le Samedi 1 août 2026

En 2013, le programmeur informateur italien Alberto Brandolini écoute une entrevue de l’ancien premier ministre de son pays, Silvio Berlusconi, dans laquelle ce dernier enchaine si rapidement les mensonges que le journaliste qui l’interroge ne parvient pas à les réfuter.

Alberto Brandolini dépose ensuite sur Twitter, qui était alors un lieu de discussion plus agréable, cette phrase : «L’asymétrie du baratin : la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter les mensonges est largement plus grande que celle pour les produire.» (Traduction libre)

Même si John Arbuthnot en 1712, Jean-Jacques Rousseau en 1751 et Daniel Kahneman en 2011 ont évoqué des idées similaires, ce sera cette vulgarisation en langage simple, et même familier, qui immortalisera Alberto Brandolini en donnant son nom au principe et en mettant des mots sur l’un des mécanismes de base de la désinformation.

Allons-y d’un exemple concret.

Vous parcourez votre réseau social préféré et tombez sur le message d’un compte que vous ne connaissez pas – peut-être partagé par quelqu’un que vous connaissez – qui clame haut et fort que les hippopotames des familles sont un fléau. Il y a même une image qui semble réaliste comme preuve.

Vous avez un doute, un vieux souvenir… Heureusement, dans ce cas-ci, une recherche rapide vous mènera à une vieille publicité qui utilisait cet exemple pour rappeler d’être vigilant sur ce que l’on voit sur nos écrans.

Mais qu’en est-il lorsque l’affirmation est plus complexe et concerne une loi? Votre recherche sera beaucoup plus laborieuse.

C’est le cas pour les journalistes ou créateurs et créatrices de contenu qui entreprennent de démontrer qu’une déclaration est fausse. Ils devront éplucher des comptes rendus, des rapports, appeler des spécialistes… Un mensonge inventé et craché en 5 secondes prendra peut-être 8 heures à décortiquer et démentir avec preuves à l’appui.

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Mensonges à la chaine

L’arrivée des réseaux sociaux a permis d’exploiter cette asymétrie. La quantité de mensonges produits chaque jour – pour ne pas dire chaque minute – est si grande qu’il est difficile de tous les réfuter.

L’introduction des outils d’intelligence artificielle rend la tâche tout simplement impossible. Non seulement en raison de la hausse exponentielle du nombre de faussetés, mais aussi parce que démontrer qu’une image ou qu’une vidéo a été faite avec l’un de ces outils ajoute une couche de recherche et de complexité.

L’asymétrie ne concerne pas seulement la production des mensonges, mais aussi leurs effets.

Une fausse affirmation simplifie souvent un fait ou un évènement et tente de provoquer une émotion spécifique. Des recherches ont montré que les émotions comme l’anxiété, la joie, le dégout, la peur ou la colère augmentent la probabilité qu’une personne partage une information. De plus, si elle est déjà en accord avec la déclaration, les chances qu’elle la partage sont encore plus grandes.

Les algorithmes des réseaux sociaux, calibrés pour garder les internautes engagés à travers du contenu qui chatouille ces émotions, multiplient la portée de ces messages au détriment des contenus plus nuancés et vérifiés – autrement dit plus plates.

Finalement, notre propre cerveau nous joue des tours. La mémoire retient plus facilement ce qu’elle apprend en premier. L’effet de primauté, surtout s’il fonctionne en tandem avec le biais de confirmation, fait en sorte que le mensonge a plus de chance de rester gravé dans la mémoire. Même si les preuves de la supercherie sont consultées par la suite.

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Insertion dans le réel

Le mouvement antivaccin est un exemple qui illustre comment la loi de Brandolini et les biais cognitifs de notre cerveau interagissent.

L’article d’Andrew Wakefield, qui avançait avoir trouvé un lien entre les vaccins et l’autisme, a été démenti 12 ans après sa publication. Il a été retiré et l’auteur n’a plus le droit de pratiquer la médecine. Entretemps, plus de 40 autres études n’ont trouvé aucun lien entre les vaccins et l’autisme.

Andrew Wakefield n’a pas écrit son article en quelques heures. Il a pris le temps de sélectionner ses cobayes et de manipuler les données pour obtenir le résultat qu’il voulait. Ça lui a probablement pris des mois.

Cependant, le journaliste Brian Deer a fait des recherches et des entrevues pendant 7 ans pour dénicher les preuves de sa supercherie.

Malgré cela, l’article original continue d’être brandi comme preuve par ceux qui ont probablement vu ses mensonges en premier. Le nom du fraudeur est aussi plus connu que le nom de celui qui l’a démasqué.

Ne renversez pas le fardeau de la preuve

Pour limiter l’influence de la loi de Brandolini dans votre vie, appliquer d’abord les mêmes techniques qui permettent de confirmer si une information est valable :

Ces techniques mettent de l’avant un principe important pour garder votre scepticisme bien éveillé : le fardeau de la preuve revient à la personne qui lance une affirmation. Si on vous jure que le gazon devient bleu après la pluie, demandez plus de détails sur les sources, demandez les preuves. Restez incrédules tant qu’ils n’ont pas fourni un véritable effort de vous convaincre honnêtement.

Une affirmation extraordinaire demande des preuves extraordinaires. Soutenir que la terre est plate nécessite un plus grand nombre de corroborations que de dire que les oiseaux volent bas quand la pluie approche.

Les outils d’intelligence artificielle pourraient un jour être utilisés pour démasquer plus rapidement les fausses informations et renverser la loi de Brandolini. Des groupes y travaillent. Mais encore ici, le processus sera toujours plus complexe que de demander à une IA de nous produire une vidéo d’une maman renard qui a protégé son bébé contre un incendie de forêt (oui, cette vidéo existe et elle est fausse).

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FRANCOPHONIE

La secrétaire parlementaire de la ministre des Services aux Autochtones, Ginette Lavack, était à Saskatoon mardi pour confirmer un financement de 4 millions de dollars destiné à divers organismes francophones de la Saskatchewan.

