Les consultations menées par le ministre Marc Miller pour orienter le prochain plan sur les langues officielles ont débuté et se poursuivront jusqu’en novembre 2026.
FRANCOPHONIE
Lundi, le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, et responsable des Langues officielles, Marc Miller, a lancé des consultations pancanadiennes pour orienter la prochaine stratégie fédérale sur les langues officielles.
Les citoyens et les organisations pourront participer en ligne ou soumettre un mémoire afin de contribuer à la promotion du français et de l’anglais, au soutien des communautés de langue officielle en situation minoritaire et au renforcement de l’égalité linguistique au Canada.
Les consultations sont menées jusqu’en novembre 2026.
Le premier ministre Mark Carney a nommé lundi le juge manitobain Glenn D. Joyal à la Cour suprême du Canada, qui remplacera la juge albertaine Sheila Martin.
Bilingue, M.Joyal devrait passer en comité parlementaire dans les prochains jours pour être confirmé à ce poste.
CANADA
Le gouvernement fédéral a dévoilé ses trois premiers projets d’intérêt national mercredi.
Il s’agit du projet de Grays Bay au Nunavut, qui comprend une route et un port en eau profonde pour soutenir le développement minier et l’accès à l’Arctique; la route de la vallée du Mackenzie dans les Territoires du Nord-Ouest, visant à relier plus efficacement les communautés nordiques; et le dépôt géologique en profondeur de la Société de gestion des déchets nucléaires (SGDN) près d’Ignace, en Ontario, destiné à l’entreposage permanent du combustible nucléaire usé.
Ces projets, considérés comme stratégiques pour le développement économique, la sécurité et la souveraineté du Canada, bénéficieront d’un processus d’approbation accéléré afin de favoriser les investissements et de permettre leur réalisation plus rapide.
Accroc environnemental : La question se pose sur le contournement de certaines lois environnementales canadiennes pour construire ces trois grands projets.
Le projet de TGV Québec-Toronto avance avec l’étude d’un possible arrêt à Kingston, en Ontario, à la suite des consultations publiques, a annoncé le leader du gouvernement en Chambre, Steven MacKinnon, lundi en conférence de presse.
Un arrêt à Kingston : Le gouvernement fédéral a demandé à la société Alto d’évaluer cette option, qui pourrait améliorer la connexion entre Kingston, Montréal et Toronto.
Le projet vise à créer un réseau ferroviaire rapide reliant Québec et Toronto, mais le tracé final, les couts et les impacts sur les citoyens, notamment les propriétaires touchés par le passage du corridor, restent à préciser.
L’inflation au Canada a accéléré en mai, avec une hausse de l’IPC de 3,2 % sur un an, contre 2,8 % en avril, selon une analyse de Statistique Canada, lundi.
La hausse des prix de l’essence a principalement contribué à cette progression, mais l’inflation hors essence a aussi augmenté. Sur un mois, les prix ont grimpé de 1 %, notamment en raison des couts liés aux loisirs, à la formation, à la lecture et aux transports.
Jeudi, le premier ministre a tenu une conférence de presse pour commenter son bilan parlementaire de l’année, et les 19 projets de loi adoptés au cours des 14 dernières semaines. Interrogé sur plusieurs sujets, il a répondu sur les suivants :
Pas de réponse sur la prohibition du SKS : Cette arme à feu a été utilisée par l’auteur de la tuerie à Montréal, lundi, qui a coûté la vie à trois personnes: «On fait une réforme de ce processus pour décider [quelles armes]il faut interdire. [] On cible les crimes violents motivés par la haine, notamment ceux motivés par la misogynie et […] également des actes terroristes. […] Il y a des contestations fondées sur la Constitution, il y aura une décision rendue l’année prochaine.»
Citoyenneté canadienne : La loi C-3, entrée en vigueur en décembre 2025, a élargi l’accès à la citoyenneté canadienne en permettant aux Canadiens et Canadiennes nés à l’étranger de transmettre leur citoyenneté à leurs enfants, sous certaines conditions, tout en appliquant certaines mesures rétroactivement.
Toutefois, plusieurs milliers de dossiers sont maintenant réexaminés par le gouvernement après que certains bénéficiaires ont reçu des demandes de retour de leurs documents de citoyenneté. Face à la controverse, le premier ministre Mark Carney et la ministre de l’Immigration, Lena Metlege Diab, ont annoncé une enquête et confirmé que les certificats ne seraient pas retirés sans justification.
Sur les éventuels référendums séparatistes en Alberta : Mark Carney a affirmé que le référendum prévu en Alberta sur un éventuel processus de séparation du Canada représente un «bluff dangereux», qui pourrait avoir des conséquences imprévues. Selon lui, l’Alberta a un «rôle essentiel» au sein du Canada, affirmant que l’avenir de cette province est meilleur dans une fédération unie.
INTERNATIONAL
Deux puissants séismes ont frappé le Venezuela mercredi et causé d’importantes pertes humaines et matérielles.
Le premier ministre Mark Carney a annoncé que le Canada préparait une aide humanitaire d’urgence pour soutenir la population vénézuélienne dans les jours et semaines à venir.
Ottawa a exprimé ses condoléances aux victimes et indiqué suivre la situation de près alors que les opérations de secours se poursuivent dans les régions les plus touchées.
«Changer les politiques» : Jeudi en conférence de presse, le premier ministre a affirmé que c’était un «problème» que le Canada n’ait pas d’ambassade dans les pays comme le Venezuela ou l’Iran et qu’il était pour «changer les politiques» en ce sens.
«Il y a des Canadiens. C’est très difficile d’agir rapidement. Selon moi, on doit changer la politique. Si on est engagé [envers un pays], ça ne veut pas dire qu’on approuve le régime, mais ça sauve des vies humaines.»
Sénateur Allister Surette – Président du Comité sénatorial permanent des langues officielles et sénateur de la Nouvelle-Écosse
Sénatrice Rose-May Poirier – Vice-présidente du Comité sénatorial permanent des langues officielles et sénatrice du Nouveau-Brunswick
Le Comité sénatorial permanent des langues officielles a déposé le 16 juin un rapport intitulé Incarner l’égalité réelle : pour un règlement de la partie VII complet, robuste et ambitieux, lequel fait état des lacunes de la proposition règlementaire présentée par le gouvernement fédéral. Un consensus clair se dégage des témoignages entendus : dans sa forme actuelle, l’avant-projet de règlement ne permet pas de répondre aux objectifs et aux engagements de la partie VII de la Loi.
