Le ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, Randy Boissonnault, a annoncé la distribution d’une partie des 16,8 millions de dollars prévus dans le Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 pour les médias en situation minoritaire.
Le gouvernement fédéral déboursera 12,6 millions de dollars, dans le cadre du Plan d’action pour les langues officielles 2023–2028, pour les médias communautaires en situation minoritaire : 7,6 millions visent à financer des projets structurels et 5 millions devraient permettre de rémunérer 125 stages partout au pays.
L’enjeu : Sur la totalité des 16,8 millions de dollars dédiés aux médias en situation minoritaire dans le Plan d’action, 1,6 million pour les médias communautaires en situation minoritaire n’ont pas encore été alloués.
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Mardi, lors d’une séance du Comité permanent des langues officielles, libéraux et conservateurs ont multiplié questions et points d’ordre sur une motion du député libéral Angelo Iacono. Les deux témoins de Statistique Canada qui devaient être entendus ce jour-là n’ont eu que quelques minutes pour s’exprimer sur le continuum d’éducation dans la langue de la minorité.
Le cœur du débat : La motion portait sur les propos et le comportement de deux députés conservateurs, Larry Brock de Brantford–Brant en Ontario, et Rachael Thomas, de Lethbridge, en Alberta.
Les deux ont dénigré la langue française en Chambre. Larry Brock a notamment provoqué la colère du ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Jean-Yves Duclos.
«La question est en anglais», avait lancé Larry Brock au ministre, qui venait de répondre à sa question en français. Ce dernier a demandé des excuses. Larry Brock l’a fait seulement sur le réseau X, le 24 octobre.
Je tiens à m'excuser auprès du ministre Duclos et de tous mes collègues pour les propos que j'ai tenus lors de la période des questions aujourd'hui.
— Larry Brock (@LarryBrockMP) October 24, 2024
Chaque membre du Parlement a le droit de s'exprimer dans la langue officielle de son choix et mon commentaire était inapproprié,…
Les conservateurs du Comité ont voté contre la motion qui demandait les excuses du député, ainsi que la reconnaissance du français et la dénonciation de «l’inaction du chef conservateur face aux propos anti-francophones répétitifs de ses députés», selon le texte de la motion.
La motion a été soutenue par le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique (NPD).
Les débats ont repris jeudi. Les conservateurs ont déposé deux amendements à la motion du député Iacono, sans succès. Leur objectif était de faire accepter les excuses du député Larry Brock et de retirer la partie concernant «l’inaction» de Pierre Poilievre.
Ce qu’ils disent : «On reconnait que le député n’aurait pas dû tenir ces propos, ça a créé un doute. C’est inacceptable», a admis Joël Godin, député porte-parole conservateur en matière de langues officielles.
La députée de Sarnia–Lambton, Marilyn Gladu, s’est quant à elle outrée du blâme des libéraux : «On met tous les conservateurs dans le même panier. Certains, comme moi et [Marc] Dalton, on fait la promotion du français.»
Kimberly Murray a rendu mardi son rapport final pour appeler le gouvernement canadien a lancé une enquête publique sur les enfants autochtones disparus et les sépultures anonymes.
L’interlocutrice spéciale indépendante pour les lieux de sépulture non marqués autochtones, Kimberly Murray, a appelé mardi le gouvernement fédéral à mettre sur pied une commission d’enquête sur les enfants autochtones disparus et les sépultures anonymes.
Pourquoi c’est important : Dans son rapport final présenté à Gatineau, Kimberly Murray est arrivée à trois conclusions :
L’interlocutrice spéciale insiste sur la nécessité d’établir un cadre de réparation dirigé par les Autochtones en respectant les obligations légales et éthiques du Canada. Elle a formulé 42 recommandations pour y parvenir.
Ce qu’elle dit : Mardi, Kimberly Murray a critiqué également la culture d’impunité, affirmant que «seul un petit nombre de personnes qui ont commis des crimes contre des enfants autochtones dans un pensionnat pour Autochtones ont été poursuivies».
Selon elle, il faut passer d’une «culture d’amnistie» à une «culture de responsabilité», en intégrant des lois autochtones et des principes de justice. Elle appelle les Canadiens à s’engager activement dans ce processus de réconciliation, en écoutant les témoignages des survivants et en combattant le négationnisme qui a longtemps entouré ces questions.
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a annoncé en point de presse mardi que l’ultimatum du 29 octobre – lancé cinq semaines plus tôt aux libéraux pour faire adopter deux projets de loi – était arrivé à échéance. «Le gouvernement n’a pas respecté cette date butoir», a-t-il constaté.
En coulisse : Le leadeur parlementaire du Bloc québécois, Alain Therrien, a envoyé une lettre aux autres partis d’opposition pour indiquer que le Bloc est prêt à discuter de la possibilité de renverser le gouvernement libéral dès que l’occasion se présentera.
Pas si vite : Mercredi, toutefois, le chef du Nouveau Parti démocratique Jagmeet Singh, a assuré qu’il ne «jouera pas le jeu» du Bloc québécois.
En Chambre, Alain Therrien a assuré que, de ce fait, le gouvernement libéral et le NPD formaient de nouveau un couple.
Le Bloc québécois pourrait appuyer les conservateurs si ces derniers proposent une motion portant uniquement sur la confiance du gouvernement, mais ils ont besoin du NPD pour arriver à leur fin. Car, pour faire tomber le gouvernement, les trois partis d’opposition doivent s’allier sur une motion de censure pour s’assurer d’obtenir la majorité des voix de la Chambre.
Le ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marc Miller, est revenu lundi sur son Plan sur des niveaux d’immigration 2024–2028, dévoilé la semaine dernière, dans lequel le gouvernement libéral marque un tournant majeur en diminuant ses cibles d’attribution de résidences permanentes.
«Le consensus a changé», a justifié Marc Miller en entrevue avec Radio-Canada.
Le ministre du Logement et ancien ministre de l’Immigration, Sean Fraser, a assuré que les programmes temporaires, la pression d’immigration extérieure et la mauvaise gestion des étudiants étrangers par certaines provinces ont poussé le gouvernement à baisser ses cibles d’immigration permanente.
Ce qu’ils disent : «On a fait confiance un peu trop longtemps aux universités et aux collèges, et même aux provinces. C’est eux qui ont fait du cash là-dessus à court terme», a affirmé le ministre, pointant du doigt les permis temporaires, de travail et d’étude.
Le ministre du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités, Sean Fraser, a ajouté que les engagements du Canada envers l’Ukraine et l’Afghanistan pour accueillir des réfugiés ont provoqué «une grande augmentation de la pression» dans les demandes d’immigration.
En outre, selon le ministre Fraser, certains gouvernements provinciaux n’ont «pas bien géré, en particulier le programme des étudiants internationaux».
«Certaines communautés ont reçu plus de gens que ce qu’elles avaient la capacité de réussir à intégrer ou d’absorber. Donc nous travaillons maintenant pour construire cette infrastructure.»
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Lundi, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a approuvé la demande d’exemption de Google à la Loi sur les nouvelles en ligne.
L’enjeu : Le montant de 100 millions de dollars sera distribué à partir de janvier 2025 par le Collectif canadien de journalisme (CCJ), selon Cathy Edwards, directrice générale de Canadian Association of Community Television Users and Stations et membre du CCJ, en entrevue avec Francopresse.
