le Jeudi 12 février 2026

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Lors de son passage au Congrès mondial acadien (CMA), en Nouvelle-Écosse, le ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), Marc Miller, a annoncé mercredi une série de mesures pour favoriser la vitalité des communautés francophones.

Le gouvernement fédéral exemptera 2300 étudiants étrangers hors Québec du plafond annuel de permis étudiants, établi à 360 000 en début d’année par le ministre Miller.

Cette mesure vise à inciter les étudiants francophones à s’installer dans les communautés francophones en situation minoritaire. Elle facilite l’accès à la résidence permanente après les études, abaisse le seuil financier normalement requis et dispense ces étudiants de démontrer qu’ils quitteront le Canada à la fin de leur permis.

Ce projet pilote démarrera le 26 aout 2024. Le prochain plafond sera annoncé d’ici aout 2025.

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Le ministre Marc Miller a également dévoilé mercredi quelles seront les dix nouvelles communautés francophones accueillantes (CFA). IRCC avait annoncé début 2024 l’expansion de l’initiative, lancée en 2020.

Quatorze communautés avaient déjà été sélectionnées par le gouvernement pour appuyer l’accueil et l’établissement des nouveaux arrivants d’expression française d’un bout à l’autre du pays.

C’est l’Ontario qui en compte le plus. Cornwall, le district de Cochrane (corridor de la route 11) et London viendront s’ajouter aux CFA déjà en place à Sudbury, Hawkesbury et Hamilton.

Au Nouveau-Brunswick, des communautés verront le jour à Belle-Baie (incluant Bathurst et la Première Nation de Pabineau), Caraquet et dans la région de Restigouche-Ouest (Saint-Quentin et Kedgwick).

«Ces nouvelles CFA […] représentent une avancée significative pour renforcer l’accueil et l’intégration des immigrants francophones dans nos communautés. Ces initiatives permettront d’accroitre notre capacité à attirer des nouveaux arrivants et à les aider à s’établir de manière durable au Nouveau-Brunswick», a déclaré le président de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB), Yvon Godin, par communiqué.

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Les États généraux du Congrès mondial acadien ont remis sur la table la question du poids politique de l’Acadie au fédéral. 

Photo : Nicole Deveau/CMA 2024

Les États généraux du Congrès mondial acadien, qui a eu lieu lundi à Pointe-de-l’Église, en Nouvelle-Écosse, ont remis sur la table la question du poids politique de l’Acadie.

Les discussions ont notamment porté sur un rapport préliminaire corédigé par les chercheurs Rémi Léger et Michelle Landry sur le pouvoir politique acadien. Ce dernier avait été commandé par des parlementaires acadiens qui souhaitent former un groupe à Ottawa pour mieux représenter l’Acadie au fédéral.

D’une loi qui reconnait le peuple acadien à des mécanismes de consultation dans la prise de décisions fédérales, les idées n’ont pas manqué lors du Congrès. Reste à savoir quelle forme prendront celles-ci.

Le public peut donner son avis sur les conclusions du rapport jusqu’au 30 septembre. Dès lors, les parlementaires acadiens décideront s’ils formeront une association.

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Nouveau parti, primes à CBC/Radio-Canada et révocation de citoyenneté

Reconnu cette semaine par Élections Canada, le Parti avenir canadien (PAC) fera son entrée Parlement fédéral.

Le député indépendant à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, Dominic Cardy, a officiellement lancé un nouveau parti politique fédéral. 

Photo : JPOC226 Wikimedia Commons

Créé par un ancien ministre du Nouveau-Brunswick, Dominic Cardy, le parti se targue ne d’être «ni à droite ni à gauche» et de défendre des Canadiens inquiets de la «montée de l’extrémisme» des deux côtés.

Dominic Cardy, chef par intérim du nouveau parti, a confirmé que ce dernier sera représenté lors des prochaines élections partielles dans les circonscriptions de LaSalle–Émard–Verdun, au Québec et d’Elmwood–Transcona, au Manitoba, le 16 septembre prochain.

M. Cardy a été chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) du Nouveau-Brunswick de 2011 à 2017, avant de rejoindre les rangs du Parti progressiste-conservateur et d’être nommé ministre de l’Éducation par le premier ministre Blaine Higgs l’année suivante.

Il a quitté le gouvernement provincial en 2022, dénonçant le «mauvais comportement» et la «mauvaise prise de décision» de Blaine Higgs concernant la volonté d’abolir l’immersion en français d’ici 2023.

La société d’État aurait versé des primes à 1194 employés pour l’exercice 2023-2024, selon des documents obtenus par La Presse canadienne, tandis que 141 employés ont été licenciés et 205 postes vacants éliminés à CBC/Radio-Canada.

Des primes importantes auraient été versées à des employés de CBC/Radio-Canada alors que la société subissait en même temps des coupes importantes.

Photo : Xiloppo – Wikimedia Commons

Plus de 3,3 millions de dollars canadiens auraient été versés à 45 cadres, soit une prime moyenne de plus de 73 000 dollars.

Le gouvernement fédéral a refusé de dire s’il a approuvé une prime pour la présidente-directrice générale de la Société Radio-Canada, Catherine Tait. Cette dernière avait justifié les compressions en évoquant un déficit structurel de 36 millions de dollars, lors d’une comparution en comité parlementaire en janvier dernier.

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Ahmed Fouad Mostafa Eldidi et son fils Mostafa Eldidi ont été arrêtés fin juillet à Richmond Hill, en Ontario, par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Ils font face à neuf chefs d’accusation, dont un pour complot en vue de commettre un meurtre au nom du groupe armé État islamique à Toronto.

Mercredi, le ministre d’IRCC, Marc Miller, a expliqué que son ministère étudiait comment le père avait obtenu la citoyenneté.

Cette dernière peut être révoquée lorsque de fausses informations ont été fournies pour l’obtenir ou si des informations ont été cachées.

Les membres du Comité des parlementaires sur la sécurité nationale et le renseignement se pencheront sur cette affaire la semaine prochaine.

Le 14 aout, le ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), Marc Miller, a annoncé que le Programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire (PPECFSM) sera lancé le 26 aout 2024.

En partenariat avec des établissements d’enseignement désignés (EED) postsecondaires de langue française et bilingues, ce programme est une mesure phare de la Politique en matière d’immigration francophone, elle-même inscrite dans la nouvelle Loi sur les langues officielles.

Les étudiants étrangers admis dans le cadre de ce programme bénéficieront de certaines exemptions.

Marc Miller explique que les 2 300 étudiants qui seront choisis peuvent déjà se trouver au Canada ou arriver l’année prochaine. Il a laissé entendre que le niveau de français fera partie des critères. 

