le Mercredi 11 février 2026

Avec les informations de Julien Cayouette

La ministre des Finances et vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, a annoncé sa démission quelques heures avant le dépôt de l’Énoncé économique de l’automne de 2024.

Chrystia Freeland a démissionné avec fracas lundi matin, jour du dépôt de la mise à jour économique. 

Julien Cayouette – Francopresse

Le document, qui fait office de mise à jour et de minibudget pour des dépenses non incluses dans le budget du printemps, a été remis aux journalistes et experts avec plus de quatre heures de retard lors du huis clos.

La semaine précédant le dépôt de l’énoncé économique, la désormais ex-ministre des Finances avait évité de se prononcer sur le montant du déficit, qu’elle avait dit au printemps vouloir maintenir en dessous de 40,8 milliards de dollars.

Mais des mesures sont venues creuser le déficit, le faisant basculer à 61,9 milliards de dollars pour l’année fiscale 2023-2024.

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Réclamations autochtones et COVID-19

Le gouvernement justifie ce dépassement du déficit par des «provisions plus élevées que prévu» concernant les revendications des peuples autochtones «qui font l’objet de négociations avec d’autres partis ou dont les tribunaux sont saisis» et au soutien de la population et des entreprises durant la pandémie de COVID-19.

Ce sont donc 16,4 milliards qui vont au passif des réclamations autochtones et 4,7 milliards aux «rajustements pour le soutien liés à la COVID-19».

Plus tôt cette année, le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, avait établi que le déficit allait se chiffrer à 46,8 milliards de dollars.

Le déficit n’inclut pas les chèques de 250 $ que les libéraux avaient dit vouloir envoyer aux Canadiennes et Canadiens gagnant moins de 150 000 $, faute de consensus entre les partis aux communes. Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique ​​ souhaitent notamment inclure les ainés dans les bénéficiaires.

Le congé de TPS de deux mois, qui est entré en vigueur le 14 décembre, coutera 1,6 milliard de dollars et se répercutera sur l’année fiscale 2024-2025.

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Plus sur la démission de Chrystia Freeland, remplacée par Dominic Leblanc

«Il est inévitable que notre mandat au gouvernement prenne fin», a écrit Chrystia Freeland dans sa lettre de démission destinée à Justin Trudeau et publiée sur le réseau social X, lundi.

«Vendredi dernier, vous m’avez dit que vous ne vouliez plus que je sois votre ministre des Finances et vous m’avez proposé un autre poste au sein du Cabinet […] Au cours des dernières semaines, nous nous trouvions en désaccord sur la meilleure voie à suivre pour les Canadiens», a-t-elle fait valoir.

La semaine précédant sa démission, des tensions avaient été rapportées entre son bureau et celui du premier ministre, notamment sur la mesure du chèque de 250 $.

Un autre point de tension porterait sur la riposte canadienne à la menace du président élu des États-Unis, Donald Trump, sur l’imposition de tarifs douaniers de 25 % sur les produits canadiens et mexicains. «Il faut prendre cette menace au sérieux», peut-on lire dans sa lettre.

Dominic Leblanc, actuel ministre de la Sécurité publique, des Institutions démocratiques et des Affaires intergouvernementales, prendra la tête du ministère des Finances.

En conférence de presse lundi, le chef de l’opposition, Pierre Poilievre, a commenté : «On est témoins aujourd’hui du pire chaos au sein du gouvernement du Canada dans l’histoire moderne de notre pays.»

Il a appelé à un vote de la mise à jour économique, pour faire office de vote de confiance le soir même.

De son côté, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a réclamé dans la foulée la démission du premier ministre Trudeau.

«Chrystia Freeland vient de déclencher la course au leadeurship, à mon avis», commente la professeure de science politique à l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier.

«M. Trudeau disait depuis des mois que, oui, les sondages n’étaient pas très bons, mais qu’il avait une bonne équipe et que le caucus était derrière lui. Visiblement, le caucus n’est plus derrière lui.»

En conférence de presse lundi, le chef conservateur Pierre Poilievre a demandé un vote de confiance du gouvernement Trudeau le soir même, moins de 48 h avant la fin de la session parlementaire de l’automne. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a réclamé la démission de Justin Trudeau lundi. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

L’IA entremêlée aux langues officielles

L’énoncé économique comprend une section sur la Stratégie sur la capacité de calcul souveraine pour l’intelligence artificielle (IA).

La section qui décrit comment l’IA s’intègre dans les opérations de la fonction publique est le seul endroit où il est question des langues officielles. «Les grands modèles de langage en IA et la traduction automatique changeront en profondeur les façons de travailler», peut-on lire.

L’objectif est cependant de développer une expertise basée sur du contenu canadien en faisant appel à la vaste banque de textes bilingues du Bureau de la traduction. Il serait déjà au travail pour développer des outils plus efficaces.

«En perspective, les pratiques efficaces établies seront mises à profit pour utiliser l’IA au-delà des langues officielles, par exemple pour traduire des documents en langues autochtones», indique-t-on.

Du côté de la francophonie et des communautés de langues officielles minoritaires, le minibudget du gouvernement fédéral ne présente aucune mise à jour. Il manque toujours 1,6 million de dollars pour les médias de ces communautés.

Rien non plus sur l’application et la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles, dont les règlements doivent être déposés «avant mars», selon la présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand.

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Développement économique intérieur

Face à la menace d’imposition de tarifs sur les produits canadiens pour l’importation aux États-Unis, l’énoncé économique contient quelques mesures visant à stimuler l’économie intérieure du pays.

Il annonce, entre autres, son intention de déposer un projet de loi qui obligerait les ministères et organismes fédéraux à acheter au moins 20 % des produits et services auprès de petites et moyennes entreprises (PME) canadiennes. Il désire également augmenter la collaboration avec les PME.

Le gouvernement envisage de lier les principaux transferts de fonds fédéraux aux provinces et territoires à des conditions de réduction des obstacles au commerce intérieur et à la mobilité de la main-d’œuvre.

Un montant de 4,3 millions de dollars sera versé sur trois ans à l’Agence canadienne d’inspection des aliments dans un effort d’harmonisation des reconnaissances et des certifications en agriculture et en agroalimentaire.

Une «unité» malgré les divergences face à la menace tarifaire américaine

Les premiers ministres provinciaux et territoriaux du Canada étaient réunis à Toronto lundi pour plaider «l’unité» face à la menace des tarifs douaniers américains sur les produits canadiens, a fait valoir le président du Conseil de la fédération, le premier ministre de l’Ontario Doug Ford. L’économie canadienne doit être plus dynamique  pour attirer les investissements.