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Mercredi, alors que des députés libéraux demandaient un scrutin secret sur le leadeurship de leur chef, Justin Trudeau, les députés en sont sortis silencieux, selon plusieurs sources internes au parti.
Pourquoi les médias en parlent : Si une majorité parmi les 153 élus libéraux votait en faveur du départ de Justin Trudeau, même si ce vote n’est pas contraignant, la pression serait plus forte sur le chef pour qu’il démissionne. Une course à la chefferie et des élections fédérales devraient alors être lancées.
«De profonds bouleversements dans le secteur des médias […] menacent notre capacité à informer, à instruire et à refléter fidèlement la diversité des expériences francophones au Canada», décrit le préambule de la Déclaration de Whitehorse.
Les médias en milieu minoritaire sont «la voix de nos communautés, souvent la seule à pouvoir refléter avec précision et objectivité les enjeux, les succès, et les aspirations propres aux populations francophones minoritaires et acadiennes», dit Nicolas Jean.
Avec ce document, l’association Réseau.Presse, l’éditeur de Francopresse, veut sensibiliser les divers paliers de gouvernements et les instances économiques et sociales aux réalités et aux besoins de la presse écrite en situation minoritaire, explique son président, Nicolas Jean. «Les difficultés, il y en a plein», laisse-t-il tomber.
Ici, la Déclaration de Whitehorse se veut un appel à la prise de conscience collective; là, elle veut faire naitre un sentiment d’urgence.
«Ça fait 10, 15, 20 ans qu’on change les modèles d’affaires et qu’on n’arrête pas de trouver des solutions innovantes pour aller chercher des revenus autonomes, plaide Nicolas Jean. Croyez-moi, sinon on ne pourrait pas survivre.»
Si on perd un média en situation minoritaire, on perd une énorme partie de la mémoire collective. On perd aussi un levier démocratique au niveau local. [Les médias] joue[nt] un rôle fédérateur au sein des communautés
Réseau.Presse avance une solution : la pérennisation et la stabilité du financement.
«On a certaines sources de financement, indique-t-il, mais on parle toujours de pansements», précisant qu’elles ne font que répondre aux besoins urgents.
Anne Robineau rappelle que la Loi sur les langues officielles demande des actions concrètes de la part du gouvernement fédéral pour l’épanouissement des communautés de langues officielles.
Des politiques publiques plus robustes
Sans détour, Réseau.Presse demande la mise en place de politiques et de programmes de financement récurrents adaptés.
La directrice adjointe de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, Anne Robineau, est favorable à l’adoption de politiques visant les médias en milieu minoritaire : «Ça fait partie de tout cet appareil pour défendre les minorités, pour favoriser leur épanouissement, comme on dit dans la [Loi sur les langues officielles], aussi.»
Elle donne l’exemple des plateformes numériques : les mesures en place n’arrivent pas à favoriser la découvrabilité des contenus des médias de langue française. «C’est vraiment le nerf de la guerre.»
De la publicité
Le directeur général du quotidien Le Droit, François Carrier, met quant à lui l’accent sur l’importance de politiques d’investissement publicitaire.
Il évoque le cas du Québec, qui demande que 4 % des placements publicitaires des agences gouvernementales et du gouvernement soient dirigés vers les médias communautaires. Selon lui, cette mesure aurait permis l’essor de plusieurs d’entre eux : «C’est tout un écosystème qui a permis d’avoir des journalistes sur place dans plusieurs régions.»
Il suggère qu’une mesure fédérale semblable vise les communautés de langue officielle en situation minoritaire : «Lorsqu’on investit dans une publicité, que ce soit à L’Aurore boréale, dans La Voix acadienne ou au Franco, on investit dans cette communauté franco-albertaine, franco-yukonaise ou [acadienne].»
La publicité, c’est aussi de l’information, en particulier les messages d’intérêt public, plaide-t-il. «Il faut que, peu importe où tu restes au pays, tu puisses avoir accès à ces messages-là.»
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Réseau.Presse s’est engagé dans diverses campagnes de positionnement pour réitérer le rôle social et professionnel de ses membres.
En 2017, l’organisme a publié une Charte de la presse écrite de langue française en situation minoritaire au Canada, à l’intention des instances publiques et communautaires.
En 2021, il a préparé un Guide de déontologie à l’intention de ses journaux membres, afin de mieux assoir la confiance envers les médias écrits en situation minoritaire.
Faire du bruit
Nicolas Jean confirme que la première action prévue concernant de la Déclaration de Whitehorse, c’est sa diffusion : «On a tous intérêt à communiquer cette déclaration, ne serait-ce que pour démarrer le dialogue, que ce soit les partenaires, les organisations communautaires, les municipalités. L’idée c’est de faire du bruit.»
François Carrier abonde dans ce sens et espère voir des mesures au niveau du réseau de journaux membres : «On construit quelque chose.» Ça prend une suite, conclut-il, un plan pour sensibiliser les gouvernements, mais aussi le public.
Dans sa Déclaration de Whitehorse, Réseau.Presse souligne que des mesures fédérales sont déjà en place, comme l’Initiative de journalisme local (IJL), les crédits d’impôt pour la main-d’œuvre journalistique canadienne et une enveloppe de 12,6 millions de dollars, annoncée le 28 octobre, pour appuyer le financement de stages et de projets d’ici 2028.
Des pistes pour l’avenir
Mais au-delà des sources de financement, la directrice du Centre d’études sur les médias de l’Université Laval, Colette Brin, plaide pour l’innovation.
Début octobre, lors du congrès de Réseau.Presse, elle s’est adressée aux représentantes et aux représentants des journaux, avant qu’ils et elles mettent la touche finale à la Déclaration.
Pour faire face à la crise, la professeure a proposé de diversifier les types de contenus, en intégrant des balados, des formats vidéos et en mettant en avant du journalisme explicatif et de solutions, afin d’attirer le lectorat.
«La seule chose qu’on peut changer, c’est l’avenir, philosophe François Carrier. Des modèles existent.».
«J’ai hâte de voir la suite», conclut Anne Robineau.
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«Je m’étais fait dire que je paierais les frais de scolarité québécois. Quand j’ai appris que ce n’était pas le cas, j’ai vraiment été frustré, c’est beaucoup plus couteux que prévu», regrette l’étudiant franco-ontarien, Jérôme Bilodeau.
Le Franco-Ontarien Jérôme Bilodeau est inscrit dans un programme partagé entre l’Université de Hearst en Ontario et l’UQAT au Québec. Il pensait payer les mêmes droits de scolarité que les résidents québécois, mais en raison de changements dans les règles budgétaires du Québec, ce n’est pas le cas.
Le jeune homme est inscrit en deuxième année du baccalauréat en administration des affaires à l’Université de Hearst, dans le nord de l’Ontario. Il est le premier à bénéficier de l’entente signée en début d’année entre son établissement et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).
En vertu de cet accord, Jérôme Bilodeau peut suivre le programme de Certificat d’accès à la profession comptable offert par l’UQAT. Autrement dit, il suit chaque année un semestre à distance à l’UQAT, soit quatre cours.
