Le jeune réseau social Bluesky est passé d’environ 10 millions d’utilisateurs et utilisatrices en septembre à plus de 20 millions à la fin de novembre. Threads, créé par Meta, en aurait gagné plus de 35 millions en novembre.
Au même moment, mais dans une moindre mesure, un nombre record de personnes ont tiré une croix sur X.
Dans les trois cas, les plus grands bonds ont été observés après la réélection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Depuis, le nombre de personnes abonnées à Bluesky aux États-Unis a augmenté de 519 %, par exemple.
Un premier grand mouvement a eu lieu lorsque Elon Musk a acheté Twitter. Promettant d’en faire un haut lieu de la liberté d’expression, l’homme d’affaires a éliminé toute forme de modération sur la plateforme et, ironiquement, suspendu les comptes des personnes qui avaient des opinions différentes des siennes ou qui se moquaient de lui.
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Twitter n’a jamais été un réseau social représentant uniquement les valeurs progressistes, mais l’arrivée du milliardaire à sa tête a décomplexé davantage les trolls et les réactionnaires racistes, misogynes et homophobes, qui se sont mis, en plus grand nombre, à répondre violemment à tout propos ou point de vue contraire à leur vision du monde.
Le journal The Guardian a cessé de publier sur X le 13 novembre, indiquant que les bénéfices d’être sur X étaient maintenant moins importants que les désavantages.
Ce climat oppressant a incité de nombreuses personnes à faire la transition vers Bluesky. Certaines ont peut-être été encouragées par le quotidien The Guardian, qui a annoncé le 13 novembre qu’il ne publierait plus sur X, ajoutant que «la campagne électorale américaine n’a fait que mettre en évidence ce que nous sentions depuis longtemps : X est une plateforme toxique» [trad.].
Le Guardian et d’autres médias baissent donc les bras. Ils ont décidé de quitter ce champ de bataille contre la désinformation et de continuer leur combat ailleurs.
Difficile de trop leur en vouloir. Qui aime passer ses journées à se faire injurier et dénigrer? Ne vaut-il pas mieux dépenser son énergie ailleurs et de façon plus constructive?
D’un autre côté, les propagateurs de «faits alternatifs» ont maintenant le chemin libre sur X. Moins de personnes pour remettre en question cette autre version du monde.
La division existait sur X. Désormais, elle sera entre, d’une part, X et, d’autre part, Bluesky, Threads et…
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Il est facile sur les réseaux sociaux de s’enfermer dans ce qui s’appelle une chambre d’écho, c’est-à-dire un lieu où circulent seulement des opinions semblables aux siennes et des informations qui nous rassurent.
X avait au moins le mérite de confronter ses utilisateurs et utilisatrices plus fréquemment à des opinions différentes. Elles étaient cependant trop souvent exprimées sans décorum ou empathie.
Le réseau social produira donc encore plus d’écho entre ses murs, et Bluesky le fera tout autant pour d’autres lignes de pensée. Et peut-être pour longtemps, puisque cette plateforme permet un contrôle accru sur ce qu’on veut voir; l’algorithme est (pour l’instant peut-être) moins envahissant.
Cela n’aidera en rien le fossé qui se creuse au sein de l’électorat au sud de notre frontière ni celui qui s’élargit au Canada. Impossible de se comprendre si on ne se parle pas de façon civilisée.
Les médias d’information rigoureux sont une solution, même s’ils ont contribué au problème en ignorant les questions et les inquiétudes d’une partie de la population.
Ce sera long, mais les médias traditionnels devront créer des ponts, offrir une voix à plus de points de vue dans un esprit d’ouverture. Il faut tout de même trouver des intervenants et des intervenantes qui se fondent sur des faits démontrables, qui ne tombent pas dans la conspiration ou qui ne cherchent pas à nourrir des peurs irréfléchies.
Tout est un cycle. Une période s’est terminée et la suivante s’amorce; celle où les opinions comptent plus que les faits pour une tranche élargie de la population. Lorsque nous nous rendrons compte que la nouvelle solution n’est pas plus magique que la précédente pour régler tous nos problèmes, nous voudrons essayer autre chose.
Et pour répondre à votre question, oui, Francopresse publie encore sur X, mais aussi sur Bluesky.
Je débute ce top 10 par une belle découverte un peu plus intense. Ils n’en sont qu’à un deuxième EP, mais les jeunes musiciens de la formation Messe offrent un son mature et très intéressant. Avec J’mettrai le feu, la formation de Bathurst se classe dans un univers particulier, où l’on retrouve des groupes acadiens comme Les Hôtesses d’Hilaire, la Patente ou encore Aubin pi la S.C.B.
Dans un autre spectre musical, en 9e position, on a un tête-à-tête avec un membre de Radio Radio. Gabriel Malenfant, dit GABIO, auteur-compositeur, faiseur de beat, nous présente une facette plus personnelle avec son album Vers la mer. Un rendez-vous où les rythmes sont toujours aussi entrainants. Ses rythmes endiablés se font sentir aussi dans l’élocution du verbe.
La 8e position fait place à une autre belle découverte. Girlz with Guitarz est un trio féminin de la région de Plamondon, en Alberta. Composé des sœurs Tracy et Karen et de leur tante Michèle. Ces multi-instrumentistes aux voix harmonieuses nous captivent avec un univers folk dont la richesse se trouve dans les arrangements musicaux. Les harmonies vocales sont souvent la force maitresse des chansons proposées.
D’un trio féminin à un autre, la 7e place revient aux Sœurs Marleau qui œuvrent en chansons depuis 1979. Sous le nom Diadem à leurs débuts, elles nous reviennent sous le signe de l’espérance. Osons l’espérance nous interpelle avec une douzaine de textes sur des thèmes universels. Le tout est un bouquet de souhaits universels et de musiques contemporaines.
Pour terminer ce premier bloc de cinq albums, j’ai une proposition fort intéressante. Il s’agit d’un guitariste originaire d’Edmunston au Nouveau-Brunswick, RenzRossi (René Rossignol). Il offre le fruit d’une expérience de création entre lui et l’artiste visuel Luc A. Charrette. S’inspirant des tableaux de ce dernier, RenzRossi a lancé son tout dernier EP, Tableaux, un univers jazz des plus captivants. Chaque pièce est une émotion musicale inspirée d’une œuvre d’art visuel. Le tout devient un moment de grâce.
