«C’est l’un des plus grands défis : créer un changement de culture pour que la recherche réalisée en français soit autant valorisée que celle en anglais. Et développer une stratégie plus inclusive», résume la professeure émérite à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal.
La recherche en français constituerait même un vecteur de prospérité économique et une valeur stratégique pour le Canada. C’est ce que l’on peut lire dans un récent rapport du Groupe consultatif externe sur la création et la diffusion des savoirs scientifiques en français, dont Linda Cardinal est coprésidente.
Le français ne parvient pas à gagner du terrain dans la production du savoir canadien. Et malgré la progression, au Québec, de récentes initiatives pour la promotion du français – comme la Coopération en recherche dans la francophonie canadienne soutenue par l’Acfas, et les Chaires de diplomatie scientifique soutenues par le Fonds de recherche du Québec— le contexte axé sur la performance et la compétition s’avère plutôt défavorable au français.
C’est l’économie du prestige qui prime, «basée sur le volume des publications au sein des magazines anglophones de renom. Ces biais de performance poussent les chercheurs à publier en priorité en anglais», souligne la coprésidente.
Et le financement fédéral va majoritairement aux universités les plus compétitives – 15 des 90 universités recevraient près de 80% des subventions canadiennes, dont seulement deux francophones et une bilingue, selon la Pre Cardinal.
C’est en plus du fait que les revenus des universités québécoises sont en recul – les subventions et les contrats du fédéral sont passés de 46 % à 40 % de leurs revenus entre 2000 et 2023.
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Cette situation diminue la «découvrabilité» de la recherche francophone canadienne, tout comme la place du français dans les communications scientifiques et même dans les congrès.
Ces derniers se déroulent en effet de plus en plus en anglais «only», même à Montréal.
Cela développe un sentiment d’imposteur chez de nombreux collègues. Le français est souvent exclu de l’avancement de la science au pays, malgré les obligations législatives du gouvernement fédéral
Les établissements en milieu minoritaire seraient particulièrement affectés. «Les témoignages que nous avons recueillis montrent une dévalorisation systématique des réalités locales – par exemple, l’étude de la santé mentale des migrants francophones à Moncton ou d’autres enjeux que vivent les minorités francophones hors Québec. L’étude des réalités locales est trop souvent vue comme non pertinente et une coquetterie.»
Cette faible valeur accordée aux études liées aux groupes identitaires et à la recherche en milieu minoritaire, détourne les jeunes chercheurs de ces champs de recherche.
En fait, plus largement, les jeunes chercheurs francophones seraient particulièrement isolés dans les milieux de recherche où le français s’avère minoritaire au Canada. Peu de réseaux collaboratifs et de masse critique dans leur langue nuirait également à de la socialisation scientifique en français.
Par ailleurs, près de 40 % des 117 revues québécoises savantes publiant majoritairement en français ne bénéficient d’aucun financement gouvernemental. Enfin, malgré le Programme d’aide à l’édition savante, le livre, particulièrement crucial en sciences humaines et sociales, est insuffisamment soutenu, relève le rapport.
Ce manque de soutien institutionnel nuirait aussi au développement d’activités «science et société» en français. La vulgarisation reste d’ailleurs, en français comme en anglais, une activité peu valorisée dans le milieu académique, sans reconnaissance dans l’évaluation et la promotion des chercheurs.
Mais la vulgarisation en français, en plus, se montre peu attrayante pour la relève et pour des chercheurs plus expérimentés, en raison de la marginalisation des ouvrages francophones.
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Linda Cardinal
Cela prend donc un changement de culture pour mieux valoriser le français, comme on peut le lire dans la liste des recommandations du rapport.
Cela, en vue de l’élaboration d’une stratégie fédérale pour faire progresser la recherche et l’usage du français. «Avec une vision plus globale que juste la recherche : enseigner en français, diriger des thèses, réviser les thèses et même en faire la langue de laboratoire… Il faut s’assurer que chaque étape puisse être valorisée en français», soutient la Pre Cardinal.
Le rapport identifie 12 mesures à mettre en place, dont la création d’un secrétariat de coordination de la recherche en français (SCRF) et d’un Fonds d’appui et de valorisation de la recherche en français (FAVRF).
Cette stratégie devra faire la promotion des talents francophones, mais aussi des infrastructures existantes, comme la plateforme Érudit, en plus de hausser son soutien à l’édition savante en français.
«Il nous faut une vision inclusive avec la création d’une lentille francophone, dotée de directives claires et de financement dédié – par exemple, l’obligation de produire des résumés en français de toutes les recherches financées par le fédéral», note la coprésidente du rapport.
Le gouvernement devrait également s’acquitter de l’obligation de reconnaitre le français, comme langue scientifique et vectrice de la prospérité économique du pays, ajoute-t-elle.
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C’est un rapport qu’accueille favorablement Christian Agbobli, vice-président recherche, direction scientifique – secteur Société et culture, au Fonds de recherche du Québec.
