le Vendredi 29 mai 2026

FRANCOPHONIE

Jeudi, la Cour suprême du Canada a confirmé qu’elle entendra la cause concernant la fermeture des palais de justice de Caraquet et de Tracadie, au Nouveau-Brunswick. Le Forum des maires de la Péninsule acadienne conteste la décision de fermer ces deux établissements, prise par le ministre de la Justice et de la Sécurité publique du Nouveau-Brunswick, en 2021.

Droits linguistiques : Le Forum affirme que cette décision porte atteinte aux droits linguistiques garantis par les articles 16 et 16.1 de la Charte canadienne des droits et libertés. En renvoyant la majorité des dossiers à Bathurst, l’accès à la justice en français serait affecté.

La Cour du Banc du roi du Nouveau-Brunswick avait donné raison au Forum des maires en 2024. La Cour d’appel de la province s’était plutôt rangée du côté du ministre en 2025.

Les dates des audiences n’ont pas encore été déterminées.

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Le règlement qui encadre la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP) est sur la table du Comité permanent des Langues officielles à la Chambre des Communes et au Sénat.

Manque de souplesse : Lundi au Sénat, les représentants des banquiers canadiens et des employeurs dans le secteur des transports et des communications sous régie fédérale ont demandé à Patrimoine canadien d’assouplir les critères qui désignent les régions à forte présence francophone. Selon eux, le règlement tel que proposé actuellement désigne de très petites régions où trouver des employés qualifiés et bilingues serait très  difficile.

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Proposition de la FCFA : En comité mardi, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) s’est appuyée sur son mémoire pour proposer d’utiliser plutôt l’aire de diffusion (400 à 700 habitants) comme unité de recensement. Une façon d’identifier les régions à forte présence francophone (RFPF), avec un critère de demande potentielle de services en français d’au moins 20 %.

Liane Roy et Alain Dupis, respectivement présidente et directeur général de la FCFA, ont également demandé de désigner les capitales provinciales et territoriales, comme Toronto, Halifax et Whitehorse, comme RFPF et d’intégrer les régions désignées par les régimes provinciaux, comme l’Ontario et le Manitoba.

Leur demande inclut les centres urbains qui accueillent de l’immigration francophone ainsi que la préservation des communautés francophones historiques.

La FCFA insiste également sur le fait que les services en français, une fois établis, devraient être maintenus même en cas de décroissance démographique. Elle souhaite que le gouvernement rende obligatoire l’offre de services en français en cas d’urgence.

Revisite des seuils : La FCFA demande en outre d’abaisser le seuil minimal d’employés pour l’application du règlement à 25 pour les entreprises privées de compétence fédérale dans les RFPF, comme au Québec, notamment au Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue du Canada.

Photo : Courtoisie

Le sénateur acadien René Cormier a reçu la toute première distinction honorifique remise par la Commission nationale des parents francophones, le samedi 23 mai. L’organisme dit avoir voulu reconnaitre «l’engagement déterminant» du sénateur lors de l’étude de la Loi sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants au Canada. Son travail a permis l’adoption d’un amendement pour prendre en compte les besoins spécifiques des communautés de langue officielle en situation minoritaire dans le financement et le développement des services de garde. 

CANADA

Le député de Laurier–Sainte-Marie (Montréal) a annoncé son départ de la politique au caucus libéral, mercredi. Il laissera son siège au courant de la pause estivale du Parlement.

Cette démission intervient dans la foulée de l’accord consolidé pour la construction d’un oléoduc dans l’ouest du pays, entre le gouvernement fédéral et l’Alberta. Dans diverses entrevues, il ne fustige pas la direction choisie par le premier ministre Mark Carney, mais il sent que sa voix n’a pas d’impact dans les décisions.

Avant de rejoindre son caucus, mercredi, Mark Carney a simplement laissé tomber «c’est la vie», avant de remercier son député sur X : «Notre gouvernement partage cet engagement en faveur de l’ambition climatique, de la compétitivité climatique et de la préservation de l’extraordinaire patrimoine naturel du Canada.»

Lors de son discours plein d’émotion en Chambre, Steven Guilbeault a déclaré : «La lutte pour notre planète est le combat de notre génération. J’ai bien l’intention de continuer à me battre.»

Le Bloc québécois, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert, par la voix d’Elizabeth May, ont tous déploré son départ, écorchant au passage le gouvernement Carney pour la direction que prend sa politique environnementale.

Seuls les conservateurs ont critiqué Steven Guilbeault, notamment sa politique «anti-développement», selon Pierre Poilievre.

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Mark Carney a indiqué que la Loi sur la clarté ne s’applique pas à la démarche référendaire lancée par la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Le 19 octobre prochain, les Albertains et les Albertaines seront amenés à répondre à la question référendaire suivante : «L’Alberta doit-elle rester une province du Canada, ou le gouvernement de l’Alberta doit-il entamer la procédure juridique prévue par la Constitution canadienne afin de tenir un référendum provincial contraignant sur la question de savoir si l’Alberta doit ou non se séparer du Canada?»

«C’est un bluff très dangereux», a mis en garde le premier ministre, Mark Carney, lundi, en mêlée de presse.

Loi non applicable : Une autre question se posait : le fédéral pouvait-il utiliser la Loi sur la clarté pour encadrer le processus de cette démarche référendaire? La réponse est non, a confirmé le premier ministre Mark Carney en Chambre, mardi. La Loi ne s’applique pas ici parce que la question n’engage pas directement une sécession de l’Alberta.

Qu’est-ce que la Loi sur la clarté?

Adoptée en 2000 après le référendum québécois de 1995, la Loi sur la clarté vise à encadrer toute tentative de séparation d’une province canadienne. Pour que des négociations puissent s’engager, la Chambre des communes doit d’abord juger que la question posée et la majorité obtenue étaient claires.

Le gouvernement du Canada n’a pas envoyé de représentant aux audiences du Tribunal permanent des peuples (TPP) qui se sont déroulées cette semaine à Montréal.

Le Tribunal siège, entre autres, à la demande du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, qui exige que les personnes responsables des crimes présumés commis contre les enfants autochtones dans les pensionnats autochtones du Canada rendent des comptes.

