le Lundi 25 mai 2026

«Pris dans leur ensemble, ces millions d’articles constituent une source unique pour comprendre l’évolution des collectivités francophones», écrit Serge Dupuis dans le rapport Les journaux franco-canadiens : États des collections et candidats à l’océrisation*.

Dans ses recherches, l’historien consultant et membre associé de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française (CEFAN) de l’Université Laval a constaté qu’il y a une grande disparité dans les collections actuelles.

Certains anciens journaux ont bien été archivés en format numérique avec des outils performants qui permettent de faire de la recherche. Pour la majorité – incluant la plupart des journaux encore actifs de la francophonie canadienne –, les collections numériques sont éparpillées, incomplètes, mal indexées ou à risque d’être perdues.

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Qu’est-ce que l’océrisation?

L’océrisation est un mot dérivé de l’acronyme anglais OCR, pour «Optical character recognition», ou reconnaissance optique de caractères.

Une fois qu’un document physique est numérisé, un logiciel d’océrisation est utilisé pour reconnaitre le texte qu’il contient. Cette analyse permet ensuite de copier le texte ou de l’indexer pour les moteurs de recherche et l’archivage.

Un atout pour la recherche

Plus de 150 journaux francophones ont vu le jour en Amérique du Nord au cours des 200 dernières années. La grande majorité a disparu, une trentaine sont toujours actifs dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada.

Ces journaux ont été les témoins des évènements, des revendications et des interactions des francophonies minoritaires.

Autrement dit, l’océrisation des journaux franco-canadiens s’avère essentielle pour favoriser la découvrabilité du patrimoine écrit franco-canadien à l’ère numérique, mais aussi pour créer une relève en recherche chez les jeunes générations

— Rapport : Les journaux franco-canadiens : États des collections et candidats à l’océrisation

À travers des entrevues avec des chercheurs et un sondage, Serge Dupuis a constaté que l’accès difficile aux archives des journaux francophones du Canada décourageait des recherches sur la francophonie canadienne.

Celles et ceux qui se lancent abandonnent souvent devant l’ampleur de la tâche : fouiller pendant des mois dans des piles de journaux non indexés. Les plus jeunes se tournent vers d’autres sujets, européens ou concernant les États-Unis.

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Plusieurs gestionnaires de journaux francophones ont exprimé à Serge Dupuis leur frustration de ne pas pouvoir répondre à toutes les requêtes du public concernant leurs archives et être handicapés par le manque d’adaptation technologique. 

Photo : Courtoisie – Archives Francopresse

Passer par le Québec

Deux visions existent pour l’archivage des journaux. Du côté anglophone, les entreprises privées ont créé leurs archives numériques et les gardent derrière des murs payants. Du côté du Québec, le patrimoine écrit est davantage associé au domaine public. «Les journaux franco-canadiens se trouvent dans l’angle mort des deux modèles», écrit Serge Dupuis.

La planche de salut serait du côté de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Celle-ci détient déjà les archives de quelques journaux francophones non québécois et a l’expertise pour procéder à l’océrisation de ces titres.

L’opération fait tout de même face à plusieurs obstacles. Le premier : le cout. Selon les calculs de Serge Dupuis, la facture s’élèverait à 48 000 $ pour océriser la totalité des publications d’un journal hebdomadaire qui existe depuis 50 ans et qui compte en moyenne 24 pages par édition. Des sources de financements devraient donc être dénichées.

De plus, la BAnQ requiert des collections complètes en bon état. L’institution est également déjà occupée avec d’autres projets.

Cependant, parmi les journaux actifs avec qui Serge Dupuis a échangé, une vingtaine ont déjà des archives numériques, mais sont insatisfaits dans leur diffusion. Ils sont ouverts à un transfert à la BAnQ. L’opération serait peu couteuse et atteindrait les objectifs du Plan d’action 2025-2028 de la Politique québécoise en matière de francophonie canadienne pour la Bibliothèque nationale – la section de BAnQ qui conserve l’ensemble de l’édition québécoise et assure la mise en valeur de ses collections patrimoniales.

«Le rapport permet de mieux comprendre les besoins, les réalités très différentes d’un média à l’autre et les enjeux techniques ou financiers qui freinent l’accès à cette mémoire collective. Ça confirme aussi à quel point ces archives sont importantes, non seulement pour les équipes de recherche, mais pour les communautés francophones elles-mêmes», dit Maryne Dumaine. 

Photo : Christian Kuntz

Passer à l’action

La présidente de Réseau.Presse, Maryne Dumaine, indique que le rapport donne un bon point de départ pour la suite. «On savait qu’il y avait des défis liés à l’océrisation et à l’accessibilité des archives, mais là, on mesure mieux l’ampleur du travail à faire, autant au niveau de la préservation que de la diffusion.»

Le rapport fournit un point de départ pour passer à l’action, «identifier des priorités et voir quelles démarches sont les plus réalistes à court et moyen terme».

Les institutions patrimoniales, les milieux de recherche, les organismes nationaux, les gouvernements et les médias pourraient être mis à contribution dans la recherche de solutions concrètes.

«L’objectif à long terme, c’est vraiment de mieux préserver la mémoire de la presse franco-canadienne et de la rendre plus accessible aux communautés, aux équipes de recherche et au grand public.»

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* Le projet encadrant la recherche et le rapport a été géré par Réseau.Presse, l’éditeur de Francopresse.

D’abord, c’est quoi, Amnistie internationale? 

C’est une organisation internationale qui fait la promotion des droits de la personne. Ça inclut le droit à la vie, à la santé, à l’égalité. Il y a des endroits sur Terre, incluant au Canada, où ces droits ne sont pas respectés. Amnistie internationale sert à rappeler leur importance pour corriger ces situations.