Toutefois, alors que Doug Ford a émis l’idée de suspendre l’exportation d’énergie vers les États-Unis en réaction en réponse à la déclaration de Donald Trump, le premier ministre québécois François Legault souhaite signaler au président américain qu’il y aura davantage de contrôle concernant l’immigration à la frontière canado-américaine.

«Je fête Noël à cheval entre le français et l’anglais, témoigne Hayden Cotton à l’Île-du-Prince-Édouard. Depuis que je suis en âge de me souvenir, c’est comme ça et je suis très attaché à cette tradition, ça fait partie de mon identité.»

À l’Île-du-Prince-Édouard, Hayden Cotton célèbre le 24 décembre avec sa famille anglophone et le 25 avec ses proches francophones. 

Photo : Courtoisie

Le jeune Acadien fête le réveillon avec la famille anglophone de son père, tandis qu’il célèbre le jour de Noël avec le côté maternel et francophone de sa parenté.

Le soir du 24 décembre, une dizaine de convives discutent dans la langue de Shakespeare chez sa tante. «Mais je parle toujours français avec ma mère et mon frère», tient-il à préciser. 

Le 25 à midi, une vingtaine d’invités se réunissent «en français» chez ses grands-parents maternels. Seul le père d’Hayden ne maitrise pas la langue d’Antonine Maillet : «Il nous demande parfois ce qu’on raconte, il est très curieux, il veut connaitre les histoires.»

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Échappée belle avec ses proches

En Ontario, dans la banlieue de Toronto, Geneviève Stacey célèbre le temps des Fêtes en petit comité avec ses parents. Lumières et décorations dans la maison, cadeaux au pied du sapin, dinde et patates râpées au four; chaque année, la tradition reste immuable. Et autour de la table, l’anglais domine les conversations.

«Je suis plus contente de m’exprimer en français, mais ça ne me dérange pas, je suis habituée. La langue de la famille, ça reste l’anglais», relate la Franco-Ontarienne de 20 ans dont le père est anglophone et la mère francophone.

Le français, c’est ma culture, c’est qui je suis, mais ce qui compte à ce moment-ci de l’année, c’est de profiter du temps en famille. Le reste de l’année, on est trop occupés, on n’a pas le temps.

— Geneviève Stacey

La Franco-Manitobaine Nadia Bédard partage cette même envie de ralentir son rythme de vie effréné. La jeune femme voit Noël comme une échappée belle pour reprendre son souffle. «C’est mon moment préféré de l’année, ça me réchauffe le cœur. On peut se reconnecter à nos proches, oublier tous nos soucis», confie l’étudiante de 21 ans qui habite à Winnipeg.

Elle et ses deux frères célèbrent le 24 et le 25 en anglais avec la famille de leur mère d’origine ukrainienne, avant de partager le 26 en français avec le côté de leur père franco-manitobain. Grands-parents, cousins, oncles, tantes : tout le monde se réunit pour «faire un récap de sa vie et parler de ses projets d’avenir», rapporte Nadia Bédard.

«Au départ, ma mère ne parlait pas le français, mais elle a suivi des cours à l’université, car elle en avait marre d’aller à des réunions de famille et de ne rien comprendre», poursuit-elle.

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En Nouvelle-Écosse, Thomas Smith fête Noël avec ses parents bilingues. Autour du repas, les conversations vont et viennent entre l’anglais et le français. 

Photo : Courtoisie

La Franco-Manitobaine Nadia Bédard «adore» retrouver toute sa famille à Noël et discuter de la vie autour de grandes tablées. 

Photo : Courtoisie

En Ontario, Geneviève Stacey passe les fêtes de fin d’année avec ses parents. La langue familiale est l’anglais. 

Photo : Courtoisie

D’une langue à l’autre

En Nouvelle-Écosse, Thomas Smith passe lui aussi Noël avec ses parents. Chaudrée de fruits de mer le 24 au soir, dinde et échanges de cadeaux le 25 à midi. Sa mère est Québécoise, son père, néobrunswickois, alors à table, les discussions oscillent entre le français et l’anglais.

À Vancouver, Nigel Barbour est obligé de parler en anglais pour Noël : «C’est très agaçant, j’ai envie de dire “zut, zut, zut”.» 

Photo : Courtoisie

«C’est l’occasion de passer du bon temps en famille, de regarder des films ensemble, de jouer à des jeux de société», raconte l’étudiant de 19 ans à l’Université Saint Mary’s, à Halifax.

À l’autre bout du pays, en Colombie-Britannique, Nigel Barbour n’éprouve pas le même enthousiasme. Il fêtera Noël à Vancouver avec deux amis, dont l’un ne parle que l’anglais.

«C’est très agaçant, j’ai envie de dire “zut, zut, zut”, j’aurais voulu parler français, on est quand même un pays officiellement bilingue […], mais je suis bien obligé, c’est de la politesse», observe l’octogénaire, qui maitrise cinq langues.

Tous les pays engagés dans ce terrible conflit avaient une conviction commune : le conflit serait de courte durée. Certains évoquaient même une fin des hostilités avant Noël. Mais en décembre 1914, il devient évident que ce ne serait pas le cas. On ne pouvait pas encore se douter des horreurs et des carnages qui allaient venir.

Rapidement, en Europe de l’Ouest, les camps ennemis font pratiquement du surplace. De la Suisse à la Manche, des centaines de kilomètres de tranchées sont creusées. Des fragments de terrain acquis au prix d’énormes pertes humaines se perdent en peu de temps.

C’est une guerre de tranchées implacable qui durera pendant presque tout le conflit.

Des soldats qui s’affrontaient par les armes la veille fraternisent entre leurs tranchées le 25 décembre 1914. 

Photo : Cassowary Colorizations, attribution 2,0 générique

En décembre 1914, les soldats canadiens n’ont pas encore pris pied en France; le premier contingent du Corps expéditionnaire canadien (nom donné aux troupes du Canada) arrivera en janvier 1915. Quant aux États-Unis, ils n’y seront pas avant l’été 1917.

Différents corps armés – français, britanniques et belges – font face aux divisions allemandes. La fraternisation spontanée du 25 décembre prend place à deux endroits sur cette longue ligne de front : dans la région d’Artois, dans le nord-est de la France, et près d’Ypres, en Belgique.

Même si l’épisode a fait l’objet de multitudes écrits, pièces de théâtre et films, il était largement méconnu jusque dans les années 1960. Après une guerre qui avait fait plus de 20 millions de morts du côté militaire et civil et un nombre tout aussi grand de blessés, le temps n’était peut-être pas propice pour rappeler cet instant de camaraderie entre ennemis.