«Ce sont des vidéos que j’écoute. J’ai choisi cette option, car ça me permet de rester à Hearst chez mes parents et de sauver de l’argent», détaille-t-il.
Mais, en aout dernier, revirement de situation, Jérôme Bilodeau apprend qu’il doit finalement payer les droits de scolarité exigés par l’UQAT aux personnes non-résidentes du Québec. Il est donc obligé de débourser 4 400 $ pour un semestre, contre les 1 900 $ qu’il avait planifiés à l’origine.
Selon les termes de l’entente entre les deux établissements universitaires, Jérôme Bilodeau aurait dû payer des droits de scolarité équivalents à ceux de la communauté étudiante québécoise, conformément à l’article 29.6 de la Charte de la langue française.
La rectrice de l’Université de Hearst, Aurélie Lacassagne, dénonce les changements intervenus dans la règlementation du Québec à propos des droits de scolarité payés par les étudiants issus des communautés francophones en situation minoritaire.
Cette disposition, en vigueur depuis l’automne 2023, permet aux personnes francophones des autres provinces canadiennes de payer les mêmes droits de scolarité que les Québécois si le programme qu’elles suivent en français est offert uniquement au Québec.
«Il était prévu au départ que les programmes de formation à distance soient éligibles aux frais de scolarité du Québec, mais, finalement, ce n’est pas le cas. Le statuquo est maintenu pour ce type de programme selon les documents du gouvernement du Québec», se défend l’UQAT dans sa réponse par courriel.
«Ce n’est pas facile de leur côté [du côté de l’UQAT], ça leur tombe aussi dessus. Ils ne sont pas maitres de ce qui se décide à Québec», considère la rectrice de l’Université de Hearst, Aurélie Lacassagne.
En juin dernier, le ministère de l’Enseignement supérieur québécois a effectivement apporté une série de modifications au guide administratif sur les Droits de scolarité de la population étudiante canadienne poursuivant des études en français au Québec pour réserver les avantages à celles et ceux qui partent vivre au Québec pour y étudier.
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Depuis cet automne, les étudiants canadiens-français qui suivent des formations en ligne données par des établissements du Québec, mais qui ne résident pas dans cette province, ne peuvent plus profiter de droits de scolarité préférentiels, sauf en contexte d’échange.
«L’idée était d’offrir un milieu de vie en français, c’est peut-être pour cela qu’il y a eu ces changements», avance le président-directeur général de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), Martin Normand.
Aurélie Lacassagne dénonce, elle, une situation «ubuesque», presque grotesque : «Au départ, notre entente avec l’UQAT s’est fait grâce à un financement du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes. Le gouvernement québécois ne peut pas se dire à la fois défenseur des francophones en situation minoritaire et, par la bande, faire ça. Ça ne règlera pas leurs problèmes budgétaires.»
Elle souhaite envoyer une lettre aux ministres concernés pour «les mettre devant leurs responsabilités».
Ailleurs au Québec, l’Université de Sherbrooke précise par courriel à Francopresse que, parmi les 57 étudiants qui peuvent profiter du même tarif que les Québécois, plusieurs «sont encore en train de fournir des preuves de résidence au Québec».
De son côté, l’Université de Montréal indique, aussi par écrit, accueillir très peu d’étudiants canadiens provenant d’autres provinces.
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Pour lever le flou sur ces questions, Martin Normand appelle le ministère québécois de l’Enseignement supérieur à «communiquer plus clairement sur les paramètres de la mesure, qui est éligible ou pas».
«Il y a beaucoup de mouvement autour des frais de scolarité, ce n’est pas bien compris par les étudiants et leur famille», estime Martin Normand de l’ACUFC.
«Il y a beaucoup de mouvements autour des frais de scolarité, ce n’est pas bien compris par les étudiants et leur famille», souligne le président-directeur général.
Par exemple, les programmes d’études offerts à temps partiel sont admissibles, mais pas ceux de troisième cycle menant à un doctorat. Autant de subtilités que le grand public ne maitrise pas forcément.
Le ministère québécois de l’Enseignement supérieur n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.
Dans le nord de l’Ontario, Jérôme Bilodeau a pu bénéficier de bourses de l’UQAT et de l’Université de Hearst pour compenser les couts supplémentaires qu’il doit maintenant payer.
«Je suis satisfait, mais ils l’attribuent seulement à moi. Dans les années à venir, les prochains élèves n’y auront pas accès et devront payer des montants plus élevés», déplore-t-il.
Aurélie Lacassagne s’interroge sur la pérennité du programme conjoint avec l’UQAT : «S’ils ne reviennent pas sur leur décision, ça met beaucoup de pression financière sur les étudiants, la formation sera moins alléchante et risque d’être plombée.»
Rappelons que cette élection partielle avait été provoquée par le départ de Carolyn Bennett en décembre 2023. Ministre du gouvernement Trudeau depuis l’élection de 2015, députée de la circonscription depuis 1997, elle avait perdu son portefeuille lors du remaniement ministériel d’aout 2023 après avoir annoncé qu’elle ne se représenterait pas aux prochaines élections.
Carolyn Bennett n’a jamais eu de grandes difficultés à se faire élire dans sa circonscription, obtenant plus de 50 % des voix à chaque élection, sauf en 2021 où elle a récolté… 49 % des voix.
Au lendemain de la surprenante victoire du candidat conservateur dans Toronto–St. Paul’s cet été, plusieurs députés, surtout de la région de Toronto, ont demandé à Justin Trudeau de convoquer une réunion d’urgence.
On venait tout juste d’ajourner les travaux de la Chambre des communes pour l’été et tous les députés s’en retournaient dans leur circonscription pour plusieurs semaines.
Pour bon nombre de députés libéraux, il était néanmoins important d’analyser cette défaite, voire de préparer une nouvelle stratégie pour convaincre les électeurs d’appuyer le Parti libéral.
Une lettre signée par neuf députés sera même envoyée à Justin Trudeau demandant une telle rencontre. Mais le premier ministre jugera plus utile de discuter de la défaite dans Toronto–St. Paul’s avec ses ministres plutôt qu’avec ses députés.
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Les résultats dans Toronto–St. Paul’s étaient-ils vraiment une surprise?
Depuis des mois, les sondages indiquaient, les uns après les autres, que le gouvernement libéral était en chute libre dans les intentions de vote. Mais on ne pensait pas vraiment, du moins chez les libéraux, que cette baisse pourrait toucher des circonscriptions facilement gagnées par les candidats libéraux dans le passé.
Les résultats de l’élection partielle de Toronto–St. Paul’s en ont donc surpris plusieurs : les comtés jugés impossibles à perdre pour les libéraux, notamment dans les milieux urbains, ne le sont plus.
Ce n’est pas la première fois que les libéraux sont surpris. Ils l’ont été lors de l’élection générale de 2019, lorsqu’ils n’ont pas réussi à conserver leur majorité au Parlement. Ils avaient alors fortement sous-estimé la capacité du Bloc à séduire les Québécois.
Ils ont encore été surpris avec les résultats électoraux de 2021, malgré leur gestion de la crise sanitaire qu’avait approuvée une majorité de Canadiens. Mais les électeurs leur ont reproché d’avoir déclenché hâtivement des élections dont personne ne voulait.
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Devant autant d’étonnement de leur part, on peut se demander si les instances du Parti libéral saisissent bien ce qui se passe sur le terrain.
