«Un impact sur CBC est un impact sur Radio-Canada», dit Jean François Rioux.
Lors d’une réunion du Comité du patrimoine canadien en mai 2024, le député libéral de Nickel Belt en Ontario, Marc Serré, a demandé à la présidente-directrice générale de CBC/Radio-Canada : «Comment peut-on garder Radio-Canada fort en situation [francophone] minoritaire si CBC est complètement rayée de la carte par les conservateurs?»
«Ça va être très difficile, presque impossible», avait-elle répondu.
En soulignant qu’elle ignore la portée précise de la proposition conservatrice, la présidente-directrice générale ne s’est pas aventurée à spéculer sur l’incidence exacte qu’elle aurait. Elle a tout de même confirmé que «si on coupe, ça va être un désastre pour les médias francophones à l’extérieur du Québec. Ça, c’est sûr.»
«Le rôle du diffuseur public est de desservir tous les Canadiens. Ça veut dire qu’on est dans les communautés autochtones, en situation minoritaire, et même si ce n’est pas rentable. C’est notre service public. C’est ça notre mandat. On sait très bien que […] nous sommes un fil de vie pour les gens qui veulent vivre en français à l’extérieur du Québec», a-t-elle ajouté.
Si le chef conservateur fédéral Pierre Poilievre promet de maintenir la programmation francophone de Radio-Canada, «c’est impossible de dire qu’on va toucher CBC sans avoir d’impact négatif sur Radio-Canada, particulièrement dans les régions», affirme le directeur général des Médias régionaux de Radio-Canada, Jean François Rioux.
Les conséquences se feront surtout sentir dans les stations francophones à l’extérieur du Québec, car – sauf à Moncton, à Ottawa et à Sudbury – elles partagent notamment les locaux, les véhicules et la technologie avec CBC.
«Il faut absolument que l’on comprenne l’interrelation qui existe entre les deux [entités]», insiste Jean François Rioux. Que ce soit pour la tenue de débats électoraux, la couverture des Jeux olympiques ou la publication de grandes histoires, comme celle des «Panama Papers» d’il y a quelques années, la collaboration entre CBC et Radio-Canada s’avère cruciale.
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Marie-Linda Lord, professeure à la retraite en information-communication à l’Université de Moncton, confirme que sabrer le financement de CBC aurait «un impact direct» sur les équipes radio-canadiennes de Charlottetown, Halifax, St. John’s, Winnipeg, Regina et Edmonton, par exemple.
Il va falloir que [Pierre Poilievre] comprenne que les dommages collatéraux seront là s’il touche CBC. Ça va affecter la qualité et la production à Radio-Canada, poursuit-elle. Il va y avoir des conséquences pour Radio-Canada, surtout en région.
«C’est impossible de définancer CBC […] sans porter atteinte au cœur de Radio-Canada, d’autant plus dans nos communautés en situation minoritaire», appuie la présidente de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Nancy Juneau.
Les services de CBC et de Radio-Canada «sont imbriqués les uns dans les autres, sont interdépendants, tant du point de vue de l’infrastructure, que des ressources humaines et financières», précise Nancy Juneau.
«Il y a un partage des locaux, de l’équipement, des techniciens. Si tu définances CBC, ça risque de couter tout aussi cher de maintenir Radio-Canada parce que les techniciens anglophones avec qui nos collègues de Radio-Canada travaillent, ben, il va falloir en trouver d’autres», poursuit-elle.
La FCCF aimerait savoir comment les conservateurs entrevoient concrètement de «définancer» l’entité anglophone tout en maintenant sa sœur francophone. À ce sujet, Nancy Juneau estime qu’il sera bientôt temps d’organiser une rencontre avec le Parti conservateur du Canada.
L’équipe conservatrice n’avait pas répondu aux questions de Francopresse sur la question au moment de publier le présent article.
Pierre Poilievre ne précise pas dans ses discours si son intention de «définancer» la CBC mènera à une diminution de son financement ou à sa fermeture complète.
«On a aucune idée ce que [Pierre Poilievre] va faire, en toute honnêteté. C’est très difficile de spéculer sur ce que ça pourrait représenter, fait remarquer Jean François Rioux. On va traverser le pont quand on arrivera à la rivière.»
La société d’État est habituée à l’incertitude, dit-il.
Le directeur travaille à Radio-Canada depuis 36 ans. «Le côté politique des choses, on apprend à vivre avec. J’ai traversé plusieurs crises [assez importantes], au début et à la fin des années 1990, au début des années 2000. Dans chaque cas, il n’y avait pas de couleur politique. C’est-à-dire que les gouvernements prennent des décisions qui nous affectent et il faut apprendre à s’ajuster.»
«C’est sûr que pour nous, ça rajoute un peu de zones grises dans notre regard sur les prochaines années, poursuit-il, en faisant référence aux intentions des conservateurs. Mais on ne peut pas s’attarder sur ça, parce que dans les faits, on n’a pas de financement stable. C’est un financement qui varie d’une année à l’autre.»
Nancy Juneau souhaite justement que le «gouvernement donne à Radio-Canada les moyens d’être un radiodiffuseur public à 100 %. Parce qu’on sait qu’une partie du financement de Radio-Canada provient de recettes publicitaires. Ça fait en sorte que Radio-Canada doit faire des choix en ce sens-là».
Marie-Linda Lord doute fortement que Pierre Poilievre revienne sur sa promesse de maintenir la programmation de Radio-Canada.
«On sait que les Québécois et les minorités francophones à travers le pays sont très attachés à Radio-Canada, qui joue un rôle extrêmement important au niveau de la francophonie. Ça, je pense que M. Poilievre le reconnait», estime Marie-Linda Lord.
Selon elle, le politicien ne reviendra pas sur sa promesse de ne pas toucher à Radio-Canada, notamment parce qu’il est «quand même fier de ses origines francophones» et parce que des poursuites judiciaires pourraient s’en suivre.
«Ça serait facile, sans doute, pour des avocats bien aguerris de montrer que c’est une atteinte aux droits des minorités francophones de les priver [de Radio-Canada]», avance la chercheuse.
Selon elle, si le chef conservateur touche Radio-Canada, il y aura «une levée de boucliers extraordinaire».
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Au-delà de ces hypothèses, il faut aussi attendre la réaction de Pierre Poilievre et des conservateurs au nouveau mandat de la société d’État, qui devrait être annoncé d’ici un mois par la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, selon une source de CBC.
L’identité de la nouvelle présidence-direction générale devrait aussi être dévoilée cet automne, car le mandat de Catherine Tait doit prendre fin en janvier 2025. Elle occupe ce poste depuis 2018.
D’entrée de jeu, Raymond Théberge prévient que plusieurs questions clés «ne sont que peu abordées dans ce rapport» : «Il ne faut pas y voir une omission, mais le résultat d’un tri nécessaire pour un rapport concis mettant l’accent sur certains secteurs qui vivent ou se préparent à vivre de grandes transformations en lien avec la Loi modernisée [sur les langues officielles]».
Parmi les domaines où Ottawa a encore du travail à faire en matière de droits linguistiques, l’éducation – surtout la petite enfance – et l’immigration se démarquent.
Il relève aussi des «retards inquiétants» dans les versements de fonds destinés au fonctionnement de base des organismes communautaires. Certains accusent plus d’un an de retard. Le commissaire enjoint Patrimoine canadien à procéder au suivi des sommes, comme le ministère s’y est engagé dans le dernier Plan d’action.
