le Dimanche 22 mars 2026

Organisée par la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) dans le cadre du Sommet pancanadien sur l’éducation artistique, la table ronde «La francophonie plurielle comme lieu d’appartenance culturel» a fait salle comble à l’auditorium du Musée des beaux-arts d’Ottawa, le 13 mars dernier.

L’objectif de cette rencontre était de rassembler les réflexions sur l’apport des arts au sentiment d’appartenance. Ce dialogue, aux yeux de l’animatrice Noémie Dansereau-Lavoie, doit permettre d’explorer comment les arts peuvent renforcer l’identité culturelle dans les communautés francophones en situation minoritaire.

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Tristan Claveau, élève en 12e année et président de Franco-Jeunes à Terre-Neuve-et-Labrador, a partagé sa passion pour la musique et l’accordéon. 

Photo : Lê Hai Huong Vu – Francopresse

L’art comme vecteur d’identité

Selon le président de Franco-Jeunes de Terre-Neuve et du Labrador, Tristan Claveau, n’importe quelle personne peut devenir un passeur culturel en s’impliquant dans sa communauté et en partageant sa vision de la francophonie.

Pour l’artiste et entrepreneure fransaskoise Alexis Normand, un passeur culturel agit comme un pont entre une œuvre artistique et une communauté. Ce rôle consiste à donner du sens à une œuvre pour les personnes qui la découvrent.

Le slameur et poète Yannick Mbuluku, alias Kimya, raconte que sa rencontre avec l’animateur et membre du groupe Improtéine, Martin Laporte, lors d’un camp de leadeurship a profondément influencé sa trajectoire.

Yannick Mbuluku, alias le slameur et rapeur Kimya, est originaire de Kinshasa, en République Démocratique du Congo, et vit à Ottawa. Il y poursuit ses activités artistiques et occupe un poste d’animateur culturel au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario. 

Photo : Lê Hai Huong Vu – Francopresse

«Si Martin Laporte n’avait pas été là, peut-être que je ne serais pas ici aujourd’hui. […] Le rôle de passeur culturel, c’est quelqu’un qui fait le pont entre une œuvre et communauté, ou son expérience et une autre personne.»

Le représentant de la jeunesse du Manitoba pour l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF), Raphael Raharijaona, a également affirmé que l’art et la culture jouent un rôle fondamental dans la construction d’une fraternité entre les communautés francophones du pays. Son propre sentiment d’appartenance ne s’est pas construit principalement à travers les matières scolaires traditionnelles, mais plutôt par le biais d’expériences artistiques.

«L’art, c’est comme un véhicule pour l’affirmation d’identité, et le fait de pouvoir partager son histoire ou d’être une personne culturelle nous permettent de nous comprendre les uns les autres», a constaté Alexis Normand. Selon elle, les œuvres artistiques permettent également de créer des liens d’empathie entre les individus.

Alison Palmer, artiste, pédagogue et coach de vie à Saint-Pierre-Jolys, Manitoba, propose aux jeunes francophones de découvrir l’expression artistique depuis 2020. 

Photo : Lê Hai Huong Vu – Francopresse

Des expériences concrètes pour les jeunes

La coach de vie, enseignante et artiste Alison Palmer a pour sa part évoqué le Festival théâtre jeunesse du Manitoba, qui rassemble environ 800 jeunes chaque année. D’après elle, ces activités permettent aux participants de vivre des expériences en français en dehors du cadre de la classe.

La conférencière a ajouté que les souvenirs créés lors de ces évènements contribuent à forger des amitiés durables entre les jeunes francophones.

Alexis Normand a ensuite raconté une anecdote sur un élève qui avait assisté à l’un de ses spectacles et qui était resté seul vers la fin : «Il tremblait, puis il m’a dit : “Moi, ma famille, on est d’origine rwandaise. Et aujourd’hui, enfin, j’ai compris que je peux être franco-manitobain.”» Selon la l’artiste, cette expérience illustre bien la nature plurielle de la francophonie actuelle.

La représentante de la jeunesse de l’Ontario, Éliane Hamed, a également mentionné l’importance des nouveaux médias dans l’expression des jeunes. D’après elle, les balados et les projets numériques offrent aux élèves de nouvelles façons de partager leurs idées.

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Raphael Raharijaona, né en France, a grandi au Manitoba avant d’étudier la science politique à Ottawa. Son parcours lui a permis d’observer différentes réalités de la francophonie canadienne. 

Photo : Lê Hai Huong Vu – Francopresse

Le financement des arts en question

«Quand ça vient aux questions budgétaires, l’art et la culture francophone sont les premières choses à être coupés», a affirmé Yannick Mbuluku. Selon lui, ces domaines sont pourtant essentiels pour motiver les jeunes à rester engagés dans leur parcours scolaire.

Raphael Raharijaona ajoute que l’accès à la culture constitue également un enjeu de rétention scolaire. D’après lui, ce problème demeure particulièrement visible dans les régions rurales et isolées.

«Nous reconnaissons que des cours d’arts figurent déjà dans les curriculums à travers le pays. Toutefois, leur accessibilité et leur qualité varient considérablement d’une région à l’autre et un écart important persiste entre ce qui est prévu sur les curriculums et ce qui se passe réellement dans les écoles», a observé la présidente de la FCCF, Nancy Juneau, par écrit à Francopresse après la table ronde.

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L’artiste, autrice-compositrice-interprète et cinéaste originaire de Saskatoon, Alexis Normand, a suivi une formation en éducation et travaille régulièrement dans les écoles pour sensibiliser les jeunes à la musique et à la création artistique. 

Photo : Lê Hai Huong Vu – Francopresse

Tristan Claveau a comparé la situation des activités artistiques à celle des sports : «C’est super simple qu’une compagnie voie une équipe de sportifs et donne de l’argent. Quand c’est des activités artistiques, culturelles, il faut creuser beaucoup plus pour trouver de l’argent […] surtout [pour] des instruments.»

Présente à l’évènement, l’administratrice au sein de l’Alliance culturelle de l’Ontario, Anik Bouvrette, a appelé à un dialogue plus honnête entre les gouvernements et les artistes. Les jeunes devraient se trouver, selon elle, au cœur des décisions en matière de politiques culturelles et éducatives. «Les jeunes au centre. Nous, les adultes, quand on prend les décisions, [il faut] qu’on se mette dans la peau des jeunes.»

