le Dimanche 8 février 2026

Aux yeux de Stanislas Bell, gestionnaire au Musée canadien des droits de la personne, au-delà de ces trois marqueurs culturels, un sentiment de liberté et de dignité porte cette culture afro-canadienne.

Christian Hirwa, qui vit maintenant aux Territoires du Nord-Ouest, a grandi à Montréal, ce qui lui permet de comparer les réalités des communautés afro-canadiennes. 

Photo : Marion Perrin

«Je trouve aussi qu’il y a une fierté derrière ça : le fait de ne pas se sentir emprisonné, de se sentir libre, de s’exprimer et de faire découvrir nos cultures aux autres communautés.»

Le directeur du Réseau TNO Santé dans les Territoires du Nord-Ouest, Christian Hirwa, le rejoint : les Afro-Canadiens francophones gagnent en visibilité, notamment dans les espaces publics et dans les grandes villes, ce qui leur permet de prendre l’initiative des conversations. C’est un progrès, selon lui, par rapport à la situation d’il y a 20 ans.

Prendre sa place par la culture et l’éducation

Parmi des figures historiques afro-canadiennes francophones, le professeur en histoire et chargé de cours à l’Université Laurentienne et l’Université Nipissing, Amadou Ba, évoque Marie-Josèphe Angélique, accusée d’avoir allumé un incendie ravageur à Montréal au 18e siècle puis condamnée. Celle-ci est devenue un symbole de résistance et de liberté des personnes noires au Canada.

À Sudbury, le Contact interculturel francophone de Sudbury (CIFS) présentera la 26e édition du Cabaret africain. Une soirée de musique, d’arts, de mode et de cuisine africaine. Selon le coordonnateur de projets du CIFS, Gouled Hassan, cet évènement permet des échanges interculturels : il accueille environ 500 personnes, dont 70 % font partie de la communauté non africaine locale et 30 % de la communauté africaine.

La 26e édition du Cabaret africain aura lieu le 28 février. 

Photo : Courtoisie

L’éducation reste un autre pilier des échanges interculturels, selon lui. Le CIFS fait des tournées scolaires pour mettre en lumière les contributions de personnes issues de la communauté afrodescendante : «Malheureusement, les contributions de ma communauté ne sont pas très connues, parfois par la communauté elle-même.»

Par exemple, la tournée de cette année met en avant des figures pionnières, comme le premier joueur professionnel noir de la Ligue nationale de hockey, Willie O’Ree. Gouled Hassan indique que l’idée est de raconter l’histoire sous la forme d’un conte, en mettant en scène un jeune garçon du même âge que les élèves, pour que son parcours soit plus proche d’eux.

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Willie O’Ree est le premier hockeyeur noir à jouer dans la Ligue nationale de hockey. Il a pratiqué ce sport en tant que professionnel pendant plus de 20 ans. 

Photo : MJCdetroit – CC BY-SA 4.0

Marie-Josèphe Angélique, une esclave noire, a été accusée d’incendie par sa maitresse. Elle a été pendue puis brulée en 1734. Elle est devenue un symbole de la lutte pour la liberté des Noirs. 

Photo : Markchocolate – CC BY-SA 4.0

Une présence qui date des premières heures

«Beaucoup de gens ne se rendent pas compte que l’histoire des Noirs canadiens date d’aussi longtemps», constate Christian Hirwa. Après tout, le premier noir qui a mis les pieds en Amérique, Mathieu da Costa, serait venu lors d’un voyage avec Samuel de Champlain en Acadie à titre d’interprète.

Gouled Hassan, d’origine djiboutienne, réside au Canada depuis environ 20 ans. 

Photo : Courtoisie

Amadou Ba dit avoir constaté qu’après l’abolition de l’esclavage en 1834, la présence des noirs était essentiellement anglophone. Celle-ci était composée de loyalistes, d’immigrants américains et caribéens.

La culture afro-canadienne s’est également renforcée grâce aux vagues d’immigration du XXᵉ siècle, selon les observations du professeur en d’histoire. «De la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, […] beaucoup d’Haïtiens francophones sont arrivés, et on voit encore leur héritage : dans l’histoire, les marqueurs culturels, la participation, la contribution à la société.»

À cette immigration s’ajoutent depuis deux décennies les arrivées de l’Afrique francophone, comme le précise Amadou Ba : «Ils vivent en français et ils apportent leurs contributions à la francophonie : des Sénégalais, des Ivoiriens, des Congolais, des Camerounais.».

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Un melting pot

La culture afro-canadienne se définit aussi par le mélange des concepts et des ingrédients, comme en témoigne Christian Hirwa. Il a pu récemment gouter à une poutine congolaise à Montréal. Une poutine québécoise à laquelle on a ajouté des saveurs et des épices congolaises et remplacé les pommes de terre par du plantain.

Amadou Ba considère que la francophonie afro-canadienne est une force pour bâtir un Canada plus inclusif. 

Photo : Courtoisie

Par contre, difficile de retrouver toutes les saveurs de la maison ici. Il raconte avoir préparé une sauce en remplaçant les feuilles de manioc par des épinards, car il n’a pas accès au premier ingrédient au Canada. C’est un plat qu’il mange depuis son enfance, mais il regrette d’être incapable de le reproduire la version de ses parents au Canada.

Les générations nées ou qui ont grandi au Canada incarnent particulièrement cette hybridité, ajoute le résident des Territoires du Nord-Ouest. Elles combinent l’héritage culturel de leurs parents avec celui du Canada, créant une identité nouvelle : «Mes parents me disent souvent : “Tu es une version de nous, mais canadiennisée”», raconte-t-il.

Pour lui, ce mélange est également présent dans la langue : «On l’entend souvent à Montréal : un accent qui mélange le créole et le québécois.»

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Une célébration qui ne se limite pas au mois de février

Malgré cette richesse culturelle, les obstacles persistent : Gouled Hassan décrit le poids du statut d’«immigrant perpétuel».

«Pour beaucoup de Canadiens, une personne noire reste un immigrant, même après 30 ans au Canada», constate-t-il. Cette exclusion se manifeste dès l’école, où il cite une étude du gouvernement ontarien de 2025 où une majorité d’enfants noirs disent ne pas sentir comme s’ils appartenaient réellement au Canada.

Stanislas Bell s’engage également auprès de Black History Manitoba qui, selon lui, s’ouvre de plus en plus à la francophonie, car cette organisation était à l’origine plus anglophone. 

Photo : Courtoisie

Selon Stanislas Bell, l’omniprésence de l’anglais constitue un obstacle pour plusieurs francophones qui s’installent dans les communautés francophones minoritaires. «Puisque c’est un exercice qui est mental et physique en même temps, ça fait parfois en sorte qu’il y a beaucoup de personnes qui sont sont découragées ou qui décident de carrément oublier leurs origines et de se concentrer sur [l’anglais].»