«Bien qu’elles soient en hausse par rapport aux années précédentes, les sommes annoncées dans le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 […] sont demeurées significativement inférieures au besoin chiffré par [les organismes communautaires].»
En réaction au rapport, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) souligne dans un communiqué qu’un an et demi après la publication du Plan d’action, «la situation précaire des organismes qui font vivre le français partout au pays n’a guère changé» en raison des problèmes de distribution des fonds.
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Besoin de clauses linguistiques spécifiques dans les ententes
Le commissaire s’engage aussi à examiner le Plan d’apprentissage et de garde des jeunes enfants pancanadiens pour vérifier s’il aide réellement les francophones en situation minoritaire à bénéficier de places en garderie pour leurs enfants.
«Il serait inadmissible que l’ensemble des [communautés de langues officielles en situation minoritaire (CLOSM)] ne puissent bénéficier de cette politique positive», souligne le rapport.
En réponse à une question de Francopresse sur l’absence de clauses dans les ententes intergouvernementales, Raymond Théberge déplore que «dans l’histoire des relations entre les provinces, les territoires et le fédéral, il y a beaucoup d’impunité autour des ententes».
Trop souvent dans ces ententes, on n’identifie pas le nombre de places ou la proportion du financement désigné pour les [CLOSM].
Il a insisté sur le fait que les clauses étaient «l’outil par excellence» pour garantir des places en garderies francophones en dehors du Québec.
Mardi, lors d’une réunion du Comité permanent des langues officielles à la Chambre des communes, deux experts ont justement martelé la nécessité d’avoir à tout prix «des clauses spécifiques aux francophones pour soutenir un financement stable et continu» dans les ententes passées entre le gouvernement fédéral et les provinces et territoires, mais aussi dans les plans d’action sur les langues officielles de ces derniers.
«Tout dépend de la province ou du territoire, c’est à la pièce», a soutenu le directeur général de la Commission nationale des parents francophones (CNPF), Jean-Luc Racine, devant les députés du comité.
Ce dernier et la présidente du CNPF, Gillian Anderson, ont par exemple rappelé que l’Alberta ne disposait d’aucune clause linguistique. Pire, ils affirment qu’aucun financement fédéral n’a été réservé pour les garderies en milieu minoritaire depuis le Plan d’action pour les langues officielles de mars 2023.
Pour Raymond Théberge, ces clauses devraient aboutir à des «mécanismes d’évaluation […] de surveillance et […] de transparence et de reddition de comptes» du gouvernement fédéral.
Il répète à plusieurs endroits du rapport attendre le règlement de la partie VII de la Loi sur les langues officielles modernisées, qui porte sur l’obligation des institutions fédérales de consulter les CLOSM et prendre des mesures nécessaires pour favoriser l’inclusion des clauses linguistiques.
Problèmes structurels et de financement en éducation
Le commissaire aux langues officielles rappelle que, dans le domaine de l’éducation, la demande «surpasse la capacité actuelle», notamment en petite-enfance, avec une pénurie «aigüe» d’une main-d’œuvre qualifiée.
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À cela s’ajoute le fait que le cout des salaires et des infrastructures n’est pas pris en compte dans les sommes accordées aux services de garde. Tout cela rend «les prochaines générations vulnérables à l’assimilation», peut-on lire dans le rapport.
Concernant l’éducation primaire et secondaire, de 5 à 17 ans, Raymond Théberge s’attend à ce que le gouvernement fédéral mette en œuvre son engagement de recenser régulièrement le nombre d’enfants des ayants droit admissibles à l’éducation francophone en situation minoritaire, comme assuré dans la Loi sur les langues officielles.
Le commissaire attend aussi des données de la prochaine enquête de Statistique Canada sur les minorités de langues officielles qui sont censées guider le gouvernement fédéral pour «renforcer un continuum si essentiel à la vitalité des CLOSM».
Il rappelle que «plus du tiers» des enfants d’ayants droit admissibles à l’éducation en français hors Québec n’ont jamais fréquenté les écoles de la minorité.
Raymond Théberge cible également le postsecondaire, qui souffre d’un «sous-financement structurel et opérationnel chronique» qui démontrent les «effets tangibles» obtenus par les ententes intergouvernementales.
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L’immigration francophone dans la mire du commissaire
Le commissaire souligne par ailleurs que certains établissements postsecondaires voient dans la décision récente du gouvernement de plafonner le nombre de permis d’étude délivrés aux étrangers, une «incidence négative […] sur leur viabilité financière et leur offre de programmes en français».
L’immigration reste l’une des clés pour recruter des francophones, ont soutenu Gillian Anderson et Jean-Luc Racine mardi en comité parlementaire. Non seulement pour combler les manques de main-d’œuvre dans tous les secteurs de l’éducation en français, mais aussi pour maintenir la demande pour les programmes en français.
Raymond Théberge encourage en outre le ministère d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) à écouter «activement» les CLOSM francophones à tenir compte «à la fois de leurs préoccupations et de la récente recommandation du Comité [des langues officielles de la Chambre des Communes]» concernant l’immigration.
Cette dernière consiste à faire reconnaitre à IRCC que ses cibles de 6 %, 7 % et 8 % pour les années 2024, 2025 et 2026 sont insuffisantes.
Les députés demandent par ailleurs à IRCC d’atteindre la cible de 20 % fixée par la FCFA de façon progressive jusqu’en 2036.
La situation est très précaire en ce moment pour le Parti libéral et aussi pour le Nouveau Parti démocratique (NPD). Certains prédisent même que ce sera le Bloc québécois qui formera l’opposition officielle.
Mais si l’impatience des conservateurs, et aussi de leurs électeurs, se comprend, est-ce en soi un argument pour que des élections générales soient déclenchées dès maintenant, c’est-à-dire à un an de la date prévue des prochaines élections?
Dans notre système politique, on ne gouverne pas par sondage. Ce ne sont pas eux qui décident qui doit être à la tête du pays ni quand les élections doivent être déclenchées.
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Comme dans toute démocratie digne de ce nom, ce sont les résultats des élections qui désignent le parti politique qui formera le prochain gouvernement.
Le processus électoral fixe à l’avance les règles qui déterminent le vainqueur (est-ce le parti qui a remporté le plus de circonscriptions?, le plus de voix?, un mélange des deux?) ainsi que la durée du mandat du gouvernement.
Au Canada, la Constitution stipule que des élections doivent avoir lieu au plus tard tous les cinq ans. Mais le gouvernement fédéral et les provinces choisissent généralement de réduire la durée des mandats à environ quatre ans.
Est-ce donc dire que le gouvernement devrait avoir la possibilité de gouverner pendant toute la durée de son mandat, peu importe sa popularité ou son impopularité? Dans certains pays, la réponse est oui.
C’est le cas aux États-Unis, par exemple. Les élections présidentielles se tiennent tous les quatre ans, le mardi suivant le premier lundi de novembre, sans possibilité de changer la date.
Ainsi un président fortement impopulaire (pensons à Jimmy Carter à la fin de sa présidence) restera en poste jusqu’à la fin de son mandat. Personne ne s’en offusquera : ce sont les règles du jeu.
Au Canada, gagner une élection n’est pas une condition suffisante pour rester au pouvoir, bien qu’elle soit nécessaire.