La partie VII de la Loi est centrale afin de mettre en œuvre certains des principes constitutionnels qui sont au cœur même de notre identité canadienne, à savoir l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais, ainsi que la protection des minorités. Elle énonce notamment, à ces égards, l’engagement du gouvernement de promouvoir les deux langues officielles dans la société canadienne, en plus de son obligation de prendre des mesures positives afin de favoriser le développement et l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire au Canada.
C’est donc dire que cette partie de la Loi sur les langues officielles est particulièrement importante pour ces communautés. Celle-ci incite, entre autres, le gouvernement fédéral à investir dans les secteurs essentiels à l’épanouissement de ces communautés, tels que l’éducation, la santé ou encore dans le domaine des arts et de la culture.
L’avant-projet de règlement de la partie VII (progression vers l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais) cherche à préciser comment les institutions fédérales devront agir afin de respecter leurs obligations.
Sénateur Allister Surette est président du Comité sénatorial permanent des langues officielles et sénateur de la Nouvelle-Écosse.
Malheureusement, les organismes des communautés de langue officielle en situation minoritaire n’ont pas trouvé dans l’avant-projet de règlement proposé l’outil robuste imaginé pour favoriser leur épanouissement. Les organismes de promotion de la dualité linguistique, les experts académiques, les experts juridiques et le Commissariat aux langues officielles ont eux aussi exprimé leur déception. Si l’expression «progression vers l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais» se retrouve dans le titre même de l’avant-projet de règlement, les témoins que nous avons rencontrés n’y ont pas trouvé l’incarnation d’une égalité réelle ni l’occasion d’atteindre des résultats concrets en la matière.
L’objectif d’avoir un règlement qui viendrait préciser et définir des notions qui demeurent ambigües dans la Loi — comme celle de «mesures positives» — ne date pas d’hier. En effet, lorsque la partie VII a été modifiée en 2005, la possibilité d’adopter un règlement pour clarifier les modalités d’exécution de la partie VII avait été introduite dans la Loi, sur recommandation du Sénat. En juin 2019, le Comité sénatorial déposait son rapport final sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles et recommandait qu’un règlement soit adopté afin qu’il soit fondé sur une interprétation large de ses obligations et de veiller à ce que les mesures positives prisent par l’ensemble des institutions fédérales suivent des principes communs.
Nourri par les riches témoignages et propositions mis de l’avant par les 48 témoins et les 19 lettres et mémoires reçus, le Comité sénatorial propose 17 recommandations visant à réviser et bonifier le cadre règlementaire pour que celui-ci soit à la hauteur des attentes et qu’il conduise à des résultats concrets, robuste et ambitieux.
Sénatrice Rose-May Poirier est vice-présidente du Comité sénatorial permanent des langues officielles et sénatrice du Nouveau-Brunswick.
Notamment, celui-ci devrait être clair et précis dans son langage, en plus d’obliger les institutions fédérales à élaborer un plan d’action — comprenant des indicateurs de rendement — portant sur la mise en œuvre de leurs obligations. Plus encore, une «lentille des langues officielles» devrait être systématiquement appliquée dans l’examen de l’ensemble des politiques, des programmes et des initiatives des institutions fédérales. L’avant-projet de règlement doit également clarifier comment des analyses pourront s’appuyer sur des mécanismes de consultation efficaces.
Les recommandations du Comité sénatorial offrent ainsi au gouvernement les outils nécessaires afin de réviser l’avant-projet de règlement pour que celui-ci mène enfin à des résultats concrets et mesurables permettant de respecter les engagements inscrits dans la partie VII de la Loi.
Enfin, l’atteinte de l’égalité réelle passe par une mise en œuvre rigoureuse des engagements de la partie VII, tels que la promotion des deux langues officielles et le développement des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Des actions en ce sens ne contribuent pas uniquement à l’épanouissement de ces communautés, mais bénéficient à l’ensemble du pays. En effet, le développement d’un Canada fort et uni passe par le respect et la défense de cette valeur commune qu’est sa dualité linguistique.
Des Territoires du Nord-Ouest à l’Amérique latine, en passant par Terre-Neuve et Haïti, 45 jeunes francophones de 22 pays et territoires des Amériques se sont retrouvés à Montréal du 15 au 19 juin dans le cadre du Forum sur le leadership et l’engagement citoyen organisé par le Centre de la francophonie des Amériques.
Âgés de 20 à 35 ans, ils ont participé à différents ateliers et panels avant d’obtenir le titre d’ambassadrices et ambassadeurs de la francophonie des Amériques.
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Cela fait un an qu’Eloïse Speleers est directrice générale de l’Association des francophones des Kootenays Ouest (AFKO), en Colombie-Britannique.
«Je suis très contente d’avoir ce poste, mais ça a été un gros défi. J’avais envie de participer à ce forum pour trouver des idées en partant d’une francophonie plus grande pour la ramener vers une communauté plus petite», explique la francophone originaire de Belgique.
Elle cherchait aussi à rencontrer d’autres personnes engagées pour la francophonie, «pour revenir inspirée et engagée», ainsi que «prendre sa place, s’engager et se sentir légitime».
La responsable repart grandie sur le plan personnel et professionnel, avec la volonté de devenir une «bonne leadeuse», et de travailler avec son équipe sur leurs forces et leurs faiblesses.
Axel Belgarde est conseiller en développement durable à Horizon TNL, à Terre-Neuve-et-Labrador. Il propose aussi des visites et des expériences culturelles aux visiteurs francophones et fait partie du groupe Port-Aux-Poutines, «qui utilise la musique comme moteur d’apprentissage du français dans les écoles».
Le Terre-Neuvien se décrit aussi comme un «role model», surtout auprès de la jeunesse francophone, notamment grâce à son rôle d’artiste.
J’ai voulu m’inscrire à ce forum-là pour bien avoir cette formation sur comment je peux être présent comme un leadeur positif au sein de la communauté.