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Les arts comme un mégaphone pour les francophones

«Pour moi, l’obstacle le plus grand ou le défi le plus grand, ce n’est pas l’anglais, c’est le silence», a exprimé Alexis Normand. Elle est d’avis que les arts permettent précisément de briser ce silence et d’encourager l’expression.

Éliane Hamed a ajouté que la pratique des arts lui a permis de développer une plus grande confiance en elle. Elle a expliqué que l’expérience de participer à cette table ronde lui avait donné le sentiment d’être réellement écoutée.

Et les prochaines étapes?

À la suite des échanges au Sommet pancanadien sur l’éducation artistique, la présidente de la FCCF, Nancy Juneau, a indiqué que son organisme souhaite structurer des actions autour de quatre idées.

FRANCOPHONIE

Des ambassades et consulats du Canada publient du contenu uniquement en anglais sur Instagram, malgré un rappel du Commissariat aux langues officielles, a rapporté le quotidien Le Devoir cette semaine. Plusieurs plaintes ont été déposées contre Affaires mondiales Canada, accusé de ne pas respecter ses obligations bilingues.

Bien que le ministère ait reconnu le problème en 2023 et promis des correctifs, des vérifications menées en 2025 puis en 2026 montrent que les lacunes persistent : des publications ne sont toujours pas traduites et le contenu demeure majoritairement en anglais.

Dans un sommaire de rapport d’enquête, le Commissariat exige des formations et de meilleurs outils pour assurer le respect du français et de l’anglais sur les réseaux sociaux.

CANADA

Le gouvernement fédéral a décidé mercredi de demander à la Cour suprême de se prononcer sur les décisions concernant l’utilisation de la Loi sur les mesures d’urgence pour mettre fin aux manifestations du convoi de la liberté en 2022.

Recours à la Loi jugé infondé : La Cour fédérale avait conclu en janvier 2026 que les conditions justifiant le recours à cette loi n’étaient pas réunies, estimant qu’il n’y avait pas de menace réelle à la sécurité nationale ni d’état d’urgence. De plus, certaines mesures prises portaient atteinte aux droits protégés par la Charte canadienne des droits et libertés.

Deux cours ont déjà jugé que l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence par le gouvernement fédéral était illégale, mais Ottawa demande tout de même au plus haut tribunal du pays de conclure autrement. Si la Cour suprême du Canada décide d’entendre cette affaire, nous défendrons fièrement notre victoire historique pour l’État de droit et les libertés civiles.

— Howard Sapers, directeur de l’Association canadienne des libertés civiles

Pierre Poilievre a dévoilé son plan pour l’industrie automobile canadienne dimanche, à Windsor, en Ontario. Il désire éliminer les droits de douane imposés par les États-Unis et propose que pour chaque véhicule produit au Canada, le constructeur puisse en vendre un autre au pays sans tarif s’il est fabriqué aux États-Unis ou au Mexique.

Le chef conservateur souhaite aussi harmoniser les normes environnementales et les politiques commerciales avec celles des États-Unis afin de faciliter les échanges et améliorer le pouvoir de négociation du Canada.

2 millions de véhicules par an : Le plan inclut également des mesures pour stimuler la production nationale à deux millions de véhicules par an, ainsi que des incitatifs comme l’abolition de la Taxe sur les produits et services (TPS) sur les voitures fabriquées au Canada. En échange, il propose de mettre fin aux subventions pour les véhicules électriques et de restreindre certains produits liés à la Chine ou à la Russie.

Énergie : La veille, le chef de l’opposition officielle a commencé sa visite aux États-Unis à Détroit pour faire valoir le potentiel énergétique du Canada et plaider pour la fin des tarifs.

Il a affirmé avoir écrit au premier ministre Mark Carney pour que le Canada se dote d’une réserve canadienne pour l’énergie et les minéraux critiques.

Participation controversée : Jeudi, Pierre Poilievre a également participé au balado du controversé Joe Rogan, The Joe Rogan Experience, connu pour ses liens avec la manosphère et ouvrir son micro à des promoteurs de théories du complot ou de théories non fondées.

Il reçoit également des scientifiques et des politiciens de tous les partis. L’entourage de Pierre Poilievre a fait valoir la participation à ce balado comme une façon de toucher un large auditoire plutôt qu’un soutien direct à l’hôte du podcast.

Marc Miller a affirmé que la Loi sur le droit d’auteur protégeait toujours les contenus contre l’IA, mais qu’un débat devait être ouvert sur la question. 

Courtoisie PCH

Le Centre d’étude des médias a démontré dans un rapport (en anglais) que les outils d’intelligence artificielle (IA) s’appuient largement sur le journalisme canadien sans en citer adéquatement les sources ni compenser les médias.

L’étude révèle que ces systèmes exploitent les contenus journalistiques à plusieurs niveaux, depuis l’entrainement jusqu’à la production de réponses qui réduisent l’incitation du public à consulter les sources originales, contribuant ainsi à fragiliser davantage le modèle économique des médias.

Contrairement aux réseaux sociaux, qui détournaient surtout les revenus publicitaires, l’IA tend à intégrer directement l’information et à la redistribuer comme un produit autonome.

Plusieurs grands médias canadiens ont intenté une poursuite contre OpenAI pour utilisation non autorisée de leurs contenus.

Besoin d’un débat : Le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles, Marc Miller, a estimé cette semaine qu’il est urgent d’ouvrir un débat sur l’utilisation des contenus journalistiques par les systèmes d’IA.

Le ministre a souligné que la réutilisation massive des nouvelles dénature leur objectif initial et pose des enjeux de responsabilité pour les entreprises technologiques.

Pas de mesure législative pour l’instant : Marc Miller a aussi précisé qu’il ne souhaitait pas élargir la portée de la Loi sur les nouvelles en ligne, mais qu’il fallait que ces entreprises respectent des principes de conduite équitables, notamment en matière de rémunération.

Le ministre a notamment maintenu que la législation actuelle sur le droit d’auteur doit continuer à protéger les créateurs, tout en laissant la porte ouverte à d’éventuelles réformes.

INTERNATIONAL

Le Canada cherche à appuyer ses alliés au Moyen-Orient sans s’engager directement dans le conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran. C’est ce qu’a indiqué la ministre des Affaires étrangères du Canada, Anita Anand, cette semaine en conférence de presse depuis la Turquie.

Le gouvernement exclut toute participation militaire, y compris dans des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz, utilisé par l’Iran pour bloquer la circulation du pétrole mondial, notamment en provenance des pays du Golfe.