On débute le top 5 avec un retour sur disque d’un Franco-Ontarien qui a connu bien du succès à la radio. L’auteur-compositeur-interprète de Sudbury, Dayv Poulin, met au placard son alter ego du Paysagiste et nous offre un album avec des mélodies puissantes et très accrocheuses. Tout est relatif est un album qui tombe à point grâce à ses nombreux vers d’oreille captivants.
Dans le carré d’as du top 10 de 2024, on retrouve une voix des plus familières en Acadie, que ce soit en tant que membre de la formation Baie que comme musicien pour plusieurs artistes. L’auteur-compositeur-interprète, Matt Boudreau, natif de Petit-Rocher, est inévitable. Sur l’album Yellow Mellow, il a toujours ce son pop-rock qui le démarque, ce timbre de voix qui nous enveloppe texte après texte. Il nous invite à une rencontre exceptionnelle.
Sur la 3e marche du podium, c’est un nom familier au sein de la famille des auteurs-compositeurs franco-ontariens : Brian St-Pierre. Il est une inspiration pour toute la communauté francophone de l’Ontario d’est en ouest. L’album Malgré tout se démarque du lot et nous offre de magnifiques mélodies qui accompagnent de superbes textes remplis de vérité.
En deuxième place, c’est l’un des grands de sa génération, c’est un coup de cœur à chaque album. Monette revient aux sources et nous offre un cinquième opus à saveur country-folk avec une voix solide comme du roc. Le diable dans le corps est une autre preuve de son grand talent. Monette nous séduit à nouveau avec des mélodies fortes et des textes puissants.
Mon top de 2024 est une caresse pour l’âme. Depuis une quinzaine d’années, Alexis Normand nous invite dans un univers folk aux nuances de blues et de jazz, qui nous charme note après note. Avec Empreintes, elle nous livre toute la sensibilité de son art.
L’auteure-compositrice-interprète fransaskoise nous amène au plus profond de son âme avec des mélodies puissantes, qui révèlent toute la richesse de sa plume. La douceur de sa voix mielleuse nous livre toute la puissance de chaque mot. L’artiste a su se forger un parcours musical qui démontre toute la richesse de son talent.
Eh bien voilà, 10 albums à découvrir ou à redécouvrir. Encore une fois, une preuve tangible de la beauté et du dynamisme de la francophonie musicale canadienne. Tendez l’oreille et encouragez cette belle francophonie.
«On n’est pas contre les armes, on n’est pas contre les chasseurs, on n’est pas contre la chasse; on est pour notre sécurité», affirme Nathalie Provost.
Le 6 décembre 1989, l’École polytechnique de Montréal a été le théâtre d’un féminicide, un acte haineux dirigé contre des femmes qui rêvaient de devenir ingénieures. Un rêve qui, pour certaines, fut coupé court par les balles d’une Ruger mini-14.
Depuis, le groupe de citoyens bénévoles PolySeSouvient milite pour un plus grand contrôle des armes à feu. Sa porte-parole, Nathalie Provost, est une survivante du drame qui a fait 14 morts, 13 blessés et des milliers d’endeuillés.
Si la Ruger mini-14 est interdite depuis mai 2020, le travail de PolySeSouvient n’est pas achevé.
Nathalie Provost : En 1995, le Canada s’était doté de la Loi sur les armes à feu, qui n’était pas parfaite, mais qui incluait l’enregistrement total de tous les types d’armes. La destruction [du registre, sous Stephen Harper, NDRL] a été un recul majeur en matière de sécurité publique. On n’avait plus l’information de qui possédait quoi.
En arrêtant de les enregistrer, ça a donné l’impression qu’il y avait des armes moins dangereuses. Or, dans les armes non restreintes – comme dans certaines armes restreintes –, il y a des armes de style d’assaut. La Ruger mini-14 qui a été utilisée le 6 décembre était une arme non restreinte, mais de style d’assaut. Ça n’a pas pris une minute pour tirer 30 balles dans ma classe, et six personnes sont mortes.
Le gouvernement Trudeau a adopté la stratégie de l’interdiction, et c’est une course à obstacles incroyable depuis son élection en 2015. On va de promesses à réalisations mineures, à fausses bonnes idées, à se séparer de ses responsabilités pour les donner parfois aux municipalités, parfois aux provinces.
Personne ne se bat pour la sécurité publique. On la tient pour acquise. Donc on ne manifeste pas, on n’appelle pas nos députés.
Les propriétaires d’armes, et particulièrement ceux impliqués dans le gun lobby, voudraient que les armes soient reconnues comme un droit au Canada. Ils parlent fort, manifestent devant les bureaux de députés.
Plusieurs députés pensent alors que la pensée populaire est pour les armes. Donc il faut que ceux qui, comme nous, se battent pour la sécurité publique, manifestent.
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C’est vers cette entrée de l’université que se sont ruées des dizaines de témoins inquiets, d’ambulanciers et de journalistes, le 6 décembre 1989.
La mise en œuvre est difficile. […] On se retrouve un an après la sanction royale et le programme de rachat n’est pas commencé.
En plus, il ne vise pas une liste complète d’armes de style d’assaut. Depuis 2020, de nouveaux modèles sont entrés sur le marché. Or, ces modèles ne sont pas inclus dans le programme de rachat. Il faut absolument qu’ils soient interdits rapidement.
Il y a des mesures importantes pour la sécurité des femmes qui doivent être mises en œuvre et qui ne le sont toujours pas. C’est urgent.
On est inquiets, parce que s’il y avait des élections tôt cet hiver… Pierre Poilievre a dit – pour faire plaisir aux extrémistes des armes – qu’il déferait le projet de loi C-21. S’il le défait… c’est un combat d’une vie. C’est 35 ans.
La Loi modifiant certaines lois et d’autres textes en conséquence (armes à feu) (anciennement projet de loi C-21) a reçu la sanction royale le 15 décembre 2023.