Les fonds ne constituent pas de nouveaux investissements, puisqu’ils proviennent des enveloppes du Fonds d’action culturelle communautaire et du Programme Développement des communautés de langue officielle du ministère du Patrimoine canadien. L’annonce comprenait toutefois un appui destiné à de nouveaux projets.

Littérature et mémoires : Cinq organismes reçoivent un total de 160 000 $ concernant soit la production littéraire, soit la mémoire vivante. Par exemple, l’Association des parents fransaskois recevra environ 48 000 $ sur deux ans pour une formation en bande dessinée pour les jeunes. De leur côté, les Auvergois de Ponteix et la Société canadienne-française de Prince Albert pourront chacune consigner les mémoires orales de leurs ainées.

Le reste du montant vise des projets et programmes réguliers d’une vingtaine d’organismes.

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CANADA

Dimanche, le bureau du premier ministre a annoncé que trois élections partielles auront lieu le 31 aout 2026.

Les circonscriptions concernées sont Beaches–East York (Ontario), pour remplacer le libéral Nathaniel Erskine-Smith, qui a tenté sa chance en politique provinciale; North Vancouver–Capilano (Colombie-Britannique), laissée vacante après la nomination du libéral Jonathan Wilkinson comme ambassadeur du Canada auprès de l’Union européenne en avril; puis Chicoutimi–Le Fjord (Québec), où le conservateur Richard Martel a été nommé au Sénat.

Majorité peu menacée : Les libéraux de Mark Carney ont besoin de remporter un seul de ces trois sièges pour conserver leur majorité au Parlement.

Le gouvernement libéral n’a pas l’intention d’exiger une contribution financière pour le secteur de la production télévisuelle canadienne aux grandes entreprises de diffusion continue en ligne.

En juin, Patrimoine canadien avait demandé au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de réviser sa décision d’augmenter le taux des redevances de 5 à 15 %.

Selon un document envoyé par le procureur général du Canada à la Cour d’appel fédérale, le gouvernement retirera cette exigence et la remplacera par un financement gouvernemental.

Recul : Le Nouveau Parti démocratique critique la décision. «Il ne s’agit là que d’une mesure d’apaisement destinée à complaire à Donald Trump et à ses allié·es milliardaires du secteur technologique; cette décision menace l’avenir des médias et du contenu canadiens», déclare la porte-parole en matière de patrimoine, Heather McPherson, par voie de communiqué.

La décision affaiblit aussi la Loi sur la diffusion continue en ligne, ajoute-t-elle.

Pour le cout de la vie : Questionné sur cet enjeu en conférence de presse en Alberta mercredi, le premier ministre, Mark Carney, reprend les réponses de juin et insiste sur le fait que «la décision a été prise il y a deux mois».

«Les Canadiens sont affectés depuis la covid par une augmentation de l’inflation. Nous avons vu une décision [d’une agence fédérale] qui pourrait entrainer une augmentation pour des services que les Canadiens utilisent. Nous nous sommes dit qu’il y avait une meilleure façon de le faire et nous avons fait l’investissement.»

En juin, le ministre Marc Miller avait effectivement annoncé 600 millions de dollars pour le secteur de la production culturelle.

Le gouvernement des États-Unis considérait cette redevance comme un obstacle commercial. Interrogé sur les bénéfices pour le Canada de ce genre de recul, le premier ministre a simplement répondu que le pays a déjà la meilleure entente commerciale au monde avec les États-Unis.

Demande de stabilité : La Coalition pour la diversité des expressions culturelles ne critique pas la décision, mais exige que le financement soit récurrent et à la hauteur des 200 millions de dollars que la redevance aurait pu apporter annuellement. Il devra aussi être indexé aux revenus de ces plateformes, précise l’organisme dans un communiqué.

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Votre francophonie au bout des doigts

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Le groupe citoyen Démocratie en surveillance conteste devant les tribunaux la conclusion du commissaire aux conflits d’intérêts que Justin Trudeau n’a pas commis de faute lorsqu’il ne s’est par retiré d’une décision de financement de l’organisme de bienfaisance UNIS, avec lequel sa famille avait des liens.

Photo : Inès Lombardo – Francopresse (Archives)

L’article 66 de la Loi sur les conflits d’intérêts limite la possibilité de demander un contrôle judiciaire pour les décisions du commissaire aux conflits d’intérêts. Dans une décision unanime, la Cour suprême a conclu jeudi que cet article viole la garantie constitutionnelle qu’ont les cours de justice de vérifier si les autorités publiques ont respecté les lois.

Une décision en lien avec UNIS et Trudeau : La demande de vérification de validité de l’article a été menée devant la Cour suprême par le groupe citoyen Démocratie en surveillance, qui conteste une conclusion du commissaire aux conflits d’intérêts.

Après une enquête en 2021, ce dernier avait conclu que le premier ministre d’alors, Justin Trudeau, n’avait pas enfreint la Loi lorsqu’il avait participé à deux décisions concernant le financement de l’organisme UNIS, avec lequel sa famille avait des liens.

La décision de la Cour suprême annule une décision de la Cour d’appel fédérale qui avait refusé d’étudier la plainte de Démocratie en surveillance en raison de l’article 66. Cette cour devra maintenant se pencher sur la légalité de la décision du commissaire.

Une étude de professeurs de l’Université McGill (Montréal) dévoilée mardi montre que lors d’élections fédérales, les partisans des partis défaits font moins confiance aux autres citoyens.

Ils ont utilisé des données d’élections fédérales et provinciales entre 2004 et 2024 pour en arriver à cette conclusion. Les données comprenaient des informations sur les intentions de vote et le niveau de confiance envers leurs concitoyens.

Polarisation : L’auteur principal de l’étude, le professeur adjoint au Département de science politique, Mark Williamson, rappelle que le Canada est l’un des pays où la polarisation augmente. D’ailleurs, la perte de confiance est plus accentuée chez les personnes qui ont un attachement plus fort à un parti et des sentiments plus négatifs envers les autres.