La ministre Anand a aussi affirmé que le Canada ne prendra pas part aux opérations offensives, mais qu’il étudie des options pour aider des partenaires, comme les pays du Golfe Persique.

Elle a toutefois fait valoir que le Canada respecterait ses engagements envers l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), notamment en cas d’activation du principe de défense collective.

En fin de journée jeudi, le Canada a joint sa voix à celles de l’Allemagne, la France, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas et le Royaume-Uni pour demander à l’Iran de «cesser immédiatement» ses opérations contre la navigation commerciale dans le détroit d’Ormuz. Dans un communiqué, le Canada se dit «prêts à contribuer aux efforts appropriés pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit».

Lors d’un évènement organisé à Montréal le 17 mars, sur le thème de «L’heure du positionnement juste : la Francophonie face au désordre mondial», la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo, a rappelé le rôle que peuvent jouer les francophones.

«Le premier ministre du Canada l’a brillamment rappelé lors de son discours à Davos : il y a une rupture dans l’ordre mondial tel que nous le connaissons. Le multilatéralisme est sous haute tension», a-t-elle déclaré.

Qu’est-ce que l’OIF?

L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) regroupe 90 États et gouvernements. Elle compte 53 membres, 5 membres associés et 32 observateurs, tous ayant en commun l’usage du français ou un intérêt pour la francophonie.

Elle a pour mission de promouvoir la langue française et la diversité culturelle, tout en soutenant la démocratie, l’éducation et le développement économique dans l’espace francophone.

Le Canada, le Nouveau-Brunswick et le Québec sont membres à part entière. L’Ontario et la Nouvelle-Écosse sont des membres observateurs.

L’OIF organise notamment le Sommet de la Francophonie, dont la prochaine édition se tiendra au Cambodge, en novembre 2026.

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Crise en Haïti

La francophonie à un rôle à jouer, «modeste certes, mais efficace et de plus en plus contenu». Louise Mushikiwabo a évoqué les mécanismes politiques déjà mis en place par l’OIF, notamment après certains coups d’État en Afrique de l’Ouest ou lors de la crise actuelle en Haïti. «La francophonie n’abandonnera pas Haïti», a insisté la responsable.

Elle a aussi rappelé son propre travail auprès de l’Organisation des Nations Unies pour que les francophones aient leur place au sein du Pacte numérique mondial.

«La francophonie a démontré à maintes reprises qu’elle est capable de leadeurship dans le monde, de vision et d’influence positive.»

Un espace économique sous-exploité

«La francophonie économique, qui prend de plus en plus de l’essor, est une réalité que nous n’avons pas assez exploitée», assure Louise Mushikiwabo.

L’espace économique francophone, qui regroupe les États et gouvernements membres de l’OIF, représente une population 1,2 milliard de personnes, soit 17,5 % de la population mondiale, 16,5 % du PIB mondial, 20 % du commerce mondial de marchandises et enfin 14 % des réserves mondiales de ressources énergétiques et minières.

Source : La langue française dans le monde, édition 2026

Elle cite les missions économiques et commerciales de l’OIF, qui profitent notamment aux petites et moyennes entreprises et qui, selon elle, «se terminent toujours avec la signature de quelques contrats».

«Notre rôle dans cette francophonie économique est plutôt un rôle de catalyseur, d’accompagnateur et parfois d’un accompagnateur de négociations.»

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Une francophonie en croissance

Le français compte désormais 396 millions de locuteurs et locutrices (contre 321 en 2022) et est devenu la quatrième langue la plus parlée au monde, selon un nouveau rapport de l’OIF, présenté à Québec le 16 mars.

Mais pour réaliser la projection de 590 millions de locuteurs en 2050, cela va exiger «d’être très vigilant par rapport à l’apprentissage du français», prévient Louise Mushikiwabo.

Il y a un intérêt et un appétit pour apprendre la langue. C’est la deuxième langue la plus apprise dans le monde.

— Louise Mushikiwabo

La demande est là, mais les investissements devront suivre.

La responsable a aussi insisté sur l’importance d’inclure le français dans le multilinguisme. «Il y a un manque criant de traducteurs qualifiés dans le monde.»

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Découvrabilité et numérique

Enfin, l’un des grands enjeux du moment reste la découvrabilité des contenus francophones.

Faire rayonner la francophonie en ligne reste un défi, mais pas un défi insurmontable, estime la secrétaire générale de l’OIF.

«Nous allons devoir aller frapper à la porte de tous les dirigeants de nos États pour les réveiller à la réalité que le numérique aujourd’hui est incontournable et qu’on ne peut pas rester en dehors.»

Le député fédéral conservateur Andrew Lawton indiqué sur X/Twitter le 5 mars qu’il déposerait la candidature de Don Cherry pour l’Ordre du Canada. Il a lancé une pétition pour «montrer à la gouverneure générale combien de Canadiens l’appuient».

Le chef du Parti conservateur du Canada (PCC), Pierre Poilievre, a également soutenu sa candidature sur X/Twitter, mais n’a pas commenté le sujet depuis le début de la controverse, la semaine dernière. De nombreux députés conservateurs anglophones ont aussi appuyé la candidature.

Ancien entraineur-chef de hockey, Don Cherry est devenu par la suite commentateur sur les ondes de CBC, puis Sportsnet.

Il est aussi connu pour ses propos jugés dénigrants à l’égard de plusieurs communautés du Canada, dont les Autochtones – qu’il a déjà appelé «sauvages» – ou encore contre les immigrants, les francophones et les Québécois.

Caricature : La cherry sur le sundae

«C’est un geste […] qu’il n’aurait pas dû faire»

«Je ne soutiens pas cette candidature, je pense qu’il y a beaucoup d’autres candidatures beaucoup plus intéressantes au Canada», a affirmé sans détour Joël Godin, député conservateur de Portneuf–Jacques-Cartier, près de Québec, en entrevue avec Francopresse.

«Ce n’est pas à la hauteur de ce que l’on a comme définition d’un récipiendaire de l’Ordre du Canada lorsqu’on dénigre des francophones, des homosexuels, des immigrants ou des Européens.»

Il rappelle que cette candidature a été poussée à l’initiative de son collègue Andrew Lawton, dont c’est le droit, note Joël Godin.

«Mon problème, c’est que c’est endossé par notre chef. Maintenant, est-ce que mon chef le fait de façon impulsive? C’est sûr qu’avec cet appui-là, ça fait interroger, mais (…)  Pierre Poilievre a beaucoup de respect pour les francophones et il a fait beaucoup d’efforts pour le montrer par le passé», assure Joël Godin.

