le Samedi 31 janvier 2026

«Les changements que j’ai vus depuis une dizaine d’années, c’est complètement fou, lâche Philippe Marquis, double olympien et désormais entraineur-chef de l’équipe canadienne de bosses de prochaine génération.

Philippe Marquis a fait partie de l’équipe canadienne de ski acrobatique jusqu’en 2019. Il a participé à deux Olympiques en 2014 et en 2018. Il est depuis 2022 l’entraineur-chef de l’équipe canadienne de bosses de prochaine génération. 

Photo : Courtoisie

Le déclic survient en 2017-2018, vers la fin de sa carrière. L’été, les glaciers sur lesquels le skieur acrobatique s’entraine se dégradent à vue d’œil.

«La glace était ternie, grise, il y avait des particules de déchets», raconte-t-il en évoquant le glacier de la Grande-Motte, en France. En Colombie-Britannique, le glacier Horstman fond si vite que les zones skiables doivent être relocalisées. «Depuis trois ans, il n’opère plus et a complètement fermé par manque d’épaisseurs de neige.»

Deux exemples qui illustrent, selon lui, les effets du réchauffement climatique et, «c’est là que c’est épeurant», la rapidité à laquelle ces changements opèrent, avec à la clé des annulations de compétitions en cascade.

À lire aussi : «Je n’ai jamais vu ça avant» : les glaciers inquiètent de plus en plus les scientifiques

De 93 à 22 sites potentiels pour les Jeux d’hiver

Selon une récente étude de l’Université de Waterloo menée par le professeur Daniel Scott, sur les 93 sites actuellement équipés pour accueillir des compétitions de sports d’hiver de haut niveau, seuls 52 pourraient encore recevoir des Jeux d’hiver d’ici 2050, et 22 les Jeux paralympiques.

Les chercheurs soulignent également le rôle crucial de l’enneigement artificiel : sans lui, seuls quatre sites resteraient viables pour accueillir des Jeux d’ici les années 2050.

Des solutions existent, assure Anik Champoux, directrice des programmes et du markéting à Protect Our Winters Canada, «mais il faut faire plus que l’adaptation».

À lire aussi : Les sports d’hiver, une espèce en voie de disparition (Chronique)

Effets sur la santé physique et mentale

Entre hausse et baisse soudaine de températures, chutes de neige puis de pluie, «il n’y a rien de stable», résume Anik Champoux, directrice des programmes et du marketing à Protect Our Winters (POW) Canada. Une instabilité qui met à rude épreuve les corps, mais aussi les esprits.

«C’est toutes des petites choses qu’on peut faire, mais tous ensemble, ça peut avoir un grand impact», veut croire Anik Champoux de l’organisme POW. 

Photo : Courtoisie

«Ce n’est pas facile», confie Philippe Marquis. Il faut être flexible et «ouvert à avoir des plans qui changent à la dernière minute».

Selon lui, les nouvelles générations d’athlètes doivent être mieux préparées, tant sur le plan physique que mental, pour gérer les imprévus et des conditions de pratique de plus en plus difficiles.

Cette imprévisibilité pèse aussi sur la sécurité des pistes et crée une pression supplémentaire pour les fédérations internationales, qui doivent respecter leurs engagements envers leurs commanditaires.

«On a moins de neige et de la neige qui a souvent été conservée de l’année précédente, qui est usée, a glacé, fondu et refigé», témoigne le skieur. Une neige plus dure, et donc moins sécuritaire.

Sans disposer de données scientifiques précises, il dit avoir observé une augmentation des blessures autour de lui depuis deux ans.

De l’adaptation…

Certains athlètes font pression pour changer le calendrier et réduire leur impact carbone. «Tant qu’à voyager d’un bord à l’autre du pays, est-ce qu’on peut rapprocher certains évènements qui sont dans la même région?», propose Anik Champoux.

Elle prend aussi l’exemple des Jeux paralympiques, qui ont lieu après les JO et qui font souvent face à des conditions de neige encore plus difficiles. Pourquoi ne pas les «commencer un peu plus tôt, au mois de janvier», suggère-t-elle.

On essaie de faire beaucoup d’entrainement à un même endroit pendant une plus longue durée. Au lieu de faire trois voyages dans l’été, on essaie d’en faire deux.

— Philippe Marquis

Jules Burnotte souligne que certaines technologies pour faire de la neige artificielle consomment moins d’énergie qu’un aréna ou qu’un centre d’achat. 

Photo : Courtoisie

«Ça prend de gros changements systématiques. C’est pour ça que les athlètes s’impliquent pour être des porte-paroles, des éducateurs, utiliser leur voix» pour appeler à l’action climatique, avance Anik Champoux.

Pour elle, leur voix est d’autant plus audible qu’ils et elles sont adoubés par le public et souvent érigés en modèles au sein de la jeunesse. Ils apportent une perspective différente, sans agenda : «Ce ne sont pas des scientifiques, ce ne sont pas des gens qui sont au gouvernement.»

…à la mobilisation

Philippe Marquis l’avoue : il a commencé à s’éduquer vers la fin de sa carrière, en s’entourant de spécialistes de l’environnement. «Ça m’a permis d’avoir une communauté autour de moi pour faire un peu d’efforts de lobbying, d’en parler un peu plus sur mes plateformes, mes réseaux sociaux.»

Depuis plusieurs années, il observe une mobilisation grandissante chez les athlètes partout dans le monde et dans toutes les disciplines.

Et l’olympien d’ajouter : «Quand on en parle, quand on s’organise […] on peut avoir un impact auprès de nos gouvernements et des entreprises, qui, eux, mettent des règlementations en place et prennent des décisions.»

Lettre ouverte à Mark Carney

En octobre dernier, près de 80 athlètes du Canada ont signé une lettre ouverte (en anglais) destinée au premier ministre, Mark Carney, lui demandant de garder l’urgence climatique et la protection de la planète parmi ses priorités.

«Des Jeux olympiques aux Coupes du monde en passant par les championnats nationaux, la chaleur extrême, le recul des glaciers, la diminution de l’enneigement et la mauvaise qualité de l’air menacent et ont détruit les sites sur lesquels nous comptons et dont nous avons besoin», écrivent-ils.

L’immense vitrine dont bénéficient les athlètes – notamment lors des Jeux olympiques – pourrait être mise au service de l’action climatique. «Ce serait assez dommage de ne pas se servir de cette tribune», estime le biathlète québécois Jules Burnotte.

Il ne faut pas opposer le sport puis le climat; il faut trouver des façons de faire du sport d’élite en faisant la promotion d’une certaine sobriété.

— Jules Burnotte

À lire aussi : Le consensus sur l’action climatique est plus grand que la population le croit

Moins de neige, moins longtemps

Mais au-delà de la mobilisation, les limites physiques du terrain se font déjà sentir.

Angelica Alberti-Dufort est spécialiste en recherche et transfert des connaissances à Ouranos. 

Photo : Courtoisie

«Dans les régions les plus au sud du Québec – qui sont aussi celles où l’on trouve les principales stations de ski alpin –, on s’attend à une diminution de la neige au sol en quantité et aussi en durée», rapporte Angelica Alberti-Dufort, spécialiste en recherche et transfert des connaissances à Ouranos.