Dans notre système parlementaire, lorsqu’un parti politique est porté au pouvoir, il doit être capable de compter sur l’appui d’une majorité de députés à la Chambre des communes pour continuer à gouverner, sinon il devra remettre sa démission.
Si le gouvernement est majoritaire, l’appui d’une majorité de députés s’obtient sans difficulté. Il serait vraiment surprenant qu’un gouvernement tombe en raison d’un mécontentement chez ses propres députés.
Mais si le gouvernement est minoritaire, nous entrons alors en période d’incertitude. Le gouvernement doit former des alliances avec d’autres partis ou des députés indépendants, le cas échéant, pour espérer demeurer au pouvoir durant tout son mandat.
C’est évidemment le cas qui nous intéresse ici. Nous avons actuellement un gouvernement fédéral minoritaire, ce qui veut dire qu’une élection peut survenir avant la fin de son mandat. Mais ce ne sont pas les sondages qui décident, mais bien les élus à la Chambre.
Ces députés doivent donc décider ce qui est préférable : appuyer le parti au pouvoir en espérant que ce dernier mettra en œuvre certaines de leurs idées ou s’opposer à ce parti quitte à déclencher des élections hâtives.
Jusqu’à ce qu’ils mettent fin à l’entente conclue avec les libéraux en aout dernier, les néodémocrates avaient choisi la première voie. Fait assez rare en politique canadienne, ils avaient même négocié une entente de plusieurs années, portant sur plusieurs thèmes.
En moins de trois ans, le NPD a obtenu de nombreux gains : protection accrue pour les travailleurs, programmes de soins dentaires, d’assurance médicaments et d’aide au logement, surtout pour les plus démunis, imposition accrue des institutions bancaires, cibles plus ambitieuses pour combattre les changements climatiques, etc.
Selon une compilation effectuée par Le Devoir en mars dernier, seulement 3 des 27 initiatives négociées dans le cadre de cette entente n’avaient pas été réalisées.
Dans ces conditions, quels nouveaux avantages les néodémocrates peuvent-ils espérer arracher au gouvernement? Aucun qui obtiendrait l’appui des libéraux, semble-t-il.
En déchirant avec grand éclat l’entente qui le liait aux libéraux, Jagmeet Singh a lancé le message qu’il n’avait plus de bonnes raisons de continuer à appuyer les libéraux.
Le Bloc québécois, quant à lui, a essayé de prendre la place du NPD et d’obtenir des concessions du gouvernement libéral au cours des dernières semaines. Il a soumis les deux dossiers qu’il juge prioritaires : la bonification des pensions et la protection du système de la gestion de l’offre.
Mais les libéraux ont montré très peu d’empressement à répondre aux demandes du Bloc. À vrai dire, le Bloc est devenu la cible des attaques des libéraux, qui lui reprochent notamment de «comploter pour la souveraineté du Québec». Dans de telles circonstances, il est difficile de voir comment les deux partis pourraient trouver un terrain d’entente.
Par conséquent, des élections devraient-elles être déclenchées?
Il faut décréter des élections maintenant, car manifestement aucune collaboration ne semble plus possible entre le gouvernement libéral minoritaire et un autre parti de la Chambre.
Il ne faut pas désirer des élections parce que l’opposition officielle le veut (elle le voudra toujours) ou encore parce que les sondages ne sont pas favorables au gouvernement.
Il faut des élections parce que le Parti libéral est maintenant incapable de tisser des alliances qui lui permettraient de compter sur l’appui d’une majorité de députés à la Chambre pour assumer pleinement les fonctions de gouvernement. C’est ainsi que notre système politique fonctionne.
Geneviève Tellier est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques budgétaires des gouvernements canadiens. Elle commente régulièrement l’actualité politique et les enjeux liés à la francophonie dans les médias de tout le pays.
«Demain matin on serait un gouvernement majoritaire assuré, un raz-de-marée libéral, je ne changerai pas ma décision.»
Pour René Arseneault, c’est la famille surtout qui a pesé dans sa décision de quitter la scène politique fédérale. «Mes enfants sont tous revenus à côté de chez nous», lâche-t-il avec un sourire.
René Arseneault, député sortant de Madawaska–Restigouche au Nouveau-Brunswick, assure qu’il ne voit pas Pierre Poilievre rester plus de quatre ans s’il est élu aux prochaines élections fédérales.
«J’ai besoin d’une pause politique, de me reconnecter avec le travail, quand le poids de ton travail et de ta sueur mène à quelque chose. Qu’il n’y ait pas d’influence, de jeu ou de stratégie, parce que c’est ça la politique, tu fais dix pas le jour, puis la nuit c’est six pas en arrière sans aucune raison.»
Le député néobrunswickois est le deuxième francophone en région minoritaire à avoir annoncé son départ du caucus libéral cet été, après Francis Drouin.
Ce dernier confie quant à lui avoir perdu «le cœur et la passion» d’être député, non pas à cause de la controverse qui a suivi ses propos en comité au printemps, mais bien à cause d’une forte pression et surtout, à la demande de sa conjointe.
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Les deux députés reconnaissent qu’il y a une «fatigue» ambiante à l’égard de Justin Trudeau dans leurs circonscriptions, principalement rurales, et que les électeurs se sentent déconnectés des décisions prises à Ottawa. Cependant, ils nient que les sondages favorables aux conservateurs pour les prochaines élections fédérales aient pesé dans leur décision de quitter.
Les sondages n’ont jamais été si défavorables pour le Parti libéral de Justin Trudeau, qui se retrouve pratiquement au même niveau d’intentions de vote que le Nouveau parti démocratique (NPD), autour de 21 %. Le Parti conservateur de Pierre Poilievre en récolte jusqu’à 43 %.
Le ministre Randy Boissonnault, également député d’Edmonton–Centre, annonce qu’il se représentera officiellement en janvier.
Si le Parti conservateur du Canada accède au pouvoir, Francis Drouin craint que, «comme sous Harper», les enveloppes aux organismes francophones en situation minoritaire soient gelées. «[Les francophones] ont survécu, mais ils n’ont pas pu avancer.»
René Arseneault nuance : «Pour les droits linguistiques, le projet de loi C-13, ça se change difficilement. La feuille de route est déjà déployée jusqu’en 2028.»
Les conservateurs avaient d’ailleurs massivement voté en faveur de ce projet de loi, devenu la loi modernisée sur les langues officielles.
Selon le ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, Randy Boissonnault, les francophones hors Québec ont «besoin de champions qui savent ce que c’est de vivre en situation minoritaire».
Il rappelle que le Plan d’action pour les langues officielles, présenté par les libéraux en 2023 avec un budget «record» de 4,1 milliards de dollars, touche une trentaine d’initiatives et huit ministères.
Le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 a repris la somme de 2,7 milliards de dollars sur cinq ans du plan précédent. Cette somme est permanente, donc reconduite à chaque plan.
Toutefois, la nouvelle somme de 1,4 milliard ajoutée en 2023 amène bien à un total de 4,1 milliards, mais il s’agit d’une somme temporaire, qui pourrait ne pas être reconduite après 2028.
Si les conservateurs veulent modifier la nouvelle Loi sur les langues officielles, «ils doivent introduire une nouvelle législation», rappelle François Rocher, professeur émérite à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.
«Par ailleurs, même si la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale a elle aussi été adoptée, elle n’est pas encore en vigueur, car on attend toujours le décret et l’adoption des règlements pour la rendre opérante.»