Fondement démocratique : «La confiance sociale est l’un des fondements d’une société fonctionnelle. Notre article avance que la concurrence électorale – mécanisme par lequel les démocraties sont censées canaliser les conflits et produire des résultats légitimes – pourrait nuire à la cohésion sociale, particulièrement lorsque l’animosité entre les partis s’accentue», explique Mark Williamson dans le communiqué.

Être professionnelle de la santé mentale en 2026 est à la fois un privilège et un défi. Chaque jour, j’observe les répercussions des bouleversements sociaux, environnementaux et humains sur le bienêtre psychologique des personnes que j’accompagne. Une question me revient constamment : où s’en va notre société et quelles seront les conséquences de ces transformations sur notre santé mentale?

Aujourd’hui, il devient difficile d’être satisfait de ce que nous avons. Les réseaux sociaux nous exposent à un paradoxe : une image idéalisée du bonheur fondée sur la réussite, la performance et la consommation, tout en nous confrontant quotidiennement aux changements climatiques, aux conflits et aux crises humanitaires.

Nous vivons dans une société où la réussite est souvent mesurée par nos accomplissements et nos biens matériels, faisant de la consommation un symbole de statut social.

Cette surconsommation et le gaspillage alimentaire accentuent la pression exercée sur les agriculteurs, les pêcheurs et les autres travailleurs des ressources naturelles, déjà confrontés aux effets des changements climatiques.

Voici le témoignage d’un fermier d’expérience de la péninsule Acadienne qui affirme que les changements climatiques ont une incidence directe sur le revenu des agriculteurs. Les épisodes de chaleur perturbent le cycle de reproduction des animaux et entrainant une diminution des vêlages. Moins de naissances signifient moins de production et, par conséquent, une baisse des revenus des exploitations agricoles. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Véronique Robichaud est travailleuse sociale à l’Université de Moncton et doctorante en éducation à la même université. 

Photo : Courtoisie

En 2022, 2,5 milliards d’adultes étaient en situation de surpoids, dont 890 millions vivant avec l’obésité. Dans un monde de plus de huit-milliards d’habitants, cette réalité illustre les paradoxes de notre société de consommation.

Mais pourquoi avons-nous constamment besoin de plus? Le striatum, une région du cerveau impliquée dans le système de récompense, nous pousse naturellement à rechercher la nouveauté et la satisfaction. Essentiel à notre adaptation et à notre survie, ce mécanisme peut aujourd’hui contribuer à une quête incessante du «toujours plus». Dans ce contexte, nous devenons des insatisfaits chroniques.

Les problématiques auxquelles nous faisons face sont de plus en plus complexes : isolement, polarisation sociale, incertitude économique, violence, crises climatiques et itinérance. Notre tissu social s’effrite, la fatigue de compassion augmente chez les intervenants et les organismes communautaires s’épuisent.

C’est dans ce contexte que l’écoanxiété prend de l’ampleur. L’Office québécois de la langue française la définit comme un «sentiment d’anxiété, de préoccupation ou d’appréhension devant les bouleversements causés par les changements climatiques et leurs conséquences».

Comme travailleuse sociale sur un campus universitaire, je rencontre des jeunes qui hésitent à poursuivre leurs projets parce qu’ils perçoivent l’avenir comme incertain. Certains se demandent même s’ils vieilliront dans un monde viable. Au Nouveau-Brunswick, environ 55,8 % des élèves de la 4e à la 12e année rapportent des symptômes d’anxiété ou de dépression.

Les changements climatiques ne touchent donc pas seulement notre environnement : ils influencent également notre santé mentale, notre sentiment de sécurité et notre capacité à envisager l’avenir.

Fait intéressant : la chaleur est associée à une augmentation de l’agressivité et de certains troubles de santé mentale, alors que notre système de santé est déjà sous pression.

Quelles sont les solutions? Comme travailleuse sociale, je crois qu’il est essentiel de reconnaitre et de normaliser les émotions liées aux changements climatiques. S’engager dans sa communauté, limiter son exposition aux nouvelles lorsque nécessaire et échanger avec les autres favorisent la résilience et réduisent l’isolement.

Collectivement, nous devons réduire les émissions de gaz à effet de serre, poursuivre la transition énergétique et adapter nos sociétés vers un modèle plus écologique et durable.

Avec ma lunette de doctorante, j’ajouterais l’importance d’investir dans la recherche, l’accessibilité des soins en santé mentale et surtout dans l’éducation, qui demeure, selon moi, l’un des outils les plus puissants pour transformer le monde. Il faut également développer des programmes de santé mentale adaptés aux pêcheurs, aux agriculteurs et aux autres travailleurs des ressources naturelles afin de mieux répondre à leur réalité et de briser les tabous entourant la santé mentale.

Reconnaitre les effets des changements climatiques sur notre santé mentale ne signifie pas sombrer dans le découragement, mais plutôt reconnaitre notre capacité d’agir et de construire un avenir meilleur. Car oui, le monde peut être beau : la solidarité, l’empathie collective et la capacité des communautés à se soutenir après une catastrophe demeurent de puissantes sources d’espoir pour les générations futures.

Aucun geste n’est insignifiant : chaque choix quotidien contribue à réduire notre impact sur la planète. Il est temps d’agir.

Je vous laisse, cher lecteur, sur cette citation attribuée à Douglas K. Wilson : «N’essayons pas de créer un monde meilleur pour nos enfants. Éduquons plutôt nos enfants afin qu’ils créent un monde meilleur.»

La série documentaire consacrée aux réalités des francophones en situation minoritaire au Canada suit un fil conducteur. Le premier revient sur les grandes luttes des francophones en situation minoritaire. Le deuxième s’intéresse aux relations linguistiques au Canada. Le plus récent aborde notamment l’insécurité linguistique, l’assimilation et les différentes façons de parler français.

