le Lundi 1 juin 2026

L’avant-projet de règlement sur la partie VII de la Loi sur les langues officielles (LLO) était attendu au tournant : les communautés francophones en situation minoritaire espéraient y voir des mesures positives bien définies.

Déposée le 9 décembre dernier par le Secrétariat du Conseil du Trésor (SCT), cette ébauche de règlement a toutefois fait l’objet de plusieurs critiques en raison du manque de mordant de ces mesures et autres définitions qui aideraient concrètement les communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM) à s’épanouir au même titre que la majorité linguistique, avec les mêmes droits.

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Rétablissement des mesures positives

Les mesures positives sont des actions prises par le gouvernement pour faire respecter les deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais, à se développer en contexte minoritaire.

Pour les francophones vivant hors Québec, il s’agirait par exemple de financer des écoles dans leur langue ou de soutenir l’offre de services en français.

En début d’année, lors de témoignages aux deux comités des langues officielles (Chambre des communes et Sénat), les fonctionnaires avaient affirmé aux parlementaires qu’ils ne pouvaient pas inclure de définitions des mesures positives ni «imposer» des clauses linguistiques dans les ententes entre le fédéral et les provinces/territoires.

«Vous répétez des parties de la Loi, mais vous ne clarifiez pas [le règlement, NDLR]», leur avait alors reproché le député du Bloc québécois, Mario Beaulieu, le 12 février.

Dans leur rapport remis aux Communes, les députés font des demandes claires. Ils exigent de tenir des consultations avec l’objectif de prendre ce type de mesures; que les institutions fédérales et autres entités assujetties à la LLO en proposent elles-mêmes; et que ces mesures doivent être le résultat d’une analyse différenciée en langues officielles, soient adaptées aux besoins des communautés francophones, qui sont toutes différentes, avec des besoins différents à travers le pays.

Ces mesures doivent notamment produire un «un effet réel et mesurable sur l’épanouissement et le développement des minorités de langues officielles, la reconnaissance et l’usage du français et de l’anglais partout au Canada, la protection et la promotion du français, ainsi que l’apprentissage dans la langue de la minorité […]», indique le document.

Clauses linguistiques…

L’un des autres points phares du rapport exige que les institutions fédérales impliquées dans un accord entre le gouvernement fédéral et une province ou un territoire divulguent aux autres ordres de gouvernement les clauses linguistiques qu’elles ont proposées dans l’entente.

Les députés somment aussi le SCT de commander à ces institutions fédérales d’inclure les démarches à entreprendre si ces clauses ne sont pas respectées.

C’était d’ailleurs un point d’achoppement entre les différents paliers de gouvernement et les conseils scolaires ou organismes francophones lors de la conclusion d’accords sur les garderies en 2024 et lors d’accord pour la construction d’écoles en français, en Colombie-Britannique.

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Un énoncé de l’objectif du règlement – qui manque à l’appel dans la version actuelle – doit être noté pour rappeler trois objectifs qui fondent l’importante partie VII de la LLO : l’épanouissement et du développement des communautés de langue officielle, attaché à la promotion de l’usage des deux langues officielles dans la société canadienne; la protection et la promotion de la langue française dans chaque province et territoire et les engagements envers l’apprentissage dans la langue de la minorité.

…et plan d’action clair

Pour s’assurer que le SCT tienne ses engagements, les députés ont également fait valoir la nécessité de la mise en œuvre d’un plan d’action spécialement dédié à la partie VII de la Loi.

Plus concrètement, ce plan aurait des objectifs liés à l’ensemble des engagements prévus par cette partie, les mesures positives envisagées pour les atteindre, les indicateurs de rendement permettant d’en évaluer les résultats ainsi que les mécanismes de reddition de comptes.

Ce plan devrait être publié sur les sites Web des institutions, transmis au Secrétariat du Conseil du Trésor dans le cadre des bilans sur les langues officielles et évalués périodiquement par ce ministère, avance le rapport, dans sa 4e recommandation.

L’une des autres nombreuses critiques visait le manque de suivi des obligations des ministères et institutions fédérales par le SCT – reproché par le Commissariat aux langues officielles (CLO) lui-même – et le manque d’évaluation d’impact pour les CLOSM.

Au lieu d’une révision du règlement tous les 10 ans, les députés du comité des langues officielles préconisent au gouvernement de le revoir tous les 5 ans.

Le Bloc québécois pas entièrement d’accord

Selon le Bloc Québécois, le rapport contient des éléments symétriques qui suggèrent que la communauté anglophone au Québec a besoin d’un soutien similaire à celui des minorités francophones hors Québec, et que les communautés francophones et acadiennes sont confrontées à des difficultés sans commune mesure avec celles des Anglo-Québécois, notamment au Québec, où l’anglais est en nette progression tandis que le français est en déclin rapide, selon le député Mario Beaulieu.

Ce dernier propose d’inclure que l’objectif du règlement est de développer une procédure pour que des mesures positives soient également prises pour le français au Québec.

Le Bloc Québécois souligne également l’importance de la recommandation 5 (évaluation de mi-parcours) pour réaligner le plan d’action 2023-2028, qu’il estime non conforme à la Loi sur les langues officielles car il ne contient aucune mesure positive pour le français au Québec.