Cette loi vise, entre autres, à empêcher les armes à feu de tomber entre les mains d’individus responsables de violence conjugale. Mais certains de ses articles n’ont toujours pas été mis en œuvre.
Par exemple, la loi modifiée permettra d’éviter qu’un individu visé par une ordonnance de protection ou qui a été déclaré coupable de certaines infractions liées à la violence familiale ne soit pas admissible à un permis d’armes à feu.
En mai 2020, le gouvernement du Canada a annoncé l’interdiction de plusieurs modèles et de variantes d’armes à feu de style d’assaut. Il a élargi cette liste le 5 décembre 2024.
C’est toujours fragile, la position des femmes.
Parlez-en aux femmes afghanes, ukrainiennes, libanaises, palestiniennes, israéliennes – je ne veux pas prendre un côté ou l’autre –, mais souvent dans des situations tendues et de guerre, les premiers qui perdent, ce sont les femmes et les enfants.
Au Canada et au Québec, on est encore des femmes privilégiées, on vit encore dans une société où nos droits sont plutôt respectés. Mais quand on regarde les hausses de féminicides, et, par exemple, la montée du masculinisme, ben on peut être inquiet.
Les propos ont été réorganisés pour des raisons de longueur et de clarté.
Il y a des discours là-dedans qui n’ont aucun sens. Quand j’entends, en 2024, «la place des femmes est à la maison», je suis inquiète pour mes filles, mais pour mes petites-filles aussi.
Le plus grand danger, c’est de penser que parce que ça va bien pour soi, c’est acquis. Je n’y crois plus maintenant. Quand je suis rentrée à Polytechnique, j’avais 19 ans. Dans ma tête, il n’y avait rien pour m’arrêter. Toutes les portes s’ouvraient devant moi. […] Je ne réalisais pas tout ce qui se passait autour de moi.
Quand tu penses que ça va bien, tu ne veux pas voir… donc tu ne vois pas. C’est ça, être naïf, être un peu innocent. Les évènements de Poly, ça a brisé ça dans ma vie, à tout jamais.
Raymond Théberge a produit un rapport de suivi pour expliquer que dix institutions fédérales et le Secrétariat du Conseil du Trésor, n’ont que partiellement appliqué ses recommandations de 2020 sur les exigences linguistiques des postes de ces institutions.
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Le premier ministre a étendu sa présence à l’APN, jeudi, pour écouter et répondre aux questions des membres de Premières Nations sur des sujets qui continuent de cristalliser les tensions entre elles et le gouvernement fédéral.
Jeudi, le premier ministre a participé à une période de questions, avec quatre de ses ministres, lors de l’Assemblée des Premières Nations, qui abordait divers sujets. Mardi, cette dernière a adopté une résolution pour engager une enquête nationale sur le racisme systémique dans les corps policiers.
Interpelé sur la mort de jeunes tués par des policiers, dont neuf en un mois entre aout et septembre 2024, Justin Trudeau a réitéré qu’il souhaitait être là pour «créer un monde où aucune mère ne devra pleurer la mort de son enfant».
Ce qu’ils disent au sujet des violences policières : «Nous ne voulons pas que les erreurs du passé se répètent», a indiqué un chef autochtone.
Au sujet de l’eau potable : «Nous ne pouvons pas continuer de vous permettre de prendre nos ressources et de nous laisser vivre dans la pauvreté», a souligné un des membres de l’Association lors de la période de questions.
Le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, a voté lundi contre la motion de la leadeur du gouvernement à la Chambre des Communes, Karina Gould, qui proposait d’ajourner le débat sur la question de privilège des conservateurs qui paralyse les travaux parlementaires depuis plusieurs semaines.
Ces derniers demandent aux libéraux de leur fournir des documents sur un fonds vert, aboli aujourd’hui, qui aurait mal géré des millions de dollars.
Le NPD ne votera pas pour la motion de censure des conservateurs pour faire tomber le gouvernement Trudeau, lundi prochain.
Les finances en jeu : Le gouvernement devrait présenter une mise à jour économique – une tradition lors de la session d’automne, mais qui n’est pas obligatoire – et un budget supplémentaire des dépenses pour faire approuver des réajustements et des dépenses, faute de quoi les ministères devront se serrer la ceinture en 2025.
Avant de voter sur les questions financières, il était nécessaire d’attribuer les quatre journées d’opposition restantes. Le président de la Chambre, Greg Fergus, a attribué deux journées cette semaine et deux autres, lundi et mardi, la semaine prochaine.
Jeudi a eu lieu le débat sur une motion de censure présentée par les conservateurs et le vote se tiendra lundi.
Le NPD a déjà prévenu plus tôt cette semaine qu’il voterait contre la motion conservatrice visant à faire tomber le gouvernement.
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La Fédération des Métis du Manitoba (FMM) et le gouvernement canadien ont signé un traité historique reconnaissant l’autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge.
Pourquoi c’est important : Ce traité, basé sur une entente de 2021, établit la FMM comme gouvernement officiel des Métis de la rivière Rouge, lui conférant des pouvoirs législatifs en matière de citoyenneté, d’élections et de gestion des affaires internes.
La prochaine étape est l’adoption d’un projet de loi fédéral pour constitutionnellement protéger ce traité et remplacer l’entente précédente.
Il s’agit du premier traité d’autonomie gouvernementale signé avec un gouvernement et un groupe métis au Canada, marquant une avancée dans la mise en œuvre des droits à l’autodétermination des peuples autochtones, conformément à la Déclaration des Nations Unies.
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Le chef conservateur a lancé en mêlée de presse, sur la mise à jour économique prochaine du gouvernement : «Est-ce que [la ministre Freeland] cache le contrôle du déficit de l’argent cette année, comme chaque année?»
Mercredi, le chef conservateur Pierre Poilievre a proposé à la ministre des Finances, Chrystia Freeland, deux heures de leur journée d’opposition lundi prochain, pour qu’elle puisse présenter la mise à jour économique, généralement déposée à l’automne par le gouvernement fédéral.
Ce qu’ils disent : «Un beau cadeau de Noël pour elle. Mais j’espère que ça ne va pas être la misère pour les Canadiens», a lancé mercredi devant les journalistes M. Poilievre.