Certaines stations investissent dans la neige artificielle ou même des couvertures isolantes pour conserver la neige d’une saison à l’autre. «On fait aussi le snow farming où on déplace la neige et on essaie de mettre ça sur le glacier pour essayer de réparer les choses», décrit Anik Champoux.

Selon Jules Burnotte, les sportifs de haut niveau ont toujours trouvé des solutions pour s’entrainer et continueront d’en trouver : «Il y a toujours bien de la neige quelque part.»

En revanche, il se montre plus inquiet pour les nouvelles générations d’athlètes et la population en général, qui n’ont pas les mêmes ressources. «On peut s’imaginer qu’il y aura moins de relève.»

Réaménager les stations

L’aménagement des stations et des terrains peut également avoir un impact sur la rétention du couvert de neige, indique Angelica Alberti-Dufort. «Dans les zones très agricoles, il va y avoir de grandes étendues avec pas d’arbres. Le vent va avoir tendance à balayer la neige, donc d’avoir des haies ça peut vraiment aider à garder le couvert de neige.»

«Des fois, les stations sont prises avec des aménagements qui ont été faits il y a longtemps. Peut-être qu’elles vont commencer à réfléchir à vraiment revoir l’orientation des pistes par rapport au vent, ou planter des arbres sur les versants skiables, pour aider à réduire le vent.»

Changer le système «au complet»

Fédérations, organismes, commanditaires, équipementiers : tous ont un rôle à jouer. «Ça reste quand même timide […] Le bras de fer se fait en ce moment beaucoup auprès des athlètes qui eux se font de plus en plus vocaux», analyse Philippe Marquis.

Le skieur acrobatique souligne toutefois l’effort croissant des fédérations, «qui se parlent entre elles et essaie de mettre de meilleures pratiques en place». L’autre levier d’action reste le choix des commanditaires.

Il faut tourner nos dos aux commanditaires pétroliers et gaziers.

— Anik Champoux

Jules Burnotte milite pour des publicités tournées vers le transport en commun, les mobilités douces, le matériel usagé ou encore des centres communautaires.

«On atteindrait tellement de gens sur une échelle large, puis on rendrait en même temps le sport plus accessible en allant rejoindre des gens qui n’ont peut-être pas les moyens de s’acheter ce que les commanditaires mettent de l’avant.»

Selon lui, cela donnerait «un nouveau ton», encore peu entendu dans le sport actuellement. «C’est difficile d’être la première personne à faire un grand pas. Tout le monde fait un peu des petits pas par-ci, par-là.»

«Ça coute cher. Il y a des solutions qu’ils peuvent entreprendre, mais des fois, c’est de l’effort», conçoit Anik Champoux. «Il faut vraiment que ça soit le système au complet.»

Marion Thénault, athlète carboneutre

La skieuse acrobatique québécoise Marion Thénault s’est engagée à rendre son parcours vers Milano Cortina 2026 carboneutre. Elle essaie d’adapter ses déplacements, notamment en avion.

L’athlète intervient aussi dans les écoles pour parler de l’action climatique et collabore avec plusieurs organismes pour rendre les évènements sportifs plus écoresponsables.

Elle affirme que ses efforts lui ont permis de réduire de 27 % ses émissions de GES.

Le nerf de la guerre

Car oui, l’argent reste – encore et toujours – l’éternel nerf de la guerre. «Le sport est dans un système qui est sous-financé présentement, qui est sous haute pression et tension, autant médiatique qu’à l’interne», reconnait Philippe Marquis.

Dans ce contexte, les changements climatiques sont parfois relégués au second plan. «Les organisations sont quand même limitées en termes de ressources autant humaines que financières pour mettre de l’avant des principes de durabilité et des coresponsabilités qui vont avoir vraiment un réel impact dans l’avenir.»

Une fédération qui se coupe de revenus risque en outre de perdre de l’influence. «C’est un jeu qui se joue comme ça. Autant dans le sport que dans les médias et tous les domaines : quand on décide de jouer plus petit, on joue avec moins de ressources», tranche Jules Burnotte.

Philippe Marquis se dit à la fois craintif et confiant pour l’avenir, avec «un brin d’optimisme».

Quand on a des situations de chaos ou de changements brusques, ça force la société, les communautés, les gens, à s’adapter et à mettre sur pied des technologies ou des pratiques qui vont faire en sorte qu’éventuellement on va passer à travers.

— Philippe Marquis

Le Comité olympique canadien (COC) vient de dévoiler un plan visant, entre autres, à promouvoir la lutte contre les changements climatiques. Le mouvement est lancé… reste à voir si l’effet boule de neige suivra.

Kelly Burke sera la prochaine commissaire aux langues officielles.

Capture d’écran

FRANCOPHONIE

La nomination de Kelly Burke comme commissaire aux langues officielles a été officialisée lundi.

Son nom avait fuité dans les médias en novembre. Les comités doivent encore approuver son entrée en poste – une formalité administrative.

Kelly Burke succède à Raymond Théberge, qui tenait la barre du Commissariat aux langues officielles depuis 2017.

À lire aussi : Fin de mandat pour Raymond Théberge : «L’immigration va continuer à être un enjeu important»

Lors du Conseil de la fédération à Ottawa cette semaine, qui a réuni les 13 premiers et premières ministres provinciaux et territoriaux, le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a conclu jeudi la conférence de presse en français, après une question sur un éventuel référendum sur l’indépendance du Québec en cas de victoire du Parti Québécois.

Les affaires francophones existent dans l’Ouest aussi et partout dans le pays. Alors oui, l’élection [au Québec] est très importante. Oui, le Québec est central, il a beaucoup de pouvoir pour la francophonie mondiale.

— Wab Kinew, premier ministre du Manitoba

Il a ensuite commenté l’unité affichée par les premiers ministres présents, en plaisantant : «En conférence de presse, il y a toujours quelqu’un qui essaie de trouver la division […] Ils aimeraient que ce soit Heated Rivalry entre Doug Ford et moi-même!», en référence à la populaire série télévisée canadienne du moment.

CANADA

Alors que le Parlement a repris lundi après une relâche de six semaines, le leadeur du gouvernement à la Chambre des Communes, Steven MacKinnon, a souligné que Pierre Poilievre a «tendu la main» au gouvernement en leur offrant de «collaborer» sur plusieurs enjeux.

«On accepte sa main tendue […]. Cela veut dire qu’il faut travailler constructivement sur les lois et les faire avancer en Chambre et en comité, notamment adopter les mesures sur l’abordabilité.»

En Chambre cette semaine, les conservateurs ont largement décrié le fait que les libéraux n’ont avancé sur aucun grand projet. Ils ont également critiqué le ministre de la Justice, Sean Fraser, pour la hausse de l’extorsion au Canada.

MacKinnon a affirmé que Poilievre devrait «libérer ses députés» pour approuver plusieurs projets de loi, dont C-13 et C-14; pour protéger les victimes de crimes et la mise en liberté sous caution, entre autres.

«Aucun engagement de respecté» : De son côté, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a affirmé que le premier ministre n’avait pas tenu ses promesses, neuf mois après son élection.