L’accusation : La poursuite allègue que le Canada a violé ses obligations concernant la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Des survivants des pensionnats et de la stérilisation forcée ainsi que des experts en crimes contre l’humanité ont été entendus.

Instance internationale : Le TPP est un tribunal d’opinion international indépendant créé en 1979 en lien avec la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il se penche sur des cas allégués d’abus des personnes et des minorités. Son fonctionnement est modelé sur celui de la Cour internationale de justice.

Sept juges ont écouté les témoignages et les preuves déposées. Le TPP a une influence surtout symbolique, sans pouvoir punitif. Mais les audiences permettent aux minorités et aux peuples marginalisés de s’exprimer.

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INTERNATIONAL

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, estime qu’Israël a violé la Convention de Vienne dans le traitement réservé aux Canadiens et aux Canadiennes ayant participé à la flottille pour Gaza, une mission d’aide humanitaire.

Elle a déclaré sur X, lundi, s’être entretenue avec son homologue israélien. «J’ai souligné que le fait d’avoir refusé à des citoyens canadiens l’accès à des services consulaires pendant leur détention constitue une violation de la Convention de Vienne et que cela ne doit plus jamais se reproduire.»

Le professeur à l’Université York, Michael Barutciski, a proposé d’emblée aux députés du comité de s’inspirer du modèle allemand de répartition des demandeurs d’asile, lors de la séance de lundi.

Selon lui, ça «fonctionne suffisamment dans ce contexte pour que ça nous intéresse». «Si on veut développer un modèle, on doit absolument regarder cet exemple allemand.»

«Quand un demandeur d’asile se présente, un logiciel va assigner le land (la région, NDLR) où la personne devrait aller, a-t-il expliqué au comité. C’est là-bas que les services de réception attendent cette personne. C’est une façon indirecte d’encourager sans forcer les demandeurs d’asile d’aller dans certaines régions. L’idée est de répartir pour éviter que tous les demandeurs d’asile soient tous dans les grands centres urbains.»

Une manière pour l’Allemagne d’être plus «à l’aise» avec ce contrôle et qui permet au gouvernement de «garder une porte ouverte à l’immigration».

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Mercredi soir en comité, sa collègue professeure à l’Université d’Ottawa, Christina Clark-Kazac, a confirmé que le modèle allemand était un bon modèle duquel s’inspirer, à une nuance près : «Il y a un contexte politique différent ici. Ces modèles sont fondés sur l’idée qu’on envoie ces personnes dans les régions qui en ont besoin. Ça ne fonctionne pas toujours, car certains doivent remettre leurs vies sur les rails, mais n’ont pas la capacité de le faire dans les régions où on les envoie», a-t-elle détaillé.

Miser sur la mobilité

«Nous accueillons au Québec 37 % des demandeurs d’asile de tout le Canada. Le Québec est une société accueillante […], mais ça engendre des couts et plus du tiers […] ne maitrise pas le français», a souligné le député Alexis Deschênes (Gaspésie—Les Îles-de-la-Madeleine–Listuguj), porte-parole du Bloc québécois en matière d’immigration.

Le Bloc souhaite que le Canada imite le pacte européen sur l’immigration.

Alexis Deschênes a demandé à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) s’ils est possible de relocaliser les demandeurs d’asile. «On m’a répondu que selon l’article 6 de la Charte des droits et libertés canadienne, le droit de libre circulation empêchera [cela]», a-t-il fait savoir au comité lundi.

«C’est clairement erroné, a répondu Michael Barutciski. C’est un peu étonnant qu’on ait ce genre d’idée qui circule au sein du ministère. Je comprends qu’on veuille protéger les migrants. [Mais] prétendre qu’un droit qui n’existe pas dans la Charte, c’est un exemple de nos problèmes ces dernières années.»

Pour le professeur, l’article concerne seulement les citoyens canadiens et les résidents permanents. Il n’y aurait aucun enjeu pour les demandeurs d’asile, qui peuvent se déplacer également.

Une partie de l’article 6 de la Charte des droits et libertés canadienne sur la libre circulation

Humanité contre couts engendrés

De leur côté, les conservateurs ont surtout posé des questions sur le cout de l’accueil de réfugiés aux différents intervenants.

Steve Jacques, commissaire des services sociaux de la région de Peel et autre témoin du comité, a décrit la pression que l’accueil de réfugiés exerce sur les municipalités. Selon lui, Peel a engagé plus de 13 millions de dollars de ses réserves fiscales locales entre 2023 et 2026 pour maintenir les services.

Si des aides telles que l’allocation logement Canada-Ontario sont indispensables, notre enveloppe est épuisée chaque année en raison de la forte demande. Un financement supplémentaire de 2,1 millions de dollars en 2023 et 2024 a permis d’aider environ 180 ménages de demandeurs d’asile, mais les aides actuelles n’ont pas suivi le rythme des besoins; et aucune enveloppe supplémentaire n’a été allouée aux demandeurs d’asile.

— Steeve Jacques, commissaire des services sociaux de la région de Peel

Ce dernier recommande que le soutien aux demandeurs d’asile soit une responsabilité nationale coordonnée avec un financement stable et prévisible ainsi qu’un système national plus équilibré qui distribue les arrivées en fonction des marchés du travail, de la disponibilité des logements et de la préparation des communautés.

De son côté, la directrice générale de COSTI Immigrants services, Anita Stellinga, a confirmé aux conservateurs qu’il y avait effectivement un cout, mais a nuancé avec de «nombreux exemples» de demandeurs d’asile en qui les différents paliers de gouvernement ont investi.

«Une demandeuse d’asile qui est devenue enseignante a redonné à sa communauté, a-t-elle retracé brièvement. Les gens qui viennent veulent travailler et s’intégrer.»

«C’est la clé de la réussite, a-t-elle insisté. Sans aide, les gens ne peuvent pas s’en sortir.»

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L’Association des Employeurs des transports et communications de régie fédérale et l’Association des banquiers canadiens demandent au ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, responsable des Langues officielles, Marc Miller, de revoir les critères qui font qu’une région est considérée à forte présence francophone (RFPF) par le gouvernement fédéral.