Le rapport d’Amnistie internationale est alarmant: les 3000 habitants de Manawan vivent dans des «conditions inacceptables». La communauté aurait besoin d’au moins 150 nouvelles maisons pour loger tout le monde convenablement. Les maisons actuelles sont vieilles ou mal isolées. La présence de moisissures, de petits champignons microscopiques, pose un risque pour la santé. 

Le manque de logements oblige les familles à vivre à plusieurs sous un même toit. Il y a en moyenne 8 personnes par maison. Cela fait en sorte que les gens n’ont pas de pièce tranquille pour se reposer, étudier ou dormir. Ce manque d’intimité a un impact très négatif sur la santé mentale.

La situation de Manawan n’est ni nouvelle ni unique. Ça fait des années que différentes organisations réclament de l’aide au gouvernement fédéral pour les communautés autochtones du Canada. 

J’en ai parlé au chef de Manawan, Sipi Flamand, qui a collaboré avec Amnistie internationale pendant les deux dernières années.

Chef Flamand, comment cette crise du logement affecte-t-elle les enfants des communautés autochtones?

Les enfants n’ont pas d’espace tranquille pour se reposer ou faire leurs devoirs. Ça affecte leur concentration. Il y a du décrochage scolaire chez les adolescents. La crise du logement entraîne des problèmes sociaux et académiques.

Il faut plus d’argent que ce que le gouvernement a annoncé pour les communautés dernièrement?

Les 2,5 milliards de dollars annoncés, pour les besoins actuels, c’est des miettes.
Au Québec, on aurait besoin de plus de 100 milliards pour répondre aux besoins des communautés autochtones.

Est-ce que l’argent va tout régler?

Non, il faut se parler et trouver des solutions ensemble: le gouvernement et les communautés autochtones. Les programmes, les lois, les solutions doivent être développés avec nous. 

L’ONU a déjà dénoncé la situation des communautés autochtones. C’est maintenant Amnistie internationale qui le fait. Croyez-vous que les choses vont changer?

Je sens beaucoup de solidarité des Canadiens et des Québécois depuis le dévoilement du rapport. Je crois qu’on débute une nouvelle relation avec les gouvernements. Mon souhait, c’est qu’on réussisse à améliorer les conditions de vie des Autochtones pour qu’elles soient au même niveau que celles du reste des Canadiens. Parce qu’en ce moment, on a 25 ans de retard.

Vous avez espoir?

La réconciliation, ce n’est pas juste des promesses et des discours. Mais oui, j’ai espoir que ça se traduise en actions. 

Et toi, avec combien de personnes vis-tu? As-tu une chambre juste à toi, ou la partages-tu avec un membre de ta famille?

Image : As de l’info

Les abeilles… du cimetière! 🪦

Non, ce n’est pas le titre d’un nouveau film d’horreur. Des scientifiques américains ont découvert une IMMENSE colonie d’abeilles qui vit sous un cimetière dans l’État de New York. Immense comme dans 5,5 millions d’abeilles! Ce serait l’un des plus grands et des plus vieux groupes d’abeilles au monde. L’espèce, appelée abeille minière, niche dans le sol, plutôt que dans des ruches. Pour les scientifiques, cette découverte prouve que les cimetières, s’ils ne sont pas arrosés de pesticides, peuvent aider à protéger la biodiversité.

Six mois de prison pour avoir utilisé des abeilles comme arme!

Aussi aux États-Unis, une femme vient tout juste d’être condamnée à six mois de prison. Son crime? Elle s’est servie de ses abeilles comme armes… Je te raconte!

En 2022, cette apicultrice du nom de Rebecca, est très inquiète. Un de ses amis, un homme âgé, a des problèmes d’argent et il n’est plus capable de payer sa maison. La ville le force à déménager. Et ça, ça met Rebecca en colère. Pour empêcher les policiers de saisir la maison, elle se rend chez son ami avec un camion chargé… de ruches. Arrivée sur place, elle libère des milliers d’abeilles qui, paniquées, attaquent les policiers. Une des victimes a dû être hospitalisée pour soigner ses piqûres. 

Et voilà que Rebecca vient de recevoir sa sentence : six mois de prison pour agression. Si les abeilles avaient les mêmes droits que les humains, elles poursuivraient probablement aussi Rebecca. Des centaines d’entre elles sont mortes pour rien dans cette attaque.

Les apiculteurs, qui élèvent des abeilles, portent des vêtements qui les protègent complètement pendant qu’ils travaillent.

Photo : Annie Spratt – Unsplash

Des as en math!

Les abeilles seraient bel et bien capables de compter. C’est ce que des chercheurs d’une université en Australie ont réussi à démontrer. À quoi ça sert de savoir compter quand on fabrique du miel? Ça peut être utile pour choisir les meilleurs endroits où butiner (beaucoup de fleurs ou pas beaucoup de fleurs) ou pour s’orienter quand on doit s’éloigner de la ruche.

Jusqu’à tout récemment, il y avait un débat chez les scientifiques. Beaucoup croyaient que les abeilles n’avaient pas vraiment une compréhension des nombres, qu’elles utilisaient plutôt des repères visuels. Mais les chercheurs de l’Université Monash croient au contraire que les butineuses peuvent compter jusqu’à 4 ou 5.

Selon eux, les études du passé ne tenaient pas assez compte de la biologie des abeilles. «Nous voyons et expérimentons le monde très différemment des animaux», a dit une des chercheuses. C’est pourquoi chaque expérience doit être conçue en fonction de l’espèce étudiée. C’est plein de bon sens, non?

Quelle est ta relation avec les abeilles? En as-tu peur? Ou les vois-tu comme des amies? Peut-être qu’elles te fascinent? Dis-moi!