Entrevue avec Phil Rivière, un créateur qui veut donner la parole aux communautés francophones d’un bout à l’autre du pays.

Fracnopresse : Avec Donner sa langue au chat, vous êtes allé à la rencontre de dizaines de francophones d’un bout à l’autre du pays pour raconter leurs réalités. Pourquoi était-ce important pour vous de leur donner la parole?

Phil Rivière : «Quand j’étais jeune, j’avais l’impression qu’il n’y avait pas beaucoup de représentation des francophones en milieu minoritaire. À 10 ans, j’ai quitté le Québec pour m’installer en Ontario, sans même parler anglais. C’est là que j’ai découvert qu’il existait une francophonie bien vivante à l’extérieur du Québec. Au Québec, on en parle très peu.

En arrivant en Ontario, je me suis aussi mis à me poser des questions sur mon identité. Est-ce que je parle bien? Est-ce que je suis un «vrai» francophone? Cette insécurité linguistique fait partie du parcours de beaucoup de gens.

Au départ, je voulais créer la représentation que j’aurais aimé avoir en étant jeune. Je ne voulais pas faire un documentaire qui explique les réalités des francophones; je voulais leur donner la parole».

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Les deux premiers épisodes sont sortis en 2022 et 2023, puis il a fallu attendre plus de trois ans avant de découvrir ce troisième chapitre. Que s’est-il passé pendant cette période?

Ce délai fait aussi partie de l’histoire du projet. Je dis souvent que Donner sa langue au chat est un projet de résilience, autant dans son contenu que dans la façon dont il a été produit.

Créer en français en milieu minoritaire, ce n’est jamais simple. Le milieu est fragile et il y a beaucoup de défis. Pendant cette période, la maison de production avec laquelle je travaillais, Le Réveil, a fermé ses portes. Je n’ai donc pas eu le choix de lancer ma propre compagnie pour reprendre le projet. J’ai réembauché la même équipe afin qu’on puisse terminer cette aventure ensemble.

Pendant cette période, je terminais aussi mes études, j’essayais aussi de trouver ma place comme jeune adulte et, surtout, le projet est devenu beaucoup plus ambitieux.

Je voulais représenter toutes les provinces et tous les territoires, donner la parole au plus grand nombre de francophones possible et respecter les histoires qu’on m’avait confiées. Je ne pouvais pas me contenter de leur offrir 30 secondes de visibilité. Je voulais vraiment plonger dans leur réalité.

Je dois aussi beaucoup aux organismes qui nous soutiennent. Sans les subventions, je ne pense pas que cette série aurait pu voir le jour. Beaucoup de créateurs francophones ne pourraient tout simplement pas créer sans ces ressources.

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La production du troisième épisode a été ralentie par les aléas de la vie. Mais Phil Rivière compte bien terminer le quatrième et dernier épisode de la série. 

Photo : Courtoisie

Pour réaliser cette série, vous êtes allé à la rencontre de francophones partout au pays. Y a-t-il une rencontre ou un témoignage qui vous a particulièrement marqué?

C’est difficile d’en choisir un!

Il y a quand même deux personnes qui m’ont particulièrement marqué. D’abord, Michel Bénac, du groupe Swing. C’est le premier artiste franco-ontarien que j’ai découvert quand je suis arrivé en Ontario. Pouvoir mener une entrevue avec lui des années plus tard, c’était très spécial.

L’autre personne, c’est la dragqueen Xénia Gould, aussi connue sous le nom de Chiquita Mère. En tant que jeune homme gai franco-ontarien, je ne me suis pas toujours senti représenté et son témoignage sur l’insécurité linguistique m’a énormément touché. Cette rencontre m’a rappelé qu’on n’est jamais seul.

Vous avez déjà annoncé qu’un quatrième et dernier épisode paraitra en 2027. Après avoir exploré le passé, les relations linguistiques et les réalités d’aujourd’hui, vers quoi souhaitez-vous amener les auditeurs dans ce dernier chapitre?

Avec le quatrième chapitre, on regarde vers l’avenir. On va parler de transmission du français, d’éducation, d’arts, de culture et, surtout, de jeunesse.

J’ai envie de réfléchir à ce qu’on peut faire pour renforcer nos communautés. Je veux terminer cette série avec une note d’espoir. Ce ne sont pas seulement des constats : il nous reste encore toute une histoire à écrire.

Finalement, quel message espérez-vous laissé aux francophones en situation minoritaire, mais aussi aux personnes qui connaissent moins leur réalité?

J’espère d’abord que les gens vont se reconnaitre dans cette série et qu’ils se sentiront moins seuls.

Je veux qu’ils soient plus fiers de leur accent, plus fiers de leur francophonie, plus fiers de leur langue. Pas la langue de quelqu’un d’autre : la leur.

— Phil Rivière

Il n’existe pas une seule bonne façon de parler français. Nos accents, nos dialectes et nos façons de parler sont une richesse. Si quelqu’un termine cette série en se sentant un peu moins seul et un peu plus fier de parler français, pour moi, le projet sera accompli.

Et j’espère que les gens qui connaissent moins nos communautés découvriront toute la richesse, mais aussi les défis de la francophonie canadienne.

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Un jeu où tout est possible

Donjons et Dragons est ce qu’on appelle un jeu de rôles. C’est un jeu très populaire qui a été créé il y a plus de 50 ans.  Chaque joueur y incarne un personnage fantastique. Magicien, guerrier, voleur, elfe, gnome, nains… il y a toutes sortes de combinaisons possibles!

L’histoire est dirigée par un maître du jeu. C’est lui qui raconte l’aventure, qui décrit les défis que les joueurs doivent surmonter et qui fait parler les personnages qu’ils rencontrent. Les joueurs doivent jouer leur rôle, improviser et réagir à ce que le maître de jeu raconte. À plusieurs moments de l’aventure, les joueurs lancent des dés. Selon le résultat ainsi que les forces et faiblesses du personnage, on réussit… ou on échoue!

