le Dimanche 15 mars 2026

Un accident et une nouvelle passion

Kalle Eriksson a grandi à Kimberley, en Colombie-Britannique. Il est devenu malvoyant à l’âge de 16 ans à la suite d’un accident, en 2022. Aujourd’hui, ses yeux voient seulement à 7 % de leur capacité. Toute sa jeunesse, il a fait du ski, mais il n’avait jamais envisagé d’en faire de façon professionnelle. 

Peu de temps après son accident, il a été approché pour essayer le ski para-alpin et a décidé de se lancer dans cette aventure. Kalle était bien placé pour apprendre, puisque son père est entraîneur de ski para-alpin. C’est même son père qui l’entraîne, encore à ce jour!

Rapidement, il rencontre Sierra Smith, une ancienne membre de l’équipe nationale de ski alpin, mais qui a dû arrêter sa carrière à cause d’une blessure à la jambe. Elle devient sa guide pour descendre les pistes à toute vitesse.

Comment ça fonctionne?

En fait, c’est comme si Sierra était les yeux de Kalle! Elle skie devant lui et porte des vêtements très voyants pour qu’il puisse la repérer facilement. Ils communiquent à l’aide de leurs casques, qui sont équipés d’un micro.

«Je lui dis exactement ce qui se passe et ce que je vois», explique Sierra. Elle décrit la piste pendant la descente : les virages, les changements de terrain ou encore l’état de la neige. «On communique tout le temps».

À toute vitesse vers le podium

La clé de la réussite, selon les athlètes? «La confiance», explique Kalle Eriksson. Kalle et Sierra peuvent parfois descendre les pistes à plus de 100 km/h. À cette vitesse, chaque détail compte! Il faut que Kalle se fie entièrement aux indications de Sierra. C’est un vrai travail d’équipe : quand ils gagnent, ils montent tous les deux sur le podium.

Leur technique fonctionne, car le duo a remporté plusieurs honneurs depuis le début de leur carrière, dont 10 médailles sur le circuit de la Coupe du Monde! «On continue tout de même d’apprendre et de s’améliorer chaque jour», raconte Kalle. «Chaque piste est différente et chaque course apporte de nouveaux défis», ajoute-t-il.   

Une première fois réussie!

Pour la première fois cette année, le duo a représenté le Canada aux Jeux paralympiques. En entrevue avant les Jeux, Kalle m’avait confié qu’il était nerveux, mais prêt à donner le meilleur de lui-même. Et ça a marché! Kalle et Sierra peuvent être fiers, car le 7 mars, ils ont remporté la médaille d’argent en descente, puis le 9 mars, ils ont ajouté une médaille de bronze en super-G!

Avant de terminer l’entrevue, je leur avais demandé quel conseil ils donneraient aux jeunes qui ont un grand rêve. «Il faut continuer d’avoir du plaisir», selon Kalle. «Quand ça cesse d’être amusant, ça devient beaucoup plus difficile».

Et toi, à qui ferais-tu assez confiance pour être tes yeux sur une piste de ski?

Qui sont-ils?

Angine de Poitrine, c’est un duo de musiciens formé des frères Khn et Klek Poitrine. Ils ont 333 ans et viennent d’une autre planète. Les frères Poitrine aiment la Terre pour ses hot dogs, ses pyramides et sa musique rock.

Khn joue de la guitare et de la basse 🎸 et Klek, de la batterie 🥁. Tous les deux ont une immense tête picotée et un nez très long. Ils décrivent leur style de musique comme du «rock microtonal dada-pythago-cubiste».  

Ok, mais qui sont-ils VRAIMENT???

Tu l’as compris, Khn et Klek, ce sont des personnages. Derrière leurs masques géants, il y a deux musiciens terriens. On ne connaît pas leur véritable identité! On sait que le duo vient de Chicoutimi et qu’il joue de la musique ensemble depuis l’âge de 13 ans.

Pourquoi la langue inventée, les costumes à pois et tout le tralala? En premier : pour le plaisir et la créativité! Ensuite : pour rester anonyme et se concentrer entièrement sur la musique.

Photo : Angine de Poitrine

Pourquoi on en parle?

Le duo attire l’attention depuis la sortie de son premier disque en 2024. Oui : leurs immenses têtes en papier mâché et leur histoire farfelue font jaser. Mais c’est leur talent qui impressionne les mélomanes. Récemment, la vidéo d’une de leur performance a été vu 1,7 million de fois! Depuis, la popularité du groupe explose, ses concerts affichent complet et ses disques s’envolent.

Pourquoi ça choque?

L’originalité de Khn et Klek ne plaît pas à tous. Dimanche, ils étaient invités à l’émission Tout le monde en parle. Comme à leur habitude, ils ont parlé dans une langue inventée et leurs réponses étaient drôles, fantaisistes. Pour le volet plus sérieux, c’est leur gérant qui a été interviewé.

Mais depuis, sur les réseaux sociaux, on peut lire des commentaires de gens très fâchés, qui ont trouvé le segment ridicule. Par exemple : «On se demande après ça pourquoi la Terre tourne carré». 

Ce type de réactions est fréquent quand les gens font face à la nouveauté. Ils n’aiment pas, ne comprennent pas et ça se traduit par une réaction de colère.

L’animateur de l’émission, Guy A. Lepage, a commenté : «Dans le top 1000 des événements qui sont indignes sur la planète présentement, je ne crois pas qu’Angine mérite d’en faire partie!»

Et toi, qu’en penses-tu? Quelle est ton opinion sur Angine de poitrine? C’est choquant ou amusant? Pourquoi des gens sont si fâchés à ton avis?

Gouled Hassan, directeur général du Contact interculturel francophone de Sudbury (CIFS), en Ontario, est installé au Canada depuis une vingtaine d’années. À travers son travail, il accompagne des immigrants et des immigrantes qui souhaitent s’installer dans la région, dont des demandeurs d’asile.

Gouled Hassan observe depuis «5, 6 ans» une recrudescence de la fraude qui cible environ «un immigrant sur quatre», estime-t-il. Les victimes sont les immigrants temporaires au Canada, mais surtout les personnes qui demandent l’asile.Ces dernièressont régulièrement la cible de fraude en tous genres, en raison de leur situation souvent très précaire.

«Ils viennent avec les réserves [financières] de leur pays d’origine», avance-t-il. Le responsable rapporte que, rien que pour convertir de l’argent provenant de nombreux pays d’Afrique en dollars canadien, «tu perds déjà beaucoup».