Il explique que ce sentiment de découragement se traduit par des épisodes de honte, de moqueries, de discrimination; notamment lorsque la personne a un accent. «C’est un défi de faire comprendre aux personnes qui sont bilingues ou aux personnes qui sont francophones que c’est un atout et que ce n’est pas quelque chose à perdre ou avoir honte.»

Il explique que ce sentiment de découragement se traduit par des épisodes de honte, de moqueries, de discrimination; notamment lorsque la personne a un accent.

«Des mois comme le mois de février [le Mois de l’histoire des Noirs] sont une opportunité pour ces communautés de sortir, mais l’année compte 12 mois. Un seul mois ne suffit pas», croit-il. À son avis, cette pratique devrait devenir une habitude, avec des projets et des ressources délibérément planifiés.

Stanislas Bell affirme qu’on doit «avoir envie de partager sa culture et, de l’autre côté, avoir l’ouverture de recevoir cette culture […], et c’est ce qui fait la beauté du Canada».

Pour la deuxième fois en une semaine, le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des Communes accueillait des demandes de révision du règlement qui précise le type de sanctions pécuniaires que pourra distribuer le Commissariat aux langues officielles (CLO).

En plus de réitérer la lourdeur administrative pour le CLO et la détermination des montants des amendes, déjà notifiées quelques jours plus tôt dans d’autres comités, le professeur agrégé de la Faculté de Droit de Moncton, Éric Labelle Westin-Eastaugh, a fait valoir que l’exclusion de certains acteurs du milieu du transport des voyageurs au Canada lui apparait «questionnable».

Selon lui, l’Agence des services frontaliers du Canada et l’Administration canadienne responsable de la sécurité publique devraient faire partie des entités visées par les amendes.

«Ces organisations ont fait l’objet d’un nombre significatif de plaintes», a-t-il justifié.

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Recrutement bilingue : le fédéral, principal concurrent des petits aéroports

Julie Pondant, directrice principale des communications du Conseil des aéroports du Canada, a affirmé que «le régime de sanction ne fera que pénaliser financièrement ceux qui échouent à respecter certaines exigences.»

Ce Conseil représente 65 petits aéroports canadiens, la plupart dans des régions rurales.

Ces derniers plaident notamment pour que les sanctions proposées par le gouvernement fédéral ne s’appliquent qu’aux aéroports qui accueillent plus de 4 millions de passagers par an.

Cette demande est principalement basée sur le fait qu’il est «difficile, voire impossible, de recruter du personnel bilingue qualifié pour les postes de service a des salaires concurrentiels. Dans de nombreuses petites communautés et particulièrement dans les milieux aéroportuaires, notre principal concurrent pour [attirer] les talents bilingues est le gouvernement fédéral.»

Sur les 50 millions de passagers qui ont transité dans les 65 aéroports en 2025, il y a eu seulement 77 plaintes, rapporte-t-elle.

Même défi pour Marine Atlantique, qui effectue le passage par traversier entre Terre-Neuve-et-Labrador et la Nouvelle-Écosse.

La sanction est une «forme de punition» qui pourrait entrainer du «changement» pour certains, affirme Patti Merrigan, vice-présidente des ressources humaines pour Marine Atlantique.

Mais l’effet recherché ne se réalisera pas pour Marine Atlantique, pour qui le «marché de talents bilingues est limité, malgré les efforts continus».

En outre, Julie Pondant affirme qu’il y a une cause en Cour suprême qui déterminera quelles exigences et entités sont visées par la Loi sur les langues officielles en ce qui concerne les aéroports.

«Les obligations exactes de celles-ci doivent encore être tranchées», a-t-elle rappelé, indiquant que le moment pour présenter ce type de sanctions était «mal choisi».

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«Éviter de nouveaux couts pour les voyageurs»

Selon le président du Conseil des aéroports du Canada, James Bogusz, les obligations en termes de langues officielles ont été modifiées de façon «dramatique», depuis 2018, alors que les «exigences étaient claires sur le site du CLO».

«Ce n’est plus le cas aujourd’hui», a-t-il poursuivi devant les députés, à qui il a présenté une «situation très difficile», notamment parce que ces sanctions pécuniaires peuvent amener des contestations de membres du public qui cherchent à faire «du profit» en déposant des plaintes auprès du commissaire aux langues officielles.

James Bogusz a aussi noté qu’il souhaitait «éviter de nouveaux couts sur les voyageurs».

Éric Fortier, le gestionnaire principal de l’Administration canadienne de la sureté du transport aérien (ACSA) a abondé dans le sens de ses collègues, faisant valoir que «96 % des voyageurs sur le 3e trimestre de l’année 2025 ont répondu via un sondage avoir été servi dans leur langue préférée.

Vers une «réduction des services offerts»?

La directrice des ressources humaines pour Marine Atlantique, Patti Merrigan, a également assuré que les amendes de type A, qui visent par exemple les restaurants et les autres boutiques comprises au sein des aéroports ou des ports visés par les amendes, entraineraient une «réduction des services offerts aux voyageurs».

Ces entreprises tierces sont de petites entreprises parfois familiales. [Nous serons contraints] de les supprimer s’il existe une non-conformité de la part de ces tiers.»

— Patti Merrigan, Marine Atlantique

Par ailleurs, Patti Merrigan affirme que la «conformité dans les régions rurales ne relève pas seulement d’une question d’argent». «Imposer des sanctions pour promouvoir la conformité revient à supposer à tort que le problème réside dans un manque d’investissement dans les langues officielles […]».

Elle recommande ainsi une «approche flexible» de la part du gouvernement fédéral, du soutien pour s’adapter, et que les fonds provenant des sanctions bénéficient aux administrations concernées pour investir dans des formations linguistiques.

Son collègue du Conseil des aéroports canadiens a donné un exemple : «On a des solutions pour appuyer le bilinguisme : une ligne téléphonique 24 h/7 jours que mon personnel peut utiliser si un passager parle le français ou anglais. Le problème, c’est qu’aux yeux du législateur, ce n’est pas acceptable.»

«[Il n’y a] pas un manque de volonté de me conformer ou de faire la promotion des langues officielles», mais il faut prendre en compte les efforts qui sont faits, appuie-t-il.

FRANCOPHONIE

Air Canada et le Commissariat aux langues officielles (CLO) ont demandé en comités parlementaires lundi et mardi une révision du règlement fédéral permettant d’imposer des amendes pour non-respect de la Loi sur les langues officielles.

Air Canada juge le régime injuste et «incohérent», affirmant être le seul transporteur visé et dénonçant des sanctions couteuses qui nuiraient à sa compétitivité.

La compagnie soutient aussi faire des efforts, malgré les plaintes, et estime que «50 000 $, ça pourrait représenter un montant considérable» et que «cela ajoute des couts à notre exploitation que nos compétiteurs n’ont pas».