Jouer et aider

Thomas Wardell et Charlie Dilk sont tous les deux travailleurs sociaux chez Playwell Therapy. Il s’agit d’un organisme qui utilise le jeu pour aider des gens à surmonter certains défis. 

En jouant à Donjons et Dragons avec des jeunes, Thomas a remarqué que le jeu leur permettait d’explorer différentes façons de réagir à des situations difficiles, sans conséquence dans la vraie vie. 

Par exemple, un joueur peut avoir à parler à un roi, faire face à de l’intimidation ou résoudre un conflit. Ensuite, les jeunes discutent de ce qu’ils ont ressenti et font des liens avec leur propre vie.

«En tant que maître de donjon, je joue le rôle de personnages qui peuvent les mettre au défi et les placer dans des situations inconfortables. Le but est qu’ils puissent explorer différentes façons d’y réagir dans un univers fantastique», explique Thomas Wardell. 

Après avoir accompagné plusieurs groupes jusqu’à la fin de leur aventure, le travailleur social dit avoir vu des résultats encourageants. Certains jeunes lui ont raconté qu’ils sortaient davantage de chez eux et participaient à plus d’activités sociales. 

Comme quoi, vaincre un monstre dans un jeu peut aussi aider à affronter certains défis dans la vraie vie!

Et toi, y a-t-il un jeu ou une activité qui t’aide à prendre confiance en toi?

En ce moment, il y a environ 900 feux actifs au Canada, dont la plupart en Ontario et au Québec.

Les feux ne peuvent pas être tous maîtrisés

Le Canada a BEAUCOUP de forêts. Il abrite 9 % des forêts du monde entier! Sauf que la plupart de ses habitants vivent tout proche de la frontière avec les États-Unis. Le reste du territoire est presque inhabité et recouvert d’arbres : il y a donc peu de routes. Pourquoi je te raconte ça? S’il n’y a pas de routes, les pompiers ne peuvent pas arriver jusqu’à l’endroit où commence le feu.

L’expert en feux de forêt Michael Flannigan a expliqué au New York Times que les pompiers devraient arriver dans les 30 premières minutes d’un feu. C’est le temps qu’il faut pour le maîtriser rapidement.

En ce moment, les 200 feux qui brûlent les forêts du Nord-Ouest de l’Ontario se situent dans des régions reculées. Ils sont provoqués par la foudre. Entre le moment où on se rend compte qu’un incendie a commencé et celui où les pompiers arrivent sur place, il s’est écoulé beaucoup plus que 30 minutes. Le Canada ne peut pas gérer tous ses hectares de pays non habité!

Le savais-tu?

S’il n’y en a pas trop, les feux aident la forêt à maintenir une bonne santé. «La forêt boréale se régénère en partie en raison des feux», explique le chercheur en écologie forestière Yan Boulanger, à l’émission de radio Les Faits d’abord à Radio-Canada.

Régénérer, ça veut dire qu’elle peut repousser en meilleure santé. En plus, les feux permettent de brûler les feuilles sèches qui s’accumulent sur le sol. Imagine-toi un sol en fin d’automne : il y a beaucoup de feuilles mortes. Plus il y en a, plus les flammes peuvent grandir. C’est donc mieux qu’il y ait de plus petits feux, chaque année, à la bonne saison!

La faute… au réchauffement climatique

Mais il y a quand même un problème : la saison des feux s’allonge chaque année. Il y a de plus en plus de feux et c’est trop pour les pompiers qui ne peuvent pas être partout à la fois.

La cause de tout ça : le réchauffement climatique. Il fait chaud plus longtemps. La chaleur assèche les plantes qui s’enflamment beaucoup plus rapidement. Et plus l’air reste chaud, plus il y a des risques de foudre. C’est ce qui démarre les feux de forêt.

Le réchauffement climatique est causé par la combustion de pétrole et de charbon, ce qui cause des gaz à effet de serre. C’est ce qui fait que la température globale augmente. Les États-Unis sont le deuxième pays qui relâche le plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Mais ça, Donald Trump n’en a pas parlé.

Face à Donald Trump, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, n’a pas eu froid aux yeux. D’ailleurs, il a même dit dans une conférence de presse : «Un jour, ce sera votre tour, et nous serons là sans hésiter pour soutenir nos voisins».

En 2020 et 2025, le Canada avait déjà envoyé des pompiers pour aider la Californie à éteindre ses feux.

Et toi, est-ce que tu as déjà aidé un voisin? Raconte!

Sources : New York Times, Radio-Canada

Sébastien, peux-tu nous expliquer c’est quoi, le Grand Bioblitz?

Le but : rapprocher les gens de la nature et recueillir des informations utiles pour la science. La nature, ce n’est pas seulement quelque chose qu’on trouve loin en forêt ou à la campagne.

Il y a de la nature partout, même sur notre balcon! C’est une activité organisée par Conservation de la nature Canada depuis 6 ans. 

On doit faire quoi exactement?

Du 27 juillet au 3 août, on sort! On va dans la ruelle, sur le balcon, sur un sentier de randonnée, dans un rang, un chemin de campagne, un parc. N’importe où à l’extérieur! Et on prend en photo les êtres vivants qui nous entourent : plantes, animaux, insectes, champignons. Même les traces de pattes et les cacas d’animaux sont acceptés! On dépose ensuite nos photos dans une application ou un site Web auquel les scientifiques ont accès. Ces images les aident beaucoup dans leur travail. 

Comment participer au Grand Bioblitz

Étape 1 : En parler à ses parents!

Étape 2 : S’inscrire au Grand BioBlitz sur le site de Conservation de la nature Canada. C’est gratuit.

Étape 3 : Télécharger l’application iNaturalist ou simplement utiliser un ordinateur. Tout est expliqué au moment de l’inscription.  

Étape 4 : Prendre des photos avec l’application ou les télécharger sur l’ordinateur en suivant les consignes.

Donc, pas besoin d’être un expert pour participer?