«C’est salutaire que ce rapport existe. Il s’agit d’un bijou assez caché qu’il faut diffuser largement, particulièrement en contexte minoritaire où il faut appuyer les scientifiques francophones». Son souhait est que le gouvernement fédéral applique les recommandations du rapport pour «mieux soutenir financièrement la recherche en français, même si c’est avant tout symbolique, parce que c’est important pour notre société».
Les 40 millions $ réclamés par le rapport représentent moins de 5 % de la somme allouée en 2026-27 au secteur «innovation, sciences et industrie» dans le dernier Budget fédéral.
Même si l’anglais demeure actuellement la langue de la recherche scientifique mondiale, il faut promouvoir le français et le multilinguisme, car «la recherche est transversale, intersectorielle, intercontinentale», ajoute M. Agbobli. Et le français est, après tout, l’une des cinq langues les plus parlées dans le monde.
Favoriser la recherche en français «aura des conséquences sur tout l’écosystème, des maisons d’édition jusqu’à l’expertise des chercheurs locaux, ainsi que sur les politiques et la société en général. Faire la promotion de la diversité a même un impact concret sur le libre accès aux contenus scientifiques : cela permet d’être lu jusqu’au Congo, et ça permet la circularité des idées et du savoir», affirme encore l’expert.
Ce gros rocher est en fait une œuvre d’art fabriquée avec des milliers de kilos de plastique recyclé. Malgré son apparence surprenante et presque digne d’un film de science-fiction, il s’agit d’une sculpture faite avec des déchets de plastique!
Elle a été créée par Sans façon, un duo d’artistes de Calgary, en Alberta, formé de Tristan Surtees et Charles Blanc.
Les artistes ont installé trois gros rochers dans différents endroits de Saskatoon, en Saskatchewan. Ces sculptures s’appellent Modern Erratics. Mais pourquoi des rochers?
Parce que les artistes se sont inspirés des blocs erratiques glaciaires. Il s’agit de gros morceaux de roche que les glaciers ont transportés sur de grandes distances avant de les laisser derrière eux.
Les rochers de Sans façon racontent toutefois une histoire bien différente. Ils parlent de… nos déchets!
Pour créer les trois sculptures, les artistes ont utilisé plus de 4 500 kg de plastique récupéré dans les Prairies! C’est le poids d’un éléphant adulte!
L’une est faite de sacs de plastique noirs et blancs utilisés dans les fermes.
Une autre est composée de capsules de bouteilles colorées.
La troisième, la plus grosse, est fabriquée avec d’anciennes poubelles de Saskatoon qui ont été déchiquetées.
Les artistes ont travaillé pendant trois ans pour transformer tous ces déchets en sculptures monumentales.
«L’œuvre est une invitation à réfléchir à la Saskatchewan, à ses paysages, aux matériaux que nous utilisons et à la manière dont nous les consommons», a expliqué Tristan Surtees au journal L’Eau vive.
Et toi, as-tu déjà fait une œuvre d’art avec des matériaux recyclés? Laquelle?
Source : L’Eau vive
Une charrue, c’est une machine agricole tirée par un tracteur. Elle sert surtout à retourner et à préparer la terre avant qu’on y plante des graines.
Chaque charrue ancienne possède une ou plusieurs pièces courbées appelées «versoirs». Ce sont eux qui entrent dans la terre et la retournent.
L’idée de battre un record Guinness vient de François Latour. Lui-même fermier, il souhaitait ainsi rendre hommage aux agriculteurs de Saint-Albert, une région de l’Est de l’Ontario où l’agriculture occupe une grande place.
«Travailler la terre, on le fait depuis des années, chez moi. C’est une tradition qui m’a donné envie de créer ce grand rassemblement», explique-t-il.
L’objectif était de battre un ancien record qui avait été établi au Manitoba, en 2010. À ce moment-là, des tracteurs avaient tiré 66 charrues.
Pour accomplir cet exploit, les organisateurs ont assemblé des dizaines de vieilles charrues. Elles étaient reliées par une longue poutre métallique de près de 100 mètres. En tout, on retrouvait 83 charrues.
Le 22 août, devant 3000 personnes, quatre tracteurs les ont ensuite tirés, pour les faire avancer. Et ils ont réussi!
François Latour a rassemblé 83 vieilles charrues pour établir un record.
Au total, les charrues ont été tirées pendant environ 11 minutes. Mais derrière ces quelques minutes se cachent des centaines d’heures de travail. François Latour et son équipe préparaient leur projet depuis longtemps.
«Ça fait cinq ans qu’on travaille là-dessus», précise-t-il.
Son équipe était composée de bénévoles et de personnes qui connaissaient bien l’agriculture ancienne et ce genre de charrues. Ensemble, ils ont imaginé et construit l’immense machine.
Et devine quoi! Ce n’était pas le premier record Guinness de François Latour!
«Jamais deux sans trois! C’est mon troisième record. Les deux précédents étaient avec des moulins à vent», se souvient-il. Impressionnant, non?
Mais ce qui rend l’agriculteur particulièrement fier, c’est d’avoir réussi à rassembler des gens de partout.
«On avait des anglophones, des francophones, des Québécois, des Ontariens… Au final, tout le monde parlait le même langage : celui de l’agriculture! On tirait tous dans la même direction, avec le même but», lance François Latour.
