le Jeudi 12 mars 2026

«On n’était pas surpris des résultats comme tels. L’étude a mis en lumière des problèmes qui persistent malgré de nombreuses initiatives qui ont été mises en œuvre au cours des 20 dernières années et même avant», commente Christiane Saad, directrice du Réseau national de formation en justice (RNFJ) de l’Association des collèges et des universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui a commandé l’étude.

Le rapport final, Le marché du travail du secteur de la justice au Canada (hors Québec), publié en juillet 2025, dresse un constat préoccupant : le système judiciaire manque de personnel capable d’offrir des services en français à toutes les étapes du processus.

Le droit de la famille, le droit criminel et le droit de l’immigration sont des spécialités particulièrement touchées.

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Une pénurie qui touche tout le système

La pénurie de main-d’œuvre ne concerne pas seulement les avocats et les juges; elle touche aussi les greffiers, les sténographes, les interprètes judiciaires ainsi que le personnel administratif et certains services policiers et correctionnels.

Christiane Saad, directrice du Réseau national de formation en justice (RNFJ) de l’Association des collèges et des universités de la francophonie canadienne (ACUFC). 

Photo : Courtoisie

«La situation s’est aggravée par les départs à la retraite et le vieillissement du personnel actuellement en poste, explique Christiane Saad. Il y a aussi une concurrence entre le secteur public et le secteur privé.»

Le rapport souligne que la banque de travailleurs francophones demeure insuffisante pour répondre aux besoins des communautés.

«Par exemple, en Nouvelle-Écosse, les participants à l’étude ont indiqué qu’aucun membre du personnel de soutien dans les tribunaux, comme les greffiers, les préposés ou les interprètes judiciaires, ne possède un niveau de français requis pour soutenir une instance en français», rapporte la responsable.

Elle cite aussi le Manitoba, où un justiciable francophone doit faire beaucoup de va-et-vient pour trouver la personne qui est en mesure de lui offrir des services en français.

Dans certains cas, les délais pour obtenir une audience ou des services en français peuvent être plus longs que pour les procédures en anglais. L’attente peut parfois s’étendre sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Des professionnels bilingues sursollicités

Face à ces obstacles, certains justiciables francophones choisissent de renoncer à leur droit, notamment pour éviter des couts supplémentaires ou par crainte de compliquer les démarches judiciaires.

Le rapport met également en lumière les défis vécus par les professionnels bilingues déjà en poste. Ceux-ci doivent souvent assumer une charge de travail plus importante que leurs collègues unilingues, notamment parce qu’ils doivent traiter davantage de dossiers en français ou traduire eux-mêmes certains documents.

Souvent, ils deviennent un peu l’interprète ou le traducteur de la place. Ils reçoivent plus de dossiers, mais la rémunération ou les primes qui sont faites – quand c’est le cas – restent assez modiques et ne reflètent pas vraiment les compétences de ces personnes.

— Christiane Saad

«Ça ne les encourage pas à se manifester comme personnel bilingue.»

Un manque de ressources et de formation

«Les outils de travail ne sont parfois pas disponibles en français et donc ça oblige les gens soit de les traduire eux-mêmes ou de développer eux-mêmes leurs outils plutôt que de faire leur travail; ou carrément d’utiliser des ressources en anglais», souligne Christiane Saad.

Par ailleurs, l’accès aux programmes de formation en français varie grandement selon les régions et les professions, ce qui limite l’arrivée de nouvelles recrues dans le secteur.

À cela s’ajoute une connaissance parfois limitée des droits linguistiques, tant chez certains professionnels que chez les citoyens. «Si un policier n’est pas au courant des droits linguistiques d’une personne qu’il arrête, on peut imaginer les conséquences», illustre la responsable.

L’ACUFC plaide pour un renforcement des formations juridiques en français, partout au pays, notamment dans le postsecondaire.

Insécurité linguistique

Pour améliorer l’accès à la justice en français, le rapport recommande en outre de passer d’initiatives ponctuelles à une approche plus globale.

«Les problèmes sont vraiment interreliés. Il n’y a pas seulement un manque de formation en français ou le recrutement et la rétention : tout est relié», relève Christiane Saad.

Parmi les pistes de solution envisagées figurent la valorisation des carrières juridiques bilingues et l’amélioration des conditions de travail. Combattre l’insécurité linguistique reste aussi une priorité.

«C’est un enjeu que l’on constate de façon généralisée. Certains professionnels ont moins l’occasion d’utiliser le français dans leur travail ou, justement, ils s’inquiètent de leur accent ou de leur maitrise du vocabulaire juridique. Donc on veut vraiment les aider à gagner cette confiance au niveau du français, par les formations, par le mentorat, par différents moyens.»

On a une baisse dans le nombre des personnes qui utilisent le français au travail.

Selon Statistique Canada, en dehors du Québec et du Nouveau-Brunswick, un travailleur sur dix connaissait le français et un tiers d’entre eux l’utilisait régulièrement au travail.

«C’est important d’accroitre la sensibilisation aux droits linguistiques, pour le public, les justiciables, mais aussi les professionnels, puis les informer.»

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Des professions méconnues

L’étude propose également de mieux intégrer les technologies, notamment l’intelligence artificielle, pour automatiser certaines tâches administratives et moins surcharger les employés bilingues.

«Il y a eu d’autres suggestions, comme créer peut-être des guichets francophones dans certaines provinces, mais aussi encourager la collaboration entre les professionnels», dit Christiane Saad, qui insiste sur l’importance de faire connaitre l’ensemble des professions du système judiciaire.

Quand on pense à la justice, on pense aux juges et aux avocats. Mais les gens ne connaissent pas toutes les autres professions, comme les parajuristes, les adjoints juridiques, les agents de probation, etc.

«On a aussi une approche intersectionnelle. On regarde les possibilités de collaboration avec d’autres secteurs ou d’autres domaines complémentaires», poursuit-elle, citant la santé, les nouvelles technologies ou les professions psychosociales. Ces dernières incluent l’évaluation psychologique, le soutien aux victimes, aux témoins et aux familles.

Réponse systémique, et rapide

«Ne pas agir, c’est vraiment un grand risque à la pérennité puis l’accès à la justice en français», alerte Christiane Saad.

«La pénurie va être exacerbée parce que justement il n’y a pas de relève, il n’y a pas ce partage de connaissances. Quand les gens ne connaissent pas leurs droits linguistiques et ne les exigent pas, ils ne les revendiquent pas, bien on va diluer justement l’accès et ils ne seront plus disponibles ou on risque de perdre ces droits carrément.»

Ces mesures devront s’appuyer sur un «financement stable et adéquat et pluriannuel, pas juste pour une année ou deux pour une petite initiative ici et là». Fédéral, provincial : «Chacun a son rôle à jouer», estime la responsable.

«Même si au niveau fédéral, on injecte des fonds pour développer une initiative […] c’est tout le monde qui doit en être conscient et travailler ensemble pour améliorer cette offre de service, cette qualité de service pour un accès à la justice en français, puis c’est aussi aux professions de travailler ensemble.»

«Il faut vraiment avoir une approche cohérente plutôt que d’y aller à la pièce ou de mettre juste comme un sparadrap sur un problème.»