Il ne faudrait pas que les francophones pensent que Pierre Poilievre est contre les francophones. C’est un geste qu’il a fait sur X et que, je pense, n’aurait pas dû faire.

— Joël Godin, député conservateur de Portneuf–Jacques-Cartier

«C’est la plus haute distinction du pays, alors je crois qu’il est préférable de ne pas admettre une candidature entourée d’une controverse» a fait savoir l’ancienne sénatrice Claudette Tardif, en entrevue avec Francopresse.

Cette dernière est une figure emblématique de la francophonie albertaine et a elle-même été décorée de l’Ordre du Canada en 2025.

Opposition et nuances chez les députés québécois

Si la candidature divise autant, c’est parce que Don Cherry ne fait pas l’unanimité, notamment au Québec, pour ses propos racistes et dénigrants envers les Québécois, qu’il a qualifiés de «pleurnichards».

Alors que d’autres députés conservateurs anglophones continuent de soutenir sa candidature à grand renfort de publications sur X/Twitter, plusieurs élus québécois du même parti y restent opposés, à l’instar de Gérard Deltell, Pierre-Paul Hus ou encore Joël Godin.

Toutefois, d’autres ont tenu des propos nuancés la semaine dernière.

«Il a fait de grandes choses et est bien reconnu. On l’aime bien, Don», a affirmé le député de Montmorency-Charlevoix, Gabriel Hardy, ajoutant que ses propos sur les francophones sont des «erreurs». «Il a marqué le Canada et le hockey», a-t-il ajouté. Sollicité par courriel, son bureau n’a pas répondu à Francopresse à ce sujet.

«Il a dit des choses inacceptables envers le Québec, mais il a fait beaucoup pour le sport et est adulé au Canada anglais. Ce sont deux faits qui peuvent être reconnus en même temps», a de son côté expliqué le service des communications du bureau du député de Chicoutimi–Le Fjord, Richard Martell, à Francopresse, qui a fait savoir que ce dernier n’appuyait finalement pas cette candidature.

La semaine dernière, M. Martel avait pourtant affirmé que le comité chargé d’évaluer les critères d’admissibilité pour attribuer l’Ordre du Canada devait fonder sa décision sur ce que «Cherry a accompli dans le domaine du sport».

Malgré cette division et la controverse, la pétition est toujours en ligne sur le site Internet du PCC.

À l’instar de son opposant Pierre Poilievre, le premier ministre Mark Carney a évité de commenter davantage, selon La Presse canadienne.

Les nominations à l’Ordre du Canada sont dévoilées deux fois par année, en juin et en décembre. Si Don Cherry en fait partie, son nom apparaitra lors de l’une de ces deux annonces.

Mark Carney n’a pas encore dévoilé s’il souhaite garder le Sénat indépendant, instauré par Justin Trudeau, ou revenir à la version partisane.

«Est-ce que le premier ministre est satisfait avec le travail du Sénat [dans] le contexte d’un Sénat indépendant? Pour nous, ce n’est pas nécessairement clair», affirme d’emblée la sénatrice franco-ontarienne Bernadette Clement.

Pour son prédécesseur Justin Trudeau, «ça faisait partie de son discours sur la société de rendre le Sénat indépendant».

En effet, les postes au Sénat étaient nommés de façon partisane jusqu’en 2015; un premier ministre conservateur nommait des sénateurs et sénatrices d’allégeance conservatrice, un premier ministre libéral nommait des libéraux. Lors de son accession au pouvoir, Justin Trudeau a instauré un système de candidatures et le Comité consultatif indépendant sur les nominations au Sénat.

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Un Sénat indépendant sous Justin Trudeau

En janvier 2014, Justin Trudeau, alors chef du Parti libéral du Canada, a expulsé les 32 sénateurs et sénatrices membres du caucus parlementaire de son parti.

Ces derniers siègent comme indépendants, ce qui leur permet de voter librement, sans suivre la ligne du Parti libéral.

Des détracteurs de ce changement affirment que cette décision visait moins un esprit de réforme qu’une prise de distance des libéraux avec le scandale des dépenses de sénateurs canadiens qui a terni l’image du Sénat à l’époque.

Entre 2016 et 2025, Justin Trudeau a nommé 22 membres indépendants au Sénat.

D’autres critiques ont soulevé que plusieurs des personnes nommées au Sénat par Justin Trudeau étaient d’allégeance libérale.

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La sénatrice franco-ontarienne Bernadette Clement affirme que le Sénat n’a pas eu de «conversation» avec le premier ministre Carney sur sa vision du Sénat indépendant hérité de Justin Trudeau. 

Photo : Courtoisie Jason McNamara

«Le temps de combler les postes»

Selon Bernadette Clement, au-delà de la vision, «il serait temps» de procéder aux nominations, puisqu’il y a actuellement sept postes vacants au Sénat : quatre au Québec, ainsi qu’un au Manitoba, au Nouveau-Brunswick et en Ontario.

À cela s’ajoutent huit départs à la retraite, prévus au cours de l’année 2026.

L’ancienne mairesse de Cornwall observe que ces départs accentuent l’impression que des nominations sont imminentes. «Plus il y a de postes vacants, plus c’est compliqué de faire notre devoir, c’est-à-dire de bien représenter les régions, les provinces pour lesquelles on est nommé, les contextes minoritaires… Donc oui, c’est le temps de combler ces postes.»

«Je crois qu’il est raisonnable de s’attendre à ce qu’au moins une personne francophone soit nommée, d’autant plus que quatre des sept sièges vacants devront être comblés par des candidatures provenant du Québec», affirme pour sa part la sénatrice Lucie Moncion.

Cette dernière est la seule autre sénatrice franco-ontarienne, sur les 23 personnes nommées dans cette province.

Au total, le Sénat compte neuf francophones hors Québec sur les 105 sièges : Réjean Aucoin et Allister Surette pour la Nouvelle-Écosse, Victor Boudreau, René Cormier, Rose-May Poirier et Pierrette Ringuette pour le Nouveau-Brunswick; Bernadette Clement et Lucie Moncion pour l’Ontario; et Raymonde Gagné pour le Manitoba. Cette dernière est également présidente du Sénat tandis que René Cormier est président intérimaire.

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La sénatrice Lucie Moncion, la seule autre Franco-Ontarienne, affirme que «compte tenu du caractère officiellement bilingue du Canada, je crois que l’usage du français et le bilinguisme pourraient être davantage encouragés au Parlement». 