Marilou Pilote avait de grandes attentes envers le Forum, sans toutefois imaginer à quel point cette expérience la toucherait : «J’ai l’impression que [cette expérience] a changé quelque chose dans mon ADN», confie la coordinatrice markéting et création de contenus au Collège nordique de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest.
Un des moments les plus forts, à ses yeux, a été le visionnement du documentaire Parler mal. «Pendant longtemps, j’ai été insécure par rapport à ma façon de parler. Je me suis souvent demandé si j’étais aussi professionnelle que des personnes qui maitrisent un français plus soutenu ou plus normatif. Pourtant, ma façon de communiquer fait partie de qui je suis.»
La jeune francophone vit aussi avec un handicap invisible : la narcolepsie, un trouble du sommeil qui provoque une somnolence excessive et des endormissements incontrôlables au quotidien.
J’ai longtemps vu ma vulnérabilité comme une faiblesse. Pourtant, toute la semaine, des gens m’ont dit que c’était une force.
Elle repart avec une confiance toute renouvelée.
En venant à Montréal, Emma Alward cherchait à «devenir plus courageuse et moins gênée», confie cette Acadienne originaire de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Lors de son séjour, elle a pris conscience de l’importance de la communication et de l’écoute, afin que «tout le monde ait le droit de parole».
«Ce forum a surtout changé mon regard sur la francophonie des Amériques», poursuit Axel Belgarde. Le Terre-Neuvien a notamment été impressionné par l’engagement de leadeurs en Amérique latine, «qui ont appris la langue et travaillent en français par choix, démontrant que la francophonie est une communauté accueillante».
«J’ai apprécié comparer notre perception de la langue française, surtout avec des pays comme Haïti, où le français est enseigné comme la langue de l’élite, alors qu’elle a été une langue interdite dans les écoles pendant plusieurs générations dans la majorité du Canada.»
Avant le Forum, Marilou Pilote voyait surtout les réalités francophones minoritaires à travers un prisme canadien. Elle réalise désormais qu’elles dépassent largement ce cadre.
«J’ai été frappée par les parallèles entre ce que nous vivons dans le Nord canadien et ce que vivent certaines communautés francophones ailleurs dans le monde. Même lorsque les contextes géographiques, culturels ou politiques sont complètement différents, plusieurs défis se ressemblent.» Elle cite la rétention linguistique, l’accès à l’éducation, le manque de ressources adaptées ou encore le sentiment d’appartenance.
Nous avons souvent tendance à regarder les défis de nos communautés sans toujours voir les forces qui les accompagnent. Le forum m’a permis de comprendre que vivre en situation minoritaire peut aussi nous rendre plus créatifs, plus résilients et plus solidaires.
«Cette expérience m’a également rappelé à quel point la francophonie du Nord canadien a quelque chose d’unique à offrir. Trop souvent, lorsque l’on parle de francophonie canadienne, les conversations se concentrent naturellement sur les grands centres», regrette-t-elle.
«Je suis un peu au début de ma carrière et je veux apprendre plus comment tisser les liens avec les autres régions francophones minoritaires parce que je trouve qu’on peut être en communication, on peut résoudre les problèmes dans d’autres régions», raconte Taryn Fenez, responsable du service à clientèle à la Société de la francophonie manitobaine (SFM).
Sur le plan personnel, c’était une forme d’honneur pour elle d’être dans une place «où c’est la francophonie qui nous réunit».
Ma famille a perdu la francophonie et c’est avec ma génération qu’on retient la francophonie.
Elle n’a pas été déçue. «On avait tellement de chances de se connecter avec des gens comme nous, de jeunes francophones engagés.» La jeune francophone a beaucoup appris sur elle-même, ses forces, ses capacités et son engagement, notamment grâce aux différents ateliers de la formation.
Elle a également réalisé «à quel point la portée de la francophonie des Amériques est vaste» : «On devrait profiter de cette immensité et collaborer avec d’autres communautés […] J’ai beaucoup appris sur les communautés autochtones et le réchauffement climatique. Je reviens dans ma communauté avec ces enrichissements afin de pouvoir les partager. Surtout, je reviens avec une banque d’énergie bien remplie.»
Étudiante en gouvernance, leadeurship et éthique à l’Université Western, en Ontario, Hope Banga a particulièrement été marquée par les rencontres autour des communautés autochtones en Amérique.
«J’ai eu l’opportunité d’échanger et d’apprendre plus sur leur passé en faisant une simulation de comment ils ont été envahis dans leurs terres.» Une activité immersive qui a suscité chez elle des sentiments mêlés de tristesse et de colère.
Au-delà des idées et des outils concrets, plusieurs disent repartir avec une nouvelle manière d’envisager leur rôle dans leur communauté.
Axel Belgarde ne repart pas les mains vides à Terre-Neuve-et-Labrador. Il compte notamment appliquer ce qu’il a appris en matière d’animation. «Je travaille étroitement avec les écoles francophones, d’immersion française et de français langue seconde. J’aimerais également amener davantage d’ateliers de sensibilisation à l’histoire des Premières Nations.»
Il veut aussi utiliser ses nouvelles connaissances sur l’évaluation et la balance des forces et valeurs au sein d’une équipe pour être un «leadeur positif».
Pour Eloïse Speleers, le message à retenir est clair : «Ne pas perdre espoir, ne pas lâcher prise et continuer.»
Marilou Pilote revient elle aussi avec une nouvelle perspective dans le Nord. La jeune francophone a pris conscience de la nécessité, parfois, de «ralentir davantage».
«Cette semaine m’a rappelé que ma responsabilité n’est pas de porter tous les enjeux sur mes épaules ni de vouloir sauver un groupe. Mon rôle est plutôt d’accompagner les gens avec les forces que j’ai, d’être présente.» En faisant davantage confiance au collectif.
Les jeunes issus des programmes d’immersion française demeurent dans une zone grise au Canada : ni totalement anglophones, ni totalement francophones, ou, au mieux, «francophiles».