Christiane Saad met aussi de l’avant l’idée d’un continuum dans le système d’éducation. «Ce n’est pas juste une profession de façon cloisonnée, mais […] au niveau des formations, de quelle manière on peut encourager les jeunes, avant d’arriver au postsecondaire, d’être sensibilisés aux professions qui existent.»

Le 10 mars en soirée, le chef intérimaire du Nouveau Parti démocratique (NPD) du Canada, Don Davies, a annoncé dans un message sur le site du parti qu’ils étaient «très déçus que Lori Idlout ait décidé de se joindre au caucus libéral».

«Mark Carney est notre premier premier ministre issu du Nord et, à ce moment charnière de notre histoire, je suis prête à travailler avec lui pour bâtir un avenir plus fort pour le Nunavut et pour tout le Canada», a déclaré Lori Idlout par écrit. Mark Carney est effectivement né aux Territoire du Nord-Ouest. 

Photo : CambridgeBayWeather – CC BY-SA 4.0

La députée représente le Nunavut au fédéral depuis 2021. Elle a devancé la candidate libérale par 41 voies en 2025.

«Après beaucoup de réflexion personnelle et les encouragements de ma communauté, de ma famille et de mes concitoyens, j’ai décidé de me joindre au caucus du gouvernement et de travailler aux côtés du premier ministre Mark Carney afin de bâtir l’avenir meilleur sur lequel comptent les Nunavummiut», explique Lori Idlout dans une déclaration publiée le lendemain sur le site du Parti libéral du Canada.

Elle se dit prête à travailler avec Mark Carney, même si elle a souvent critiqué le gouvernement libéral lors de ses déclarations dans la Chambre des communes.

Il s’agit de la quatrième défection au profit du Parti libéral en moins d’un an. Lori Idlout suit les traces des députés conservateurs Chris d’Entremont (Acadie–Annapolis en Nouvelle-Écosse), Michael Ma (Markham–Unionville en Ontario) et Matt Jeneroux (Edmonton Riverbend en Alberta).

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Geneviève Tellier a été surprise que Chris d’Entremont passe tout de suite au Parti libéral. «S’il siège comme indépendant, il dit : “je crois aux valeurs conservatrices, mais je n’aime pas le leadeurship actuel. Par contre, j’ai espoir que ça change un jour et je vais revenir au Parti conservateur”.» 

Photo : Courtoisie

Le choix de l’électorat

La population canadienne est divisée sur la question des transfuges. Un sondage en ligne de la firme Angus Reid dévoilait en 2018 que 42 % des répondants et répondantes croyaient qu’il ne devrait pas être permis de changer de parti politique en cours de mandat, tandis que 41 % déclaraient que la défection était acceptable.

Les critiques les plus sévères viennent souvent du parti politique abandonné. «On va leur dire [aux transfuges] qu’ils ont été élus sous la bannière conservatrice ou libérale. En changeant de parti, les électeurs n’ont pas voté pour ça», explique la professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier.

«Le contrargument, c’est que dans notre système parlementaire, on ne vote pas pour un parti, on vote pour un candidat. Le candidat, après, va choisir qui va former le gouvernement. Il y a des gens qui votent pour le candidat, puis il y a des gens qui votent pour le parti», ajoute la professeure.

Passer par l’indépendance

Une solution au mécontentement de l’électorat qui est couramment suggérée est celle de l’obligation de siéger à titre indépendant pendant un certain temps. Les personnes élues qui quittent un parti pour des raisons idéologiques le font parfois, comme Alain Rayes en 2022, lorsque Pierre Poilievre est devenu chef conservateur.

C’est entre autres la position du NPD, a rappelé Don Davies lors d’un court point de presse le 11 mars.

«Pour nous, la décision des électeurs à la boite de scrutin est un symbole sacré de confiance. Si des membres du Parlement veulent outrepasser cette décision, nous croyons qu’ils doivent retourner voir les électeurs, faire valoir leur point, et recevoir un nouveau mandat de leur part.»

Concernant la défection de Lori Idlout, il a lancé, en français, que c’était «une décision profondément antidémocratique».

La réélection est tout à fait possible

L’électorat ne tient pas toujours rigueur des changements d’allégeance quand un transfuge se présente à l’élection suivante. Scott Brison, autre député néoécossais, en est un bon exemple.

Il s’est fait élire en 1997 et 2000 sous la bannière conservatrice. Après la fusion du Parti progressiste-conservateur et de l’Alliance canadienne pour créer l’actuel Parti conservateur du Canada en 2003, Scott Brison a décidé de rejoindre le Parti libéral en affirmant que ce dernier reflétait davantage ses valeurs. Ce changement de camp ne l’a pas empêché d’être ensuite réélu comme libéral dans le comté de Kings–Hants à cinq reprises.

D’autres défections qui ont fait couler de l’encre n’ont pas entrainé de défaite par la suite. C’est le cas entre autres de Belinda Stronach, qui est passée des conservateurs aux libéraux en 2005. La libérale Leona Alleslev s’est jointe aux conservateurs en 2018 et a été réélue en 2019. Jenica Atwin, première élue du Parti vert au Nouveau-Brunswick, a joint le Parti libéral en 2021 et a été réélue la même année.

En quittant le Parti libéral pour entrer au Parti conservateur, David Emerson a créé plus de vagues en 2006. La circonscription de Vancouver Kingsway qu’il représentait a traditionnellement accordé plus de votes aux libéraux et aux néodémocrates. Alors, son passage au Parti conservateur a créé la surprise. 

En intégrant le parti dirigé par Stephen Harper, David Emerson a obtenu un poste de ministre. Le Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique a lancé une enquête. Il a finalement statué qu’aucune règle n’avait été enfreinte. David Emerson n’a pas tenté de se faire réélire en 2008.

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Entrée express a été créé en 2014 afin de réduire la file d’attente en immigration et répondre aux besoins de main-d’œuvre. En 2023, le ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a créé l’ensemble «Compétence linguistique en français» pour favoriser des candidatures francophones qui désirent s’établir à l’extérieur du Québec.

Depuis la création de ce volet, le nombre d’invitations envoyées à des locuteurs francophones pour déposer une demande de résidence permanente a rapidement augmenté.

La tendance à la hausse se poursuit pour le début de 2026. Alors que le nombre d’invitations pour une période donnée n’a pas dépassé 7500 en 2025 pour Compétence linguistique en français, 8500 invitations ont été envoyées le 6 février 2026.

Dans une réponse écrite, la conseillère en communications, Affaires publiques et communications stratégiques chez IRCC, Mary Rose Sabater, confirme que «le ministère prévoit que, pour 2026, au moins 30 % des invitations seront adressées à des candidats possédant de solides compétences en français».

Cette cible permet de «contribuer à l’atteinte des objectifs d’admission des francophones». Le Canada a légèrement dépassé sa cible de 8,5 % d’immigration francophone en 2025 pour atteindre 8,9 %. Les cibles pour 2026, 2027 et 2028 sont de 9 %, 9,5 % et 10,5 %.

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Comment fonctionne le Système de classement global (SCG)

La note finale reçue par les candidats et candidates dans le Système de classement global n’est pas déterminée par un test de compétence dans un domaine précis ou lié seulement à l’éducation. Il s’agit d’un calcul qui met de l’avant le capital humain.