De son côté, le Commissariat appuie le principe des sanctions, mais critique un processus administratif trop lourd et souhaite également des ajustements.

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Le Conseil scolaire fransaskois (CSF) a lancé en novembre dernier une action en justice contre le gouvernement de la Saskatchewan pour obtenir la construction de 15 nouvelles écoles d’ici 2038. Deux des écoles citées sont déjà en construction. Il demande également cinq nouveaux programmes d’instruction.

Le CSF affirme que la province ne respecte pas l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit aux ayants droit en français le droit à une éducation dans leur langue.

CANADA

Le gouvernement Carney a annoncé jeudi matin qu’il renonce aux cibles obligatoires de vente de véhicules sans émission d’ici 2035, jugées trop contraignantes par l’industrie.

Incitatifs : En revanche, Ottawa relance un programme d’incitatifs financiers de 2,3 milliards de dollars sur 5 ans pour stimuler l’achat de véhicules électriques et hybrides rechargeables.

Les consommateurs pourront obtenir jusqu’à 5000 $ pour un véhicule électrique neuf et 2500 $ pour un hybride rechargeable, des montants qui diminueront graduellement jusqu’en 2030, afin de soutenir l’acquisition d’environ 840 000 véhicules.

Critiques : L’aide sera toutefois limitée aux véhicules fabriqués au Canada ou dans des pays liés par un accord de libre-échange – excluant notamment les modèles chinois. Elle sera également soumise à un plafond de prix de 50 000 $, sauf pour les véhicules entièrement canadiens.

Cette décision a suscité des critiques de la part d’organisations environnementales, qui y voient un recul dans la transition vers les transports électriques, malgré l’engagement du gouvernement à renforcer les normes d’émissions.

Deux circonscriptions détenues par les libéraux dans la région de Toronto devront faire l’objet d’élections partielles dans les prochains mois.

Le député de Scarborough-Sud-Ouest, Bill Blair a accepté d’être haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni. Il a déjà quitté son siège.

Pour potentiellement lui succéder, le Parti libéral a déjà annoncé la candidature de la députée du Nouveau Parti démocratique (NPD) ontarien dans cette circonscription, Doly Begum. Elle a aussi déjà quitté son poste au parlement provincial.

Bill Blair, Doly Begum et Nate Erskine-Smith jouent à la chaise musicale pour des sièges autour de Toronto.

Inès Lombardo / Courtoisies

Finalement, le député libéral fédéral de Beaches–East York, Nate Erskine-Smith, a annoncé sa candidature pour devenir chef du Parti libéral ontarien et son intention de se présenter dans la circonscription laissée par Doly Begum. Il restera en poste jusqu’à ce que Doug Ford déclenche l’élection partielle.

La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a appelé Mark Carney à donner davantage de poids à la province dans la nomination des juges des tribunaux albertains et à la Cour suprême, tout en plaidant pour un assouplissement des exigences de bilinguisme pour ces derniers.

Inès Lombardo – Francopresse

Dans une lettre publiée entièrement en anglais sur X (Twitter) mardi, la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a pressé Mark Carney de réduire l’exigence de bilinguisme pour les juges fédéraux, comme pour ceux de la Cour suprême, jugeant que celle-ci pénalise les candidats de l’Ouest canadien.

La décision d’imposer le bilinguisme fonctionnel comme exigence pour les juges de la Cour suprême du Canada renforce encore davantage les obstacles systémiques et l’aliénation des Canadiens de l’Ouest et ne reflète pas la diversité linguistique plus large du Canada, y compris les Canadiens qui sont bilingues dans d’autres langues. (Traduction libre)

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L’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) et l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta (AJEFA) ont toutes deux souligné dans un communiqué conjoint que remettre en question les exigences linguistiques pour les nominations judiciaires en Alberta menace le respect des droits linguistiques des francophones.

Un fait particulièrement important alors que l’Alberta a déclaré l’année 2026 comme l’«Année de la francophonie».

La première ministre a en outre demandé que l’Alberta ait son mot à dire sur les nominations de juges des cours supérieures de la province et de la Cour suprême, en demandant à Mark Carney de ne pas nommer de façon «partisane».

Danielle Smith a également menacé de couper les fonds pour soutenir les juges fédéraux dans la province si le fédéral ne se plie pas à sa requête.

En mêlée de presse mercredi, le ministre fédéral de la Justice, Sean Fraser, a rejeté cette demande, affirmant qu’il s’en tiendrait au processus de nomination actuel.

Le gouvernement de Mark Carney met fin au poste de représentante spéciale chargée de la lutte contre l’islamophobie occupé par Amira Elghawaby. Ses responsabilités, ainsi que celles liées à la lutte contre l’antisémitisme, seront intégrées au sein d’un nouveau conseil consultatif.

Le poste de la personne chargée de la lutte contre l’antisémitisme n’a jamais été remplacé depuis son départ à la retraite l’an dernier.

Remplacement : Le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, Marc Miller, a annoncé mercredi la création du Conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion. Formé de bénévoles, ce dernier aura pour mission de favoriser la cohésion sociale, l’unité nationale et la lutte contre toutes les formes de racisme et de haine.

Le gouvernement estime que «le temps est venu» de remplacer les envoyés spéciaux individuels par une approche collective.

Controverse : L’avenir d’Amira Elghawaby n’a pas été précisé. Cette dernière avait créé la controverse lorsqu’elle avait affirmé que «la majorité des Québécois» semblaient influencés par un «sentiment antimusulman».

La décision de supprimer ces postes et de le remplacer par un comité a suscité des réactions politiques contrastées, allant de l’appui du Bloc québécois et des conservateurs aux critiques du NPD.

Mardi, le portait officiel de l’ancien premier ministre canadien Stephen Harper a été dévoilé, 20 ans après l’arrivée au pouvoir de son premier gouvernement conservateur.

Dans son discours, il a appelé les libéraux et les conservateurs à travailler ensemble contre la pression économique très forte venue du président des États-Unis, Donald Trump, depuis un an.

INTERNATIONAL

Lundi, des représentants du Centre Raoul Wallenberg pour les droits de la personne (CRWDP), accompagnés de parlementaires et de membres de la société civile iranienne, ont appelé le gouvernement canadien à mener une «action internationale coordonnée» et à renforcer les mesures d’application contre le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Ils ont souligné que cette action permettrait d’empêcher l’entrée sur le territoire canadien de personnes impliquées dans des assassinats et des tortures de manifestants en Iran. Ces derniers auraient tué plus de 30 000 Iraniens, mais le chiffre exact n’est pas connu.

Contexte : La conférence de presse fait suite à la désignation par l’Union européenne de l’IRGC comme entité terroriste en raison de sa réponse aux récentes manifestations du peuple iranien contre son gouvernement. Le Canada a inscrit le CGRI sur la liste des entités terroristes en juin 2024.