Dans ces régions, les entreprises privées de compétence fédérale doivent offrir des services en français à leurs clients, sous certaines conditions.

Selon l’ébauche de règlement, il s’agit d’une région où la demande potentielle de services en français est d’au moins 20 % dans une province, un territoire ou dans une division de recensement définie par Statistique Canada.

À cela s’ajoute une demande potentielle de services en français d’au moins 10 % dans les secteurs de recensement d’au moins 1000 habitants, qui font partie des régions métropolitaines de recensement (RMR) où la demande potentielle de services en français est de 30 000 personnes ou plus. La partie ontarienne de la RMR d’Ottawa-Gatineau en est un exemple, de même que St-John, à Terre-Neuve-et-Labrador.

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Reconnaitre les «efforts raisonnables»

Dans leurs recommandations énumérées devant le Comité permanent des Langues officielles du Sénat le lundi 25 mai, l’Association des banquiers canadiens (ABC), représentée par le directeur général Éric Prud’homme, a demandé que les banques bénéficient d’une sorte de «cas par cas» au moment de déterminer lesdites régions, en prenant en compte la nature, la taille et la complexité des activités des banques, notamment celles situées dans les plus petites régions.

Par courriel à Francopresse, la directrice des communications a fait valoir après le comité que le règlement pourrait par exemple, permettre de desservir des clients en français à partir de succursales se trouvant à l’extérieur de ces «zones restreintes […] si elles n’ont pas accès à une main-d’œuvre qualifiée sur place».

«Sachant que 77 % des clients utilisent déjà des outils numériques pour la majeure partie de leurs transactions, d’autres outils peuvent aussi être mis à contribution (rencontres virtuelles, rencontres en personne planifiées d’avance, appels, services de traduction)», ajoute-t-elle.

Éric Prud’homme a notamment fait valoir la difficulté de recruter des candidats qualifiés et bilingues dans de très petites zones désignées.

Pour les mêmes raisons, le président et chef de la direction de l’Association des Employeurs de transports et communications de régie fédérale (FETCO), Derrick Hynes, estime aussi que les seuils actuellement proposés sont trop bas et pourraient inclure des régions sans présence francophone significative, imposant des obligations «difficiles à respecter».

«Dans les régions où ces obligations n’existent pas encore, c’est là que les défis seront présents. On appuie [la demande d’]un soutien du gouvernement dans ce domaine pour atteindre nos objectifs», a fait savoir ce dernier.

En outre, la FETCO recommande de prendre en compte les «efforts raisonnables» et a demandé de la flexibilité de la part du ministre, en anticipant que les obligations pourraient être difficiles à respecter dans certaines régions ou domaines de compétences.

L’ABC a également insisté sur la nécessité d’une application «souple» des exigences linguistiques, notamment pour la supervision des employés francophones.

«Avec une approche trop flexible, des communautés entières ont disparu, a contré le sénateur René Cormier. […] Bien que certaines régions semblent petites, sur le plan de la vitalité institutionnelle, elles sont une force importante et elles sont des clients pour vous. Il m’apparait problématique d’augmenter le seuil […].»

Aucune des deux associations n’a toutefois recommandé de seuil chiffré.

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Flexibilité déjà présente pour WestJet

En revanche, les représentants de la compagnie aérienne WestJet, autres témoins présents pour le comité, estiment qu’une flexibilité existe déjà dans le règlement pour les transporteurs aériens.

Le projet de règlement précise que ces droits s’appliqueraient à tout départ ou à destination du Québec ou d’une RFPF.

En outre, l’avocat-conseil de WestJet, Me Tristan Joanette, a soulevé la question des critères quantitatifs utilisés pour désigner ces régions, notant que l’obligation ne s’appliquerait pas si l’aéroport n’est pas situé dans la zone désignée, même s’il y a une présence francophone ailleurs dans la ville. Il a également suggéré une meilleure harmonie entre les différentes lois pour éviter la confusion du public.

Ils sont toutefois du même avis que l’ABC sur la difficulté de trouver une main-d’œuvre qualifiée et francophone ou bilingue. WestJet recommande fortement la «construction d’écoles francophones», au gouvernement fédéral.

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Plus de délais ou du soutien

Autre recommandation marquée par la FETCO : rallonger le délai des deux ans prévus pour s’adapter au cadre règlementaire, lequel est insuffisant pour mettre en place les exigences «excessivement bureaucratiques», a fait savoir Derrick Hynes.

Il a mentionné les changements que le cadre règlementaire engendrerait, tel que la refonte des communications, le recrutement de personnel bilingue, la mise à jour des politiques linguistiques et pour les ressources humaines ou encore une mise à jour des infrastructures informatiques.

Tous les témoins de lundi seraient également favorables à un soutien financier du gouvernement pour la formation linguistique.

Après la joie initiale, Steve Mc Innis raconte avoir commencé à souffrir du syndrome de l’imposteur en regardant la liste des récipiendaires passés de l’Ordre de la Pléiade sur le site Web de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF).

«Ce sont des personnes qui ont des doctorats, des professeurs d’université, d’autres qui ont été dans des gros comités à Toronto», constate le directeur général des Médas de l’épinette noire de Hearst – qui regroupe la radio CINN FM et le journal Le Nord. Il se sentait tellement déclassé qu’il a pensé ne pas aller à la cérémonie.

Quand la liste des nommés de 2026 a été rendue publique, les messages et les appels de félicitations qu’il a reçus ont tranquillement fait fondre ses doutes.

Le député provincial néodémocrate de Mushkegowuk–Baie James, Guy Bourgouin, fait partie de ceux qui l’ont convaincu qu’il méritait la reconnaissance. Il se devait bien de le faire, puisque c’est lui qui a déposé la candidature de Steve Mc Innis à l’APF.

«J’ai eu cette conversation-là avec lui et je lui ai dit que ce n’était pas une question d’éducation, c’est de garder la communauté vibrante», raconte l’élu en entrevue avec Francopresse.

La directrice générale du Mouvement des intervenant.e.s en communication radio de l’Ontario (MICRO), Marie Gaëtanne Caissie, est du même avis. «Pour moi [ce qui compte], c’est l’impact que la personne a eu dans la communauté au niveau de la francophonie pour sa région», dit celle qui a aidé à compléter le dossier de candidature.