«Ils sont réputés provenir de la majorité de langue anglaise, mais en même temps ils ont appris le français, ils parlent français, ils désirent maintenir le français dans leur vie. Puis ils visent aussi souvent à contribuer à la vitalité du français dans leur propre collectivité», résume Catherine Levasseur, professeure agrégée à l’Institut des langues officielles et du bilinguisme (ILOB) de l’Université d’Ottawa.
Lors d’une rencontre en ligne organisée par le Réseau Dialogue, la spécialiste a présenté le rapport de recherche «Accroître l’inclusion des jeunes issus de l’immersion française au sein des collectivités francophones et acadiennes : une responsabilité partagée», dans laquelle sont interrogés 31 jeunes de 19 à 29 ans et 19 organismes communautaires.
Selon elle, ces jeunes sont au cœur d’une tension qui traverse la francophonie canadienne actuelle, «entre le besoin de se protéger en tant que minorité linguistique de langue officielle et le besoin d’inclure la diversité qui caractérise ces collectivités-là».
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Le rapport montre que ces jeunes ressentent souvent un sentiment d’illégitimité; celui de ne pas parler un «bon» français et de ne pas être un «vrai» francophone.
On idéalise les locuteurs natifs et leur façon de parler, et cela met des normes auxquelles tout le monde tend à vouloir atteindre.
«À moins de parler français tous les jours, vous ne serez jamais aussi à l’aise que les Acadiens. Les diplômés de l’immersion ne réussiront donc jamais vraiment à établir un lien avec les locuteurs natifs ni à trouver leur place parmi eux», déclare un des participants de l’étude.
Pourtant, les jeunes d’immersion française ont leur rôle à jouer dans la vitalité des collectivités francophones et acadiennes.
«S’iels parlent français, iels sont francophones et méritent de pouvoir vivre leur vie en français autant que le restant de la communauté», partage un membre du Comité FrancoQueer de l’Ouest interrogé dans la recherche.
Catherine Levasseur suggère d’employer «personnes d’expression française» au lieu de «francophiles» ou même de «francophones», chargés identitairement.
Toutefois, elle reconnait que cette expression, bien que plus inclusive, n’est pas parfaite et que le terme «francophone» reste porteur de symboles et de revendications historiques importantes.
«Il faut essayer de trouver un peu la nuance; est-ce qu’on s’adresse à des personnes francophones pour leur aspect identitaire ou pour leur aspect linguistique?»
Quant au terme «francophile», entre les lignes, il veut dire : «OK, on reconnait que tu parles français, mais tu ne fais pas vraiment partie de notre gang», selon elle.
Catherine Levasseur rappelle également que certains élèves d’immersion sont des ayants droit qui auraient pu aller dans une école francophone, mais dont les parents en ont décidé autrement.
Mais la pierre, dans cette situation, ne saurait être lancée dans une seule direction. Il s’agit d’une «responsabilité partagée», insiste Catherine Levasseur.
«Cette dynamique-là, elle vient des deux côtés : des jeunes eux-mêmes qui doutent de leur place dans la francophonie canadienne, mais aussi des organismes qui reconnaissent que leurs pratiques, des fois, peuvent faire émerger ce sentiment-là [d’insécurité linguistique et d’illégitimité].»
Un employé d’un conseil jeunesse participant à l’étude suggère de miser sur la sécurité linguistique.
C’est la base. C’est d’éliminer cette impression qu’il y a différents niveaux de francophonie. Parce que si on veut vraiment intégrer l’immersion, c’est ça, c’est qu’ils sont francophones à part entière. Ils ont juste un parcours différent dans la francophonie, mais ils sont francophones à part entière.
D’autres contraintes, notamment financières, peuvent freiner la participation des jeunes aux organismes communautaires.
Les conseils scolaires anglophones ne sont pas en reste. Ils ont un rôle à jouer pour soutenir les enseignants dans les programmes d’immersion et faire en sorte que les élèves aient plus d’expérience dans la communauté, qu’ils connaissent les organismes qui sont actifs dans leur région, remarque Catherine Levasseur.
On se rend compte que les jeunes connaissent souvent mieux le Québec parce qu’ils ont fait des voyages là-bas, mais ils ne connaissent pas leur communauté et la collectivité francophone ou acadienne où ils résident.
«Les conseillers pédagogiques [des conseils scolaires anglophones] n’encouragent pas assez cette inclusion. Les jeunes ne sont pas au courant des opportunités qui sont là pour les organismes communautaires [francophones]», a témoigné une intervenante lors de la période de questions qui a suivi la présentation.
Aussi, les organismes sont souvent en contact avec une seule personne-ressource au sein des écoles anglophones. «Si celle-ci change de poste ou quitte l’école, c’est à recommencer à chaque fois», témoigne Catherine Levasseur.
«Les écoles de langue anglaise ont un travail à faire de leur côté pour tendre vers un partenariat plus systémique, plus établi, formel, de manière à ce que si les gens changent dans les postes, le partenariat, lui, reste.»
«Si on veut vraiment amorcer un changement au sein des collectivités, il faut aussi réfléchir à comment on socialise ces jeunes-là; c’est quoi leur contexte d’apprentissage du français, puis comment on les reçoit», avance Catherine Levasseur.
La période de questions qui a suivi la présentation du rapport a témoigné de l’enthousiasme et de la motivation des acteurs et des actrices du milieu, bien décidés à poursuivre leurs efforts.
Différentes initiatives fleurissent d’un océan à l’autre pour intégrer les jeunes d’immersion française à la vie des collectivités francophones.
Le Conseil jeunesse francophone de la Colombie-Britannique offre le programme Connecte, qui s’adresse à tous les jeunes d’expression française de 14 à 25 ans de la province désirant s’engager dans leur communauté. Ils sont jumelés avec un organisme communautaire. «On a une dizaine de projets cette année qui sont en lien avec des élèves qui sont dans des programmes d’immersion», témoigne l’organisme dans le rapport.
Dans les Prairies, la Société historique de la Saskatchewan remet une ceinture fléchée fransaskoise aux finissantes et finissants des écoles francophones. Depuis peu, des élèves d’immersion arborent également ce symbole très fort de la communauté fransaskoise lors de leur remise de diplôme. Car finalement, ils et elles parlent tous la même langue.
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Petit retour dans le painssé… euh passé!