Photo : Francopresse

Assouplissement des critères

Depuis longtemps, certains d’entre eux, notamment ceux d’origine africaine, font face à un bas taux d’approbation. Selon IRCC, plusieurs raisons expliquent le phénomène, dont l’incapacité de convaincre IRCC que l’étudiant quittera le Canada au moment de l’expiration de son permis d’études et l’insuffisance de fonds.

«Pour améliorer le taux d’approbation», lit-on dans le communiqué de l’annonce, les étudiants et leurs familles seront dispensés de démontrer qu’ils quitteront le pays une fois leur permis expiré.

Et en plus de services d’établissements, «le seuil financier requis sera ajusté pour refléter 75 % du seuil de faible revenu associé à la municipalité où se trouve le campus principal de l’établissement».

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Une voie directe vers la résidence permanente

Après l’obtention de leur diplôme, ils bénéficieront d’une voie d’accès direct pour passer d’un statut temporaire à un statut permanent.

Comme expliqué dans le communiqué, «les époux ou conjoints de fait et les enfants à charge des demandeurs principaux peuvent également venir au Canada dans le cadre du programme pilote et éventuellement demander la résidence permanente».

Les étudiants étrangers admis dans le cadre de ce programme ne seront pas comptés dans le plafond de demandes de permis d’études établi en janvier dernier. Chaque EED pourra alors délivrer un nombre limité de lettres d’admission. IRCC acceptera ensuite un maximum de 2 300 demandes de permis d’études dans le cadre du programme, la limite pour un projet pilote.

Le plafond sera révisé pour la deuxième année et fixé d’ici aout 2025.

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L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) estime qu’en septembre 2023, environ 12 000 étudiants étrangers fréquentaient ses établissements membres.

Exigences pour obtenir un permis d’études :

À l’extérieur du Québec, l’étudiant étranger doit prouver qu’il dispose d’au moins 10 000 dollars par année d’étude, excluant les frais des droits de scolarité.

Source : Gouvernement du Canada

La francophonie aux aguets

«Bien que l’annonce d’aujourd’hui se fasse alors que l’ACUFC ne dispose pas de tous les détails concernant la forme finale du projet pilote, ce dernier reprend certaines idées qu’elle a proposées au fil des derniers mois», assure le président-directeur général par intérim de l’ACUFC, Martin Normand, dans une déclaration.

Selon Hans Edoh Daye, le point fort des communautés francophones rurales hors Québec, comme Hearst, «c’est l’accueil». «Les grandes villes ne sont pas aussi accueillantes», dit-il. 

Photo : Courtoisie

Celui-ci croit que le PPECFSM pourrait avoir des «effets locaux concrets dans les communautés où se situent les établissements qui participeront au projet».

«C’est un bon programme qui va nous permettre, aux minorités francophones venant de l’international, d’avoir des permis d’étude, parce qu’actuellement, ça a été restreint», se réjouit Hans Edoh Daye, étudiant en administration des affaires à l’Université de Hearst, en Ontario, et coprésident du Programme pour étudiantes et étudiants réfugiés de l’établissement.

«Quand je suis arrivé en Ontario, je suis resté presque deux mois à l’hôtel avant de pouvoir trouver un logement», raconte-t-il. Le défi malheureusement typique du logement pourrait être allégé par les services d’établissements, en fonction de leur nature.

La possibilité de rester dans la communauté après les études intrigue aussi l’étudiant : «Tu t’es familiarisé avec [les gens de la communauté], et là, tu peux immigrer ici au lieu d’aller dans une autre province et essayer encore de s’adapter ailleurs.»

D’un autre côté, il espère que ce programme ne limitera pas la possibilité de découvrir les autres communautés francophones du pays. «S’ils trouvent des opportunités ailleurs, pourront-ils déménager?», demande-t-il.

Miser sur la rétention et atteindre la cible

Le programme devrait aider le gouvernement à atteindre sa cible d’immigration francophone hors Québec, a déclaré le ministre d’IRCC, Marc Miller, en conférence de presse le 14 aout.

La cible de 4,4 % établie en 2003 a finalement été atteinte l’année dernière. Depuis, elle a été fixée à 6 % et devrait atteindre 8 % d’ici deux ans.

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En entrevue avec Francopresse en juin dernier, Darrell Samson a confirmé sa confiance envers le travail du ministre Miller dans le dossier de l’immigration francophone. 

Photo : Courtoisie

«4,4 %, c’est bien beau, mais cette cible n’est pas suffisante pour atteindre le poids démographique», a rappelé le député libéral acadien Darrell Samson, aussi en conférence de presse.

«Le processus d’assimilation est réel, vrai», a statué Marc Miller. «J’ai un devoir primordial, comme ministre de l’Immigration, d’assurer la pérennité des communautés francophones, surtout en dehors du Québec.»

Un devoir qu’il tente de remplir, en partie en octroyant aux étudiants de ce programme un accès accéléré à la résidence permanente. «Ce sont des gens qui, évidemment, parlent un français impeccable, qui étudient dans des institutions postsecondaires [francophones] et qui vont avoir 2 à 4 ans de début d’intégration», justifie le ministre.

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Une directive du gouvernement québécois entrée en vigueur en juillet dernier précise la nature des situations dans lesquelles un organisme du réseau de la santé et des services sociaux peut utiliser une langue autre que le français.

Par exemple, cette permission est accordée «lorsque la santé, la sécurité publique ou les principes de justice naturelle l’exigent», notamment «dans toute situation d’urgence».

La députée libérale Anna Gainey a évoqué le critère d’accessibilité de la Loi canadienne sur la santé pour défendre ses préoccupations. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

La directive a été mal accueillie par les députés fédéraux libéraux de Montréal Anthony Housefather, Emmanuella Lambropoulos et Anna Gainey. Cette dernière a exprimé ses inquiétudes dans une déclaration officielle, le 7 aout dernier.

«[Certains électeurs] sont très inquiets, car la directive les empêchera de communiquer efficacement avec les personnes qui s’occupent d’eux», écrit-elle.

Elle ajoute s’être assurée que «le gouvernement fédéral, qui est un grand partenaire en vertu de la Loi canadienne sur la santé, est conscient de ces préoccupations et prêt, au besoin, à intervenir et à insister sur le respect des principes fondamentaux, en particulier en ce qui concerne l’accès universel aux soins de santé dans les deux langues officielles».

Comme évoqué par Anna Gainey, l’accessibilité à des soins de santé reste l’une des conditions de versements de fonds fédéraux à une province dans le cadre de la Loi canadienne sur la santé.

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Quelques clarifications

Le 31 juillet, le ministre de la Langue française du Québec, Jean-François Roberge, a remis «les pendules à l’heure».