À ça, tu ajoutes des gens qui te prennent 5000 ou 6000 dollars, ça détruit toutes les ressources que tu avais planifiées. Il n’y a vraiment pas de barrière pour les protéger, il n’y a pas de ressources pour les appuyer et ils se font vraiment avoir à plusieurs reprises.

— Gouled Hassan, directeur général du Contact interculturel francophone de Sudbury

Promesse de résidence permanente

Au Manitoba, la directrice de l’Accueil francophone, Bintou Sacko, a reçu au moins trois plaintes de personnes immigrantes signalant qu’une personne en Alberta se faisait passer pour un consultant en immigration.

«Apparemment, il chargeait 500 $ aux gens pour commencer les démarches et faisait ensuite d’autres propositions», relate-t-elle.

Son organisme a jugé nécessaire de rappeler sur les réseaux sociaux que son équipe n’a pas pour fonction d’aider les personnes immigrantes à obtenir la résidence permanente.

Au Canada, avoir recours à un consultant en immigration n’est pas obligatoire pour demander la résidence permanente ou tout autre type de visa, et le faire ne garantit pas son obtention.

«La fraude crée des attentes qui n’aboutissent pas. Les gens s’attendent à avoir la résidence permanente en fin de compte et ne voient rien. C’est aussi très dur financièrement. Ça peut affecter mentalement les personnes.»

— Bintou Sacko, directrice de l’Accueil francophone du Manitoba

La responsable affirme aussi que les fraudeurs disparaissent une fois l’argent empoché. «Ça crée une sorte de détresse.»

Fraude à l’embauche

Une vaste majorité des personnes viennent au Canada dans l’espoir de se faire employer rapidement. C’est là où Gouled Hassan observe le plus de fraudes, notamment lorsque les immigrants postulent à distance.

De faux employeurs envoient des courriels, assurant que l’embauche est en cours et demandent de l’argent pour garantir un emploi ou un permis de travail lié à cet emploi.

Même chose pour les logements. Le directeur du CIFS voit des familles se faire demander le premier et le dernier loyer pour un logement «pour se rendre compte qu’ils avaient envoyé de l’argent à quelqu’un qui n’était pas responsable de la maison».

«D’habitude, les fraudeurs ne s’arrêtent pas seulement au montant initial, ça continue sur d’autres frais à payer, administratifs, etc. Jusqu’à ce que la personne arrive au Canada», détaille-t-il.

À lire aussi : Immigration : Victime au Sénégal, criminelle au Canada

Il a observé que lorsque les immigrants osent porter plainte – «ce qui est rarement le cas» –, les services de police qui les reçoivent ne sont pas «sensibilisés» et peuvent parfois aller jusqu’à les «blâmer».

Un meilleur système pour retracer les transactions financières permettrait, selon lui, de lutter contre les fraudes qui ciblent les nouveaux arrivants.

Rôle du fédéral

Gouled Hassan estime aussi que le gouvernement fédéral devrait mieux informer et soutenir les nouveaux arrivants en leur donnant, avant même leur arrivée, des informations sur les services gratuits, les consultants en immigration fiables et les ressources communautaires, afin de réduire les risques d’arnaque.

Il existe un Centre antifraude au Canada, à qui des cas de fraude peuvent être signalés. Mais les fraudeurs se sont également fait passer pour des agents de ce Centre, en 2024.

De son côté, début mars, le gouvernement fédéral a observé une baisse de 56 % des demandes d’asiles présentées par des personnes avec un visa de visiteurs en «améliorant la vérification» de ce type de visas.

Il aurait aussi refusé plus de 95 000 demandes pour fausses déclarations et en interdisant l’entrée au pays à des milliers de visiteurs «non authentiques», parfois pour une période pouvant aller jusqu’à 5 ans.

L’autre barrière pour les demandeurs d’asile : le projet de loi C-12

Le projet de loi C-12, qui vise à «renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada», a été adopté en troisième lecture par le Sénat le 12 mars. Il doit maintenant être étudié par la Chambre des communes, qui se penchera sur les amendements apportés par les sénateurs.

Selon l’organisation Amnistie internationale, le projet de loi affaiblira la protection des demandeurs d’asile et empêchera certaines personnes de voir leur demande examinée par un tribunal spécialisé, notamment celles qui demandent l’asile plus d’un an après leur arrivée ou plus de 14 jours après être entrées au Canada entre les points d’entrée.

Ces personnes seront désormais dirigées vers un processus moins protecteur, qui ne garantit pas une audience orale, n’est pas décidé par un organisme indépendant et offre peu de possibilités de recours.

Cela pourrait mener à des expulsions rapides, même lorsque la personne risque la persécution, la violence ou d’autres violations graves des droits de la personne dans son pays d’origine.

Par ailleurs, C-12 donnera au gouvernement le pouvoir d’annuler certains statuts ou permis d’immigration sans évaluation individuelle complète, même en cours.

Selon les critiques, ces mesures pourraient mettre en danger la vie et la sécurité de certaines personnes et aller à l’encontre du principe international de non-refoulement, qui interdit de renvoyer quelqu’un vers un risque de graves violations des droits de la personne.

FRANCOPHONIE

Les comités permanents des langues officielles du Sénat et de la Chambre des communes ont tous deux entendu d’autres critiques de professeurs et organismes francophones sur le texte du règlement censé préciser une partie de la Loi sur les langues officielles.

Des critiques similaires reviennent depuis des semaines. Entre autres concernant le manque de précision sur ce que seraient des mesures permettant l’épanouissement des communautés de langue minoritaire.

Oubli majeur : Le professeur de science politique à l’Université de Simon Fraser en Colombie-Britannique, Rémi Léger, a indiqué que l’ébauche règlementaire omet le principe central de la loi modernisée, soit la progression vers l’égalité réelle. Il «devrait pourtant constituer le cadre d’analyse et orienter l’action gouvernementale», a-t-il affirmé devant les députés.

Il estime donc que le règlement est actuellement moins utile que certains outils administratifs déjà existants dans la fonction publique. Il a recommandé que le Conseil du Trésor reprenne son travail et fournisse une méthodologie concrète pour évaluer les effets des décisions gouvernementales.

À lire aussi : Langues officielles : la gestion du Conseil du Trésor irrite des parlementaires

Les membres du comité de Patrimoine canadien aux Communes ont adopté une motion pour interroger la PDG de CBC/Radio-Canada sur l’entente conclue avec Amazon pour diffuser ICI RDI, au lieu de passer par une plateforme canadienne. 