Il a fait référence notamment à la fin des tarifs imposés par la présidence américaine, la renégociation des ententes commerciales et «le respect du Québec».

Les 13 premiers et premières ministres des provinces et territoires se sont réunis mercredi et jeudi à Ottawa, pour le Conseil de la fédération, présidé par le nouveau premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Bloyce Thompson.

Un message d’unité : C’est ce qu’ont envoyé les dirigeants provinciaux et territoriaux aux côtés de Mark Carney, face aux menaces toujours plus appuyées de Donald Trump.

On ne reconnait plus nos amis de longue date.

— Susan Holt, la première ministre du Nouveau-Brunswick, en conférence de presse, mercredi 28 janvier

La première ministre de l’Alberta a affirmé jeudi en conférence de presse qu’il fallait être «réaliste» quant à la construction du pipeline en Alberta et en Colombie-Britannique, pour répondre au refus de son homologue David Eby de voir ce projet avancer. 

Inès Lombardo – Francopresse

Elle s’est également inquiétée de la présence d’agents fédéraux américains de la police de l’immigration (ICE) à la frontière entre le Nouveau-Brunswick et le Maine. À Minneapolis, deux citoyens américains ont été tués ce mois-ci lors d’opérations coordonnées par des agents fédéraux d’immigration et de la police des frontières.

Tout comme le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, Susan Holt a affirmé que «rien n’était plus pareil» dans la relation entre le Canada avec les États-Unis.

Dissensions : Mercredi, les projecteurs de la rencontre se sont braqués sur la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, et le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby.

Ce dernier s’oppose toujours au projet d’un pipeline pétrolier traversant l’Alberta pour rejoindre l’Ouest et le nord de la Colombie-Britannique, malgré les pressions de Danielle Smith pour faire avancer le projet. Celui-ci a fait l’objet d’une entente signée en novembre entre la première ministre albertaine et Mark Carney.

À la recherche d’un promoteur, elle espère obtenir un tracé en juin, puis l’aval du gouvernement fédéral d’ici l’automne. Elle soutient que les Premières Nations qui seraient touchées par le projet pourraient en devenir «actionnaires».

De l’autre côté du pays, si Susan Holt a affirmé qu’elle «apprécierait» qu’un oléoduc passe par le Nouveau-Brunswick, elle a affirmé qu’il fallait respecter la volonté des parties impliquées – dont le Québec.

Sur les élections au Québec : Le premier ministre Doug Ford a exhorté les Québécois et les Québécoises à ne pas élire le Parti québécois, jugeant «inacceptable» son projet de référendum sur l’indépendance.

Il qualifie l’élection du PQ de «désastre» pour le Canada, alors que le parti mène dans les sondages. Selon lui, l’heure est à l’unité face à la guerre commerciale avec les États-Unis.

+++

Depuis jeudi, les membres du Parti conservateur du Canada se réunissent à Calgary, en Alberta, pour prendre part au congrès national qui se tient jusqu’à samedi.

Le leadeurship de leur chef, Pierre Poilievre, fera l’objet d’un vote de confiance dont le résultat devrait être connu vendredi soir.

Interrogé sur l’avenir du chef conservateur lors du Conseil de la fédération, Doug Ford a préféré ne pas se prononcer : «Je suis concentré sur l’Ontario.» Il laisse aux membres le choix de «déterminer s’ils veulent continuer avec Pierre Poilievre».

Marc Miller, ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles, a laissé savoir que les discussions avec les plateformes en ligne étaient à un stade «préliminaire».

Marianne Dépelteau – Francopresse

Interrogé sur d’éventuelles discussions avec Meta, le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles, Marc Miller, a affirmé qu’il ne commenterait rien publiquement, tout en affirmant que les échanges étaient «préliminaires».

Contexte : Les nouvelles canadiennes en ligne sont bloquées par Meta sur Facebook et Instagram depuis que le Canada a adopté la Loi sur les nouvelles en ligne, en 2023.

Les médias sont soutenus par un fonds de 100 millions de dollars financé par Google à la suite d’une entente avec le gouvernement fédéral, tandis que l’opposition et le Bloc québécois pressent Ottawa d’agir face à la domination des géants du numérique et à la montée de la désinformation.

«Porte ouverte» : La porte-parole du ministre, Hermine Landry, a toutefois indiqué que les discussions n’avaient jamais cessé : «La porte a toujours été ouverte de la part de notre gouvernement pour discuter de ces questions. Nous avons des discussions régulières avec les plateformes depuis l’élaboration de la Loi sur les nouvelles en ligne. Ce n’est pas nouveau.»

Mercredi, la Banque du Canada a annoncé qu’elle maintient son taux directeur à 2,25 %, car elle juge la politique monétaire appropriée dans un contexte de croissance modeste et d’incertitudes accrues.

Au Canada, les droits de douane et l’incertitude freinent l’activité, la croissance ayant stagné en fin d’année malgré un redressement graduel de la demande intérieure et de l’emploi, alors que le chômage reste élevé.

La Banque prévoit une croissance de 1,1 % en 2026 et de 1,5 % en 2027. L’inflation devrait rester près de la cible de 2 %.

L’avenir des communautés francophones en situation minoritaire se joue dans les espaces physiques, indique la professeure émérite en géographie de l’Université d’Ottawa, Anne Gilbert. Selon elle, la concentration géographique de la population, des organismes et des institutions constitue un levier de vitalité.

Anne Gilbert étudie les régions francophones du Canada, leur influence sur la vitalité de la communauté francophone et l’importance des espaces occupés et désirés. 

Photo : Courtoisie

Par exemple, si la population francophone de l’Ontario n’était pas regroupée dans des régions précises, son influence ne serait pas aussi importante. «Si on n’avait pas ces concentrations-là, la francophonie ontarienne serait probablement un phénomène assez marginal», affirme-t-elle. À ses yeux, les pôles de regroupement d’organismes créent une attractivité réelle qui permet de faire vivre les services et, plus largement, les communautés francophones.

Au-delà des services proposés, Anne Gilbert considère que les lieux qui réunissent des organismes francophones ont aussi une valeur symbolique. «Ça crée un genre de sentiment d’appartenance pour la communauté francophone, mais aussi, c’est comme une fierté.»

Elle indique qu’à long terme, ces endroits jouent un rôle déterminant pour leur région : ils agissent sur le plan de la géographie, en attirant la population, mais aussi sur celui des engagements, de l’utilisation du français et de la croyance dans l’avenir de cette langue.

«On est plus attiré par l’anglais, même dans les loisirs ou dans la musique qu’on écoute, […]. Donc, avoir un espace qui est beau, qui est accueillant, qui est convivial, ça peut aussi jouer dans l’appréciation publique [pour le français], et d’aider le français si on veut avoir davantage de prestige», croit Marie-Ève Forest, présidente de la firme de consultation Sociopol.

À lire aussi : Regroupement d’organismes francophones : les limites des subventions

Kip Daechsel, avocat torontois, considère la transmission du français comme une priorité familiale. Il est fier que ses fils et ses petits-enfants puissent parler en français. 

Photo : Courtoisie

La visibilité en question

Le professeur en sociologie à l’Université de Moncton, Mathieu Wade, indique que les lieux de regroupement d’organismes francophones permettent à la communauté de se voir. C’est une minorité audible, explique-t-il, donc on ne sait pas si une personne parle le français juste en la regardant.

