selon elle, les grands joueurs ne «veulent pas écouter les plus petits» et «ont les yeux fixés sur l’argent qu’ils peuvent toucher».
Même s’ils ne font pas partie des négociations, les médias membres des associations qui n’ont pas signé l’entente pourraient quand même recevoir une part du montant s’ils sont admissibles selon les règles établies par la Loi et le Collectif.
Francopresse a contacté News Media Canada pour ses commentaires, mais n’a pas reçu de réponse avant l’heure de tombée.
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Cathy Edwards explique que CACTUS a envoyé une lettre à Google pour expliquer leur refus de signer. La confusion par rapport au système d’adhésion et de vote fait partie des raisons.
Le privé domine
L’Association canadienne des usagers et stations de la télévision communautaire (CACTUS), qui aurait fait partie du groupe gérant 30 millions de dollars, a aussi refusé de signer. Selon sa directrice générale, Cathy Edwards, le modèle proposé ne permet pas de représenter les intérêts de ses membres, que CACTUS le signe ou non.
Dans ce groupe, note-t-elle, «il y a quatre sièges pour la radio commerciale, deux sièges pour la télévision commerciale […], un siège pour un télédiffuseur [autochtone], un siège pour la télévision non lucrative [communautaire] et un siège pour la radio non lucrative [communautaire]».
Cathy Edwards raconte que les deux associations de télévision communautaire au pays – l’autre étant la Fédération des télévisions communautaires autonomes du Québec (FTCAQ) – étaient prêtes à partager le siège.
Mais un déséquilibre demeure selon elle : «Ce n’est pas équitable. Ce n’est pas une représentation des besoins et des intérêts du secteur entier, mais plutôt celle du secteur privé».
Pierre Sicard fait une remarque similaire : «C’est le privé versus le sans but lucratif. [Le privé] aussi a de la difficulté à arriver dernièrement et là, il voit une solution pour renflouer les coffres. Quelque part, nous on est là, on revendique et on est comme un peu le talon d’Achilles.»
Préserver le journalisme passe par les petits médias
La représentation des médias communautaires sera surtout importante dans l’interprétation de la loi, estime de son côté Cathy Edwards. Même si les critères d’admissibilité aux fonds sont décrits dans la loi, certains sont sujets à interprétation.
«[La loi] n’est pas toujours très précise. Par exemple, sur le nombre d’employés à temps plein engagés dans la production de nouvelles, le “temps plein” n’est pas clair. Est-ce que c’est 30, 35 ou 40 heures par semaine? Si c’est 30, des membres ayant deux employés à 30 heures par semaine sont admissibles. Mais si c’est 35, ils ne le sont pas», explique-t-elle.
«Une fois qu’il y a un collectif qui décide de qui est ou non éligible, il peut y avoir des décisions qui excluent beaucoup de plus petits [médias]. Et c’est pour ça qu’on a besoin d’une voix.»
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«Le but de la Loi sur les nouvelles en ligne, entre autres, est de préserver le journalisme, rappelle Cathy Edwards. La presse, qui est réellement importante et que nous risquons de perdre, est celle des petites communautés. […] Si on la perd, on perd du journalisme dans une communauté entière, parfois une région.»
C’est pour cette raison que, selon elle, les besoins des plus petits médias doivent être mis de l’avant dans ce processus. «Ce sont les plus fragiles et les plus importants pour le Canada rural. Les grandes villes auront toujours une presse quelconque.»
À l’heure actuelle, le Consortium évalue ses options juridiques en vertu de la Loi sur les langues officielles, qui n’est pas respectée par C-18 selon lui.
«Quand on pense à une société d’histoire, souvent, on a un peu cet esprit de voir une étagère poussiéreuse, avec des livres poussiéreux, qui sont fort intéressants peut-être, mais pas très attractifs», regrette Alexandre Chartier, directeur général de la Société historique de la Saskatchewan.
«Oui, il y a bien une étagère de livres, parce que c’est une société de savoir, de savants, d’histoire; mais la poussière n’est qu’un stéréotype», ajoute-t-il.
Dès son arrivée au sein de l’association, en 2013, le directeur a voulu qu’elle soit partie prenante de la communauté.
«Il y a beaucoup de rayonnement à faire, de promotion […] Par exemple, dès qu’un organisme voulait travailler sur l’histoire, on leur demandait de venir nous voir et on allait travailler avec eux. Le but du jeu, ça a été de devenir presque indispensable pour la communauté», raconte-t-il.
Pour ne pas faire partie des meubles, beaucoup de sociétés tissent des partenariats avec d’autres organismes francophones. Parfois, leur survie financière en dépend.
En plus de préserver le patrimoine historique et culturel, les sociétés historiques francophones contribuent à renforcer le sentiment d’appartenance.
«Il y a un lien entre les besoins d’une communauté et son désir d’assoir son origine sur une histoire», explique Stéphanie St-Pierre, professeure d’histoire à l’Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse. Pour pouvoir, entre autres, légitimer la présence francophone sur un territoire.
Au Yukon, la société veut également partager une histoire «qui commence à être connue chez les francophones», mais qui reste encore «très méconnue chez les anglophones et les Premières Nations», déclare son président, Yann Herry.
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Si certaines sont implantées depuis des décennies, d’autres sont beaucoup plus récentes, comme celle du Yukon, créée en 2021, «la seule au nord du 60e parallèle», rappelle Yann Herry, son président.
La Société d’histoire francophone du Yukon (SHFY) compte entre 60 et 70 membres, mais très peu de moyens.
«L’objectif de 2024 et 2025, c’est vraiment de répondre aux critères de Patrimoine canadien pour être reconnu comme société d’histoire et avoir accès à un financement de base qui permettrait d’avoir des employés. Mais pour le moment, il faut faire nos preuves», partage, lucide, Yann Herry.