Des festivaliers participent au festival Back to Batoche depuis plus de 50 ans! 

Photo : Page Facebook Back to Batoche

Le festival Back to Batoche est un événement de quatre jours où on célèbre la culture métisse. Il a lieu… à Batoche, en Saskatchewan, depuis plus de 50 ans. Au programme? Danse, musique, contes et arts traditionnels!

Cette année, pas besoin de te rendre en Saskatchewan pour prendre part aux festivités : tu pourras les découvrir directement dans Roblox.

«Les gens qui n’auront pas la chance de se rendre à Batoche auront l’occasion d’amener Batoche vers eux. C’est une partie de l’expérience, pour qu’ils puissent la vivre à leur manière», a expliqué Andrea Fiss, directrice des sports et de l’éducation de la petite enfance de la Nation métisse de la Saskatchewan, à Radio-Canada.

Jouer et célébrer… sans quitter la maison!

Le festival a collaboré avec Maskwa Games, un studio qui crée des jeux vidéos. Ce sont eux qui se sont occupés de construire cette version virtuelle de Back to Batoche dans Roblox. 

Dans le jeu vidéo, il y aura plusieurs activités inspirées du vrai festival.

Par exemple, les joueurs pourront visiter un espace pour enfants, participer à des courses de chevaux ou s’essayer au lancer de haches. Ils pourront aussi discuter et se déplacer ensemble dans l’univers virtuel.

Et à Batoche, des tablettes électroniques seront prêtées aux visiteurs du festival pour leur permettre d’essayer le jeu.

Apprendre une langue en jouant

Le projet veut aussi aider à faire connaître le mitchif, une langue parlée par plusieurs Métis.

Le mitchif mélange surtout le français et des langues autochtones. Aujourd’hui, peu de personnes le parlent encore. Dans le jeu, les joueurs pourront apprendre certains mots en mitchif.

Avant sa sortie officielle, le jeu sera testé par de jeunes adultes de la Nation métisse de la Saskatchewan. Et toi, tu pourras le visiter du 14 au 19 juillet!

Et toi, si tu pouvais créer ton propre festival, qu’est-ce qu’on y célébrerait?

Sources : Radio-Canada, Nation métisse de la Saskatchewan

Pierre Leibovici. 

Photo : Courtoisie

As de l’Info : Bonjour Pierre! Quel type de journalisme faites-vous?

Pierre : Dans notre média, qui s’appelle Disclose, on examine les grandes marques qui ont du succès, pour voir s’il y a anguille sous roche. On pense que c’est notre rôle de journaliste d’aller vérifier si les promesses se vérifient dans la réalité.

C’est ce qui vous a poussé à enquêter sur Décathlon?

Oui. Avec des collègues d’une émission de télé, on a voulu savoir ce qui se cachait derrière l’étiquette «Fabriqué en Chine» des produits textiles Décathlon, comme les vêtements et les chaussures. En 2025, Décathlon travaillait avec plus de 1300 usines dans le monde, dont 400 en Chine. Comment les employés sont-ils traités là-bas? 

Dans votre reportage, vous dites avoir découvert des pratiques qui ressemblent à de l’«esclavage moderne» dans certaines usines. De quoi parlez-vous exactement?

En général, Décathlon choisit les usines qui payent les salaires les plus bas. Au Bangladesh, on a pu voir des adolescents qui travaillaient dans des ateliers de fabrication de chaussures pour Décathlon, sous le salaire minimum. C’est légal dans ce pays, mais pas en France ou au Canada.

L’enquête de Pierre a révélé qu’au Bangladesh, des ouvriers ont reçu moins de 80 $ par semaine. Pour une paire de chaussures vendue 40 $ en magasin, l’ouvrier n’a gagné que 4,50 $.

En Chine, on a aussi trouvé une enfant de 12 ans qui travaillait dans une usine avec sa mère. Selon Décathlon, elle était là exceptionnellement, parce qu’elle ne pouvait pas se faire garder. Mais une de nos vidéos la montre en train de nouer des boutons sur un polo vendu par Décathlon. 

Parlant de la Chine, vous affirmez qu’on y trouve du travail forcé. Qu’est-ce que c’est?

Je me suis rendu compte qu’une usine avec qui Décathlon a fait affaire embauche beaucoup de Ouïghours. Il s’agit d’un peuple musulman qui vit énormément d’oppression de la part du gouvernement chinois. La Chine essaie depuis plusieurs années d’effacer cette culture. Une de ses méthodes : faire travailler des paysans ouïghours dans des usines textiles. Parce que c’est loin de leur maison, ça divise les familles et ça les éloigne de leur culture, leur identité. On appelle ça du travail forcé, parce qu’il y a une menace claire s’ils n’acceptent pas de travailler. 

On a même appris que le gouvernement chinois paye une des usines qui a fabriqué des produits Décathlon pour recruter des travailleurs ouïghours! C’est très dérangeant.

Est-ce que Décathlon était au courant que cette usine est payée pour embaucher des Ouïghours?