Un spectacle «extraordinaire»

Il y a une dizaine d’années, une lettre d’un soldat britannique écrite à sa mère depuis les tranchées relatant les évènements a été rendue publique. «Je crois que j’ai vu aujourd’hui [le jour de Noël] l’un des spectacles les plus extraordinaires que quiconque ait jamais vus», témoigne le lieutenant Alfred Dougan Chater.

En regardant par-delà un muret, vers 10 h, Chater raconte avoir vu un soldat allemand agiter ses bras. Deux autres combattants sortent de leur tranchée et marchent vers le camp britannique.

«On allait tirer sur eux quand on a vu qu’ils n’avaient pas d’armes. L’un de nos hommes est allé les rencontrer et, en deux minutes, la zone entre nos deux lignes de tranchées s’est remplie de soldats et d’officiers des deux côtés, se serrant les mains et se souhaitant Joyeux Noël», peut-on lire dans la lettre.

Rencontre surréaliste entre soldats allemands et britanniques le jour de Noël 1914. 

Photo : Wikimedia Commons, domaine public

«On a échangé des cigarettes. On a pris des photos. D’autres en ont profité pour simplement s’étirer sans avoir peur des tirs de mitraillettes pour la première fois depuis des mois. C’était le miracle de Noël, en pleine horreur.»

Chater ajoute qu’il est lui-même sorti de sa tranchée et qu’il a serré la main de plusieurs officiers allemands. Les deux côtés ont profité du répit pour récupérer les cadavres de leurs camarades et les enterrer. Puis, surgit un ballon de soccer.

Un autre soldat britannique qui était sur place, Ernie William, a raconté que le ballon est venu de nulle part, mais il est convaincu qu’il provenait du camp allemand. «Des buts de fortune ont été installés. Un des gars s’est placé devant le but et tout le monde s’est mis à frapper le ballon. Je crois qu’il devait y en avoir environ 200 qui ont participé.»

Ernie William précise que ce n’était pas un vrai match, mais plutôt une mêlée. Il n’y avait pas d’arbitre et on ne comptait pas les points.

D’autres soldats britanniques ont raconté une histoire un peu différente, certains précisant qu’après une heure de jeu, le commandant du bataillon britannique s’est rendu compte de ce qui se passait et a ordonné à ses hommes de revenir dans les tranchées.

Les Allemands auraient gagné la partie, 3 à 2. Le même score a été rapporté par un soldat allemand, Kurt Zehmisch, dans ses carnets.

Légende ou vérité?

L’histoire est devenue légendaire et a frappé l’imaginaire de bien des gens. Cent ans plus tard, en 2014, une reconstitution du match a eu lieu à Ploegsteert, en Belgique, où le tout se serait déroulé.

Il faut utiliser le conditionnel, car malgré les témoignages parvenus jusqu’à nous, le doute subsiste dans l’esprit de certains historiens. L’un de ceux-ci va jusqu’à dire qu’il n’y a «absolument aucune preuve ferme et vérifiable d’un match [de soccer]». Alors que des photos ont témoigné de la fraternisation, aucun cliché de la partie n’est parvenu jusqu’à nous. .

Les spécialistes soulèvent le fait, par exemple, que le sol de ce no man’s land était jonché de cadavres et trop abimé par les obus pour qu’un tel match puisse avoir lieu. Au mieux, selon l’un des historiens, des soldats auraient botté un ballon ici et là, mais sans qu’un vrai match se soit déroulé.

Reconstitution, parue le 9 janvier 1915 dans The Illustrated London News, de la rencontre des officiers britanniques et allemands se faisant face sur le front, le 25 décembre 1914. 

Photo : A. C. Michael, Wikimedia Commons

Pour ces historiens, l’idée d’une partie de soccer ce jour de Noël entre soldats de pays ennemis a été largement exagérée et idéalisée. L’important, souligne un autre historien, c’est le moment de fraternité, et non de savoir s’il y a eu quelques bottés ou un réel match de soccer.

Comme il a été mentionné, cette brève pause dans les hostilités n’est survenue qu’à deux endroits. Ailleurs sur le front, les combats se sont poursuivis le 25 décembre, et 80 soldats britanniques sont morts ce jour-là.

Aucune trêve similaire n’a eu lieu là où les troupes françaises et belges affrontaient les forces allemandes. Leur contexte était bien différent de celui des troupes britanniques.

En effet, l’Allemagne occupait des parties de la France et de la Belgique, et les soldats de ces deux derniers pays entretenaient une grande méfiance, sinon de la haine, envers l’ennemi.

Dès le lendemain de Noël, la guerre a repris son cours. Les commandants militaires étaient complètement en désaccord avec ce qui s’était passé. Au cours des trois autres Noëls pendant la guerre, on interdira formellement aux troupes de répéter ce comportement.

Mais le simple fait de penser que des soldats avec mission de tuer l’ennemi aient pu faire taire les fusils pendant quelques heures donne espoir au genre humain.

«Le temps des Fêtes est une période très polluante, propice au gaspillage et à la surconsommation», regrette la spécialiste des communications et de l’engagement du public à la Fondation David Suzuki, Laurence Bolduc.

«Il n’y a rien de mauvais dans les Fêtes, c’est quelque chose de très beau de se rassembler en famille autour d’un bon repas, mais les aspects matérialistes ont tendance à éclipser les valeurs immatérielles», estime la chercheuse Ghina El Haffar. 

Photo : Courtoisie

«Nos vies rapides et matérialistes ne sont pas cohérentes avec les objectifs climatiques et, pendant les Fêtes, c’est encore pire. On oublie nos convictions et on augmente notre pression sur l’environnement», renchérit la chercheuse postdoctorale à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, Ghina El Haffar.

Malgré la prise de conscience amorcée durant la pandémie de COVID-19, les deux spécialistes estiment que les consommateurs abandonnent souvent leurs principes écologiques lors du passage à la caisse.

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Près de 40 % de la nourriture jetée

Selon Zero Waste Canada, jusqu’à 40 % de la nourriture est gaspillée et les déchets ménagers augmentent de plus de 25 % pendant les Fêtes de fin d’année.

Les viandes, volailles et fruits de mer ont également une empreinte environnementale non négligeable. Uniquement en prenant en considération la production, chaque kilogramme de bœuf génère environ 30 kg de gaz à effet de serre, d’après les différentes données disponibles.

Pour le porc, le compte s’élève à 12 kg pour chaque kilo produit, contre 10 kg pour la dinde et 7 kg pour le poulet. Quant aux crevettes d’élevage, leur empreinte avoisine les 27 kg par kilo.

Le bilan carbone de l’alcool est généralement moins élevé, avec une moyenne de 1,1 kg par bouteille de vin pour la France, mais c’est sans compter le transport jusqu’au Canada.