Sources: The New York TimesSmithsonian MagazineSciences et Avenir, Monash University

Gérance d’artistes, agence de spectacles, maison de disques : les entreprises de l’industrie musicale francophone hors Québec se distinguent par leur polyvalence et leur capacité à s’adapter. C’est le constat dressé par une récente étude de l’Alliance nationale de l’industrie musicale (ANIM).

Bien qu’aux prises avec des contraintes bien particulières, comme l’éloignement géographique, des infrastructures limitées ou encore la difficulté à retenir la main-d’œuvre, ces entreprises développent des façons de faire plus souples et créatives, souvent éloignées des modèles d’affaires traditionnels que l’on trouve au Québec ou dans le Canada anglais.

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Pratiques non visibles

«Ce qui m’a le plus surprise, c’est de voir la quantité de pratiques non visibles informelles, de l’entraide entre entreprises, la solidarité, la mutualisation de ressources, qui sont au cœur de ce qui permet aux entreprises de durer», décrit l’autrice de l’étude, Joëlle Bissonnette, professeure au Département de management de l’UQAM.

La chercheuse Joëlle Bissonnette a déjà participé à des études sur l’industrie musicale francophone. 

Photo : Courtoisie

Ces pratiques se traduisent, entre autres, par le partage de réseaux, de contrats, de main-d’œuvre et un accompagnement bénévole de la relève, privilégiant ainsi la solidarité communautaire à la simple compétition commerciale.

«Il y a une grande quantité de modes de fonctionnement qui sont assez surprenants et qui ne correspondent pas à ce qu’on s’attend d’une entreprise traditionnelle en musique.»

Mais, comme elle le dit, ces pratiques sont parfois non visibles, donc moins comprises par les bailleurs de fonds, «qui financent ce qu’ils voient», et qui se basent sur leur connaissance des entreprises en contexte majoritaire.

«Une entreprise en musique, traditionnellement, ça doit avoir un certain nombre d’artistes, un certain volume d’activité, des contrats d’exclusivité. Là, on fait face à des entreprises qui fonctionnent de façon beaucoup plus organique.»

Services à la carte

Natalie Bernardin fait confiance à son instinct. «J’ai jamais pris des décisions en cherchant à m’adapter à quelque chose qui devait être fait. Je l’ai fait parce que je me suis dit : “It’s a good thing, it’s the right thing to do.” Genre, c’est la bonne chose à faire», raconte la directrice d’Amixie Solution, une agence de gestion et de booking dédiée aux artistes francophones, notamment issue de la diaspora africaine.

Natalie Bernardin propose des services à la carte aux artistes francophones qu’elle suit. 

Photo : Courtoisie

Ancienne directrice générale de l’Association des professionnel.le.s de la chanson et de la musique (APCM), «avec à peu près 160 à 200 membres dépendant des années», elle avait envie d’autre chose. «J’ai envie de sélectionner les membres avec lesquels je veux travailler.» Elle propose depuis 2020 des services «à la carte».

«Dans le milieu, un manager prend 25 % ou 15 % de tous tes revenus : tes droits d’artiste, tes redevances, tes cachets de spectacle, tes subventions.» Dans la francophonie minoritaire, ce modèle ne peut pas fonctionner, faute de moyens et de public.

«Donc, dès le départ, je me suis dit : je vais proposer quelque chose.» C’est là qu’elle a eu l’idée de faire du management à la carte, selon les besoins de chaque artiste. «Ça me permet aussi d’offrir mes services à un plus grand nombre.»

Elle prend aussi le temps d’accompagner ses clients et d’effectuer certaines tâches avec eux, pour qu’ils puissent les effectuer eux-mêmes par la suite. «On est dans un modèle équitable. Ça fait partie de ma philosophie d’affaires. C’est beaucoup plus humain.»

Parce que c’est ce que nos milieux ont besoin, ce que nos artistes ont besoin, ce que nos salles de spectacle ont besoin. Les artistes sont autant investis dans mon entreprise que je suis dans la leur.

— Natalie Bernardin

«L’union fait la force»

Certaines entreprises se partagent des contrats et vont s’organiser en n’offrant pas les mêmes services, observe Joëlle Bissonnette. «Plusieurs le disent : l’union fait la force.»

«Elles ne vont pas chercher à se garder des artistes ou des contrats […] Si un artiste de la communauté rayonne, c’est toute la communauté qui rayonne.»

Les indicateurs classiques – écoute en ligne, billets vendus, revenus – ne reflètent pas la réussite. «Beaucoup de nos définitions de succès viennent des retombées qualitatives qu’on est capables d’avoir, des artistes qui réussissent à rayonner, qui réussissent à tourner, plus que du nombre de projets», témoigne un intervenant dans l’étude.

Malgré l’omniprésence des géants numérique et des situations financières parfois précaires, cela n’empêche pas les entrepreneurs de se lancer. «Beaucoup le feraient de toute façon, souligne la chercheuse. Ils sont portés avant tout par une mission communautaire, culturelle, identitaire, linguistique.»

Ils et elles se donnent un rôle d’«ambassadeur». «Ils veulent structurer une industrie qui va favoriser la rétention et l’épanouissement des artistes dans la communauté.» Une mission parfois difficile à porter, admet-elle, mais qui les motive.

La question de la main-d’œuvre… et de la relève

«Beaucoup d’entrepreneurs sont seuls à la tête de leur entreprise. Trouver la main-d’œuvre, la former et la retenir avec des salaires compétitifs, c’est souvent un grand défi», relève Joëlle Bissonnette.

Il y a déjà beaucoup d’initiatives pour développer la fibre artistique des jeunes dans les communautés francophones, comme des concours, mais pourquoi pas leur donner envie de travailler dans le milieu de la musique, suggère-t-elle. Que ce soit en tant qu’entrepreneurs, gestionnaires ou agents d’artistes.