Le politologue François Rocher assure que des coupes sont «dans la mire» des conservateurs.
Mais c’est surtout l’avenir du Régime canadien de soins dentaires, de l’allocation canadienne pour enfants (ACE) ou encore des garderies à dix dollars qui préoccupent René Arseneault, Randy Boissonnault et Francis Drouin.
Sollicités, des députés du Parti conservateur du Canada n’ont pas donné suite à nos demandes pour clarifier leurs positions sur ces sujets.
«Ces craintes ne sont pas infondées étant donné le “flou artistique” qui entoure la position des conservateurs sur ceux-ci, remarque François Rocher. Comme toutes ces politiques sont particulièrement couteuses et que Pierre Poilievre ne cesse de dire qu’il faut réduire les dépenses de l’État canadien, couper ou retarder ces programmes me semble être dans la mire des conservateurs.»
Pour Francis Drouin, l’avenir de l’information serait également en jeu sous un gouvernement conservateur : «Je trouve qu’un parti politique qui dit “je veux éliminer CBC”, ça va avoir un impact sur Radio-Canada. Et ça va avoir un impact sur les communautés en situation minoritaire.»
Son collègue René Arseneault voit un défi plus large : «Tout se dit et se vaut. Il n’y a plus du tout de respect par rapport aux professionnels de l’information. Quelqu’un qui a étudié, qui a fait sa carrière là-dedans, il n’est pas plus pesant qu’un “nono” qui prend son téléphone cellulaire et qui dit n’importe quoi.»
Mona Fortier, députée fédérale d’Ottawa–Vanier, partage les mêmes appréhensions que ses trois collègues quant à un éventuel gouvernement Poilievre, mais elle y ajoute les droits reproductifs des femmes et «une fonction publique en santé».
La députée Mona Fortier se dit «prête» pour les prochaines élections fédérales.
Ce sont ces raisons qui la «motivent le plus» à se représenter à nouveau sous la bannière libérale. «[Pierre] Poilievre n’a pas de plan», réagit-elle en entrevue avec Francopresse. La députée assure simplement qu’elle «sera prête pour aller affronter les opposants».
Écartée du Cabinet par Justin Trudeau en 2023, elle a été remplacée par Anita Anand au Conseil du Trésor. Sans commenter cette exclusion, elle assure avoir de nouveau eu «l’honneur pour la troisième fois» d’être tout juste nommée par le premier ministre à la présidence du Comité national de la plateforme libérale.
Randy Boissonnault fait lui aussi partie de ceux qui se représenteront aux prochaines élections.
Malgré le désir de changement des Canadiens, visible dans le dernier sondage sur les intentions de vote des élections fédérales de l’institut Angus Reid, le ministre lance : «Les sondages, c’est la dernière chose que je regarde. Le seul qui compte est celui de la journée de l’élection, point à la ligne.»
«Le parti libéral va gagner les prochaines élections, sous le leadeurship de Justin Trudeau. Tous les gens qui se sont engagés contre M. Trudeau se sont trouvés sur le mauvais côté de l’histoire le lendemain.»
Bon nombre de députés espèrent «rebâtir» le parti, assure une source libérale proche du caucus, avec la volonté de voir à sa tête un nouveau chef. Plusieurs d’entre eux s’attendaient à ce que Justin Trudeau jette l’éponge et déclenche des élections dans l’été.
«Si tout le monde part, qui va rester pour s’occuper du pays et faire changer les choses?», s’inquiète Vanessa Aboudi, doctorante à l’Université de Yaoundé au Cameroun et analyste à l’Institut politique Nkafu.
Depuis moins de cinq ans, l’immigration des Camerounais vers le Canada s’est emballée. Le Cameroun est devenu le premier pays de citoyenneté des résidents permanents francophones hors Québec.
Vanessa Aboudi évoque des expressions à la mode comme «Tout Camerounais est un Canadien qui s’ignore» ou «Camerounadien», témoins de l’engouement pour le pays à la feuille d’érable. Elle raconte les listes d’attente interminables pour passer le test d’évaluation de français à Yaoundé, la capitale.
Avec un taux de chômage réel estimé à plus de 75 %, un salaire moyen d’un peu plus de 600 dollars par mois et une inflation de près de 4 %, «la population camerounaise n’arrive plus à joindre les deux bouts», rapporte-t-elle.
Enseignants, infirmiers, médecins et ingénieurs voient dans le visa canadien «une chance de s’en sortir».
Les communautés francophones en milieu minoritaire attirent également de plus en plus de ressortissants originaires des pays du Maghreb.
«Le Canada ne peut pas endosser toute la responsabilité, la faute incombe d’abord au gouvernement algérien qui laisse filer ses ressortissants», considère le professeur Rouadjia Ahmed.
«L’émigration est devenue une culture chez la plupart des Algériens. Ça touche toutes les couches de la société, y compris les cadres supérieurs», confirme le professeur d’histoire et de sociologie politique à l’université de Msila en Algérie, Rouadjia Ahmed.
Le phénomène prend aussi de l’ampleur en Tunisie voisine, endettée à hauteur de 80 % de son PIB et qui connait un taux de chômage de 16,2 %.
«L’étranger ne fait plus peur. Les Tunisiens sont prêts à se sacrifier pour l’avenir de leurs enfants», indique Adel Ben Youssef, professeur d’économie à l’Université Côte d’Azur, en France.
Entre 2015 et 2020, d’après les chiffres de l’Institut national de la statistique tunisienne, environ 39 000 ingénieurs ont choisi de s’expatrier. «Il y a un vrai sentiment de désespérance», alerte le professeur d’économie à l’Université de Sfax en Tunisie, Kaies Samet.
Au Sénégal, faute de places suffisantes dans le système sanitaire public, les jeunes médecins se tournent, eux aussi, vers l’étranger, selon le doyen de la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie de Dakar, Bara Ndiaye.
Cette fuite des cerveaux contribue à gripper l’économie des pays d’origine des nouveaux arrivants. Que ce soit au Cameroun, en Algérie ou en Tunisie, les acteurs interrogés constatent des pénuries de personnel qualifié dans de nombreux secteurs.
Les politiques migratoires canadiennes provoquent des problèmes structurels chez nous, ça freine notre développement
Vanessa Aboudi note une «baisse notable du niveau d’éducation», avec des classes qui ne peuvent pas achever leur année scolaire, faute d’enseignants.
En Algérie, le manque de médecins se fait sentir. «L’État investit beaucoup d’argent et de ressources dans leur formation, puis les laisser partir, c’est un manque à gagner énorme», regrette Rouadjia Ahmed.
De son côté, Adel Ben Youssef estime que la croissance tunisienne plafonne en dessous de 1 % notamment à cause de la pénurie de profils compétents.
«C’est un fléau qui va continuer même si la situation économique et sociale s’améliore, car l’écart global de technologie et de développement ne cesse de s’accroitre entre les pays industrialisés et ceux en développement», poursuit Kaies Samet.
L’économiste n’hésite pas à parler de «cercle vicieux» : «Plus les gens partent, plus le pays s’appauvrit et plus il s’appauvrit, plus les gens veulent partir.»
«La France n’est pas un pays très uni depuis quelque temps, les clivages politiques sont très forts. Les jeunes ne se sentent pas très représentés, ils ont la sensation qu’il y a un manque d’opportunités et ça les fait aller ailleurs», estime la chercheuse Cecilia Garcia-Peñalosa.