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«Pression sociale» pour dépenser  

«Le plaisir l’emporte souvent sur la durabilité. On privilégie le budget pour l’achat de petits produits pratiques et bon marché dont la fabrication n’est pas toujours respectueuse des exigences environnementales», observe le professeur agrégé au Département d’agroéconomie et des sciences de la consommation de l’Université Laval, à Québec, Bernard Korai.

Le spécialiste de la consommation, Bernard Korai, explique que les cadeaux «agissent comme une forme de compensation» auprès des proches que l’on n’a pas le temps de voir le reste de l’année. 

Photo : Courtoisie

«La grande majorité des gens vous diront qu’ils sont préoccupés par l’impact sur l’environnement, mais ils ne font pas nécessairement le lien avec leurs comportements», complète la professeure à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, Caroline Boivin, qui note une hausse des dépenses liées aux Fêtes depuis la fin de la pandémie de COVID-19.

Aux yeux des chercheurs, il est très difficile d’échapper à la surconsommation qui caractérise la période des Fêtes de fin d’année. Bernard Korai parle d’une «pression sociale» associée à une célébration culturellement importante en Amérique du Nord.

«Noël est perçu comme une pause dans nos agendas chargés pour renouer le lien avec celles et ceux que nous n’avons pas le temps de voir régulièrement, analyse-t-il. Les cadeaux achetés agissent comme une forme de compensation, qui permet de conjurer le défaut de présence soutenue.»

Cette pression peut mener à une certaine surenchère dans la quantité et la valeur des cadeaux.

Ce que l’on offre à ses proches traduit la valeur sociale qu’on leur donne. C’est aussi un moyen d’affirmer son propre statut en tant qu’individu.

— Bernard Korai

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Idées plus écoresponsables

Toutefois, de nombreuses pistes existent pour alléger l’impact carbone de Noël et rendre sa manne de cadeaux plus sobres. «Il ne faut pas le voir comme quelque chose de complexe. La clé, c’est de tout planifier et de se poser systématiquement la question sur l’utilité de nos achats», assure Ghina El Haffar.

«Avec le Vendredi fou et le Cyberlundi, tout est fait pour acheter. C’est difficile de ne pas succomber à la pression consumériste», reconnait Laurence Bolduc de la Fondation David Suziki. 

Photo : Courtoisie

Elle évoque la fabrication d’un sapin en bois, l’utilisation de lumières DEL qui consomment moins d’énergie et durent plus longtemps, le recours à des décorations réutilisables, l’option du covoiturage ou des transports en commun lorsque cela est possible.

Pour les présents, Laurence Bolduc conseille d’éviter le magasinage en ligne, de privilégier les cadeaux de seconde main et d’offrir des expériences plutôt que des objets physiques. Elle suggère également de se servir d’emballages en tissu ou en papier recyclé.

En ce qui concerne la nourriture, elle recommande d’acheter des aliments locaux et d’essayer des options végétariennes, «on peut même se donner le défi d’organiser un souper végétarien».

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Concilier «bénéfices personnels» et environnement 

Convaincre la population canadienne de changer ses habitudes demande cependant du temps et beaucoup de diplomatie pour ne pas froisser les susceptibilités des plus réticents.

Pour la professeure Caroline Boivin, la pollution que génère Noël reste abstraite dans l’esprit de la plupart des gens. 

Photo : Courtoisie

Laurence Bolduc invite à «semer des petites graines» année après année sans forcer de changements radicaux : «C’est un sujet tellement polarisant, ça peut être délicat. Il y a tellement d’éléments intouchables dans la tradition de Noël.»

À cet égard, Caroline Boivin propose d’insister sur les «bénéfices personnels» que les consommateurs peuvent retirer en adoptant des comportements écologiquement plus responsables.

Limiter sa consommation de viande ou acheter des cadeaux de seconde main, c’est non seulement bon pour la planète, mais c’est aussi plus intéressant pour le portefeuille. «C’est une voie plus positive pour motiver au lieu de taper tout le temps sur le clou de la planète qui brule», souligne-t-elle.

De son côté, Ghina El Haffar appelle les entreprises et les pouvoirs publics à «changer les normes et les règlementations» pour donner un coup de pouce aux acheteurs et les aider à se «reconnecter aux valeurs immatérielles» des fêtes de fin d’année.

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Le renforcement du bilinguisme au sein de la fonction publique passerait par une modification de la Loi sur les langues officielles et des décrets pris par le gouverneur en conseil.

Pour les 12 députés du Comité permanent des langues officielles, il est clair que des profils linguistiques doivent être établis lors de la nomination ou du recrutement de personnel au sein de la fonction publique.

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Manque de volonté

Les propos de la professeure de science politique à l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier, aussi chroniqueuse pour Francopresse, ont été repris dans le rapport. Elle a illustré le manque de volonté existant.

Il faut arrêter de dire qu’une personne qui ne connait pas le français ou l’anglais a quand même les compétences requises. Non, cette personne n’a pas les compétences requises. Il faut changer la façon dont on regarde et analyse la situation. Il faut indiquer clairement quelles sont les compétences essentielles et, le cas échéant, établir que telle personne n’a pas les compétences demandées.

— Geneviève Tellier

La première recommandation du rapport précise d’ailleurs qu’il faut spécifier les niveaux linguistiques requis par le poste lors de la production des profils des candidats; en catégorisant la compréhension écrite, l’expression écrite et la compétence orale.

Ce rapport et les recommandations qu’il contient ne forcent pas la Chambre ou le gouvernement à agir.

Définition : le gouverneur en conseil

Le «gouverneur en conseil» est un terme officiel qui désigne une nomination effectuée par le premier ministre et le Cabinet ministériel.

La personne qui occupe le poste de gouverneur général du Canada annonce ces nominations sur l’avis du Cabinet.

Modifier la Loi sur les langues officielles

Les députés préconisent aussi de modifier le paragraphe de la Loi sur les langues officielles touchant à la langue de travail.

Ils enjoignent la présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand, de déposer un projet de loi pour définir ce que signifie l’expression «capacité de parler et de comprendre clairement les deux langues officielles».

Les parlementaires veulent également qu’une formation linguistique soit offerte aux candidats et les postes de sous-ministres ou de sous-ministres délégués aux institutions assujetties à la Loi sur les langues officielles, pas seulement à une liste de ministères plus limitée.

Parmi les sept recommandations, l’augmentation de la prime au bilinguisme demanderait un consensus entre les parties, car le Nouveau Parti démocratique (NPD) a assuré qu’il souhaitait une hausse significative de 800 $ à 4000 $.

Mettre en place une prime de connaissances linguistiques pour les langues autochtones fait partie d’un autre avis du NPD non pris en compte dans le rapport.