Photo : Courtoisie – Sénat du Canada

Le «rôle-clé» du Sénat dans la représentation des minorités

Lucie Moncion ajoute que le Sénat «joue un rôle clé» dans la représentation des minorités, «y compris les minorités linguistiques qui peuvent parfois se trouver à l’intersection d’autres réalités minoritaires», dans les trois provinces anglophones où il manque un siège.

La sénatrice Clement va dans le même sens en s’autodésignant : «Je suis une sénatrice franco-ontarienne noire. Je suis issue de la diversité. Quand je suis en comité, parfois, je suis la seule. Et donc, le travail de représentation tombe sur les épaules des francophones.»

Elle note à ce titre que la présence francophone se «ressent très fortement» en Chambre, mais «se dilue» lorsque les sénatrices et sénateurs sont dans les comités.

«On peut se retrouver en comité et la perspective d’une francophone n’est pas toujours présente de la même façon si on est en train de réviser un projet de loi», affirme-t-elle.

Les deux sénatrices souhaitent «évidemment» voir de nouvelles nominations francophones pour «porter la voix des communautés de langue officielle en situation minoritaire au Sénat», précise la Lucie Moncion.

Et la sénatrice d’ajouter : «Pour représenter adéquatement la minorité francophone ontarienne au Sénat, il est clair que j’aimerais pouvoir compter sur davantage de collègues francophones de ma province.»

«[…] Le bilinguisme est un projet national qui nécessite un fort leadeurship et, à l’instar de nombreuses institutions au pays, le Sénat pourrait profiter d’un effort renforcé pour promouvoir l’usage du français et le bilinguisme.»

«Réjouissons-nous de ce chiffre», a réagi la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo. Le français devient ainsi la quatrième langue la plus parlée sur la planète, après l’anglais, le mandarin et l’espagnol.

Les résultats de la sixième édition du rapport La langue française dans le monde, publié tous les quatre ans par l’Observatoire de la langue française (OLF) de l’OIF, a été présentée à Québec le 16 mars.

Le responsable de l’OLF, Mohamed Embarki, a toutefois rappelé que ce n’était «ni un objectif ni un accomplissement», mais un point d’observation.

Les données de l’OLF ne contenaient pas de chiffres pour les autres provinces canadiennes.

Et la francophonie minoritaire?

À la question de savoir comment a évolué le poids démographique des francophones en situation minoritaire, Mohamed Embarki répond qu’en général, «les données dans les pays du Nord évoluent très faiblement», alors que les changements les plus importants concernent les pays du Sud.

La croissance de 3,7 millions et de 2,4 millions de francophones, respectivement pour l’Europe et les Amériques, n’a contribué qu’à 8 % de la croissance totale du nombre de francophones entre 2010 et 2025.

Ces deux espaces sont touchés par le vieillissement de la population et une plus faible natalité. «Leur croissance démographique s’explique par l’immigration internationale qui y contribue à plus de 95 % au Canada et au Québec et à plus de 90 % en France», commentent les auteurs du rapport.

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L’Afrique, «centre de gravité de la francophonie»

«L’avenir du français est lié à la forte croissance démographique africaine, combiné à des efforts de scolarisation. C’est vers l’Afrique que se déplace le centre de gravité de la francophonie», a assuré Louise Mushikiwabo; 65 % des locuteurs s’y trouvent.

La secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, a présenté le dernier rapport sur l’état de la langue française dans le monde à Québec. 

Photo : UN Geneva – CC BY-NC-ND 2.0

Alors que le nombre de francophones n’augmente que très légèrement en France, la République démocratique du Congo sera le premier pays francophone dès juillet 2026, avec presque 66 millions de locuteurs, prévoit l’OLF, contre [ce serait bien de dire il y en a combien en France].

«La langue française ne se transmet plus que par héritage», a souligné Mohamed Embarki. L’enseignement joue un rôle clé. Cette année, l’OLF a d’ailleurs changé sa méthodologie et sa définition de ce qui est francophone pour inclure les jeunes entre 6 et 9 ans scolarisés en français.

Le français langue étrangère (FLE) compte environ 51 millions d’apprenants dans le monde, alors que 170 millions d’élèves et d’étudiants suivent leur scolarité en français.

Près de 70 % des élèves qui reçoivent des enseignements en français se trouvent dans la région Afrique subsaharienne et dans l’océan Indien.

Néanmoins, Louise Mushikiwabo appelle à la «vigilance» et à «poursuivre l’engagement».

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Environnement numérique

Du côté du numérique, la langue française se maintient à la quatrième place sur Internet, où 3,5 % des contenus en ligne sont en français, contre 24 % en anglais.

D’où l’importance de produire des contenus en français et, surtout, d’assurer leur découvrabilité et leur intégration dans les outils d’intelligence artificielle (IA), a expliqué Louise Mushikiwabo.

Selon elle, les GAFAM représentent «un défi», mais pas «une menace». Elle appelle les pays membres de l’OIF à se réunir pour avoir une discussion à ce sujet : «On a un grand travail de lobby à faire.»

Une nouvelle plateforme numérique

L’OLF a aussi lancé une nouvelle plateforme numérique pour suivre l’actualité et les données liées à la langue française dans le monde.

Langue économique

La langue française reste aussi «un outil d’accès à la connaissance, à l’emploi et à l’innovation», a détaillé Louise Mushikiwabo. En Asie, elle favorise la formation et l’insertion professionnelle dans des domaines comme la médecine, l’hôtellerie ou le tourisme.

Dans les grandes capitales d’Afrique subsaharienne, 4 personnes sur 5 estiment que le français est un critère d’emploi important. «Si le monolinguisme reste une source de préoccupation, le rapport fait état de quelques avancées en matière de promotion du multilinguisme», ajoute-t-elle.

À noter que l’espace francophone représente plus de 16 % du PIB mondial

De l’éducation avant toute chose

La jeunesse pose de nouvelles exigences à la francophonie. La vitalité du français demeure étroitement liée au système éducatif et à la qualité de l’enseignement, s’accordent les intervenants. «C’est à l’école que se joue l’avenir de la langue française», avance Mohamed Embarki.

Comprendre la francophone d’aujourd’hui, c’est regarder vers sa jeunesse.

— Mohamed Embarki

«Nous ne devons pas penser que cette progression qui est portée par la démographie africaine est suffisante. La langue française dans certains pays du Sud régresse aussi. Malgré tout, il faudra continuer à enseigner en français […] Restons vigilants», a pour sa part insisté Louise Mushikiwabo.