«Il faut penser que c’est important les médias, c’est important la culture, c’est important d’informer les gens, que les artistes aient quelqu’un pour promouvoir leur travail. C’est bon pour la région», insiste le député Bourgouin.

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Plus de faits d’armes que prévu

Guy Bourgouin explique qu’il a déposé la candidature parce que plusieurs personnes lui disaient que Steve Mc Innis serait un bon candidat. Entre la radio, le journal et l’ouverture d’une librairie, le directeur est un maillon important de la communauté de Hearst, croit le député. «Très souvent, on oublie ce monde-là qu’on prend pour acquis.»

«Je peux dire que la journée où il va partir de Hearst, on va perdre un gros morceau», affirme le député Guy Bourgouoin, qui a déposé la candidature de Steve Mc Innis pour l’Ordre de la Pléiade de l’APF. 

Photo : Courtoisie

En dressant la liste de ses actions pour l’APF, Steve Mc Innis s’est aperçu qu’il en avait fait plus qu’il ne le pensait au départ.

Entre autres, à son arrivée comme directeur de la radio communautaire CINN FM de Hearst il y a 13 ans, il a d’abord redonné une santé financière à la station. En 2016, il a convaincu le conseil d’administration d’acheter le journal Le Nord lors du départ à la retraite du propriétaire, Omer Cantin. Il voulait éviter que le journal local se retrouve entre les mains d’une grande entreprise qui finirait par mettre la clé dans la porte.

Les finances des deux médias allaient bien jusqu’à la pandémie. Il a donc exploré des idées de revenus d’appoint pour soutenir la radio et le journal. La suggestion qui revenait le plus souvent était d’ouvrir une librairie de livres en français. Hearst n’en avait plus depuis la fermeture de la Librairie Le Nord en mai 2024.

Les ventes ont été excellentes pendant le premier mois, en décembre 2025, affirme-t-il. Les mois plus tranquilles de janvier et février ont permis d’apporter des correctifs inspirés par toutes les suggestions reçues.

Marie Gaëtanne Caissie ajoute que Steve Mc Innis a également fait beaucoup de travail au sein du MICRO, «pour le garder actif et vivant». Elle considère la fusion de la radio et du journal puis l’ouverture de la librairie comme des succès. «Il a fait une différence dans sa communauté.»

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Les six de 2026

L’Ordre de la Pléiade a été créé par l’APF en 1976. Elle reconnait le travail de personnalités qui ont contribué à l’épanouissement de la langue française dans leur région.

Les autres récipiendaires de 2026 en Ontario sont : Vincent Georgie de Windsor, Stewart Kiff de Toronto, Andrée-Anne Martel d’Ottawa, Emmanuelle Richez de Windsor et Mélanie Routhier Boudreau d’Ottawa.

Les six personnalités recevront leur médaille le 28 mai à Toronto.

«Pris dans leur ensemble, ces millions d’articles constituent une source unique pour comprendre l’évolution des collectivités francophones», écrit Serge Dupuis dans le rapport Les journaux franco-canadiens : États des collections et candidats à l’océrisation*.

Dans ses recherches, l’historien consultant et membre associé de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française (CEFAN) de l’Université Laval a constaté qu’il y a une grande disparité dans les collections actuelles.

Certains anciens journaux ont bien été archivés en format numérique avec des outils performants qui permettent de faire de la recherche. Pour la majorité – incluant la plupart des journaux encore actifs de la francophonie canadienne –, les collections numériques sont éparpillées, incomplètes, mal indexées ou à risque d’être perdues.

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Qu’est-ce que l’océrisation?

L’océrisation est un mot dérivé de l’acronyme anglais OCR, pour «Optical character recognition», ou reconnaissance optique de caractères.

Une fois qu’un document physique est numérisé, un logiciel d’océrisation est utilisé pour reconnaitre le texte qu’il contient. Cette analyse permet ensuite de copier le texte ou de l’indexer pour les moteurs de recherche et l’archivage.

Un atout pour la recherche

Plus de 150 journaux francophones ont vu le jour en Amérique du Nord au cours des 200 dernières années. La grande majorité a disparu, une trentaine sont toujours actifs dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada.

Ces journaux ont été les témoins des évènements, des revendications et des interactions des francophonies minoritaires.

Autrement dit, l’océrisation des journaux franco-canadiens s’avère essentielle pour favoriser la découvrabilité du patrimoine écrit franco-canadien à l’ère numérique, mais aussi pour créer une relève en recherche chez les jeunes générations

— Rapport : Les journaux franco-canadiens : États des collections et candidats à l’océrisation

À travers des entrevues avec des chercheurs et un sondage, Serge Dupuis a constaté que l’accès difficile aux archives des journaux francophones du Canada décourageait des recherches sur la francophonie canadienne.

Celles et ceux qui se lancent abandonnent souvent devant l’ampleur de la tâche : fouiller pendant des mois dans des piles de journaux non indexés. Les plus jeunes se tournent vers d’autres sujets, européens ou concernant les États-Unis.

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Plusieurs gestionnaires de journaux francophones ont exprimé à Serge Dupuis leur frustration de ne pas pouvoir répondre à toutes les requêtes du public concernant leurs archives et être handicapés par le manque d’adaptation technologique. 

Photo : Courtoisie – Archives Francopresse

Passer par le Québec

Deux visions existent pour l’archivage des journaux. Du côté anglophone, les entreprises privées ont créé leurs archives numériques et les gardent derrière des murs payants. Du côté du Québec, le patrimoine écrit est davantage associé au domaine public. «Les journaux franco-canadiens se trouvent dans l’angle mort des deux modèles», écrit Serge Dupuis.

La planche de salut serait du côté de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Celle-ci détient déjà les archives de quelques journaux francophones non québécois et a l’expertise pour procéder à l’océrisation de ces titres.

L’opération fait tout de même face à plusieurs obstacles. Le premier : le cout. Selon les calculs de Serge Dupuis, la facture s’élèverait à 48 000 $ pour océriser la totalité des publications d’un journal hebdomadaire qui existe depuis 50 ans et qui compte en moyenne 24 pages par édition. Des sources de financements devraient donc être dénichées.