L’histoire commence en 2001, lorsque deux boulangeries industrielles, Canada Bread et George Weston, se rencontrent secrètement pour conclure un accord.
En effet, elles s’entendent pour augmenter en même temps le prix du pain qu’elles vendent aux supermarchés. Puis, les deux compagnies convainquent plusieurs épiceries, dont Loblaw, de participer au stratagème. C’est ce qu’on appelle une entente anticoncurrentielle (ou un cartel)… et c’est interdit par la loi.
Imagine que Marilys et son amie Alice vendent toutes les deux des tomates. Normalement, si Alice baisse son prix, elle attirera plus de clients, et Marilys devra s’ajuster. On appelle ça la concurrence. C’est un processus qui, en général, favorise la baisse des prix.
Mais si Marilys et Alice s’entendent pour augmenter le prix de leurs tomates en même temps et éviter de le baisser par la suite, il n’y a plus de concurrence. Résultat : les coûts ne feront qu’augmenter, car personne ne cherche à offrir le meilleur prix. C’est ça, une entente anticoncurrentielle. Et c’est le client, le perdant.
En 2015, Loblaw admet avoir fixé des prix trop élevés sur le pain emballé vendu dans ses magasins depuis 2001. Une enquête a lieu et on découvre que plusieurs supermarchés que tu connais sûrement, comme Metro, Walmart ou encore Tigre géant, auraient également participé au stratagème. L’existence du cartel du pain est révélée, mais ceux-ci nient tout.
D’après l’enquête, cette pratique illégale aurait permis aux entreprises participantes d’empocher des milliards de dollars. On peut dire qu’elles s’en sont mis pain les poches!
Les aveux de Loblaw enragent les consommateurs, qui réalisent qu’ils ont payé environ 1,50 $ leur pain trop cher pendant des années!
Pour réparer son erreur, Loblaw a du pain sur la planche! Elle distribue donc des cartes-cadeaux de 25 $ aux clients qui en font la demande. Mais, pour plusieurs, ce n’est pas suffisant. C’est pourquoi, en 2018, une action collective est lancée contre la compagnie.
Une action collective, c’est quand un grand groupe de personnes s’unit pour porter plainte contre une entreprise ou une organisation. Elles le font parce qu’elles ont toutes été victimes du même problème. Cela permet de régler le problème pour tout le groupe en une seule fois.
Puis, en mars 2025, une entente est finalement conclue. Loblaw accepte de rembourser 500 millions de dollars à la population canadienne. Loblaws s’engage à collaborer pour aider les personnes qui poursuivent les autres compagnies impliquées dans l’enquête.
C’est maintenant que les gens reçoivent leur argent!
Pour recevoir le dédommagement, les consommateurs devaient soumettre une réclamation avant décembre 2025. La plupart des gens reçoivent un montant de 42,50 $. S’ils avaient accepté par le passé une carte cadeau de 25 $, ils reçoivent plutôt 17,50 $.
Les POUR ✅
Ça permet de VRAIMENT profiter du concert
Interdire les cellulaires, ça permet aux spectateurs de se concentrer à 100% sur un spectacle qui a été fait pour être vu avec les yeux. Pas à travers un petit écran! C’est plus facile de bien apprécier ce qui se passe devant nous sans notre cell (ou celui du voisin) qui nous déconcentre. Quand on prend la peine de payer des billets et de se déplacer pour voir notre chanteur préféré, la moindre des choses, c’est d’en profiter!
Ça crée une ambiance spéciale!
Les artistes s’en plaignent: de la scène, ils voient une mer de téléphones. Pas des visages. Difficile de vraiment connecter avec la foule. Mais quand les cellulaires disparaissent, la magie opère! Un photographe qui a assisté à un spectacle sans téléphones de Harry Styles à Manchester a vu la différence: «Tout le monde semblait simplement profiter du moment présent. J’ai trouvé ça vraiment, vraiment spécial.»
Ça préserve les surprises
Les créateurs travaillent pendant des mois et parfois même des années pour nous en mettre plein les yeux et les oreilles avec leurs spectacles. Effets spectaculaires, chansons surprises ou des chorégraphies enlevantes: impossible de garder quoi que ce soit secret quand tout est filmé et diffusé partout. C’est plate de tout savoir d’avance!
Les CONTRE ❌
On veut garder des souvenirs!
Aller voir un concert, c’est un événement! Encore plus quand on va voir son idole! On veut pouvoir le partager et garder des images en souvenir! C’est vraiment plate de ne pas pouvoir prendre quelques photos pour immortaliser ce moment unique! Surtout quand on paye cher!
Ce n’est vraiment pas pratique!
Dans les concerts où les téléphones sont interdits, on doit glisser notre appareil dans une pochette qui est ensuite scellée. Interdit de l’ouvrir, sinon la sécurité nous expulse! Résultat: impossible d’être contacté par nos parents ou de communiquer avec eux en cas de pépin, à moins de quitter le spectacle. Pas possible non plus de se servir de son téléphone pour payer. Il faut traîner des cartes ou des sous. Vraiment pas pratique!
Moins de visibilité pour les artistes
Toutes les photos et les petites vidéos qui circulent et qui se partagent entre fans, c’est de la belle publicité GRATUITE pour les artistes. C’est comme ça qu’on crée une communauté autour d’une vedette. Se priver de ça, c’est se couper de beaucoup de visibilité!
Sources: Billboard, CNN
Bronzer, ça rime avec beauté… et danger
Bronzer, c’est à la mode. Et c’est pratiqué par près de la moitié des jeunes Canadiens et Canadiennes. Pourquoi? Parce qu’ils se trouvent plus beaux lorsque leur peau est brunie par le soleil, selon un sondage de l’Association canadienne de dermatologie.
Ça m’inquiète. Se faire bronzer souvent, ça augmente le risque de développer un cancer de la peau et ça accélère le vieillissement de la peau. Et je parle de toutes les expositions au soleil, pas juste si on a des coups de soleil.