Elle a notamment rappelé que le français recule dans certains pays de l’Union européenne. «Pour arriver à créer des synergies d’acteurs, il faut que nos pays membres soient exigeants.»

D’après elle, l’enseignement du et en français à grande échelle reste indispensable pour atteindre les projections de l’OLF de 590 millions de locuteurs de français en 2050, dont 9 sur 10 vivront sur le continent africain.

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Les communautés francophones en situation minoritaire se trouvent «à l’épicentre d’une tempête parfaite», alerte un récent rapport commandé par le Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE Canada) et la Société Santé en français (SSF).

La main-d’œuvre francophone dans le secteur de la santé reste précaire. En cause : le vieillissement des effectifs, le manque de données linguistiques et les obstacles à l’intégration des immigrants. Sans parler des inégalités d’une province à l’autre.

Pour poser le diagnostic, l’étude examine dix professions clés, allant de la médecine familiale aux soins infirmiers.

Résultat : la pénurie en santé qui touche déjà tout le pays sera vécue de façon plus marquée par les communautés francophones. «L’écart risque de grandir entre le nombre de gens qui quittent et le nombre de gens qu’on est capable de former», résume le directeur général de la SSF, Antoine Désilets.

«On s’attend à un choc démographique assez considérable dans la mesure où il y aura énormément de départs à la retraite», confirme le gestionnaire de la recherche et de l’analyse des politiques publiques au RDÉE Canada, Jean-François Parent.

Le problème, il est grand, mais il n’est pas sans solution. Il y a des façons d’agir.

— Antoine Désilets

En réponse aux pénuries actuelles, les auteurs du rapport proposent une stratégie opérationnelle jusqu’en 2035 et une refonte de l’écosystème, à commencer par la mise sur pied d’une structure de gouvernance nationale.

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Réponse concertée et nationale

Pour s’attaquer au problème, cela prend «une approche concertée au niveau national», affirme Jean-François Parent; entre les parties prenantes, les organismes et les professionnels du milieu, «dans un espace de concertation et d’échange qui va permettre de trouver des solutions».

«Le gouvernement du Canada a déjà mis en place certaines mesures dans l’entretemps entre la fin de notre étude et sa diffusion», reconnait le responsable.

Les programmes fédéraux devraient également tenir compte des spécifiés des communautés francophones en situation minoritaire. «Ce qui s’aligne également avec les objectifs de la nouvelle Loi sur les langues officielles, de tendre vers l’équité et la représentativité.»

Deux rapports complémentaires

Un autre document sur la santé en français a fait parler de lui il y a peu. Le 13 février dernier, le Comité sénatorial permanent des langues officielles a dévoilé un rapport contenant 14 recommandations à l’intention du gouvernement fédéral pour remédier aux difficultés d’accès aux soins dans sa langue.

«Plusieurs recommandations et constats concordent avec le rapport qui a été présenté par le Sénat. On est vraiment content que deux études indépendantes aient des résultats similaires. Ça prouve que, d’un point de vue validité scientifique, ça se tient», souligne Jean-François Parent.

«Il y a un alignement au niveau des stratégies à mettre en œuvre, confirme de son côté Antoine Désilets. On a besoin d’attention sur cet enjeu-là.»

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Cartes santé et bilinguisme

Parmi les mesures envisagées, l’utilisation d’un identifiant linguistique sur les cartes santé et dans les registres professionnels permettrait de mesurer plus précisément l’offre et la demande.

Antoine Désilets prend comme modèle l’Île-du-Prince-Édouard, qui a introduit une carte d’assurance-maladie bilingue, où figure la langue de service préférée par la personne. «Récemment, il y avait un besoin d’ouvrir de nouveaux lits pour personnes ainées et ils ont utilisé les données linguistiques pour s’assurer de répondre à la demande francophone.»

Un parfait exemple selon lui de ce qui devrait être fait : des données sur les besoins et sur l’offre de services, «puis une planification qui tient compte des deux morceaux».

«Le bilinguisme n’est pas qu’un simple atout, mais une compétence professionnelle essentielle, et il doit être reconnu», écrivent les auteurs de l’étude, qui suggèrent des incitatifs financiers et d’autres mécanismes de reconnaissance.

«Des fois, c’est reconnu, des fois, ça ne l’est pas, donc il y a un manque d’homogénéité dans la façon que c’est appliqué au Canada», indique Jean-François Parent.

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L’indispensable reconnaissance des acquis

Pour favoriser l’intégration du personnel issu de l’immigration, le plan suggère d’éliminer certaines barrières linguistiques, comme les tests d’anglais imposés aux francophones dans des milieux de travail bilingues.

«On demande aux gens de maitriser l’anglais avant de joindre des bridging programs [programmes de formation relais]. Malheureusement, il y a beaucoup de migrants francophones pour qui l’anglais est insuffisant à leur arrivée», observe Antoine Désilets.

De plus, plusieurs immigrants francophones qui pourraient travailler dans le domaine de la santé ne peuvent pas être recrutés, leurs diplômes étrangers n’étant pas reconnus au Canada.

Le rapport propose la création de «corridors de recrutement» directs avec l’étranger et la mise en place de programmes passerelles simplifiés afin que les médecins et le personnel formés à l’étranger puissent exercer rapidement.

Le numérique au service de l’humain

Autre piste : accélérer le déploiement de la télésanté en français et d’outils d’intelligence artificielle (IA) pour repérer et orienter automatiquement les patients francophones vers des soignants parlant leur langue.

Il y a l’intégration éthique et responsable des technologies de l’IA, qui ne doit pas nécessairement remplacer les professionnels de la santé, au contraire. Cela peut optimiser les pratiques de travail.

— Jean-François Parent

Il mentionne des technologies qui permettent d’analyser des radiographies et détecter certains symptômes de façon accélérée. «Comme ça, on augmente le temps devant le patient et moins derrière le bureau à regarder des documents PDF.»

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Un problème loin d’être insoluble

Augmenter la formation, reconnaitre les diplômes des personnes issues de l’immigration et mieux identifier les professionnels déjà dans le système : voici déjà trois pistes à suivre, énumère Antoine Désilets. «Ça demande une volonté politique et des systèmes de santé qui sont soutenus pendant de longues périodes.»

Oui la situation est complexe, oui la situation implique plusieurs parties, mais on peut être justement une partie de la solution à long terme. Il faut garder à l’esprit qu’on peut toujours tendre vers un meilleur système.