Kip Daechsel nuance sur la question de visibilité : le Centre francophone du Grand Toronto se trouve actuellement dans un endroit « beaucoup moins accessible », au deuxième ou troisième étage.

Un moteur de collaborations

Selon Mathieu Wade, le regroupement d’organismes francophones répond aussi à la complexification du milieu associatif et facilite la collaboration entre services.

Pour Mathieu Wade, le milieu associatif francophone s’est diversifié et complexifié depuis environ 30 ans, donnant naissance à de nouveaux organismes sectoriels. Il y a donc des opportunités d’économies, car les moyens de l’associatif sont limités. 

Photo : Courtoisie

Cette proximité favorise une meilleure circulation de l’information et une coordination naturelle des actions : «[Dans ces lieux où on retrouve plusieurs services francophones], on a plein d’organismes qui se côtoient, qui cohabitent. Puis […] ils se voient, ils discutent des dossiers, ils peuvent avoir des rencontres informelles. Donc, sur le plan de la gouvernance, ça évite de travailler trop en silo», explique-t-il.

La Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse prépare un projet du genre à Halifax. Son directeur général, Jules Chiasson, explique que 12 organismes francophones sont actuellement dispersés à travers la ville.

À son avis, leur rassemblement permettrait une synergie, une visibilité accrue auprès du gouvernement et un accès simplifié aux services pour les citoyens et les citoyennes francophones aux alentours.

«Il n’y aura pas besoin de se promener d’un bout à l’autre de la ville d’Halifax [pour accéder aux différents services]», souligne-t-il. Le futur centre – qui a reçu du financement du gouvernement fédéral – permettra, selon lui, d’offrir un point de repère pour la communauté.

À lire ailleurs : Le projet du Centre de services à la francophonie franchit une nouvelle étape

L’éducation comme facteur d’attraction

Mathieu Wade évoque le modèle des centres scolaires communautaires, très présent au Nouveau-Brunswick, mais aussi dans d’autres provinces et territoires. Dans celui-ci, l’école devient un lieu multifonctionnel ouvert à l’ensemble de la population après les heures de classe, donnant accès à des bibliothèques, des salles de spectacle et des services communautaires.

Pour Anne Gilbert, la présence d’écoles et de services de garde au sein de pôles francophones constitue un facteur d’attraction pour les familles. «Autour de ça, il y avait déjà un quartier français, de la langue française, et la population de langue française augmente ici parce que ça devient un facteur d’attractivité.»

L’ancien président du projet abandonné de Maison de la Francophonie à Toronto, Kip Daechsel, souligne que celui-ci prévoyait d’accueillir la garderie Les Bouts d’Choux comme locataire principal afin de répondre à la pénurie de services de garde francophones dans la ville.

Le projet de Maison de la francophonie à Toronto comptait acheter cet édifice sur la rue Isabella. 

Photo : Google Street View

Il explique que les programmes d’infrastructure torontois ne favorisent pas présentement la construction de garderies hors du milieu scolaire. Les garderies installées dans les écoles doivent restreindre le nombre de places par manque d’espace. Résultat : des familles francophones peinent à trouver des services de garde dans leur langue, surtout dans les quartiers centraux.

Dans le plan d’affaires du projet de Maison de la francophonie à Toronto, on retrouve cette citation provenant du Commissariat aux langues officielles du Canada : «Dans les cas où le français n’est pas parlé de manière dominante à la maison, la garderie peut constituer le principal lieu de socialisation en français dans les premières années d’un enfant.»

La Place des Arts du Grand Sudbury a mis en place cette approche intégrée dès sa conception, rappelle son directeur général, Denis Bertrand. L’édifice, qui abrite sept organismes culturels francophones depuis 2022, intègre un centre de la petite enfance. Il raconte que les enfants y sont régulièrement en contact avec des artistes professionnels de disciplines variées, qui viennent animer des activités et les initient aux arts dès le plus jeune âge.

À lire aussi : Pénurie de garderies francophones : 4 enfants sur 5 sans place en français

Quand les services sont dispersés

Kip Daechsel constate qu’à Toronto, plusieurs services francophones sont éparpillés entre le centre-ville et les grands axes routiers. À ses yeux, cette répartition géographique rend difficile l’émergence de quartiers de langue française.

Du même avis, Anne Gilbert explique que cette dispersion rend la francophonie torontoise moins visible et moins accessible au quotidien. Elle empêche aussi, d’après l’experte, le développement de quartiers où les francophones auraient tendance à se regrouper.

D’après ses observations, les francophones d’Edmonton, en Alberta, sont environ deux fois plus engagés dans leur communauté que ceux de Toronto. Un écart qu’elle attribue en partie à la concentration des institutions dans la ville albertaine.

Et le numérique?

Anne Gilbert estime que la proximité géographique importe moins qu’elle avait il y a 20 ou 30 ans, car beaucoup de choses peuvent être faites avec le téléphone aujourd’hui.

Par contre, «c’est une erreur à long terme» de croire que le numérique peut remplacer les espaces physiques pour favoriser la vitalité et l’épanouissement des communautés francophones. «C’est quelque chose qui nécessite, ultimement, des êtres humains en chair et en os qui se fréquentent», constate Marie-Ève Forest.

Le professeur en sociologie à l’Université de Moncton, Mathieu Wade, souligne le besoin de rechercher l’autonomie financière pour les organismes francophones qui désirent se regrouper, car le financement gouvernemental disponible les place dans une «situation assez précaire, assez fragile».

Selon Denis Bertrand, la Place des Arts du Grand Sudbury accueille environ 40 000 personnes annuellement. 

Photo : Courtoisie

Le directeur général de la Place des Arts du Grand Sudbury, Denis Bertrand, souligne que le financement public est structurellement «insuffisant».

La directrice générale de la Maison de la Francophonie à Vancouver, Catherine Tableau, voit venir un changement de priorités de financement du secteur public : «[Dans] les années à venir, ça va être très, très compliqué parce que les objectifs des bailleurs [de fond] ne vont pas vraiment vers la culture et le communautaire, ils vont privilégier l’économique et l’armement».

Elle craint également ce qu’annoncent les récents ajustements budgétaires du fédéral, qu’elle trouve «monstrueux».

Catherine Tableau dirige la Maison de la francophonie à Vancouver depuis 16 ans. L’institution elle-même compte une quinzaine d’organismes à but non lucratif, une prématernelle et un café. 

Photo : Courtoisie

À lire aussi : Budget fédéral 2025 : rien pour la francophonie

Pour renforcer l’autonomie financière de la Place des Arts, Denis Bertrand explique la gérer comme une «petite entreprise culturelle», bien que les bailleurs de fonds reconnaissent ses valeurs culturelles, institutionnelles et économiques. Ouverte en 2022, celle-ci abrite sept organismes francophones et deux salles de spectacle.

Il explique que, lorsque son équipe et lui considèrent un projet artistique, sa première question est : «Est-ce qu’une telle activité nous aide à atteindre nos objectifs financiers?»