De plus, la BAnQ requiert des collections complètes en bon état. L’institution est également déjà occupée avec d’autres projets.

Cependant, parmi les journaux actifs avec qui Serge Dupuis a échangé, une vingtaine ont déjà des archives numériques, mais sont insatisfaits dans leur diffusion. Ils sont ouverts à un transfert à la BAnQ. L’opération serait peu couteuse et atteindrait les objectifs du Plan d’action 2025-2028 de la Politique québécoise en matière de francophonie canadienne pour la Bibliothèque nationale – la section de BAnQ qui conserve l’ensemble de l’édition québécoise et assure la mise en valeur de ses collections patrimoniales.

«Le rapport permet de mieux comprendre les besoins, les réalités très différentes d’un média à l’autre et les enjeux techniques ou financiers qui freinent l’accès à cette mémoire collective. Ça confirme aussi à quel point ces archives sont importantes, non seulement pour les équipes de recherche, mais pour les communautés francophones elles-mêmes», dit Maryne Dumaine. 

Photo : Christian Kuntz

Passer à l’action

La présidente de Réseau.Presse, Maryne Dumaine, indique que le rapport donne un bon point de départ pour la suite. «On savait qu’il y avait des défis liés à l’océrisation et à l’accessibilité des archives, mais là, on mesure mieux l’ampleur du travail à faire, autant au niveau de la préservation que de la diffusion.»

Le rapport fournit un point de départ pour passer à l’action, «identifier des priorités et voir quelles démarches sont les plus réalistes à court et moyen terme».

Les institutions patrimoniales, les milieux de recherche, les organismes nationaux, les gouvernements et les médias pourraient être mis à contribution dans la recherche de solutions concrètes.

«L’objectif à long terme, c’est vraiment de mieux préserver la mémoire de la presse franco-canadienne et de la rendre plus accessible aux communautés, aux équipes de recherche et au grand public.»

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* Le projet encadrant la recherche et le rapport a été géré par Réseau.Presse, l’éditeur de Francopresse.

D’abord, c’est quoi, Amnistie internationale? 

C’est une organisation internationale qui fait la promotion des droits de la personne. Ça inclut le droit à la vie, à la santé, à l’égalité. Il y a des endroits sur Terre, incluant au Canada, où ces droits ne sont pas respectés. Amnistie internationale sert à rappeler leur importance pour corriger ces situations.

Le rapport d’Amnistie internationale est alarmant: les 3000 habitants de Manawan vivent dans des «conditions inacceptables». La communauté aurait besoin d’au moins 150 nouvelles maisons pour loger tout le monde convenablement. Les maisons actuelles sont vieilles ou mal isolées. La présence de moisissures, de petits champignons microscopiques, pose un risque pour la santé. 

Le manque de logements oblige les familles à vivre à plusieurs sous un même toit. Il y a en moyenne 8 personnes par maison. Cela fait en sorte que les gens n’ont pas de pièce tranquille pour se reposer, étudier ou dormir. Ce manque d’intimité a un impact très négatif sur la santé mentale.

La situation de Manawan n’est ni nouvelle ni unique. Ça fait des années que différentes organisations réclament de l’aide au gouvernement fédéral pour les communautés autochtones du Canada. 

J’en ai parlé au chef de Manawan, Sipi Flamand, qui a collaboré avec Amnistie internationale pendant les deux dernières années.

Chef Flamand, comment cette crise du logement affecte-t-elle les enfants des communautés autochtones?

Les enfants n’ont pas d’espace tranquille pour se reposer ou faire leurs devoirs. Ça affecte leur concentration. Il y a du décrochage scolaire chez les adolescents. La crise du logement entraîne des problèmes sociaux et académiques.

Il faut plus d’argent que ce que le gouvernement a annoncé pour les communautés dernièrement?

Les 2,5 milliards de dollars annoncés, pour les besoins actuels, c’est des miettes.
Au Québec, on aurait besoin de plus de 100 milliards pour répondre aux besoins des communautés autochtones.

Est-ce que l’argent va tout régler?

Non, il faut se parler et trouver des solutions ensemble: le gouvernement et les communautés autochtones. Les programmes, les lois, les solutions doivent être développés avec nous. 

L’ONU a déjà dénoncé la situation des communautés autochtones. C’est maintenant Amnistie internationale qui le fait. Croyez-vous que les choses vont changer?

Je sens beaucoup de solidarité des Canadiens et des Québécois depuis le dévoilement du rapport. Je crois qu’on débute une nouvelle relation avec les gouvernements. Mon souhait, c’est qu’on réussisse à améliorer les conditions de vie des Autochtones pour qu’elles soient au même niveau que celles du reste des Canadiens. Parce qu’en ce moment, on a 25 ans de retard.

Vous avez espoir?

La réconciliation, ce n’est pas juste des promesses et des discours. Mais oui, j’ai espoir que ça se traduise en actions. 

Et toi, avec combien de personnes vis-tu? As-tu une chambre juste à toi, ou la partages-tu avec un membre de ta famille?

Image : As de l’info

Les abeilles… du cimetière! 🪦

Non, ce n’est pas le titre d’un nouveau film d’horreur. Des scientifiques américains ont découvert une IMMENSE colonie d’abeilles qui vit sous un cimetière dans l’État de New York. Immense comme dans 5,5 millions d’abeilles! Ce serait l’un des plus grands et des plus vieux groupes d’abeilles au monde. L’espèce, appelée abeille minière, niche dans le sol, plutôt que dans des ruches. Pour les scientifiques, cette découverte prouve que les cimetières, s’ils ne sont pas arrosés de pesticides, peuvent aider à protéger la biodiversité.

Six mois de prison pour avoir utilisé des abeilles comme arme!

Aussi aux États-Unis, une femme vient tout juste d’être condamnée à six mois de prison. Son crime? Elle s’est servie de ses abeilles comme armes… Je te raconte!