Photo : Capture d’écran – CPAC

Une motion du député bloquiste Martin Champoux a été adoptée à l’unanimité en comité mardi. Il demande d’inviter la présidente-directrice générale de CBC/Radio-Canada, Marie-Philippe Bouchard, à expliquer l’entente qui permet à la chaine d’information ICI RDI d’être accessible sur le service de vidéo à la demande d’Amazon, Prime Video.

Une entente attaquée : Martin Champoux a critiqué le fait que ce contenu soit offert sur une plateforme américaine avant d’être disponible sur une plateforme canadienne, comme Tou.tv.

Six anciens journalistes et dirigeants de Radio-Canada ont publié une lettre ouverte pour demander l’annulation de cette décision qu’ils ont qualifiée d’«irresponsable».

Martin Champoux a qualifié les méthodes d’un groupe de pression proisraélien d’«ignobles». La FPJQ soutient qu’elle aurait intimidé plus de 383 journalistes canadiens depuis octobre 2023. 

Photo : Courtoisie

Lobby d’intimidation des journalistes critiqué en comité : Martin Champoux s’est également indigné des «méthodes ignobles» employées par le groupe de pression proisraélien Honest Reporting Canada, qui a intimidé plus de 384 journalistes canadiens depuis octobre 2023, selon la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

Mike Fegelman, directeur du groupe, s’est défendu en affirmant que son groupe effectue un «niveau supplémentaire de contrôle éditorial» et que «la plupart des journalistes apprécient réellement» le travail de l’organisation.

CANADA

Le gouvernement a déclenché des élections partielles dans trois circonscriptions : Terrebonne, au Québec, ainsi que Scarborough-Sud-Ouest et University–Rosedale, en Ontario.

À Terrebonne, la précédente élection avait été remportée par la libérale Tatiana Auguste par une seule voix contre Nathalie Sinclair-Desgagné, candidate du Bloc québécois. Le résultat de ce scrutin a été annulé en février par la Cour suprême en raison d’une erreur sur les bulletins de vote postaux. Les deux candidates se présentent à nouveau.

Les deux élections ontariennes visent à remplacer Chrystia Freeland, devenue conseillère pour le gouvernement ukrainien, et Bill Blair, nommé haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni. Ces scrutins pourraient donc influencer directement l’équilibre des forces à Ottawa.

Après la défection de trois députés conservateurs aux libéraux, c’est au tour du Nouveau Parti démocratique (NPD) de perdre un siège. La députée du Nunavut, Lori Idoult, a confirmé mercredi qu’elle avait décidé de se «joindre au caucus du gouvernement et de travailler aux côtés du premier ministre Mark Carney afin de bâtir l’avenir meilleur sur lequel comptent les Nunavummiut».

«Antidémocratique» : Lors d’un court point de presse le lendemain, le chef intérimaire du NPD, Don Davies, a qualifié, en français, ce départ de «décision profondément antidémocratique».

Il a réitéré la position du NPD : les députés et députées qui veulent changer de parti devraient se soumettre au choix des électeurs et se faire élire sous leur nouvelle bannière.

Proche de la majorité : Avec maintenant 170 sièges, le Parti libéral n’est plus qu’à deux députés de la majorité en chambre à l’approche de trois élections partielles. Les députés du Parti conservateur du Canada (PCC), du Bloc québécois, du NPD et du Parti vert totalisent ensemble 170 sièges également.

À lire aussi : Changer de parti : un pari pas si risqué en politique

Le Parlement a tenu un débat d’urgence lundi soir sur la guerre en Iran. Deux éléments sont ressortis : l’absence de Mark Carney, lors d’un débat pourtant proposé par son gouvernement, et les contradictions dans le soutien canadien aux frappes des États-Unis et d’Israël en Iran.

Absence et contradictions : Sommé de s’expliquer sur ce dernier point par le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, lors de la période des questions de mardi, Mark Carney a affirmé : «Le Canada soutient la nécessité d’empêcher le programme nucléaire de l’Iran et l’exportation du terrorisme, appuie le fait de défaire le programme nucléaire de l’Iran. Le Canada ne participe pas aux frappes des États-Unis et n’y participe (sic) jamais.»

Le gouvernement avait exprimé avant le débat condamner les frappes contre les civils. Les États-Unis et Israël n’ont pas «carte blanche» pour les frappes.

Les partis d’opposition ont fait valoir le cout de la guerre sur les Canadiens. Les conservateurs ont demandé un débat exploratoire sur les effets de la guerre en Iran sur l’approvisionnement énergétique.

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les mercredis et samedis

Lundi, le gouvernement libéral a nommé Annette Ryan, l’actuelle directrice adjointe au Centre d’analyse des opérations et déclarations financières, fonctionnaire depuis plus de 10 ans, comme nouvelle directrice parlementaire du budget pour un mandat de 7 ans. Sa nomination doit encore être approuvée par le Parlement.

Le poste est vacant depuis la fin du mandat intérimaire de Jason Jacques au début mars. Le chef conservateur Pierre Poilievre a exprimé des réserves et préfèrerait que Jason Jacques soit nommé de façon permanente.

Mercredi, 295 députés conservateurs, bloquistes et une majorité de libéraux ont voté contre un projet de loi privé de la néodémocrate Jenny Kwan. Sur les 22 députés qui ont voté pour, on compte 17 députés libéraux et 5 néodémocrates.

Le projet de loi avait pour objectif de clarifier et de rendre transparentes les licences d’importation et d’exportation de pièces d’armes qui transitent par les États-Unis vers des pays auteur de crimes de guerre ou de génocide.

«Depuis le cessez-le-feu à Gaza, plus de 560 Palestiniens ont été tués. On ferme les yeux», a affirmé Jenny Kwan, qui a également pointé du doigt la situation en Iran.

Vendredi dernier, la Cour suprême du Canada a ordonné au gouvernement du Québec de modifier son règlement afin que tous les demandeurs d’asile, même sans permis de travail, aient accès aux services de garde subventionnés (centres de la petite enfance et garderies).

Égalité : Le tribunal a conclu que l’exclusion de ces familles viole le droit à l’égalité garanti par l’article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés, notamment en raison de ses effets disproportionnés sur les femmes.

Plusieurs organisations et acteurs politiques ont salué cette décision, qui constitue une victoire pour les demandeurs d’asile sans permis de travail.