«À toutes mes comparutions, j’implore les députés d’agir, mais on est encore face à une inaction. Des mémoires, des documents sont déposés, et le tout est archivé. Nous devons agir. Si nous n’agissons pas, plus de jeunes enfants perdront la vie», a lâché Carol Todd, dont la fille, Amanda, s’est enlevé la vie le 10 octobre 2012 après avoir été victime de cyberintimidation et de sextorsion.

Tous les témoins entendus par le Comité permanent du patrimoine canadien réclament un nouveau cadre législatif afin de protéger les enfants et les jeunes sur Internet – notamment sur les médias sociaux – et de tenir les grandes compagnies technologiques responsables de leurs actes.

Un projet de loi mort au feuilleton

En février 2024, le gouvernement de Justin Trudeau a présenté le projet de loi C-63 sur les préjudices en ligne. Cette loi visait à créer un cadre législatif pour mieux protéger les personnes, en particulier les enfants, contre les contenus préjudiciables sur Internet. Le projet de loi est mort au feuilleton lors de la dissolution du Parlement, en mars 2025.

Un encadrement nécessaire

Pour être rentables, les réseaux sociaux reposent sur la publicité, les transactions entre les influenceurs et leur communauté, ou encore la marchandisation mondiale des données personnelles, a expliqué Maude Bonenfant, professeure titulaire au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

«À l’heure actuelle, les conditions de protection de la vie privée des applications mobiles ne respectent pas les lois québécoises, canadiennes et états-uniennes.» Cela entraine des risques, comme le vol d’identité, mais aussi le profilage des enfants dès leur plus jeune âge, notamment par la géolocalisation.

D’après elle, l’arrivée de l’intelligence artificielle générative n’a fait que multiplier ces problèmes déjà existants. Les stratégies mises en place par les entreprises pour encourager la création de contenu et retenir les publics sur leurs plateformes ne font qu’aggraver la situation.

Les médias sociaux, les jeux vidéos et les écrans ont des effets très positifs. Mais pour que nos enfants et nos ados en bénéficient, il faut venir légiférer, encadrer […] et faire intervenir les entreprises pour qu’elles collaborent avec nous.

— Maude Bonenfant

«Il faut reprendre le contrôle», a insisté le président-directeur général de l’entreprise Capsana (derrière l’initiative pausetonecran.com), Guy Desrosiers.

Selon Karen Orser, PDG de Luna Child & Youth Advocacy Centre, la collecte de «données complètes et solides» est essentielle, tout comme l’instauration d’outils de signalement et de protection adaptés aux enfants, tels que des âges minimums.

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Ne pas blâmer les jeunes

Les jeunes sont bien conscients des effets néfastes des écrans : «On n’est pas là pour les blâmer», a tenu à rappeler Guy Desrosiers, soulignant que le temps de consommation d’écrans de loisirs augmente d’ailleurs dans l’ensemble de la population, tous âges confondus.

Les écrans sont là pour rester : «Il ne faut pas les démoniser […] il faut les reconnaitre comme une habitude de vie, au même titre que le sommeil, que l’alimentation, que l’activité physique.»

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dans ses pays membres – dont le Canada – 98 % des jeunes de 15 ans possèdent un téléphone intelligent.

Un point de vue que partage Joséphine Maharaj, 17 ans, défenseure des droits des jeunes.

L’Internet n’est pas un endroit que nous pouvons quitter, c’est une pierre angulaire de notre vie. Les écoles, le travail, les amis, l’actualité : tout cela est ancré dans un paysage numérique […] Ces outils sont là, mais il faut savoir les utiliser de façon intelligente; pouvoir s’en départir, sans en dépendre.

— Joséphine Maharaj

Interdire les cellulaires à l’école?

Guy Desrosiers encourage les milieux éducatifs et de garde à retirer les cellulaires, notamment dans les écoles, comme cela se fait déjà au Québec et en Colombie-Britannique.

Le cas de l’Australie est souvent revenu dans les échanges, où une loi interdit désormais aux moins de 16 ans de créer un compte sur plusieurs plateformes, dont Instagram, TikTok, Facebook, Snapchat ou encore YouTube.

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En France, les députés viennent d’adopter une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

Pour Zachary Fathally, 12 ans, membre du Parlement des jeunes Canadiens, l’interdiction pure et simple ne fonctionnerait pas. Les jeunes pourraient d’abord protester, puis la contourner. «Vous pouvez trouver un règlement qui ferait en sorte que les enfants ne resteraient pas aussi longtemps devant leur écran», suggère-t-il.

La fondatrice et PDG du groupe Les Enfants d’abord Canada, Sara Austin, estime quant à elle qu’il faut aller plus loin que les lois votées en Australie ou en Europe. Elle rappelle que les enfants sont exposés jusque dans leur voiture familiale, avec des intelligences artificielles comme Grok, intégrée aux véhicules Tesla.

«Il faut tenir compte de tout le paysage numérique auquel les enfants sont exposés […] Il faut une loi complète qui tienne compte de tout le contexte.»

Cours de littéracie numérique

Selon Maude Bonenfant, il est essentiel de concevoir des plateformes fondées sur la science et adaptées au développement des enfants et des adolescents, notamment en garantissant le respect de la vie privée et en proscrivant certaines pratiques.

Oui, on peut arriver à avoir des espaces qui peuvent être sains pour les enfants, reproduisant un peu une cour d’école où ils peuvent socialiser, échanger, jouer.

— Maude Bonenfant

Elle plaide d’ailleurs pour introduire les enfants très tôt, mais à petite dose, aux écrans, à raison de quelques minutes par jour. «L’enfant s’habitue à ce que l’écran soit une des activités parmi les autres dans son univers et pas quelque chose de très désirable parce que c’est interdit.»

Aller sur le terrain et parler aux jeunes est aussi indispensable aux yeux de la professeure : «L’éducation doit venir dans les deux sens.»

Parmi les autres pistes de solution à envisager, les intervenants et intervenantes ont cité l’autorégulation et l’accompagnement des familles, avec des ressources adaptées, notamment en santé mentale. Sans oublier la prévention et la sensibilisation, toujours dès le plus jeune âge.

Carol Todd est la fondatrice de Amanda Todd Legacy Society. 

Photo : Capture d’écran

«On ne lance pas un enfant dans une piscine sans cours de natation. On ne donne pas les clés de la voiture à un jeune s’il n’a pas suivi le cours de conduite», a remarqué Carol Todd. Elle indique d’ailleurs qu’en Colombie-Britannique, certaines écoles proposent des cours de littéracie numérique à leurs élèves.

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«Il n’y a pas de solution miracle»

«Il n’y a pas de solution miracle, admet Sara Austin. Aucun projet de loi ne sera parfait. Aucune loi ne mettra fin à tous ces préjudices; mais la perfection n’a jamais été la norme en matière de protection des enfants.»