La directive «permet à toutes les personnes qui le souhaitent de recevoir des soins de santé dans une autre langue que le français», a-t-il assuré dans une publication sur le réseau social X.

«Sauf exception pour les membres de la communauté historique anglophone, la directive prévoit que les communications de nature administrative ou qui ne compromettent pas la santé de l’usager doivent être en français.»

La réponse du gouvernement

«Nous respectons la juridiction du Québec en matière de santé et ses efforts pour protéger la langue française, mais cela ne doit pas se faire au détriment du droit des Québécois à recevoir des soins dans l’une ou l’autre des langues officielles», a déclaré Randy Boissonnault, le 10 aout dernier.

Questionné par Francopresse sur la situation des francophones hors Québec, l’attaché de presse du cabinet de M. Boissonnault, Mathis Dennis, a assuré par courriel que «chaque Canadien a le droit d’accéder à des services médicaux dans la langue officielle de son choix, ce qui inclut les francophones et les anglophones en situation minoritaire».

Il a rappelé l’existence de mesures pour soutenir les services dans la langue de la minorité, incluant la santé, dans le Plan d’action sur les langues officielles (2023-2028).

Mais le juriste Michel Doucet, en entrevue avec Francopresse, demeure incrédule : «Il faut s’assurer que même si on accorde certains appuis, qu’en bout de ligne, le résultat soit là et que les gouvernements provinciaux respectent leurs obligations vis-à-vis des communautés francophones.»

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«Le fait que ce ne soit pas interdit aux francophones à l’extérieur du Québec de demander un service en français ne veut pas dire qu’on va l’obtenir», rappelle le juriste Michel Doucet. 

Photo : Courtoisie

Et les francophones?

Les réactions ne se sont pas fait attendre sur les réseaux sociaux, ramenant sur le devant de la scène les revendications des francophones en situation minoritaire.

«C’est bon à savoir si c’est exact. Alors, le reste du Canada mine la Loi canadienne sur la santé depuis des années en n’offrant pas de services en français?», a questionné Michel Doucet, en réplique aux propos d’Anna Gainey sur la plateforme X.

«Faut-il conclure que le gouvernement fédéral se battra pour que les minorités francophones du reste du Canada puissent elles aussi recevoir des soins de santé dans leur langue maternelle…? Deux poids, deux mesures. Deux langues, deux approches», a pour sa part lancé le co-porte-parole du Parti québécois en économie, Gabriel Coulombe.

Toujours sur X, une internaute, Rosella Melanson, a répondu à la déclaration du ministre fédéral des Langues officielles, Randy Boissonnault, en lui demandant où il était «ces dernières décennies quand des Néobrunswickois […] hurlaient qu’ils ne peuvent pas avoir de services dans leur langue?»

En entrevue, Michel Doucet a rappelé qu’à l’extérieur du Québec, «les francophones ont toujours énormément de difficulté d’avoir accès à des services de santé dans leur langue».

En réaction à ses publications, certains utilisateurs de X ont rétorqué que hors Québec, il n’est pas interdit d’octroyer des services en français. À cela, Michel Doucet répond : «On n’a pas besoin de les interdire pour qu’ils ne soient pas accessibles.»

Les francophones ont encore énormément de difficulté, et on n’a vu personne se déchirer la chemise sur la place publique. J’aimerais voir le même empressement à défendre les intérêts des communautés francophones à l’extérieur du Québec que ce qu’on a vu au Québec dans ce dossier.

— Michel Doucet

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Du potentiel juridique

Sur la question de la Loi canadienne sur la santé, le juriste n’est pas convaincu que le principe d’accessibilité s’applique aux langues officielles. «Mais il faudra voir, ajoute-t-il. Peut-être que la députée Gainey a accès à de l’information que je n’ai pas. J’ai hâte de voir quelle interprétation sera donnée à ce critère-là.»

Selon l’avocat François Larocque, la Loi canadienne sur la santé pourrait être interprétée de manière à obliger l’accès aux soins en santé en français pour les francophones en situation minoritaire. 

Photo : Valérie Charbonneau

«Les lois qui encadrent les systèmes de santé au Canada sont nombreuses et complexes, poursuit le professeur de droit de l’Université d’Ottawa, François Larocque. Mais chose certaine : la Loi canadienne sur la santé est silencieuse sur la langue.»

L’esprit général de cette loi est de financer un système de santé universel et de règlementer les prestations du fédéral.

«Cela étant dit, j’ai déjà vu par écrit des arguments comme quoi il serait possible de voir dans le critère d’accessibilité […] une dimension [linguistique]», avance le professeur, qui évoque notamment le langage «flexible» de la Loi.

Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, a de son côté indiqué par courriel ne pas pouvoir se prononcer sur l’interprétation de la Loi sans avoir mené une enquête.

Se faire soigner dans la langue officielle de son choix est une question de respect et de sécurité, et ce pour tous les Canadiens et les Canadiennes.

— Raymond Théberge

Anna Gainey, Anthony Housefather et Emmanuella Lambropoulos n’ont pas donné suite à nos demandes d’entrevues. Francopresse attend toujours des réponses du bureau du ministre de la Santé, Mark Holland.

La «merdification» est une traduction du terme «enshittification» lancé en 2022 par l’écrivain d’origine canadienne Cory Doctorow pour décrire le processus par lequel une plateforme numérique met en marché un service utile à perte pour créer une base d’utilisateurs, qui en deviennent dépendants.

Ensuite, les données de ces utilisateurs sont vendues, aussi à perte, à des clients, qui en deviennent également dépendants.

Le service devient alors un passage obligé et l’entreprise se sert de ce monopole, ou quasi-monopole, pour augmenter ses prix, la quantité de publicité, etc. – selon le modèle de revenus – pour mettre le plus d’argent possible dans ses poches et celles de ses actionnaires.

À cette étape, il n’est plus nécessaire d’offrir un service de qualité, et les paramètres des relations utilisateurs-entreprise-clients peuvent être modifiés sans préavis, toujours pour soutirer plus d’argent.

Le blocage des médias au Canada par Meta est un bon exemple d’un paramètre modifié rapidement dans le but d’éviter d’avoir à céder une part de ses profits. Meta est aussi un exemple de baisse de qualité du produit, puisque la plateforme offre maintenant beaucoup moins d’informations de qualité qu’avant.

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Presque toutes les grandes entreprises du Web sont dans la phase de recherche du profit. En conséquence, les résultats de recherche sur Google, par exemple, sont de moins en moins fiables, pollués par un grand nombre de publicités et par des sites préoccupés davantage par les clics que par la qualité du contenu.

Amazon est devenu un incontournable de la vente en ligne. Mais il impose des conditions d’utilisation ou des prix qui étouffent les petites entreprises essayant de vendre sur cette plateforme. Surtout quand Amazon veut s’approprier leurs produits ou leurs parts de marché.