La leadeure du gouvernement, Karina Gould, a qualifié l’offre de «jeux politiques». «C’est n’importe quoi avec Monsieur Poilievre », a-t-elle critiqué en mêlée de presse, quelques minutes après la déclaration du chef conservateur. Elle a plutôt demandé de mettre fin au blocage en chambre.
Le Canada doit intensifier ses efforts pour répondre à la crise des 114 millions de personnes déplacées de force dans le monde, estime le Comité sénatorial des droits de la personne dans un rapport publié mardi.
Les conflits en Ukraine, au Moyen-Orient et au Soudan, ainsi que les changements climatiques, sont les principales causes de cette crise sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.
Une crise internationale : Le fardeau d’accueil est inégalement réparti. Les pays comme l’Iran, la Turquie, l’Allemagne, la Colombie et le Pakistan, reçoivent chacun entre 2,1 et 3,4 millions de réfugiés. En raison de sa géographie, le Canada est moins exposé à ces mouvements massifs, mais peut jouer un rôle plus actif.
Le comité propose 15 recommandations, dont l’augmentation du financement pour les groupes humanitaires et les pays hôtes, ainsi que l’élaboration d’un plan international pour un partage équitable des responsabilités, avec des objectifs précis.
Une centaine de militants de différents organismes, dont Voix juives indépendantes s’est réunie mardi pour bloquer l’accès des députés fédéraux à leurs bureaux. Ils demandent un embargo sur le matériel militaire que le Canada continue de fournir à Israël.
Voix juives indépendantes dénonce le rôle des armes fournies par le Canada dans les crimes de guerre d’Israël, fait appel à la prise de conscience des personnes juives et réclame un embargo sur les armes.
Dans un rapport de 2020, le commissaire aux langues officielles soulignait que les onze institutions fédérales, ont la responsabilité de définir les exigences linguistiques des postes, avec le «même degré de rigueur et d’effort que s’il s’agissait de toute autre qualification essentielle requise pour le poste».
Dans un nouveau document publié le 5 décembre, Raymond Théberge constate que, malgré les efforts déployés par les institutions pour appliquer ses recommandations, ces dernières n’ont été que partiellement ou non mises en œuvre.
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Néanmoins, des disparités importantes subsistent entre les institutions gouvernementales. Certaines offrent des ressources complètes, incluant des politiques détaillées et des outils pratiques pour mettre en œuvre les exigences linguistiques, tandis que d’autres s’appuient uniquement sur des ressources externes, souvent mal comprises.
La consultation des spécialistes en langues officielles reste variable, parfois obligatoire, mais insuffisante dans plusieurs cas, souligne le commissaire.
J’ai […] constaté qu’une seule institution disposait d’un mécanisme pour résoudre les désaccords entre le personnel en langues officielles et les délégataires.
Dans les autres institutions, c’est le gestionnaire qui décide ultimement des exigences linguistiques d’un poste, même si sa décision est contraire à l’avis du personnel en langues officielles.
De plus, les critères linguistiques restent limités pour les postes de supervision, particulièrement dans les régions bilingues, ce qui est jugé inadapté pour garantir la qualité et l’équité dans les deux langues officielles.
Enfin, la moitié des institutions ne disposent pas des trois éléments clés (politique, procédure, outil) pour évaluer objectivement les exigences linguistiques. Certaines ressources sont obsolètes ou incomplètes, ce qui reflète une mise en œuvre insuffisante des recommandations formulées il y a deux ans.
Les institutions doivent intensifier leurs efforts pour assurer une fonction publique respectant pleinement les obligations linguistiques, conclut le commissaire.
«Nous avons la responsabilité, comme gouvernement et comme ministre, de faire les suivis responsables pour assurer qu’on respecte la Loi sur les langues officielles et qu’on doit implanter cela. Plus tôt que plus tard. Et si c’est un peu tard, on doit se regarder dans le miroir. Ce n’est pas compliqué», a souligné le député néoécossais libéral, Darrell Samson, en entrevue jeudi.
Le commissaire aux langues officielles pointe aussi du doigt le manque périodique d’évaluation des exigences linguistiques des postes au sein des institutions fédérales visées.
Bien que certaines disent effectuer des audits, elles n’ont pas fourni de détails concrets, comme la fréquence des examens ou des documents confirmant ces pratiques.
À ma grande déception, le suivi a révélé que les institutions ont fait très peu pour mettre en œuvre cette recommandation, et ce, bien qu’elles aient eu deux ans pour prendre des mesures.
Aussi, si la plupart des institutions offrent une formation sur les exigences linguistiques, celle-ci est souvent recommandée et non obligatoire.
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Le Conseil du Trésor, un des ministères responsables de la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles, n’a pas respecté deux recommandations du commissaire, dont celle de se conformer aux exigences linguistiques auprès «d’intervenants clés», comme les champions aux langues officielles dans les institutions par exemple.
Le Conseil accuse plus de deux ans de retard, malgré l’élaboration d’un plan pour mettre pleinement en œuvre la recommandation d’ici 2025. «En effet, je souhaitais que les politiques et les outils soient révisés dans les deux ans de la publication de mon rapport de 2020, c’est-à-dire avant novembre 2022», rappelle Raymond Théberge.
Les incidences au non-respect de la Loi sont d’une portée considérable, estime-t-il. «Ne pas établir objectivement les exigences linguistiques entrave la capacité d’une institution à fournir des services au public dans les deux langues officielles.»
«Les organismes communautaires nous veulent, mais ils ne savent pas comment favoriser notre implication, comment nous attirer et nous retenir», témoigne le Fransaskois Louis-Pascal Guérette DeVink, scolarisé en 12e année à Saskatoon.
Serge Quinty assure que la FCFA fera un suivi auprès de ses organismes membres pour savoir quelles actions concrètes ils ont entreprises à la suite du Forum.
Pour faire le pont entre les jeunes d’expression française et le réseau associatif, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), en partenariat avec la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), a organisé les 28 et 29 novembre un Forum des leaders consacré à l’engagement jeunesse.