Pour tout parti politique, il existe une tension inévitable entre le premier ministre et les députés.
Dans notre système politique, les gouvernements sont formés sur la base du nombre de députés qu’un parti peut faire élire. Ce sont aussi les députés qui font fonctionner nos institutions démocratiques, qui adoptent les projets de loi, qui posent des questions à la Chambre et qui représentent les intérêts de leur électorat.
Dans les faits cependant, le réel pouvoir se concentre autour du chef de parti. C’est la personnalité de ce chef, ses idées, ses ressources qui mènent ou non à la victoire aux élections.
On le comprend vite, chacun a besoin de l’autre : le premier ministre a besoin de l’appui de ses députés et surtout de leur connaissance du terrain alors que les députés tirent avantage des ressources et de la notoriété de leur chef.
On peut se demander si Justin Trudeau a bien compris l’aide que peuvent lui apporter ses députés.
Et si Justin Trudeau avait accepté de rencontrer ses députés à la fin juin, tout juste après la défaite dans Toronto–St. Paul’s?
S’il avait rencontré son caucus plus tôt, les choses se seraient fort probablement passées autrement. Il n’y aurait pas eu d’appel formel à sa démission quelques mois plus tard, car Justin Trudeau aurait pu rassurer ses députés à propos de la stratégie envisagée par ses conseillers pour remonter dans les sondages.
Le chef libéral aurait pu aussi unir davantage ses troupes en démontrant qu’il partage le même objectif qu’eux, c’est-à-dire gagner les prochaines élections fédérales.
Et il n’aurait certainement pas donné des munitions au chef conservateur Pierre Poilievre, qui clame maintenant haut et fort que les gens ne font plus confiance à Justin Trudeau, même chez ses propres députés.
En examinant comment le premier ministre a géré la défaite dans Toronto–St. Paul’s – qui, au passage, laissait présager la défaite dans LaSalle–Émard–Verdun, au Québec, quelques semaines plus tard –, on ne peut s’empêcher de penser que Justin Trudeau est l’artisan de son propre malheur.
Il aurait dû manifester une plus grande écoute envers les préoccupations légitimes de ses députés.
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La semaine dernière, plusieurs sources indiquaient l’existence d’une lettre signée par 24 députés libéraux qui demandait que le premier ministre prenne quelques jours pour réfléchir sérieusement à son avenir au sein du parti. Des discussions franches ont aussi eu lieu lors de la réunion du caucus.
En moins de 24 heures, le premier ministre a répondu qu’il entendait rester à la tête de son parti.
Plusieurs députés seront très certainement déçus de cette réponse. Pas forcément parce qu’ils espéraient qu’il démissionne, mais parce que le premier ministre n’a même pas daigné prendre les quelques jours qu’on lui offrait pour réfléchir à son avenir et à celui de son parti.
Encore une fois, le premier ministre n’a pas jugé bon de tenir compte des préoccupations de ces députés. Il pourrait éventuellement le regretter, car le temps qu’il doit passer à gérer les crises internes de son parti l’éloigne d’autres dossiers qui sont tous aussi importants et urgents.
Le gouvernement fédéral a annoncé le 28 octobre comment allait être distribuée la somme de 12,6 millions de dollars. Il s’agit d’une part des 16,8 millions alloués aux médias communautaires du pays dans le cadre du Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028.
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Une partie, 7,6 millions, ira à «89 nouveaux projets au cours des quatre prochaines années» pour les médias desservant la population en situation minoritaire du pays.
À cette somme s’ajoutent 5 millions pour rémunérer 125 stages au sein de 98 médias communautaires du pays.
Selon Linda Lauzon, la représentante autorisée du Consortium des médias communautaires de langues officielles en situation minoritaire, chargé de redistribuer les sommes, la nouvelle est bonne, mais il manque un montant dans le calcul.
Les 12,6 millions s’ajoutent aux 2,6 millions – provenant aussi du Plan d’action – qui ont été dépensés l’année dernière, soit un total de 15,2 millions.
Donc sur les 16,8 millions de dollars annoncés au printemps 2023 pour le Plan d’action 2023-2028, il manque encore 1,6 million.
«Du point de vue du Consortium, toute somme d’argent investie vers les médias communautaires est toujours positive», assure le président de Réseau.Presse, Nicolas Jean. Réseau.Presse fait partie du Consortium et est l’éditeur de Francopresse.
Mais une distribution d’argent ne résout pas forcément tous les problèmes de survie des médias communautaires.
La manière dont l’annonce a été présentée sous-entendait que ça allait permettre de recruter des journalistes [les 5 millions de dollars pour rémunérer 125 stages, NDLR]. Or, pas vraiment.
En effet, si le programme de stage dans les médias communautaires permet de recruter de jeunes stagiaires, «ce sont en général des personnes qui sortent des études, qui n’ont pas nécessairement beaucoup d’expérience professionnelle», explique le président. «Ça prend en charge 75 % d’une rémunération à un taux horaire de 20 $ maximum. Donc, tu ne peux pas nécessairement recruter de la main-d’œuvre très qualifiée.»
Même si l’argent permet de former des jeunes qui recherchent une première expérience de travail et de les former, ce ne sont pas tous les médias communautaires qui ont les ressources humaines pour le faire.
«Vu le nombre de médias qui composent le Consortium, on ne peut pas tous prétendre à cela. Il n’y a pas un stage par année, par média. Donc il y a une certaine limitation à ce niveau-là», estime Nicolas Jean.
Et si l’annonce vise aussi 89 projets pour renforcer les médias communautaires du pays en situation minoritaire, «ce n’est pas nécessairement de l’argent garanti sur lequel chaque média va pouvoir compter». «C’est de l’argent très conditionnel», associé à des projets pouvant durer jusqu’à deux ans.
Les nouveaux arrivants originaires des pays africains sont nombreux à choisir l’Ontario ces dernières années. C’est le cas de Florian Abba*. Il a immigré en mars 2022 avec sa famille à Ottawa.
Aujourd’hui enseignant au sein d’un conseil scolaire de la capitale fédérale, Florian décrit un parcours parsemé d’embuches. Il cite les qualifications et l’expérience professionnelle, «qui peuvent ne pas être reconnues immédiatement».
«C’est d’ailleurs le 10 septembre dernier seulement que j’ai intégré l’Ordre des enseignantes et enseignants de l’Ontario (OEEO), après de nombreux mois de traitement de mon dossier», appuie-t-il.
Avant de se présenter devant l’Ordre, Florian a étudié pendant près de deux années à temps plein à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, même s’il avait enseigné pendant 20 ans en Afrique.
Le retour aux études reste d’ailleurs souvent un passage obligé pour les nouveaux arrivants, selon ce qu’a pu constater la chercheuse et professeure au Collège Boréal, Yollande Dweme Pitta.
Elle estime que cette situation découle souvent des difficultés pour «obtenir les documents officiels en provenance de leur pays d’origine après tant d’années d’études, respecter les exigences dans les documents officiels initiaux, traduire les documents, réussir les tests de langue particulièrement difficiles.»