Il y a aussi Uber, qui a fait concurrence à un secteur bien règlementé sans suivre les règles en place. L’entreprise s’est imposée en offrant des courses à des prix inférieurs à ceux des taxis et en payant très bien ses chauffeurs. Maintenant qu’Uber a réussi à couper l’herbe sous le pied aux taxis, les prix sont comparables et ses chauffeurs sont payés sous le salaire minimum.

Et arrive l’IA…

Si ChatGPT a piqué votre curiosité et que vous avez mis à l’essai l’intelligence artificielle (IA) génératrice de textes la plus connue, vous avez pu le faire gratuitement. Vous aurez remarqué que cet outil donne des résultats qui peuvent être convaincants, malgré les défauts qu’on lui connait.

ChatGPT en serait donc à la première étape du processus de «merdification» : un produit jugé comme étant performant et offert à perte.

Fin juillet, The Information rapportait justement que l’entreprise derrière ChatGPT, OpenAI, serait en voie d’enregistrer des pertes financières de 5 milliards de dollars américains cette année.

Ce déficit annoncé n’inclut cependant pas les droits d’auteur qu’OpenAI n’a pas payés. L’entrainement de ChatGPT s’est fait à partir de contenus qui se trouvent sur Internet et qui, dans certains cas, sont protégés par des droits d’auteur. Or, OpenAI n’a demandé aucune permission ni compensé qui que ce soit pour avoir utilisé ce contenu.

Pas étonnant que le New York Times poursuive OpenAI et que d’autres créateurs emboitent le pas ou concluent des ententes payantes.

De plus, OpenAI semble avoir mis de côté ses intentions de développement éthique au profit des… profits.

OpenAI devra également faire face à de la concurrence. Google a déjà annoncé la transformation de son moteur de recherche pour y intégrer une intelligence artificielle.

Ces embuches laissent entrevoir les prochaines phases de la «merdification» : augmentation des couts d’utilisation et baisse de la qualité.

À lire : L’IA au service de la francophonie

L’augmentation des couts d’utilisation s’explique d’elle-même. En revanche, la perte de qualité pourrait être tributaire de plusieurs facteurs. Il se pourrait que, si OpenAI n’a plus accès à autant de sources pour entrainer son IA, la qualité de ses résultats – déjà discutables en termes de véracité – s’en trouve directement touchée.

Malgré toutes les possibilités que laisse entrevoir cette technologie, elle ne peut fonctionner sans humain pour lui fournir de la matière.

Une recherche menée par des chercheurs anglais et canadiens et publiée dans Nature montre que lorsqu’une IA générative est entrainée à partir des générations successives antérieures de l’IA, la qualité des résultats dégringole.

L’entrainement des IA sera peut-être bientôt en face d’un mur, car les contenus produits par les IA génératives se multiplient très rapidement. D’ailleurs, des experts prévoient que dès l’année prochaine, 90 % de la production de contenu sur Internet sera faite par des IA.

La médiocrité est-elle évitable?

La solution pour se sortir des cycles de «merdification» devra en partie venir du gouvernement américain, qui semble pour le moment soucieux de sévir pour casser les monopoles des géants du Web.

Un juge a statué au début d’aout que Google a enfreint la loi antitrust en limitant la possibilité pour la concurrence de se tailler une place dans le marché des moteurs de recherche. Cette décision pourrait servir de jurisprudence dans des poursuites similaires contre Apple, Amazon et Meta.

De leur côté, les internautes doivent surtout reconnaitre que ces entreprises les exploitent. Une personne, une fois prise dans l’engrenage, n’a presque aucun moyen de se défendre autrement qu’en abandonnant le navire – ce qui n’est pas toujours possible ou même souhaitable. Il faut donc presser les gouvernements de mettre en place des garde-fous contre les pratiques prédatrices.

C’est avant tout la promesse de quitter la politique faite à sa conjointe qui aurait motivé sa décision. 

«S’il y a une promesse qu’un politicien doit tenir, c’est bien celle qu’il fait à sa conjointe», plaisante à moitié le député de Glengarry—Prescott—Russell, qui a annoncé son intention à la fin juillet. 

Élu en 2015 en même temps que son chef, le premier ministre Justin Trudeau, il reconnait neuf ans plus tard que la baisse de sa «passion» et de sa «patience» y sont aussi pour quelque chose. 

Francis Drouin fait notamment référence au Comité des langues officielles du 6 mai dernier, où il s’était emporté contre deux témoins venus s’exprimer sur le financement fédéral des établissements postsecondaires de la minorité anglophone du Québec. 

La tempête politique qui en a découlé a duré des semaines. De «plein de marde» aux «propos extrémistes», les éléments de langage du politicien avaient volé la vedette ce jour-là.

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Défense féroce de la francophonie minoritaire

Francis Drouin se dit usé par certains points de vue exprimés durant le comité. Le chercheur indépendant, Frédéric Lacroix, et le professeur membre du Regroupement pour le cégep français, Nicolas Bourdon, avaient notamment assuré que les personnes qui étudient dans un collège ou une université anglophone seraient davantage amenées à vivre en anglais.

Mais travailler en anglais ne veut pas dire qu’on fait notre vie en anglais! Avant d’entrer en politique, je travaillais en anglais. [Est-ce que] ça fait que je suis moins francophone qu’un autre? Ça n’a aucun rapport

— Francis Drouin

En réaction à ses propos, le Bloc québécois et les conservateurs avaient demandé sa démission de la présidence de la section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF).

Ces témoignages mettaient selon lui de l’avant la vision d’une «petite minorité québécoise», «très nationaliste» qui mine la francophonie minoritaire. «L’un des témoins [invités au Comité le 6 mai, NDLR] n’a jamais dit qu’il était candidat en 2015 pour le Bloc québécois», raille le député. 

L’invitation des deux témoins en question avait d’ailleurs été suggérée par le Bloc québécois, souligne-t-il.

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S’il reconnait avoir «manqué de patience», c’est aussi parce qu’il pense que «ce n’est pas au Canada seul, mais à l’espace francophone [international] dans son ensemble de se pencher sur le sujet des minorités francophones». 

Sur les «321 millions de locuteurs francophones dans le monde, nous sommes minoritaires. Si on ne commence pas à traiter de cette question-là sérieusement, j’ai peur que la langue soit menacée dans le futur, car nos jeunes [francophones] consomment tous du contenu anglophone sur les plateformes»

«Pas le choix de passer par l’immigration» pour maintenir la francophonie

Francis Drouin estime qu’il laissera une francophonie qui n’est pas «statique tout le temps». «Oui notre poids démographique a diminué, c’est pourquoi on a voulu rétablir celui de 1971 dans la loi C-13 [la modernisation de la Loi sur les langues officielles adoptée en juin 2023, NDLR].»