Près de 40 organisations et 28 jeunes d’expression française de tout le pays y ont participé.
«On doit développer de nouvelles stratégies pour que les jeunes se reconnaissent et s’engagent dans nos réseaux», insiste le coordonnateur de l’évènement et directeur des communications de la FCFA, Serge Quinty.
À ses yeux, la définition des «enjeux francophones» doit évoluer : «Il ne s’agit pas juste de parler de la défense du français, mais aussi de justice sociale, de changement climatique en français.»
«On doit travailler à mieux cibler nos activités pour répondre plus adéquatement aux besoins des jeunes», abonde dans le même sens la directrice générale de Canadian Parents for French, Nicole Thibault.
Simon Thériault de la FJCF fait part des inquiétudes économiques de la jeunesse franco-canadienne.
Selon les premiers résultats du Baromètre jeunesse réalisé l’été dernier par la FJCF, la hausse du cout de la vie et l’accès à des services en santé mentale et au postsecondaire en français font partie des principales préoccupations des 18-25 ans.
«C’est vraiment accès sur l’économie, ce sont des inquiétudes semblables au reste de la population», observe le président de la FJCF, Simon Thériault.
Le leadeur appelle également les organismes communautaires à adapter leur fonctionnement afin de faciliter la participation de la nouvelle génération. Il évoque des réunions tôt le matin ou le soir, des rencontres en lignes, la mise en place de service de garde pour les parents, des possibilités de covoiturage pour celles et ceux qui n’ont pas de voiture.
«Nous devons optimiser nos façons de faire et notre gouvernance pour être plus attrayants», appuie Serge Quinty.
Les organisations souffrent par ailleurs d’un manque de visibilité au sein de la jeunesse. «Quand ils quittent leur regroupement jeunesse, beaucoup de jeunes se sentent perdus et ne savent pas où aller ni comment s’impliquer, car ils connaissent mal les autres structures de la francophonie», confirme le président de Jeunesse Acadienne et Francophone de l’Île-du-Prince-Édouard (JAFLIPE), Hayden Cotton.
Pour éviter de les perdre et assurer une meilleure transition, la FCFA et la FJCF travaillent sur un projet commun, dont l’objectif est de créer des passerelles plus structurées entre le réseau jeunesse et le reste des organismes porte-paroles de la francophonie. Des possibilités de jumelage et de tutorat sont notamment envisagées.
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«On doit changer d’approche et se mettre sur le chemin des jeunes. Il ne faut plus attendre qu’ils viennent à nous, mais s’engager auprès d’eux, s’adapter à leur réalité», estime Serge Quinty.
Ahdithya Visweswaran, ancien élève en classe d’immersion, témoigne de son parcours semé d’embuches pour réussir à intégrer la francophonie canadienne.
L’ouverture des organismes doit également se faire à l’égard des élèves d’immersion, selon le directeur des affaires publiques et politiques de Canadian Parents for French, Ahdithya Visweswaran.
«Ils doivent sortir de leur bulle et prendre le réflexe d’aller vers d’autres communautés», insiste cet ancien élève en école d’immersion.
Durant sa scolarité entre le Manitoba et l’Alberta, la communauté francophone ne l’a pas toujours accueilli à bras ouverts. Il évoque des remarques acerbes, «toi t’as l’accent de l’immersion, tu dilues la francophonie», qui l’ont poussé à changer son accent et sa façon de parler.
«En tant que personne immigrante, racisée, riche de plusieurs identités, je ne me sentais pas à ma place dans la francophonie, je n’avais pas de sentiment d’appartenance», confie Ahdithya Visweswaran.
Il salue à cet égard la volonté d’intégration des responsables communautaires présents au Forum des leadeurs : «Je me suis senti validé dans mon identité comme jeune bilingue, une nouvelle ère semble s’ouvrir.»
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les mercredis et samedis
Un avis que partage Jack Bailey, étudiant à l’Université du Nouveau-Brunswick : «Je suis encore quelqu’un qui a beaucoup d’anxiété à parler en français, mais là, j’ai senti une envie de s’appuyer sur notre leadeurship, de nous faire une place.»
Jack Bailey du Nouveau-Brunswick a senti une volonté des acteurs de la francophonie de faire plus de place aux élèves d’immersion lors du Forum des leadeurs.
Nicole Thibault appelle de son côté à briser la ligne de démarcation entre les systèmes scolaires francophone et anglophone, «qui ne définissent plus les jeunes d’aujourd’hui».
Face aux préoccupations économiques de la jeunesse, Nicole Thibault de Canadian Parents for French aimerait offrir plus de bourses d’études.
«Ils sont plus ouverts à passer d’un côté à l’autre, avec des parcours beaucoup plus mixtes, à cheval entre l’immersion et les écoles francophones», assure la directrice de Canadian Parents for French.
À ce titre, elle souhaite inciter davantage les élèves d’immersion à participer aux activités des groupes de jeunes francophones. À la suite du Forum, elle envisage même de parrainer et de soutenir financièrement ces groupes.
Le Fransaskois Louis-Pascal Guérette DeVink songe, lui, à organiser des tournées de promotion dans les écoles d’immersion pour faire connaitre son réseau jeunesse.
«Les jeunes d’immersion ne savent pas où sont les lieux de vie en français, il faut leur dire qu’il existe des façons de continuer dans la francophonie, en dehors de l’éducation», soutient Jack Bailey.
À Ottawa, Ahdithya Visweswaran espère que ce forum n’est qu’un début, «la première étape vers une plus grande inclusion des jeunes de tous les horizons et de toutes les diversités».
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La règlementation de la nouvelle mouture de la Loi sur les langues officielles se fait attendre.
Raymond Théberge craint les effets potentiels de prochaines élections fédérales sur la règlementation de la loi.
«Je dirais qu’au début du processus, à mon avis, c’était clair. On voulait aller rapidement. Maintenant, on tombe dans une période de préconsultations et de consultations, et j’ai l’impression que ce n’était pas nécessairement prévu», a déploré le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, en comité sénatorial le 25 novembre.
Le projet de règlement doit être déposé au Parlement au début de l’année 2025, un délai critiqué par tous les partis d’opposition.