Un nombre croissant de jeunes talents français choisissent d’émigrer au Canada. Selon la directrice de recherche du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à l’École d’économie d’Aix-Marseille, Cecilia Garcia-Peñalosa, ce sont majoritairement des scientifiques, des ingénieurs et des entrepreneurs issus des grandes écoles.
À ses yeux, cette expatriation peut fragiliser le modèle français et peser sur le système de protection sociale français : «À l’âge où, normalement, ils devront contribuer à équilibrer les comptes sociaux et à rembourser le cout de leur formation, ces individus hautement qualifiés le feront dans d’autres pays développés.»
Cette mobilité peut néanmoins avoir des retombées positives pour la France. Des études montrent en effet que «l’émigration des talents renforce les liens commerciaux et favorise les exportations et la croissance». Une augmentation de 10 % du nombre d’immigrants entre deux pays stimule le commerce bilatéral de 1 %, rapporte Cecilia Garcia-Peñalosa.
Dans ce mouvement de fond, «la préférence pour le Canada n’a jamais baissé, car le pays, avec ses politiques d’accueil très attractives, bénéficie d’une image plus sympathique que d’autres», observe Adel Ben Youssef.
À Ottawa, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marc Miller, assume : «C’est clair que ça m’interpelle. Évidemment, ça a un impact quand on va chercher des gens qui ont une spécialité dans ces pays, où ils seraient une source de richesse dans ces mêmes pays, mais en fin de compte, c’est le choix de ces gens-là.»
Pour la professeure de droit à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Ndeye Dieynaba Ndiaye, l’objectif des politiques migratoires canadiennes reste «utilitariste» : «C’est écrit noir sur blanc dans la législation.»
L’article 3 (1) a) de la Loi fédérale sur l’immigration et la protection des réfugiés mentionne que l’objet de la présente loi est «de permettre au Canada de retirer de l’immigration le maximum d’avantages sociaux, culturels et économiques».
Toutes les politiques qui en découlent confortent cet objectif et n’incluent pas la dimension de l’impact sur les pays de départ, elles sont élaborées en fonction des besoins du Canada
L’immigration massive comporte quelques retombées positives. En 2019, les immigrants originaires des pays pauvres ont envoyé trois fois plus d’argent que l’ensemble de l’aide publique au développement dépensée par les nations riches dans le monde.
Dans un rapport sur le sujet, la Banque mondiale qualifie cet argent de «bouée de sauvetage essentielle».
«À court terme, ça a permis de stabiliser le déficit budgétaire, mais ce n’est pas suffisant pour relever l’économie, ce ne sont pas des investissements dans la création d’entreprises, dans des activités génératrices de revenus», affirme Adel Ben Youssef en Tunisie, où les transferts ont notablement augmenté depuis la pandémie de COVID-19.
Au Cameroun, Vanessa Aboudi reconnait que ces flux financiers aident les proches restés au pays. Elle se montre cependant prudente quant à leur impact réel et rappelle le cout exorbitant des procédures d’immigration canadienne : «Les familles investissent énormément d’argent et contractent des prêts qu’elles doivent rembourser.»
Le Tunisien Adel Ben Youssef s’inquiète de la problématique des enfants d’immigrants, «qui, une fois partis, sont définitivement perdus.»
Pour freiner l’hémorragie des talents, les chercheurs incitent leur gouvernement respectif à se positionner. Vanessa Aboudi et Adel Ben Youssef insistent tous deux sur l’importance de se doter de politiques d’incitation au retour et de reconnaitre la «circularité» des politiques migratoires.
«Il faut arrêter le sens unique, les gens veulent être capables de partir quelques mois ou quelques années puis de revenir plus librement», affirme Adel Ben Youssef, estimant que ce serait «gagnant-gagnant».
Le Cameroun, par exemple, n’autorise pas la double nationalité et complexifie ainsi les envies de retour de ses ressortissants devenus citoyens canadiens.
À Montréal, Ndeye Dieynaba Ndiaye appelle à travailler sur les causes des migrations, en incluant dans la réflexion les pays d’origine, avec l’aide des diasporas. «Aujourd’hui, les politiques migratoires canadiennes sont conçues par des non immigrants pour des non immigrants. Nous avons besoin d’assises qui réunissent tous les acteurs.»
«Le Canada ne peut pas endosser toute la responsabilité, appuie Rouadjia Ahmed en Algérie. Les autorités doivent se retrousser les manches pour s’attaquer au profond malaise de notre société.»
Le Québec a, lui, décidé d’arrêter de recruter des infirmières en Afrique, en réponse à des pressions internationales. Il y a urgence, car aujourd’hui de moins en moins d’immigrants retournent s’installer dans leur pays d’origine.
Au Sénégal, Bara Ndiaye rappelle que le parcours est loin d’être facile une fois l’Atlantique franchi, mentionnant, entre autres, une reconnaissance des diplômes «pas évidente». Un sujet sur lequel le Canada travaille pour être encore plus attractif.
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Le Métis a été le premier journal de langue française au Manitoba. Il subsistera jusqu’en 1926.
Le 27 mai 1871 à Saint-Boniface, au Manitoba, Le Métis devient le premier journal francophone de la province.
Comme le chemin de fer n’a pas encore atteint la région, le propriétaire du journal, l’avocat Joseph Royal, a dû faire transporter l’équipement acheté au Minnesota par charrette à bœuf jusqu’à la rivière Rouge, puis par bateau. Quand on parle de pionniers…
Le Métis aura une durée de vie étonnante pour l’époque, subsistant jusqu’en 1926 alors que lui succède La Liberté, toujours en publication.
Cette longévité ne sera pas caractéristique de plusieurs premiers journaux francophones du pays, qui seront pratiquement mort-nés.
En 1858 parait Le Courrier de la Nouvelle-Calédonie, dans ce qui était alors la colonie de l’ile de Vancouver. Se définissant comme un «journal politique et communautaire», il rend l’âme près d’un mois plus tard, après une dizaine de parutions.
Il faudra attendre au XXe siècle pour que cette publication ait des successeurs : La Colombie, en 1945, Le Soleil de Vancouver (rebaptisé Le Soleil de la Colombie-Britannique), puis La Source, journal bilingue en circulation depuis 1999.
La Semaine nationale des journaux sera célébrée du 6 au 12 octobre. Une occasion de souligner le rôle encore important que jouent les médias d’information dans le bon fonctionnement et l’épanouissement des communautés francophones en situation minoritaire.
Le Progrès, fondé en 1858 à Ottawa, sera le premier journal de langue française en Ontario. Il entend servir les Canadiens français de la capitale et se veut être le «défenseur de leurs droits». Il ne les défendra cependant que six mois…
Trois autres journaux francophones distribués en Ontario l’avaient précédé, mais ils étaient tous publiés à Détroit. Il s’agit de la Gazette française (1825), L’ami de la jeunesse (1843) et Le Citoyen (1850), qui desservait tous trois la région de Windsor. Eux aussi ne survivent que quelques semaines ou quelques mois.
D’ailleurs, un nombre ahurissant de journaux français ou bilingues sont publiés aux États-Unis entre 1838 et 1911 (environ 200), dont une bonne partie en Nouvelle-Angleterre, qui a connu une vague d’émigration canadienne-française massive entre 1860 et 1900.
Encore une fois, la durée de vie de la très grande majorité de ces journaux ne dépasse pas quelques mois.