En 2022, cette apicultrice du nom de Rebecca, est très inquiète. Un de ses amis, un homme âgé, a des problèmes d’argent et il n’est plus capable de payer sa maison. La ville le force à déménager. Et ça, ça met Rebecca en colère. Pour empêcher les policiers de saisir la maison, elle se rend chez son ami avec un camion chargé… de ruches. Arrivée sur place, elle libère des milliers d’abeilles qui, paniquées, attaquent les policiers. Une des victimes a dû être hospitalisée pour soigner ses piqûres. 

Et voilà que Rebecca vient de recevoir sa sentence : six mois de prison pour agression. Si les abeilles avaient les mêmes droits que les humains, elles poursuivraient probablement aussi Rebecca. Des centaines d’entre elles sont mortes pour rien dans cette attaque.

Les apiculteurs, qui élèvent des abeilles, portent des vêtements qui les protègent complètement pendant qu’ils travaillent.

Photo : Annie Spratt – Unsplash

Des as en math!

Les abeilles seraient bel et bien capables de compter. C’est ce que des chercheurs d’une université en Australie ont réussi à démontrer. À quoi ça sert de savoir compter quand on fabrique du miel? Ça peut être utile pour choisir les meilleurs endroits où butiner (beaucoup de fleurs ou pas beaucoup de fleurs) ou pour s’orienter quand on doit s’éloigner de la ruche.

Jusqu’à tout récemment, il y avait un débat chez les scientifiques. Beaucoup croyaient que les abeilles n’avaient pas vraiment une compréhension des nombres, qu’elles utilisaient plutôt des repères visuels. Mais les chercheurs de l’Université Monash croient au contraire que les butineuses peuvent compter jusqu’à 4 ou 5.

Selon eux, les études du passé ne tenaient pas assez compte de la biologie des abeilles. «Nous voyons et expérimentons le monde très différemment des animaux», a dit une des chercheuses. C’est pourquoi chaque expérience doit être conçue en fonction de l’espèce étudiée. C’est plein de bon sens, non?

Quelle est ta relation avec les abeilles? En as-tu peur? Ou les vois-tu comme des amies? Peut-être qu’elles te fascinent? Dis-moi!

Sources: The New York TimesSmithsonian MagazineSciences et Avenir, Monash University

Gérance d’artistes, agence de spectacles, maison de disques : les entreprises de l’industrie musicale francophone hors Québec se distinguent par leur polyvalence et leur capacité à s’adapter. C’est le constat dressé par une récente étude de l’Alliance nationale de l’industrie musicale (ANIM).

Bien qu’aux prises avec des contraintes bien particulières, comme l’éloignement géographique, des infrastructures limitées ou encore la difficulté à retenir la main-d’œuvre, ces entreprises développent des façons de faire plus souples et créatives, souvent éloignées des modèles d’affaires traditionnels que l’on trouve au Québec ou dans le Canada anglais.

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Pratiques non visibles

«Ce qui m’a le plus surprise, c’est de voir la quantité de pratiques non visibles informelles, de l’entraide entre entreprises, la solidarité, la mutualisation de ressources, qui sont au cœur de ce qui permet aux entreprises de durer», décrit l’autrice de l’étude, Joëlle Bissonnette, professeure au Département de management de l’UQAM.

La chercheuse Joëlle Bissonnette a déjà participé à des études sur l’industrie musicale francophone. 

Photo : Courtoisie

Ces pratiques se traduisent, entre autres, par le partage de réseaux, de contrats, de main-d’œuvre et un accompagnement bénévole de la relève, privilégiant ainsi la solidarité communautaire à la simple compétition commerciale.

«Il y a une grande quantité de modes de fonctionnement qui sont assez surprenants et qui ne correspondent pas à ce qu’on s’attend d’une entreprise traditionnelle en musique.»

Mais, comme elle le dit, ces pratiques sont parfois non visibles, donc moins comprises par les bailleurs de fonds, «qui financent ce qu’ils voient», et qui se basent sur leur connaissance des entreprises en contexte majoritaire.

«Une entreprise en musique, traditionnellement, ça doit avoir un certain nombre d’artistes, un certain volume d’activité, des contrats d’exclusivité. Là, on fait face à des entreprises qui fonctionnent de façon beaucoup plus organique.»

Services à la carte

Natalie Bernardin fait confiance à son instinct. «J’ai jamais pris des décisions en cherchant à m’adapter à quelque chose qui devait être fait. Je l’ai fait parce que je me suis dit : “It’s a good thing, it’s the right thing to do.” Genre, c’est la bonne chose à faire», raconte la directrice d’Amixie Solution, une agence de gestion et de booking dédiée aux artistes francophones, notamment issue de la diaspora africaine.

Natalie Bernardin propose des services à la carte aux artistes francophones qu’elle suit. 

Photo : Courtoisie

Ancienne directrice générale de l’Association des professionnel.le.s de la chanson et de la musique (APCM), «avec à peu près 160 à 200 membres dépendant des années», elle avait envie d’autre chose. «J’ai envie de sélectionner les membres avec lesquels je veux travailler.» Elle propose depuis 2020 des services «à la carte».

«Dans le milieu, un manager prend 25 % ou 15 % de tous tes revenus : tes droits d’artiste, tes redevances, tes cachets de spectacle, tes subventions.» Dans la francophonie minoritaire, ce modèle ne peut pas fonctionner, faute de moyens et de public.

«Donc, dès le départ, je me suis dit : je vais proposer quelque chose.» C’est là qu’elle a eu l’idée de faire du management à la carte, selon les besoins de chaque artiste. «Ça me permet aussi d’offrir mes services à un plus grand nombre.»

Elle prend aussi le temps d’accompagner ses clients et d’effectuer certaines tâches avec eux, pour qu’ils puissent les effectuer eux-mêmes par la suite. «On est dans un modèle équitable. Ça fait partie de ma philosophie d’affaires. C’est beaucoup plus humain.»

Parce que c’est ce que nos milieux ont besoin, ce que nos artistes ont besoin, ce que nos salles de spectacle ont besoin. Les artistes sont autant investis dans mon entreprise que je suis dans la leur.

— Natalie Bernardin

«L’union fait la force»

Certaines entreprises se partagent des contrats et vont s’organiser en n’offrant pas les mêmes services, observe Joëlle Bissonnette. «Plusieurs le disent : l’union fait la force.»