Vendredi dernier, la ministre de la Santé, Marjorie Michel, a annoncé un financement de plus de 5,4 millions de dollars pour soutenir cinq organismes nationaux par l’intermédiaire du Fonds pour la santé sexuelle et reproductive.

Les organismes qui ont bénéficié de ces fonds sont :

«On n’était pas surpris des résultats comme tels. L’étude a mis en lumière des problèmes qui persistent malgré de nombreuses initiatives qui ont été mises en œuvre au cours des 20 dernières années et même avant», commente Christiane Saad, directrice du Réseau national de formation en justice (RNFJ) de l’Association des collèges et des universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui a commandé l’étude.

Le rapport final, Le marché du travail du secteur de la justice au Canada (hors Québec), publié en juillet 2025, dresse un constat préoccupant : le système judiciaire manque de personnel capable d’offrir des services en français à toutes les étapes du processus.

Le droit de la famille, le droit criminel et le droit de l’immigration sont des spécialités particulièrement touchées.

À lire aussi : La justice en français n’est pas à la hauteur des besoins

Une pénurie qui touche tout le système

La pénurie de main-d’œuvre ne concerne pas seulement les avocats et les juges; elle touche aussi les greffiers, les sténographes, les interprètes judiciaires ainsi que le personnel administratif et certains services policiers et correctionnels.

Christiane Saad, directrice du Réseau national de formation en justice (RNFJ) de l’Association des collèges et des universités de la francophonie canadienne (ACUFC). 

Photo : Courtoisie

«La situation s’est aggravée par les départs à la retraite et le vieillissement du personnel actuellement en poste, explique Christiane Saad. Il y a aussi une concurrence entre le secteur public et le secteur privé.»

Le rapport souligne que la banque de travailleurs francophones demeure insuffisante pour répondre aux besoins des communautés.

«Par exemple, en Nouvelle-Écosse, les participants à l’étude ont indiqué qu’aucun membre du personnel de soutien dans les tribunaux, comme les greffiers, les préposés ou les interprètes judiciaires, ne possède un niveau de français requis pour soutenir une instance en français», rapporte la responsable.

Elle cite aussi le Manitoba, où un justiciable francophone doit faire beaucoup de va-et-vient pour trouver la personne qui est en mesure de lui offrir des services en français.

Dans certains cas, les délais pour obtenir une audience ou des services en français peuvent être plus longs que pour les procédures en anglais. L’attente peut parfois s’étendre sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Des professionnels bilingues sursollicités

Face à ces obstacles, certains justiciables francophones choisissent de renoncer à leur droit, notamment pour éviter des couts supplémentaires ou par crainte de compliquer les démarches judiciaires.

Le rapport met également en lumière les défis vécus par les professionnels bilingues déjà en poste. Ceux-ci doivent souvent assumer une charge de travail plus importante que leurs collègues unilingues, notamment parce qu’ils doivent traiter davantage de dossiers en français ou traduire eux-mêmes certains documents.

Souvent, ils deviennent un peu l’interprète ou le traducteur de la place. Ils reçoivent plus de dossiers, mais la rémunération ou les primes qui sont faites – quand c’est le cas – restent assez modiques et ne reflètent pas vraiment les compétences de ces personnes.

— Christiane Saad

«Ça ne les encourage pas à se manifester comme personnel bilingue.»

Un manque de ressources et de formation

«Les outils de travail ne sont parfois pas disponibles en français et donc ça oblige les gens soit de les traduire eux-mêmes ou de développer eux-mêmes leurs outils plutôt que de faire leur travail; ou carrément d’utiliser des ressources en anglais», souligne Christiane Saad.

Par ailleurs, l’accès aux programmes de formation en français varie grandement selon les régions et les professions, ce qui limite l’arrivée de nouvelles recrues dans le secteur.

À cela s’ajoute une connaissance parfois limitée des droits linguistiques, tant chez certains professionnels que chez les citoyens. «Si un policier n’est pas au courant des droits linguistiques d’une personne qu’il arrête, on peut imaginer les conséquences», illustre la responsable.

L’ACUFC plaide pour un renforcement des formations juridiques en français, partout au pays, notamment dans le postsecondaire.

Insécurité linguistique

Pour améliorer l’accès à la justice en français, le rapport recommande en outre de passer d’initiatives ponctuelles à une approche plus globale.

«Les problèmes sont vraiment interreliés. Il n’y a pas seulement un manque de formation en français ou le recrutement et la rétention : tout est relié», relève Christiane Saad.

Parmi les pistes de solution envisagées figurent la valorisation des carrières juridiques bilingues et l’amélioration des conditions de travail. Combattre l’insécurité linguistique reste aussi une priorité.

«C’est un enjeu que l’on constate de façon généralisée. Certains professionnels ont moins l’occasion d’utiliser le français dans leur travail ou, justement, ils s’inquiètent de leur accent ou de leur maitrise du vocabulaire juridique. Donc on veut vraiment les aider à gagner cette confiance au niveau du français, par les formations, par le mentorat, par différents moyens.»

On a une baisse dans le nombre des personnes qui utilisent le français au travail.

Selon Statistique Canada, en dehors du Québec et du Nouveau-Brunswick, un travailleur sur dix connaissait le français et un tiers d’entre eux l’utilisait régulièrement au travail.

«C’est important d’accroitre la sensibilisation aux droits linguistiques, pour le public, les justiciables, mais aussi les professionnels, puis les informer.»

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Des professions méconnues

L’étude propose également de mieux intégrer les technologies, notamment l’intelligence artificielle, pour automatiser certaines tâches administratives et moins surcharger les employés bilingues.

«Il y a eu d’autres suggestions, comme créer peut-être des guichets francophones dans certaines provinces, mais aussi encourager la collaboration entre les professionnels», dit Christiane Saad, qui insiste sur l’importance de faire connaitre l’ensemble des professions du système judiciaire.

Quand on pense à la justice, on pense aux juges et aux avocats. Mais les gens ne connaissent pas toutes les autres professions, comme les parajuristes, les adjoints juridiques, les agents de probation, etc.

«On a aussi une approche intersectionnelle. On regarde les possibilités de collaboration avec d’autres secteurs ou d’autres domaines complémentaires», poursuit-elle, citant la santé, les nouvelles technologies ou les professions psychosociales. Ces dernières incluent l’évaluation psychologique, le soutien aux victimes, aux témoins et aux familles.

Réponse systémique, et rapide

«Ne pas agir, c’est vraiment un grand risque à la pérennité puis l’accès à la justice en français», alerte Christiane Saad.