Décathlon dit, sans le prouver, n’avoir jamais travaillé avec cette usine et que, selon ses vérifications, il n’y a aucun cas de travail forcé dans ces usines. L’entreprise a quand même affirmé avoir amélioré certaines conditions, comme le temps de travail et le salaire.

Mais vous, vous avez des preuves! Comment avez-vous réalisé ces reportages?

On a vraiment utilisé toutes les méthodes possibles! Par exemple, j’ai regardé des dizaines d’heures de vidéos TikTok d’ouvriers et d’ouvrières qui se filment à l’intérieur des usines. J’ai pu confirmer qu’on y a fabriqué des produits Décathlon.

Dans un autre pays, au Bangladesh, des alliés sur le terrain sont entrés dans des usines avec des caméras cachées. On a aussi pu voir des ouvriers qui manipulaient des produits potentiellement dangereux sans protection. 

Et puis, à force d’enquêter, je me suis fait des contacts qui ont pu m’envoyer des documents confidentiels de Décathlon. 

L’enquête de Pierre et de ses collègues a fait beaucoup jaser, en France et même à l’international. Comment a réagi l’entreprise? Est-ce que les révélations des journalistes l’ont poussée à améliorer ses pratiques? Découvre-le dans la suite!

Et toi, cher As, si tu étais journaliste, sur quel sujet voudrais-tu enquêter?

Parler à une IA comme à une amie… pourquoi?

Les intelligences artificielles sont conçues pour répondre rapidement et gentiment aux questions qu’on leur pose. Contrairement aux humains, elles ne se fatiguent pas, ne se moquent pas et ne disent pas : «Je n’ai pas le temps». D’ailleurs, certains n’ont pas de famille ou d’amis à qui parler. Dans ces moments-là, discuter avec une IA peut leur donner l’impression d’être écoutés et compris.

 Parfois, discuter avec une IA peut même aider quelqu’un à se calmer ou à réfléchir à un problème. Par exemple, un élève stressé avant un examen pourrait demander des conseils pour mieux étudier ou pour gérer son stress. L’IA peut aussi proposer des idées d’activités, expliquer des notions ou répondre à des questions difficiles.

Pour certaines personnes, parler à une IA semble moins intimidant que de parler à un humain. Quelqu’un qui est gêné ou inquiet d’être jugé pourrait avoir plus de facilité à raconter ses émotions à une machine, puisqu’il sait que l’IA ne va pas rire d’elle, ni répéter ses confidences à d’autres personnes. 

Des spécialistes donnent leur avis

Même si elle semble gentille, une IA ne ressent pas d’émotions et ne réfléchit pas comme un humain. Elle ne peut pas être heureuse, triste, jalouse ou inquiète. 

Les spécialistes de la santé mentale rappellent aussi que les vraies amitiés sont plus compliquées et plus riches qu’une conversation avec une machine. Un ami peut ne pas être d’accord avec nous, nous surprendre, nous faire rire ou nous aider à voir les choses autrement. Entre humains, on apprend aussi à écouter les autres, à partager et à régler des conflits.

Lorsqu’on parle avec une IA, la conversation tourne surtout autour de nous. Le robot est programmé pour nous faire plaisir. Mais dans la vraie vie, les relations humaines demandent aussi d’écouter les autres, de partager et parfois de faire des compromis. Les experts expliquent que quand quelqu’un passe trop de temps à discuter avec une IA, il est plus difficile pour lui d’apprendre à parler avec les autres et de comprendre les émotions des gens autour.

Attention à ce qu’on partage

Quand on parle à une IA, même si une conversation semble privée, il vaut mieux éviter de partager des renseignements personnels importants, comme son adresse, ses mots de passe ou des détails très intimes. Une IA n’est pas un psychologue, ni une amie proche capable de protéger nos informations comme le ferait un professionnel ou un proche.

Un outil utile… mais pas une meilleure amie

Une IA peut être un outil utile pour poser des questions, trouver des idées ou nous donner des conseils généraux.

Mais elle ne remplace pas les vraies relations avec les humains. Les amis, la famille, les enseignants et les professionnels peuvent comprendre nos émotions d’une façon qu’une machine ne pourra jamais faire complètement.

Une IA peut discuter avec toi, mais une vraie amitié se construit entre des personnes avec des émotions, des expériences et du temps passé ensemble.

Et toi, quelles qualités trouves-tu importantes chez un vrai ami ou une vraie amie?

Jeunesse, J’écoute

Interligne (écoute, intervention et sensibilisation pour la communauté LGBTQ+)

Cet article est inspiré d’un dossier de Gravité Média portant sur la santé mentale et le numérique.

«Le monde de la technologie, c’est vraiment le futur de l’économie», amorce Luisa Veronis, titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa. «Surtout avec l’IA maintenant, tout ce qui est innovation, recherche, éthique; c’est vraiment dans ce domaine-là.»

Un domaine qui évolue à vitesse grand V et qui a besoin de main-d’œuvre. Certes, certaines universités canadiennes proposent des programmes autour de ces technologies, «mais ça reste un bassin assez petit», remarque-t-elle. C’est pourquoi le Canada regarde aussi ailleurs.