Les formations ne sont pas toujours adaptées aux réalités des communautés, rapportent les personnes interrogées dans l’étude. Un mentorat pour développer certaines compétences clés et un accompagnement des entreprises pourraient être d’autres pistes à considérer, selon Joëlle Bissonnette. Notamment celles dont les gérants arrivent à l’âge de la retraite.

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Bailleurs de fonds en retard

«Ce qui est demandé par les entrepreneurs en matière de pistes de solutions, ce n’est pas nécessairement plus d’argent, parce que les fonds publics sont finis. Ce qui est demandé, c’est une plus grande flexibilité dans l’attribution des fonds», explique Joëlle Bissonnette.

Autrement dit, des financements qui reconnaissent leurs besoins d’expérimenter, à la fois des nouvelles formes d’entreprise, mais aussi de nouvelles façons de collaborer, de mutualiser les ressources.

«Avoir un financement qui permet de faire des prévisions, de développer une vision sur un temps donné, que ce soit un an ou trois ans, ça leur permettrait de mieux stabiliser leurs entreprises que d’avoir à redemander du financement à chaque nouveau projet», indique la chercheuse.

Les entrepreneurs relèvent que les bailleurs de fonds vont plus facilement financer l’exportation de la musique vers des marchés qui ont été éprouvés pour le Québec, essentiellement les marchés de l’Europe francophone.

— Joëlle Bissonnette

Or, ces derniers sont saturés, et il en existe d’autres, comme l’Afrique francophone ou l’Amérique latine.

Natalie Bernardin constate aussi que les bailleurs de fonds manquent parfois de flexibilité et d’ouverture. Elle-même n’était pas éligible à des fonds quand elle a démarré son entreprise, parce que son modèle d’affaires ne «rentrait pas dans les cases».

«C’est souvent là, pour nous en francophonie canadienne, où le bât va blesser, où on va tomber dans des difficultés parce qu’on essaie de soit émuler ce qui se fait au Québec ou dans de grosses boites anglophones. On essaie de s’adapter à une réalité ou un rythme qui n’est pas le nôtre.»

«Je me suis fait fermer la porte plusieurs fois», confie-t-elle. La responsable regrette également que, par le passé, les bailleurs de fonds se soient tournés uniquement vers l’Europe plutôt que vers l’Afrique.

«Il faut que ces gens-là soient sur le terrain», insiste-t-elle. Car la vue depuis un bureau à Toronto n’est pas la même que celle dans une petite ville ontarienne. «On n’a pas les mêmes réalités.»

FRANCOPHONIE

Les députés du Comité permanent des langues officielles à la Chambre des communes ont publié une lettre de félicitations au Colonel Jeremy Hansen, revenu de la mission Artémis II le mois dernier.

Seul Canadien à bord du vaisseau Orion, il a été le «premier Terrien à avoir pris la parole en français depuis l’endroit le plus éloigné de notre galaxie ayant été exploré», souligne la lettre des parlementaires.

«[…] Vous êtes un modèle pour les francophiles au pays, notamment les milliers de jeunes qui sont dans les programmes d’immersion française. Vous leur avez montré qu’il faut persévérer dans l’apprentissage de leur seconde langue officielle et surtout, ne pas hésiter à se servir du français», ont-ils ajouté.

La semaine dernière, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada a financé la revue savante bilingue Minorités linguistiques et société/Linguistic Minorities and Society, publiée par l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, à hauteur de 156 000 $ sur trois ans, dans le cadre du programme «Aide aux revues savantes 2025».

But de la subvention : Ce financement permettra à la revue de renforcer son modèle de libre accès gratuit, tant pour les lecteurs que pour les auteurs, tout en améliorant la diffusion des articles, leur visibilité en ligne et les pratiques éditoriales.

Depuis sa création, cette dernière publie des recherches bilingues et interdisciplinaires sur les communautés de langue officielle en situation minoritaire au Canada ainsi que sur d’autres minorités linguistiques au pays et à l’international.

David Eby, premier ministre de la Colombie-Britannique, a rencontré Mark Carney cette semaine après la conclusion de l’entente avec l’Alberta. Ce dernier reste pour l’instant fermé.

Province de la Colombie-Britannique – Flickr

CANADA

Le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial de l’Alberta ont conclu une entente vendredi dernier visant la construction d’un nouveau pipeline vers la côte ouest. Les travaux pourraient commencer en 2027, pour une mise en service prévue autour de 2033.

Le projet reste toutefois soumis à la condition de mettre en place un vaste programme de capture de carbone de l’industrie des sables bitumineux, alors qu’aucune entente finale avec les entreprises n’a encore été signée et que cette technologie reste couteuse et incertaine.

L’Alberta agira temporairement comme promoteur afin d’accélérer le projet et de rassurer les investisseurs privés, même si aucun financement de ce côté-là n’a encore été confirmé.

Point d’accroche : L’Alberta préfèrerait que le pipeline passe par le nord de la Colombie-Britannique pour faciliter les exportations vers l’Asie, mais il devra obtenir l’appui de la province et des Premières Nations.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, déjà fermé au projet, s’est montré critique envers l’entente et accuse l’Alberta d’avoir «toute l’attention» du fédéral, notamment car Danielle Smith, la première ministre, a réussi à obtenir une entente sur la tarification du carbone à 130 $ la tonne d’ici 2040, lorsque les autres provinces paient 170 $ la tonne.

En outre, il a déjà affirmé que le premier ministre Mark Carney scellait l’entente notamment pour calmer la volonté séparatiste de certains Albertains et critique le projet, car il affirme qu’il enfreint les droits des Premières Nations.

Le premier ministre canadien était d’ailleurs cette semaine en Colombie-Britannique pour tenter de rassurer David Eby sur le fait que les consultations, notamment avec les Premières Nations, seront menées comme il se doit.