Et la responsable de poursuivre : «Les ceintures de sécurité ne sont pas parfaites. La loi sur la sécurité alimentaire non plus. Les normes de sécurité des jouets non plus. Pourtant, le Parlement a agi parce que la vie des enfants a été en jeu […] Le temps des études est révolu. Il est temps de passer à l’action.»

Il ne s’agit pas d’une question de panique morale ou de jeter l’opprobre sur les parents ou les enfants, insiste-t-elle. Ce sont les entreprises qu’il faut tenir comme responsables.

«Depuis 20 ans déjà, on espère que le secteur technologique rectifierait le tir, mais ils ne sont pas dignes de confiance. Ils ne vont pas agir volontairement pour améliorer la situation.» C’est là que les gouvernements entrent en jeu, selon elle.

«Quand on vit, quand on travaille dans une communauté francophone, on ne peut pas se satisfaire du statuquo», a lancé la chercheuse Mariève Forest lors d’un webinaire organisé par l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), le 27 janvier, sur la mobilisation des connaissances en petite enfance.

Mariève Forest souligne l’importance de mobiliser des outils pour accompagner les personnes nouvelles arrivantes, mais aussi les parents. 

Photo : Courtoisie

D’abord, il s’agit d’identifier des besoins, puis de s’adapter aux terrains et aux publics, a expliqué la spécialiste, qui est également présidente de la firme Sociopol. Car une méthode peut fonctionner ici, mais pas là.

Parmi les changements qui peuvent être opérés, Mariève Forest cite l’amélioration de la qualité des services, de la formation du personnel ou encore des conditions de travail. Le recrutement et la rétention de la main-d’œuvre restent aussi un enjeu important, tout comme l’équité, la diversité et l’inclusion au sein des organisations.

La spécialiste a insisté sur la nécessaire «collaboration» à mettre en place entre les différents acteurs et actrices concernés, à tous les niveaux, des décideurs publics aux familles, en passant par le personnel des services de garde.

L’établissement, dès le départ, d’un plan et d’un budget constitue également un atout majeur.

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Sécurité linguistique

Les webinaires, le mentorat, les infographies, les balados ou encore les sondages peuvent servir à mobiliser les connaissances. Sans oublier l’utilisation d’un vocabulaire adapté.

Mariève Forest a également souligné l’importance de la sécurité linguistique : avoir confiance de parler en français, mais aussi du plaisir.

Quand on développe une sécurité linguistique, les enfants vont peut-être plus avoir le gout de participer au continuum de l’éducation en français, puis les parents vont plus être habiles à accompagner les enfants.

— Mariève Forest

Intersectionnalité

Lors de la période d’échange avec le public, Mariève Forest a rebondi sur une question liée à la «perspective intersectionnelle».

«Les approches intersectionnelles, c’est l’idée de considérer que les rapports de discrimination peuvent provenir de différentes identités.» Elle cite le fait d’être francophone, les personnes immigrantes, le genre, la religion, etc.

«On a des gens qui viennent de plein de milieux […] On a des gens des gouvernements, du milieu de la recherche aussi […] des organismes des communautés francophones.»

En petite enfance, l’accès à de la formation continue peut permettre de reconnaitre et de réduire ces discriminations.

On a vu une demande d’avoir plus d’outils avec l’augmentation de la population immigrante dans les services éducatifs, à la fois pour mieux accueillir ces enfants-là, pour mieux accompagner les parents aussi, qui ont inscrit leurs enfants dans un service éducatif à la petite enfance ou qui hésitent à le faire.

— Mariève Forest

Collaboration et démocratie

En misant sur des partenariats avec des entreprises et des milieux culturels locaux, les centres de la petite enfance peuvent également enrichir leur programmation. L’intégration de services pour les tout-petits au sein des écoles permet également de rejoindre un public plus large.

Mariève Forest a enfin rappelé l’importance du dialogue et de la rétroaction, du suivi auprès des publics concernés, pour favoriser une approche «démocratique» et l’inclusion.

«On peut aussi évaluer à quel point les gens ont senti que leur perspective a été écoutée du début à la fin […] que leur parole a été reconnue.»

La chercheuse plaide pour une remise en question continuelle, «qui nous amène à être curieux et à s’assurer que l’information est partagée».

Néanmoins, il ne s’agit pas non plus d’épuiser les gens et les mener au «désengagement». Nul besoin d’achaler les personnes du début à la fin quand cela n’est pas nécessaire. Elle préconise de «mobiliser les gens à la hauteur de ce qu’ils sont capables de faire», mais également de respecter le fait qu’ils doivent aussi «s’enrichir» et bénéficier des connaissances.

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Les représentants d’Air Canada ont affirmé que le règlement sur les nouveaux pouvoirs du Commissariat aux langues officielles (CLO) est «incohérent», car la compagnie est le seul transporteur aérien à être visé.

«C’est inéquitable, tant pour les transporteurs que les passagers […] Les Canadiens et les Canadiennes se retrouveront, en fin de compte, dans un environnement linguistique fragmenté et parfois incohérent. Une plus grande harmonisation est de mise», a plaidé David Rheault, le vice-président aux relations avec les gouvernements et les collectivités pour Air Canada.

Le règlement, déposé en novembre par le gouvernement fédéral, permet au CLO d’imposer des sanctions administratives pécuniaires.

Des montants «considérables»

Lors des deux comités, David Rheault, a également fait valoir que «50 000 $, ça pourrait représenter un montant considérable», s’il y a plusieurs plaintes.

Si l’on regarde 50 000 $ sur le chiffre d’affaires d’Air Canada, c’est une chose, mais si on le regarde en fonction des routes et en fonction du profit fait par billet d’avion, c’est beaucoup. Cela ajoute des couts à notre exploitation que nos compétiteurs n’ont pas.

— David Rheault, vice-président aux relations avec les gouvernements et les collectivités pour Air Canada.

Pierre Leduc, commissaire adjoint aux langues officielles et témoin au même comité au Sénat, a rappelé que l’ex-commissaire Raymond Théberge avait mentionné que les montants étaient un «pas dans la bonne direction», mais que son équipe considère ces amendes comme un «dernier recours».

Le règlement devrait être revu tous les dix ans, a également plaidé le commissaire adjoint.

VIA Rail comme Air Canada ont toutefois indiqué qu’il est difficile de faire un suivi pour certaines plaintes, notamment celles qui sont «soulevées trois ou quatre mois après le voyage et qu’il s’agit d’une expérience qui se passe entre un client et un employé».

«Des efforts» malgré les plaintes, selon Air Canada

Les représentants d’Air Canada ont tenté de mettre de l’avant leurs efforts devant le Sénat lundi soir, en assurant une diminution à 85 plaintes recensées pour l’année 2024-2025.