«Le temps n’est pas notre ami, étant donné le contexte dans lequel on se trouve présentement», a ajouté le commissaire, faisant allusion à d’éventuelles élections fédérales à venir, qui pourraient chambouler la composition du Parlement ainsi que celle du comité chargé d’étudier le règlement de la Loi.
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Lucie Moncion, sénatrice de l’Ontario, et René Cormier, sénateur du Nouveau-Brunswick, dénoncent les lourdeurs administratives qui compliquent la livraison de services fédéraux aux organismes francophones.
«Lorsqu’il y a des changements de gouvernement, plusieurs travaux sont arrêtés en attendant que les nouvelles personnes soient nommées […] C’est là qu’on peut voir d’autres dossiers prendre priorité», confirme, en entrevue avec Francopresse, la sénatrice Lucie Moncion. La règlementation pourrait dès lors être «mise aux oubliettes».
D’autres sénateurs ont également souligné la nécessité d’agir rapidement. Lors du comité du 25 novembre, René Cormier a fait part d’un contexte actuel «où il y a des urgences évidemment pour les communautés de langue officielle [en situation minoritaire]».
«Ça commence à être urgent», a pour sa part insisté la sénatrice Bernadette Clément, toujours en comité.
En entrevue avec Francopresse, René Cormier élabore sa pensée : «Il faut se rappeler que la loi a été adoptée au mois de juin 2023. Certaines mesures doivent être mises en œuvre dans les deux ans de l’entrée en vigueur de la loi. Par exemple, la question du bilinguisme [des] gestionnaires et les superviseurs dans les régions bilingues et dans la capitale nationale.»
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Pourquoi la règlementation est importante?
Comme l’explique le professeur de droit François Larocque, la règlementation permettra de préciser comment la Loi sera mise en œuvre. Sans elle, les communautés ne peuvent pas en profiter pleinement.
«Ça peut être assez détaillé, dit-il. Par exemple, l’obligation de prendre des mesures positives pour assurer le dénombrement des ayants droit.»
Un autre exemple concerne les mesures positives pour soutenir l’éducation en français, de la petite enfance au postsecondaire, pour lesquelles des modalités d’exécution seront détaillées dans un règlement.
Selon François Larocque, professeur de droit de l’Université d’Ottawa, le gouvernement peut déjà être proactif pour la francophonie, comme il l’a fait en augmentant les cibles d’immigration francophone hors Québec.
François Larocque rappelle que la nouvelle loi sur les langues officielles s’applique déjà, même sans règlementation.
Mais l’immigration francophone bat des ailes face à une lourdeur administrative, remarque René Cormier en entrevue.
«On aimerait que le gouvernement use de son pouvoir de dépenser, donc investir dans les programmes, signale Lucie Moncion. Il peut aussi réduire la lourdeur administrative qui est associée à l’accès aux différents programmes par les organismes.»
De son côté, le ministre fantôme des Langues officielles, Joël Godin, presse le gouvernement de déposer les décrets nécessaires, notamment celui qui octroie de nouveaux pouvoirs au CLO.
«De plus, nous devons garantir que les employés puissent travailler en français au Québec et dans les régions à forte présence francophone, qui seront définies par règlement», écrit-il dans une réponse par courriel.
Il ajoute qu’en attendant la règlementation, «les organismes qui œuvrent activement sur le terrain devraient bénéficier d’un financement prévisible, afin de faciliter leur planification et de leur permettre de se concentrer pleinement sur leur mission première».
Mais il existe des «retards dans la distribution du financement», rappelle René Cormier en entrevue. Selon lui, l’aide immédiate aux communautés passe par les fonds du Plan d’action pour les langues officielles, qui peinent à atteindre les organismes.
Il y a une immense lenteur. Ça pénalise les organismes et ça rend difficile leur fonctionnement et la libération de leur mandat.
En comité, Raymond Théberge a affirmé avoir entendu des propos similaires lors de récentes consultations : «C’était l’enjeu qui était soulevé presque partout.»
«Ce n’est pas comme si les organismes ont des grosses lignes de crédit sur lesquelles ils peuvent fonctionner. On a besoin de ces argents-là pour travailler et pour livrer des programmes.»
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«Les communautés de langue officielle en situation minoritaire ont suffisamment attendu», estime le député conservateur Joël Godin.
Pour Joël Godin, la priorité demeure la règlementation de la partie VII, qu’il surnomme le «cœur de la Loi sur les langues officielles».
«On l’attend incessamment», a insisté Raymond Théberge en comité. «[Elle] touche les communautés tout de suite.» Cette partie porte surtout sur les obligations linguistiques des institutions fédérales.
«On est toujours inquiet par rapport au délai, parce que la partie VII va préciser comment les institutions fédérales vont s’acquitter de leurs obligations pour favoriser la progression vers l’égalité du statut d’usage du français et de l’anglais», appuie Lucie Moncion en entrevue.
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Quant au contenu du règlement de la partie VII, François Larocque s’attend notamment à voir des précisions sur les «fameuses clauses linguistiques».
«Il y a des transferts d’argent du fédéral vers les provinces et les territoires, explique-t-il. Les communautés ont toujours revendiqué que ces ententes-là contiennent des clauses qui engagent la province ou les territoires à tenir compte des langues officielles et des besoins des communautés de langue officielle en situation minoritaire.»
La partie VII de la nouvelle Loi leur accorde une semi-victoire : lors des négociations d’ententes, le gouvernement fédéral devra tenter de convaincre les provinces et territoires d’inclure des clauses linguistiques.
«Ce n’est pas une obligation de résultat, mais c’est au moins une obligation de processus», remarque le juriste, qui attend de voir comment un règlement va encadrer cette nouvelle obligation du fédéral.
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La situation est critique pour un grand nombre de Canadien·nes.
L’indice des prix à la consommation a augmenté de 3,4 % en 2021, 6,8 % en 2022 et 3,9 % en 2023, tandis que le prix des aliments a augmenté de 9,8 % en 2022 et 7,8 % en 2023.