«Elles ne vont pas chercher à se garder des artistes ou des contrats […] Si un artiste de la communauté rayonne, c’est toute la communauté qui rayonne.»

Les indicateurs classiques – écoute en ligne, billets vendus, revenus – ne reflètent pas la réussite. «Beaucoup de nos définitions de succès viennent des retombées qualitatives qu’on est capables d’avoir, des artistes qui réussissent à rayonner, qui réussissent à tourner, plus que du nombre de projets», témoigne un intervenant dans l’étude.

Malgré l’omniprésence des géants numérique et des situations financières parfois précaires, cela n’empêche pas les entrepreneurs de se lancer. «Beaucoup le feraient de toute façon, souligne la chercheuse. Ils sont portés avant tout par une mission communautaire, culturelle, identitaire, linguistique.»

Ils et elles se donnent un rôle d’«ambassadeur». «Ils veulent structurer une industrie qui va favoriser la rétention et l’épanouissement des artistes dans la communauté.» Une mission parfois difficile à porter, admet-elle, mais qui les motive.

La question de la main-d’œuvre… et de la relève

«Beaucoup d’entrepreneurs sont seuls à la tête de leur entreprise. Trouver la main-d’œuvre, la former et la retenir avec des salaires compétitifs, c’est souvent un grand défi», relève Joëlle Bissonnette.

Il y a déjà beaucoup d’initiatives pour développer la fibre artistique des jeunes dans les communautés francophones, comme des concours, mais pourquoi pas leur donner envie de travailler dans le milieu de la musique, suggère-t-elle. Que ce soit en tant qu’entrepreneurs, gestionnaires ou agents d’artistes.

Les formations ne sont pas toujours adaptées aux réalités des communautés, rapportent les personnes interrogées dans l’étude. Un mentorat pour développer certaines compétences clés et un accompagnement des entreprises pourraient être d’autres pistes à considérer, selon Joëlle Bissonnette. Notamment celles dont les gérants arrivent à l’âge de la retraite.

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Bailleurs de fonds en retard

«Ce qui est demandé par les entrepreneurs en matière de pistes de solutions, ce n’est pas nécessairement plus d’argent, parce que les fonds publics sont finis. Ce qui est demandé, c’est une plus grande flexibilité dans l’attribution des fonds», explique Joëlle Bissonnette.

Autrement dit, des financements qui reconnaissent leurs besoins d’expérimenter, à la fois des nouvelles formes d’entreprise, mais aussi de nouvelles façons de collaborer, de mutualiser les ressources.

«Avoir un financement qui permet de faire des prévisions, de développer une vision sur un temps donné, que ce soit un an ou trois ans, ça leur permettrait de mieux stabiliser leurs entreprises que d’avoir à redemander du financement à chaque nouveau projet», indique la chercheuse.

Les entrepreneurs relèvent que les bailleurs de fonds vont plus facilement financer l’exportation de la musique vers des marchés qui ont été éprouvés pour le Québec, essentiellement les marchés de l’Europe francophone.

— Joëlle Bissonnette

Or, ces derniers sont saturés, et il en existe d’autres, comme l’Afrique francophone ou l’Amérique latine.

Natalie Bernardin constate aussi que les bailleurs de fonds manquent parfois de flexibilité et d’ouverture. Elle-même n’était pas éligible à des fonds quand elle a démarré son entreprise, parce que son modèle d’affaires ne «rentrait pas dans les cases».

«C’est souvent là, pour nous en francophonie canadienne, où le bât va blesser, où on va tomber dans des difficultés parce qu’on essaie de soit émuler ce qui se fait au Québec ou dans de grosses boites anglophones. On essaie de s’adapter à une réalité ou un rythme qui n’est pas le nôtre.»

«Je me suis fait fermer la porte plusieurs fois», confie-t-elle. La responsable regrette également que, par le passé, les bailleurs de fonds se soient tournés uniquement vers l’Europe plutôt que vers l’Afrique.

«Il faut que ces gens-là soient sur le terrain», insiste-t-elle. Car la vue depuis un bureau à Toronto n’est pas la même que celle dans une petite ville ontarienne. «On n’a pas les mêmes réalités.»

FRANCOPHONIE

Les députés du Comité permanent des langues officielles à la Chambre des communes ont publié une lettre de félicitations au Colonel Jeremy Hansen, revenu de la mission Artémis II le mois dernier.

Seul Canadien à bord du vaisseau Orion, il a été le «premier Terrien à avoir pris la parole en français depuis l’endroit le plus éloigné de notre galaxie ayant été exploré», souligne la lettre des parlementaires.

«[…] Vous êtes un modèle pour les francophiles au pays, notamment les milliers de jeunes qui sont dans les programmes d’immersion française. Vous leur avez montré qu’il faut persévérer dans l’apprentissage de leur seconde langue officielle et surtout, ne pas hésiter à se servir du français», ont-ils ajouté.

La semaine dernière, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada a financé la revue savante bilingue Minorités linguistiques et société/Linguistic Minorities and Society, publiée par l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, à hauteur de 156 000 $ sur trois ans, dans le cadre du programme «Aide aux revues savantes 2025».

But de la subvention : Ce financement permettra à la revue de renforcer son modèle de libre accès gratuit, tant pour les lecteurs que pour les auteurs, tout en améliorant la diffusion des articles, leur visibilité en ligne et les pratiques éditoriales.

Depuis sa création, cette dernière publie des recherches bilingues et interdisciplinaires sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire au Canada ainsi que sur d’autres minorités linguistiques au pays et à l’international.

David Eby, premier ministre de la Colombie-Britannique, a rencontré Mark Carney cette semaine après la conclusion de l’entente avec l’Alberta. Ce dernier reste pour l’instant fermé.

Province de la Colombie-Britannique – Flickr

CANADA

Le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial de l’Alberta ont conclu une entente vendredi dernier visant la construction d’un nouveau pipeline vers la côte ouest. Les travaux pourraient commencer en 2027, pour une mise en service prévue autour de 2033.

Le projet reste toutefois soumis à la condition de mettre en place un vaste programme de capture de carbone de l’industrie des sables bitumineux, alors qu’aucune entente finale avec les entreprises n’a encore été signée et que cette technologie reste couteuse et incertaine.