Pour lui, l’élément sur lequel les politiciens doivent continuer d’insister reste le même : favoriser l’immigration. «Il y a des jeunes de moins de 25 ans qui vont représenter de 50 à 60 % de la population francophone», indique-t-il.

Le président sortant de l’APF assure qu’un projet sur la mobilité de la main-d’œuvre sera présenté aux chefs d’État au prochain Sommet de la francophonie. La question de l’amélioration des visas et des programmes francophones au Canada est aussi sur la table, dit-il, autant au fédéral qu’au niveau des provinces. 

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Des comptes à demander sur l’immigration francophone

Selon lui, certaines provinces comme le Nouveau-Brunswick sont par contre à la traine. Il s’inquiète de Blaine Higgs, «un anti-francophone» qui ne s’en cache pas.

Les communautés francophones et les associations doivent demander des comptes aux gouvernements. Certains programmes provinciaux peuvent choisir les immigrants francophones, donc les provinces aussi doivent s’assurer qu’elles rencontrent leurs objectifs.

— Francis Drouin

Côté fédéral, «on n’a pas été bons jusqu’à il y a à peu près trois ans. Ça a pris un peu trop de temps, mais au moins, il y a du progrès de ce côté. Il faut donner les outils et les budgets!»

Après son départ de la politique, Francis Drouin compte s’impliquer dans sa communauté francophone à sa façon. «Ma conjointe est anglophone, mais comprend très bien l’importance de garder ma langue, donc mon fils va à l’école en français. Je continuerai d’appuyer nos institutions francophones chez nous.»

Au-delà de ce principe, le député franco-ontarien n’a «aucune idée de ce qu’[il] va faire par la suite». «J’ai deux priorités : sortir de ma zone de confort et m’assurer que j’ai assez de temps pour le passer en famille.»

Garder un lien avec la politique peut-être? «Je vais y réfléchir. La politique est la grande université du monde, on y apprend toutes sortes de choses. J’espère avoir encore un an pour le faire!»

«Rehausser» l’image libérale

Questionné sur la faible popularité de son parti et de son chef, Francis Drouin n’émet aucune critique, mais il admet que «l’équipe de M. Trudeau a beaucoup de travail à faire pour rehausser son image, car les Canadiens ont perdu de l’attachement au premier ministre».

L’équipe libérale devra également démontrer qu’elle «a un plan», car le «chef de l’opposition officielle a fait un bon job pour pointer du doigt tous les problèmes et les attribuer à Justin Trudeau».

Il ne donne néanmoins pas Pierre Poilievre gagnant des prochaines élections, puisqu’il n’a «pas de plan concret» sur des «questions existentielles», comme la taxe carbone. 

«Je ne dis pas que le nôtre est parfait, mais on en a un. Ce sont nos enfants qui vont ressentir l’impact de nos décisions et je trouve ça triste que des politiciens n’aient pas le culot d’avoir ces conversations d’adultes».

«La culture est l’aspect le plus important de l’existence humaine. Je ne vois pas pourquoi elle devrait être rentable», affirme la directrice générale de l’Association de la musique de la côte Est (AMCE), Blanche Israël, en entrevue avec Francopresse.

Pour Blanche Israël, directrice générale de l’AMCE, les subventions publiques sont essentielles à la qualité et à l’originalité des activités culturelles au-delà des questions de rentabilité. 

Photo : Courtoisie

Devant l’incompréhension des gouvernements provinciaux hors Québec, la gestionnaire est néanmoins «souvent obligée de faire valoir ses apports économiques et touristiques» pour obtenir des fonds.

«Côté francophone, il y a une meilleure compréhension et souvent plus d’aides, car la culture est intrinsèquement liée à la préservation et à la défense de la langue française», concède Blanche Israël.

L’AMCE réunit les membres de l’industrie musicale du Canada atlantique et organise tous les ans un festival pour promouvoir et récompenser les artistes de la région. Des responsables de production et de l’organisation de festivals du monde entier y participent.

Chaque année, cinq jours de concerts et de remises de prix apportent des retombées économiques directes de 4 à 5 millions de dollars à la région hôte, selon Blanche Israël.

Elle évoque également les gains financiers indirects, «presque impossibles à mesurer», comme «la marque Canada atlantique» qui s’exporte dans le monde entier.

«Ce genre de festivités rend une ville plus attrayante, donne envie aux touristes de revenir, permet à des musiciens locaux de percer à l’étranger», explique-t-elle. 

Des données pour accroitre le soutien

Pour pallier le manque de données sur les revenus que génère le secteur culturel dans les communautés francophones en situation minoritaire, la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) a réalisé une étude d’impact économique. 

Les résultats ont été dévoilés lors de l’Agora du Conseil des ministres sur la francophonie canadienne, les 9 et 10 aout.

La directrice générale de la FCCF, Marie-Christine Morin, explique qu’il existe de grandes disparités entre les provinces et les territoires en fonction de la concentration d’artistes et d’industries culturelles.

Selon les premières données dévoilées, 36 100 personnes travaillent dans le domaine de la culture en français hors Québec, dont 7700 artistes.

«Historiquement, notre secteur est sous-financé, car son impact est sous-évalué, relève Marie-Christine Morin. Avec ce portrait détaillé, notre ambition est de démontrer que la culture a sa place dans le monde économique pour convaincre les gouvernements d’investir plus.»

Sans argent public, «plus du divertissement que de l’art»

Pour organiser son festival, l’AMCE compte sur des subventions municipales, provinciales et fédérales pour la moitié de son budget.

«Les subventions sont des coussins de sécurité. Sans elles, l’évènement n’aurait pas la même envergure», relève Blanche Israël.

Selon Marie-Christine Morin de la FCCF, le secteur culturel francophone souffre d’un sous-financement chronique, car les pouvoirs publics ont toujours sous-évalué ses répercussions économiques et sociales. 

Photo : Courtoisie

À ses yeux, réduire la taille de l’évènement à son «potentiel purement commercial» n’aurait aucun sens. «Ce serait possible, mais pas désirable, la culture vaut beaucoup plus que cela.»

Elle prend l’exemple des États-Unis, où les financements publics sont réduits au minimum dans le secteur musical. Résultat, la rentabilité guide le choix que font les artistes. 

«Ils créent leurs œuvres comme des produits commerciaux. C’est plus du divertissement que de l’art à même de questionner notre époque», regrette Blanche Israël.

«On ne peut pas limiter la culture à son utilité économique. On doit aussi prendre en compte son impact sur la cohésion sociale, le bienêtre, la santé mentale, autant de choses qu’on ne peut pas monétiser», renchérit la directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Marie-Christine Morin, en entretien avec Francopresse.