Nepinak, cheffe de l’APN, critique les changements proposés par Ottawa pour l’évaluation des grands projets énergétiques. Elle estime qu’ils menacent les droits des Premières Nations et limitent leur participation.

Elle dénonce aussi le délai de consultation de 30 jours, qu’elle estime insuffisant pour permettre une réelle consultation des communautés autochtones.

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L’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) demande à l’Agence du revenu du Canada (ARC) et au Conseil du Trésor de suspendre l’élargissement du retour obligatoire au bureau pour les fonctionnaires. Il estime que les lieux de travail ne sont pas prêts à accueillir davantage d’employés.

Manque d’espace : Le syndicat dénonce notamment le manque d’espace, les règles incohérentes et l’absence de consultations suffisantes avec les travailleurs.

L’IPFPC affirme que plusieurs employés se rendent au bureau uniquement pour participer à des réunions virtuelles, sans réelle collaboration.

Le syndicat réclame une approche plus flexible et fondée sur des données probantes avant toute augmentation de la présence obligatoire au bureau.

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INTERNATIONAL

D’après son rapport publié le 20 mai, le directeur parlementaire du budget (DPB) évalue à 1,066 milliard de dollars le soutien public total accordé à la coorganisation de la Coupe du monde de soccer 2026.

De cette somme, 473 millions proviendraient du gouvernement fédéral, tandis que les autres gouvernements assumeraient les 593 millions restants.

82 millions par match : Comme le Canada accueillera 13 matchs, le DPB estime le cout moyen à 82 millions de dollars par rencontre, un niveau comparable aux dépenses publiques observées lors des éditions précédentes du tournoi.

L’identité demeure la principale raison invoquée par les parents francophones pour choisir un service de garde en français plutôt qu’en anglais à l’extérieur du Québec, souligne Statistique Canada dans un récent rapport.

Lors d’un webinaire organisé par l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne, le 12 mai, Isabelle Perron-Desjardins, enseignante et collaboratrice auprès du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance du Nouveau-Brunswick, et Catherine Isabel, chargée de projet à l’Association canadienne d’éducation de langue française, sont revenues sur le rôle essentiel de l’art et de la culture en petite enfance.

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Période charnière

De 0 à 5 ans, les enfants grandissent, à tous les niveaux.

L’enfant est en pleine construction de sa propre identité culturelle, alimentée par ses références familiales, mais aussi son vécu au quotidien.

— Isabelle Perron-Desjardins

«Les enfants ressentent notre rapport à la langue et notre rapport aux arts et à la culture», rappelle-t-elle à l’intention du personnel des services de la petite enfance et des éducateurs et éducatrices. Elle encourage à montrer son «plaisir à parler français».

«Être passeur culturel, c’est cultiver son propre arbre dans un premier temps pour ensuite mieux faire grandir celui des enfants.»

L’intervenante rappelle que les parents eux-mêmes peuvent apprendre de leurs enfants quand il s’agit de culture francophone. Elle cite sa propre histoire.

«Étant native du nord-ouest du Nouveau-Brunswick et avec des racines plutôt québécoises, la fête acadienne était peut-être moins présente dans cette région.» C’est à travers ses enfants et leurs activités à l’école qu’elle a pu découvrir la culture acadienne.

La composition d’un babillard avec des collages de célébrités ou de références culturelles en tous genres peut être une activité à partager avec les enfants, mais aussi le personnel des services à la petite enfance.

«On n’a pas besoin d’être expert»

Les deux présentatrices sont revenues sur le rôle de passeur et passeuse culturelle, ou comment faire découvrir la culture francophone tout en restant ouvert aux autres cultures.

«On n’a pas besoin d’être expert, on a besoin d’être ouvert, curieux, d’avoir une passion contagieuse», explique Isabelle Perron-Desjardins.

Les passeurs culturels jouent le rôle d’intermédiaire, pour favoriser la découverte d’une variété d’expressions culturelles et artistiques, mais aussi ouvrir les enfants à de nouvelles formes d’art.

Il faut également «déconstruire l’idée qu’il faut avoir du talent pour créer», insiste Catherine Isabel.

Les spécialistes encouragent les membres du personnel à ne pas hésiter à sortir des murs des services de garde, pour aller voir des expositions, des pièces de théâtre, ou même tout simplement organiser des activités artistiques en pleine nature. Sans oublier d’amener les artistes de la communauté à la rencontre des tout-petits.

Il s’agit aussi de stimuler le dialogue – par exemple par le biais de cercles de conversation – et d’éveiller la curiosité autour des arts d’ici, et d’ailleurs.

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Ne pas chercher à remplacer

Quand l’enfant vient d’une famille où le français n’est pas la langue du foyer, «il faut être curieux pour chercher à comprendre d’où vient l’enfant et être ouvert, accueillir ses références et chercher à créer des ponts entre la réalité de cet enfant-là et la culture francophone», développe Catherine Isabel.

«Ce n’est pas de chercher à remplacer la culture de l’enfant par une culture francophone, mais au contraire à tisser des liens.»

Comment allons-nous informer en 2050? Journalistes, peuple et gestionnaires se sont réunis à Carleton-sur-Mer, au Québec, du 14 au 17 mai, pour la quatrième édition du Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer (FIJC).

L’importance de revenir à la base du journalisme faisait consensus : le terrain et le gens qui l’habitent; comment aller les chercher, les écouter et les faire contribuer dans un environnement numérique envahi par des plateformes qui modifient sans arrêt les règles du jeu et de l’attention.

L’avenir de toute profession se joue aussi avec sa relève. Même si les inscriptions diminuent dans les programmes postsecondaires, selon certains intervenants, ceux qui se lancent dans le journalisme le font avec une grande passion. C’est d’autant plus vrai pour ceux et celles qui couvrent la francophonie minoritaire.