Après Le Progrès, le robinet d’encre s’ouvre également en Ontario. Entre 1870 et 1900, pas moins de 34 autres publications voient le jour dans cette province, très majoritairement à Ottawa et à Windsor.
La Gazette, devenue La Gazette de France, premier journal de l’Hexagone en 1631. Ici une édition de 1786.
La Gazette sera un titre de journal très populaire, en français comme en anglais. Le mot «gazette» s’est d’ailleurs longtemps employé comme synonyme de journal (au Canada francophone, plus souvent prononcé «gâzette»), même si ce sens est aujourd’hui vieilli.
Avant de traverser l’Atlantique, le nom de gazette désignait déjà le premier journal en France, publié en 1631 par Théophraste Renaudot (le prix Renaudot, c’est lui), «grâce» aux bonnes grâces d’un certain cardinal Richelieu.
En Nouvelle-France, il n’y avait étonnamment pas de journaux. La monarchie française interdisait l’imprimerie dans sa colonie, voulant éviter le brassage d’idées. Quelle idée!
Ainsi, en 1764, un an après que la Nouvelle-France soit devenue une possession britannique, est fondée La Gazette de Québec/The Quebec Gazette, une publication bilingue.
Mais un journal l’avait devancé dans la colonie voisine : la Nouvelle-Écosse (l’ancienne Acadie). Publié pour la première fois en 1752, la Halifax Gazette mérite la distinction d’être le premier journal dans ce qui deviendra le Canada.
Quant au premier journal uniquement de langue française en Amérique du Nord, l’honneur revient à la Gazette du commerce littéraire, fondé à Montréal en 1778. Disons que, côté titre, l’imagination n’était pas fertile.
En Acadie, il n’y aura pas de Gazette, mais plutôt des noms associés au territoire ou à la culture.
L’Acadie a eu son premier journal en 1867, fondé à Shediac, au Nouveau-Brunswick. Premier numéro du Moniteur Acadien.
Le premier-né est Le Moniteur Acadien fondé en 1867 à Shediac, près de Moncton, au Nouveau-Brunswick. Il s’agit d’une initiative d’un Québécois («Canadien», disait-on à l’époque), Israël Landry. Sa mission : «Venir en aide à notre pauvre peuple acadien en lui fournissant une feuille qui lui apprendra ce qu’il est, ce qu’il a été et ce qu’il est appelé à devenir.»
Valentin Landry fonde en 1887 le mythique journal L’Évangéline, qui cessera de paraitre en 1982.
Le journal vivra jusqu’en 1926. Beaucoup plus tard, en 1984, un nouveau journal nait à Shediac et prend quelques années plus tard le nom de Moniteur acadien de son lointain prédécesseur.
Néanmoins, c’est un autre journal, L’Évangéline, qui deviendra le véritable journal du peuple acadien. Fondé en 1887 en Nouvelle-Écosse, il déménage à Moncton en 1905. Il devient définitivement un quotidien en 1949 et s’affirme comme un journal de combat pour la «cause» acadienne. Il ferme en 1982.
Deux ans plus tard, l’Acadie Nouvelle prendra la relève et deviendra un quotidien à son tour en 1989, non sans une bataille épique avec un autre journal, Le Matin, qui se présentait aussi comme le successeur de L’Évangéline.
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L’abbé Charles Charlebois, un oblat, principal cofondateur du Droit, en 1913.
L’Ontario français aura également son quotidien militant avec la parution du Droit, dès 1913, fondé par un père oblat en réaction à l’adoption du règlement 17 par le gouvernement provincial qui interdisait le français dans les écoles. Le journal sera l’un des rares de l’époque à subsister jusqu’à aujourd’hui.
Plusieurs autres journaux toujours en circulation s’ajoutent au fil des ans en Ontario, notamment Le Voyageur de Sudbury, L’Express de Toronto, L’Orléanais et La Tribune de Nipissing Ouest, Agricom, Le Goût de vivre, Le Nord et Le Régional. Et il y en a d’autres.
De même, dans l’Ouest du Canada, des journaux francophones naitront, comme L’Eau vive en Saskatchewan et Le Franco en Alberta, suivant les traces de journaux pionniers comme Le Patriote de l’Ouest et La Survivance.
Ailleurs, dans les provinces de l’Atlantique, Le Petit Courrier du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse est fondé en 1937 et deviendra Le Courrier de la Nouvelle-Écosse qu’on connait aujourd’hui.
Les francophones de l’Île-du-Prince-Édouard comptent sur La Voix acadienne depuis 1975 et ceux et celles de Terre-Neuve sur Le Gaboteur depuis 1984. Au Nouveau-Brunswick, plusieurs autres naitront et mourront. Le Saint-Jeannois, fondé en 2002, est bien ancré dans la ville portuaire.
Les journaux francophones dans les territoires apparaissent à la même époque : L’Aurore boréale au Yukon (1983), L’Aquilon aux Territoires du Nord-Ouest (1986) et Le Nunavoix au Nunavut (2002).
Tous ces vaillants médias de la presse écrite naviguent parfois difficilement, alors que les défis de la transformation de l’univers médiatique se multiplient.
L’auteur-compositeur-interprète franco-ontarien Didier Lozano propose Merci, un rendez-vous musical aux sonorités de musique du monde.
Pochette de l’album Merci.
En plus de signer toutes les compositions et de jouer de la guitare et du clavier, l’artiste s’est entouré de Sergio Checho Cuadros, un maitre de la quena, une flute traditionnelle des Andes. Le tout dessine un univers riche et mystérieux. Chaque pièce offre un cachet particulier, qui nous transporte dans un au-delà paisible.
Dans cette offre d’une dizaine de titres, Didier Lozano nous livre quelques moments magiques. Il y a entre autres un jazz contemporain, Merci Manon, qui nous captive grâce à sa trame de guitare plus moderne.
Les mêmes attributs sont valables pour Merci mon ami. Merci Montréal, ma chanson préférée de l’album, est un crescendo qui illustre bien le réveil de la métropole et de ses résidents. Autre pièce digne de mention, Merci Pascal Rauzet, un air brésilien qui rend hommage à une source d’inspiration importante du musicien.
En ces temps modernes où tout va plus vite, Didier Lozano présente une alternative pour nous évader de ce rythme fou de la société. L’auteur-compositeur-interprète nous livre une inspiration remplie de gratitude, un univers paisible, afin d’éliminer le stress de la vie moderne.
Le guitariste originaire d’Edmundston au Nouveau-Brunswick, RenzRossi (René Rossignol), nous offre le fruit d’une expérience de création entre lui et l’artiste visuel Luc A. Charrette. S’inspirant des tableaux de ce dernier, le musicien a sorti au mois de septembre son tout dernier EP, Tableaux, où il invite l’auditeur dans un univers de jazz moderne des plus riche et captivant.
Pochette de l’album Tableaux.
RenzRossi s’est entouré des meilleurs musiciens accompagnateurs du Nouveau-Brunswick. François Émond, Jesse Mea, Steven Haché et Glen Deveau contribuent à la fluidité proposée par le guitariste.
La pièce qui démontre bien le résultat est Rue Victoria St. Sur cette plage, chaque musicien y va d’une partition solo, qui rend le produit final irrésistible. Une autre pièce maitresse est Aimer. Ce jazz moderne nous donne la sensation de nous retrouver à un brunch du dimanche dans notre café jazz préféré.