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S’ouvrir à d’autres auditoires 

Au Manitoba, l’ancien directeur général du Festival du Voyageur, Darrel Nadeau, a également été confronté au dilemme qui semble opposer rentabilité et épanouissement de la culture. 

Entre 2017 à 2023, il a fait le choix d’élargir la programmation de l’évènement francophone à des artistes anglophones et d’autres langues. Sous sa direction, seulement la moitié des musiciens qui se sont produits sur scène étaient d’expression française. L’objectif alors affiché était clair : attirer plus de monde pour engendrer plus de recettes.

«Dans l’Ouest, si on restreint les activités à un auditoire exclusivement francophone, l’impact est limité. Ce n’est pas soutenable financièrement sans dépendre totalement des subventions publiques», assure celui qui est aujourd’hui responsable de l’expérience de visite au Musée canadien pour les droits de la personne à Winnipeg.

Autrement dit, pour générer des retombées économiques, «il faut s’ouvrir à d’autres communautés, aux anglophones», poursuit Darrel Nadeau en entrevue avec Francopresse.

Dans des zones où le potentiel économique de la culture en français est plus limité, Marie-Christine Morin voit dans l’ouverture prônée par Darrel Nadeau, «une manière de créer des échanges et de faire découvrir au plus grand nombre l’identité francophone».

Les chiffres semblent leur donner raison : le Festival du Voyageur génère désormais quelque 8 millions de dollars de retombées annuelles. Son incidence non négligeable a retenu l’attention des bailleurs de fonds et des commanditaires privés qui n’ont pas hésité à multiplier leurs contributions, rapporte Darrel Nadeau. 

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L’inflation qui menace 

Le risque d’anglicisation du Festival a cependant fait l’objet de vives critiques. À cet égard, Darrel Nadeau reconnait volontiers «les tensions» et le risque «de perdre l’âme francophone».

«Il n’y a pas de formule parfaite. C’est un difficile compromis à faire entre la préservation de l’authenticité culturelle, l’épanouissement de la langue française et la volonté de faire des profits», analyse le Franco-Manitobain. 

L’ancien directeur du Festival du Voyageur à Winnipeg, Darrel Nadeau, estime que dans l’Ouest, les évènements culturels à destination exclusive des francophones sont difficilement rentables. 

Photo : Courtoisie

Un avis que partage Blanche Israël : «Il faut trouver un juste milieu entre l’argument économique, directement mesurable, et le besoin de protéger les artistes francophones pour qu’ils ne se fassent pas avaler culturellement.»

Cet équilibre est de plus en plus délicat à trouver depuis la pandémie de COVID-19. La crise inflationniste qui a suivi a provoqué une explosion des couts de production, éloignant d’autant les espoirs de rentabilité, estiment les spécialistes. 

«Le trou en termes de revenus est vraiment dur à combler, alerte Darrel Nadeau. Il y a de plus en plus de pression pour que les évènements s’autofinancent, car les subventions gouvernementales n’ont pas augmenté depuis dix ou quinze ans.»

De nombreux évènements francophones cherchent à résoudre la quadrature du cercle : ils tentent d’augmenter les prix des billets pour se maintenir à flot sans pour autant faire fuir le public. Un véritable exercice d’équilibriste.

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Plus sur la francophonie

De passage à Halifax jeudi, le ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, Randy Boissonnault, a confirmé que le gouvernement fédéral investira 227,9 millions de dollars sur 5 ans dans les services dans la langue de la minorité. L’argent, déjà annoncé dans le Plan d’action sur les langues officielles, sera attribué par le biais des ententes bilatérales avec des gouvernements provinciaux et territoriaux.

Des ententes bilatérales ont récemment été conclues avec la Nouvelle‑Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador, le Nouveau-Brunswick, l’Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta, la Colombie-Britannique et les Territoires du Nord-Ouest, note le communiqué.

Le gouvernement souligne que l’argent ira à des secteurs clés, comme les soins de santé, les services de justice et l’intégration de nouveaux arrivants.

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L’économie est au programme de l’Agora du Conseil des ministres de la francophonie ces 9 et 10 aout à Halifax. Les différentes conférences tenteront de déterminer comment la francophonie peut servir le développement économique.

Le ministre Randy Boissonnault a annoncé, parmi d’autres mesures, qu’Ottawa pourrait refuser le recours aux travailleurs étrangers temporaires à des employeurs canadiens, en cas de fraude. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Le rôle des différents paliers de gouvernements sera également au centre des discussions, avec par exemple la question de l’impact économique du bilinguisme au Nouveau-Brunswick ou la stratégie de développement économique en Ontario. La capitalisation des relations avec le Québec sera aussi abordée.

L’importance de la culture et de l’entrepreneuriat fera partie des échanges avec plusieurs experts.

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Des limites pour les travailleurs étrangers temporaires, une enquête sur des «fermes à robots», négociations à Postes Canada et soins dentaires

Mardi, des mesures ont été annoncées par Randy Boissonnault pour lutter contre la fraude en lien avec le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET). Des employeurs «de certaines régions» pourraient se voir refuser le recours aux travailleurs étrangers temporaires à bas salaires dans «certains secteurs d’activité».

Plusieurs mesures ciblent les fraudes commises par certains employeurs canadiens. Parmi elles, l’application plus cohérente du plafonnement à 20 % des embauches de travailleurs étrangers temporaires, l’augmentation des frais des études d’impact sur le marché du travail, nécessaires pour délivrer les visas des futurs employés, ou encore une analyse plus rigoureuse de ces études.

«La santé et la sécurité des travailleurs étrangers temporaires au Canada constituent une responsabilité que je prends très au sérieux. De mauvais intervenants profitent des gens et compromettent le Programme au détriment des entreprises légitimes», a indiqué Randy Boissonnault par communiqué.

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Deux députés néodémocrates ont demandé l’ouverture d’une enquête auprès de la Commissaire aux élections fédérales et de la Commissaire à l’éthique pour déterminer si le Parti conservateur du Canada (PCC) a employé une «ferme à trolls» pour diffuser des informations flatteuses concernant son chef, Pierre Poilievre.

La demande du NPD survient après que plusieurs comptes robots – ou «bots» –  sur la plateforme X ont vanté l’énergie d’un rassemblement du chef du PCC dans le Nord de l’Ontario la semaine dernière.

Le syndicat des employés et Postes Canada négocient depuis novembre 2023. 

Photo : Colby Winfield - Unsplash 

Ces comptes auraient diffusé des affirmations «absurdes», critique le NPD par communiqué. L’un d’entre eux aurait notamment «brav[é] le froid» pour rejoindre le rassemblement, «alors qu’une vague de chaleur sévissait». D’autres comptes, identifiés comme venant d’un autre pays, ont également publié des messages très similaires, parfois identiques.