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Cédric Thévenin, journaliste à l’Acadie Nouvelle, repart en Acadie enthousiaste et inspiré. 

Photo : Camille Langlade – Francopresse

«J’ai pu porter la voix de l’Acadie»

Cédric Thévenin résume le Festival avec trois mots : «Authenticité, terrain et jeunes.»

Le journaliste basé à Moncton repart avec plein d’idées en tête à partager à ses collègues de L’Acadie Nouvelle*, notamment sur le numérique et les nouveaux formats pour rejoindre les jeunes, comme la vidéo.

«Dans les nouvelles narrations visiblement qui intéressent les jeunes et qui ont du succès sur les réseaux sociaux, il y a la notion de personnification de l’information; le journaliste qui se met en scène de façon authentique, pas forcément en étant souriant, bubbly […], mais plutôt goofy», décrit celui qui participait au FIJC pour la deuxième fois.

Un autre point l’a particulièrement intéressé : l’enquête en région. Il aimerait, pourquoi pas, se former davantage au journalisme de données et passer d’Excel au codage.

Même s’il note encore «une faible présence des médias francophones en milieu minoritaire» à l’évènement, certaines conférences ont abordé le sujet. Lui-même a participé à une table ronde sur les regards croisés des jeunes francophones sur l’information de demain. «J’ai pu porter la voix de l’Acadie.»

«Les défis qu’on a sont quand même très similaires à ceux des autres médias. J’ai trouvé ça a très utile.» Et inspirant. Il cite un média indépendant belge qui essaie de faire participer les citoyens à leurs enquêtes.

Sarah-Jeanne Tremblay reprendra le travail au Droit à Ottawa-Gatineau avec une nouvelle inspiration aussi bien tirée des journalistes plus connus du public que des petits médias «qui ont des façons originales de faire du journalisme». 

Photo : Camille Langlade – Francopresse

Nouvelles perspectives

De son côté, Sarah-Jeanne Tremblay, journaliste à Ottawa-Gatineau pour Le Droit*, a été surprise d’entendre l’écho d’un de ce qu’elle a observé : la différence dans la perception de l’immigration entre le Québec et la francophonie canadienne.

«Les réactions qu’on a dans les commentaires de nos de nos articles sur l’immigration quand on couvre le milieu franco-ontarien versus quand qu’on couvre le milieu québécois sont drastiquement différents.» Pour la francophonie minoritaire, l’immigration est une question de survie pour les communautés.

Elle ramène dans ses bagages une motivation renouvelée et le désir de se replonger dans son travail. «J’ai le gout de faire plus de demandes d’accès à l’information. Je suis allé voir beaucoup de conférences sur le journalisme d’enquête et ça m’a donné le gout d’en faire, de faire de plus longs reportages.»

Alicia Régnier retourne à La Liberté, au Manitoba, avec l’envie de rejoindre les jeunes. 

Photo : Camille Langlade – Francopresse

Pour Alicia Régnier, chargé de projets multimédias et communication à La Liberté*, au Manitoba, créer une proximité avec la communauté est ressorti comme un élément fort du Festival. «Se rapprocher des gens, surtout venant d’une petite communauté, je pense que c’est important d’être plus près d’eux», souligne-t-elle.

Comme Cédric Thévenin, elle ne voyait pas toujours un lien avec le travail en situation francophone minoritaire, mais il y en avait assez pour lui inspirer des idées. L’initiative vidéo de l’Aurore boréale, au Yukon, pour se rapprocher des jeunes, pourrait justement être reproduite pour «essayer d’élargir notre public», avance Alicia Régnier.

Elle rapporte quelques idées et techniques pour les reportages vidéos, entre autres provenant de RAD. «On ne peut pas faire nécessairement à leur niveau ce genre de projet», mais ils lui ont donné le gout d’en faire davantage.

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Rapprocher les communautés, et les publics

Le journalisme de solution a été mis de l’avant à plusieurs reprises, à la fois à l’intérieur et en dehors des salles de nouvelles.

Rapprocher les communautés linguistiques est une piste, que ce soit en Belgique – entre Wallons et Flamands – ou au Canada, entrent francophones, anglophones et Autochtones. Le sujet a fait l’objet d’une rencontre, le 16 mai.

En Belgique, le site d’information DaarDaar, cofondé par Joyce Azar, traduit en français des nouvelles de la partie flamande du pays. La demande est bien là, confirme-t-elle.

Traduire des articles d’autres médias «ne coute rien» et permet d’avoir un autre regard sur l’actualité vue par l’autre communauté, rappelle Michel Cormier, ancien directeur de l’information de Radio-Canada.

La directrice et rédactrice en chef de l’Aurore boréale, au Yukon, Maryne Dumaine, a rappelé l’importance pour les médias d’être ancrés dans leur communauté.

Son journal s’adresse aux francophones, mais aussi aux personnes ayant le français comme langue seconde, dit-elle. Il s’attarde à rapprocher les francophones des enjeux autochtones, en proposant notamment un lexique qui traduit quelques mots dans les huit langues autochtones du territoire. «On essaie aussi de changer le narratif et de parler des enjeux autochtones de façon positive», témoigne Maryne Dumaine, qui est également la présidente de Réseau.Presse.**

Les intervenants et intervenantes ont souligné l’importance de rapprocher les médias des grands centres urbains et ceux en région. Il ne faut pas seulement parler des communautés éloignées quand il y a des problèmes ou lors de «l’ouverture de la pêche».