Catherine Tableau encourage aussi le secteur associatif à générer leurs propres revenus, notamment par la location d’espaces commerciaux ou l’offre de cours de langue certifiés. La Maison de la Francophonie à Vancouver compte une quinzaine de locataires et loue des salles de réunion et une salle de spectacle.

À lire aussi : Quand les organismes se regroupent sous un même toit pour la vitalité francophone

Mariève Forest est spécialiste des l’analyse des développements des communautés francophones en situation minoritaire. 

Photo : Courtoisie

Des promesses qui trainent

La présidente et chercheuse principale de la firme de consultation Sociopol, Mariève Forest, souligne que les subventions pour la construction ou la planification de projet de regroupement d’organismes francophones proviennent souvent d’enveloppes déjà prévues pour les infrastructures publiques en général. «Ultimement, les francophones ont droit à toutes sortes d’enveloppes qui ne leur sont pas réservées», estime-t-elle.

Dans sa lettre ouverte expliquant les raisons derrière la fin du projet de Maison de la Francophonie à Toronto en mars 2025, le président Kip Daechsel dénonce le «pingpong fatal» qui a fini par mettre fin à leurs plans.

Les paliers de gouvernement fédéral et provincial refusent parfois de s’engager avant que l’autre le fasse, créant une «inertie qui finit par tuer le projet», explique-t-il. Un risque pour tout nouveau projet qui a besoin de subventions.

«On a frappé à toutes les portes», raconte Kip Daechsel en entrevue à Francopresse. Mais ce qu’il qualifie de blocage volontaire de la part de fonctionnaires et de ministre a fini par épuiser les bénévoles et condamner le projet.

À lire aussi : Les francophones des villes fragilisés

La Maison de la Francophonie à Vancouver est un exemple de «grand succès» pour Kip Daechsel de Toronto, car elle répond aux besoins de la communauté francophone locale depuis les années 1980. 

Photo : Courtoisie

S’ouvrir pour prospérer

À la Maison de la Francophonie à Vancouver, sa directrice générale évoque que 40 % des personnes qui louent leur salle de spectacle sont soit anglophones, soit allophones, notamment des hispanophones et des sinophones. 

«On n’est pas un ghetto pour les francophones et on est vraiment un espace ouvert à toute la communauté de Vancouver», explique Catherine Tableau.

À la Place des Arts au Grand Sudbury, les clients anglophones font 60 % des réservations des salles, selon Denis Bertrand. Si un lieu de rassemblement pour les francophones est créé dans l’intention qu’il soit uniquement pour les francophones, «ce lieu-là va finir par s’étouffer», dit-il.

Le directeur explique que son équipe doit aller au-delà des subventions et créer des projets et des initiatives pour augmenter les revenus autonomes, compte tenu de la situation minoritaire de la Place des Arts. La gestion reste entre les mains des francophones et que les intérêts de la communauté francophone restent prioritaires.

Mathieu Wade soutient que «plus [une langue] est partagée, plus elle est forte», tout en prévenant que «c’est la dose qui fait le poison»; il faut doser l’influence externe pour ne pas perdre la saveur francophone du lieu.

«L’important, c’est que la gouvernance de ces lieux soit pour et par les francophones. […] Après, je pense qu’une langue, c’est comme la culture, plus elle est partagée, plus elle est forte», estime le professeur de l’Université de Moncton.

Francopresse : Quel bilan tirez-vous de vos neuf ans de mandat?

Raymond Théberge : Lorsque j’ai entamé mon mandat en 2018, je voulais assurer une présence continue des langues officielles sur la scène nationale. Et je pense qu’on a réussi à être très présents sur l’échiquier national.

C’était une période où il y a eu des changements importants dans le domaine des langues officielles avec la modernisation de la loi, auquel le Commissariat a participé proactivement.

Mais on attend toujours certains règlements.

Ce qui est important dans la nouvelle loi, c’est qu’on reconnait la vulnérabilité du français. On a une loi précise, claire, moderne. On doit poser des gestes pour assurer l’activité du français à l’échelle du pays.

On a [aussi] eu un impact sur le Plan d’action pour les langues officielles. On a fait des recommandations et on a beaucoup travaillé dans le domaine de l’immigration

L’immigration va continuer d’être un enjeu important étant donné la fragilité démographique de nos communautés.

Nous avons également entrepris des travaux de recherche dans le domaine de la sécurité publique, de la langue de travail, de l’état des lieux des communautés, etc.

Et finalement, il y a eu un travail important au niveau de la mobilisation des communautés. On a travaillé de très près avec les parlementaires pour faire progresser des langues officielles, donc un projet de société qui est fondé contre les espaces de respect, la diversité et l’inclusion.

C’est un mandat qui a été, à mon avis, très rempli. On a un travail d’équipe extraordinaire. Les intervenants ont aussi été extrêmement importants dans nos travaux.

Maintenant je passe le bâton et on s’en va à une prochaine étape de l’évolution des langues officielles.

Justement, quel est votre message pour Kelly Burke, qui prendra votre suite? Que lui léguez-vous?

Nous léguons un nouveau régime linguistique avec une nouvelle loi qui offre beaucoup de possibilités et de flexibilité pour assurer une meilleure conformité en matière de langue officielle et […] pour appuyer le développement de nos communautés.

Je pense que madame Burke apporte à cette tâche une expérience importante.

Il y a le travail qui doit se faire immédiatement au niveau des règlements. L’important, c’est d’assurer une mise en œuvre robuste de la nouvelle loi.

À lire aussi : Kelly Burke confirmée comme prochaine commissaire aux langues officielles

Cette mise en œuvre, vous l’avez en partie commentée en formulant de premières inquiétudes, notamment concernant le règlement de la partie VII de la Loi sur les langues officielles, qui cible les mesures positives pour les francophones. Est-ce que vous avez des suggestions aux parlementaires et à Kelly Burke pour bonifier ce règlement?

Je pense qu’on doit tenir compte des travaux des comités parlementaires. Par la suite, le gouvernement doit, à mon avis, écouter les propos des comités. Plusieurs intervenants – y compris le Commissariat aux langues officielles – vont faire des propositions.

La partie VII appuie le développement de nos communautés, donc on doit trouver un équilibre entre flexibilité et rigidité sur sa mise en œuvre. Ce qui est extrêmement important, c’est de s’assurer que les institutions fédérales respectent leurs obligations liées à cette partie.

Toutes les institutions fédérales ont une obligation de prendre des mesures positives, des obligations de limiter l’impact négatif de leurs décisions sur les communautés. C’est un travail de longue haleine.

Sur les nouveaux pouvoirs de sanctions pécuniaires administratives du Commissariat aux langues officielles, pensez-vous que les montants devraient être revus à la hausse? Le ministre Marc Miller s’est dit ouvert à les revoir.

Je pense que le montant qui est fixé [actuellement de 5000 à 50 000 $], qu’il soit plus élevé ou non, doit limiter la lourdeur administrative des sanctions administratives pécuniaires. À ce moment-ci, c’est très très lourd pour arriver à en imposer.

Ce que je souhaiterais aussi, c’est d’élargir le nombre d’institutions qui sont assujetties à ce règlement. Par exemple, les agents de sécurité dans les aéroports, des services frontaliers, etc. Tous ceux et celles qui sont impliqués dans ce qu’on appelle le public voyageur.