Les communications du PCC ont nié que le parti ait quoi que ce soit à voir avec cette campagne.

Par ailleurs, des députés libéraux, tels que les Franco-Ontariens Vivianne Lapointe et Marc Serré, ont envoyé une lettre à Elon Musk, PDG de la plateforme X, afin de demander le partage de toute information concernant cette campagne.

C’est ce qui ressort d’une déclaration du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP). Le Syndicat demande maintenant au gouvernement «d’aider les parties à dénouer l’impasse dans laquelle elles se trouvent», indique-t-il par voie de communiqué.

La présidente nationale du STTP, Jan Simpson, assure que «les offres patronales que nous avons reçues jusqu’à présent s’attaquent directement aux travailleurs et travailleuses, notamment à leur régime de retraite et à leurs avantages sociaux». «Aucun syndicat digne de ce nom n’accepterait de tels reculs.»

Ce constat a été dressé par le ministre fédéral de la santé, Mark Holland, mercredi. Il a affirmé qu’il y avait désormais 16 612 dentistes participants au programme, ce qui représente environ 75 % de tous les dentistes et spécialistes dentaires au Canada.

Ils étaient 11 500 le mois dernier selon la Presse canadienne. Plus de dentistes auraient pris la décision de participer au programme lorsque le gouvernement a modifié le processus d’inscription des prestataires, qui peuvent maintenant s’initier au programme avant de s’engager à long terme.

Selon Emmanuelle Marceau, les membres des communautés universitaires doivent se familiariser avec cette technologie pour pouvoir connaitre et comprendre les risques et les bénéfices. 

Photo : Courtoisie

L’intelligence artificielle générative est «une nouvelle réalité qui va s’accentuer dans les années à venir», prévient la professeure associée au département de médecine sociale et préventive à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Emmanuelle Marceau. Il faut donc s’adapter à sa présence.

Dans ce contexte, les professeurs doivent apprendre aux membres de la communauté étudiante à voir «l’intelligence comme un produit humain, voir ses forces, ses faiblesses, ses potentiels et ses risques», explique la professeure auxiliaire en français langue seconde et en intégration des technologies en contexte universitaire à la faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, Banafsheh Karamifar.

Transparence et éthique

Selon Marc Lanovaz, professeur à l’école de psychologie et d’éducation de l’Université de Montréal, la transparence reste la clé pour intégrer cette technologie.

Pour celles et ceux qui redoutent la multiplication des cas de plagiat, il précise que les étudiants peuvent déjà tricher sans avoir recours à l’intelligence artificielle.

Selon Marc Lanovaz, la transparence reste la clé pour intégrer l’intelligence artificielle. 

Photo : Sarah Latulippe

De plus, il rappelle qu’il y a peu de personnes qui produisent un travail plagié et qu’il faut aussi faire confiance à la grande majorité qui souhaite étudier et développer ses compétences.

Si les professeurs autorisent les étudiants à manipuler l’intelligence artificielle, ils ont la responsabilité «d’accompagner les étudiants et de les former à son usage responsable, parce qu’un étudiant ou une étudiante ne sait pas comment l’utiliser», précise Banafsheh Karamifar. Pour pouvoir transmettre un usage éthique de l’intelligence artificielle, il faut «l’intégrer dans la pratique pédagogique».

Les étudiants doivent donc s’informer, se familiariser et développer leurs connaissances pour une utilisation éthique et responsable de la technologie afin de comprendre les risques et les bénéfices, ajoute Emmanuelle Marceau.

L’intégration de l’intelligence artificielle ne peut se faire que par un effort de responsabilité collective, estime Martine Pellerin. 

Photo : Martine Pellerin

La professeure titulaire de l’Université de l’Alberta à la faculté Saint-Jean et spécialiste en technologie éducative et en évolution des technologies du numérique, Martine Pellerin, raconte avoir déjà donné à ses étudiants la tâche de documenter leurs utilisations et de porter un regard critique sur cette nouvelle technologie.

De son côté, l’Université d’Ottawa a mis en place des cours d’éthique et d’intelligence artificielle au sein des programmes de Génie pour former les étudiants à la littératie, informe Banafsheh Karamifar.

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Apprendre à l’utiliser

Le professeur au département de communication sociale et publique de l’Université de Québec à Montréal, Alexandre Coutant, tient aussi à rappeler que l’intelligence artificielle n’est pas un «un truc extérieur qui nous est arrivé, mais en fait c’est nous qui la faisons; c’est notre choix».

D’après lui, l’intelligence artificielle ne s’impose donc pas à nous; c’est l’être humain qui la façonne à sa manière par les fonctionnalités que lui-même a développées.

Pour éviter ainsi d’avoir des problèmes avec l’utilisation de l’intelligence artificielle, il faut «apprendre à connaitre la bête et apprivoiser la bête», illustre Martine Pellerin.

Dans ses formations, Martine Pellerin commence par faire comprendre ce qu’est l’intelligence artificielle aux éducateurs et aux étudiants. «Si on a une compréhension des algorithmes, on va vraiment avoir une meilleure façon de comprendre et de développer son jugement critique.»

La professeure critique toutefois le manque de formation adéquate sur le sujet pour les professeurs et les étudiants. Mentionner sur le syllabus l’autorisation d’utiliser l’intelligence artificielle n’est pas suffisant. Il faut, selon elle, expliquer aux étudiants ce qu’est cette technologie et déculpabiliser ceux qui souhaitent s’en servir pour appuyer leurs études.

Pour Banafsheh Karamifar, l’objectif aujourd’hui est d’intégrer l’intelligence artificielle dans la pratique pédagogique. 

Photo : Courtoisie

Roue de secours

Un bon usage de l’intelligence artificielle peut donc «servir à des principes de justice et d’équité dans nos sociétés», explique Emmanuelle Marceau.

Des personnes peuvent l’utiliser pour lutter contre le syndrome de la page blanche ou comme un outil pour se dépasser, donne en exemples Alexandre Coutant.

L’intelligence artificielle peut aussi aider des étudiants à comprendre des concepts méconnus ou être une branche de secours pour les personnes en situation de handicap, ajoute Marc Lanovaz.

Banafsheh Karamifar rappelle toutefois que l’intelligence artificielle n’est pas exemptée d’erreurs et peut aussi se tromper. Il est donc impératif de rester prudent et garder un esprit critique quand elle est utilisée.

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Responsabilité collective

Pour assurer un bon déploiement de l’intégration de l’intelligence artificielle à l’université, il faut déterminer collectivement quels sont les enjeux et les écueils de l’utilisation de cette technologie, établir de meilleures pratiques et rester ouvert à les revoir et les bonifier, explique Emmanuelle Marceau.