Le capital humain, tel que défini en sociologie, comprend l’éducation, les connaissances, l’expertise, la famille, la culture, les langues parlées…

Des points sont attribués au dossier des demandes en fonction de l’âge, du niveau de scolarité, de l’expérience de travail, des connaissances des langues officielles du Canada, si de la famille est déjà présente au Canada, etc. Les mêmes caractéristiques chez les conjoints peuvent aussi donner quelques points.

La connaissance du français donne 50 points. En comité, un témoin a proposé d’en donner davantage – 100 ou 150 –, plutôt que de conserver une catégorie pour les francophones.

Scores ≠ compétences

Devant le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration du 9 février, le consultant en immigration canadienne, Steven J. Paolasini, a dénoncé l’utilisation d’Entrée express pour augmenter l’immigration francophone.

Pour l’avocat David Thomas, les niveaux d’immigration ont été trop élevés trop longtemps. «Et de plusieurs façons, le Canada ne s’est généralement pas donné une image de destination attirante.»

Photo : Courtoisie

Il constate que le score minimal au Système de classement global (SCG) pour que les francophones reçoivent une invitation est souvent inférieur aux scores des autres volets. De son point de vue, des personnes moins qualifiées prennent donc les places de personnes mieux qualifiées, surtout dans les STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques).

Une opinion partagée par l’avocat David Thomas, qui a longtemps travaillé dans le secteur de l’immigration. «Je comprends que l’idée du gouvernement est d’avoir plus de français au Canada, mais il le fait aux dépens de personnes qui pourraient avoir des habiletés de plus grandes importances pour le succès du Canada», explique-t-il en entrevue avec Francopresse.

Cependant, les SCG des différents volets d’Entrée express ne sont pas comparables, rappelle la professeure agrégée en géographie à l’Université d’Ottawa et spécialiste en immigration canadienne, Luisa Veronis.

«Est-ce que c’est normal d’évaluer les pays africains de la même manière que les pays européens ou d’une autre région du globe? Il y a des réalités socioéconomiques dans ces régions-là qui sont particulières», remarque Alain Dupuis de la FFCA. 

Photo : Courtoisie

«On compare des bassins différents. Donc, par rapport aux points [du SCG] et le fait [que les francophones] ont en moyenne 400 ou 422 points, ça ne veut pas dire qu’ils sont moins compétents. Ils sont quand même éduqués. C’est juste qu’ils ne sont peut-être pas des ingénieurs avec trois doctorats. C’est ça, la différence.»

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) rappelle que l’immigration francophone est en rattrapage, parce qu’elle a été désavantagée pendant des années.

«En effet, on observe que les pointages sont un peu plus bas que les autres candidatures. Mais à la base, le problème qu’on avait quand on n’atteignait pas les cibles, c’était justement parce que les candidatures francophones étaient en compétition avec l’ensemble du bassin d’Entrée express. Depuis 2023, ils ont fait des rondes de sélection où les francophones sont évalués entre eux», explique le directeur général de la FCFA, Alain Dupuis.

Il précise que les métiers visés pour les communautés francophones sont différents afin de combler des pénuries de main-d’œuvre plus spécifiques à la francophonie canadienne. Des métiers reliés à l’enseignement, à la petite-enfance, à la santé et au tourisme ont par exemple été ajoutés à la liste.

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Le nombre d’invitations influence la note minimale

En comparant des scores du SCG de quelques ensembles d’Entrée express au cours des six derniers mois de 2025, on note que le nombre d’invitations à une influence sur le score minimal pour recevoir une invitation à la résidence permanente. Plus le nombre d’invitations est élevé, plus la note minimale diminue.

En juillet, mois qui compte le plus petit nombre d’invitations pour Compétence linguistique en français, les scores sont plus élevés que pour la catégorie Santé et services sociaux, qui a plus d’invitations.

Si les notes dans la catégorie Candidats des provinces sont si élevées, c’est parce que chaque soumission reçoit automatiquement 600 points dans cette catégorie. Sans ces points, la note minimale de cette catégorie tombe sous toutes les autres.

Néanmoins, selon Luisa Veronis, comparer les pointages des ensembles est comme une «compétition entre des pommes et des oranges».

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Demande pour une autre solution

David Thomas se demande si la langue parlée est une priorité nécessaire dans Entrée express. «Ce n’est pas pour taper sur la tête des francophones, mais pour moi et d’autres, c’est peut-être une priorité mal placée quand le français en Colombie-Britannique n’est pas une compétence pour l’emploi. [Que feront] les personnes qui arrivent de l’étranger et qui n’ont pas beaucoup d’autres compétences que de parler français? Auront-elles du succès au Canada? Je crois que c’est une question légitime.»

«Je pense qu’il a des pistes de solutions dans les programmes pilotes» d’immigration, avance Luisa Veronis pour créer un système d’immigration séparé pour les francophones. 

Photo : Courtoisie – Université d’Ottawa

Aussi bien Alain Dupuis que Luisa Veronis ou Steven J. Paolasini préfèreraient voir un programme distinct pour l’immigration francophone.

«Ce n’est pas le bon outil, parce que c’est un système qui est fait pour sélectionner le capital humain, sélectionner les meilleurs candidats sur le plan de leur qualification comme travailleurs. Ce n’est pas fait en fait pour aller sélectionner les gens basés sur la langue. Et puis, l’immigration francophone a des objectifs linguistique et communautaire», explique Luisa Veronis.

«Ma position personnelle professionnelle, c’est que l’immigration francophone devrait avoir son propre système autonome» ajoute-t-elle.

La FCFA a répété cette demande au Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration.

«Il y a dans la politique d’immigration francophone d’IRCC, qui a été adoptée en janvier 2024, un engagement pour créer un programme d’immigration économique francophone distinct d’Entrée express. Et on demande que le gouvernement avance rapidement avec la mise en place de ce programme-là», indique Alain Dupuis en entrevue.

Le gouvernement veut que le Canada accueille un total de 385 000 personnes immigrantes en 2026 puis 370 000 les deux années suivantes. Même si un système spécifique pour l’immigration francophone était créé, les cibles de tous les autres programmes – plus de 200 selon Luisa Veronis – devraient être revues à la baisse.

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«Ignorance», «étonnement», «famille dysfonctionnelle», «asymétrique», «partenaire» : les participants et participants du micro-colloque «50 ans d’action et d’engagement de la FCFA du Canada : un regard québécois» n’ont pas manqué de qualificatifs pour désigner la relation qui lie les francophones du reste du Canada au Québec.

Autrement dit, «une ligne qui n’a pas toujours été droite, avec des moments de distance comme des moments de nouveaux élans de rapprochement», a résumé la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Liane Roy.

Disons-le, il y a eu des moments où nous n’étions pas sur la même longueur d’onde.

— Liane Roy

Un demi-siècle de mobilisation

En 1975, neuf associations francophones provinciales se dotent d’une voix nationale pour assurer la survie et le développement de leurs communautés : la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ).

L’organisme change de nom en 1991 pour devenir la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada.

Une exposition itinérante sillonne actuellement le pays pour mettre en lumière l’histoire de la Fédération, mais aussi ses défis actuels.

À lire aussi : «Se faire entendre» : retour sur 50 ans d’action de la FCFA pour la francophonie

Nationalisme et identités

«La réalité, c’est que tout a basculé dans les années 1960 […] Quand les Québécois sont devenus Québécois», s’est souvenu lors d’un panel Aurèle Thériault, directeur général de la FCFA de 1986 à 1991, faisant référence à l’émergence d’un nouveau nationalisme au Québec, qui mènera à la tenue des référendums de 1980 et de 1995.