Chaque pièce de Tableaux est une émotion musicale qu’a ressentie RenzRossi face à une œuvre de Luc A. Charrette. Le tout devient un moment de grâce entre le guitariste et l’auditeur.
L’album en édition vinyle comprend une impression de chaque tableau de Luc A. Charrette.
Avec son 4e opus, Inesperado, l’autrice-compositrice-interprète, Janie Renée, nous proposait en 2022 une bulle d’Amérique du Sud. L’artiste de l’Est ontarien a conçu un véritable album à saveur brésilienne.
Avec juste assez de retenue, tant au niveau des musiques que de la voix, Janie Renée livre des moments de nostalgie et d’innocence qui nous envahissent. Les arrangements sont extrêmement puissants et nous transportent aisément dans les ruelles de São Paulo, Rio de Janeiro ou encore Brasilia.
Pochette de l’album Inesperado.
Que ce soit grâce à la clarinette ou à la guitare sept cordes, les onze chansons nous rappellent constamment les saveurs chaudes du Brésil. Vocalement, Janie Renée est au sommet de son art, offrant des prestations solides aux multiples nuances.
Elle nous partage deux superbes duos avec un maitre du style, en la personne de Paulo Ramos. Je t’aime en majuscules et Au bout de nos horizons sont le fruit d’un merveilleux mariage vocal entre la compositrice et Paulo Ramos.
Le chef-d’œuvre de l’album est La Muse, une très belle allégorie artistique décrivant l’amour envers l’être cher. Tout en douceur, on y retrouve une belle trame de guitare qui accompagne une Janie Renée toute en sensualité.
Pour ceux qui recherchent une oasis musicale hors du commun, Inesperado est ce qui se fait de mieux. Des orchestrations feutrées tout en retenue et une voix aux multiples facettes envahissent notre univers le temps de quelques chansons au rythme chaud.
Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.
Ottawa a annoncé un investissement de près de 2,5 millions de dollars sur cinq ans pour accroitre l’accès aux services de santé en français au Yukon.
Patrimoine canadien octroie 1,5 million $ et Santé Canada 746 317 $, auxquels s’ajoutent 250 000 $ de la part du gouvernement du Yukon.
Ce projet vise à améliorer l’accès aux services de santé en français dans le territoire, en s’appuyant notamment sur la technologie. Il devrait permettre de collecter des données afin de déterminer la langue de service préférée des patients, pour améliorer l’embauche et l’affectation de personnel bilingue.
Des outils numériques seront également mis à la disposition des professionnels de la santé pour répondre aux besoins des francophones du Yukon.
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La leadeure du gouvernement en Chambre, Karina Gould, a assuré que le comportement du Bloc québécois était «inapproprié» en déposant une motion sur la hausse de la pension de la Sécurité de la vieillesse du fait de la demande financière qu’elle engagerait.
Mercredi, la motion du Bloc québécois sur la Sécurité de la vieillesse pour les ainés de 65 à 74 ans a reçu l’aval du Parti conservateur, du Nouveau Parti démocratique (NPD) et des deux députés verts, mais pas de la majorité des libéraux.
La motion a été adoptée avec 181 votes pour et 143 votes contre. Chez les libéraux, quatre députés de l’Atlantique, dont l’Acadien René Arseneault, ont voté pour.
Avec cette motion, la Chambre demande au gouvernement d’entreprendre des démarches pour accorder la recommandation royale au projet de loi C-319 sur l’augmentation de la pension de la Sécurité de la vieillesse.
La sanction royale est essentielle pour faire avancer le texte, car il s’agit d’un projet de loi d’un parti de l’opposition qui entrainerait des dépenses du gouvernement. L’ajustement de la pension proposé par le Bloc engagerait environ 16 milliards de dollars de dépenses sur cinq ans.
Le projet de loi C-319 plaide pour une bonification de 10 % de la pension sur la Sécurité de la vieillesse pour les ainés de 65 à 74 ans. Seuls ceux qui ont 75 ans et plus ont eu droit à une augmentation en 2022.
Les ministres libéraux ont voté contre la motion, car ils jugent notamment que l’emploi d’une motion pour obliger le gouvernement à avancer sur un projet de loi de l’opposition aussi couteux créerait un «terrible précédent» dans les règles de procédure de la Chambre.
Ils craignent en outre que l’accès à cette pension concerne aussi des personnes qui en ont moins besoin.
À l’issue du vote, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est dit satisfait en conférence de presse, assurant qu’il gardait l’ultimatum lancé au gouvernement une semaine plus tôt.
Il a par ailleurs assuré qu’il y aurait «zéro compromis» sur la Sécurité de la vieillesse et qu’il ne ferait pas de concessions.
Si le gouvernement n’accorde pas la recommandation royale aux deux projets de loi portés par le Bloc d’ici le 29 octobre, ce dernier «entreprendra des négociations» avec les autres partis pour le faire tomber, avait prévenu Yves-François Blanchet le 25 septembre.
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a assuré qu’il ouvrirait les négociations avec les autres partis pour faire tomber le gouvernement après le 29 octobre si les libéraux résistent à faire passer le projet de loi de son parti sur la Sécurité de la vieillesse.
Le 30 septembre, jour de relâche au Parlement, a été l’occasion de rendre hommage aux victimes des pensionnats autochtones, qui ont opéré entre 1830 et le début des années 1990, à l’occasion 4e de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.
La gouverneure générale du Canada, Mary Simon, a participé à la cérémonie du Feu sacré à sa résidence de Rideau Hall le matin, puis à une commémoration pour les enfants et les familles brisées par les pensionnats autochtones mis en place par les colons.
Des survivants étaient présents pour témoigner des horreurs vécues par les enfants des pensionnats, qui ont subi des violences physiques, psychologiques et sexuelles. Des milliers d’entre eux sont morts à la suite de ces sévices.
À Ottawa et partout au pays, le chandail orange a été arboré comme un symbole en ce jour d’hommage national.
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Des survivants et des familles de victimes de pensionnats autochtones en chandail orange, lors de la découverte des tombes sans nom d’enfants près d’anciens pensionnats, en 2021.
Pour atteindre cet objectif, le sénateur Stan Kutcher, la sénatrice Ratna Omidvar et le sénateur Mohamed-Iqbal Ravalia ont formulé deux recommandations dans un rapport publié mardi, avec l’appui d’experts.
Ils recommandent au gouvernement de s’engager à augmenter le nombre de postes de résidents pour les diplômés internationaux en médecine (DIM).
Le gouvernement devrait aussi élargir l’évaluation de la capacité à exercer pour déboucher sur un programme national solide.
Les sénateurs rappellent également que 6,5 millions de Canadiens n’ont pas accès à un médecin de famille. Ce chiffre «pourrait atteindre 10 millions d’ici dix ans», prévient le rapport.
«L’un des principaux facteurs de cette crise est notre incapacité à utiliser pleinement les compétences des médecins formés à l’étranger qui vivent déjà au Canada», assurent encore les trois sénateurs, dans un communiqué de presse.
La ministre des Finances, Chrystia Freeland, a annoncé la mise en œuvre de trois mesures prévues dans le budget 2022 pour les petites et moyennes entreprises canadiennes.
La vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, a annoncé des mesures de réduction de couts pour les petites et moyennes entreprises canadiennes.
Une partie des produits issus de la redevance sur les combustibles sera reversée à environ 600 000 entreprises avant la fin de 2024.