Le comité suggère aussi établir des liens avec les établissements postsecondaires, afin que le bilinguisme soit davantage présenté comme un avantage pour les étudiants qui souhaitent entrer dans la fonction publique.

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FRANCOPHONIE

La présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand, a affirmé devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, lundi, que les règlements tant attendus de la nouvelle loi seront déposés «avant mars 2025».

Elle assure aussi qu’elle veut mettre fin à «la culture unilingue» au sein de la fonction publique.

À lire aussi : Fonction publique : «Il faut changer cette culture d’être unilingue»

Dans un rapport publié mardi, le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des Communes propose sept recommandations pour améliorer le bilinguisme au sein de la fonction publique.

Ce qu’ils demandent : Les députés proposent d’établir par décret des exigences linguistiques pour les hauts fonctionnaires nommés par le gouverneur en conseil (c’est-à-dire le cabinet du premier ministre), avec des niveaux de compétence minimums à l’écrit et à l’oral, ainsi que des évaluations régulières.

Ils souhaitent aussi que la notion de «capacité de parler et de comprendre clairement les deux langues officielles», inscrite dans la loi, soit clarifiée, car elle peut, selon eux, être interprétée de différentes façons.

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CANADA

Le texte de la motion conservatrice de Pierre Poilievre utilisait les propos du chef du NPD, Jagmeet Singh. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Le gouvernement de Justin Trudeau a pu compter sur le soutien du Nouveau Parti démocratique (NPD), lundi, face à une nouvelle motion de censure conservatrice, appuyée par le Bloc québécois.

De son côté, le NPD n’a reçu le soutien que des deux députés du Parti vert pour sa motion qui proposait de rendre permanent le congé de la TPS pour les services qu’il considère comme «essentiels», comme les factures de chauffage, d’Internet et de téléphone cellulaire.

Ce qu’ils disent : Pierre Poilievre visait quant à lui dans sa motion le chef néodémocrate, Jagmeet Singh.

«Le chef du NPD a dit que “le gouvernement libéral cèdera toujours à la cupidité des grandes entreprises et interviendra toujours pour réduire le pouvoir des syndicats et des travailleurs” […] par conséquent, la Chambre est d’accord avec le chef du NPD, et la Chambre affirme qu’elle a perdu confiance dans le premier ministre et le gouvernement», peut-on lire dans la motion.

La ministre des Finances, Chrystia Freeland, présentera lundi la mise à jour économique de l’automne. Elle s’est engagée mardi à maintenir le ratio dette/PIB du Canada sur une trajectoire descendante, pour rassurer les marchés et les contribuables.

La ministre a toutefois évité de réitérer sa cible d’un déficit inférieur à 40 milliards de dollars, ce qui a suscité des critiques de l’opposition.

Ce qu’ils disent : Le Parti conservateur dénonce un déficit en hausse, tandis que la ministre insiste sur la viabilité des finances publiques et le faible endettement relatif du Canada par rapport aux autres pays du G7.

Début 2024, le directeur parlementaire du budget avait estimé que le gouvernement fédéral dépasserait les 46,8 milliards de dollars pour l’année fiscale 2023-2024.

Steven Guilbeault a annoncé que le Canada allait réduire de moitié ses émissions carbone d’ici 2035. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, a annoncé jeudi une nouvelle cible de réduction des émissions de 45 à 50 % par rapport aux niveaux de 2005, d’ici 2035.

Cette cible repose, selon le communiqué du ministère, sur des données scientifiques, le savoir autochtone, des engagements internationaux, des consultations régionales et des avis d’experts.

Révision à la hausse : En 2021, le Canada s’était déjà engagé à réduire ses émissions de 40 à 45 % d’ici 2030. Mais de 2005 à 2022, celles-ci n’ont diminué que de 7,1 %

Trop peu : Dans un rapport déposé début novembre au Parlement, le commissaire à l’environnement du Canada, Jerry DeMarco, soulignait que les mesures mises en œuvre par le gouvernement restaient insuffisantes pour permettre au Canada d’atteindre sa cible.

Le Canada demeure le membre du G7 le moins performant en matière de réduction des émissions de GES, affirmait le commissaire.

Le Sénat a adopté mercredi soir la loi de Tona, un projet de loi visant à abolir l’isolement cellulaire dans les prisons fédérales, une pratique dénoncée pour ses impacts dévastateurs sur la santé des détenus.

L’enjeu : Inspirée par Tona Mills, une survivante autochtone atteinte d’un cancer en phase terminale, cette loi symbolise son combat pour protéger les détenus. Malgré des promesses gouvernementales de 2019, l’isolement est encore utilisé dans les prisons canadiennes.

Le projet de loi, soutenu par le député néodémocrate Blake Desjarlais et la sénatrice indépendante Kim Pate, appelle la Chambre à agir pour défendre les droits de la personne.

Le budget supplémentaire des dépenses a été adopté mardi soir par la Chambre des Communes, après plusieurs semaines d’attente.

L’enjeu : Ce budget autorise des dépenses supplémentaires pour les ministères fédéraux. Celles-ci se chiffrent à 21,6 milliards de dollars et concernent principalement les programmes et les revendications liés aux Autochtones, l’approvisionnement et le soutien militaires, et le personnel.

Les parlementaires l’ont adopté au dernier jour du délai qui leur était imparti.

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La Banque du Canada a annoncé mercredi une réduction de 50 points du taux directeur. 

Photo : Banque du Canada – Creative Commons Attribution 2.0

La Banque du Canada a abaissé son taux directeur de 3,75 % à 3,25 % pour soutenir la croissance économique, en réponse à des perspectives de croissance plus faibles et une inflation stable autour de 2 %.

L’enjeu : Dans un communiqué, la banque centrale justifie cette baisse par le fait que l’économie mondiale évolue conformément aux prévisions, tandis qu’au Canada, la croissance du PIB et de l’emploi ralentit.

La Banque s’attend à ce que l’inflation reste proche de la cible de 2 %, malgré des effets temporaires à la hausse liés à des politiques publiques, comme la suspension de la TPS.

«Notre mission, c’est de développer le jugement critique des jeunes», témoigne Anne Gaignaire, fondatrice du Curieux, un journal d’actualité en ligne destiné aux 8 à 12 ans.

Elle et les membres de son équipe animent des ateliers d’éducation aux médias et à l’information (EMI) dans des écoles francophones en contexte minoritaire et des classes d’immersion, un peu partout au pays.

Ça leur permet, avec l’actualité, d’avoir des sujets qui les intéressent et ça les motive à parler français entre eux, d’avoir des débats, des discussions en classe ou même en récréation.