«Avant ça, ils étaient Canadiens-Français. Nous, on était canadiens et français. On n’avait pas les mêmes parents, mais on habitait dans la même maison.»

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«Après 50 ans, y aura-t-il des retrouvailles?», a pour sa part interrogé Jean-Marc Fournier, ministre québécois responsable des Relations canadiennes et de la francophonie canadienne de 2014 à 2018, lors de sa conférence.

Il a mis en garde contre la «surenchère identitaire» de certains discours actuels au Québec, mais aussi ailleurs.

L’identité, ce n’est pas une appartenance unique, mais plurielle.

— Jean-Marc Fournier

L’ancien député plaide au contraire pour un rapprochement entre francophones, notamment dans un contexte mondial traversé par les conflits et les velléités des États-Unis voisins.

Le Canada bilingue représente à ses yeux une force, notamment sur le plan commercial et diplomatique. «L’Organisation internationale de la francophonie estime que la population francophone mondiale passera de 320 millions à 750 millions d’ici 2050. C’est demain.»

Alors qu’on nous menace d’un 51e état et que notre solidarité devant les décisions difficiles à venir sera sollicitée comme jamais, nous devrions saisir les avantages de la présence historique, fondatrice et actuelle du français au Canada […] La francophonie, ce n’est pas un problème, c’est un avantage.

Selon lui, le Québec devrait faire plus pour la francophonie canadienne, même si «des gestes ont été posés», et ne pas se contenter de regarder ailleurs, notamment quand il s’agit de langue française.

«Un tronc commun identitaire»

Tous se sont accordés sur le fait que l’affirmation des francophones et du fait français ne pouvait se faire sans l’une ou l’autre des parties prenantes.

Près de 11 millions de personnes parlent le français au Canada, dont 2,8 millions à l’extérieur du Québec.

«À Ottawa, un politicien québécois, peu importe son allégeance […], ne peut pas ignorer ou bouder les francophones du reste du pays», a souligné Manon Cornellier, correspondante parlementaire et éditorialiste à la retraite.

Elle prend l’image d’un tronc commun identitaire, autour duquel «chacun peut se développer à sa manière et créer des alliances et des solidarités qui peuvent permettre des fois de réconcilier certains intérêts».

C’est une relation du fond du cœur. C’est comme une famille. Le lien est là, on ne lâche pas d’autres membres.

— Manon Cornellier

Même quand il y a de l’incompréhension. Car cette relation présente un déséquilibre : les francophones hors Québec connaissent plus le Québec que l’inverse.

Parmi les jalons marquants, les intervenants et intervenantes ont cité la création de Mobilisation franco, une rencontre pour trouver des occasions de collaborations entre les deux francophonies. La 5e édition se déroulera à Ottawa les 4 et 5 mai prochains.

Rôle des médias

Les médias ont clairement leur rôle à jouer dans cette relation entre ces deux solitudes qui s’ignorent parfois, ont unanimement avancé les panélistes.

Les Québécois sont informés sur le reste du Canada – si on exclut Radio-Canada – presque uniquement par des traductions de la Canadian Press. Ça veut dire que les Québécois, en français, se font informer sur le reste du Canada par des anglophones.

— Manon Cornellier

Malgré quelques créneaux réservés aux actualités de la francophonie canadienne dans des émissions de Radio-Canada par exemple, cette actualité est souvent reléguée au second plan, voire à l’arrière-cour.

«La curiosité est là», observe Noémie Dansereau-Lavoie, ancienne commissaire à la langue française à la Ville de Montréal. Reste aux médias de créer des liens et des passerelles pour la cultiver.

Aurèle Thériault a de son côté rappelé l’importance des journaux locaux et des radios communautaires. Il a aussi cité les cours d’histoire comme moyens de sensibiliser et faire connaitre les différentes francophonies partout au pays.

Manque de données

Pour mieux connaitre les francophones en situation minoritaire, encore faudrait-il savoir qui et combien sont-ils. «Sur le plan de la recherche, c’est extrêmement difficile de gérer ça», remarque professeure adjointe au département de science politique de l’Université de Montréal, Evelyne Brie.

«J’ai fait beaucoup de sondages à travers le pays. J’essaie toujours d’avoir une surreprésentation des francophones, mais la réalité, c’est qu’on n’a juste pas assez de statistiques. Les erreurs standards de nos statistiques sont trop larges, on ne peut pas en arriver à des constats. C’est vraiment un élément de frustration important du côté de la recherche.»

Et l’universitaire d’ajouter : «Il y a vraiment un manquement dans la littérature scientifique en sciences politiques. Il y a un vide sur le plan technique.»

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Quid des 50 prochaines années?

La relation entre les deux solitudes a franchi un nouveau cap ces dernières années à travers les actions menées par l’ancienne ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel, et l’actuel ministre responsable de la Francophonie canadienne, Jean-François Roberge, estime Liane Roy.

«On a fait du chemin, mais il en reste beaucoup à faire», admet la présidente de la FCFA, qui rappelle que le Québec de 2026 est différent de celui de 1975, «toute comme nos communautés ne sont pas ce qu’elles étaient non plus».

À lire aussi : Québec et francophonie minoritaire : un rapprochement en vue?

«Les 50 années de la FCFA ont été marquées par l’affront, le combat, la résilience et, assez souvent, la correction des affronts», a retracé Jean-Marc Fournier. «Personne ne considère que la mission de la FCFA est achevée. Les francophonies du Canada devront continuer le combat.»

Pour lui, «il n’est pas trop tard», les francophones doivent notamment aller à la rencontre des «francophiles qui s’ignorent».

Le progrès réel, celui qui inverse durablement les tendances géolinguistiques, ne peut pas naitre de la division en camps majoritaires et minoritaires.

— Jean-Marc Fournier

Parmi les prochains chantiers à surveiller, les panélistes ont également cité l’économie – avec la possible fin des barrières commerciales entre provinces –, l’espace numérique, l’éducation, la vie associative, la culture et l’immigration, encore et toujours.

Sans oublier la mise en œuvre de la nouvelle Loi sur les Langues officielles, a conclu le directeur général de la FCFA, Alain Dupuis.

Il espère que, d’ici 50 ans, les générations futures de Québécois et de Québécoises ne diront plus «je ne savais pas que vous existiez» en parlant des francophones du reste du Canada.

Pour la journée internationale des femmes et des filles en science, on te propose de découvrir un balado en 5 épisodes qui met en lumière l’extraordinaire parcours de cinq femmes, qui ont, chacune à leur manière, transformé le visage des technologies tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Photo : Scientist-100 at English – Domaine public

Radia Pearlman, la femme derrière Internet

Radia Perlman est née en 1951 en Virginie, aux États-Unis. Très vite, elle se passionne pour les sciences, jusqu’à obtenir un doctorat en informatique du très prestigieux Massachusetts Institute of Technology, ou MIT, pour les intimes. Après ses études, elle commence à s’intéresser à la question des réseaux informatiques. Au fil de ses recherches, elle invente le «protocole Spanning tree», la base du fonctionnement en réseau qui a permis le développement d’internet. On appelle souvent Radia Perlman, ingénieure et conceptrice de logiciels, la «maman de l’Internet». Sans elle, tu ne pourrais sûrement pas être sur ce site en ce moment!