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Dans la mire d’IRCC

Dans le cadre du Programme d’appui à l’immigration francophone, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a annoncé, le 20 mars dernier, une série de projets pour renforcer la présence francophone dans le secteur des technologies de l’information et des communications (TIC). Ces initiatives visent à attirer et retenir des talents d’expression française et bilingues au Canada hors Québec.

Le Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC), un organisme à but non lucratif, mène actuellement un projet visant à repérer, à l’échelle internationale, de la main-d’œuvre bilingue dans ce secteur, et ainsi établir une cartographie mondiale des talents francophones.

Kathleen Slemon est analyste en recherche et politiques au CTIC. 

Photo : Courtoisie

«Le but, c’est faire une analyse des marchés de travail francophones et bilingues et une mise en correspondance de la classification professionnelle avec celle du Canada», explique Kathleen Slemon, analyste en recherche et politiques au CTIC. «On sait qu’il y a des compétences qui sont en demande dans ce secteur, bilingues ou francophones.»

Ces profils incluent, entre autres, les ingénieurs, les concepteurs de logiciels, les scientifiques de données, les gestionnaires des systèmes informatiques ou les spécialistes en cybersécurité. «Ils ont des rôles techniques qui peuvent être dans plusieurs secteurs, comme celui de santé, le public ou les entreprises», ajoute-t-elle.

La directrice générale de l’Observatoire en immigration francophone au Canada (OIFC), Kimberly Jean Pharuns, trouve que cette initiative est «une bonne idée», qui s’inscrit dans «l’engagement du gouvernement fédéral de rétablir le poids démographique des francophones en contexte minoritaire».

Selon elle, il faut s’assurer que les personnes sélectionnées correspondent aux besoins de main-d’œuvre des communautés. «On entend sur le terrain qu’il y a ces besoins de main-d’œuvre, mais on reste beaucoup dans l’anecdotique.»

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De la France à l’Amérique latine

Parmi les pays étudiés dans le cadre du projet de IRCC, Kathleen Slemon cite le Cameroun.

Au-delà des motivations économiques, Kimberly Jean Pharuns rappelle que l’immigration comprend aussi une dimension sociale d’intégration. 

Photo : Courtoisie

«On sait qu’il y a plusieurs pays francophones qui ont des écosystèmes de technologie et qui constituent des bassins très, très intéressants», commente Kimberly Jean Pharuns. Outre le Cameroun, elle ajoute le Sénégal, le Maroc et la Côte d’Ivoire.

Des pays avec «une main-d’œuvre hautement qualifiée dans le domaine du numérique, francophone, et très jeune»; et des pays trop souvent négligés par le passé, d’après elle. «Plus on est capable de recruter dans un bassin diversifié, plus cela enrichit la francophonie.»

Les autres bassins potentiels de talents francophones en TIC se trouvent en France et en Tunisie, mais aussi en Amérique latine, avec les francotropes, complète Luisa Veronis. «Ils ont une affinité culturelle et linguistique avec la langue française. Beaucoup de latinos se dirigent vers le Québec par exemple.»

«Il y a des personnes chinoises ou indiennes qui peuvent apprendre le français», suggère-t-elle.

Qui sont les francotropes?

Un francotrope désigne une personne ou un groupe dont la langue maternelle est une langue romane autre que le français – comme l’italien et l’espagnol par exemple – et qui présente de ce fait une proximité linguistique et culturelle avec le français.

Source : Office québécois de la langue française

«La charrue avant les bœufs»

Pour Luisa Veronis, le Canada «met un peu la charrue avant les bœufs» : «Ils veulent faire venir ces gens-là ici pour en fait stimuler ce domaine de l’économie.»

Néanmoins, elle ne parlerait pas de «pénurie de main-d’œuvre» dans ce secteur. Au pays, Toronto représente un véritable «hub» en la matière, remarque-t-elle. La Ville Reine abrite les sièges canadiens de sociétés comme Google et Amazon. «Ils ont leur bureau dans le coin de Kitchener et Waterloo, qui se veut le technology triangle du Canada.»

Luisa Veronis rappelle qu’il y a un bassin de talents potentiel en Amérique latine, où les francotropes entretiennent un lien particulier avec la langue française. 

Photo : Courtoisie UOttawa

«Tout ça, c’est très anglophone, poursuit la professeure. Dans ce domaine-là, ça fonctionne en anglais.»

Toutefois, même une entreprise francophone a besoin de quelqu’un spécialisé dans ces domaines. «Cette personne, elle sera anglophone dans le sens où elle parlera l’anglais parce que le domaine est dominé par cette langue. Mais, au sein de l’entreprise, il faut pouvoir communiquer en français avec elle», illustre la chercheuse.

Reste la question de leur intégration. «On les attire parce qu’on veut qu’ils s’intéressent à la communauté francophone, mais une fois arrivés, il y a toujours encore la question de la reconnaissance des acquis, des diplômes, de leur expérience sur le marché du travail.»