À lire aussi : Les nouveaux pouvoirs de sanctions du commissaire aux langues officielles «ratent leur cible»

Sur un autre sujet : Marc Miller a décidé de ne pas faire appel de la décision qui reconnait que le ministère dont il est responsable, Patrimoine canadien, doit consulter les communautés, ici, le conseil scolaire francophone de Terre-Neuve-et-Labrador. Mais rien ne l’oblige à prendre en compte les demandes raisonnables formulées par les communautés. Avez-vous une mise en garde particulière à faire à ce propos?

Je pars de la perspective que lorsqu’on consulte, qu’on tienne compte des propos de ceux qui sont consultés pour s’assurer qu’on a les meilleurs programmes et les meilleurs politiques pour appuyer le développement de nos communautés.

Dernière question : est-ce que vous êtes particulièrement inquiet dans les mois, les années à venir, pour les communautés francophones en situation minoritaire? Et si oui, pourquoi?

Les deux communautés en situation linguistique minoritaire, que ce soient les communautés anglophones au Québec ou les francophones hors Québec, ont leurs propres défis.

Lorsqu’on parle des communautés francophones en situation militaire, il y a toujours le défi démographique, d’où l’importance de l’immigration et de la mise en œuvre du continuum en éducation.

Lorsqu’on parle des communautés anglophones du Québec, on parle d’une communauté tout à fait différente. Ils veulent faire partie du projet de société québécois.

Je pense que ces deux communautés sont reconnues dans la Loi sur les langues officielles et on doit tenir compte de leurs spécificités.

À lire aussi : Langues officielles : il n’y a pas de choix difficile lorsqu’il est question de valeurs canadiennes (Lettre ouverte)

Les propos ont été réorganisés pour des raisons de longueur et de clarté.

«On sait que la maternelle, c’est la porte d’entrée vers le système scolaire partout au Canada», amorce la directrice générale de l’Association canadienne des professionnels de l’immersion (ACPI), Jessica Saada.

L’organisme a dévoilé en décembre dernier un rapport inédit sur la maternelle en immersion française au Canada.

«C’était un besoin vraiment important qui ressortait du terrain de connaitre davantage les enjeux, les défis, les réalités, les manières de faire à la petite enfance, particulièrement en immersion française», explique la responsable.

Fondé sur les curriculums existants, des sondages et des entrevues menés auprès du corps enseignant et de consultants pédagogiques, ce document révèle une grande disparité de structures, de modèles et de pratiques à l’échelle du pays.

Selon le recensement de 2021 de Statistique Canada, hors Québec, 1,6 million d’enfants et d’adultes de langue maternelle anglaise ou tierce ont déjà suivi ou suivaient un programme d’immersion en français au primaire ou au secondaire dans une école de langue anglaise au Canada.

Une mosaïque de curriculums

«Ce qui m’a vraiment surprise, c’est que c’est non seulement le contenu des curriculums qui est différent, mais aussi la manière dont ils sont écrits et comment ils sont présentés à travers chaque province et territoire», confie Nathalie Rothschild, qui a dirigé le rapport.

Le programme d’immersion en maternelle en français est offert dans 11 des 13 provinces et territoires, à l’exception du Nouveau-Brunswick – où l’immersion commence en première année – et du Nunavut, où elle n’est actuellement pas proposée.

Selon les régions, l’entrée se fait à 4 ou 5 ans, à temps plein ou partiel, avec un pourcentage d’enseignement en français oscillant entre 50 % et 100 %.

Les cadres pédagogiques varient fortement d’une région à l’autre. Certaines possèdent un curriculum spécifique à l’immersion, comme l’Île-du-Prince-Édouard, la Saskatchewan et les Territoires du Nord-Ouest.

L’Ontario et le Québec disposent de curriculums conçus spécifiquement pour la maternelle, offerts en anglais et en français, mais aucun ne fait référence au contexte de l’immersion. Les enseignants et enseignantes doivent souvent définir eux-mêmes les objectifs pour leurs élèves.

Dans les autres provinces et au Yukon, il n’existe pas de curriculum distinct pour la maternelle; celle-ci est abordée par matière.

Vers un soutien accru

En Alberta, le modèle de la maternelle en immersion varie d’une commission scolaire à l’autre, mais elle n’est pas obligatoire, rappelle Michael Tryon, le directeur général de la branche albertaine et de celle des Territoires du Nord-Ouest de Canadian Parents for French (CPF).

«Il y a beaucoup de recherche qui dit que l’immersion en français est un bien pour les élèves qui ont des défis», complète Michael Tryon, citant notamment l’autisme ou le trouble de déficit de l’attention avec/sans hyperactivité (TDAH).

Photo : Courtoisie

«En première année, cela cause des défis pour l’enseignant, parce qu’il y a une grande moitié de la classe qui ont un niveau de la langue, une connaissance du système d’éducation, mais il y a quelques-uns qui pour qui c’est la première fois dans une salle de classe.»

Dans son rapport, l’ACPI insiste sur la nécessité d’établir des ressources claires et adaptées pour le personnel enseignant. «Il n’y a pas de plancher, de garantie pour nos élèves d’immersion française à la petite enfance», observe Jessica Saada.

«Il y a des curriculums qui font plus ou moins explicitement des liens […] ce qui fait en sorte que ça laisse beaucoup d’ambigüité pour les enseignants qui doivent passer beaucoup de temps à créer des ressources, alors qu’ils pourraient être simplement en train de se concentrer sur l’aspect pédagogique en salle de classe.»

Au sein d’une même école, les programmes peuvent être interprétés de manières totalement différentes d’un enseignant à l’autre, relève Nathalie Rothschild.

«Il faut absolument qu’il y ait un curriculum pour la maternelle en immersion française; un document pour que les enseignants puissent voir quelles sont les attentes langagières et la réalité du contexte aussi.»

«L’idée, ce n’est pas de mettre les gens dans un carcan, mais au contraire, de leur donner suffisamment de cadres pour qu’ils puissent s’exprimer librement, en sachant qu’ils conviennent quand même aux obligations de la maternelle, parce qu’il y a ce côté d’être rassuré», ajoute Jessica Saada.

La communication et la collaboration entre toute l’équipe de l’école, de la direction aux enseignants, restent aussi indispensables, avancent les deux spécialistes.

À lire aussi : L’anglais comme langue première : où s’arrête la francophonie? (Chronique)

Selon le rapport de l’ACPI, les enseignants privilégient avant tout le vocabulaire (48 %) et la communication orale (42 %) pour l’apprentissage du français.

Pour le développement global de l’enfant, c’est le développement socioémotionnel (67 %), incluant l’autonomie et l’autorégulation, qui arrive largement en tête des priorités des enseignants.

Manque de main-d’œuvre

Toutefois, d’après Michael Tryon, l’instauration de cadres règlementaires ne suffirait pas, à elle seule, à résoudre la question de la pénurie de personnel.

On n’a pas assez d’enseignants qualifiés pour supporter le programme, spécialement dans les petites communautés. Donc, qu’est-ce qui se passe? Les conseils scolaires ont décidé de couper le programme d’immersion parce que c’est un programme de choix. On veut des standards, mais on veut le programme aussi.