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Médias de proximité, histoire d’un renouveau

L’avenir des médias n’apparait pas toujours sombre. Plusieurs médias dits de proximité tirent leur épingle du jeu. Pour des panélistes à une discussion sur les médias ancrés dans une plus petite communauté le 17 mai, l’information locale peut être une façon de sortir de la morosité des mauvaises nouvelles nationales ou mondiales.

«Le citoyen sent qu’il peut avoir un impact en s’impliquant dans son quartier en lisant les nouvelles locales», avance Arnaud Bertrand, fondateur de Monlimoilou.com.

Cette proximité avec son sujet principal est un avantage pour un petit média. Ils connaissent leur communauté, les résidents ont davantage tendance à leur faire confiance, les grands médias peuvent difficilement venir jouer sur leur terrain.

Cet avantage existe aussi pour les médias francophones en situation minoritaire. Maryne Dumaine, qui participait à une deuxième discussion, souligne que plusieurs de ces médias reçoivent encore de l’information, des sujets et des photos du public.

C’est aussi un outil de rassemblement, les gens y apprennent à se connaitre. C’est aussi un outil d’engagement démocratique.

— Maryne Dumaine

Cette proximité et le statut de journal communautaire ne les empêchent pas de non plus de faire du journalisme professionnel et de qualité, malgré les enjeux financiers, auquel la communauté peut prendre part.

L’éditeur du journal Le Charlevoisien et des Publications Gaspésiennes, Sylvain Desmeules, rappelle que les annonceurs locaux n’ont majoritairement pas abandonné ces médias. Ce sont les grandes compagnies qui se sont tournées vers les GAFAM et qui envoient leur argent à ces entreprises des États-Unis.

Sylvain Desmeules est également heureux de voir que la collaboration entre médias grandit : «Il y a un plus grand respect entre journalistes. Il y a moins de compétition.»

IA, Gaza et démocratie

L’intelligence artificielle (IA) a aussi fait partie de plusieurs discussions. L’heure était également à l’émotion, quand la journaliste gazaouie de l’Agence France-Presse, Mai Yaghi, a témoigné de son quotidien en zone de guerre et des décisions difficiles qu’elle a dû prendre, en tant que journaliste, mais aussi en tant que mère.

À travers les échanges, de salle en salle, le journalisme est plus que jamais ressorti comme un des remparts et des piliers de la démocratie, alors que celle-ci – et la liberté de la presse – vacille dans de nombreux pays à travers le monde.

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* Le voyage des trois jeunes journalistes des médias membres de Réseau.Presse a été financé par Les Offices jeunesse internationaux du Québec (LOJIQ).

** Réseau.Presse est l’éditeur de Francopresse.

Une contribution financière du ministère de la Langue française du Québec a permis à Francopresse de se déplacer au Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer.

La nouvelle a été partagée sur les réseaux sociaux par la directrice et rédactrice en chef de La Liberté, au Manitoba, Sophie Gaulin; journal avec lequel Jean-Pierre Dubé a longtemps travaillé.

Ce fier Franco-Manitobain a débuté sa carrière comme reporter à Radio-Canada (Manitoba) avant d’occuper divers postes pendant dix ans au journal La Liberté. Il y a été journaliste, éditorialiste et rédacteur en chef.

«Journaliste engagé, homme de réflexion et de conviction, Jean-Pierre Dubé a contribué pendant plusieurs années au rayonnement de La Liberté et à la vitalité du débat public au sein de notre communauté. Lorsque j’ai pris la direction du journal, il avait accepté de poursuivre l’aventure comme éditorialiste, offrant à nos lecteurs des textes empreints de profondeur, de culture et d’un grand attachement à la francophonie manitobaine», témoigne Sophie Gaulin sur LinkedIn.

Il est également l’auteur de pièces de théâtre, de romans, de recueil de nouvelles et d’essais historiques. Il a reçu le Prix littéraire des caisses populaires pour son premier roman, La Grotte, paru aux Éditions du Blé en 1996. Il a aussi œuvré à la Commission nationale des parents francophones.

«Un pilier pour Francopresse»

Jean-Pierre Dubé a par la suite été pigiste et collaborateur pour Francopresse de 2013 à 2019. Andréanne Joly, en poste comme rédactrice en cheffe de 2016 à 2020, ne garde que de bons souvenirs de ses échanges avec lui.

«Jean-Pierre a été un pilier pour Francopresse. Ce fidèle collaborateur suivait tous les dossiers de la francophonie et en avait une compréhension profonde, éclairée par les années et la passion. Avec lui, le rire et la rigueur étaient toujours au rendez-vous. Nos rencontres régulières étaient toujours menées dans la bonne humeur», raconte-t-elle.

«C’est Jean-Pierre, avec Adrien Cantin, qui a pensé et créé le premier palmarès annuel des personnalités influentes de la francophonie canadienne pour Francopresse. Depuis la première édition, l’engagement de plus d’une centaine de francophones a été reconnu et souligné par [les médias de la francophonie minoritaire] et Francopresse. Jean-Pierre, fier Franco-Manitobain, mérite résolument sa place au sommet d’un tel palmarès pour son œuvre, à la fois discrète et majeure.»

L’équipe de Francopresse offre ses sincères condoléances à la famille, aux proches et aux anciens collègues de Jean-Pierre.

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Lors d’une présentation au Congrès de l’Acfas à Trois-Rivières le 12 mai, Luisa Véronis, professeure agrégée en géographie, environnement et géomatique à l’Université d’Ottawa, a souligné le décalage entre les lieux de résidence des immigrants à faibles revenus et l’accès aux emplois et services essentiels. Elle a mené cette recherche avec l’un de ses étudiants, Abraham Alexander.

Pour les immigrants et immigrantes francophones, cet enjeu est accentué par la répartition inégale des services en français. Un logement abordable est souvent situé loin des institutions et des ressources francophones nécessaires à leur intégration, avance la professeure.