En général, dans le monde de la technologie, c’est un peu plus facile, dit-elle. Contrairement à un ingénieur, il ne faut pas forcément faire partie d’un ordre ou d’une association professionnelle. «C’est plus souple. L’expérience vaut plus que les diplômes. On sait ou on ne sait pas faire […] C’est un domaine qui est un peu comme le Far West.»

«L’attraction des talents, ce n’est que la première étape. Le plus important, c’est que ces gens-là puissent s’intégrer, faire communauté», estime pour sa part Kimberly Jean Pharuns. 

Lorsqu’on parle d’immigration économique, il faut faire attention à ne pas uniquement focusser sur les besoins de main-d’œuvre. Il faut aussi voir l’immigration de manière plus globale, la voir comme un projet d’intégration pour les travailleurs.

— Kimberly Jean Pharuns

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Des emplois vraiment bilingues?

Aussi, un poste affiché comme bilingue ne l’est peut-être pas vraiment, a pu constater Luisa Veronis dans le cadre de ses recherches. 

«Parmi des personnes qui avaient intégré un poste bilingue, plusieurs m’avaient dit : “Oui mon poste est supposé bilingue, mais en fait, 95 % de mon travail est en anglais et 5 % en français. Je suis la seule personne francophone, donc je travaille avec les clients francophones, mais je suis isolée, car personne d’autre dans l’entreprise ne parle français.”»

«Plusieurs personnes arrivent en pensant pouvoir travailler principalement en français, mais découvrent rapidement – et surtout dans ce domaine – qu’il faut un niveau très avancé d’anglais», abonde dans le même sens Kimberly Jean Pharuns.

FRANCOPHONIE

Jeudi, la Cour suprême du Canada a confirmé qu’elle entendra la cause concernant la fermeture des palais de justice de Caraquet et de Tracadie, au Nouveau-Brunswick. Le Forum des maires de la Péninsule acadienne conteste la décision de fermer ces deux établissements, prise par le ministre de la Justice et de la Sécurité publique du Nouveau-Brunswick, en 2021.

Droits linguistiques : Le Forum affirme que cette décision porte atteinte aux droits linguistiques garantis par les articles 16 et 16.1 de la Charte canadienne des droits et libertés. En renvoyant la majorité des dossiers à Bathurst, l’accès à la justice en français serait affecté.

La Cour du Banc du roi du Nouveau-Brunswick avait donné raison au Forum des maires en 2024. La Cour d’appel de la province s’était plutôt rangée du côté du ministre en 2025.

Les dates des audiences n’ont pas encore été déterminées.

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Le règlement qui encadre la Loi sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale (LUFEP) est sur la table du Comité permanent des Langues officielles à la Chambre des Communes et au Sénat.

Manque de souplesse : Lundi au Sénat, les représentants des banquiers canadiens et des employeurs dans le secteur des transports et des communications sous régie fédérale ont demandé à Patrimoine canadien d’assouplir les critères qui désignent les régions à forte présence francophone. Selon eux, le règlement tel que proposé actuellement désigne de très petites régions où trouver des employés qualifiés et bilingues serait très  difficile.

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Proposition de la FCFA : En comité mardi, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) s’est appuyée sur son mémoire pour proposer d’utiliser plutôt l’aire de diffusion (400 à 700 habitants) comme unité de recensement. Une façon d’identifier les régions à forte présence francophone (RFPF), avec un critère de demande potentielle de services en français d’au moins 20 %.

Liane Roy et Alain Dupis, respectivement présidente et directeur général de la FCFA, ont également demandé de désigner les capitales provinciales et territoriales, comme Toronto, Halifax et Whitehorse, comme RFPF et d’intégrer les régions désignées par les régimes provinciaux, comme l’Ontario et le Manitoba.

Leur demande inclut les centres urbains qui accueillent de l’immigration francophone ainsi que la préservation des communautés francophones historiques.

La FCFA insiste également sur le fait que les services en français, une fois établis, devraient être maintenus même en cas de décroissance démographique. Elle souhaite que le gouvernement rende obligatoire l’offre de services en français en cas d’urgence.

Revisite des seuils : La FCFA demande en outre d’abaisser le seuil minimal d’employés pour l’application du règlement à 25 pour les entreprises privées de compétence fédérale dans les RFPF, comme au Québec, notamment au Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue du Canada.

Photo : Courtoisie

Le sénateur acadien René Cormier a reçu la toute première distinction honorifique remise par la Commission nationale des parents francophones, le samedi 23 mai. L’organisme dit avoir voulu reconnaitre «l’engagement déterminant» du sénateur lors de l’étude de la Loi sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants au Canada. Son travail a permis l’adoption d’un amendement pour prendre en compte les besoins spécifiques des communautés de langue officielle en situation minoritaire dans le financement et le développement des services de garde. 

CANADA

Le député de Laurier–Sainte-Marie (Montréal) a annoncé son départ de la politique au caucus libéral, mercredi. Il laissera son siège au courant de la pause estivale du Parlement.

Cette démission intervient dans la foulée de l’accord consolidé pour la construction d’un oléoduc dans l’ouest du pays, entre le gouvernement fédéral et l’Alberta. Dans diverses entrevues, il ne fustige pas la direction choisie par le premier ministre Mark Carney, mais il sent que sa voix n’a pas d’impact dans les décisions.