— Michael Tryon

L’autre défi, notamment en milieu rural, «c’est que normalement, le programme se finit à la fin de l’élémentaire ou quelquefois à la septième, huitième année, parce qu’il n’y a pas assez d’étudiants pour avoir un programme secondaire», signale-t-il.

À lire ailleurs : Déconstruire les mythes et bâtir la confiance en immersion française (Le Franco)

Français, troisième langue

Le rapport de l’ACPI souligne également une démographie changeante au sein des classes, sur les plans culturel et linguistique, où le français devient souvent une troisième langue pour de nombreux élèves.

Jessica Saada rappelle que l’immersion permet à un plus grand nombre d’enfants d’accéder à un bilinguisme, voire un plurilinguisme à travers le Canada. 

Photo : Courtoisie

«On voit que le visage des professionnels de l’immersion française change aussi énormément […] Un nombre grandissant d’enseignants sont issus de l’immigration ou formés à l’étranger», appuie Jessica Saada.

D’autres n’ont pas le français comme langue maternelle. «En Alberta, c’est presque 50 % ou plus des enseignants qui sont eux-mêmes finissants de l’immersion», observe Michael Tryon.

Ils n’ont toutefois pas nécessairement poursuivi leurs études en français : «Il n’existe aucune règle dans la province qui dit que c’est nécessaire d’avoir une éducation postsecondaire en français pour enseigner dans cette langue.»

Mais comme il y a une pénurie, «les conseils scolaires embauchent beaucoup des enseignants qui n’ont pas la pédagogie de langue seconde», poursuit-il.

«La réalité dans les petits programmes, c’est que quelquefois, c’est nécessaire de prendre la décision d’embaucher quelqu’un qui n’a pas un niveau de français assez fort ou qui a d’autres défis pour sauver le programme parce qu’il n’y a pas assez d’appliquant.»

Or, selon Michael Tryon, la pédagogie au sein des programmes d’immersion est bien particulière.

«Dans une école francophone, c’est comme un enseignant dans une école anglophone : vous êtes spécialiste d’un sujet. En immersion, vous êtes un spécialiste du sujet, puis un spécialiste de la langue […] Ce n’est pas assez de seulement parler français.»

Parler uniquement en français, si possible

En Alberta, certaines écoles proposent à la fois des cours en anglais et un programme d’immersion en français.

«Dans les corridors, la plupart des étudiants et des enseignants parlent anglais, témoigne Michael Tryon. Mais il y a quelques conseils scolaires qui ont décidé d’avoir des écoles uniquement d’immersion française.»

Nathalie Rothschild est directrice du baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire à l’Université Concordia, à Montréal, et spécialiste de la petite enfance et ancienne enseignante en immersion française. 

Photo : Courtoisie

Dans son rapport, l’ACPI encourage l’usage exclusif du français par tous les adultes en contact avec les élèves. Mais cela n’est pas toujours possible, et Nathalie Rothschild en a bien conscience. Elle recommande, à défaut, de réduire au maximum le recours à l’anglais.

«Cela empêche vraiment des moments d’apprentissage pour les enfants d’entendre le français, en sachant que pour beaucoup d’entre eux, l’école est la seule place où ils vont l’entendre.»

Jessica Saada abonde dans le même sens : «Quand les élèves voient par exemple la direction d’école, qui n’est pas forcément francophone, faire l’effort de dire quelques mots en français, ça lance un message qui est hyper important sur la valeur de la langue et sur le fait qu’il ne faille pas être parfait pour pouvoir se lancer en français.»

À lire aussi : Résolution du Nouvel An : apprendre le français pour son développement personnel

Kevin Lamoureux, secrétaire parlementaire du leadeur du gouvernement à la Chambre des communes, a déposé le certificat de nomination après la période de questions ce 26 janvier.

Le nom de Kelly Burke avait été révélé dans les médias en novembre, sans être démenti ou confirmé officiellement par le gouvernement.

À lire aussi : La Franco-Ontarienne Kelly Burke pressentie commissaire aux langues officielles

La juriste prendra ainsi son poste d’ici plusieurs semaines, le temps que le processus parlementaire suive son cours.  

Kelly Burke succède à Raymond Théberge, qui partira à la retraite ce 28 janvier.

Ce dernier a été aux commandes du Commissariat aux langues officielles pendant près de 9 ans, après une prolongation d’un an, notamment en raison des élections fédérales en 2025.

Son mandat a été marqué notamment par la modernisation de la Loi sur les langues officielles, en 2023.

«On attend un leadeurship fort»

Pour la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Liane Roy : «C’est important qu’on ait cette nomination avant que le travail des comités se poursuive ou commence, parce qu’on est en plein dedans. (…) On attend un leadeurship fort de cette nouvelle personne.»

Pour la FCFA, le fait que Kelly Burke soit une juriste et qu’elle ait œuvré comme commissaire aux services en français de l’Ontario facilitera son entrée en poste, au moment même où les règlements, notamment ceux liés à ses nouveaux pouvoirs de sanction et celui sur les mesures positives – qui est encore à l’état de projet – devront être validés.

À lire aussi : De nouveaux pouvoirs de sanctions pécuniaires pour le commissaire aux langues officielles

En terrain connu

La Franco-Ontarienne originaire de Cornwall a été commissaire aux services en français de l’Ontario de 2020 à 2023, au sein du Bureau de l’Ombudsman. Elle avait obtenu le poste après l’abolition du Commissariat aux services en français par le gouvernement de Doug Ford. Première titulaire du poste sous cette nouvelle forme, elle a traité plus d’un millier de plaintes et enquêté sur les compressions aux programmes en français de l’Université Laurentienne.

Elle a quitté ses fonctions abruptement en mars 2023, sans qu’aucune explication ne soit fournie par elle ou par l’Ombudsman.

Avocate de formation, Kelly Burke possède une expertise en droits linguistiques et a occupé plusieurs postes de haute direction au sein de la fonction publique ontarienne.

À lire aussi : Langues officielles : il n’y a pas de choix difficile lorsqu’il est question de valeurs canadiennes (Lettre ouverte)

Les règlements qui appliquent des parties importantes de la Loi sur les langues officielles pour les francophones et qui ont été déposés à l’automne 2025 vont ressurgir sur le bureau du ministre Marc Miller pendant la session de printemps.

Marianne Dépelteau – Francopresse

Un projet de règlement présenté le 9 décembre doit encadrer une partie de la Loi sur les langues officielles modifiée en 2023 et comporter des mesures positives pour l’égalité du français et de l’anglais. Par exemple, dans l’accès à l’enseignement en français, langue première.

Il devait aussi être porteur de clauses linguistiques claires, pour garantir l’accès à l’éducation en français aux francophones établis dans d’autres provinces que le Québec.

Mais le projet de règlement a visiblement déçu le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, qui évoquait «certaines préoccupations avec les dispositions du règlement entourant les ententes».

«L’obligation qu’ont les institutions de faire des consultations est clarifiée, mais elle est grandement restreinte en ce qui concerne les mesures positives», avait-il poursuivi dans un échange avec Francopresse.

Les parlementaires pourront suggérer des modifications aux fonctionnaires du ministère jusqu’au 25 mars.