 

Photo : Cooper Hewitt – CC BY 3.0

Susan Kare, pionnière du design d’expérience

Susan Kare est une graphiste de génie! C’est elle qui a inventé et dessiné les premières icônes du Macintosh, puis de Windows. Aujourd’hui, ses créations sont non seulement toujours utilisées par des millions de personnes dans le monde, mais elles sont aussi exposées dans de grands musées, comme le MOMA, à New York !


 

Photo : Government Art Collection – Domaine Public

Ada Lovelace, la toute première programmeuse

Née à Londres, en Angleterre, au 19e siècle, Ada aimait dès son plus jeune âge les chiffres et les mathématiques. En grandissant, elle se découvre une passion pour les machines automatisées. Avec un autre inventeur, Charles Babbage, elle va développer une machine à calculer, que Charles a bien du mal à faire fonctionner. Ada crée alors, grâce à sa maîtrise des mathématiques, une recette qui leur permettra de faire marcher cette formidable invention. Un premier (grand) pas vers l’ordinateur que tu connais aujourd’hui!


 

Photo : James S. Davis – Domaine public

Grace Hopper, la reine du logiciel

Grace Hopper, qui est née au début du 20e siècle à New York, s’intéresse dès toute petite aux mathématiques et aux sciences. Enfant, la petite Grace est curieuse et douée : elle aurait démonté sept réveil-matin, simplement pour comprendre leur fonctionnement! Après ses études, Grace devient une enseignante aux méthodes inhabituelles. Elle entre ensuite dans l’armée pour prêter main forte à son pays en temps de guerre, et commence à faire des calculs en travaillant avec un ordinateur électromagnétique. Avec ses travaux et ses recherches, elle a révolutionné la science informatique : c’est en effet elle qui a découvert comment développer des langages conçus pour des ordinateurs! Et pour la petite histoire, c’est aussi elle qui a pour la première fois utilisé le mot «bug» pour désigner un problème informatique! On raconte que c’est à cause d’un insecte qui se serait coincé dans l’une de ses machines…


 

Photo : NASA, restaurée par Adam Cuerden – Domaine public

Katherine Johnson, mathématicienne pour la NASA

Katherine Johnson, née en 1918, est une physicienne, une mathématicienne et une ingénieure spatiale américaine qui a participé aux travaux de la NASA. Grâce à elle, de nombreuses missions spatiales, dont le vol Apollo 11 vers la Lune, ont été couronnées de succès. C’est aussi elle qui a calculé parmi les premiers plans pour une mission vers Mars! Katherine Johnson a eu 100 ans en 2018, tu imagines? Ces dernières années, des livres, et même un film, ont été créés pour raconter son histoire. Elle a même reçu la médaille présidentielle de la liberté des mains de l’ancien président des États-Unis, Barack Obama.

Pourquoi change-t-on l’heure?

Le changement d’heure existe depuis longtemps. Il a été instauré pendant la Première Guerre mondiale. L’objectif? Économiser de l’électricité et permettre aux gens de profiter davantage de la lumière du soleil pendant la journée.

u printemps, on avance donc l’horloge d’une heure pour passer à l’heure d’été. Le soleil se couche alors plus tard le soir.
En hiver, on revient à l’heure normale : le soleil se lève plus tôt et se couche aussi plus tôt. On profite de plus de lumière le matin, ce qui est bénéfique pour l’humain selon les spécialistes.

Mais aujourd’hui, plusieurs personnes se demandent si cette tradition est encore utile.

Image : As de l’info

C’est pour cette raison que le gouvernement de la Colombie-Britannique a décidé de poser la question à sa population.
En 2019, plus de 200 000 personnes et organisations ont participé à une consultation publique. Résultat? 93 % des participants ont dit qu’ils voulaient abolir le changement d’heure. Et le gouvernement a décidé de respecter la volonté des citoyens.

Après le 8 mars 2026, la Colombie-Britannique restera toujours à l’heure avancée du Pacifique, qu’on appelle aussi l’heure d’été.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, en a fait l’annonce le 2 mars dernier, lors d’une conférence de presse dans une école primaire. Il était entouré d’élèves pour l’occasion.

«Lorsque nous changeons l’heure deux fois par an, cela crée toutes sortes de problèmes. Les enfants se lèvent à la même heure, même si l’heure a changé. Les chiens se lèvent à la même heure, même si l’heure a changé. Les parents perdent du sommeil. Les enfants perdent du sommeil et même les personnes sans enfant perdent une heure de sommeil», a-t-il affirmé.

Ici, tu peux voir la réaction des enfants. Pour célébrer la nouvelle, ils sautent de joie en écoutant la chanson One More Time de Daft Punk! 🎉

Des réactions

Mais tout le monde n’est pas d’accord avec cette décision. La Société canadienne du sommeil recommande plutôt de garder l’heure normale toute l’année. Selon certains experts, la lumière matinale est très importante pour la santé.
En hiver, si on garde l’heure d’été, les enfants pourraient se lever et aller à l’école alors qu’il fait encore noir. Ils auraient donc moins de lumière naturelle au début de la journée.

Déjà au Yukon et en Saskatchewan

La province de la Saskatchewan ne change pas l’heure depuis plus de 100 ans! Ils aiment ça et ne pensent pas à changer d’idée.

En 2020, le territoire du Yukon a aussi arrêt de changer l’heure.

En Ontario, une loi a été adoptée en 2020 pour arrêter de changer l’heure, mais ils attendent que le Québec et l’État de New York, aux États-Unis, prennent la même décision.

La question a justement été posée au Québec. En 2024, le gouvernement québécois a demandé l’avis de la population sur le changement d’heure. 214 000 personnes ont répondu au sondage, et 91 % ont dit qu’elles aimeraient l’abolir.

Est-ce que cela veut dire que le Québec fera la même chose un jour? Pour l’instant, rien n’est décidé.

Et toi, préfères-tu avoir plus de lumière le matin ou le soir? Pourquoi?

«Quand j’ai commencé à jouer au hockey, à 8 ans, il n’y avait qu’une autre fille dans mon équipe. Maintenant, ils ont réussi à faire des programmes de filles seulement […] Ça a comme grandi avec moi», raconte Orlina A. Ménard, désormais âgée de 21 ans. La Franco-Yukonaise évolue maintenant dans la ligue de hockey féminin à Whitehorse.

C’est beau à voir. C’est excitant de voir tellement de jeunes qui s’y mettent et de voir tellement de personnes qui font en sorte qu’il y ait plus de filles qui commencent à jouer et qu’elles se sentent confortables dans le sport.

— Orlina A. Ménard

«Ça vient vraiment les chercher»

«Aujourd’hui, il y a beaucoup plus d’opportunités […] Si on regarde dans toute la région, on parle d’à peu près présentement 23 équipes de femmes qui jouent au hockey […] On voit que ça gagne de la popularité quand même assez vite», constate de son côté Catherine Paulin à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Elle a commencé à jouer à la ringuette en 8e année avant de se mettre au hockey, au secondaire. «Il n’y avait pas beaucoup d’équipes féminines à l’époque», rapporte la quarantenaire, qui entraine actuellement une équipe à l’école secondaire de sa fille.

À lire aussi : La ringuette, tout feu tout femmes

Au Manitoba, Chantal Young, 39 ans, originaire de Saint-Claude, «un petit village très hockey», fait le même constat.