Avant de rejoindre son caucus, mercredi, Mark Carney a simplement laissé tomber «c’est la vie», avant de remercier son député sur X : «Notre gouvernement partage cet engagement en faveur de l’ambition climatique, de la compétitivité climatique et de la préservation de l’extraordinaire patrimoine naturel du Canada.»

Lors de son discours plein d’émotion en Chambre, Steven Guilbeault a déclaré : «La lutte pour notre planète est le combat de notre génération. J’ai bien l’intention de continuer à me battre.»

Le Bloc québécois, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert, par la voix d’Elizabeth May, ont tous déploré son départ, écorchant au passage le gouvernement Carney pour la direction que prend sa politique environnementale.

Seuls les conservateurs ont critiqué Steven Guilbeault, notamment sa politique «anti-développement», selon Pierre Poilievre.

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Mark Carney a indiqué que la Loi sur la clarté ne s’applique pas à la démarche référendaire lancée par la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Le 19 octobre prochain, les Albertains et les Albertaines seront amenés à répondre à la question référendaire suivante : «L’Alberta doit-elle rester une province du Canada, ou le gouvernement de l’Alberta doit-il entamer la procédure juridique prévue par la Constitution canadienne afin de tenir un référendum provincial contraignant sur la question de savoir si l’Alberta doit ou non se séparer du Canada?»

«C’est un bluff très dangereux», a mis en garde le premier ministre, Mark Carney, lundi, en mêlée de presse.

Loi non applicable : Une autre question se posait : le fédéral pouvait-il utiliser la Loi sur la clarté pour encadrer le processus de cette démarche référendaire? La réponse est non, a confirmé le premier ministre Mark Carney en Chambre, mardi. La Loi ne s’applique pas ici parce que la question n’engage pas directement une sécession de l’Alberta.

Qu’est-ce que la Loi sur la clarté?

Adoptée en 2000 après le référendum québécois de 1995, la Loi sur la clarté vise à encadrer toute tentative de séparation d’une province canadienne. Pour que des négociations puissent s’engager, la Chambre des communes doit d’abord juger que la question posée et la majorité obtenue étaient claires.

Le gouvernement du Canada n’a pas envoyé de représentant aux audiences du Tribunal permanent des peuples (TPP) qui se sont déroulées cette semaine à Montréal.

Le Tribunal siège, entre autres, à la demande du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, qui exige que les personnes responsables des crimes présumés commis contre les enfants autochtones dans les pensionnats autochtones du Canada rendent des comptes.

L’accusation : La poursuite allègue que le Canada a violé ses obligations concernant la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Des survivants des pensionnats et de la stérilisation forcée ainsi que des experts en crimes contre l’humanité ont été entendus.

Instance internationale : Le TPP est un tribunal d’opinion international indépendant créé en 1979 en lien avec la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il se penche sur des cas allégués d’abus des personnes et des minorités. Son fonctionnement est modelé sur celui de la Cour internationale de justice.

Sept juges ont écouté les témoignages et les preuves déposées. Le TPP a une influence surtout symbolique, sans pouvoir punitif. Mais les audiences permettent aux minorités et aux peuples marginalisés de s’exprimer.

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INTERNATIONAL

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, estime qu’Israël a violé la Convention de Vienne dans le traitement réservé aux Canadiens et aux Canadiennes ayant participé à la flottille pour Gaza, une mission d’aide humanitaire.

Elle a déclaré sur X, lundi, s’être entretenue avec son homologue israélien. «J’ai souligné que le fait d’avoir refusé à des citoyens canadiens l’accès à des services consulaires pendant leur détention constitue une violation de la Convention de Vienne et que cela ne doit plus jamais se reproduire.»

Le professeur à l’Université York, Michael Barutciski, a proposé d’emblée aux députés du comité de s’inspirer du modèle allemand de répartition des demandeurs d’asile, lors de la séance de lundi.

Selon lui, ça «fonctionne suffisamment dans ce contexte pour que ça nous intéresse». «Si on veut développer un modèle, on doit absolument regarder cet exemple allemand.»

«Quand un demandeur d’asile se présente, un logiciel va assigner le land (la région, NDLR) où la personne devrait aller, a-t-il expliqué au comité. C’est là-bas que les services de réception attendent cette personne. C’est une façon indirecte d’encourager sans forcer les demandeurs d’asile d’aller dans certaines régions. L’idée est de répartir pour éviter que tous les demandeurs d’asile soient tous dans les grands centres urbains.»

Une manière pour l’Allemagne d’être plus «à l’aise» avec ce contrôle et qui permet au gouvernement de «garder une porte ouverte à l’immigration».

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Mercredi soir en comité, sa collègue professeure à l’Université d’Ottawa, Christina Clark-Kazac, a confirmé que le modèle allemand était un bon modèle duquel s’inspirer, à une nuance près : «Il y a un contexte politique différent ici. Ces modèles sont fondés sur l’idée qu’on envoie ces personnes dans les régions qui en ont besoin. Ça ne fonctionne pas toujours, car certains doivent remettre leurs vies sur les rails, mais n’ont pas la capacité de le faire dans les régions où on les envoie», a-t-elle détaillé.