Les taux d’inflation de 2022 ont d’ailleurs accru le pourcentage de personnes vivant sous le seuil officiel de la pauvreté au Canada de 7,4 % en 2021 à 9,9 %. Or, un revenu au seuil de la pauvreté demeure encore bien en deçà du revenu viable, qui permettrait de sortir de la pauvreté, par exemple en déménageant ou en faisant des études.
L’augmentation des couts touche davantage les personnes pauvres, puisqu’une plus grande part de leurs revenus est consacrée au logement et à l’alimentation. On voit ainsi une plus grande fréquentation des banques alimentaires ainsi qu’une baisse plus générale de la consommation.
N’oublions pas que les revenus des personnes pauvres augmentent beaucoup moins que ceux des mieux nantis, qu’elles ont moins accès au crédit et qu’elles ont moins accès aux avantages sociaux qui viennent avec les emplois de la classe moyenne.
Ce sont ces mêmes personnes qui bénéficient le moins des réductions de taxes ou d’impôt, puisqu’elles dépensent moins.
Pour bien comprendre à quel point la situation est critique, il faut faire attention aux données et aux tableaux. D’abord, bien que la croissance de l’inflation diminue, cela ne signifie rien d’autre qu’une hausse des prix un peu plus lente.
Ensuite, bien que les salaires moyens aient augmenté, ce qui aurait compensé l’augmentation du cout de la vie, ils ne sont pas une mesure indicative de la vie réelle des gens. D’autant plus que cette mesure inclut les augmentations importantes des salaires des mieux nantis.
Mentionnons également que le cout des loyers continue de monter, mais que le cout le plus pertinent est celui des logements disponibles, qui augmente beaucoup plus rapidement que celui des loyers que les locataires continuent d’occuper.
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Plusieurs des expressions dont nous nous servons pour aborder le problème sont trompeuses.
L’idée de crise nous envoie dans la mauvaise direction. Celle-ci n’existe que pour certains groupes socioéconomiques, mais en la généralisant, nous donnons la possibilité aux partis politiques de chercher à améliorer le sort d’autres segments de la population que celui des personnes pauvres.
Tandis qu’il est facile d’attribuer la situation actuelle à la pandémie et ses effets sur les chaines de distribution, nous devons nous rappeler que la vie n’était pas plus facile avant la pandémie pour la plupart des gens qui sont affectés par le cout actuel de la vie.
En fait, le seul moment où la pauvreté a véritablement reculé correspond aux prestations liées à la COVID-19.
En nous éloignant des raisonnements liés à l’imaginaire de la crise, nous pourrons mieux faire face aux problèmes causés par les structures de notre économie et, au minimum, le manque de règlementation.
Pour la plus grande partie de la population, l’accès à la nourriture est contrôlé par quelques oligopoles. Les chaines d’épiceries et les fournisseurs rivalisent déjà pour maximiser leurs profits, tout en blâmant les initiatives des gouvernements ou les marchés mondiaux pour les prix à la caisse.
Il est difficile de ne pas sentir de préjudice lorsque nos dépenses augmentent et que la réduflation fait que nous arrivons à la maison avec de plus petites quantités des mêmes produits que nous achetions auparavant.
Ajoutons à cela le scandale de la fixation des prix du pain, les compressions dans les salaires du personnel des magasins d’alimentation, les négociations interminables autour d’un code de conduite des épiceries ou encore les mesures anticoncurrentielles incluses dans les contrats de location.
Mais au-delà de ces frustrations, nous devons bien comprendre que les profits des chaines d’épicerie ont doublé après la pandémie alors que la quantité de nourriture vendue a diminué.
L’accès à un logement stable et la dignité qui vient avec la possibilité de demeurer en un endroit et de décider de sa manière d’y vivre sont grandement limités par la financiarisation du logement.
Lorsque le logement devient avant tout une question de rentabilité et de profit, il devient beaucoup plus difficile au marché de répondre aux besoins des locataires, ce qui devrait pourtant être sa première raison d’être.
De manière plus générale, la hausse du PIB depuis la pandémie est surtout attribuable aux profits des entreprises; la proportion du PIB que représentent les salaires du personnel a en fait baissé légèrement en 2022.
Il est ainsi clair que les intérêts des grandes compagnies sont contraires à ceux de la population. Ce n’est pas seulement que les unes s’enrichissent pendant que davantage des autres s’appauvrissent; c’est que l’enrichissement dépend de l’appauvrissement, qu’il y a une relation directe entre les deux.
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Des boycottages aux mobilisations contre la vie chère, quelques initiatives sont mises en pratique pour que l’inflation soit vécue comme un problème collectif et non seulement individuel.
Des solutions existent à plus long terme, allant d’un plus grand contrôle collectif du système alimentaire à une sortie du pétrole ou encore à un revenu minimum garanti.
Des remèdes collectifs à la situation critique actuelle exigent toutefois que l’on se défasse d’abord de nombreux mythes. C’est ainsi que les prestations d’aide contre l’inflation et l’augmentation du salaire minimum pourront être plus aisément acceptées, puisqu’elles n’entrainent ni chômage ni inflation.
Surtout pour l’instant, à l’inverse des baisses d’impôts actuelles, qui mènent à un affaiblissement des infrastructures sociales, il faut plutôt développer ces dernières afin d’assurer la dignité et l’égalité de tous et toutes.
Jérôme Melançon est professeur titulaire en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent généralement sur les questions liées à la coexistence, et notamment sur les pensionnats pour enfants autochtones, le colonialisme au Canada et la réconciliation, ainsi que sur l’action et la participation politiques. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie (MétisPresses, 2018).
«Les salons du livre, c’est une question de survie de la langue : il s’agit de transmettre l’amour de la lecture à la prochaine génération», affirme la présidente du Salon du livre de l’Île-du-Prince-Édouard, Diane Ouellette.
À Dieppe, au Nouveau-Brunswick, Morgane Bonamy explique que la fréquentation du salon a retrouvé les niveaux d’avant la COVID-19.
Après trois ans de pause à cause de la pandémie, l’évènement bisannuel a rassemblé, en juin dernier, plus de 5000 lecteurs et accueilli 100 visites de classe. Deux librairies et vingt-trois maisons d’édition étaient présentes.