Pour y arriver, Banafsheh Karamifar encourage la mise en place de règles précises et claires au niveau institutionnel.

Il faut avoir des règles communes pour éviter que les professeurs choisissent eux-mêmes d’autoriser ou de refuser l’usage de cette technologie, défend de son côté Martine Pellerin. 

La professeure rappelle que l’université a une responsabilité de former une nouvelle génération capable de s’adapter à un monde qui est en constante évolution technologique rapide. 

Pour y arriver, il faut «que les étudiants, les professeurs et l’université soient dans ce dialogue et qu’ensemble ils développent des directives», précise Martine Pellerin.

Selon elle, intégrer les étudiants dans ce processus leur permet de bien comprendre l’importance de l’intégrité scolaire.

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Les survivant·es des pensionnats pour enfants autochtones parlent depuis longtemps du décès d’élèves et de leur enterrement au cimetière attenant à l’école. De nombreuses familles ont également partagé n’avoir jamais été informées du décès ou de la disparition d’un enfant. Un volume entier du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) est d’ailleurs consacré à cette question.

Des recherches sont ainsi en cours pour retrouver la trace de ces enfants et pour trouver l’emplacement exact de tombes sans sépultures. 

Tandis que le Centre national pour la vérité et la réconciliation a pu retrouver jusqu’à présent 4139 noms d’enfants disparus, mon travail de soutien auprès des communautés autochtones effectuant le même travail laisse déjà entrevoir que ce nombre sera beaucoup plus élevé.

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De l’espoir à la déception

Il est d’ailleurs important de savoir que la plus grande partie du travail de recherche est effectué par des équipes créées par des Premières Nations ou encore par des organismes qui les représentent. Dans l’espace de quelques semaines, ces équipes ont vu leur travail reconnu, puis arrêté.

Le rapport historique de l’interlocutrice spéciale indépendante, Lieux de vérité, lieux de conscience, met en lumière la difficulté de ces recherches, l’état actuel des cimetières et des archives, ainsi que les réseaux complexes qui liaient les pensionnats à une série d’autres institutions où les enfants pouvaient être envoyés, et souvent mourir, à l’insu de leurs parents.

Cette publication valide les résultats préliminaires des équipes de recherche et aurait dû encourager le gouvernement fédéral à appuyer leur travail. Mais ce dernier a fait volteface et a annoncé une limite aux fonds disponibles pour ces recherches.

Parler de «plafonnement» est simplement une manière d’éviter le mot «coupures». Ces fonds avaient été promis plusieurs années après la publication du rapport de la CVR, qui les réclamait déjà, et seulement après l’annonce de la découverte de tombes sans sépultures aux anciens pensionnats de Kamloops et Marieval par les Premières Nations, qui avaient lancé ces recherches elles-mêmes.

La limite de 500 000 dollars par année fait qu’un nombre très restreint de personnes peuvent être embauché·es, que les voyages pour accéder aux archives, retrouver des survivant·es éparpillé·es partout au Canada seront limités ou qu’il sera plus difficile d’assurer la participation des survivant·es au processus.

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Des besoins à long terme

Dans son rapport provisoire de juin 2023, l’interlocutrice spéciale indépendante, Kimberly Murray, indiquait déjà une série de besoins liés notamment à l’accès aux documents et aux sites, aux délais à prévoir, à la protection contre les réponses du public allochtone ainsi qu’au soutien et au financement des équipes de recherche.

Pour que la recherche soit menée d’une bonne manière, la souveraineté des peuples autochtones doit être reconnue et le Canada doit assumer ses responsabilités.

Le travail ne peut se limiter à la recherche archéologique et à la recherche archivistique des données.

En effet, les abus et le nombre des décès n’étaient pas notés dans les documents officiels; ce sont les survivant·es qui ont préservé cette mémoire. Or, ces personnes sont désormais d’un âge avancé et leurs décès sont de plus en plus fréquents. Les communautés perdent donc la seule source possible d’information pour mener à bien certaines recherches.

Les membres des équipes de recherche doivent avoir la possibilité de recevoir des formations, afin de développer la capacité de recherche au sein des communautés autochtones. Elles pourront ainsi continuer à diriger leurs propres travaux… et éviter que des compagnies privées ne les arnaquent ou n’exploitent les ressources financières dédiées à ces projets.

Malgré de belles paroles en faveur de la vérité et de la réconciliation par le gouvernement de Justin Trudeau, le plafonnement du financement pour la recherche sur les résidents des pensionnats autochtones est en fait un recul sur une promesse. 

Photo : Domaine public

Un long chemin pour la réconciliation

Dans un contexte où même le Comité sénatorial permanent des peuples autochtones reconnait les défis et manquements actuels, la décision de limiter les fonds pour ces recherches par le gouvernement fédéral ne peut avoir que deux explications.

La première hypothèse est le paternalisme. Le gouvernement ne fait pas confiance aux capacités des peuples autochtones et désire contrôler davantage le processus . Il veut éviter que les Premiers peuples prennent le contrôle et exercent leur souveraineté. Il préfère que des experts externes soient embauchés.

Autrement dit, il veut éviter que l’expertise se développe dans les communautés autochtones. En limitant le financement, il maintient la dépendance des Premières Nations à son endroit ainsi qu’à l’endroit des centres d’archives qui ne sont pas gérés par les peuples autochtones et qui n’arrivent pas, eux non plus, à faire tout le travail nécessaire.

La seconde hypothèse est plus cynique. C’est que le gouvernement, ou les organismes et institutions qui font pression sur lui, ne veulent pas que ce travail se fasse. 

En effet, le travail actuel reste critique. Les témoignages des survivant·es lors des travaux de la CVR ont montré ce que les enfants et adolescent·es ont vu, le travail dans les archives disponibles à l’époque a exposé les politiques étatiques.

Mais avant d’avoir accès aux archives qu’ouvrent désormais peu à peu les églises et les congrégations religieuses, nous ne savions pas comment les pensionnats étaient gérés et opérés, ni quelles étaient les politiques mises en place par les religieux sur place. Cette connaissance semblait à portée de main… Elle est désormais beaucoup plus éloignée.

Il est toujours difficile, voire impossible, pour les peuples autochtones de faire confiance aux églises ou à l’État pour ce travail, étant donné la teneur des relations et surtout la responsabilité pour les torts causés par les écoles. Sans oublier les morts d’enfants et le non-respect des corps.

D’une manière ou d’une autre – et en fait des deux –, le gouvernement agit à l’encontre de la volonté de réconciliation qu’il revendique pourtant, et détruit à nouveau une partie du travail de réconciliation qui a eu lieu jusqu’à présent.