Et toi, si tu pouvais battre un record Guinness, lequel choisirais-tu?
Lors d’un webinaire organisé par l’Observatoire en immigration francophone au Canada (OIFC), la professeure émérite à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal, a présenté les résultats d’une recension de 294 articles universitaires consacrés à l’immigration francophone au Canada depuis 2016.
Son analyse met en lumière un champ de recherche traversé par une tension entre une conception de l’immigration d’un point de vue strictement utile à l’économie et un impératif moral fondé sur l’expérience humaine que vivent les personnes qui s’installent dans les régions francophones du Canada.
Linda Cardinal dresse un portrait de la recherche en français sur l’immigration francophone ces dernières décennies.
En 2023, «les travaux des milieux universitaires étaient très peu connus», remarque la chercheuse. «Les gens savaient que ça existait, mais on avait peu accès à leurs travaux.» L’initiative de l’OIFC vise à rapprocher ces deux publics.
«Cette recension arrive à point nommé, parce que ça nous permet, trois ans plus tard, de proposer une vision d’ensemble de la recherche.»
Immigration francophone au Canada : «Ici, c’est oui, mais non»
«Il y a un avant et un après 1960», amorce Linda Cardinal. «Avant, on avait une approche très racialiste de l’immigration et on est passé dans les années 60 à une approche fondée sur le capital humain.»
Dans les années 1980, avec la montée du néolibéralisme émerge l’idée d’une «approche utilitaire» de l’immigration, qui doit aussi servir l’économie du pays. En parallèle, dans les années 1990, la francophonie change aussi de discours sur l’immigration.
«Avant 1990, on s’intéresse beaucoup au rapport entre immigration et multiculturalisme. On se pose la question : “est-ce que l’immigration vient renforcer le multiculturalisme au détriment de la francophonie, ou est-elle compatible avec le bilinguisme?”»
Mais à partir des années 1990, ce discours s’efface progressivement au profit d’une réflexion plus systématique sur l’immigration et son importance pour répondre aux besoins des communautés francophones.
Un virage amorcé à la fois par la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), le Commissariat aux langues officielles et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).
Ce qui est intéressant du point de vue de la recherche, c’est que ce sont ces instances communautaires, gouvernementales qui vont lancer le secteur de la recherche en immigration francophone.
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Puis, en 2008, viennent les premières cibles en matière d’immigration francophone, témoignant là encore d’une vision utilitaire, illustre la chercheuse. La recherche s’intéresse toutefois de plus en plus aux réalités vécues par les personnes immigrantes et aux conditions de leur intégration.
Cette tension sous-tend encore jusqu’à aujourd’hui les travaux liés à l’immigration francophone.
D’un côté, on veut planifier l’immigration en fonction de secteurs ciblés, pour combler les pénuries de main-d’œuvre. De l’autre, on s’attache à accompagner les nouveaux arrivants et favoriser leur intégration, comme la création des communautés francophones accueillantes.
Contrairement à leurs homologues francophones, les chercheurs anglophones «peinent à intégrer la francophonie canadienne dans la représentation de l’immigration au Canada», souligne Linda Cardinal.
La politologue a notamment voulu vérifier comment les travaux anglophones traitent de l’immigration et s’ils tiennent compte du caractère bilingue du pays. Elle constate que la reconnaissance des acquis, un thème largement étudié en anglais, est rarement abordée sous l’angle linguistique.
«Souvent, on va insister sur l’importance de donner des cours d’anglais aux immigrants, mais jamais des cours de français.»
«C’est comme si la recherche en anglais ne savait pas qu’il y a une francophonie canadienne», résume-t-elle. Si le Québec est généralement pris en compte, les besoins des communautés francophones hors Québec demeurent largement absents de ces travaux.
Linda Cardinal observe même des «ressacs» dans la recherche. Elle cite notamment les débats entourant le programme Entrée express, où l’attribution de points supplémentaires pour la maitrise du français a parfois été présentée comme susceptible de favoriser l’admission de candidats moins compétents. Une façon, selon elle, de continuer à associer la francophonie aux compétences plutôt qu’à la diversité linguistique.
«C’est un angle mort de la recherche en anglais», conclut-elle.
Certains chercheurs et chercheuses réfléchissent à l’identité des personnes immigrantes et à leur sentiment d’appartenance à plusieurs cultures, mais aussi aux relations entre colonisation et décolonisation et à la manière de les intégrer au récit de la francophonie.
Au niveau des thèmes abordés, Linda Cardinal dégage deux tendances : le questionnement sur l’identité et l’omniprésence de l’école.
«L’école, c’est le principal lieu d’expérimentation, d’inclusion et de tension pour les familles immigrantes», dit Linda Cardinal.
«Ce que je trouve intéressant, c’est qu’on n’étudie pas tant les politiques d’immigration que les acteurs communautaires et les besoins des immigrants», ajoute-t-elle.
Une autre spécificité de la recherche en immigration francophone réside dans son approche très ancrée dans le terrain, notamment par le recours aux entretiens et la formulation de recommandations.