Miser sur la mobilité

«Nous accueillons au Québec 37 % des demandeurs d’asile de tout le Canada. Le Québec est une société accueillante […], mais ça engendre des couts et plus du tiers […] ne maitrise pas le français», a souligné le député Alexis Deschênes (Gaspésie—Les Îles-de-la-Madeleine–Listuguj), porte-parole du Bloc québécois en matière d’immigration.

Le Bloc souhaite que le Canada imite le pacte européen sur l’immigration.

Alexis Deschênes a demandé à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) s’ils est possible de relocaliser les demandeurs d’asile. «On m’a répondu que selon l’article 6 de la Charte des droits et libertés canadienne, le droit de libre circulation empêchera [cela]», a-t-il fait savoir au comité lundi.

«C’est clairement erroné, a répondu Michael Barutciski. C’est un peu étonnant qu’on ait ce genre d’idée qui circule au sein du ministère. Je comprends qu’on veuille protéger les migrants. [Mais] prétendre qu’un droit qui n’existe pas dans la Charte, c’est un exemple de nos problèmes ces dernières années.»

Pour le professeur, l’article concerne seulement les citoyens canadiens et les résidents permanents. Il n’y aurait aucun enjeu pour les demandeurs d’asile, qui peuvent se déplacer également.

Une partie de l’article 6 de la Charte des droits et libertés canadienne sur la libre circulation

Humanité contre couts engendrés

De leur côté, les conservateurs ont surtout posé des questions sur le cout de l’accueil de réfugiés aux différents intervenants.

Steve Jacques, commissaire des services sociaux de la région de Peel et autre témoin du comité, a décrit la pression que l’accueil de réfugiés exerce sur les municipalités. Selon lui, Peel a engagé plus de 13 millions de dollars de ses réserves fiscales locales entre 2023 et 2026 pour maintenir les services.

Si des aides telles que l’allocation logement Canada-Ontario sont indispensables, notre enveloppe est épuisée chaque année en raison de la forte demande. Un financement supplémentaire de 2,1 millions de dollars en 2023 et 2024 a permis d’aider environ 180 ménages de demandeurs d’asile, mais les aides actuelles n’ont pas suivi le rythme des besoins; et aucune enveloppe supplémentaire n’a été allouée aux demandeurs d’asile.

— Steeve Jacques, commissaire des services sociaux de la région de Peel

Ce dernier recommande que le soutien aux demandeurs d’asile soit une responsabilité nationale coordonnée avec un financement stable et prévisible ainsi qu’un système national plus équilibré qui distribue les arrivées en fonction des marchés du travail, de la disponibilité des logements et de la préparation des communautés.

De son côté, la directrice générale de COSTI Immigrants services, Anita Stellinga, a confirmé aux conservateurs qu’il y avait effectivement un cout, mais a nuancé avec de «nombreux exemples» de demandeurs d’asile en qui les différents paliers de gouvernement ont investi.

«Une demandeuse d’asile qui est devenue enseignante a redonné à sa communauté, a-t-elle retracé brièvement. Les gens qui viennent veulent travailler et s’intégrer.»

«C’est la clé de la réussite, a-t-elle insisté. Sans aide, les gens ne peuvent pas s’en sortir.»

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L’Association des Employeurs des transports et communications de régie fédérale et l’Association des banquiers canadiens demandent au ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, responsable des Langues officielles, Marc Miller, de revoir les critères qui font qu’une région est considérée à forte présence francophone (RFPF) par le gouvernement fédéral.

Dans ces régions, les entreprises privées de compétence fédérale doivent offrir des services en français à leurs clients, sous certaines conditions.

Selon l’ébauche de règlement, il s’agit d’une région où la demande potentielle de services en français est d’au moins 20 % dans une province, un territoire ou dans une division de recensement définie par Statistique Canada.

À cela s’ajoute une demande potentielle de services en français d’au moins 10 % dans les secteurs de recensement d’au moins 1000 habitants, qui font partie des régions métropolitaines de recensement (RMR) où la demande potentielle de services en français est de 30 000 personnes ou plus. La partie ontarienne de la RMR d’Ottawa-Gatineau en est un exemple, de même que St-John, à Terre-Neuve-et-Labrador.

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Reconnaitre les «efforts raisonnables»

Dans leurs recommandations énumérées devant le Comité permanent des Langues officielles du Sénat le lundi 25 mai, l’Association des banquiers canadiens (ABC), représentée par le directeur général Éric Prud’homme, a demandé que les banques bénéficient d’une sorte de «cas par cas» au moment de déterminer lesdites régions, en prenant en compte la nature, la taille et la complexité des activités des banques, notamment celles situées dans les plus petites régions.

Par courriel à Francopresse, la directrice des communications a fait valoir après le comité que le règlement pourrait par exemple, permettre de desservir des clients en français à partir de succursales se trouvant à l’extérieur de ces «zones restreintes […] si elles n’ont pas accès à une main-d’œuvre qualifiée sur place».