Cette dernière rappelle que 20 % des personnes immigrantes récentes ont un «besoin impérieux» de logement abordable, comparé à 9 % de la population totale, selon les données du recensement 2021.

Il y a une pénurie de logements abordables, insiste la chercheuse. «Cette soi-disant “crise” s’étend au-delà des grands centres», complète-t-elle, en pointant de petites localités, voire des villes rurales.

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Le lieu du logement, un déterminant pour l’accueil des immigrants

«Les recherches démontrent que le logement est fondamental pour l’intégration, parce que le lieu du logement, ce n’est pas juste l’acquisition du logement en soi pour avoir un toit et un abri et se sentir bien chez soi, mais aussi la location où est situé le logement, détaille la chercheuse. [Cela] donne accès à des opportunités d’emploi, des ressources, des infrastructures, des écoles par exemple, des transports, ainsi qu’à des réseaux.»

En Ontario, par exemple, 50 % des personnes immigrantes francophones installées à Ottawa et Toronto sont propriétaires. «C’est encourageant, mais bien en deçà comparé aux francophones nés au Canada», souligne Luisa Véronis.

D’après la littérature existante, les immigrants récents s’installent dans les banlieues proches des grandes villes, «où il y a du logement abordable, mais souvent vieux et mal entretenu».

Elle affirme que ce sont souvent les agents d’établissements – ceux qui renseignent les nouveaux arrivants, ainsi que les organismes communautaires – qui les orientent vers certains quartiers. «Parce qu’ils ont les contacts, ils connaissent les propriétaires et ce sont les logements abordables, souvent en périphérie», appuie Luisa Véronis.

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La langue française dessert en contexte minoritaire

Le fait que le marché du logement est en majorité contrôlé par des anglophones nuit aux personnes immigrantes francophones, malgré la présence d’organismes pour les aiguiller.

Parler français ne donne aucun avantage en contexte minoritaire pour trouver du logement.

— Luisa Véronis, professeure agrégée de géographie à l'Université d'Ottawa

Cette dernière affirme que certaines recherches montrent qu’au Québec, les immigrants qui parlent français sont «un peu plus outillés que ceux qui ne parlent pas français». En revanche, parler français ne sert pas les immigrants francophones en situation minoritaire, vu que le marché locatif est anglophone.

Les «filtres» des propriétaires et «itinérance cachée»

Une autre barrière à l’accès au logement : les propriétaires, qui jouent un rôle de «filtre».

«Ils imposent, en demandant des références, une histoire de crédit au Canada, des preuves de revenus, etc. Et tout ça, ça parait naturel, mais ce sont des formes de discrimination dans une certaine mesure», affirme la professeure.

Selon elle, le statut migratoire joue un rôle et influence aussi un peu les trajectoires résidentielles.

Par exemple, les résidents permanents viennent souvent avec certaines ressources, parlent l’une des deux langues officielles et sont plus outillés ou avantagés pour se trouver un logement.

Les immigrants temporaires, quant à eux, vivent dans l’incertitude liée à leur statut, souvent lié à un employeur, valide pour un temps limité, «ce qui peut constituer une barrière» dans l’accès au logement. Et c’est encore plus vrai pour les personnes réfugiées, estime Luisa Véronis.

Lorsque des immigrants téléphonent pour se renseigner ou visiter un logement, «dès qu’on entend un accent ou dès que la personne explique son statut migratoire ou son pays d’origine, directement les propriétaires disent : “Ah non le logement n’est plus disponible”».

Par ailleurs, la chercheuse observe que, souvent, les propriétaires «préfèrent des personnes sans enfants», un désavantage pour les femmes immigrantes monoparentales.

La source de revenus est un autre filtre utilisé par les propriétaires ou les agences locatives pour rejeter les demandes de logement des personnes immigrantes, tous statuts confondus.

Les gens n’ont pas forcément un emploi. Dans le cas des réfugiés, ils dépendent d’une assistance du gouvernement […] et c’est là où les propriétaires se servent du filtre.

— Luisa Véronis, professeure agrégée de géographie à l'Université d'Ottawa

Une situation qui amène de multiples familles «à partager un logement» et vivre dans un endroit surpeuplé.

Luisa Véronis mentionne notamment une «itinérance cachée [avec] le couchsurfing» ou «l’utilisation des abris, un dernier recours quand toute autre stratégie a été exploitée».

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Sensibiliser les agences immobilières aux réalités de l’immigration

Ines Bouguerra est gestionnaire des programmes et services en immigration du Collège Boréal à North Bay, observe sur le terrain qu’une personne immigrante «ne peut pas être intégrée économiquement sans avoir un logement qui est habitable, qui répond aux critères les plus basiques pour vivre convenablement. Donc, ce n’est que lorsque ces besoins sont comblés de façon durable que l’intégration peut être durable».

Face à la crise du logement et aux obstacles rencontrés par les immigrants, la gestionnaire en poste depuis septembre 2025 a développé des partenariats avec huit agences immobilières locales pour les sensibiliser aux réalités des nouveaux arrivants francophones, à savoir : la barrière linguistique, l’absence de cote de crédit ou de références canadiennes ou la méconnaissance du système locatif.

Après ces contacts, les agences partenaires se montrent plus flexibles et adaptent leurs exigences lorsqu’elles reçoivent des demandes provenant des services d’immigration du Collège Boréal.

Lorsqu’un besoin en logement est identifié, l’équipe recueille les informations du client – soit son budget, le lieu de travail ou encore le type de logement recherché – et les transmet aux agences partenaires afin de faciliter la recherche.

Depuis le lancement des services, en septembre dernier, environ 50 dossiers ont été suivis, affirme Ines Bouguerra, dont une quinzaine concernait directement des besoins en logement. Tous ont trouvé un logement.