Le transporteur est mal perçu en matière de langues officielles et fait l’objet de centaines de plaintes annuellement.

Le nombre de plaintes a atteint un pic à plus de 2 600 en 2021-2022, en lien avec le tollé médiatique et politique de novembre 2021, lorsque le PDG de la compagnie, Michael Rousseau, a prononcé un discours quasi entièrement en anglais et déclaré pouvoir se passer du français à Montréal.

«Ce n’est pas le manque d’effort ou de volonté qui fait qu’on reçoit des plaintes», a défendu David Rheault.

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De leur côté, les représentants juridiques de VIA Rail présents au même comité ont affirmé qu’ils trouvaient que la liste de critères demandés était «raisonnable» et qu’ils se plieraient aux exigences du règlement.

Ces derniers ont précisé que leurs services en matière de langues officielles avaient fait l’objet de 37 plaintes entre 2020 et 2025.

«Nos collègues de VIA Rail ont 4 millions de passagers par année et nous en avons 50 millions. À cause de l’ampleur de notre exploitation, qui se trouve aussi partout dans le monde, cela fait en sorte qu’on est un peu plus exposé que d’autres institutions fédérales», a estimé David Rheault.

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Le Commissariat veut aussi des modifications

De son côté, Patrick Wolfe, commissaire aux langues officielles adjoint, a rappelé que le but des sanctions pécuniaires du CLO n’était pas de «faire de l’argent», mais de s’assurer que les institutions comprennent leurs obligations et les respectent.

Dans un cas où l’on décide d’enlever ou d’exclure certaines institutions, on pourrait envoyer un message qu’ils n’ont pas besoin de les respecter autant ou que les conséquences ne sont pas les mêmes.

— Patrick Wolfe, commissaire aux langues officielles adjoint pour la conformité et application de la Loi

En effet, les ports du Canada ne sont pas visés par les nouvelles sanctions pécuniaires que peut distribuer le CLO, tandis que les aéroports le sont.

L’équipe du Commissariat a également critiqué la procédure qu’ils devraient suivre pour émettre une sanction, toujours en derniers recours.

Pascale Guiguère, avocate générale au Commissariat aux langues officielles, a affirmé qu’il y avait «trop d’exigences»; notamment pour fournir un procès-verbal dans le cadre d’une sanction pécuniaire.

«Chaque procès-verbal doit être justifié de façon substantielle. C’est long et onéreux», a-t-elle fait valoir aux sénatrices et sénateurs.

Son équipe a analysé une quinzaine de lois et aucune n’a de règlement aussi strict et lourd administrativement. Ils espèrent que le règlement sera modifié.

«Les droits culturels font partie des droits humains, qui sont inhérents à chaque personne. Ils sont donc indivisibles», pose d’emblée Johanne Bouchard, spécialiste en droits humains au Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

Ils permettent à une personne, seule ou en groupe, de choisir et d’exprimer son identité. «Cela englobe le droit de chacun d’accéder à la culture, de la créer, d’y participer, d’en jouir», résume la présidente de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Nancy Juneau.

«Pour des communautés qui sont minoritaires, c’est aussi d’avoir une voix et pouvoir dire : “Je ne dénie pas le fait qu’il y ait d’autres groupes et un groupe dominant, mais la réalité qui est la nôtre fait aussi partie de la réalité canadienne et elle doit être représentée”», ajoute Johanne Bouchard.

Vingt ans de diversité culturelle

Afin de souligner le 20e anniversaire de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité dans les expressions culturelles de l’UNESCO, la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) et la Commission canadienne pour l’UNESCO ont organisé le 12 janvier à Ottawa l’évènement «Regards croisés : 20 ans de diversité culturelle».

Johanne Bouchard y présentait une conférence autour des droits culturels, du vivre-ensemble et de la diversité.

Une francophonie au pluriel

La culture peut inclure toutes sortes de réalités. Johanne Bouchard prend l’exemple de la culture du soccer, «qui peut être très forte et qui peut vraiment créer des identités comme des rivalités entre certains groupes, même s’ils viennent du même endroit».

Johanne Bouchard, experte en droits humains au Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme auprès de la rapporteuse spéciale dans le domaine des droits culturels. 

Photo : Dany Lepage

«On peut s’identifier de manière plus ou moins forte avec différentes communautés culturelles et références.»

Pour elle, cette notion prend tout ton sens au sein des communautés francophones en situation minoritaire, composées de personnes de différents parcours et origines.

«L’expérience migratoire est très forte là-dessus, parce que ça permet justement de combiner à la fois ce qui nous a été donné, transmis par des parents, mais aussi ce qu’on a connu tout au long de sa vie», remarque la spécialiste.

Elle enjoint d’ailleurs les francophones «à de ne pas oublier leur propre diversité interne».

Quand ils parlent de groupes francophones ou de minorités francophones au Canada, qu’ils les mettent au pluriel, parce qu’ils sont différents d’un endroit à l’autre.

— Johanne Bouchard

«J’espère qu’ils accueillent et qu’ils célèbrent eux aussi cette diversité-là qui fait la richesse, quelque part, de leur mouvement.»

Johanne Bouchard évoque aussi les alliances que les francophones peuvent faire et tisser avec d’autres groupes minoritaires aux défis similaires, comme les anglophones au Québec ou les communautés autochtones.

«Elles aussi essaient de défendre leur droit d’exister en tant que groupe linguistique, incluant le droit d’enseigner, de transmettre leur langue, et qu’elle soit écrite et représentée dans l’espace public.»

«Cette alliance-là va être nécessaire, insiste-t-elle. Les droits culturels, c’est pour tout le monde. Ce n’est pas que pour un groupe, une culture ou une langue.»

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Éviter le repli identitaire

La liberté de s’identifier à plusieurs groupes culturels et à des références diverses permet de prévenir les replis identitaires ou «quand les personnes se sentent menacées, parce que non reconnues, parce qu’écrasées, parce qu’on leur dit : “Ce que tu es, on ne veut pas l’entendre”», explique Johanne Bouchard.

Ce repli implique de répondre à la question : «Soit tu fais partie du “nous”, soit du “eux”», illustre-t-elle.

«Ça coupe la liberté de choisir qui on est, mais ça réduit aussi tout l’espace qui est possible dans une société démocratique pour de la nuance, pour du mélange.»

Dans un contexte de montées nationalistes, il est, selon elle, d’autant plus important d’affirmer et de revendiquer cette richesse.

Un cadre contraignant

La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO vise à garantir la souveraineté des États en matière culturelle.

Ratifié en 2005, ce traité juridiquement contraignant engage les pays signataires à adopter des politiques pour soutenir leurs artistes et les industries culturelles, mais aussi à garantir l’accès équitable aux expressions culturelles, nationales et mondiales.