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Yollande Dweme Pitta, qui est également directrice du Programme des travailleuses et des travailleurs d’établissement dans les écoles au sein du Centre ontarien de prévention des agressions, a identifié, dans le cadre de ses travaux, des professionnels qui partent du Québec pour enseigner en Ontario. En contexte minoritaire, ces enseignants pensent pouvoir trouver plus facilement du travail dans les écoles francophones de la province, car ils connaissent la langue et sont au fait de la pénurie de personnel enseignant.
Yollande Dweme Pitta insiste sur la nécessité de soutenir les enseignants formés à l’étranger pour enrichir le système éducatif francophone.
Florian explique par contre qu’il a dû s’adapter «au français parlé au Canada», qui présente quelques différences par rapport à la langue parlée au Cameroun. «Pour améliorer la fluidité linguistique, j’ai dû participer à des cours de langue et la pratiquer régulièrement avec des locuteurs natifs canadiens», explique l’enseignant.
L’enseignant a aussi découvert qu’en Ontario, il faut avoir des connaissances en anglais afin d’échanger avec les parents d’élèves, qui jouent un rôle important dans le système éducatif du pays.
Mais le plus grand défi de Florian a véritablement été «l’utilisation des technologies éducatives». Le rôle de la technologie s’est accru avec la pandémie de COVID-19 et les confinements qui s’en sont suivis, avec la nécessité de poursuivre l’enseignement à distance.
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Pour Yollande Dweme Pitta, un meilleur accompagnement des professionnels formés à l’étranger et qui souhaitent s’insérer dans le système éducatif canadien est essentiel. Il incombe toutefois aux nouveaux arrivants de bien s’informer avant d’immigrer et, une fois sur le territoire, de «se renseigner avant de changer de profession».
La chercheuse estime que les directions d’école ont également une responsabilité liée au nécessaire rapprochement entre les anciens et les nouveaux enseignants, «afin de combattre les préjugés» qui pèsent sur les immigrants.
Par exemple, les nouveaux enseignants peuvent «intégrer les comités de pratiques, notamment le comité d’apprentissage à l’école pour bénéficier de l’expérience des enseignants chevronnés».
Florian a justement remarqué «une certaine fermeture» de la part de ses collègues et des conseils scolaires à établir des liens professionnels.
Je me réserve même le droit de parler de racisme.
Cette responsabilité revient également aux conseils scolaires, qui peuvent organiser des formations pour lutter contre les stéréotypes, «car les enseignantes formées en Afrique subsaharienne ont beaucoup à apporter, notamment au niveau de la méthodologie», souligne Yollande Dweme Pitta.
L’Alberta, qui est aussi confrontée à une pénurie d’enseignants francophones, voit à la mobilisation de ses conseils scolaires pour accompagner l’insertion des professionnels formés à l’étranger, notamment en Afrique subsaharienne. La Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta (FCSFA) a lancé dès 2023 la plateforme Enseigner en Alberta, pour faciliter le recrutement des enseignants dans les écoles de la province.
Gisèle Bourque indique que la FCSFA s’engage à soutenir les enseignants francophones issus de l’immigration pour pourvoir les postes vacants en Alberta.
«C’est devenu la norme que les enseignants viennent d’ailleurs pour enseigner en Alberta», constate la directrice exécutive de la FCSFA, Gisèle Bourque. Afin de faciliter l’insertion des enseignants formés à l’extérieur de la province, «le conseil scolaire peut demander au ministère de l’Éducation d’accélérer le processus d’accréditation en contrepartie d’une promesse d’embauche», ajoute-t-elle.
Selon elle, les nouveaux enseignants bénéficient également de l’entraide au sein des écoles albertaines. Les enseignants chevronnés d’origine africaine «ont développé un mentorat spécial», principalement à Edmonton, pour accompagner les nouveaux arrivants en proposant une sélection de formations nécessaires à l’adaptation au contexte local.
En Ontario, Yollande Dweme Pitta questionne les exigences de l’OEEO, qui doit, dit-elle, «regarder la vérité en face». Dans cette province, le personnel enseignant doit faire partie de l’ordre pour avoir le droit d’enseigner.
«Certains enseignants qui immigrent d’Afrique subsaharienne ont terminé leurs études depuis plusieurs années, tandis que, dans certains pays, leur université a parfois fermé ses portes, définitivement», ce qui complique l’obtention de documents officiels prouvant leur scolarité. Selon elle, l’Ordre devrait enfin prendre ces questions à bras le corps, pour répondre au défi de l’heure.
L’OEEO n’a pas donné suite aux demandes d’entrevue de Francopresse.
Il existe tout de même des programmes d’adaptation. Comme le Programme d’insertion professionnel du nouveau personnel enseignant (PIPNPE), qui fournit un soutien pédagogique afin d’aider à «acquérir les compétences et les connaissances nécessaires à l’enseignement», indique le ministère de l’Éducation de l’Ontario.
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Dans un récent rapport obtenu par la Presse canadienne, le ministère de la province indique que la pénurie d’enseignants devrait s’aggraver davantage à partir de 2027, au moment où le nombre d’élèves augmentera, notamment dans les écoles francophones.
Parmi les solutions à cette équation figure l’agrément des enseignants formés à l’étranger, notamment en Afrique subsaharienne. Mais ceux-ci font face à de nombreux défis dans leur processus d’insertion professionnelle. Certains sont parfois contraints de réorienter leur carrière ou de quitter vers une autre province.
Dans son rapport Transition à l’enseignement 2022, l’OEEO estime que 15 % du personnel formé hors du Canada et agréé dans la province est inactif. Un pourcentage tout de même plus bas que chez les enseignants diplômés en Ontario ou ailleurs au Canada.
Chez les enseignants en début de carrière, l’abandon de la profession est souvent dû «à la longueur du parcours pour obtenir un emploi permanent», peut-on lire dans l’étude.
L’Ordre estime aussi que la pénurie d’enseignants observée en Ontario est liée aux perturbations causées par la pandémie, poussant le personnel à quitter la profession, de façon temporaire ou permanente.
Mais la crise serait également due plus à «l’augmentation des inscriptions dans les écoles élémentaires et secondaires dans certaines régions de la province».
*Le nom a été modifié pour des raisons de sécurité et de confidentialité.
Lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, l’été dernier, on a vu surgir de la Seine dix statues dorées représentant dix femmes inspirantes de l’histoire de la France.
Militaire et navigateur, Louis-Antoine de Bougainville a mené la première expédition française qui a fait le tour du monde.
La symbolique était forte, car le tout se déroulait devant l’Assemblée nationale et ses statues représentant presque uniquement des hommes. Parmi elles, on retrouvait Simone de Beauvoir, Simone Veil et… Jeanne Barret.
Cette femme d’origine modeste en aurait été la première surprise.
Mais avant d’aller plus loin, il faut parler d’un autre homme de l’époque des grandes explorations maritimes : Louis-Antoine de Bougainville.
Avant de mener la première expédition française autour de la planète, Bougainville avait acquis une renommée militaire en Nouvelle-France en participant activement à différentes batailles de la guerre de Sept Ans.
Image de 1780 représentant Bougainville et ses compagnons sur une petite ile dans le détroit de Magellan.
En 1764, Bougainville est chargé de mener l’implantation d’une colonie sur les iles Malouines (maintenant iles Falkland, possession britannique), archipel isolé dans le sud de l’océan Atlantique.