L’Alberta agira temporairement comme promoteur afin d’accélérer le projet et de rassurer les investisseurs privés, même si aucun financement de ce côté-là n’a encore été confirmé.

Point d’accroche : L’Alberta préfèrerait que le pipeline passe par le nord de la Colombie-Britannique pour faciliter les exportations vers l’Asie, mais il devra obtenir l’appui de la province et des Premières Nations.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, déjà fermé au projet, s’est montré critique envers l’entente et accuse l’Alberta d’avoir «toute l’attention» du fédéral, notamment car Danielle Smith, la première ministre, a réussi à obtenir une entente sur la tarification du carbone à 130 $ la tonne d’ici 2040, lorsque les autres provinces paient 170 $ la tonne.

En outre, il a déjà affirmé que le premier ministre Mark Carney scellait l’entente notamment pour calmer la volonté séparatiste de certains Albertains et critique le projet, car il affirme qu’il enfreint les droits des Premières Nations.

Le premier ministre canadien était d’ailleurs cette semaine en Colombie-Britannique pour tenter de rassurer David Eby sur le fait que les consultations, notamment avec les Premières Nations, seront menées comme il se doit.

Nepinak, cheffe de l’APN, critique les changements proposés par Ottawa pour l’évaluation des grands projets énergétiques. Elle estime qu’ils menacent les droits des Premières Nations et limitent leur participation.

Elle dénonce aussi le délai de consultation de 30 jours, qu’elle estime insuffisant pour permettre une réelle consultation des communautés autochtones.

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L’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) demande à l’Agence du revenu du Canada (ARC) et au Conseil du Trésor de suspendre l’élargissement du retour obligatoire au bureau pour les fonctionnaires. Il estime que les lieux de travail ne sont pas prêts à accueillir davantage d’employés.

Manque d’espace : Le syndicat dénonce notamment le manque d’espace, les règles incohérentes et l’absence de consultations suffisantes avec les travailleurs.

L’IPFPC affirme que plusieurs employés se rendent au bureau uniquement pour participer à des réunions virtuelles, sans réelle collaboration.

Le syndicat réclame une approche plus flexible et fondée sur des données probantes avant toute augmentation de la présence obligatoire au bureau.

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INTERNATIONAL

D’après son rapport publié le 20 mai, le directeur parlementaire du budget (DPB) évalue à 1,066 milliard de dollars le soutien public total accordé à la coorganisation de la Coupe du monde de soccer 2026.

De cette somme, 473 millions proviendraient du gouvernement fédéral, tandis que les autres gouvernements assumeraient les 593 millions restants.

82 millions par match : Comme le Canada accueillera 13 matchs, le DPB estime le cout moyen à 82 millions de dollars par rencontre, un niveau comparable aux dépenses publiques observées lors des éditions précédentes du tournoi.

L’identité demeure la principale raison invoquée par les parents francophones pour choisir un service de garde en français plutôt qu’en anglais à l’extérieur du Québec, souligne Statistique Canada dans un récent rapport.

Lors d’un webinaire organisé par l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne, le 12 mai, Isabelle Perron-Desjardins, enseignante et collaboratrice auprès du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance du Nouveau-Brunswick, et Catherine Isabel, chargée de projet à l’Association canadienne d’éducation de langue française, sont revenues sur le rôle essentiel de l’art et de la culture en petite enfance.

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Période charnière

De 0 à 5 ans, les enfants grandissent, à tous les niveaux.

L’enfant est en pleine construction de sa propre identité culturelle, alimentée par ses références familiales, mais aussi son vécu au quotidien.

— Isabelle Perron-Desjardins

«Les enfants ressentent notre rapport à la langue et notre rapport aux arts et à la culture», rappelle-t-elle à l’intention du personnel des services de la petite enfance et des éducateurs et éducatrices. Elle encourage à montrer son «plaisir à parler français».

«Être passeur culturel, c’est cultiver son propre arbre dans un premier temps pour ensuite mieux faire grandir celui des enfants.»

L’intervenante rappelle que les parents eux-mêmes peuvent apprendre de leurs enfants quand il s’agit de culture francophone. Elle cite sa propre histoire.

«Étant native du nord-ouest du Nouveau-Brunswick et avec des racines plutôt québécoises, la fête acadienne était peut-être moins présente dans cette région.» C’est à travers ses enfants et leurs activités à l’école qu’elle a pu découvrir la culture acadienne.

La composition d’un babillard avec des collages de célébrités ou de références culturelles en tous genres peut être une activité à partager avec les enfants, mais aussi le personnel des services à la petite enfance.

«On n’a pas besoin d’être expert»

Les deux présentatrices sont revenues sur le rôle de passeur et passeuse culturelle, ou comment faire découvrir la culture francophone tout en restant ouvert aux autres cultures.

«On n’a pas besoin d’être expert, on a besoin d’être ouvert, curieux, d’avoir une passion contagieuse», explique Isabelle Perron-Desjardins.

Les passeurs culturels jouent le rôle d’intermédiaire, pour favoriser la découverte d’une variété d’expressions culturelles et artistiques, mais aussi ouvrir les enfants à de nouvelles formes d’art.

Il faut également «déconstruire l’idée qu’il faut avoir du talent pour créer», insiste Catherine Isabel.

Les spécialistes encouragent les membres du personnel à ne pas hésiter à sortir des murs des services de garde, pour aller voir des expositions, des pièces de théâtre, ou même tout simplement organiser des activités artistiques en pleine nature. Sans oublier d’amener les artistes de la communauté à la rencontre des tout-petits.

Il s’agit aussi de stimuler le dialogue – par exemple par le biais de cercles de conversation – et d’éveiller la curiosité autour des arts d’ici, et d’ailleurs.

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Ne pas chercher à remplacer

Quand l’enfant vient d’une famille où le français n’est pas la langue du foyer, «il faut être curieux pour chercher à comprendre d’où vient l’enfant et être ouvert, accueillir ses références et chercher à créer des ponts entre la réalité de cet enfant-là et la culture francophone», développe Catherine Isabel.

«Ce n’est pas de chercher à remplacer la culture de l’enfant par une culture francophone, mais au contraire à tisser des liens.»