«Pour toute communauté minoritaire, travailler avec les droits culturels, c’est s’appuyer sur un cadre légal international contraignant qui permet de renforcer la légitimité des demandes de reconnaissance, de participation, d’être entendues dans les discussions démocratiques qui ont un impact sur la vie culturelle au Canada», énumère Johanne Bouchard.

Elle rappelle qu’il est possible de signaler des violations des droits culturels. «S’il y a des personnes qui sont discriminées sur la base de qui elles sont, elles peuvent remonter le problème.» D’abord aux autorités puis jusqu’au Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui examine les cas individuels.

«Une culture qui nous distingue, mais ne nous divise pas»

Nancy Juneau met de l’avant l’idée d’une culture «qui nous distingue, mais qui ne divise pas» : «Cette nuance-là est importante parce qu’on sait qu’il y en a qui instrumentalisent la culture à d’autres fins.»

«Ce qui nous lie, c’est que la culture est une force essentielle qui structure nos identités culturelles, façonne nos territoires et nourrit notre vivre-ensemble», décrit Nancy Juneau, présidente de la FCCF. 

Photo : Dany Lepage

Elle cite l’idéologie MAGA (pour «Make America Great Again») de Donald Trump, qui illustre selon elle «l’utilisation de la culture américaine comme une force de division».

«À l’ère du numérique, de l’intelligence artificielle et de la dématérialisation des œuvres et des productions, il faut protéger le rôle de la culture et les droits culturels, pour ne pas tomber dans une hégémonie culturelle dictée par des géants du numérique», ajoute-t-elle.

Dans ce contexte, les francophones ont aussi leur place à prendre. La présidente de la FCCF se réjouit en ce sens de la candidature d’Ottawa pour accueillir le Sommet de la francophonie 2028.

«On y voit vraiment une occasion exceptionnelle de mettre en valeur la vitalité culturelle francophone du pays et l’engagement du Canada de soutenir la diversité des expressions culturelles francophones.»

L’occasion aussi de montrer ce qui se fait au Canada en matière de droits culturels, mais aussi ailleurs dans le monde. «Ce n’est pas parce que vous n’avez pas le pied sur le ballon que ce que vous faites sur le terrain ne contribue pas au but.»

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Près de 2700 membres se sont déplacés entre les 29 et 31 janvier à Calgary pour un congrès du Parti conservateur du Canada (PCC). Le vendredi, ils devaient exprimer leur satisfaction pour le travail de leur chef, Pierre Poilievre. Les délégués qui avaient le droit de voter lui ont largement manifesté leur soutien.

Stephen Harper est le dernier chef conservateur à s’être soumis à un tel vote de confiance, lors du Congrès conservateur de Montréal, en 2005. Il avait recueilli 84 % des voix des quelque 2800 partisans, selon les informations de Radio-Canada de l’époque.

Après un discours de près d’une heure vendredi soir, Pierre Poilievre semble avoir convaincu les partisans qu’il était «l’homme de la situation», observe Frédéric Boily, professeur de science politique à l’Université de l’Alberta.

«Avec toujours un peu de risque, il n’y avait quand même pas beaucoup de partisans conservateurs de l’Est du pays, du Maritime, du Québec», commente-t-il.

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Selon Frédéric Boily, si le chef conservateur a remporté une victoire «très solide» auprès de ses partisans – la plupart de l’Ouest –, mais c’est une autre paire de manches dans la relation avec son caucus ou même pour d’éventuelles élections fédérales. 

Photo : Courtoisie

«Pas encore les coudées franches»

«C’est un appui solide, très solide, mais qui vient surtout des partisans conservateurs les plus convaincus. Pour le futur du Parti conservateur, ça laisse entendre que Pierre Poilièvre n’a pas encore complètement les coudées franches, d’abord avec son caucus. Vendredi, il n’a pas vraiment parlé à ses députés, il a parlé à ses partisans», élabore Frédéric Boily.

Le professeur rappelle que Pierre Poilievre a notamment perdu deux députés en novembre et en décembre au profit des libéraux – Chris d’Entremont et Michael Ma. Il n’est pas à l’abri d’autres départs.

Il a parlé de collaboration, mais il n’a pas dit dans quelle mesure il serait prêt à le faire, soutient Frédéric Boily. Et ça complexifie les choses quand il faut se trouver un nouvel électorat.

— Frédéric Boily

Le professeur fait notamment référence à la baisse drastique de popularité que connait actuellement le chef du Parti conservateur par rapport à Mark Carney. Ce dernier est en avance de 15 points dans les sondages nationaux qui portent sur l’impression favorable qu’il donne auprès des Canadiens.

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Une «collaboration» dans quelle mesure?

Frédéric Boily affirme qu’après s’être réconforté cette fin de semaine auprès de sa base conservatrice de l’ouest surtout, Pierre Poilievre ne peut quand même pas s’opposer à «chaque geste que pose le gouvernement». Parce que sa popularité est en baisse dans les sondages et il a déjà offert de «collaborer» pour les prochains mois.

Sur la collaboration avec les libéraux, «ce qu’il n’a pas vraiment dit vendredi, c’est dans quelle mesure il serait prêt à collaborer et, surtout, sur quel dossier précis il pourrait collaborer. Et ça, ça complique sa tâche lorsque vient le temps de vouloir trouver des nouveaux électeurs en dehors de la base partisane», affirme encore le professeur.

Discours critique du gouvernement

Dans un discours adressé aux Canadiens «écartés, abandonnés», le chef du PCC a vilipendé l’actuel gouvernement libéral de Mark Carney et écorché son bilan.

«Est-ce que depuis que Carney est devenu premier ministre, ça a changé quelque chose dans votre vie?», a-t-il lancé à son auditoire.

«Le gouvernement n’a pas réussi à tenir parole. Les familles n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Le gouvernement libéral abandonne les gens […], les jeunes n’ont pas les moyens de vivre», a-t-il blâmé.

Il a notamment plaidé pour un gouvernement plus petit et a critiqué la rupture du contrat social selon lequel lorsqu’on «travaille fort» on peut se payer «une belle maison», avoir une «bonne vie» et un «bon salaire».

«Mais aujourd’hui, vivre au Canada coute plus cher. Carney a promis qu’il serait jugé sur l’épicerie, mais l’inflation est la pire du G7», a-t-il affirmé.

À l’instar de son collègue chef du Bloc québécois la semaine dernière en Chambre, Pierre Poilievre a déploré que Mark Carney n’avait pas livré les résultats promis. Le chef conservateur a surtout souligné le fait qu’«aucun pipeline» n’ait été construit.

«Carney est un grand parleur ailleurs, mais un petit faiseur chez nous», a-t-il avancé, sous les applaudissements nourris de ses partisans.

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Les autres votes importants du Congrès

En plus du vote de confiance pour leur chef, les membres du Parti conservateur présents cette fin de semaine à Calgary ont voté sur 62 mesures. Trente-et-une ont été acceptées après révision du Comité national sur les politiques.