«C’est une recherche qui ne finit pas avec des propositions théoriques, mais qui finit toujours avec des propositions de recommandations. Ça, c’est vraiment frappant», partage Linda Cardinal.
Malgré le statut officiel du français et la reconnaissance de sa vulnérabilité, la langue continue d’être perçue comme un obstacle à l’immigration francophone au Canada.
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Parmi les pistes de recherche à venir, Linda Cardinal cite de nouveaux besoins et enjeux à documenter, comme le logement, l’accès aux nouvelles technologies et les réalités vécues par les femmes immigrantes ou les étudiants étrangers.
Les nouvelles politiques d’immigration et les cibles qui vont avec représentent aussi des avenues à explorer.
Avec les informations de Julien Cayouette
FRANCOPHONIE
Droits collectifs Québec (DCQ) portera en appel la décision de la Cour fédérale dans sa poursuite contre le Bureau du registraire de la Cour suprême du Canada. L’organisme demande que le plus haut tribunal du pays traduise les quelque 6000 jugements rendus avant 1969.
Dans sa décision rendue en juin, le juge de la Cour fédérale estime que les jugements font partie du processus judiciaire. Contrairement aux communications, ils ne seraient donc pas soumis à la Loi sur les langues officielles.
Interprétation étroite : DCQ argumente que ce jugement ne respecte pas les interprétations plus généreuses de la portée de la Loi rendues lors de causes précédentes et qu’il crée un dangereux précédent pour les droits des minorités linguistiques.
Rappelons que la Cour suprême a retiré les anciens jugements unilingues de son site Web en 2024 et s’est engagée à traduire 24 causes ayant une importance historique.
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a déposé cette semaine son Livre blanc des états généraux de l’Ontario français. Elle interpelle le gouvernement fédéral dans trois recommandations.
Réorganiser le financement : L’AFO propose de revoir le modèle de financement des organismes francophones en créant des volets différents pour la gestion courante et pour les projets en plus de préconiser des ententes de 5 ans.
Plus de transparence : Il faudrait améliorer la coordination et la reddition de compte des ententes sectorielles entre les provinces et territoires avec le fédéral.
Immigration distincte : La francophonie de l’extérieur du Québec a besoin de son propre programme d’immigration économique, avec des cibles distinctes et un financement prévisible pour l’intégration.
L’AFO ne demande pas de réponses, mais souhaite que les fonctionnaires fédéraux lisent le Livre blanc pour participer à la suite des discussions.
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CANADA
Lundi, les libéraux ont remporté avec facilité les circonscriptions de Chicoutimi–Le Fjord (Québec), North Vancouver–Capilano (Colombie-Britannique) et Beaches–East York (Ontario).
Ils solidifient ainsi leur majorité à la Chambre des communes, avec 173 députés, contre 138 conservateurs, 21 du Bloc québécois, 5 du Nouveau Parti démocratique et 1 du Parti Vert.
Six élections partielles à venir : Actuellement, cinq sièges sont à pourvoir. Le conservateur Larry Brock doit également quitter le Parlement le 18 septembre. Le premier ministre devra donc déclencher six élections partielles d’ici six mois.
Rien que cette semaine, trois sièges sont officiellement devenus vacants : celui de la conservatrice de la Saskatchewan Cathay Wagantall, du Québécois libéral Steven Guilbeault, de même que celui du Québécois néodémocrate Alexandre Boulerice.
Le ministre des Finances et du Revenu national, François-Philippe Champagne, a prolongé la suspension de la taxe équivalente à 10 cents sur l’essence et 4 cents sur le diésel jusqu’en janvier 2027.
Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a annoncé mercredi la prolongation de la suspension de la taxe sur l’essence et le diésel jusqu’au 31 janvier 2027.
Un taux correspondant à 50 % du taux régulier de la taxe entrera ensuite en vigueur du 1er février au 31 mars 2027. L’absence de cette taxe fait économiser 10 cents par litre d’essence et 4 cents pour le diésel.
La décision de suspendre cette taxe était intervenue en avril dernier, lors de la flambée des prix causée par la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz. La suspension devait prendre fin le 7 septembre.
Critiques : Pour des experts, l’exemption serait un recul environnemental parce qu’elle n’encourage pas le ralentissement de la consommation de l’essence. Elle n’aurait aussi que peu d’impact sur les ménages canadiens, car les prix restent élevés à la pompe.
Le premier ministre, Mark Carney, a annoncé jeudi un investissement fédéral de plus de 4,7 milliards de dollars permettant à VIA Rail d’acquérir 313 nouvelles voitures de trains voyageurs auprès d’Alstom Canada.
Fabrication canadienne : Ces voitures seront fabriquées à Thunder Bay (Ontario) et à La Pocatière (Québec). Elles seront conçues à Saint-Bruno-de-Montarville, au Québec.
Une manière pour le gouvernement Carney de renforcer sa politique, de s’approvisionner au Canada et de montrer son éloignement des États-Unis, près de deux semaines après le bris des négociations et l’annonce de la riposte tarifaire du Canada.