«Avec la COVID-19, nous avions un peu perdu le momentum, mais on l’a retrouvé, les gens sont revenus en nombre», assure la présidente.
Même son de cloche du côté du Salon du livre de Dieppe, au Nouveau-Brunswick qui a reçu 14 000 visiteurs, dont 2000 écoliers et tout-petits, en octobre. Ils ont pu découvrir une quarantaine d’exposants et une centaine d’auteurs qui avaient fait le déplacement.
«On est retourné à une fréquentation d’avant la COVID-19», observe la directrice générale, Morgane Bonamy, qui a tenu à ce que l’entrée soit gratuite, «pour rendre le livre accessible à tous».
«En situation minoritaire, nous sommes une porte d’entrée essentielle sur les livres. Les visiteurs peuvent feuilleter les ouvrages, rencontrer les auteurs», ajoute-t-elle.
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Du côté du Salon du livre de Sudbury, en Ontario, la directrice générale, Geneviève LeBlanc note, elle, une légère baisse de fréquentation. Lors de la plus récente édition en mai dernier, le salon a attiré environ 6700 visiteurs, contre un peu plus de 7700 deux ans plus tôt pour la 10e édition de l’évènement.
En mai dernier, le Salon du livre de Sudbury a attiré 6700 visiteurs.
«Nous restons un rendez-vous attendu, mais il y a un essoufflement de la part des écoles avec moins de visites scolaires et la fermeture de programmes francophones à l’Université Laurentienne a aussi eu un impact», détaille-t-elle.
Pour continuer à capter le grand public et contrer les achats sur Internet, les salons doivent se réinventer en permanence.
«Il faut imaginer une programmation qui sort de l’ordinaire, ajouter d’autres formes de culture, notamment pour attirer les jeunes adultes qui se mettent à lire en anglais», confirme Morgane Bonamy.
Le Salon du livre de Dieppe propose ainsi des ateliers de théâtre, de danse, des lunchs littéraires avec des auteurs, des soirées d’improvisation, ou encore des projections de films.
Diane Ouellette estime également qu’il faut redoubler d’efforts pour séduire un «public fragile». «On doit vraiment choisir avec soin des auteurs qui connaissent notre situation linguistique minoritaire, c’est la clé si l’on veut inciter les gens à lire.»
En Saskatchewan, la librairie Nation fransaskoise tente, elle aussi, «de maintenir coute que coute la proximité avec le livre en français», note son responsable, Alexandre Chartier. Depuis l’hiver 2024, la librairie se rend plusieurs fois par an dans des écoles francophones et d’immersion pour «développer le bonheur par le livre».
En Saskatchewan, Alexandre Chartier souhaiterait créer un salon du livre pour le grand public dans les années à venir, hors des écoles.
Jusqu’à maintenant, environ 3000 élèves ont reçu la visite d’Alexandre Chartier et de sa camionnette de bouquins pleine à craquer. Le temps d’une journée, Nation fransaskoise s’installe dans une bibliothèque, un gymnase ou un couloir.
«Ça va au-delà de l’école, on touche les communautés dans leur ensemble, on contribue au développement identitaire», souligne le responsable.
Magasinage, présentation de livres, organisation de lectures, animation d’ateliers pour parler du métier de libraire et de la chaine du livre, «en termes d’expérience, c’est la même chose qu’un spectacle», appuie le libraire.
Afin de mieux retenir l’attention des jeunes, il a opté pour «une approche plus contemporaine de ces minisalons» et propose de nombreux jeux de société et mangas (bandes dessinées japonaises).
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Faire vivre le livre en français se heurte néanmoins à d’importants défis financiers. Les équipes des salons littéraires sont souvent réduites au minimum. À l’Île-du-Prince-Édouard, ce sont seulement des bénévoles tandis qu’à Dieppe, une seule employée gère toute l’organisation.
Pour Diane Ouellette (à gauche), choisir des auteurs qui connaissent la situation linguistique minoritaire reste essentiel : «C’est la clé si l’on veut inciter les gens à continuer à lire.»
«Les fonds disponibles sont très rares et pas du tout adaptés», déplore Alexandre Chartier.
«Les couts de fonctionnement ont explosé et c’est un casse-tête d’aller chercher des subventions, c’est ce qui nous prend le plus de temps», renchérit Diane Ouellette.
Dans le nord de l’Ontario, la COVID-19 a «planté le dernier clou dans le cercueil» du Salon du livre de Hearst, selon les mots de son ancien coprésident, Jean-Pierre Boutin. Le salon bisannuel a disparu en 2023.
«On était déjà fragilisé, on avait du mal à trouver des bénévoles et c’était de plus en plus difficile d’attirer les maisons d’édition et distributeurs en région alors même qu’on leur offrait les kiosques», explique-t-il.
«C’était un fardeau financier impossible à tenir sur le long terme, nous n’avions pas assez de financements récurrents pour nous le permettre», poursuit l’ancien bénévole.
Pour combler le vide, le Salon du livre de Sudbury aura désormais lieu chaque année.
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Si les salons peuvent compter sur le soutien des 15 maisons d’édition francophones présentes hors Québec, tous évoquent la difficulté de faire venir les acteurs du livre québécois.
En Saskatchewan, Nation fransaskoise organise des minisalons du livre dans les écoles depuis l’hiver 2024.
«Ils ne se déplacent plus hors du Québec et loin des métropoles depuis une dizaine d’années», regrette Geneviève LeBlanc.
«Depuis la pandémie, les couts de transport et d’hébergement ont flambé et ils sont encore moins portés à se rendre dans les petits salons. On doit redoubler d’efforts pour les convaincre», abonde dans le même sens Diane Ouellette, qui a décidé avec son conseil d’administration de payer le transport des livres aux libraires.
En dépit du manque de ressources financières, le Fransaskois Alexandre Chartier aimerait créer un salon du livre ouvert au grand public, hors des écoles. Il parle de monter à cet effet un collectif composé d’éditeurs et d’auteurs.
Dans les premières années, il ne s’attend pas à des miracles au niveau de la fréquentation, «mais s’il n’y a pas de salon, le besoin va se perdre et les gens vont arrêter de lire».
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