— Jean-François Parent

À court terme, il cite des initiatives déjà mises en place ces dernières années pour renforcer la reconnaissance des acquis des professionnels obtenus à l’étranger.

Certaines provinces proposent des programmes accélérés en immigration pour répondre au manque de professionnels de santé, comme c’est le cas en Ontario. «C’est le genre de choses qui pourraient être mises en place facilement en 12 à 18 mois.»

Pour l’ensemble du système de santé en revanche, «on parle de changements qui nécessiteraient une décennie», estime-t-il.

L’inclusion de clauses linguistiques dans les accords de transfert fédéraux-provinciaux constituerait aussi, à ses yeux, une bonne porte d’entrée.

Mais il y a également des programmes qui pourraient être créés de financement direct aux provinces et territoires avec une lentille 100 % francophone. […] Il y a plusieurs formes que ça pourrait prendre, ça pourrait d’ailleurs faire partie du nouveau Plan d’action sur les langues officielles.

— Jean-François Parent

Il prend un cas concret. Le nombre de médecins omnipraticiens opérant en milieu minoritaire francophone est d’approximativement 2000 professionnels partout au pays, insuffisant pour combler la demande.

«Est-ce qu’on pourrait bonifier, par exemple, le montant de professionnels à 2500 ou 3000 dans les 10 prochaines années pour compenser? C’est un jump qui est plus ou moins significatif, mais qui aurait un énorme impact dans la vie des communautés. Juste augmenter de 500 ou 1000 professionnels ferait toute une différence.»

L’idée est lancée.

Un accident et une nouvelle passion

Kalle Eriksson a grandi à Kimberley, en Colombie-Britannique. Il est devenu malvoyant à l’âge de 16 ans à la suite d’un accident, en 2022. Aujourd’hui, ses yeux voient seulement à 7 % de leur capacité. Toute sa jeunesse, il a fait du ski, mais il n’avait jamais envisagé d’en faire de façon professionnelle. 

Peu de temps après son accident, il a été approché pour essayer le ski para-alpin et a décidé de se lancer dans cette aventure. Kalle était bien placé pour apprendre, puisque son père est entraîneur de ski para-alpin. C’est même son père qui l’entraîne, encore à ce jour!

Rapidement, il rencontre Sierra Smith, une ancienne membre de l’équipe nationale de ski alpin, mais qui a dû arrêter sa carrière à cause d’une blessure à la jambe. Elle devient sa guide pour descendre les pistes à toute vitesse.

Comment ça fonctionne?

En fait, c’est comme si Sierra était les yeux de Kalle! Elle skie devant lui et porte des vêtements très voyants pour qu’il puisse la repérer facilement. Ils communiquent à l’aide de leurs casques, qui sont équipés d’un micro.

«Je lui dis exactement ce qui se passe et ce que je vois», explique Sierra. Elle décrit la piste pendant la descente : les virages, les changements de terrain ou encore l’état de la neige. «On communique tout le temps».

À toute vitesse vers le podium

La clé de la réussite, selon les athlètes? «La confiance», explique Kalle Eriksson. Kalle et Sierra peuvent parfois descendre les pistes à plus de 100 km/h. À cette vitesse, chaque détail compte! Il faut que Kalle se fie entièrement aux indications de Sierra. C’est un vrai travail d’équipe : quand ils gagnent, ils montent tous les deux sur le podium.

Leur technique fonctionne, car le duo a remporté plusieurs honneurs depuis le début de leur carrière, dont 10 médailles sur le circuit de la Coupe du Monde! «On continue tout de même d’apprendre et de s’améliorer chaque jour», raconte Kalle. «Chaque piste est différente et chaque course apporte de nouveaux défis», ajoute-t-il.   

Une première fois réussie!

Pour la première fois cette année, le duo a représenté le Canada aux Jeux paralympiques. En entrevue avant les Jeux, Kalle m’avait confié qu’il était nerveux, mais prêt à donner le meilleur de lui-même. Et ça a marché! Kalle et Sierra peuvent être fiers, car le 7 mars, ils ont remporté la médaille d’argent en descente, puis le 9 mars, ils ont ajouté une médaille de bronze en super-G!

Avant de terminer l’entrevue, je leur avais demandé quel conseil ils donneraient aux jeunes qui ont un grand rêve. «Il faut continuer d’avoir du plaisir», selon Kalle. «Quand ça cesse d’être amusant, ça devient beaucoup plus difficile».

Et toi, à qui ferais-tu assez confiance pour être tes yeux sur une piste de ski?

Qui sont-ils?

Angine de Poitrine, c’est un duo de musiciens formé des frères Khn et Klek Poitrine. Ils ont 333 ans et viennent d’une autre planète. Les frères Poitrine aiment la Terre pour ses hot dogs, ses pyramides et sa musique rock.

Khn joue de la guitare et de la basse 🎸 et Klek, de la batterie 🥁. Tous les deux ont une immense tête picotée et un nez très long. Ils décrivent leur style de musique comme du «rock microtonal dada-pythago-cubiste».  

Ok, mais qui sont-ils VRAIMENT???

Tu l’as compris, Khn et Klek, ce sont des personnages. Derrière leurs masques géants, il y a deux musiciens terriens. On ne connaît pas leur véritable identité! On sait que le duo vient de Chicoutimi et qu’il joue de la musique ensemble depuis l’âge de 13 ans.

Pourquoi la langue inventée, les costumes à pois et tout le tralala? En premier : pour le plaisir et la créativité! Ensuite : pour rester anonyme et se concentrer entièrement sur la musique.

Photo : Angine de Poitrine

Pourquoi on en parle?

Le duo attire l’attention depuis la sortie de son premier disque en 2024. Oui : leurs immenses têtes en papier mâché et leur histoire farfelue font jaser. Mais c’est leur talent qui impressionne les mélomanes. Récemment, la vidéo d’une de leur performance a été vu 1,7 million de fois! Depuis, la popularité du groupe explose, ses concerts affichent complet et ses disques s’envolent.

Pourquoi ça choque?

L’originalité de Khn et Klek ne plaît pas à tous. Dimanche, ils étaient invités à l’émission Tout le monde en parle. Comme à leur habitude, ils ont parlé dans une langue inventée et leurs réponses étaient drôles, fantaisistes. Pour le volet plus sérieux, c’est leur gérant qui a été interviewé.

Mais depuis, sur les réseaux sociaux, on peut lire des commentaires de gens très fâchés, qui ont trouvé le segment ridicule. Par exemple : «On se demande après ça pourquoi la Terre tourne carré». 