Pas du tout! Si on voit un bel oiseau rouge sans savoir que c’est un cardinal, on peut quand même le prendre en photo et l’envoyer. 

Si on utilise l’application, l’outil qui analyse les photos va aider à identifier ce qu’on voit et nous suggérer des réponses. C’est intéressant parce qu’on ne fait pas seulement envoyer de l’information : on apprend aussi énormément. Même moi, je suis biologiste, et j’apprends encore des choses en l’utilisant.

Le vois-tu? Le petit hibou bien camouflé? C’est un petit-duc maculé. Il habite tout près de chez moi dans un grand parc en ville! On l’a surnommé Jerry. J’ai bien envie de participer au Grand BioBlitz et d’envoyer une photo de mon Jerry Bou! 

Photo : Caroline Bouffard

Qu’est-ce qui a été le plus photographié l’an dernier?

Le monarque, un papillon en voie de disparition. Alors c’est une bonne nouvelle d’avoir reçu autant de photos! 

Pourquoi la participation des citoyens est-elle importante pour la science?

Les scientifiques ne peuvent pas être partout à la fois. Quand des milliers de personnes contribuent, cela permet de recueillir beaucoup plus de données et d’obtenir un portrait beaucoup plus précis de ce qui se passe sur le terrain.

Avec les années, toutes les observations accumulées deviennent aussi très précieuses. Elles permettent de suivre l’évolution de la nature et de voir comment elle réagit aux changements climatiques, par exemple. La participation des citoyens est vraiment très importante!

Toi, as-tu envie de participer au Grand BioBlitz? Quelles observations aimerais-tu faire?

Quand Eric Kennedy a quitté le Québec qui l’a vu grandir pour aller se réinstaller au Nouveau-Brunswick en 2006, il s’exprimait, de son propre aveu, «un peu comme un dictionnaire» : «J’ai dû ajuster ma façon de parler.»

Eric Kennedy a, de son propre aveu, changé sa façon de parler pour s’adapter à son environnement.

Photo : Courtoisie

«Quand je posais des questions, quand j’avais des discussions, c’était comme : “OK, wow, simplifie ton langage svp, on n’est pas sûr de te comprendre”», confie le directeur des communications de l’Association Régionale de la Communauté francophone (ARCf) de Saint-Jean, aussi rédacteur en chef du journal Le Saint-Jeannois, publié par l’ARCf.

À lire aussi : L’identité francophone est-elle plus qu’une langue parlée?

«On se moule à notre environnement»

Aujourd’hui, lorsqu’il discute avec son frère au Québec, il constate que sa façon de parler a changé. «On se moule à notre environnement», dit Eric Kennedy.

«C’était beaucoup plus facile d’être caméléon que de rester avec une identité où déjà, dès les premiers mots, on allait savoir que je n’étais pas d’ici.» Il voulait aussi être compris de ses interlocuteurs et interlocutrices.

Cody Broderick a vécu plusieurs années en France, où il a «absorbé» les tics langagiers locaux. Quand il est revenu au Canada, son accent est devenu «un peu français de France, un peu Québécois, un peu terre-neuvien», comme une «glace napolitaine», sourit le rédacteur en chef du Gaboteur, à Terre-Neuve-et-Labrador.

Il donne à ses journalistes un conseil que lui avait partagé une consœur : parler de «manière plus relax, pour que la personne soit plus à l’aise».

Cody Broderick déteste quand on lui dit : «Vous parlez très bien le français». 

Photo : Courtoisie

«L’accent, ce n’est pas juste celui qu’on entend ou celui qu’on perçoit à la radio ou à la télé, c’est aussi celui qui se crée dans les interactions entre collègues, avec les sources», rappelle le chercheur et journaliste Clément Lechat.

Pour sa recherche «Speaking About One’s Accent : The Subjective Experience of Accented Journalists in Quebec and Canadian Francophone Media», il a mené 12 entretiens auprès de professionnels et professionnelles qui œuvrent dans les médias francophones au Québec et au Canada.

Certains journalistes craignent de ne pas établir un lien de confiance avec les personnes qu’ils interviewent à cause de leur accent, qui laisse paraitre leur origine géographique ou même sociale, remarque le diplômé du programme de maitrise en innovation numérique en études journalistiques à l’Université Concordia.

«D’un point de vue plus personnel, il y a vraiment des répercussions en termes d’estime de soi, de sentiment de crédibilité, de professionnalisme et de légitimité à être journaliste.»

Se conformer à la norme

Une des grandes tendances qui traverse les récits recueillis par Clément Lechat reste l’ambivalence entre les stratégies d’adaptation, de «conformisme», face aux normes professionnelles et la résistance à ces standards.

«Les personnes peuvent sentir qu’elles doivent faire très attention à la façon dont elles parlent. Ça pèse lourd aussi en termes d’énergie, de charge mentale», remarque Clément Lechat. 

Photo : Courtoisie

«Certains participants ont décrit des mécanismes que je qualifie de passing […]; tout un ensemble de techniques mises en place pour avoir l’air invisible et se fondre dans la norme», explique le chercheur.

«Des journalistes m’ont dit avoir pris des cours de coaching, de diction, pour “effacer ou assouplir” leur accent, mais aussi leur vocabulaire.»

Lors de son passage à la radio, Nicolas Pelletier avoue avoir adopté un français standard dans le but d’être compris par la majorité. «Quelque part, j’ai tenté de rejoindre la norme. Puis je l’ai fait de manière consciente et inconsciente. Ça a changé ma façon de parler», partage le coordonnateur du programme de journalisme du collège La Cité, à Ottawa.

«Les journalistes vont effectivement essayer de rencontrer certains standards», abonde dans le même sens le directeur adjoint d’Alliance Radios (l’Alliance des radios communautaires du Canada), Simon Forgues.

«Je ne dirais pas gommer nécessairement leurs accents, mais plutôt d’avoir une qualité de français ou un niveau de français qui soit compréhensible.»