C’est d’ailleurs la première fois en 40 ans que ces voitures seront construites au Canada, a précisé le premier ministre lors de l’annonce.
Selon le gouvernement, le projet devrait créer près de 700 emplois en Ontario et au Québec, générer 1,6 milliard de dollars de retombées économiques et s’appuyer sur le réseau de plus de 900 fournisseurs canadiens d’Alstom, dans l’esprit de la politique «Achetez canadien».
INTERNATIONAL
Le 31 aout, le ministère Affaires mondiales Canada a fait état «d’environ 30 Canadiens et résidents permanents […] dont le sort et le bienêtre n’ont pas encore été confirmés», après les crues dévastatrices d’une rivière au Népal et dans la région autonome du Tibet.
Des mises à jour sur le site du ministère seront faites «à mesure que l’information sera disponible», selon un communiqué.
Aide humanitaire : Vendredi dernier, le Canada a accordé une aide humanitaire de 5 millions de dollars pour aider à fournir de la nourriture d’urgence, des abris, des services d’approvisionnement en eau, d’assainissement et de santé, via notamment la Croix-Rouge et des organisations non gouvernementales canadiennes.
C’est ce que suggère une étude britannique publiée en juin, qui conclut que la désinformation serait près de trois fois plus importante dans les régions qui ont peu de médias locaux reconnus ou n’en ont plus. Les auteurs, associés au groupe de réflexion Social Market Foundation, s’appuient sur 125 000 messages publiés sur des groupes Facebook locaux, sur X et sur Nextdoor —un réseau social qui se spécialise dans les communautés locales.
Sur Facebook et X, les deux sujets les plus souvent ciblés par de la désinformation étaient l’immigration et l’islamophobie. Des « pics » de désinformation ont été identifiés autour d’élections locales.
L’étude pointe du doigt des groupes soi-disant locaux qui citent de fausses communications des municipalités et de fausses accusations visant des élus, en plus de publier du contenu généré par l’IA.
Le point de départ de cette recherche était une préoccupation qui n’est pas propre aux Britanniques: celle des « déserts informationnels », soit des villes ou des régions dont les médias traditionnels sont disparus.
Un tel désert a-t-il un impact sur la politique? La réponse est affirmative, et ça a même pu être mesuré.
Dans cette même optique, il y a maintenant plusieurs années qu’on identifie, aux États-Unis et au Canada, le phénomène des « faux journaux »: des centaines de sites qui se donnent l’apparence d’un journal local mais ne sont là que pour défendre des prises de position conservatrices, ou défendre une industrie.
Ce texte fait partie de notre série sur Les coulisses de la désinformation en science
L’organisme estime que la juge Denise A. LeBlanc a interprété la Loi sur les langues officielles (LLO) de façon plus étroite que d’autres causes qui ont fait jurisprudence. En commençant par l’arrêt Beaulac, où la Cour suprême elle-même a déterminé que les droits linguistiques doivent toujours être interprétés le plus généreusement possible pour favoriser l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire.
«Droits collectifs s’inquiète du potentiel de précédent jurisprudentiel que cette décision pourrait entrainer en restreignant la portée effective des droits linguistiques», relève Droits collectifs Québec (DCQ) dans son communiqué.
«D’abord, l’organisme estime que la décision de première instance est affectée par un certain nombre d’erreurs de droit et d’interprétation juridique déterminantes justifiant de faire appel», indique-t-il.
Dans les documents de cour, consultés par Francopresse, DCQ identifie six «erreurs de droit» pour justifier sa demande à la Cour d’appel fédérale. Quatre concernent la Loi sur les langues officielles.
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Avant l’adoption de la Loi sur les langues officielles (LLO) en 1969, la Cour suprême n’était pas tenue de rédiger ses jugements dans les deux langues officielles. La majorité des quelque 6000 jugements ont été écrits en anglais, environ 29 % mélangent l’anglais et le français. Les jugements sont alors tous disponibles sur le site Web de la Cour suprême du Canada.
En 2019, une plainte est déposée au Commissariat aux langues officielles (CLO) pour vérifier s’il y a violation de la LLO. Le commissaire conclut que oui en 2023.
En juin 2024, le juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner, répond qu’ils n’ont pas les ressources humaines ou monétaires pour traduire une si grande quantité de textes juridiques. De plus, puisque les juges ne sont plus vivants pour approuver les traductions, ces versions ne seraient pas officielles.
À l’époque, le professeur de droit à l’Université d’Ottawa, François Larocque, a rappelé que la Cour suprême a elle-même déterminé dans le passé que «les inconvénients administratifs et financiers ne sont généralement pas des excuses valables» pour refuser de respecter les droits des minorités linguistiques.
En septembre 2024, le CLO demande pour une deuxième fois la traduction des jugements après l’étude d’une deuxième plainte, celle-ci déposée par Droits collectifs Québec (DCQ) à la fin de 2023. La Cour refuse toujours.
Le 1er novembre 2024, DCQ dépose une poursuite contre le Bureau de la Registraire de la Cour suprême du Canada devant la Cour fédérale afin de faire reconnaitre l’infraction contre la Loi sur les langues officielles.