Sarah est chimiste cosméceutique. Ça veut dire qu’elle est une scientifique des cosmétiques et de leurs ingrédients. Elle est aussi très populaire sur les réseaux sociaux, où elle est connue sous le nom de Miss Derme. Sa mission : lutter contre la désinformation qui entoure les produits de beauté et de soins de la peau. Elle a fait plusieurs vidéos pour expliquer que non, la crème solaire n’est pas dangereuse. J’ai d’ailleurs parlé de cette rumeur bizarre avec le Pharmachien, l’été dernier!
Le mélanome, c’est une forme grave de cancer de la peau. C’est aussi l’un des cancers le plus courant chez les 15 à 29 ans. Et les cas sont en hausse au Canada.
Si la mode du bronzage inquiète autant les spécialistes, c’est parce qu’il y a de plus en plus de cas de cancers de la peau au Canada. Ce n’est pas une maladie à prendre à la légère : elle peut être mortelle.
Mais sur TikTok et Instagram, beaucoup d’influenceurs font la promotion du bronzage. On nous montre comment se faire griller pour que ça dure longtemps, comment accentuer ses lignes de bronzage et même comment le faire de «façon sécuritaire». Mais…
«Un bronzage sécuritaire n’existe pas. Le bronzage, c’est la preuve visuelle que la peau a été endommagée par le soleil. Ça montre qu’elle n’a pas pu se défendre des rayons», décrit Sarah Bélanger.
«C’est pas parce que quelqu’un a beaucoup de likes ou de commentaires sous ses vidéos que ce qu’elle dit, c’est vrai», rappelle Sarah.
Quand elle était adolescente, Marie-Ève Richard-Tougas rêvait d’avoir la même couleur de peau que son amie au teint plus foncé. «J’allais au salon de bronzage trois ou quatre fois par semaine. Dès que j’étais plus bronzée, on complimentait mon apparence. Ça m’encourageait à continuer», m’explique-t-elle.
Et puis, à 24 ans, sa vie bascule : son médecin lui apprend qu’elle a un cancer de la peau. «Ça a impacté toute ma vie. Ma santé, mais aussi ma famille. Mon cancer est revenu quand j’avais 39 ans, et à 43 ans. Il s’est développé dans mon corps et a atteint mes poumons», raconte-t-elle.
Aujourd’hui, Marie-Ève va mieux, mais elle est toujours suivie par ses médecins. Elle le sera pour le restant de sa vie. Et elle veut que tout le monde connaisse les conséquences du bronzage sur la santé. C’est sa mission. Elle partage d’ailleurs son histoire dans un documentaire récent, La face cachée du soleil, qui sonne l’alarme sur la hausse des cas de cancers de la peau dans la population.
«C’est vrai que le soleil, ça fait du bien, c’est naturel. Mais ce qui n’est pas naturel, c’est de s’exposer pendant des heures. Ça brûle notre peau. Et notre peau, c’est la seule enveloppe qu’on a pour toute notre vie. Et puis afficher son teint naturel, c’est tellement hot! Moi je dis aux personnes pâles : partez votre propre mode!»
Après avoir fui la persécution dans leur pays d’origine, les personnes réfugiées 2SLGBTQIA+ francophones doivent mener de nouveaux combats pour s’établir au Canada. À commencer par le logement, surtout dans des centres-villes comme Ottawa ou Toronto.
«Beaucoup sont obligés d’aller vivre en périphérie, où il n’y a pas de centres communautaires», remarque Laurent Francis Ngoumou, docteur en travail social et chercheur associé à l’Observatoire pour l’immigration francophone au Canada.
Là-bas, elles peuvent être confrontées à des personnes «qui rencontrent des personnes étrangères, des personnes noires peut-être pour la première fois», remarque-t-il. Certains réfugiés n’ont d’autres choix que de vivre en colocation et de «se remettre dans les placards». «Ils sont obligés de supporter ça parce qu’ils n’ont pas les moyens pour aller prendre leur appartement seul.»
«Ils sont obligés de toujours dépenser l’argent pour venir dans les centres-villes pour sortir. Ça crée un problème de santé mentale qui est l’isolement», poursuit le chercheur.
Les places viennent aussi à manquer dans les centres d’hébergement. «Trouver de la place dans les shelters est compliqué pour ceux qui sont en Ontario parce que quand vous appelez la ligne centrale, cette ligne est principalement anglophone», rapporte le travailleur en établissement à FrancoQueer, Eric Pambe.
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«Certains travailleurs psychosociaux ne comprennent pas leur réalité et ça crée de l’isolement, de l’incompréhension», alerte Laurent Francis Ngoumou, ajoutant que certaines personnes peuvent aller jusqu’à avoir des pensées suicidaires.
La longueur des démarches pour obtenir le statut de réfugié contribue également à cette détresse. Certains avocats peuvent aussi abuser de leur situation de vulnérabilité, souligne-t-il.
Georgelie Berry aimerait qu’un système de référencement soit mis en place pour éviter aux personnes réfugiées de devoir raconter leurs traumatismes à chaque nouvel organisme rencontré.
Les délais de traitement des demandes d’asile se comptent en années. «Ça augmente le stress et le risque de problèmes de santé mentale», confirme Georgelie Berry, coordinatrice des services d’établissement à FrancoQueer.
La grande majorité des personnes réfugiées n’ont pas accès à des services de santé adaptés à leurs besoins. «Ce n’est pas toujours facile si quelqu’un a besoin de consulter, que ce soit un thérapeute ou un médecin de famille, c’est vraiment être ajouté sur une liste d’attente pendant des années.» Certains professionnels de la santé ne parlent pas français ou ont des comportements discriminatoires.
«Il y a d’autres organisations qui essaient d’incorporer leur service de santé mentale et de bienêtre, mais la liste d’attente est tellement longue, que parfois ça décourage les gens», dit-elle.
Grâce à un financement d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), FrancoQueer propose une aide à celles et ceux ayant le statut de personnes protégées, mais tout le monde n’est pas admissible, cette mesure nécessite notamment d’avoir la résidence permanente. «Sur une liste de 200 personnes, sept personnes peuvent bénéficier à sept ou neuf services payés par IRCC», illustre Georgelie Berry.
«On a affaire à deux spécialistes en santé mentale, une personne racisée et une personne blanche, deux personnes qui connaissent bien les réalités des personnes 2SLGBTQIA+ […] Les bénéficiaires ont droit à trois séances. Ils peuvent rencontrer un thérapeute pour parler des défis et trouver des solutions plutôt rapides, des astuces, pour les surmonter.»