«La pénurie va être exacerbée parce que justement il n’y a pas de relève, il n’y a pas ce partage de connaissances. Quand les gens ne connaissent pas leurs droits linguistiques et ne les exigent pas, ils ne les revendiquent pas, bien on va diluer justement l’accès et ils ne seront plus disponibles ou on risque de perdre ces droits carrément.»

Ces mesures devront s’appuyer sur un «financement stable et adéquat et pluriannuel, pas juste pour une année ou deux pour une petite initiative ici et là». Fédéral, provincial : «Chacun a son rôle à jouer», estime la responsable.

«Même si au niveau fédéral, on injecte des fonds pour développer une initiative […] c’est tout le monde qui doit en être conscient et travailler ensemble pour améliorer cette offre de service, cette qualité de service pour un accès à la justice en français, puis c’est aussi aux professions de travailler ensemble.»

«Il faut vraiment avoir une approche cohérente plutôt que d’y aller à la pièce ou de mettre juste comme un sparadrap sur un problème.»

Christiane Saad met aussi de l’avant l’idée d’un continuum dans le système d’éducation. «Ce n’est pas juste une profession de façon cloisonnée, mais […] au niveau des formations, de quelle manière on peut encourager les jeunes, avant d’arriver au postsecondaire, d’être sensibilisés aux professions qui existent.»

Le 10 mars en soirée, le chef intérimaire du Nouveau Parti démocratique (NPD) du Canada, Don Davies, a annoncé dans un message sur le site du parti qu’ils étaient «très déçus que Lori Idlout ait décidé de se joindre au caucus libéral».

«Mark Carney est notre premier premier ministre issu du Nord et, à ce moment charnière de notre histoire, je suis prête à travailler avec lui pour bâtir un avenir plus fort pour le Nunavut et pour tout le Canada», a déclaré Lori Idlout par écrit. Mark Carney est effectivement né aux Territoire du Nord-Ouest. 

Photo : CambridgeBayWeather – CC BY-SA 4.0

La députée représente le Nunavut au fédéral depuis 2021. Elle a devancé la candidate libérale par 41 voies en 2025.

«Après beaucoup de réflexion personnelle et les encouragements de ma communauté, de ma famille et de mes concitoyens, j’ai décidé de me joindre au caucus du gouvernement et de travailler aux côtés du premier ministre Mark Carney afin de bâtir l’avenir meilleur sur lequel comptent les Nunavummiut», explique Lori Idlout dans une déclaration publiée le lendemain sur le site du Parti libéral du Canada.

Elle se dit prête à travailler avec Mark Carney, même si elle a souvent critiqué le gouvernement libéral lors de ses déclarations dans la Chambre des communes.

Il s’agit de la quatrième défection au profit du Parti libéral en moins d’un an. Lori Idlout suit les traces des députés conservateurs Chris d’Entremont (Acadie–Annapolis en Nouvelle-Écosse), Michael Ma (Markham–Unionville en Ontario) et Matt Jeneroux (Edmonton Riverbend en Alberta).

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Geneviève Tellier a été surprise que Chris d’Entremont passe tout de suite au Parti libéral. «S’il siège comme indépendant, il dit : “je crois aux valeurs conservatrices, mais je n’aime pas le leadeurship actuel. Par contre, j’ai espoir que ça change un jour et je vais revenir au Parti conservateur”.» 

Photo : Courtoisie

Le choix de l’électorat

La population canadienne est divisée sur la question des transfuges. Un sondage en ligne de la firme Angus Reid dévoilait en 2018 que 42 % des répondants et répondantes croyaient qu’il ne devrait pas être permis de changer de parti politique en cours de mandat, tandis que 41 % déclaraient que la défection était acceptable.

Les critiques les plus sévères viennent souvent du parti politique abandonné. «On va leur dire [aux transfuges] qu’ils ont été élus sous la bannière conservatrice ou libérale. En changeant de parti, les électeurs n’ont pas voté pour ça», explique la professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier.

«Le contrargument, c’est que dans notre système parlementaire, on ne vote pas pour un parti, on vote pour un candidat. Le candidat, après, va choisir qui va former le gouvernement. Il y a des gens qui votent pour le candidat, puis il y a des gens qui votent pour le parti», ajoute la professeure.

Passer par l’indépendance

Une solution au mécontentement de l’électorat qui est couramment suggérée est celle de l’obligation de siéger à titre indépendant pendant un certain temps. Les personnes élues qui quittent un parti pour des raisons idéologiques le font parfois, comme Alain Rayes en 2022, lorsque Pierre Poilievre est devenu chef conservateur.

C’est entre autres la position du NPD, a rappelé Don Davies lors d’un court point de presse le 11 mars.

«Pour nous, la décision des électeurs à la boite de scrutin est un symbole sacré de confiance. Si des membres du Parlement veulent outrepasser cette décision, nous croyons qu’ils doivent retourner voir les électeurs, faire valoir leur point, et recevoir un nouveau mandat de leur part.»

Concernant la défection de Lori Idlout, il a lancé, en français, que c’était «une décision profondément antidémocratique».

La réélection est tout à fait possible

L’électorat ne tient pas toujours rigueur des changements d’allégeance quand un transfuge se présente à l’élection suivante. Scott Brison, autre député néoécossais, en est un bon exemple.

Il s’est fait élire en 1997 et 2000 sous la bannière conservatrice. Après la fusion du Parti progressiste-conservateur et de l’Alliance canadienne pour créer l’actuel Parti conservateur du Canada en 2003, Scott Brison a décidé de rejoindre le Parti libéral en affirmant que ce dernier reflétait davantage ses valeurs. Ce changement de camp ne l’a pas empêché d’être ensuite réélu comme libéral dans le comté de Kings–Hants à cinq reprises.

D’autres défections qui ont fait couler de l’encre n’ont pas entrainé de défaite par la suite. C’est le cas entre autres de Belinda Stronach, qui est passée des conservateurs aux libéraux en 2005. La libérale Leona Alleslev s’est jointe aux conservateurs en 2018 et a été réélue en 2019. Jenica Atwin, première élue du Parti vert au Nouveau-Brunswick, a joint le Parti libéral en 2021 et a été réélue la même année.

En quittant le Parti libéral pour entrer au Parti conservateur, David Emerson a créé plus de vagues en 2006. La circonscription de Vancouver Kingsway qu’il représentait a traditionnellement accordé plus de votes aux libéraux et aux néodémocrates. Alors, son passage au Parti conservateur a créé la surprise. 