Il n’aimerait pas que les radios communautaires fassent appel à des coachs de langue et «qu’on commence à dire “non, il faut prononcer comme ça, il faut dire ça comme ça”».

«Là où le bât blesse, c’est lorsque [l’accent] devient une discrimination à l’embauche ou une discrimination à l’avancée professionnelle», signale Nicolas Pelletier. 

Photo : Courtoisie

Les écoles de journalisme, un maillon important

Pour Clément Lechat, les écoles de journalisme ont aussi leur rôle à jouer. C’est là qu’on peut commencer à «dialoguer et mettre le sujet sur la table».

«Parfois dans les écoles, il y a peu ou pas de coaching par rapport à la voix, ou en tout cas, il n’y a pas vraiment de discussion honnête sur quelles sont les attentes. Les journalistes vont être amenés à imiter ce qu’ils identifient comme la bonne façon de parler», analyse-t-il.

Au collège La Cité, à Ottawa, les étudiants et étudiantes du programme de journalisme ont des cours de technique vocale, d’animation et de radio. L’établissement essaie de trouver un équilibre entre compréhension et authenticité quand il s’agit d’accent.

«On leur apprend surtout à avoir confiance dans leur manière de s’exprimer. On met de l’avant la diversité francophone d’abord […] Il y a un souci de travailler l’élocution, la prononciation, mais je pense que tout ça peut se faire tout en respectant les accents», explique le coordonnateur du programme, Nicolas Pelletier.

«Ce qu’on priorise, c’est la compréhension par le plus grand nombre, mais on ne reproche jamais à un étudiant son accent.» Il prend l’exemple des régionalismes, qui peuvent être utilisés s’ils sont compris par la majorité du public visé.

«Jamais je ne voudrais que tout le monde parle de la même façon», soutient le responsable.

«Notre communauté change»

«Dès que t’arrives avec un accent différent, t’es repéré comme étranger. T’as comme une cible sur le dos. Mais ça, c’était au début. Ça a beaucoup évolué», assure Eric Kennedy, au Nouveau-Brunswick.

Selon lui, les différentes vagues d’immigration font que l’Acadie est «pluriculturelle» et on y entend plusieurs accents. «Autant les anglophones que les francophones ont habitué leurs oreilles à des accents différents, si bien que c’est très rare que les gens vont commenter.»

Selon Maryne Dumaine, les médias francophones se doivent de donner de la visibilité à la langue française, sous toutes ses facettes.

Photo : Christian Kuntz

«Notre communauté change. En tant que journaliste, on veut s’adapter à ça aussi», souligne la directrice et rédactrice en chef de l’Aurore boréale, Maryne Dumaine. «On essaie d’embrasser la diversité et de la refléter dans notre salle de rédaction.»

Quand elle a commencé à travailler pour le journal francophone du Yukon, il y a huit ans, «quand quelqu’un parlait avec un accent ou avec un français avec des intonations anglophones ou avec ce qui n’était pas nécessairement un français standard, on avait tendance à le lisser et à le paraphraser, plutôt que de mettre la citation».

Cette mentalité a évolué, assure-t-elle. «On donne plus de visibilité au vrai parler des gens […] Si la personne met des anglicismes dans sa phrase, on va les garder dans la citation.»

Dans les deux cas, la démarche visait à assurer la sécurité linguistique des membres de la communauté, mais celle-ci passe désormais par «l’utilisation et la normalisation d’un français diversifié», explique Maryne Dumaine.

L’Aurore boréale a d’ailleurs proposé l’année dernière la capsule «Moi j’dis ça comme ça» pour présenter des mots et expressions utilisés par les différentes personnes francophones du territoire. «Il n’y a pas une bonne façon de dire, il y en plusieurs; on peut en rire, on peut en jaser, on peut se l’expliquer, etc.»

Au Gaboteur, les citations sont également reproduites telles quelles : «On va garder ça aussi près de l’accent et du caractère que possible», précise Cody Broderick. Le journal propose aussi, au besoin, un petit lexique pour expliquer certains mots ou expressions propres à la région.

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Le vent tourne

Plusieurs journalistes francophones en situation minoritaire interrogés par Clément Lechat estiment que les choses vont dans le bon sens.

Il cite une personne malentendante qui travaille en journalisme et qui, dans les dix dernières années, a remarqué plus d’acceptation, notamment de la part de ses collègues, qui sont davantage bienveillants et «enthousiastes par rapport à la diversité que ça peut apporter dans les équipes».

Si «la norme est encore très présente en journalisme», le vent tourne, estime aussi Nicolas Pelletier.

«Historiquement, Radio-Canada était un standard de la langue française. Il y avait un grand décalage entre le langage des journalistes et celui du public […] Tranquillement, on est arrivé vers une logique d’équilibre entre être un modèle d’utilisation de la langue, mais aussi un miroir de la société.»

«Le plus important, c’est d’être compris du plus grand nombre, mais après, l’accent qu’il y a derrière ou la façon de prononcer, ça peut changer», estime Simon Forgues. 

Photo : Courtoisie

En 30 ans de radio, Simon Forgues a lui aussi observé un changement. «J’ai comme l’impression que la radio revient à ses racines communautaires, très locales, très enracinées. Elle redevient un peu plus le reflet des gens de la communauté.»

Il prend l’exemple des nouveaux arrivants qui conservent leur accent et qui apportent leur authenticité au micro. Par ailleurs, l’essor des balados a fait que les contenus sont «moins lissés, plus naturels», selon lui.

«Quand ils font des podcasts, les gens sont dans un mood un peu plus relax. Ils vont plus se laisser aller. Ils mettent leurs tripes sur la table, ils ont une histoire à raconter et par la force des choses, ça vient avec l’accent, et parfois certaines expressions.»

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«Sentiment de communauté»

«Les gens ont envie d’entendre des voix de personnes, des personnalités, des couleurs», poursuit Simon Forgues.

D’après lui, toutes ces évolutions permettent à la radio de se rapprocher de son public, contribuant ainsi à «tisser un sentiment de communauté».