Voici celles qui ont capté l’attention :

Le chef du PCC n’est pas obligé d’inscrire les résolutions approuvées lors du Congrès dans sa plateforme.

Prudence sur le séparatisme

Alors que planent des possibilités de référendums sur l’indépendance au Québec et sur le séparatisme en Alberta, Pierre Poilievre s’en est tenu à les évoquer rapidement comme une conséquence du gouvernement libéral : «Après 10 ans de gouvernement libéral, les mouvements séparatistes se réveillent».

«C’était criant vendredi, Pierre Poilievre a appelé à l’unité nationale. Dans son caucus conservateur en Alberta, il y a des partisans qui tendent vers l’indépendantisme ou le séparatisme. Donc il ne peut pas condamner ça fermement. […] S’il avait voulu vraiment critiquer le mouvement séparatiste albertain, il aurait pu s’appuyer sur une critique économique en disant que ça créait beaucoup d’incertitude et qu’il ne voulait surtout pas que ce mouvement aille de l’avant», commente Frédéric Boily.

1- Mark Carney a dit «Les plaines d’Abraham symbolisent […] le lieu où le Canada a commencé à faire le choix historique de privilégier l’adaptation plutôt que l’assimilation, le partenariat plutôt que la domination, la collaboration plutôt que la division.»

Les plaines d’Abraham, c’est un lieu très important dans l’histoire du Québec. En 1759, une grande bataille y a eu lieu entre les Français et les Britanniques. Les Français ont perdu cet affrontement. C’est à ce moment que la Nouvelle-France est devenue un territoire britannique.

Pourquoi cette phrase a dérangé?

Après cette bataille, les Britanniques ont pris le contrôle du territoire et ont essayé de faire disparaître la langue et la culture francophones. C’est un processus qu’on appelle l’assimilation.

Mais M. Carney a dit l’inverse : que le Canada n’a pas choisi l’assimilation! C’est en contradiction avec un fait historique connu, bien documenté, en plus d’être un sujet douloureux pour les francophones.

Le mot «partenariat» a aussi mal passé. Parce que dans les faits, c’est une bataille qui a été perdue par un groupe. Ensuite, les francophones ont bel et bien subi la domination des vainqueurs. Il leur a fallu beaucoup d’efforts pour survivre et protéger leur identité. C’est loin d’être un exemple de «collaboration» comme l’a dit le premier ministre.

2- «La langue française a été protégée avec le temps»

Depuis 1969, l’anglais et le français sont les deux langues officielles du Canada.

Pourquoi cette phrase a dérangé?

Plusieurs politiciens ont trouvé que cette phrase donnait l’impression que la langue française s’est protégée toute seule. Pour eux, c’est oublier que des francophones ont dû se battre pendant des années pour défendre leur langue et obtenir des lois pour la protéger. C’est même encore difficile pour les communautés francophones à l’extérieur du Québec.

Des réactions

Plusieurs politiciens québécois, comme Paul St-Pierre Plamondon du Parti québécois, ont réagi très vivement au discours. Ils ont reproché à Mark Carney d’avoir présenté une version beaucoup plus positive du passé du Canada, loin de la réalité. Selon eux, cela revenait à «réécrire l’histoire». Yves-François Blanchet, le chef du Bloc Québécois, a affirmé que «c’est un grave manque de respect pour l’Histoire». Lui et d’autres politiciens québécois ont demandé des excuses.

Mark Carney, lui, a répondu aux critiques en disant qu’il estime avoir reconnu les luttes des francophones dans son discours.
Charles Milliard, un candidat à la chefferie du Parti libéral du Québec, a déclaré que le discours du premier ministre manquait de nuances. «On ne peut passer sous silence les pans plus sombres de notre histoire», a-t-il écrit sur les réseaux sociaux. Ça m’a inspiré ma question : et toi, penses-tu qu’il est important de parler des moments difficiles du passé? Pourquoi?

Un rappel : Qu’est-ce que ICE?

C’est le nom de la police de l’immigration, aux États-Unis. Avant d’être élu, le président des États-Unis, Donald Trump, a promis d’expulser du pays des millions d’immigrants. Depuis qu’il est au pouvoir, il a donc donné beaucoup d’argent à ICE. Il a aussi envoyé ces agents armés dans de grandes villes partout au pays pour arrêter des personnes immigrantes.

Mais les interventions de ICE sont très critiquées, car elles sont souvent violentes et ciblent régulièrement des personnes qui n’avaient rien à se reprocher. Beaucoup de manifestations anti-ICE sont organisées pour dénoncer ces opérations.

Une triste histoire qui se répète

Cela fait plus d’un mois que les agents de ICE font des arrestations à Minneapolis. La population est en colère. Samedi, malgré une température de -30 degrés Celsius, une grande manifestation contre ICE a eu lieu. Des centaines de commerces étaient fermés pour protester.

Mais un drame est arrivé : Alex Pretti, un infirmier américain de 37 ans, a été abattu par ICE.

C’est la deuxième personne tuée par ces agents à Minneapolis en très peu de temps. On t’a parlé de Renee Good, cette mère de famille qui a aussi perdu la vie le 8 janvier. Encore une fois, deux versions contradictoires des événements ont tout de suite circulé :

C’est assez!

La version du gouvernement a tout de suite été qualifiée de «mensonges» par de nombreuses personnes. Le gouverneur de l’État du Minnesota, Tim Walz, a réclamé le départ de ICE. Sur les réseaux sociaux, les anciens présidents américains Barack Obama et Bill Clinton ont aussi critiqué les gestes du gouvernement de Donald Trump. Même des membres de son parti, le Parti républicain, ont exprimé leur désaccord.

Dimanche et lundi, des milliers de personnes sont retournées dans les rues pour manifester. On assiste aussi à une grande vague de solidarité. Pour éviter que leurs voisins soient arrêtés par ICE, des habitants s’organisent. Par exemple, ils utilisent des sifflets pour signaler la présence de voitures appartenant à ICE. Il y a aussi des citoyens américains qui font des courses pour les personnes immigrantes qui ont peur de sortir de leurs maisons, et qui amènent leurs enfants à l’école.

Un retour au calme?

Lundi en fin de journée, le ton de Donald Trump s’est adouci. Le président dit maintenant que la mort d’Alex Pretti est une «tragédie». Il a discuté avec le gouverneur de l’État du Minnesota et le maire de Minneapolis. Celui-ci a ensuite déclaré que les agents de l’immigration allaient commencer à quitter la ville. 

Selon les observateurs, ils souhaitent tous apaiser les tensions.

As-tu été témoin d’un geste de solidarité dernièrement? Ou as-tu toi-même été généreux? Raconte!

Sources : La Presse, Radio-Canada, Agence France-Presse