— Anne Gaignaire

Parmi les thèmes qui «viennent les chercher», elle cite le conflit au Proche-Orient, sur lequel ils n’ont pas toujours d’informations fiables.

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Qu’est-ce que l’éducation aux médias et à l’information?

L’éducation aux médias et à l’information (EMI) consiste à développer des compétences médiatiques au sein de la population afin qu’elle arrive à «comprendre de manière critique la nature, les techniques et les impacts des messages et des productions médiatiques», définit l’organisme pancanadien HabiloMédias.

Autrement dit, il s’agit d’appréhender le fonctionnement des médias – quelle est la différence entre une fausse nouvelle et une nouvelle digne de confiance, un article et une chronique par exemple –, mais aussi de prendre conscience du rôle de chaque personne en tant que consommateur et créateur de contenu dans un monde médiatique et numérique foisonnant.

Les fondements de l’EMI au Canada ont été établis à la fin des années 1980, rapporte la Commission canadienne pour l’UNESCO (CCUNESCO).

L’éducation aux médias a été rendue obligatoire en Ontario dès 1987. Elle a ensuite été incluse dans le programme scolaire de chaque province et territoire au pays, «dans le cadre des études en anglais, arts ou lettres, des études sociales, de cours en technologie des communications et, parfois, d’un cours indépendant», détaille la CCUNESCO.

Reconnaitre les fausses nouvelles

Avec les ateliers d’EMI, Le Curieux souhaite outiller les jeunes pour lutter contre la désinformation, afin qu’ils soient capables de vérifier une nouvelle, sans se faire piéger «par les opinions qui sont transmises par les influenceurs, dont certaines peuvent être toxiques», souligne Anne Gaignaire.

Maryne Dumaine espère qu’en grandissant, les jeunes vont continuer de s’intéresser à leur information locale. 

Photo : Christian Kuntz

Si les jeunes sont conscients de l’existence de fausses nouvelles sur Internet et les réseaux sociaux, ils restent parfois surpris devant certains exemples, remarque-t-elle.

«Les jeunes sont déjà très éduqués, à travers le système éducatif régulier, à la question de l’information fiable. Les fausses nouvelles, ce sont des choses qui sont au programme au primaire», confirme la directrice du journal l’Aurore boréale au Yukon, Maryne Dumaine.

L’équipe du journal collabore aussi depuis plusieurs années avec des écoles francophones pour enseigner de «saines habitudes de consommation d’information», explique la directrice, qui s’adapte aux besoins de chaque classe.

L’Aurore boréale a en outre établi, en partenariat avec le ministère de l’Éducation du Yukon, un guide pédagogique avec des activités clés en main.

Des ressources gratuites

HabiloMédias propose des ressources gratuites à destination du personnel enseignant, des communautés, mais aussi des parents et du grand public.

«L’éducation aux médias doit se faire en éducation continue, c’est-à-dire pour tous, pas juste à l’intérieur des cadres scolaires, mais aussi pour tous les âges, pour n’importe qui voulant participer à l’environnement numérique», soutient le spécialiste en éducation aux médias chez HabiloMédias, Marc Alexandre Ladouceur.

Néanmoins, il est conscient que les enseignants sont déjà très sollicités. «Ces ressources doivent s’intégrer dans ce qui est déjà enseigné, sans alourdir leur charge de travail.»

Les As de l’info, un média francophone dédié aux enfants de 8 à 12 ans, propose également des contenus pédagogiques.

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«Des citoyens éclairés»

«On a un bon retour des jeunes», se réjouit Anne Gaignaire. Elle estime que ces interventions renforcent leur confiance en eux, en les engageant activement dans la lutte contre la désinformation, les positionnant ainsi «comme une partie de la solution».

Les connaissances liées à l’EMI dépassent par ailleurs largement le cadre des ateliers. Vérifier ses sources reste une compétence que les élèves peuvent mettre en pratique dans leurs travaux de recherche et leurs exposés, illustre-t-elle.

Selon elle, l’EMI contribue à former des citoyens éclairés. «On ne diabolise pas les technologies, mais il faut connaitre leur fonctionnement pour les maitriser et que ce ne soient pas les technologies qui dominent.»

«C’est déjà bien que [l’éducation aux médias et à l’information] fasse partie des curriculums, mais on sait aussi que sans une formation spécifique, on ne peut pas nécessairement être certain de ce qui s’enseigne», relève Marc Alexandre Ladouceur. 

Photo : Courtoisie

«Nos informations passent par la technologie d’une manière ou d’une autre», commente Marc Alexandre Ladouceur, spécialiste en éducation aux médias chez HabiloMédias, un organisme canadien de littératie aux médias numériques.

Il rapporte d’ailleurs que les demandes sur la plateforme ne faiblissent pas, bien au contraire, et le blocage des médias sur certains réseaux sociaux confirme la tendance.

«Comment est-ce qu’on fait pour aller chercher des informations fiables, quand on sait que la majorité des gens vont consommer leurs informations et leurs médias sur les réseaux sociaux?», demande-t-il.

Anne Gaignaire rappelle aussi le rôle que peuvent jouer les parents. «On a besoin d’eux»

Si, à chaque fois que leurs enfants arrivent avec une information qu’ils ont trouvée sur les réseaux sociaux ou sur Internet, ils leur disent “Attends, cette info-là, d’où elle vient? C’est qui? Est-ce que c’est une opinion? Est-ce que c’est un fait? Est-ce que tu as vérifié?”, ils [feront] partie de la solution pour donner de bons réflexes aux gamins.

— Anne Gaignaire

Journalistes en herbe

À quoi sert un journaliste, quelle est sa démarche, comment fait-il pour produire de «vraies nouvelles»? Voilà autant de questions que le Curieux aborde dans les salles de classe.

Les élèves peuvent d’ailleurs s’improviser apprentis journalistes lors de jeux de rôle ou en écrivant leurs propres articles.

Au Yukon, ils s’impliquent même parfois dans la production de l’Aurore boréale. «Ils apprennent en classe à écrire un article et ils nous envoient leurs textes. On les coache un petit peu, on fait un peu de feedback, puis en bout de ligne on choisit quelques articles et on les publie dans le journal», décrit Maryne Dumaine.

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Au Yukon, l’équipe du journal l’Aurore boréale intervient dans les écoles francophones. 

Photo : l’Aurore boréale – Yukon

L’importance de la presse locale

Pour la directrice du journal l’Aurore boréale, Maryne Dumaine, les ateliers permettent aussi aux jeunes de s’approprier leur journal local et de s’intéresser à l’information par l’entremise de sujets qui les touchent directement.