Plusieurs familles acadiennes que le Grand Dérangement avait fait aboutir en France prennent part à cette aventure. Mais l’expérience donne peut-être à Bougainville le gout des longs voyages maritimes.
Son heure de gloire sonne deux ans plus tard, alors qu’on lui confie la mission de réaliser le premier tour du monde commandité par la France.
Il part de la France à l’automne 1766 à bord de la frégate La Boudeuse. Un deuxième navire nommé L’Étoile, servant surtout de ravitaillement, part plus tard, en février 1767. L’Étoile compte à son bord Philibert Commerson, un naturaliste, et un «assistant».
C’est un parcours sinueux qui amène Jeanne Barret à prendre part à un voyage autour du monde.
Née dans un petit village de Bourgogne, en France, Jeanne Barret fait l’apprentissage des herbes médicinales et gagne une réputation d’experte des plantes locales. Vers 1760, elle rencontre Commerson, devient domestique dans sa résidence, mais aussi aide le botaniste à cataloguer et répertorier ses recherches.
Le bougainvillea, aussi nommé bougainvillier, a été tout probablement repéré par Jeanne Barret au Brésil avant qu’elle en ramène un échantillon en France. Cette plante grimpante est maintenant répandue dans plusieurs pays, comme ici sur l’ile de Santorin, en Grèce.
Après la mort de la femme de Commerson, Jeanne et lui développent une relation amoureuse qui aboutit à une grossesse. Le couple non marié s’installe à Paris et l’enfant est donné en adoption. Voilà pour les potins.
Lorsqu’on propose à Commerson de se joindre à l’expédition de Bougainville, il insiste pour emmener son «assistant». Or, la présence des femmes est interdite sur les navires français depuis l’ordonnance de Louis XIV de 1689.
C’est alors que vient l’idée de déguiser Jeanne en homme. Celle-ci se coupe les cheveux, se bande la poitrine et embarque sous le nom de Jean Barret (ou Barré).
Les deux navires de l’expédition de Bougainville font leur jonction à Rio de Janeiro, au Brésil.
Portrait de Jeanne Barret, 1806.
Le couple en profite pour débarquer et explorer la nature des environs. Mais la santé de Commerson est chancelante et c’est Jeanne qui effectue surtout le travail de terrain et d’échantillonnage.
C’est donc elle qui aurait «découvert» une plante grimpante que les deux vont nommer bougainvillea, qu’on appelle communément «bougainvillier», en l’honneur du chef de l’expédition. Cette plante est maintenant très répandue en Europe et ailleurs.
Après l’escale du Brésil, l’expédition contourne l’Amérique du Sud en traversant le détroit de Magellan et s’aventure dans l’océan Pacifique.
Bougainville rencontre plusieurs petits archipels et atolls sans y prendre pied, puis arrête ses navires pendant une dizaine de jours à Tahiti, étape marquante du voyage, et qui deviendra possession française de façon définitive au milieu du XIXe siècle.
C’est à Tahiti où, selon le compte rendu de Bougainville, on découvre que Barret est une femme. Ce serait les Tahitiens eux-mêmes, visiblement plus futés que les passagers de L’Étoile après des mois en mer, qui la démasquent.
Page couverture du récit de Bougainville sur son périple autour de la Terre.
Reconnaissant l’apport de Jeanne à l’expédition pour son travail avec Commerson, Bougainville permet qu’elle reste à bord, mais sous le nom de Jeanneton.
Le périple se poursuit. Après avoir franchi le Pacifique, ce sera les Nouvelles-Hébrides (aujourd’hui Vanuatu), la Nouvelle-Guinée, les Moluques et l’ile de France (aujourd’hui l’ile Maurice), dans l’ouest de l’océan Indien.
C’est là où le couple de naturalistes quitte l’expédition de Bougainville, en novembre 1768. Il reste à l’ile de France à l’invitation du gouverneur Pierre Poivre, botaniste et ami de Commerson.
Au cours des années qui vont suivre, Jeanne et Commerson poursuivent leur récolte de nouvelles plantes. Ils s’aventurent même sur l’ile Bourbon (La Réunion) et à Madagascar.
Entretemps, Bougainville est arrivé en France au printemps de 1769, ayant perdu seulement sept hommes au cours de son odyssée de deux ans et demi.
Commerson meurt à l’ile de France en 1773. Sans grands moyens financiers, Jeanne ouvre un cabaret dans la capitale, Port-Louis. Elle rencontre un officier de la marine française, Jean Dubernat, qu’elle épouse au printemps suivant.
Le couple retourne finalement en France durant l’année 1775. Jeanne Barret complète alors son tour du monde, la première femme à réaliser l’exploit. Elle coule des jours paisibles jusqu’à sa mort en 1807.
Le trajet autour du monde de l’expédition de Bougainville. Jeanne Barret s’arrêtera à l’ile de France avant de rejoindre la France quelques années plus tard.
Jeanne Barret avait ramené de son voyage le fruit du travail accompli avec Commerson : 30 caisses contenant plus de 5 000 échantillons d’espèces de plantes, de pierres et de coquillages, dont environ 3 000 sont considérées comme nouvelles.
Des milliers d’entre elles font maintenant partie des collections botaniques de la France, notamment à Paris, au Musée national d’histoire naturelle et au Jardin des plantes.
Plusieurs des découvertes seront cependant attribuées à tort à Commerson. Il faudra plus de deux siècles pour qu’on reconnaisse l’héritage et les exploits de Jeanne Barret.
Plusieurs villes françaises ont aujourd’hui une rue Jeanne Barret. En 2022, un nouveau patrouilleur français a été nommé en son honneur. En février 2024, la Ville de Paris a installé une plaque commémorative sur la rue des Boulanger. La consécration aura sans doute été celle de l’ouverture des Olympiques l’été dernier.
Le premier c’est l’incontournable Moncton mantra de Gérald Leblanc. D’abord publié aux éditions Perce-Neige à Moncton en 1997, cet ouvrage connaitra une deuxième vie lorsqu’il sera republié aux éditions Prise de parole de Sudbury en 2012.
Que puis-je dire au sujet de ce livre-phare de la culture acadienne que le grand Herménégilde Chiasson n’a pas dit dans sa préface de l’édition sudburoise? Chiasson écrit : «[…] ce livre est le témoignage d’un climat, d’une époque et d’un parcours qui fut celui de plusieurs écrivains de ma génération…»
Dès les premiers paragraphes, Leblanc nous confie l’essence de son livre : «J’ai commencé à m’interroger […] sur ce qui faisait que j’étais moi-même Acadien et sur ce que ça voulait dire au juste.» Et il poursuit : «Le plus surprenant, c’était qu’une constante demeurait malgré tout, et c’était l’obsession d’écrire.»
Dans le fond, ce livre est une sorte d’autobiographie romancée. On sent bien que le narrateur, Alain, est le sosie littéraire de Leblanc. On suit donc Alain/Gérald qui tient un journal dans lequel il nous raconte ses déboires universitaires mêlés à ses amours, ses amis, ses voyages, ses rencontres avec des écrivains en devenir (dont Chiasson) et l’odeur des joints omniprésents.
Mais ce qui ressort gros comme le bras dans Moncton mantra, c’est la furie d’écrire de Leblanc et son amour inaltérable pour Moncton en tant que capitale acadienne.