À l’occasion des 125 ans du Yukon comme entité politique canadienne séparée des Territoires du Nord-Ouest, L’Aurore boréale a réalisé, en partenariat avec la Société d’histoire francophone du Yukon (SHFY), un recueil de photos et d’anecdotes témoignant de la présence des francophones sur le territoire, de la ruée vers l’or à nos jours.
«On n’avait pas nécessairement les capacités en ressources humaines pour faire des recherches sur un projet de cette ampleur-là», confie Maryne Dumaine, directrice et rédactrice en chef du journal.
En retraçant le parcours de la communauté francophone, ce projet est aussi un moyen de rappeler «l’importance de toujours militer pour conserver les droits», souligne Yann Herry.
«Pour savoir Yukon va, il faut savoir Yukon vient», sourit Maryne Dumaine.
Chaque société a ses propres défis à relever. «Il y a vraiment beaucoup de particularités selon les régions. C’est vraiment très individuel», observe Stéphanie St-Pierre.
L’un des principaux défis auxquels font face ces sociétés reste le manque de ressources humaines. La plupart du temps, elles sont tenues à bout de bras par des équipes de bénévoles chevronnées.
«Il y a de plus en plus d’occasions de faire du bénévolat, mais pas nécessairement plus de bénévoles. On épuise souvent notre bassin», observe Stéphanie St-Pierre, aussi membre de la Société historique acadienne de la Baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse.
Si certaines équipes, comme en Saskatchewan, affichent une moyenne d’âge parfois en dessous de 30 ans, d’autres peinent à attirer de jeunes recrues.
«C’est beaucoup des membres qui sont plus âgés, donc ça fait que c’est toujours un groupe de personnes ainées qui s’intéressent aux objectifs de la société», confie Elaine Thimot, présidente de la société historique de la Baie Sainte-Marie.
Selon elle, les jeunes ne sont pas désintéressés; ils sont juste déjà fortement sollicités et impliqués dans d’autres organismes.
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«Si on veut avoir une pertinence sociale, il faut aussi trouver de nouveaux moyens de rattacher l’histoire des francophonies locales à des histoires plus larges. Il ne faut pas qu’on ait l’impression que c’est complètement déconnecté du monde», souligne de son côté Joel Belliveau, professeur émérite d’histoire à l’Université Laurentienne, en Ontario.
L’historien insiste sur le besoin de «publiciser» les activités via les réseaux sociaux pour atteindre de nouvelles personnes.
Si on continue à faire une ou deux ou trois conférences par an, puis qu’on utilise la même liste de diffusion, on va finir par assembler le même public, qui va vieillir un peu chaque année inexorablement.
«Idéalement, il faut que les sociétés historiques régionales trouvent une manière de monter suffisamment de projets pour finir par décrocher une subvention pour avoir au moins une personne à temps plein», suggère Joel Belliveau.
En Saskatchewan, grâce à une subvention du ministère provincial de l’Éducation, la société historique présente des ateliers au sein des écoles. La demande est telle que l’association ne peut pas répondre à toutes les requêtes, assure Alexandre Chartier.
L’organisme emploie également des jeunes, avec des contrats de quelques heures par semaine, en parallèle de leurs études. Une expérience gagnant-gagnant selon le directeur : «Ça me permet de voir comment ils consomment, quelles sont les nouveautés actuelles […] pour mieux répondre après avec les projets.»
L’association a aussi ouvert une boutique en 2021, où elle propose des chandails et des teeshirts à son effigie. «Ça fonctionne très bien. Les jeunes capotent quand ils les voient», affirme-t-il.
«Des fois, on a l’impression que comme c’est une société historique, il faut que ce soit vieillot, mais on peut se faire un rebranding assez jeune», commente Joel Belliveau.
«Il faut savoir prendre le public où il est, avec ses sensibilités actuelles. Il ne faut pas les convaincre de s’intéresser à quelque chose qui ne les intéresse pas; il faut leur montrer qu’il y a quelque chose-là qui les intéresse.»
«Vu qu’on est en minorité, on est moins connu dans le domaine de la recherche et, vu qu’on est moins connu, on attire moins d’intérêt d’étudiants-chercheurs», déplore Alexandre Chartier.
Le directeur général de la Société historique de la Saskatchewan appelle à mettre sur pied un secteur de la recherche «plus solide». «On devrait avoir droit à une certaine autonomie, en fait, pour pouvoir donner des bourses ou encourager les jeunes à faire des sujets.»
En Nouvelle-Écosse, Stéphanie St-Pierre déplore, elle, le manque de discussions entre les sociétés d’histoire : «Au Québec, il y a vraiment un réseau de sociétés historiques, mais on n’a pas nécessairement ça en milieu franco-minoritaire.»
Les choses pourraient néanmoins changer. Fondé en 2022, le Réseau Mémoire Patrimoine Histoire (MPH) regroupe des organismes du patrimoine des deux minorités linguistiques du pays.
Ce réseau a notamment comme objectif de constituer des communautés de pratiques, mais aussi de «créer des études, de montrer des chiffres et le besoin qu’il peut y avoir», relève Alexandre Chartier.
Parce que là, à l’heure actuelle, il n’y a qu’un seul fonds qui finance les archives dans tout le Canada.
Le directeur rappelle pourtant le lien organique qui relie les communautés francophones à leurs archives : «La dernière chose qui reste d’une civilisation ou d’un groupe communautaire, c’est la société d’histoire ou son musée. Tout aura disparu, mais qu’est-ce qui reste? C’est le bureau de tourisme pour aller visiter et voir les vestiges.»