Chantal Young est la directrice générale de Sports en français, à Winnipeg, au Manitoba. 

Photo : Courtoisie

«Il y avait quelques filles qui jouaient, l’ouverture était là, mais ce n’était pas très commun que les filles se joignent. Il y en avait dans les premiers niveaux, mais ensuite on voyait rarement des filles dans les équipes des garçons», se souvient Chantal Young, maintenant directrice générale de Sports en français. Elle s’est pour sa part tournée vers le patinage artistique.

Mère de deux filles, la responsable rappelle l’importance pour les jeunes d’avoir des modèles féminins. «Avec les Olympiques ces derniers jours, ça criait, ça criait, dit-elle en riant. J’entendais : “Maman, c’est Marie-Philippe [Poulin, la capitaine de l’équipe canadienne de hockey féminin, NDRL]!” Ça vient vraiment les chercher.»

Selon elle, la création de Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF), en 2023, a vraiment changé la donne : «Il y avait quand même des équipes féminines très fortes, mais on les voyait à chaque quatre ans. Là, avec toute la gang de la Ligue, la visibilité est là.»

Ses filles sont d’ailleurs très enthousiastes à l’idée d’assister au match de la LPHF, qui opposera la Victoire de Montréal et la Charge d’Ottawa, à Winnipeg le 22 mars.

On a hâte. Ce n’est pas juste aller voir les femmes jouer, mais aussi l’atmosphère; vivre l’expérience d’un aréna pleine de spectatrices qui encouragent d’autres femmes.

— Chantal Young

L’engouement se fait aussi ressentir au sein de la communauté franco-manitobaine. Le Collège Louis-Riel a, depuis la rentrée 2025, une équipe de hockey féminin composée de jeunes de la 9e à la 12e année. «L’intérêt est là», assure Chantal Young.

Même les détails comptent, rappelle Catherine Paulin. Elle cite les paquets de cartes vendus chez Tim Hortons. «Avant, il y avait une ou deux cartes de joueuses de hockey, tandis que là, il y en a beaucoup plus. Juste avec des choses comme ça, on voit qu’il y a quand même un pas d’en avant.»

Les gens commencent à connaitre les noms des athlètes olympiennes, ce n’était pas le cas. Puis beaucoup d’hommes ont regardé le hockey féminin aussi, pas seulement les femmes.

— Catherine Paulin

À lire aussi : La LPHF, lueur d’espoir pour le sport féminin canadien (Chronique)

Changement de mentalité

«Quand j’ai commencé à jouer avec les gars en compétition en France, c’était compliqué, témoigne Aurélie Donnini. Il ne me faisait pas confiance parce que j’étais la fille. Je pense que maintenant, les mentalités changent». Cela fait deux ans et demi que cette francophone de 36 ans a posé ses patins à Whitehorse, au Yukon.

La gardienne de but cite l’une de ses coéquipières, en France, qui disait se faire passer pour un garçon à ses débuts, «parce que le hockey sur glace, c’était que des hommes».

Avant de s’établir au Yukon, Aurélie Donnini a joué en France, en Espagne et en Islande. 

Photo : Courtoisie

«Ici, je n’ai eu aucun problème à m’intégrer chez les hommes, alors qu’ils ne connaissaient pas du tout mon niveau et ne savaient pas qui j’étais, poursuit-elle. Il y a moins ce sexisme. Les gens sont plus ouverts parce qu’ils reconnaissent que les femmes sont tout à fait capables d’avoir un niveau pour challenger les hommes.»

La ligue féminine de Whitehorse compte aujourd’hui 10 équipes. «Il y a des joueuses sur liste d’attente, ça se remplit très, très vite», observe-t-elle.

À lire ailleurs : Faire grandir le hockey féminin, un tir à la fois (L’Aurore boréale)

Prêt d’équipement et service de garde

À Clare, en Nouvelle-Écosse, un nouveau programme communautaire propose des séances d’initiation au hockey pour les femmes.

«On avait vu qu’il y avait de la demande. On a été approché par certaines personnes parce qu’on fait des séances pour les plus jeunes. Quelques mamans nous avaient dit que ce serait le fun de faire ça pour des femmes aussi», partage la responsable du projet et agente de communication à la Municipalité de Clare, Anique Dugas.

Pour faciliter la pratique, les séances sont gratuites et des bénévoles assurent un service de garde pour les enfants.

Un des obstacles qu’on avait identifiés, c’était le fait que l’équipement de hockey, c’est cher. Puis surtout, on ne sait même pas si on va aimer ça ou pas. Donc c’est parfois difficile de faire l’investissement.

— Anique Dugas

C’est pourquoi elle a mis en place un système de prêt de matériel grâce à des contacts personnels, en attendant l’obtention de financement pour acheter des équipements permanents.

Les séances d’entrainement ont été conçues de manière progressive : d’abord les bases, comment tomber, se relever, s’arrêter, puis les lancers, les passes, le positionnement, avant de mettre tout cela en pratique lord d’un match.

«La plupart des femmes sont des débutantes qui n’avaient jamais joué. Certaines n’avaient même jamais patiné. Donc on voulait commencer par la base et puis continuer à développer», explique la responsable.

Le programme enregistre déjà 44 inscriptions, avec 20 à 25 participantes par séance. «On a eu du retour super positif. Les participantes adorent venir et sont vraiment fières d’avoir l’opportunité de pouvoir apprendre.» Elle espère que ce projet fera des vagues «un petit peu partout».

Quand elle était jeune, elle devait se rendre à une heure et quarante minutes de chez elle pour jouer sur la glace. «Puis là, maintenant, on voit que le jeu, même de façon locale, est beaucoup plus développé», se réjouit-elle.

À lire ailleurs : Un programme de hockey à Clare initie les mères aux joies de la glace (Le Courrier de la Nouvelle-Écosse)

Au-delà du jeu, une communauté

«Quand j’ai commencé à jouer, je ne parlais pas vraiment en anglais. J’étais l’une des seules francophones sur la glace, sinon la seule», indique Orlina A. Ménard.

Aujourd’hui, la langue de Molière se fait davantage entendre sur les glaces du Yukon. «C’est plus le fun, il y a un petit quelque chose, c’est un petit peu plus spécial d’avoir des interactions en français. Même si pas toute mon équipe est francophone, il y a assez de francophones pour être capable de parler en français sur le banc. Ça ajoute de la positivité.»

Catherine Paulin réside à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Courtoisie

Au-delà du jeu et de la compétition, les femmes aiment avant tout retrouver sur la glace une «communauté», relève Catherine Paulin.

«C’est pas seulement juste du hockey une fois par semaine; c’est une activité la fin de semaine, c’est l’été où on se rassemble, c’est quand il y a un décès dans la famille d’une membre de l’équipe, on est plusieurs à venir. C’est quand quelqu’un a une mauvaise nouvelle, on est plusieurs à apporter du soutien. C’est quelqu’un qui ne peut pas payer son enregistrement cette année, on est là.»

Un sentiment d’appartenance qui n’a pas de langue. Francos, anglos : «La beauté du hockey, c’est que quand on arrive sur la glace, on est tous égaux. Peu importe d’où on vient, quelle carrière on a, ou notre statut économique, social», souligne-t-elle.

«C’est sûr que quand on est des francophones parsemés à travers l’équipe, on crée des liens naturellement à travers la langue, à travers notre culture, vu qu’on est une minorité. Par contre, je ne pense pas qu’on recherche nécessairement ça.»