À lire pour comprendre d’où vient notre littérature moderne.
Le deuxième livre que je vous présente n’est point le moindre. Rivières-aux-Cartouches : Histoires à se coucher de bonne heure de Sébastien Bérubé a gagné le Combat des livres de Radio-Canada de 2023, le prix Champlain de 2024, le Prix du recteur de l’Université de Moncton de 2024 et un des prix Éloizes de 2024, catégorie Artiste de l’année en littérature. Et c’était bien mérité pour ce jeune auteur-compositeur-interprète, poète et artiste.
Rivières-aux-Cartouches : Histoires à se coucher de bonne heure de Sébastien Bérubé
Sébastien Bérubé joue d’un style, d’une acrobatie des mots, d’un romanesque qui nous rappellent les grands comme Antonine Maillet, Michel Tremblay, Jean Marc Dalpé.
Il n’hésite pas entre l’écriture et le vocabulaire classique et la langue parlée. Il utilise les mots de tous les jours dans sa région de Restigouche, au nord du Nouveau-Brunswick, ce qui donne un sens du réel à son roman.
L’auteur ne nous raconte pas une histoire linéaire traditionnelle. Il nous raconte plutôt un village et ses habitants. Plusieurs des personnages sont métis puisque le village est collé à une réserve autochtone. Un des personnages-narrateurs avoue d’ailleurs «T’es mélangé. Dans ta tête, dans ton sang, dans tes mots. Mélangé». Dans ce village, le mélange semble harmonieux.
J’écris «personnages-narrateurs» parce que le village nous est raconté par plusieurs voix. C’est un style qui peut être un peu déconcertant, mais qui permet à Sébastien Bérubé de nous faire entrer dans la tête des gens du village. Et ça donne des histoires qui nous semblent plus vraies, plus vécues.
Je pourrais écrire longtemps sur ce livre, mais je préfère vous laisser le découvrir. Qu’il me suffise d’affirmer que c’est un des meilleurs livres franco-canadiens que j’ai lus depuis longtemps. Je m’attends à le voir dans la liste des finalistes pour les prochains Prix du Gouverneur général.
Le troisième livre que je vous présente est un recueil de poésie, de courts textes, intitulés Formats de l’artiste multidisciplinaire Daniel H. Dugas. Mais si le mot poésie invoque immédiatement en vous Baudelaire ou Hugo, détrompez-vous. Pas que Daniel Dugas ne soit pas à la hauteur des grands, mais plutôt parce que Formats est un livre hyper moderne qui allie vers, prose et technologie.
Dès le début du recueil, Daniel Dugas nous dit ce qu’il tente de produire. Il nous parle des formats d’image (du 16:9 au cinémascope) du code binaire qui régit le numérique, des formats d’écran (SDTV, HDTV, UHD) omniprésents dans nos salons et même des codages analogiques NTSC et PAL.
Formats de Daniel H. Dugas
Si vous ne comprenez pas cette terminologie, ne vous en faites pas, l’auteur nous l’explique très bien. Et il y a un glossaire à la fin du livre.
S’ensuit une série de textes dont la forme est calquée sur ces formats, ces codes. Ces formats constituent d’ailleurs la structure du recueil. Par exemple, Daniel Dugas débute la section NTSC (National Television System Committee) en expliquant que ce système utilisé au Canada «est adapté aux formats vidéos de 525 lignes et 30 images par seconde […] ainsi un poème NTSC est composé de 30 lignes et de 525 caractères».
Il en découle des textes quelques fois ludiques, toujours intéressants. C’est vraiment inusité de lire des poèmes intitulés Poème VHS ou Nombres binaires.
Ou encore dans la section PAL (Phase Alternating Line), un poème intitulé Saturnin dans lequel Daniel Dugas se rappelle du dessin animé de son enfance sur un téléviseur noir et blanc avec un écran aux coins arrondis. Ce souvenir l’incite d’ailleurs à rogner les coins de photos de sa jeunesse pour les inclure dans le livre.
Daniel Dugas nous invite à une poésie rafraichissante à laquelle nous ne sommes pas habitués, mais qui nous séduit.
Comme je l’ai déjà écrit, on peut juger de la qualité d’un livre par les sentiments qu’il évoque après l’avoir lu.
Pour Moncton mantra c’est l’urgence d’écrire et de changer le monde que les jeunes de cette époque ressentaient.
Dans Rivières-aux-Cartouches, c’est un sentiment de voyeurisme, de non seulement connaitre l’histoire d’un village, mais de la vivre dans la tête de ses habitants.
Avec Formats, c’est le sentiment de la modernité, que notre bonne vieille culture poétique est toujours actuelle.
Réjean Grenier a travaillé dans les médias pendant 47 ans, comme journaliste, rédacteur principal à Radio-Canada/CBC, éditeur et propriétaire d’un journal et d’un magazine, et éditorialiste. Il a présenté une chronique littéraire sur les ondes de Radio-Canada pendant cinq saisons. Il est un avide lecteur depuis l’âge de 12 ans. Il a grandi dans un petit village du Nord de l’Ontario où il n’y avait pas de librairie, mais il a rapidement appris où commander des livres. Son type d’ouvrage préféré est le roman puisqu’«on ne trouve la vérité que dans l’imaginaire».
Le gouvernement libéral marque un virage ce jeudi avec l’annonce d’une réduction du nombre de permis de résidence permanente, alors qu’il y a deux ans, près de 1,5 million d’entre eux devaient être accueillis jusqu’en 2025.
Le gouvernement fédéral a amorcé jeudi un tournant dans sa politique en immigration. Le nombre de résidents permanents sera réduit au cours des trois prochaines années. Au lieu de 500 000 immigrants, le Canada en accueillera 395 000 immigrants permanents en 2025, puis 380 000 en 2026 et 365 000 en 2027.
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Plus pour la francophonie : En revanche, le gouvernement souhaite avoir une cible de 33 375 immigrants francophones hors Québec en 2025; 36 100 en 2026 et 36 500 en 2027. Au lieu de 7 % d’immigration francophone en situation minoritaire annoncé pour 2025, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada vise 8,5 %.
«La question est en anglais». C’est ce qu’a lancé Larry Brock, député conservateur de Brantford—Brant, en Ontario, après que le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Jean-Yves Duclos, a répondu à sa question en français jeudi à la Chambre des communes.
Ce qu’il répond : «Ce qu’on vient d’entendre est une insulte à tous les députés francophones de cette Chambre, y compris les députés conservateurs francophones!», a rétorqué, outré, Jean-Yves Duclos.
En conférence de presse après l’incident, le ministre Duclos a affirmé qu’il s’agissait d’un «mépris pour le choix fondamental que nous avons comme députés, y compris comme députés francophones, de nous exprimer dans la langue de notre choix».
«C’est la base ici : les questions peuvent être posées en anglais ou en français et les réponses peuvent être en anglais ou en français», a assuré le président de la Chambre, Greg Fergus, en réponse à la gronde provenant des banquettes libérales.
Le gouvernement canadien, par le biais du ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, Randy Boissonnault, a annoncé la création d’un groupe consultatif pour stimuler la création et la diffusion de la recherche en français.