«Quand on est jeune, entendre parler de la crise en Palestine, ce n’est peut-être pas nécessairement l’information qui va être la plus facile d’accès, mais par contre, de savoir que notre ami a gagné une compétition de volleyball, c’est quelque chose qui va nous porter à aller consulter de l’information.»

Mon cheval de bataille, c’est vraiment de développer la consommation de notre information locale à travers l’habitude de prendre le journal papier.

— Maryne Dumaine

Lors d’un panel récent à Whitehorse, la directrice a été émue de voir l’attachement des jeunes à la version imprimée du journal : «Tous ont vraiment mentionné que si le journal papier disparaissait, ils arrêteraient probablement d’y penser puis de le lire.»

«On insiste encore plus sur la vérification de l’information aujourd’hui […] parce que la pluralité des sources d’information a augmenté», observe Nicolas Pelletier, faisant notamment référence à la multiplication des réseaux sociaux. 

Photo : Courtoisie

Former les journalistes de demain

Mais l’EMI ne s’arrête pas aux bancs du primaire et du secondaire. Au collège La Cité, à Ottawa, le coordonnateur du programme de journalisme, Nicolas Pelletier, intègre ces thématiques dans ses cours.

Les personnes à qui il enseigne lui font part des difficultés qu’elles rencontrent quand quelqu’un remet en question leur travail de journaliste. «La crise de confiance envers les médias, les étudiants la vivent avant de la comprendre.»

«On insiste davantage sur comment répondre, avoir une discussion sur comment bien s’informer», indique le professeur, qui regrette que «la rétroaction avec le public soit souvent moins présente dans les formations journalistiques».

Il insiste également dans ses cours sur la transparence de la démarche journalistique, «comment le journaliste procède, comme ça il n’y a plus de zone d’ombre ou de questionnement de la part d’un lecteur ou d’un téléspectateur ou d’un éditeur».

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Certes, on n’a plus entendu le fameux «wacko» que Pierre Poilievre a lancé à Justin Trudeau au printemps dernier et qui lui avait valu son expulsion de la Chambre. Mais on ne sent pas non plus une volonté de baisser le ton.

Les partis d’opposition ont devant eux un gouvernement fragilisé qui manifestement sera battu aux prochaines élections. Du moins, c’est ce que nous disent systématiquement les sondages, mois après mois, depuis plus d’un an.

Mais les libéraux n’ont pas encore jeté l’éponge. Même s’il ne fait plus autant l’unanimité auprès de ses troupes qu’auparavant, Justin Trudeau compte bien être là lors de la prochaine campagne électorale. Mieux encore, son parti semble avoir maintenant accepté le fait que le premier ministre sollicitera un quatrième mandat.

La crise qui a secoué le Parti libéral cet automne n’aura donc été que passagère. Du moins en public, car en privé on sent que plusieurs se préparent à une future course au leadeurship.

Plusieurs ont interprété ainsi la publication la semaine dernière d’un article du New York Times consacré à la ministre Mélanie Joly. On y peignait le portrait d’une battante qui pourrait possiblement succéder à Justin Trudeau.

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L’année 2024, celle des conservateurs

Le chef conservateur, Pierre Poilievre, a réussi à assoir solidement – pour ne pas dire fermement – son autorité à la tête de son parti.

Il est aussi parvenu à se faire connaitre de la population. Les Canadiens savent maintenant très bien qu’il est contre les taxes – surtout la taxe carbone –, qu’il veut régler en priorité la crise du logement et qu’il veut combattre la criminalité, notamment celle en lien avec les drogues dures.

Il aura aussi réussi à faire oublier certaines bourdes, comme ses propos vantant les cryptomonnaies ou attaquant le gouverneur de la Banque du Canada. C’est le signe d’un chef maintenant en pleine maitrise de la situation.

Le message répété sans cesse par les conservateurs à propos de l’abolition de la taxe carbone («Axe the tax») donne des résultats. Les baisses d’impôts et de taxes séduisent l’électorat. Plus que jamais? Peut-être. Si c’est le cas, c’est le résultat d’une campagne de communication conservatrice extrêmement efficace.

Le Parti libéral comprend maintenant l’attrait des baisses d’impôts auprès de la population. Après avoir temporairement suspendu la taxe carbone sur le mazout dans les provinces de l’Atlantique l’automne dernier, voici qu’il suspend temporairement la TPS sur une grande qualité de produits durant deux mois.

Comme on le voit, le Parti conservateur est maintenant capable d’influencer les politiques du gouvernement libéral, sans être au pouvoir.

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Le Nouveau Parti démocratique, grand perdant de ce revirement de situation

Pendant plus de deux ans, le NPD a été le principal partenaire du gouvernement grâce à l’entente formelle signée avec les libéraux. Il pouvait ainsi imposer certaines de ses volontés.

Des projets de loi qui lui étaient chers ont ainsi été adoptés, comme l’assurance dentaire, l’aide au logement et plus récemment la loi anti-briseurs de grève et l’assurance médicaments.

En déchirant l’entente, le chef néodémocrate Jagmeet Singh a peut-être fait des gains à court terme, comme conserver la circonscription d’Elmwood–Transcona au Manitoba lors de l’élection partielle de septembre dernier.

Mais la hausse de popularité tant espérée avec la fin de cette entente ne s’est jamais concrétisée. Le principal problème, c’est que Jagmeet Singh n’a jamais expliqué pourquoi son parti serait plus efficace s’il mettait fin à l’entente. D’autant plus qu’il refuse de renverser le gouvernement.

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La patience du Bloc

Le Bloc québécois pourra dire que la patience a finalement porté ses fruits. Après avoir dû ronger son frein pendant plusieurs années, voilà qu’il peut maintenant marchander son appui auprès des autres partis. D’ailleurs, la rapidité avec laquelle il a présenté ses exigences au gouvernement illustrait bien qu’il a gagné en importance.

Par contre, cette influence est encore très théorique. Les libéraux refusent de collaborer avec ce parti indépendantiste, qui est leur grand adversaire au Québec.

Ils ne sont pas seuls. Les conservateurs, eux aussi, n’ont montré aucune ouverture à travailler avec les bloquistes pour défaire le gouvernement. Encore une fois, l’explication se trouve dans les intentions de vote au Québec.

Contrairement à ce qui se passe dans le reste du Canada, les conservateurs ne dominent pas au Québec. C’est le Bloc qui est et demeure bon premier dans les intentions de vote. La personnalité de Pierre Poilievre serait la principale raison des déboires conservateurs dans cette province. On n’aime pas son ton trop agressif, voire abrasif.

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Le principal défi de Pierre Poilievre

Le chef conservateur sera-t-il capable de changer de style au cours des prochains mois? La question se pose après qu’il a vécu l’une de ses pires semaines depuis qu’il est à la tête du Parti conservateur.