Quelques jours plus tard, les anciens jugements sont retirés du site Web de la Cour pour, en quelque sorte, respecter la LLO. La Cour suprême annonce également qu’elle commencera la traduction de 24 des plus importants jugements à l’occasion de son 150e anniversaire en 2025.
Le 2 juin, la Cour fédérale rend sa décision concernant la poursuite de DCQ : les jugements n’ont pas besoin d’être traduits.
Étienne-Alexis Boucher est directeur de Droits collectifs Québec et à l’origine de la plainte de 2023 et de la poursuite déposée en 2024 contre le Bureau de la Registraire de la Cour suprême du Canada.
La juge LeBlanc a déterminé en juin que les anciens jugements ne constituent ni des «services» ni des «communications au public» qui nécessitent d’être traduits sous les exigences de la partie IV de la LLO. Ce sont plutôt des extensions du processus judiciaire, même lorsqu’ils sont rendus publics sur un site Web.
Elle a également déterminé que les jugements étaient seulement soumis à la partie III de la LLO, concernant l’administration de la justice, et non à la partie IV, concernant les communications avec le public et la prestation des services.
DCQ avance que ces interprétations de la LLO par la juge sont erronées dans sa demande d’appel.
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Le projet de loi C-21, qui porte le Traité concernant la reconnaissance et la mise en œuvre de l’autonomie gouvernementale des Métis de la rivière Rouge, ne mentionne pas l’histoire, la culture, ni même la langue française des Métis.
Cette absence met en lumière des désaccords entre les francophones de l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba (UNMSJM), d’un côté, et la Fédération Métisse du Manitoba (MMF) et le gouvernement fédéral, à l’origine du traité.
Lors de la préparation du projet de loi, plusieurs sources affirment que le gouvernement fédéral n’a parlé qu’à la MMF, en ignorant d’autres voix métisses, dont celle de l’Union.
Une plainte à l’étude auprès du Commissariat aux langues officielles
La personne qui a déposé la plainte allègue que le ministère des Relations Couronne-Autochtones a manqué à ses obligations prévues à la partie VII de la Loi sur les langues officielles.
Le ministère n’aurait pas tenu compte des droits linguistiques des Métis d’expression française ni de leur représentation au Manitoba dans le cadre de la négociation et de l’élaboration du traité.
Selon la personne plaignante, le texte ne prévoit pas de garanties suffisantes quant au statut du français, à l’offre de services et aux communications dans la langue au sein de la communauté.
Elle estime que c’est le rôle de ce ministère de veiller à ce que les Métis d’expression française bénéficient d’une représentation, de privilèges et d’un financement équivalent à ceux dont bénéficient les Métis d’expression anglaise.
Le Commissariat a jugé la plainte recevable et mène actuellement l’enquête.
Éric Plamondon affirme que la partie francophone est un « segment de l’histoire des Métis ».
Reconnaissance de l’histoire et de la culture francophones
L’UNMSJM veut que la culture et l’histoire francophones au sein de la Nation métisse fassent partie des conversations avec la MMF et le gouvernement fédéral, sans pour autant réclamer officiellement une modification au projet de loi C-21.
«On veut célébrer justement l’implémentation du Traité [porté par C-21, NDLR]. Mais c’est aussi possible de dire que le travail n’arrête pas au Traité. Il y a des choses absentes du traité, mais ça ne veut pas dire qu’on a besoin de le modifier. On peut l’adopter tout en ayant aussi un but de reconnaitre l’un et l’autre», expliquait fin aout en entrevue avec Francopresse le vice-président de l’Union, Éric Plamondon, après la publication de la lettre.
Dans une lettre ouverte envoyée à ses membres, la semaine dernière, la présidente de l’UNMSJM, Crystal Desrosiers, dit vouloir que l’Union soit reconnue et avec elle, «l’histoire des Métis francophones et mitchifs de la Rivière-Rouge au cours des 140 dernières années».
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Le président de la MMF, David Chartrand, affirme que le traité est traduit en français. L’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba demande plutôt une reconnaissance plus importante de son rôle dans l’Histoire.
Plus qu’une question de traduction
Le président de la MMF, David Chartrand, voit les choses d’un autre œil. En entrevue avec Francopresse à la mi-aout – soit avant la publication de la lettre de l’Union – il a balayé la demande l’UNMSJM : «[Inclure le français est] déjà prévu dans le texte de la Déclaration des Nations Unies, nous n’avons pas à nous demander si cela figure ou non dans notre traité, car c’est déjà le cas. […] Mais je ne peux pas me contenter d’être un gouvernement dont le seul rôle serait de protéger une seule langue.»
Le texte du traité est d’ailleurs disponible en anglais en en français, dit-il.
«Je parle couramment le saulteaux. Plus au nord, mon peuple parle couramment le cri. […] Plus au sud, on trouve un mélange de l’ojibwé, qui est en fait du saulteaux, mais avec un accent différent. Et puis il y a le mitchif, très répandu dans le sud. Nous n’allons donc pas traduire notre traité dans toutes les langues que nous parlons», illustre David Chartrand.