Ce type de réactions est fréquent quand les gens font face à la nouveauté. Ils n’aiment pas, ne comprennent pas et ça se traduit par une réaction de colère.

L’animateur de l’émission, Guy A. Lepage, a commenté : «Dans le top 1000 des événements qui sont indignes sur la planète présentement, je ne crois pas qu’Angine mérite d’en faire partie!»

Et toi, qu’en penses-tu? Quelle est ton opinion sur Angine de poitrine? C’est choquant ou amusant? Pourquoi des gens sont si fâchés à ton avis?

Gouled Hassan, directeur général du Contact interculturel francophone de Sudbury (CIFS), en Ontario, est installé au Canada depuis une vingtaine d’années. À travers son travail, il accompagne des immigrants et des immigrantes qui souhaitent s’installer dans la région, dont des demandeurs d’asile.

Gouled Hassan observe depuis «5, 6 ans» une recrudescence de la fraude qui cible environ «un immigrant sur quatre», estime-t-il. Les victimes sont les immigrants temporaires au Canada, mais surtout les personnes qui demandent l’asile.Ces dernièressont régulièrement la cible de fraude en tous genres, en raison de leur situation souvent très précaire.

«Ils viennent avec les réserves [financières] de leur pays d’origine», avance-t-il. Le responsable rapporte que, rien que pour convertir de l’argent provenant de nombreux pays d’Afrique en dollars canadien, «tu perds déjà beaucoup».

À ça, tu ajoutes des gens qui te prennent 5000 ou 6000 dollars, ça détruit toutes les ressources que tu avais planifiées. Il n’y a vraiment pas de barrière pour les protéger, il n’y a pas de ressources pour les appuyer et ils se font vraiment avoir à plusieurs reprises.

— Gouled Hassan, directeur général du Contact interculturel francophone de Sudbury

Promesse de résidence permanente

Au Manitoba, la directrice de l’Accueil francophone, Bintou Sacko, a reçu au moins trois plaintes de personnes immigrantes signalant qu’une personne en Alberta se faisait passer pour un consultant en immigration.

«Apparemment, il chargeait 500 $ aux gens pour commencer les démarches et faisait ensuite d’autres propositions», relate-t-elle.

Son organisme a jugé nécessaire de rappeler sur les réseaux sociaux que son équipe n’a pas pour fonction d’aider les personnes immigrantes à obtenir la résidence permanente.

Au Canada, avoir recours à un consultant en immigration n’est pas obligatoire pour demander la résidence permanente ou tout autre type de visa, et le faire ne garantit pas son obtention.

«La fraude crée des attentes qui n’aboutissent pas. Les gens s’attendent à avoir la résidence permanente en fin de compte et ne voient rien. C’est aussi très dur financièrement. Ça peut affecter mentalement les personnes.»

— Bintou Sacko, directrice de l’Accueil francophone du Manitoba

La responsable affirme aussi que les fraudeurs disparaissent une fois l’argent empoché. «Ça crée une sorte de détresse.»

Fraude à l’embauche

Une vaste majorité des personnes viennent au Canada dans l’espoir de se faire employer rapidement. C’est là où Gouled Hassan observe le plus de fraudes, notamment lorsque les immigrants postulent à distance.

De faux employeurs envoient des courriels, assurant que l’embauche est en cours et demandent de l’argent pour garantir un emploi ou un permis de travail lié à cet emploi.

Même chose pour les logements. Le directeur du CIFS voit des familles se faire demander le premier et le dernier loyer pour un logement «pour se rendre compte qu’ils avaient envoyé de l’argent à quelqu’un qui n’était pas responsable de la maison».

«D’habitude, les fraudeurs ne s’arrêtent pas seulement au montant initial, ça continue sur d’autres frais à payer, administratifs, etc. Jusqu’à ce que la personne arrive au Canada», détaille-t-il.

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Il a observé que lorsque les immigrants osent porter plainte – «ce qui est rarement le cas» –, les services de police qui les reçoivent ne sont pas «sensibilisés» et peuvent parfois aller jusqu’à les «blâmer».

Un meilleur système pour retracer les transactions financières permettrait, selon lui, de lutter contre les fraudes qui ciblent les nouveaux arrivants.

Rôle du fédéral

Gouled Hassan estime aussi que le gouvernement fédéral devrait mieux informer et soutenir les nouveaux arrivants en leur donnant, avant même leur arrivée, des informations sur les services gratuits, les consultants en immigration fiables et les ressources communautaires, afin de réduire les risques d’arnaque.

Il existe un Centre antifraude au Canada, à qui des cas de fraude peuvent être signalés. Mais les fraudeurs se sont également fait passer pour des agents de ce Centre, en 2024.

De son côté, début mars, le gouvernement fédéral a observé une baisse de 56 % des demandes d’asiles présentées par des personnes avec un visa de visiteurs en «améliorant la vérification» de ce type de visas.

Il aurait aussi refusé plus de 95 000 demandes pour fausses déclarations et en interdisant l’entrée au pays à des milliers de visiteurs «non authentiques», parfois pour une période pouvant aller jusqu’à 5 ans.

L’autre barrière pour les demandeurs d’asile : le projet de loi C-12

Le projet de loi C-12, qui vise à «renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada», a été adopté en troisième lecture par le Sénat le 12 mars. Il doit maintenant être étudié par la Chambre des communes, qui se penchera sur les amendements apportés par les sénateurs.

Selon l’organisation Amnistie internationale, le projet de loi affaiblira la protection des demandeurs d’asile et empêchera certaines personnes de voir leur demande examinée par un tribunal spécialisé, notamment celles qui demandent l’asile plus d’un an après leur arrivée ou plus de 14 jours après être entrées au Canada entre les points d’entrée.

Ces personnes seront désormais dirigées vers un processus moins protecteur, qui ne garantit pas une audience orale, n’est pas décidé par un organisme indépendant et offre peu de possibilités de recours.

Cela pourrait mener à des expulsions rapides, même lorsque la personne risque la persécution, la violence ou d’autres violations graves des droits de la personne dans son pays d’origine.

Par ailleurs, C-12 donnera au gouvernement le pouvoir d’annuler certains statuts ou permis d’immigration sans évaluation individuelle complète, même en cours.

Selon les critiques, ces mesures pourraient mettre en danger la vie et la sécurité de certaines personnes et aller à l’encontre du principe international de non-refoulement, qui interdit de renvoyer quelqu’un vers un risque de graves violations des droits de la personne.