À lire aussi : Financement de l’éducation en français : la Loi sur les langues officielles n’améliore rien pour l’instant

Un autre règlement déposé en novembre à la Chambre des communes donne le pouvoir au Commissariat aux langues officielles d’imposer des sanctions administratives pécuniaires. Le pouvoir vise essentiellement des entreprises de transport canadien, soit

Air Canada, VIA Rail, Marine Atlantique S.C.C. et les aéroports.

À lire aussi : De nouveaux pouvoirs de sanctions pécuniaires pour le commissaire aux langues officielles

Le règlement prévoit trois types de sanctions : les infractions liées aux services conventionnés, avec des amendes allant jusqu’à 25 000 $; les entorses aux obligations de communication et de services au public prévues à la partie IV de la Loi sur les langues officielle, pouvant atteindre 50 000 $ et les infractions à la santé ou la sécurité du public, ciblées par des amendes variant de 5000 à 50 000 $.

Le texte «rate sa cible», ont dénoncé plusieurs organismes et collectifs francophones. Les montant sont trop bas, selon eux.

Le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, également ministre responsale des Langues officielles, Marc Miller, s’était dit «ouvert» à modifier les montants de ces sanctions à la hausse.

Le commissaire aux langues officielles Raymond Théberge prend sa retraite cette semaine, après avoir accepté de prolonger son mandat d’un an. 

Photo : Courtoisie CLO

En coulisses, le gouvernement souhaite officialiser le nom de la nouvelle personne qui succédera à Raymond Théberge au lendemain de son départ, mercredi 28 janvier.

Le choix final du nom de son ou sa successeure est pour l’instant une information bien gardée. Tout de même, le nom de l’ancienne commissaire aux services en français de l’Ontario, Kelly Burke, a coulé dans les médias cet automne. Cette possibilité n’a été ni démenti ni confirmé par le gouvernement.

À lire aussi : La Franco-Ontarienne Kelly Burke pressentie commissaire aux langues officielles

Raymond Théberge, en poste depuis 2017, a déjà accepté que son mandat soit prolongé de six mois à deux reprises depuis janvier 2025. Mais ce dernier a été clair à plusieurs reprises : il part à la retraite de mercredi 28 janvier.

«Traditionnellement, il y a une alternance entre les commissaires qui reprennent le poste entre les francophones et les anglophones», rappelle Geneviève Tellier, professeure en science politique à l’Université d’Ottawa, en entrevue avec Francopresse.

«Le fait que tout le monde présente Kelly Burke […] m’a frappée, alors qu’on se serait peut-être davantage attendu à un ou une anglophone», indique-t-elle.

Le premier ministre Carney doit encore officialiser le nom du ou de la prochaine commissaire aux langues officielles. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse (Archives)

En février 2025, l’ex-ministre de Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, avait présenté son «livre vert»; une réforme en profondeur de Radio-Canada. Il proposait par exemple la levée des frais d’abonnements aux différentes plateformes de diffusion en continu du diffuseur public, mais en contrepartie, une participation accrue des citoyens et une plus «grande indépendance vis-à-vis du gouvernement».

Le dernier budget a accordé 150 millions de dollars à CBC/Radio-Canada pour l’année 2025-2026, et la FCCF s’en était réjouie.

Geneviève Tellier anticipe que le Bloc québécois pourrait se saisir de la question, pour rappeler à Carney qu’après la scène internationale, il y les affaires courantes du Canada.

Le gouvernement pourrait ainsi présenter un projet de loi au cours de la session parlementaire pour revoir plus en détails le rôle ou le financement du diffuseur public.

«L’intelligence artificielle, c’est à peu près le seul élément concret qui ressort du discours de Mark Carney à Québec», analyse Geneviève Tellier, en référence à l’allocution du premier ministre avant la réunion préparatoire des libéraux le 22 janvier.

Les libéraux intègrent progressivement l’IA dans leur discours, notamment en comité des langues officielles, dans la lignée de ce que promet leur plateforme.

Invitée en comité cet automne, Nicole Gagnon, porte-parole de l’Association internationale des interprètes de conférence Canada (AAIIC-Canada), avait rétorqué aux députés : «L’IA n’est pas une tête pensante […]. On n’empêche pas le progrès, on n’est pas contre. C’est un outil utile à la préparation, si les interprètes reçoivent les textes à l’avance […] Mais [l’IA] n’interprète pas les concepts comme l’humour, les émotions, la culture.»

À lire aussi : La qualité de l’interprétation au Parlement sera-t-elle sacrifiée au profit de l’économie?

Le Commissaire aux langues officielles avait aussi formulé de premières inquiétudes en 2024, sous Justin Trudeau, sur l’utilisation de l’IA par le Bureau de la traduction, qui emploie les interprètes du Parlement.

Il avait réitéré ses mises en garde en octobre de la même année, dans une lettre en réponse au guide proposé par le Conseil du trésor sur l’utilisation de l’IA.

««[…] le guide fait peu mention de la façon de remédier à ces biais qui pourraient malheureusement représenter de manière disproportionnée les perspectives anglophones au détriment des perspectives francophones», avait-il écrit.

Au Canada, il y a deux langues officielles : l’anglais et le français. Mais à travers le pays, à l’exception du Québec, c’est l’anglais qui est la langue la plus parlée. Il existe quand même des communautés francophones un peu partout au Canada. Pour ces personnes, continuer à parler français demande parfois plus d’efforts, surtout quand l’anglais est présent partout autour.

Pour Divine Lobè Manga, parler en français est une façon de garder un lien avec son identité

Elle vit dans les Territoires du Nord-Ouest et vient du Cameroun, en Afrique. Le français est sa langue maternelle, mais son défi est de continuer à le parler et à l’écrire, puisqu’elle vit dans une région où l’anglais est surtout utilisé.

Elle explique : «Continuer à utiliser le français dans une province anglophone, c’est une façon de préserver la diversité culturelle du Canada. C’est un défi, mais aussi une fierté!»

L’histoire de Diannika Barker, originaire de la Barbade et installée en Alberta, est différente.

Sa langue maternelle à elle, c’est l’anglais.

Mais Diannika veut comprendre et parler avec les francophones de la province. Elle remarque : «L’un des plus grands défis est de pouvoir me pratiquer à parler et à comprendre la langue à l’oral, surtout parce que je vis en Alberta et que je ne suis pas vraiment entourée de francophones».

Pour atteindre son objectif, Diannika prend des cours avec un professeur privé.

Finalement, Tran Du Ngoc Nguyen vit au Manitoba et vient du Vietnam.

Elle aimerait améliorer son français, parce qu’elle veut enseigner dans un programme d’immersion française. «Je veux en apprendre davantage sur le Canada, la culture, les gens et la langue», explique-t-elle.

Pour s’aider, elle utilise une application, regarde des vidéos sur YouTube et écoute la radio en français dans sa voiture. Selon elle, le plus important est de ne pas abandonner. «Il faut continuer à essayer de parler en français. La pratique rend meilleur, et il ne faut pas avoir peur de faire des erreurs», dit-elle.

Et toi, as-tu pris une résolution pour l’année 2026? Si oui, laquelle?