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«L’accès à l’emploi est également un sacré challenge. Même souvent trouver des boulots de survie, c’est pas évident, c’est pas donné du tout», témoigne Eric Pambe.
«Beaucoup n’ont pas l’opportunité d’aller à l’école et leurs acquis de leurs pays d’origine ne sont pas reconnus […] Ces personnes n’arrivent pas à trouver d’emploi», observe Laurent Francis Ngoumou, qui a centré ses recherches sur les personnes réfugiées noires francophones membres de la communauté LGBTQ+.
Dr Laurent Francis Ngoumou, Ph. D. en Travail social (Majeure en Sciences politiques) et chercheur associé à l’Observatoire pour l’immigration francophone au Canada.
D’autres sont exploitées : «Lorsqu’elles arrivent à avoir des emplois de subalternes, elles ne savent pas lire les contrats de travail parce qu’elles parlent français, elles ne comprennent pas l’anglais. Elles sont sous-payées», décrit le chercheur.
Un grand nombre travaille dans le milieu communautaire ou dans les services de livraison. «Certains n’arrivent pas à faire les fins du mois et sont obligés d’avoir recours au travail au noir, au travail de la prostitution. Beaucoup font du travail du sexe, parce que les gens les animalisent», ajoute-t-il, évoquant des stéréotypes racistes. «Ils subissent des abus sexuels parce qu’ils ne connaissent même pas leurs droits.»
«Certains m’ont confié qu’ils auraient préféré rester dans leur pays d’origine où ils étaient persécutés que de vivre encore une deuxième forme de persécution», rapporte Laurent Francis Ngoumou.
«Même quand on arrive à surmonter la barrière du logement ou du travail, encore faut-il qu’on puisse trouver un environnement sécuritaire où on est accepté et sans aucune discrimination possible, parce qu’on sait que ce n’est pas toujours évident de se faire accepter, même au sein de notre communauté ici», relève Eric Pambe.
«Pour comprendre ces personnes, il faut déjà comprendre ce qui s’est passé dans leur pays d’origine […] ce qu’elles ont traversé pendant leur parcours migratoire et ce qu’elles vivent depuis leur arrivée au Canada», soutient Laurent Francis Ngoumou.
«Ça veut dire que la personne qui intervient, les services, les intervenants psychosociaux, les travailleurs sociaux, les politiques; il faut une personne qui comprend toutes ces réalités-là pour mieux intervenir, pour mieux aider ces gens à s’intégrer.» C’est ce qu’il appelle «l’empathie sociale». Or, selon lui, «95 % ne les comprennent pas».
Eric Pambe admet que des solutions existent, mais leur offre est extrêmement limitée.
«Quand on aiguille une personne de 2SLGBTQIA+ vers un service, il y a le risque que la personne ne soit pas bien traitée. Peut-être par manque de connaissances et peut-être du personnel d’une autre organisation qui ne maitrise pas trop bien les enjeux et les réalités de ces personnes. Ce qui fait que les problèmes de cette personne, ça devient comme double ou même triple», appuie Georgelie Berry.
FrancoQueer propose en ce sens le Programme Partenaires Inclusifs, pour former le personnel d’autres organisations sur les réalités et les enjeux des personnes arc-en-ciel.
Année après année, les besoins sont toujours plus nombreux, mais pas les solutions, regrette Georgelie Berry. «Je n’ai pas vu beaucoup d’amélioration. La situation devient de plus en plus compliquée pour les personnes ayant un statut précaire, précisément les personnes demandeuses d’asile. Nous voyons davantage de personnes qui arrivent avec les mêmes besoins.»
Pour Eric Pambe, «il y a des solutions concrètes, mais la plupart du temps, les ressources sont très limitées». Il cite certains programmes gouvernementaux qui offrent aux jeunes «des milieux de transition pendant un certain temps, le temps qu’ils puissent se stabiliser financièrement et dans leur vie avant de pouvoir se lancer dans la recherche d’un logement avec tout ce que cela contient».
Mais les places sont chères dans ces programmes. FrancoQueer n’a pu permettre qu’à une seule personne d’accéder à l’un de ceux-ci. «Alors que nous avons une longue liste d’attente.»
Selon lui, le développement de partenariats entre les secteurs public et privé permettrait de mieux répondre aux besoins de main-d’œuvre en réduisant le décalage entre les employeurs qui cherchent à pourvoir des postes et les personnes à la recherche d’un emploi.
Une telle approche offrirait également un meilleur accompagnement en matière de formation et d’intégration au marché du travail, ce qui contribuerait à diminuer le nombre de chômeurs de longue durée dépendants de l’aide gouvernementale.
Les organismes communautaires auraient également tout intérêt à travailler ensemble, estime Georgelie Berry. «Si les organisations pouvaient mettre en place un système de référencement plus simple qui réduirait les barrières administratives, ça pourrait aussi soulager les bénéficiaires.» Ceux-ci n’auraient pas à raconter à plusieurs reprises les traumatismes qu’ils ont vécus à différents intervenants.
«Ce sont des gens qui méritent d’être traités dans la dignité. Cela fait partie des droits fondamentaux», rappelle-t-elle.
Depuis 2016, l’Institut Reuters de journalisme de l’Université d’Oxford pilote le Digital News Report, un sondage mené dans 48 pays.
L’équipe qui analyse les données canadiennes note qu’au Canada comme à l’international, les médias sociaux «sont la source d’information sur l’actualité utilisée par le plus grand nombre de répondants dans la semaine précédant l’enquête».
Au Canada, 53 % indiquent avoir utilisé les réseaux sociaux pour s’informer, une hausse de 9 points de pourcentage par rapport à 2025. La télévision glisse en deuxième place, avec 49 % d’utilisation, une baisse de 4 points.
Les francophones n’ont pas encore entièrement fait cette transition. Le petit écran reste la source d’information la plus utilisée à 55 %, alors que les réseaux sociaux sont tout de même passés de 39 à 47 %.