En intégrant le parti dirigé par Stephen Harper, David Emerson a obtenu un poste de ministre. Le Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique a lancé une enquête. Il a finalement statué qu’aucune règle n’avait été enfreinte. David Emerson n’a pas tenté de se faire réélire en 2008.

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Entrée express a été créé en 2014 afin de réduire la file d’attente en immigration et répondre aux besoins de main-d’œuvre. En 2023, le ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a créé l’ensemble «Compétence linguistique en français» pour favoriser des candidatures francophones qui désirent s’établir à l’extérieur du Québec.

Depuis la création de ce volet, le nombre d’invitations envoyées à des locuteurs francophones pour déposer une demande de résidence permanente a rapidement augmenté.

La tendance à la hausse se poursuit pour le début de 2026. Alors que le nombre d’invitations pour une période donnée n’a pas dépassé 7500 en 2025 pour Compétence linguistique en français, 8500 invitations ont été envoyées le 6 février 2026.

Dans une réponse écrite, la conseillère en communications, Affaires publiques et communications stratégiques chez IRCC, Mary Rose Sabater, confirme que «le ministère prévoit que, pour 2026, au moins 30 % des invitations seront adressées à des candidats possédant de solides compétences en français».

Cette cible permet de «contribuer à l’atteinte des objectifs d’admission des francophones». Le Canada a légèrement dépassé sa cible de 8,5 % d’immigration francophone en 2025 pour atteindre 8,9 %. Les cibles pour 2026, 2027 et 2028 sont de 9 %, 9,5 % et 10,5 %.

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Comment fonctionne le Système de classement global (SCG)

La note finale reçue par les candidats et candidates dans le Système de classement global n’est pas déterminée par un test de compétence dans un domaine précis ou lié seulement à l’éducation. Il s’agit d’un calcul qui met de l’avant le capital humain.

Le capital humain, tel que défini en sociologie, comprend l’éducation, les connaissances, l’expertise, la famille, la culture, les langues parlées…

Des points sont attribués au dossier des demandes en fonction de l’âge, du niveau de scolarité, de l’expérience de travail, des connaissances des langues officielles du Canada, si de la famille est déjà présente au Canada, etc. Les mêmes caractéristiques chez les conjoints peuvent aussi donner quelques points.

La connaissance du français donne 50 points. En comité, un témoin a proposé d’en donner davantage – 100 ou 150 –, plutôt que de conserver une catégorie pour les francophones.

Scores ≠ compétences

Devant le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration du 9 février, le consultant en immigration canadienne, Steven J. Paolasini, a dénoncé l’utilisation d’Entrée express pour augmenter l’immigration francophone.

Pour l’avocat David Thomas, les niveaux d’immigration ont été trop élevés trop longtemps. «Et de plusieurs façons, le Canada ne s’est généralement pas donné une image de destination attirante.»

Photo : Courtoisie

Il constate que le score minimal au Système de classement global (SCG) pour que les francophones reçoivent une invitation est souvent inférieur aux scores des autres volets. De son point de vue, des personnes moins qualifiées prennent donc les places de personnes mieux qualifiées, surtout dans les STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques).

Une opinion partagée par l’avocat David Thomas, qui a longtemps travaillé dans le secteur de l’immigration. «Je comprends que l’idée du gouvernement est d’avoir plus de français au Canada, mais il le fait aux dépens de personnes qui pourraient avoir des habiletés de plus grandes importances pour le succès du Canada», explique-t-il en entrevue avec Francopresse.

Cependant, les SCG des différents volets d’Entrée express ne sont pas comparables, rappelle la professeure agrégée en géographie à l’Université d’Ottawa et spécialiste en immigration canadienne, Luisa Veronis.

«Est-ce que c’est normal d’évaluer les pays africains de la même manière que les pays européens ou d’une autre région du globe? Il y a des réalités socioéconomiques dans ces régions-là qui sont particulières», remarque Alain Dupuis de la FFCA. 

Photo : Courtoisie

«On compare des bassins différents. Donc, par rapport aux points [du SCG] et le fait [que les francophones] ont en moyenne 400 ou 422 points, ça ne veut pas dire qu’ils sont moins compétents. Ils sont quand même éduqués. C’est juste qu’ils ne sont peut-être pas des ingénieurs avec trois doctorats. C’est ça, la différence.»

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) rappelle que l’immigration francophone est en rattrapage, parce qu’elle a été désavantagée pendant des années.

«En effet, on observe que les pointages sont un peu plus bas que les autres candidatures. Mais à la base, le problème qu’on avait quand on n’atteignait pas les cibles, c’était justement parce que les candidatures francophones étaient en compétition avec l’ensemble du bassin d’Entrée express. Depuis 2023, ils ont fait des rondes de sélection où les francophones sont évalués entre eux», explique le directeur général de la FCFA, Alain Dupuis.

Il précise que les métiers visés pour les communautés francophones sont différents afin de combler des pénuries de main-d’œuvre plus spécifiques à la francophonie canadienne. Des métiers reliés à l’enseignement, à la petite-enfance, à la santé et au tourisme ont par exemple été ajoutés à la liste.

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Le nombre d’invitations influence la note minimale

En comparant des scores du SCG de quelques ensembles d’Entrée express au cours des six derniers mois de 2025, on note que le nombre d’invitations à une influence sur le score minimal pour recevoir une invitation à la résidence permanente. Plus le nombre d’invitations est élevé, plus la note minimale diminue.

En juillet, mois qui compte le plus petit nombre d’invitations pour Compétence linguistique en français, les scores sont plus élevés que pour la catégorie Santé et services sociaux, qui a plus d’invitations.

Si les notes dans la catégorie Candidats des provinces sont si élevées, c’est parce que chaque soumission reçoit automatiquement 600 points dans cette catégorie. Sans ces points, la note minimale de cette catégorie tombe sous toutes les autres.

Néanmoins, selon Luisa Veronis, comparer les pointages des ensembles est comme une «compétition entre des pommes et des oranges».

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Demande pour une autre solution

David Thomas se demande si la langue parlée est une priorité nécessaire dans Entrée express. «Ce n’est pas pour taper sur la tête des francophones, mais pour moi et d’autres, c’est peut-être une priorité mal placée quand le français en Colombie-Britannique n’est pas une compétence pour l’emploi. [Que feront] les personnes qui arrivent de l’étranger et qui n’ont pas beaucoup d’autres compétences que de parler français? Auront-elles du succès au Canada? Je crois que c’est une question légitime.»