Contacté, le ministère des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord (RCAANC) résume lui aussi la question à une affaire de traduction.
Par courriel à Francopresse, un porte-parole rappelle : «Le Traité d’autonomie gouvernementale conclu avec la MMF est disponible dans les deux langues officielles, tout comme les annonces conjointes précédentes de RCAANC et de la MMF concernant le présent traité.»
Les députées manitobaines Ginette Lavack (Parti libéral du Canada) et Leah Gazan (Nouveau Parti démocratique) n’ont pas réagi à nos demandes d’entrevues. Elles sont au courant de la demande de l’Union, a confirmé Crystal Desrosiers, en entrevue avec Francopresse.
Pour l’UNMSJM, ce n’est pas une simple question de traduction. Sans vouloir absolument modifier le projet de loi C-21, Crystal Desrosiers souhaite avant tout que soit reconnue la contribution de l’Union à l’histoire de la Nation métisse, notamment par la MMF et le gouvernement fédéral.
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Repositionner une voix francophone métisse
L’Union a un autre objectif : clarifier qui sont ceux et celles qu’elle représente au sein de la Nation métisse.
En entrevue avec Francopresse, David Chartrand décrit l’Union comme un «groupe religieux qui vote lors de nos élections, composé de citoyens affiliés à cette organisation». «Il ne s’agit pas d’un gouvernement, mais [elle] s’apparente à l’une de nos structures gouvernementales locales.»
Il précise ne pas vouloir «manquer de respect aux personnes qui s’engagent bénévolement. Il est important qu’elles continuent à faire ce qu’elles font».
En entrevue deux semaines plus tard, Éric Plamondon souligne que l’Union n’est pas uniquement un groupe religieux.
«Ce ne sont pas les seules valeurs qu’on porte, même si je comprends le parallèle, puisque l’Union est née dans le sous-sol d’une église à Batoche.»
Par ailleurs, il reproche au traité une vision restrictive de la chronologie de la Nation métisse.
«On reconnait fortement qu’on représente des Franco-Métis et pas toute la pluralité, qui est la responsabilité de la MMF, ajoute-t-il. C’est pour ça qu’on s’est dit que c’était le temps qu’on prenne un peu plus une présence publique pour clarifier qui on est, comment on a évolué sur 140 ans. Puis c’est quand même un peu plus long que l’histoire de la MMF.»
«Je cherche une conversation avec du respect mutuel»
En entrevue avec Francopresse après la publication de la lettre, Crystal Desrosiers veut tempérer le débat : «Je cherche à développer un rapport avec le président Chartrand. Je cherche une conversation avec du respect mutuel. Je cherche à lui parler de ce que nous, on entend de la communauté.»
En guise d’apaisement, dans sa missive à ses membres le 26 aout, la présidente de l’Union réaffirme qu’elle ne prétend pas être un gouvernement et reconnait la MMF comme gouvernement des Métis de la Rivière-Rouge.
Notre objectif n’est pas de diviser.
Notre objectif est de construire la suite. Et cette suite nous appartient aussi. Une suite où les Métis francophones de la Rivière-Rouge ne sont ni oubliés ni réduits à une note de bas de page. Une suite où nos enfants et nos petits-enfants peuvent connaitre les noms de ceux et celles qui les ont précédés», écrit-elle.
En entrevue, Crystal Desrosiers ajoute avoir été «transparente» avec David Chartrand et avoir partagé sa lettre avec la MMF avant publication. Elle a aussi demandé à le rencontrer prochainement.
Un comité parlementaire devrait recevoir l’Union cet automne, dans le cadre de l’étude de C-21.
«Trop souvent, les mesures d’adaptation, cela part du haut vers le bas», rappelle Marianne-Sarah Saulnier, de l’Observatoire québécois des inégalités. «Nous sommes moins à l’écoute des plus vulnérables, car ils sont souvent difficiles à rejoindre – sans compter l’enjeu du manque de confiance envers les institutions», ajoute celle qui était aussi co-organisatrice du colloque «Vers une résilience climatique équitable, participative et transformatrice», lors du dernier congrès de l’Actas, en mai 2026.
«Le réchauffement climatique, bien que grande menace, est balayé par le travail plus urgent dans la lutte aux inégalités : santé, revenu et logement», rappelle la chercheuse.
Lors d’évènements extrêmes comme des canicules ou des tempêtes de verglas, les obstacles concrets s’accumulent : des refuges d’urgence pas accessibles, les animaux d’assistance qui ne sont pas bienvenus ou les haltes fraicheur-chaleur peu adaptées aux différents types de handicaps.
S’il y a, en plus, des pannes d’électricité, les personnes à mobilité réduite en pâtissent. «Elles ne peuvent plus recharger les fauteuils électriques, se retrouvent sans ascenseurs et sans équipements médicaux», résume Muriel Mac-Seing, professeure adjointe en santé mondiale à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.
Elle mène actuellement une étude qualitative, avec la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec, auprès d’experts de diverses thématiques (handicaps, santé publique, climat-environnement, sécurité civile) de trois régions: Montréal, Capitale-nationale et Gaspésie.