«On est quand même loin de la parité»

Néanmoins, toutes s’accordent à dire que le match est loin d’être gagné. «On est quand même loin de la parité, nuance Catherine Paulin. Il y a beaucoup d’hommes qui sont coachs d’équipes de femmes ou d’équipes de filles.»

«Il y a encore dans ce monde-là beaucoup de réticence par rapport à des femmes qui coachent et une inégalité par rapport à la perception du coach femme par rapport au coach homme», estime la Néobrunswickoise.

Elle évoque des stéréotypes – dépassés à ses yeux –, comme celui d’un coach masculin qui devrait être sévère, strict et hausser la voix pour imposer son autorité. «On a encore cette sorte d’environnement toxique là.»

Or, selon Catherine Paulin, c’est la représentation qui fait la différence.

Si les filles ne voient pas des coachs femmes, comment est-ce qu’elles peuvent se voir dans ce rôle-là?

— Catherine Paulin

La LPHF et les Jeux olympiques d’hiver sont autant de vitrines pour faire rayonner davantage le hockey féminin. «On a vu beaucoup les matchs des femmes, on les a entendus à la radio. Plus qu’on peut voir ça, plus qu’on va voir les filles et les femmes trouver leur place dans ce monde-là», croit-elle.

«Il y a quand même un petit changement, mais je pense que le changement est quand même lent. Ça a pris tant de temps pour avoir une ligue nationale, c’est quand même dommage parce qu’il y a des générations de filles qui auraient pu être passionnées par le hockey plus tôt.»

«Il y a très peu de joueuses qui sont payées assez pour vivre de ça. Ce n’est pas une réalité dans le monde du hockey masculin», ajoute Orlina A. Ménard. Une inégalité qui se retrouve d’après elle dans le sport féminin en général.

Même si le chemin est encore long, la Franco-Yukonaise se veut confiante : «C’est comme ça que l’on continue à avancer, en focussant sur ce qui est positif au lieu de regarder ce qu’il reste à faire.»

FRANCOPHONIE

Dans une étude dévoilée mercredi, le Réseau de développement économique et d’employabilité du Canada (RDÉE Canada) et la Société Santé en français (SSF) tirent la sonnette d’alarme.

«Sans intervention structurée, l’accès aux soins en français dans les communautés francophones et acadienne en situation minoritaire risque de se fragiliser davantage au cours de la prochaine décennie», déclarent-ils dans un communiqué.

Un constat sans équivoque : Les auteurs de l’étude évoquent une «tempête parfaite», avec la convergence de plusieurs phénomènes, dont le vieillissement accéléré de la main-d’œuvre et des barrières administratives qui freinent l’intégration des professionnels issus de l’immigration.

Selon leurs projections, à l’horizon 2035, les départs à la retraite ne pourront être compensés par la formation locale seule. «L’écart entre les besoins et les effectifs disponibles continuera de se creuser, créant un déficit structurel qui met directement en jeu la sécurité et la qualité des soins en français», alertent-ils.

«Il revient aux gouvernements provinciaux et fédéral de créer les incitatifs nécessaires pour que la mutualisation des ressources devienne la norme», peut-on lire dans le rapport. L’étude préconise aussi la mise en place d’un cadre de gouvernance multilatéral qui inclut les gouvernements, les ordres professionnels et une représentation communautaire.

À lire aussi : Accès aux soins en français : les francophones saluent un rapport du Sénat

Kelly Burke entrera en poste le 30 mars comme commissaire aux langues officielles. 

Photo : Capture d’écran – CPAC

Le bureau du premier ministre Mark Carney a confirmé que la nouvelle commissaire aux langues officielles du Canada, l’avocate franco-ontarienne Kelly Burke, entrera en poste le 30 mars, plus d’un mois après l’approbation de sa nomination par la Chambre des communes.

Elle prendra les rênes du Commissariat après que la Cour suprême du Canada aura entendu les différents arguments dans la contestation de la Loi sur la laïcité de l’État du Québec par la Commission scolaire English-Montréal. Le Commissariat est un intervenant dans cette cause et l’argumentaire a été préparé sous la direction du précédent commissaire, Raymond Théberge.

À lire aussi : Kelly Burke «coche toutes les cases» pour être commissaire aux langues officielles

CANADA

«Puisque le poste de directeur parlementaire du budget n’est pas pourvu actuellement, le Bureau du directeur parlementaire du budget ne publiera pas de nouveaux rapports ou n’acceptera de nouvelles demandes de la part des parlementaires.»

Ce message est affiché depuis mardi sur le site Web du Bureau. Jason Jacques était en poste de façon intérimaire depuis septembre 2025, lorsque Yves Giroux a pris sa retraite.

Un mandat par intérim doit être renouvelé tous les six mois et celui de Jason Jacques est arrivé à échéance le 2 mars.

Des nominations à la traine : C’est le bureau du premier ministre qui doit chercher et nommer le directeur parlementaire du budget. Mark Carney fait donc face à des critiques pour la lenteur du processus, pourtant enclenché en novembre. Rappelons que le mandat du commissaire aux langues officielles sortant, Raymond Théberge, avait été renouvelé deux fois avant que Kelly Burke soit nommée.

Le budget 2026-2027 de CBC/Radio-Canada pourrait être amputé de 192 millions de dollars, selon un communiqué du diffuseur public obtenu par The Wire Report.

Fin des suppléments : La réduction proviendrait du non-renouvèlement de deux investissements fait au cours des dernières années; un de 42 millions et un autre de 150 millions. Ce dernier montant a été promis pendant la campagne électorale de 2025 par Mark Carney. Le gouvernement avait précisé dès le départ que cet investissement serait pour une année seulement.

À lire aussi : «Presque impossible» de sabrer le financement de CBC sans nuire à Radio-Canada en milieu minoritaire

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INTERNATIONAL

Le samedi 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre la République islamique d’Iran. La raison principale donnée par l’administration Trump est la crainte que l’Iran continuait de développer son programme nucléaire.

Le guide suprême de l’Iran, Ali Khamenei, a été tué avec plusieurs de ses proches conseillers dès les premiers tirs de missiles américains et israéliens.

Photo : Khamenei.ir – CC-BY-NC-ND4

L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran, est mort dans l’une de ces frappes. En place depuis 1989, il a, entre autres, ordonné la répression violente des manifestations populaires de janvier, qui auraient tué plus de 30 000 civils en Iran.

Le premier ministre du Canada a affirmé samedi dans un communiqué qu’il appuyait «les mesures prises par les États-Unis».

Position difficile : Une position controversée, notamment à cause du nombre de civils tués. Plus de 1000 personnes auraient été tués, incluant des enfants, selon le décompte de la Human Rights Activists News Agency.

Le gouvernement Carney fait notamment face à des critiques pour son approbation de cette opération américaine et israélienne contre l’Iran, jugée contraire aux règles de l’Organisation des Nations unies (ONU). Le premier ministre avait pourtant réaffirmé son attachement au respect du droit international et à l’interdiction du recours à la force, sauf en cas de légitime défense ou avec l’aval du Conseil de sécurité.