«Je pense qu’il a des pistes de solutions dans les programmes pilotes» d’immigration, avance Luisa Veronis pour créer un système d’immigration séparé pour les francophones. 

Photo : Courtoisie – Université d’Ottawa

Aussi bien Alain Dupuis que Luisa Veronis ou Steven J. Paolasini préfèreraient voir un programme distinct pour l’immigration francophone.

«Ce n’est pas le bon outil, parce que c’est un système qui est fait pour sélectionner le capital humain, sélectionner les meilleurs candidats sur le plan de leur qualification comme travailleurs. Ce n’est pas fait en fait pour aller sélectionner les gens basés sur la langue. Et puis, l’immigration francophone a des objectifs linguistique et communautaire», explique Luisa Veronis.

«Ma position personnelle professionnelle, c’est que l’immigration francophone devrait avoir son propre système autonome» ajoute-t-elle.

La FCFA a répété cette demande au Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration.

«Il y a dans la politique d’immigration francophone d’IRCC, qui a été adoptée en janvier 2024, un engagement pour créer un programme d’immigration économique francophone distinct d’Entrée express. Et on demande que le gouvernement avance rapidement avec la mise en place de ce programme-là», indique Alain Dupuis en entrevue.

Le gouvernement veut que le Canada accueille un total de 385 000 personnes immigrantes en 2026 puis 370 000 les deux années suivantes. Même si un système spécifique pour l’immigration francophone était créé, les cibles de tous les autres programmes – plus de 200 selon Luisa Veronis – devraient être revues à la baisse.

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«Ignorance», «étonnement», «famille dysfonctionnelle», «asymétrique», «partenaire» : les participants et participants du micro-colloque «50 ans d’action et d’engagement de la FCFA du Canada : un regard québécois» n’ont pas manqué de qualificatifs pour désigner la relation qui lie les francophones du reste du Canada au Québec.

Autrement dit, «une ligne qui n’a pas toujours été droite, avec des moments de distance comme des moments de nouveaux élans de rapprochement», a résumé la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Liane Roy.

Disons-le, il y a eu des moments où nous n’étions pas sur la même longueur d’onde.

— Liane Roy

Un demi-siècle de mobilisation

En 1975, neuf associations francophones provinciales se dotent d’une voix nationale pour assurer la survie et le développement de leurs communautés : la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ).

L’organisme change de nom en 1991 pour devenir la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada.

Une exposition itinérante sillonne actuellement le pays pour mettre en lumière l’histoire de la Fédération, mais aussi ses défis actuels.

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Nationalisme et identités

«La réalité, c’est que tout a basculé dans les années 1960 […] Quand les Québécois sont devenus Québécois», s’est souvenu lors d’un panel Aurèle Thériault, directeur général de la FCFA de 1986 à 1991, faisant référence à l’émergence d’un nouveau nationalisme au Québec, qui mènera à la tenue des référendums de 1980 et de 1995.

«Avant ça, ils étaient Canadiens-Français. Nous, on était canadiens et français. On n’avait pas les mêmes parents, mais on habitait dans la même maison.»

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«Après 50 ans, y aura-t-il des retrouvailles?», a pour sa part interrogé Jean-Marc Fournier, ministre québécois responsable des Relations canadiennes et de la francophonie canadienne de 2014 à 2018, lors de sa conférence.

Il a mis en garde contre la «surenchère identitaire» de certains discours actuels au Québec, mais aussi ailleurs.

L’identité, ce n’est pas une appartenance unique, mais plurielle.

— Jean-Marc Fournier

L’ancien député plaide au contraire pour un rapprochement entre francophones, notamment dans un contexte mondial traversé par les conflits et les velléités des États-Unis voisins.

Le Canada bilingue représente à ses yeux une force, notamment sur le plan commercial et diplomatique. «L’Organisation internationale de la francophonie estime que la population francophone mondiale passera de 320 millions à 750 millions d’ici 2050. C’est demain.»

Alors qu’on nous menace d’un 51e état et que notre solidarité devant les décisions difficiles à venir sera sollicitée comme jamais, nous devrions saisir les avantages de la présence historique, fondatrice et actuelle du français au Canada […] La francophonie, ce n’est pas un problème, c’est un avantage.

Selon lui, le Québec devrait faire plus pour la francophonie canadienne, même si «des gestes ont été posés», et ne pas se contenter de regarder ailleurs, notamment quand il s’agit de langue française.

«Un tronc commun identitaire»

Tous se sont accordés sur le fait que l’affirmation des francophones et du fait français ne pouvait se faire sans l’une ou l’autre des parties prenantes.

Près de 11 millions de personnes parlent le français au Canada, dont 2,8 millions à l’extérieur du Québec.

«À Ottawa, un politicien québécois, peu importe son allégeance […], ne peut pas ignorer ou bouder les francophones du reste du pays», a souligné Manon Cornellier, correspondante parlementaire et éditorialiste à la retraite.

Elle prend l’image d’un tronc commun identitaire, autour duquel «chacun peut se développer à sa manière et créer des alliances et des solidarités qui peuvent permettre des fois de réconcilier certains intérêts».

C’est une relation du fond du cœur. C’est comme une famille. Le lien est là, on ne lâche pas d’autres membres.

— Manon Cornellier

Même quand il y a de l’incompréhension. Car cette relation présente un déséquilibre : les francophones hors Québec connaissent plus le Québec que l’inverse.

Parmi les jalons marquants, les intervenants et intervenantes ont cité la création de Mobilisation franco, une rencontre pour trouver des occasions de collaborations entre les deux francophonies. La 5e édition se déroulera à Ottawa les 4 et 5 mai prochains.

Rôle des médias

Les médias ont clairement leur rôle à jouer dans cette relation entre ces deux solitudes qui s’ignorent parfois, ont unanimement avancé les panélistes.

Les Québécois sont informés sur le reste du Canada – si on exclut Radio-Canada – presque uniquement par des traductions de la Canadian Press. Ça veut dire que les Québécois, en français, se font informer sur le reste du Canada par des anglophones.

— Manon Cornellier

Malgré quelques créneaux réservés aux actualités de la francophonie canadienne dans des émissions de Radio-Canada par exemple, cette actualité est souvent reléguée au second plan, voire à l’arrière-cour.

«La curiosité est là», observe Noémie Dansereau-Lavoie, ancienne commissaire à la langue française à la Ville de Montréal. Reste aux médias de créer des liens et des passerelles pour la cultiver.