De nombreux plans et outils climatiques existent localement, mais comportent des angles morts qu’il serait possible d’éviter avec plus de concertation avec les personnes directement concernées.
C’est un groupe vulnérable, peu vocal et peu visible, avec de multiples barrières pour se déplacer et se faire entendre
Si en Gaspésie, la famille et l’entourage agissent encore comme un bon filet social, ce qui facilite l’aide en cas d’alerte, les premiers groupes de discussion montrent que de trouver une information claire et accessible reste compliqué, ce qui cause beaucoup d’anxiété chez les participants.
Malgré cela, «un guichet unique n’est souvent pas la solution, il faut penser les spécificités des régions, et aussi celles des individus», note l’experte.
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Les changements climatiques exacerbent aussi le sentiment d’isolement. «Les personnes en situation de handicap vont le ressentir encore plus et les messages de santé publique ne les rejoignent souvent pas : peu clairs et peu accessibles», relève le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les droits de la personne, la santé et l’environnement à l’Université McGill, Sébastien Jodoin.
Au Canada, 49 % des adultes montrent de faibles compétences en littératie et un adulte sur cinq n’est pas capable de lire la posologie d’un médicament. «Adopter un langage clair pour parler des aléas climatiques, c’est la base», croit-il.
L’isolement est également un problème avec les itinérants. «Les avertissements peuvent bien annoncer que c’est dangereux dehors (canicule ou froid extrême), mais leur maison, c’est dehors!», rappelle la Pre Saulnier, de l’Observatoire québécois des inégalités.
Elle a mené une recherche-action en collaboration avec des personnes itinérantes – des «pairs chercheurs» dont elle a rassemblé les témoignages d’adaptation aux transformations climatiques. Ces collaborateurs de la rue lui ont ainsi permis de revoir l’interprétation des résultats et de mieux cibler les défis.
Parmi ces défis, il y a clairement celui de la cohabitation sociale : le «pas dans ma cour». «Cela prend un lieu sécuritaire, comme la bibliothèque ou les haltes chaleur et fraicheur», rapporte la chercheuse.
Il y a aussi l’urgence de mieux diffuser l’information sur les ressources et sur les actions concrètes. «Ils nous demandent des sacs à pain pour garder les choses au sec, des tapis contre l’humidité du sol, des moyens de sécher les vêtements», détaille-t-elle.
C’est en plus du fait que lors des inondations à répétition, la santé des personnes qui vivent dehors se dégrade. «Il y a plus de problèmes de peau, car beaucoup d’humidité vient avec une macération des plaies et des infections existantes.»
Quant à Sébastien Jodoin, il travaille plus spécifiquement avec des organismes de personnes handicapées sensorielles et physiques et avec ceux qui œuvrent auprès des personnes à déficience intellectuelle – de 1 à 3 % de la population québécoise.
Une recherche est actuellement co-construite avec un groupe de ces personnes de Saint-Eustache, afin d’élaborer une trousse de secours. «Ils ont vécu les récentes inondations et sont donc très mobilisés. Les discussions nous amènent à comprendre leurs vulnérabilités, mais aussi à montrer leur leadeurship et les solutions à généraliser», explique-t-il.
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Avec son équipe, Mme Saulnier a élaboré un guide de réponses aux changements climatiques à l’intention du milieu communautaire. Cette brochure recommande l’ajout de casiers dans divers endroits de la ville, de linge imperméable, des sécheuses mobiles ou encore des trousses de santé, avec certains médicaments sans ordonnance et des serviettes sanitaires.
«Souvent, ces serviettes sanitaires sont mises dans les chaussures pour isoler les pieds. Il y a aussi la nécessité de s’intéresser plus particulièrement aux conditions de vie des femmes, qui ne se sentent pas toujours en sécurité dans les haltes», rappelle la chercheuse.
Elle s’est intéressée aux différentes réponses de trois villes québécoises, Saint-Jérôme, Gatineau et Montréal. Alors que cette dernière détruit souvent les camps des itinérants et adopte une architecture municipale hostile aux sans-abris, la ville de Gatineau les déplace dans un stationnement avec des tentes cordées, le site Guertin.
«C’est une idée aux nombreux angles morts : le site subit de plein fouet les inondations et les grandes chaleurs, et on y gèle en hiver. Les feux se propagent entre les tentes et il n’y a pas eu de réflexion sur la cohabitation hommes-femmes», relève la chercheuse.
Tandis qu’à Saint-Jérôme, la municipalité, en collaboration avec le CISSS des Laurentides, a proposé un plan d’action. «Il a été plus réfléchi et propose une vision plus complète de la lutte à l’itinérance, en misant sur le logement et la réinsertion, mais aussi sur la sensibilisation de la population pour réduire la stigmatisation», relève Mme Saulnier, dont le rapport sera publié au printemps 2027.
Il reste aussi à mieux communiquer en général sur les aléas climatiques. «C’est un réel enjeu. Cela va bénéficier à plein de monde. Ça constitue une occasion pour revenir à la base et bâtir une société plus solidaire», relève la Pre Mac-Seing.