«Regrets» : Le premier ministre a affirmé mardi que son gouvernement soutenait les objectifs de l’attaque avec «regret» et qu’Israël et les États-Unis avaient agi sans consulter l’ONU. Pour justifier son soutien, il a invoqué la volonté de mettre fin au programme nucléaire iranien et au «terrorisme» que Téhéran commandite depuis «des décennies», tout en rappelant la primauté du droit international.

Le premier ministre Carney n’exclut pas une participation militaire du Canada si des pays alliés le demandent – comme les membres de l’OTAN –, mais il souhaite avant tout une désescalade.

Mark Carney était en mission économique de l’autre côté de l’océan Pacifique cette semaine.

Accord énergétique avec l’Inde : Il a rencontré en début de semaine le premier ministre indien, Narendra Modi. Ils ont conclu un accord de partenariat économique afin de faire passer le commerce bilatéral à 70 milliards de dollars d’ici 2030.

Ils ont aussi annoncé un nouveau partenariat stratégique en matière d’énergie, qui couvre l’uranium, le lithium, le gaz naturel liquéfié, les énergies propres et des protocoles d’entente sur les minéraux critiques.

Les deux pays ont aussi lancé une stratégie bilatérale sur les talents et l’innovation, qui augmenter les échanges entre les universités des deux pays.

Investissements australiens : De passage en Australie mercredi et jeudi, les discussions ont aussi porté sur les énergies propres, les minéraux critiques, la défense et l’intelligence artificielle.

Mark Carney et le premier ministre australien, Anthony Albanese, encouragent aussi la collaboration croissante entre les fonds de pension canadiens et les caisses de retraite australiennes pour des investissements dans des projets d’intérêt national.

Un protocole d’entente sur la collaboration dans le développement de technologie d’intelligence artificielle entre le Canada, l’Inde et l’Australie a aussi été annoncé.

Un certificat de compétence linguistique a été imposé par Service correctionnel du Canada (SCC) et de fait, Bridges of Canada, l’entreprise sous-traitante qui emploie les aumôniers du Québec et du Nouveau-Brunswick. Le test n’est toutefois pas exigé dans les autres provinces et territoires du Canada.

Ce test doit évaluer les compétences orales des aumôniers dans leur deuxième langue parlée, soit l’anglais pour les francophones ou le français pour les anglophones.

C’est ce qu’indique l’entreprise, dans un courrier envoyé à ses employés le 2 février, dont Francopresse a obtenu copie.

Les personnes qui ne remettent pas de certificat de compétence «pourraient ne pas être en mesure de conserver leur poste et ne seront pas admissibles aux rappels», peut-on lire, dans la communication.

À lire aussi : Prisons canadiennes : peu de données sur les droits linguistiques

Un contrat national aux effets «inéquitables»

Dans un courriel à Francopresse, le Service correctionnel du Canada (SCC) affirme que la «commande nationale» qui lui permet de maintenir ses services d’aumônerie a été placée en 2022 – avant la modernisation de la Loi sur les langues officielles. 

À ce moment-là, «il a été décidé que les ressources de l’entrepreneur devaient être en mesure de fournir des services bilingues (en anglais et en français) aux délinquants du Québec et du Nouveau‑Brunswick», indique l’agence fédérale.

Cette dernière ne nie pas que l’exigence explicite du bilinguisme est située au Québec et au Nouveau-Brunswick, mais pas dans les autres provinces. Rien n’est mentionné sur la menace de révocation des aumôniers concernés.

Dans son courriel, l’agence fédérale affirme travailler «avec diligence» pour offrir des services en français dans toutes les régions du Canada, mais ne dit pas explicitement comment ni s’ils prévoient imposer la même exigence aux aumôniers qui officient dans les 11 autres provinces et territoires.

Un nouveau «processus concurrentiel» devrait être enclenchée en 2026-2027 pour choisir le prestataire de services pour les années à venir, a simplement indiqué les communications du SCC.

«Pour les francophones en dehors du Québec, on n’exige pas que les aumôniers fournissent des services dans leur langue, alors qu’on le fait pour les anglophones au Québec et au Nouveau-Brunswick.»

— Un aumônier employé par le SCC via Bridges of Canada, qui n’a pas souhaité être identifié

Le député conservateur de Portneuf–Jacques-Cartier, au Québec, attend une réponse des ministres de la Sécurité publique, des Langues officielles et du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada.

Courtoisie

Saisi du dossier, Joël Godin, le député porte-parole des Langues officielles au Parti conservateur du Canada (PCC), déplore que «cela montre le laxisme du gouvernement en place de réajuster des commandes qui ont été placées avant la nouvelle Loi sur les Langues officielles. Il faut annuler et corriger les commandes du passé, les réviser en conformité avec la nouvelle loi et que le gouvernement décide de les appliquer maintenant.»

Le député de Portneuf–Jacques-Cartier a aussi fustigé une situation «inéquitable envers les détenus francophones qui se trouvent en dehors des deux provinces citées».

Joël Godin a également écrit aux ministres de la Sécurité publique et des Langues officielles ainsi qu’au président du Conseil du Trésor.

Dans la missive que Francopresse a pu consulter, le député québécois demande une explication «de la situation» et de la disparité entre les «régions touchées» par l’exigence du test linguistique.

Sollicité également par Francopresse, aucun des trois ministères n’a répondu à nos demandes de commentaires.

Test inutile

Pour la majorité des aumôniers du Québec et de certaines régions du Nouveau-Brunswick, la première langue est le français. Les francophones sont donc majoritairement visés par le mémo.

D’après l’aumônier anonyme, «les trois quarts des employés de Bridges of Canada sont unilingues anglophones».

Pour cette personne, le test n’est pas nécessaire, car «il y a toujours au moins un des aumôniers de différentes religions qui est bilingue».

Il estime que le test a été exigé pour l’année 2026-2027 après le dépôt d’une plainte par un détenu anglophone qui n’aurait pas eu de service dans sa langue.

«Il faut que tu saches que c’est l’anglais qui est la langue au Canada»

L’employé a exprimé son incompréhension, mais n’a pas eu de réponse satisfaisante.

Et affirme de fait avoir ressenti une «inégalité» avec les autres régions du Canada à majorité anglophone, où le test n’a pas été exigé. D’autres collègues ont exprimé les mêmes frustrations.

Cette personne se sent peu appréciée : «Même pour ceux qui sont là, soudainement, ils sont obligés de passer ce test. Et pour moi, c’est comme une insulte pour la francophonie. On est encore considérés comme moins que rien. Et ça, c’est désagréable pour des personnes d’un certain âge qui n’ont pas grandi dans un milieu aussi anglophone qu’actuellement.»

L’aumônier voit aussi un manque de considération pour les aumôniers employés depuis longtemps.

«S’ils nous avaient dit que le test devait être passé partout au Canada, par les futurs aumôniers, on [aurait mieux] accepté. Et ç’aurait été une reconnaissance pour les aumôniers déjà recrutés que s’ils sont là depuis tant d’années, c’est qu’ils font bien leur travail.»

Dans une conversation avec un collègue de l’Ouest, l’aumônier anonyme s’est fait dire : «Il faut que tu saches que c’est l’anglais qui est la langue au Canada.»

«Je m’excuse?» s’est-il outré en entrevue. «Si l’Ouest perçoit ça comme ça, ça veut dire que beaucoup de Canadiens perçoivent que c’est l’anglais, la langue du Canada.»

À lire aussi : Incapables de travailler dans leur langue, des fonctionnaires quittent