Pour les fins de l’enquête, les réseaux sociaux incluent les traditionnels Facebook, Instagram, X (Twitter) et TikTok, mais aussi WhatsApp et YouTube, entre autres.
Malgré le fait que Meta bloque les sites de nouvelles au Canada sur ses plateformes, l’utilisation de Facebook pour l’information voit une première remontée depuis ledit blocage en 2023, passant de 25 % en 2025 à 33 % en 2026.
Par contre, une part importante des personnes répondantes disent tomber par hasard sur des nouvelles lorsqu’elles sont sur les réseaux sociaux pour d’autres raisons, surtout sur Facebook.
Les sites Web et les applications conservent une bonne part de leur attrait, ayant été utilisés par 47 % des personnes répondantes. Les journaux et la radio poursuivent leur lente descente : 11 % et 14 % de l’échantillon disent les avoir utilisés, respectivement.
Le niveau de confiance des Canadiens et des Canadiennes envers les nouvelles continue de diminuer, mais la chute est moins marquée chez les francophones. Au Canada, 37 % des personnes répondantes disent faire confiance à la plupart des nouvelles; chez les francophones, c’est 44 %.
Les réponses indiquent que la confiance est plus élevée envers les nouvelles trouvées en utilisant les moteurs de recherche, plutôt que celles provenant des réseaux sociaux et celles présentées par les robots conversationnels alimentés par l’intelligence artificielle.
En contrepartie, les francophones démontrent une baisse plus importante de l’intérêt pour l’actualité. Alors que 81 % se disaient intéressés en 2025, cette proportion est passée à 78 % en 2026.
Les robots conversationnels alimentés par l’intelligence artificielle ont été ajoutés aux choix de réponses en 2025. Leur utilisation a déjà augmenté de 2 points de pourcentage, mais ils sont pour l’instant la source la moins utilisée, avec 8 % des personnes répondantes qui disent s’en être servies dans la semaine précédant l’enquête.
Les façons dont ces personnes s’en servent sont variées, avec 41 % qui indiquent leur avoir demandé de résumer un sujet, 37 % de leur fournir les nouvelles les plus récentes et 34 % leur ont posé des questions de suivi sur l’actualité.
Parmi les raisons évoquées pour utiliser ces outils, 41 % le font pour résumer des sujets complexes, 39 % parce qu’ils auront des réponses à toutes leurs questions, 37 % parce qu’ils peuvent poser des questions de suivi et 25 % parce qu’ils peuvent traduire des nouvelles.
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Les données de l’enquête canadienne du Digital News Report reposent sur un échantillon aléatoire de 2059 personnes inscrites en ligne auprès de la firme de sondage YouGov.
L’échantillon original comptait 1655 anglophones et 404 francophones. L’équipe canadienne a complété le sondage de façon autonome pour obtenir un échantillon de 1026 francophones.
Le terme «francophones» comprend aussi bien les francophones du Canada de l’extérieur du Québec que les Québécois et Québécoises, quoique ces derniers composent la grande majorité de l’échantillon.
La méthode d’enquête peut sous-représenter des segments de la population qui n’a pas accès à Internet, comme les personnes âgées ou celles à faibles revenus.
Selon le rapport, le Comité sénatorial permanent des transports et des communications souhaite que CBC/Radio-Canada évalue son impartialité et son équilibre dans sa couverture de reportage et ses émissions, grâce à des experts externes.
Certains témoins entendus par le comité dans le cadre d’une étude sur les services locaux de CBC/Radio-Canada ont estimé que le radiodiffuseur public présente un biais idéologique ou partisan, notamment en faveur de perspectives libérales, ce qui soulève des préoccupations quant à son impartialité.
Plusieurs intervenants ont recommandé des évaluations indépendantes et régulières de son contenu journalistique, ainsi qu’un renforcement de la couverture locale.
Comme le souligne Richard Stursberg, ancien vice-président principal des services anglais de CBC/Radio-Canada, il serait souhaitable de réaliser périodiquement des analyses afin de «s’assurer que la couverture de CBC/Radio-Canada est – comme cela devrait être le cas – juste et exacte».
Érosion de la confiance
Le rapport rappelle que de son côté, la société d’État a rejeté les accusations de partialité et affirme respecter des normes journalistiques fondées sur la diversité des points de vue et une couverture équitable.
Cette recommandation a été faite dans un contexte où la confiance des Canadiens et des Canadiennes envers les nouvelles – et plus spécifiquement envers CBC/Radio-Canada – a diminué au cours de la dernière décennie.
En 2025, 62 % des Canadiens anglophones jugeaient les services de CBC News dignes de confiance, contre 76 % en 2018. Du côté francophone, 71 % estimaient qu’ICI RDI était digne de confiance en 2025, soit 14 points de pourcentage de moins qu’en 2018.
En 7 ans, la confiance des francophones dans la couverture de ICI RDI a diminué de 14 points de pourcentage.
Malgré cette baisse de confiance, la majorité des témoins considèrent toujours l’information du diffuseur public comme fiable et essentielle dans un contexte de désinformation croissante.
Parmi les solutions proposées figure notamment un renforcement de la présence locale pour mieux refléter la diversité des réalités canadiennes.
Les sénateurs suggèrent de modifier la Loi sur la radiodiffusion afin de préciser que CBC/Radio-Canada reflète les réalités, les besoins et les préoccupations des collectivités et des publics locaux partout au pays.
Ils préconisent aussi «un financement stable et prévisible à long terme» pour la société d’État, afin de soutenir et de renforcer sa programmation locale.
Obligations sur les langues officielles
Dans leur document, les sénateurs touchent aussi aux langues officielles et recommandentpour CBC/Radio-Canada s’assure que «ses investissements dans la production télévisuelle des communautés de langues officielles en situation minoritaire respectent clairement et de manière équitable le principe d’égalité réelle», conformément àobligations législatives.
Le rapport rappelle aussi l’importance accordée par les Canadiens et les Canadiennes aux nouvelles locales. Les communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM) les considèrent notamment comme une source de leur épanouissement et de leur développement.
Étant donné que CBC/Radio-Canada a pour mandat de couvrir davantage les régions et les plus petites localités, il faut que cela soit accompagné d’un financement adéquat, selon certains témoins.
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