Beaucoup d’observateurs lui ont reproché de ne pas avoir eu à cœur les intérêts du pays depuis l’annonce fracassante du président désigné Donald Trump d’imposer des tarifs douaniers au Canada comme mesure de représailles face à l’immigration illégale.

Au lieu de se serrer les coudes avec le reste de la classe politique et aussi avec les milieux d’affaires, Pierre Poilievre a continué à attaquer les libéraux, soulignant la faiblesse du gouvernement Trudeau. Était-il nécessaire de donner des munitions supplémentaires au futur président américain?

Le rôle du chef de l’opposition officielle est double. D’une part, il a la responsabilité de surveiller le gouvernement et de lui demander de rendre compte de sa gestion. D’autre part, il doit se présenter comme une solution de rechange au gouvernement actuellement au pouvoir.

Au cours de la dernière année, Pierre Poilievre s’est très bien acquitté de son premier rôle, mais pas du deuxième. L’année 2025 sera celle où il devra montrer qu’il a l’étoffe d’un chef d’État. Qu’il a à cœur les intérêts de chaque personne au Canada, qu’elle ait voté pour lui ou non.

Geneviève Tellier est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques budgétaires des gouvernements canadiens. Elle commente régulièrement l’actualité politique et les enjeux liés à la francophonie dans les médias de tout le pays.

«[La question], ce n’est pas juste de travailler en français, c’est d’apprendre le français», a lancé la présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand, devant les sénateurs du Comité permanent des langues officielles, lundi.

«Il faut changer cette culture d’être unilingue. Je sais la réalité, c’est difficile d’apprendre le français dans les ruralités. C’est possible, je l’ai appris dans un domaine rural en Nouvelle-Écosse», a-t-elle ajouté, en réaction au commentaire du sénateur néoécossais Réjean Aucoin sur les limites des services en français à la population.

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Des règlements «avant mars 2025»

Le témoignage de la ministre portait sur le rapport annuel 2022-2023, qui dresse un portrait de la fonction publique canadienne avant la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Plusieurs sénateurs, à l’instar de l’Acadien du Nouveau-Brunswick René Cormier, ont partagé leurs inquiétudes à propos de l’attente des règlements de la nouvelle loi. Deux semaines plus tôt, le Commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, avait lui aussi laissé entendre que le temps pressait.

Si la ministre Anand n’a pas voulu fournir d’échéancier précis devant le comité, elle a assuré que les règlements sortiraient «avant mars 2025».

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Les trois règlements attendus pour l’application de la nouvelle Loi sur les langues officielles

«On a eu beaucoup de consultations déjà, pas seulement avec les provinces et territoires, mais avec les autres parties prenantes», assure Anita Anand, rappelant au passage avoir passé du temps à Halifax l’été dernier pour entendre les avis sur les règlements.

En attendant l’application de la loi

Devant la préoccupation persistante des sénateurs, Anita Anand s’est évertuée à souligner les progrès réalisés par le gouvernement fédéral.

Quatre-vingt-quinze pour cent des employés des postes désignés bilingues satisfont aux exigences linguistiques. Et 25 % [d’entre eux] ont le français comme première langue officielle. On a fait beaucoup de travail, mais on [en] a beaucoup à faire dans l’avenir.

— Anita Anand

Anita Anand a tenté d’apaiser les sénateurs, indiquant que son ministère avait lancé le «tout premier cadre» sur la formation dans la deuxième langue officielle et augmenté le niveau de compréhension orale.

«Le [Secrétariat du Conseil du Trésor] a commencé à préparer le terrain», a renchéri Carsten Quell, directeur général du Centre d’excellence en langues officielles aux ressources humaines du Conseil du Trésor.

Des employés sont sous supervision dans la langue de leur choix dans les régions bilingues et le niveau de l’offre de formation a augmenté d’une case.

Toutefois, en juin 2025 – quand tout employé pourra être supervisé dans la langue de son choix dans une région désignée bilingue, que son poste soit désigné bilingue ou non – le niveau de bilinguisme requis pour les postes des employés qui sont en formation pour apprendre une langue seconde ne sera pas augmenté jusqu’à ce que le poste se libère.

Autrement dit, l’exigence du bilinguisme ne sera pas revue à la hausse avant qu’une autre personne n’occupe ce poste.

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Qui s’occupe d’appliquer la Loi sur les langues officielles?

Le commissaire aux langues officielles a pour rôle de faire respecter l’esprit et la lettre de la Loi sur les langues officielles, modernisée en juin 2023.

Le Secrétariat du Conseil du Trésor est chargé de la mise en œuvre et de la coordination de la Loi au sein des institutions fédérales. Il doit aussi déposer les règlements de la partie VII de la Loi, liée à l’épanouissement des minorités de langue officielle et à la promotion des langues officielles au Canada.

C’est toutefois le ministère du Patrimoine canadien qui est responsable de la partie VII de la Loi. 

Le ministre de la Justice conseille le gouvernement sur les questions juridiques et les litiges en matière de droits linguistiques.

Sanctions si discriminations?

En cas de non-respect de la loi, que ce soit dans les entreprises privées sous juridiction fédérale – comme Air Canada, dont le patron avait déclenché une polémique sur le français – ou au sein de la fonction publique fédérale, la ministre s’est montrée évasive quant aux sanctions possibles.

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«Nous savons que la nouvelle exigence va présenter des possibilités et aussi des défis», a affirmé la ministre Anand, en référence à la mesure qui laissera le choix à l’employé de parler ou d’être supervisé dans la langue officielle de son choix, dans la fonction publique.

Elle a été tout aussi évasive pour les entreprises sous juridiction fédérale. Les dirigeants devront être bilingues, assure la ministre, qui précise toutefois qu’il ne s’agit «pas d’une question de loi», mais d’une «question de culture dans l’organisation».

C’est un two-way street. Si je n’essaie pas de parler les deux langues officielles, personne ne va parler français. Si on vous parle anglais, continuez, parlez le français, et peut-être qu’ils voudront [le] parler.

«Je ne suis pas certaine que les entreprises privées sous compétence fédérale pensent comme vous», lui a répondu la sénatrice québécoise Marie-Françoise Mégie.

Langues autochtones

La ministre Anand a soutenu qu’en parallèle des consultations liées aux règlements sur les langues officielles, d’autres étaient en cours pour les langues autochtones.

«On évalue comment relever les défis des employés autochtones confrontés aux exigences des langues officielles. Mais [ces consultations] ne sont pas la raison pour laquelle nous allons arrêter notre travail.»

Elle a promis aux sénateurs de revenir une fois les règlements adoptés.