On prend les auditeurs beaucoup plus comme des membres de la famille ou comme des membres d’une communauté. Dans les années 1980, 1990, les gens de la radio, c’étaient des vedettes, comme des intouchables. Il y avait comme un standing.

— Simon Forgues

Néanmoins, aux yeux de Nicolas Pelletier, «il y a encore une trop grande homogénéité chez les journalistes». Du côté des accents, mais aussi de l’origine sociale. Il souhaiterait en outre que les personnes atteintes de handicaps invisibles aient leur place dans les salles de nouvelles.

Reste que pour lui, comme pour la majorité des personnes interrogées, la direction est claire : plus les salles de rédaction ressembleront aux communautés qu’elles couvrent, plus elles gagneront en confiance et en légitimité.

CANADA

Lundi, Ottawa a annoncé une hausse des versements de l’Allocation canadienne pour enfants (ACE) pour 2026-2027.

Jusqu’à 160 $ par enfant : Désormais, une famille pourra recevoir jusqu’à 8 157 $ pour chaque enfant âgé de moins de 6 ans et jusqu’à 6 883 $ pour chaque enfant âgé de 6 à 17 ans. Cela représente une augmentation qui peut aller jusqu’à 160 $ par enfant de moins de six ans et 135 $ par enfant âgé de six à 17 ans, par rapport à l’année dernière.

Selon le gouvernement, l’ACE bénéficie à environ 3,6 millions de familles et 6 millions d’enfants partout au pays.

Cette augmentation permettra de «couvrir des dépenses quotidiennes, comme les fournitures scolaires, les vêtements et l’épicerie», a déclaré la secrétaire d’État canadienne à l’Enfance et à la Jeunesse, Anna Gainey.

Les premiers ministres des provinces et territoires se sont réunis à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard, de mardi à jeudi, à l’occasion du Conseil de la fédération.

Vente d’alcool : Mardi, les premiers ministres de neuf provinces – l’Alberta, la Colombie-Britannique, la Saskatchewan, le Manitoba, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador – ont signé un accord pancanadien sur la vente d’alcool. Les brasseurs et les distillateurs pourront vendre leurs produits directement aux consommateurs situés en dehors de leur province d’origine.

Le Manitoba et le Nouveau-Brunswick avaient déjà autorisé la vente d’alcool directement aux consommateurs. La Colombie-Britannique s’est pour sa part engagée à mettre en place un système similaire d’ici février 2027. Le Québec et le Yukon devraient suivre le pas «dans un avenir rapproché», précise-t-on par communiqué.

Commerce intérieur : Les premiers ministres ont également convenu d’accélérer l’élimination des obstacles au commerce intérieur. Ils visent un accord de principe d’ici la fin de 2026 sur une loi type favorisant la reconnaissance mutuelle des règles provinciales et territoriales ainsi que la mobilité de la main-d’œuvre.

À la suite des dernières menaces tarifaires du président Donald Trump (lire plus bas), le gouvernement fédéral a annoncé mardi que le Canada ne célèbrera pas l’ouverture du nouveau pont international Gordie-Howe – qui relie Windsor et Détroit – avec les États-Unis.

Une cérémonie exclusivement canadienne devrait avoir lieu vendredi 24 juillet. L’ouverture du pont à la circulation des véhicules est prévue le lundi 27 juillet.

Accord dévoilé : Les détails de l’entente de principe conclue entre le Canada et les États-Unis concernant le pont ont été rendus publics mardi soir. Ce nouveau document ne modifie toutefois pas l’Accord entre le Canada et le Michigan signé en 2012.

Le Canada devrait partager avec les États-Unis 50 % des recettes nettes liées aux péages pour traverser le pont pendant les 15 premières années.

L’accord précise la date d’ouverture et mentionne également l’organisation conjointe, avec l’État du Michigan, d’une cérémonie d’ouverture qui devrait avoir lieu au plus tard le 3 aout.

Mardi, le ministre canadien de la Défense, David McGuinty, s’est joint à ses homologues du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon pour annoncer que le Canada deviendra le premier pays observateur au sein du Global Combat Air Programme (GCAP), un partenariat multinational axé sur la conception d’aéronefs de combat.

Nouvelles technologies : Ottawa explore les capacités des futurs avions de combat de sixième génération, qui pourraient intégrer l’intelligence artificielle et des technologies de pointe pour faire face aux enjeux de sécurité des prochaines décennies.

Le modèle de l’avion de chasse développé conjointement par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. Le Canada est officiellement devenu un observateur du Global Combat Air Programme. 

Photo : Hunini – CC BY-SA 4.0

INTERNATIONAL

L’administration Trump a annoncé, lundi, son intention d’imposer, à compter du 19 aout, de nouveaux droits de douane de 50 % sur une série de produits canadiens, notamment dans les secteurs des produits laitiers, du bois d’œuvre, de l’alcool, du mobilier et des vêtements.

Les États-Unis reprochent au Canada ses représailles en réponse aux droits de douane qu’ils lui ont imposés, comme le retrait de l’alcool américain des tablettes, la gestion de l’offre dans la production laitière et les contretarifs pour le secteur de l’automobile.

Le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé de nouveaux tarifs commerciaux de 50 % sur une sélection de produits canadiens cette semaine. 

Photo : Gage Skidmore – Flickr (CC BY-SA 2.0)

Mark Carney a affirmé que le Canada intensifie ses négociations commerciales avec les États-Unis, afin d’éviter l’entrée en vigueur de nouveaux tarifs. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Négociations intensifiées : «Nous intensifions nos négociations commerciales avec les États-Unis et nous n’hésiterons pas à défendre nos intérêts si nous devons le faire», a déclaré Mark Carney lors de son discours devant les premiers ministres des provinces et territoires réunis à Charlottetown, jeudi.

Ottawa affirme toutefois qu’il envisage toutes les options si les discussions échouent. Plusieurs premiers ministres provinciaux réclament une réponse ferme.