Cela permettra aux petites entreprises qui se trouvent dans des provinces et territoires où la redevance fédérale sur les combustibles s’applique d’obtenir un nouveau crédit d’impôt.
Le gouvernement a également mis en place un Code de conduite destiné à l’industrie canadienne des cartes de crédit et de débit pour protéger un million d’entreprises qui font des transactions avec ces cartes auprès de leurs clients.
Enfin, certains frais de transaction par carte de crédit seront réduits pour les petites entreprises dès le 19 octobre.
Le premier ministre sortant du Nouveau-Brunswick et candidat à sa réélection a indiqué qu’il poursuivrait Ottawa sur la taxe carbone instaurée par le gouvernement Trudeau s’il était réélu, pour «éliminer cette taxe injuste», a-t-il assuré en point presse mardi.
Si Pierre Poilievre devient premier ministre, Blaine Higgs précise qu’il n’intentera toutefois pas d’action en justice, notamment si le fédéral modifie sa tarification sur le carbone.
L’Alberta, l’Ontario et la Saskatchewan avaient déjà intenté une telle action contre le gouvernement Trudeau, mais avaient échoué. La Cour suprême avait justifié sa décision en assurant que la taxe carbone était constitutionnelle et n’empiétait pas sur les compétences des provinces.
Au sein des ministères et organismes fédéraux, environ 90 % des documents sont traduits de l’anglais vers le français, indique Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) dans une réponse écrite à Francopresse.
Si une traduction est mal faite ou omise, ce sont la langue de Molière et ses locuteurs qui en subissent les conséquences.
«Être bilingue m’a ajouté un certain fardeau de travail, que j’étais très heureux d’assumer, d’ailleurs», confie David Lachance*, fonctionnaire depuis 2002. Celui-ci raconte que les francophones et ceux qui, comme lui, ont un niveau de français élevé se retrouvent parfois à traduire ou à réviser des documents.
Ce film, il l’a vu cent fois. Ce qu’il n’a jamais vu, c’est une personne francophone ou bilingue recevoir une compensation financière ou être reconnu pour le travail supplémentaire effectué.
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Si les fonctionnaires qui parlent français se retrouvent à faire de la traduction et de la révision c’est parce que, selon lui, depuis 1995, les ministères fédéraux ne sont plus obligés d’avoir recours au Bureau de la traduction (BT) et peuvent se tourner vers le secteur privé pour effectuer leurs demandes.
Ça a vastement réduit la qualité de la langue et de la traduction des documents. Je n’ai jamais vu une traduction externe aussi bonne que celle faite à l’interne. [Les traducteurs à l’interne] connaissaient mieux la matière.
Il explique que des fonctionnaires francophones sont alors appelés à corriger les traductions insatisfaisantes ou à les faire eux-mêmes lorsque les délais à l’externe sont trop longs.
La SPAC mentionne toutefois que les fonctionnaires qui ne sont pas traducteurs, terminologues ou interprètes ne devraient pas être appelés à faire de la traduction.
Nathan Prier se méfie des logiciels de traduction. Censés améliorer l’efficacité, ceux-ci peuvent affecter la qualité du français et obliger un plus grand travail de révision, estime-t-il.
«On entend toujours des exemples [comme ça]», confirme le président de l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP), Nathan Prier, en entrevue.
Il a lui-même été sollicité pour traduire des documents légaux lorsqu’il était économiste au sein de la fonction publique.
En ce qui concerne la qualité, Nathan Prier partage le même constat que David Lachance : les pigistes externes n’arrivent généralement pas à la cheville des traducteurs du BT.
«Il faudrait revenir au modèle de prestation de services obligatoires du BT d’avant 1995, afin que [le BT] redevienne l’unique autorité contractante pour les services de traduction et d’interprétation et qu’il soit de nouveau entièrement responsable du contrôle, de la qualité et de l’uniformité», dit Nathan Prier.
«Si on est sérieux de vouloir défendre la qualité de traduction et la qualité des deux langues officielles, et non seulement l’anglais, […], on a vraiment besoin de protéger ces jobs.»
Les fonctionnaires comme David Lachance ne sont pas les seuls à subir les conséquences de cette situation. Les traducteurs du BT encaissent aussi.
«La qualité inégale des pigistes fait en sorte qu’il revient à nos membres de réparer les gaffes de l’externe. Cela finit par couter cher au Bureau et force nos membres à sauver la face de l’institution en effectuant des révisions pour lesquelles ils ne sont souvent pas rémunérés à leur juste valeur», avait exprimé l’ACEP devant le Comité permanent des langues officielles en 2016.
Un «bingo du fonctionnaire francophone» a été commenté plus de 150 fois sur le site Web Reddit. La tâche de traduction y figure.
L’Association avait aussi affirmé qu’aucun traducteur n’avait été embauché entre 2011 et 2016, entrainant une perte du tiers des postes au BT.
Dans son rapport, le Comité observe que lorsque les ministères ont recours au secteur privé, c’est souvent pour une question de prix.
En 2021, le professeur émérite en traduction de l’Université d’Ottawa, Jean Delisle, avait écrit dans un mémoire que «depuis une dizaine d’années, il y a une volonté très nette de réduire le plus possible les dépenses liées à la traduction. On évoque même une réduction de l’effectif du Bureau de l’ordre de 60 %».
Dans son courriel à Francopresse, SPAC assure que le nombre de traducteurs internes et la proportion de sous-traitance à des traducteurs externes sont restés plutôt stables au cours des huit dernières années.
Mais, comme le fait remarquer Nathan Prier, la taille de la fonction publique a «beaucoup» augmenté. Il reste à déterminer si les effectifs du BT parviendront à suivre la croissance des demandes.
SPAC estime que le Bureau de la traduction répond lui-même à environ 75 % de la demande de services de traduction au sein de l’administration publique centrale. Près de la moitié de ces traductions sont refilées à des sous-traitants (graphique ci-dessous).
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«Si tout le monde était bilingue comme moi au sein de la fonction publique, je pense que le fardeau sur les francophones serait minime, veut croire David Lachance. Il faudrait qu’on accentue la capacité de tous les fonctionnaires à bien comprendre les deux langues.»
«Il semble qu’il y ait une culture au sein de la fonction publique où on privilégie une langue par rapport à l’autre et que très souvent le français est vu comme une langue de traduction», estime Raymond Théberge.
Questionné par Francopresse sur les tâches supplémentaires parfois demandées aux francophones, le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, affirme trouver la situation «préoccupante».
«C’est une situation qui perdure depuis un bon nombre d’années […]. Je me souviens quand j’étais jeune fonctionnaire dans un autre milieu, on [m’en parlait]. Ce qui est important, c’est de créer la capacité bilingue au sein des institutions fédérales.»
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Selon le commissaire, créer cette capacité passe par le respect de l’article 91 de la Loi sur les langues officielles, qui renvoie aux exigences linguistiques requises pour les postes. Ainsi, les fonctionnaires francophones seraient moins appelés à faire du travail supplémentaire.
«Si on fait un bon travail au niveau de l’évaluation des exigences linguistiques, on va créer au sein de l’unité, au sein du ministère, peu importe, la capacité bilingue nécessaire», affirme-t-il.
Cet article de la Loi a fait l’objet d’une étude du commissaire en 2020. Il effectuera un suivi des résultats dans les prochaines semaines.
*Le nom a été modifié pour des raisons de sécurité et de confidentialité.