Aurèle Thériault a de son côté rappelé l’importance des journaux locaux et des radios communautaires. Il a aussi cité les cours d’histoire comme moyens de sensibiliser et faire connaitre les différentes francophonies partout au pays.

Manque de données

Pour mieux connaitre les francophones en situation minoritaire, encore faudrait-il savoir qui et combien sont-ils. «Sur le plan de la recherche, c’est extrêmement difficile de gérer ça», remarque professeure adjointe au département de science politique de l’Université de Montréal, Evelyne Brie.

«J’ai fait beaucoup de sondages à travers le pays. J’essaie toujours d’avoir une surreprésentation des francophones, mais la réalité, c’est qu’on n’a juste pas assez de statistiques. Les erreurs standards de nos statistiques sont trop larges, on ne peut pas en arriver à des constats. C’est vraiment un élément de frustration important du côté de la recherche.»

Et l’universitaire d’ajouter : «Il y a vraiment un manquement dans la littérature scientifique en sciences politiques. Il y a un vide sur le plan technique.»

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Quid des 50 prochaines années?

La relation entre les deux solitudes a franchi un nouveau cap ces dernières années à travers les actions menées par l’ancienne ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel, et l’actuel ministre responsable de la Francophonie canadienne, Jean-François Roberge, estime Liane Roy.

«On a fait du chemin, mais il en reste beaucoup à faire», admet la présidente de la FCFA, qui rappelle que le Québec de 2026 est différent de celui de 1975, «toute comme nos communautés ne sont pas ce qu’elles étaient non plus».

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«Les 50 années de la FCFA ont été marquées par l’affront, le combat, la résilience et, assez souvent, la correction des affronts», a retracé Jean-Marc Fournier. «Personne ne considère que la mission de la FCFA est achevée. Les francophonies du Canada devront continuer le combat.»

Pour lui, «il n’est pas trop tard», les francophones doivent notamment aller à la rencontre des «francophiles qui s’ignorent».

Le progrès réel, celui qui inverse durablement les tendances géolinguistiques, ne peut pas naitre de la division en camps majoritaires et minoritaires.

— Jean-Marc Fournier

Parmi les prochains chantiers à surveiller, les panélistes ont également cité l’économie – avec la possible fin des barrières commerciales entre provinces –, l’espace numérique, l’éducation, la vie associative, la culture et l’immigration, encore et toujours.

Sans oublier la mise en œuvre de la nouvelle Loi sur les Langues officielles, a conclu le directeur général de la FCFA, Alain Dupuis.

Il espère que, d’ici 50 ans, les générations futures de Québécois et de Québécoises ne diront plus «je ne savais pas que vous existiez» en parlant des francophones du reste du Canada.

Pour la journée internationale des femmes et des filles en science, on te propose de découvrir un balado en 5 épisodes qui met en lumière l’extraordinaire parcours de cinq femmes, qui ont, chacune à leur manière, transformé le visage des technologies tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Photo : Scientist-100 at English – Domaine public

Radia Pearlman, la femme derrière Internet

Radia Perlman est née en 1951 en Virginie, aux États-Unis. Très vite, elle se passionne pour les sciences, jusqu’à obtenir un doctorat en informatique du très prestigieux Massachusetts Institute of Technology, ou MIT, pour les intimes. Après ses études, elle commence à s’intéresser à la question des réseaux informatiques. Au fil de ses recherches, elle invente le «protocole Spanning tree», la base du fonctionnement en réseau qui a permis le développement d’internet. On appelle souvent Radia Perlman, ingénieure et conceptrice de logiciels, la «maman de l’Internet». Sans elle, tu ne pourrais sûrement pas être sur ce site en ce moment!


 

Photo : Cooper Hewitt – CC BY 3.0

Susan Kare, pionnière du design d’expérience

Susan Kare est une graphiste de génie! C’est elle qui a inventé et dessiné les premières icônes du Macintosh, puis de Windows. Aujourd’hui, ses créations sont non seulement toujours utilisées par des millions de personnes dans le monde, mais elles sont aussi exposées dans de grands musées, comme le MOMA, à New York !


 

Photo : Government Art Collection – Domaine Public

Ada Lovelace, la toute première programmeuse

Née à Londres, en Angleterre, au 19e siècle, Ada aimait dès son plus jeune âge les chiffres et les mathématiques. En grandissant, elle se découvre une passion pour les machines automatisées. Avec un autre inventeur, Charles Babbage, elle va développer une machine à calculer, que Charles a bien du mal à faire fonctionner. Ada crée alors, grâce à sa maîtrise des mathématiques, une recette qui leur permettra de faire marcher cette formidable invention. Un premier (grand) pas vers l’ordinateur que tu connais aujourd’hui!


 

Photo : James S. Davis – Domaine public

Grace Hopper, la reine du logiciel

Grace Hopper, qui est née au début du 20e siècle à New York, s’intéresse dès toute petite aux mathématiques et aux sciences. Enfant, la petite Grace est curieuse et douée : elle aurait démonté sept réveil-matin, simplement pour comprendre leur fonctionnement! Après ses études, Grace devient une enseignante aux méthodes inhabituelles. Elle entre ensuite dans l’armée pour prêter main forte à son pays en temps de guerre, et commence à faire des calculs en travaillant avec un ordinateur électromagnétique. Avec ses travaux et ses recherches, elle a révolutionné la science informatique : c’est en effet elle qui a découvert comment développer des langages conçus pour des ordinateurs! Et pour la petite histoire, c’est aussi elle qui a pour la première fois utilisé le mot «bug» pour désigner un problème informatique! On raconte que c’est à cause d’un insecte qui se serait coincé dans l’une de ses machines…


 

Photo : NASA, restaurée par Adam Cuerden – Domaine public

Katherine Johnson, mathématicienne pour la NASA

Katherine Johnson, née en 1918, est une physicienne, une mathématicienne et une ingénieure spatiale américaine qui a participé aux travaux de la NASA. Grâce à elle, de nombreuses missions spatiales, dont le vol Apollo 11 vers la Lune, ont été couronnées de succès. C’est aussi elle qui a calculé parmi les premiers plans pour une mission vers Mars! Katherine Johnson a eu 100 ans en 2018, tu imagines? Ces dernières années, des livres, et même un film, ont été créés pour raconter son histoire. Elle a même reçu la médaille présidentielle de la liberté des mains de l’ancien président des États-Unis, Barack Obama.