La mission : Les dix personnes désignées devront formuler des recommandations et développer une stratégie fédérale pour développer la recherche en langue française, en tenant compte des besoins des communautés de langue officielle en situation minoritaire et du Québec.
Le cout : Le gouvernement fédéral a investi 8,5 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir plus largement la recherche en français.
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Neuf personnes autochtones et noires sont mortes sous les balles de la police canadienne en l’espace de six semaines, entre septembre et octobre, d’un bout à l’autre du pays.
Un groupe de mères autochtones et noires, dont les jeunes ont été tués sous des balles de la police au cours des dernières années, a demandé mardi au gouvernement une enquête publique sur les dérives policières. «Arrêtez de nous tuer», a lancé l’une d’entre elles en conférence de presse. Sa fille, décédée par le tir d’un policier «n’avait rien fait».
En conférence de presse mardi, des mères autochtones et noires sont venues demander au gouvernement de déclencher une enquête publique pour stopper la «brutalité policière».
Ce qu’elles disent : «On a réalisé que c’est impossible d’avoir une justice dans ce pays. On veut guérir, mais sans justice il n’y a pas de guérison. On est tellement fatigués que les provinces ne nous prêtent pas attention», a affirmé Laura Holland, une mère Wet’’suwet’’en dont le fils a été tué par la police en 2021.
«Quand un membre de la police tue un membre de votre famille, il tue toute votre famille.»
Un débat d’urgence avait été demandé en septembre par le Nouveau Parti démocratique (NPD) au Parlement, mais rien de concret n’en est ressorti.
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La saga : Selon des informations de Radio-Canada publiées la semaine dernière, 24 frondeurs libéraux auraient fait circuler une lettre à l’intérieur du parti pour demander le départ de leur chef.
Pourquoi c’est important : Ce document remet en cause le leadeurship de Justin Trudeau dans un contexte où les sondages ne sont déjà défavorables au Parti libéral du Canada.
Ce qu’ils disent : Certains députés libéraux ont parlé des «frustrations de collègues», sans jamais donner de noms. D’autres ont fui les questions des journalistes ou ont simplement nié qu’il y avait des discussions concernant le leadeurship de Justin Trudeau, à l’instar de la ministre du Revenu national Marie-Claude Bibeau, lors de son entrée au Parlement mercredi.
Après des discussions «franches et honnêtes» selon le député québécois de Pierrefonds—Dollard, Sameer Zuberi, «qu’on avait besoin d’avoir», selon Sophie Chatel, députée de Pontiac, Justin Trudeau a lancé avoir un «parti libéral uni».
Sans répondre à la question à savoir si M. Trudeau devrait rester chef, Sophie Chatel assure de son côté avoir pu «s’exprimer librement».
En réponse : Les signataires de la lettre demandaient une réponse de leur chef avant le 28 octobre. Justin Trudeau y a répondu lors de la conférence de presse sur l’annonce en immigration : Non, il ne quittera pas.
Mercredi, la Banque du Canada a baissé son taux directeur de 0,5 point à 3,75 %. Le taux directeur est un outil de la Banque du Canada pour contrôler l’inflation.
Pourquoi ça compte : La croissance économique a été d’environ 2 % au cours de la première moitié de l’année, avec des prévisions de 1,75 % pour la seconde moitié. L’inflation est descendue sous les 2 %. La consommation totale progresse, mais par habitant, elle diminue.
Jagmeet Singh, chef du NPD, a annoncé jeudi qu’il déposera une motion sur l’élargissement de l’accès à l’avortement au Canada, avec le Parti conservateur du Canada dans sa ligne de mire, divisé sur la question.
Le chef du Nouveau Parti néodémocratique, Jagmeet Singh, et la députée de Winnipeg Centre, Leah Gazan, ont annoncé jeudi leur prochaine motion d’opposition en Chambre. Elle visera l’élargissement de l’accès à l’avortement.
Ce qu’ils disent : «Poilievre a lui-même voté en faveur de ces tentatives pour restreindre le droit de choisir cinq fois et a déclaré qu’il laisserait son caucus poursuivre les attaques contre les femmes», assure le communiqué de presse du NPD.
Après plusieurs annonces restrictives en matière d’immigration ces derniers mois, notamment pour les étudiants étrangers et les travailleurs temporaires, le gouvernement fédéral confirme sa volonté de juguler l’immigration au Canada, avec le Plan des niveaux d’immigration 2025-2027.
«Cela permettra une pause dans la croissance de la population au cours des deux prochaines années», a affirmé d’emblée le premier ministre, Justin Trudeau, en conférence de presse jeudi.
Alors qu’il avait annoncé un objectif de 500 000 résidents permanents entre 2024 et 2026, le gouvernement fait volteface et vise désormais 395 000 immigrants permanents en 2025, puis 380 000 en 2026 et 365 000 en 2027.
Ottawa a toutefois revu à la hausse ses cibles en immigration francophone en situation minoritaire, par rapport à celles annoncées en 2023.
Le fédéral souhaite accueillir 33 375 résidents permanents francophones hors Québec en 2025; 36 100 en 2026 et 36 500 en 2027.
La cible en immigration francophone à l’extérieur du Québec passe ainsi de 7 % à 8,5 % en 2025.
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L’annonce s’inscrit dans la «tendance à limiter l’érosion francophone hors Québec», estime en entrevue avec Francopresse le vice-président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Ibrahima Diallo.
«Mais en même temps, à la fin de 2027, on a prévu une cible de 12 %», rappelle-t-il.
Il n’en reste pas moins qu’il y aura une «réduction des places dans la plupart des programmes», a-t-on confirmé en breffage technique aux journalistes, en marge de la conférence de presse, jeudi.
Le nombre de permis de travail pour les conjoints de travailleurs temporaires sera aussi réduit et limité.
De son côté, le porte-parole du Bloc québécois en matière d’immigration pour le Bloc québécois, Alexis Brunelle-Duceppe, observe un «changement de ton» de la part du gouvernement libéral, qui fait face à plusieurs frondeurs au sein de son parti.
En conférence de presse, il interprète aussi un «aveu» du gouvernement fédéral : «500 000 immigrants par an, c’était beaucoup trop élevé.»
Ibrahima Diallo voit lui aussi une réaction «épidermique» du cabinet Trudeau. «Il faut comprendre que l’immigration est un continuum. On ne peut pas juste faire venir les gens, les débarquer et dire “tiens on a atteint les chiffres!” Il faut des mesures d’accompagnement.»
Le gouvernement a confirmé que le nombre de résidents temporaires sera réduit à 5 % de la population canadienne d’ici fin 2026.
Des restrictions majeures avaient touché cette catégorie d’immigrants en septembre dernier. Ottawa avait réduit le nombre de visas délivrés aux étudiants étrangers et aux travailleurs temporaires ainsi qu’à leurs conjoints et conjointes.
Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) avait aussi écopé de plusieurs conditions, plus restrictives.
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En 2025, plus de 158 000 immigrants temporaires seront admis comme résidents permanents, a précisé le gouvernement, qui souhaite prioriser les personnes qui sont déjà au Canada.
La population canadienne devrait décroitre de plus de 445 000 personnes en 2025 et 2026.
En outre, «si davantage de clients appliquent par rapport aux places limitées, cela pourrait avoir un impact de temps de traitement», assure une agente d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).