«Sachant que 77 % des clients utilisent déjà des outils numériques pour la majeure partie de leurs transactions, d’autres outils peuvent aussi être mis à contribution (rencontres virtuelles, rencontres en personne planifiées d’avance, appels, services de traduction)», ajoute-t-elle.

Éric Prud’homme a notamment fait valoir la difficulté de recruter des candidats qualifiés et bilingues dans de très petites zones désignées.

Pour les mêmes raisons, le président et chef de la direction de l’Association des Employeurs de transports et communications de régie fédérale (FETCO), Derrick Hynes, estime aussi que les seuils actuellement proposés sont trop bas et pourraient inclure des régions sans présence francophone significative, imposant des obligations «difficiles à respecter».

«Dans les régions où ces obligations n’existent pas encore, c’est là que les défis seront présents. On appuie [la demande d’]un soutien du gouvernement dans ce domaine pour atteindre nos objectifs», a fait savoir ce dernier.

En outre, la FETCO recommande de prendre en compte les «efforts raisonnables» et a demandé de la flexibilité de la part du ministre, en anticipant que les obligations pourraient être difficiles à respecter dans certaines régions ou domaines de compétences.

L’ABC a également insisté sur la nécessité d’une application «souple» des exigences linguistiques, notamment pour la supervision des employés francophones.

«Avec une approche trop flexible, des communautés entières ont disparu, a contré le sénateur René Cormier. […] Bien que certaines régions semblent petites, sur le plan de la vitalité institutionnelle, elles sont une force importante et elles sont des clients pour vous. Il m’apparait problématique d’augmenter le seuil […].»

Aucune des deux associations n’a toutefois recommandé de seuil chiffré.

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Flexibilité déjà présente pour WestJet

En revanche, les représentants de la compagnie aérienne WestJet, autres témoins présents pour le comité, estiment qu’une flexibilité existe déjà dans le règlement pour les transporteurs aériens.

Le projet de règlement précise que ces droits s’appliqueraient à tout départ ou à destination du Québec ou d’une RFPF.

En outre, l’avocat-conseil de WestJet, Me Tristan Joanette, a soulevé la question des critères quantitatifs utilisés pour désigner ces régions, notant que l’obligation ne s’appliquerait pas si l’aéroport n’est pas situé dans la zone désignée, même s’il y a une présence francophone ailleurs dans la ville. Il a également suggéré une meilleure harmonie entre les différentes lois pour éviter la confusion du public.

Ils sont toutefois du même avis que l’ABC sur la difficulté de trouver une main-d’œuvre qualifiée et francophone ou bilingue. WestJet recommande fortement la «construction d’écoles francophones», au gouvernement fédéral.

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Plus de délais ou du soutien

Autre recommandation marquée par la FETCO : rallonger le délai des deux ans prévus pour s’adapter au cadre règlementaire, lequel est insuffisant pour mettre en place les exigences «excessivement bureaucratiques», a fait savoir Derrick Hynes.

Il a mentionné les changements que le cadre règlementaire engendrerait, tel que la refonte des communications, le recrutement de personnel bilingue, la mise à jour des politiques linguistiques et pour les ressources humaines ou encore une mise à jour des infrastructures informatiques.

Tous les témoins de lundi seraient également favorables à un soutien financier du gouvernement pour la formation linguistique.

Après la joie initiale, Steve Mc Innis raconte avoir commencé à souffrir du syndrome de l’imposteur en regardant la liste des récipiendaires passés de l’Ordre de la Pléiade sur le site Web de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF).

«Ce sont des personnes qui ont des doctorats, des professeurs d’université, d’autres qui ont été dans des gros comités à Toronto», constate le directeur général des Médas de l’épinette noire de Hearst – qui regroupe la radio CINN FM et le journal Le Nord. Il se sentait tellement déclassé qu’il a pensé ne pas aller à la cérémonie.

Quand la liste des nommés de 2026 a été rendue publique, les messages et les appels de félicitations qu’il a reçus ont tranquillement fait fondre ses doutes.

Le député provincial néodémocrate de Mushkegowuk–Baie James, Guy Bourgouin, fait partie de ceux qui l’ont convaincu qu’il méritait la reconnaissance. Il se devait bien de le faire, puisque c’est lui qui a déposé la candidature de Steve Mc Innis à l’APF.

«J’ai eu cette conversation-là avec lui et je lui ai dit que ce n’était pas une question d’éducation, c’est de garder la communauté vibrante», raconte l’élu en entrevue avec Francopresse.

La directrice générale du Mouvement des intervenant.e.s en communication radio de l’Ontario (MICRO), Marie Gaëtanne Caissie, est du même avis. «Pour moi [ce qui compte], c’est l’impact que la personne a eu dans la communauté au niveau de la francophonie pour sa région», dit celle qui a aidé à compléter le dossier de candidature.

«Il faut penser que c’est important les médias, c’est important la culture, c’est important d’informer les gens, que les artistes aient quelqu’un pour promouvoir leur travail. C’est bon pour la région», insiste le député Bourgouin.

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Plus de faits d’armes que prévu

Guy Bourgouin explique qu’il a déposé la candidature parce que plusieurs personnes lui disaient que Steve Mc Innis serait un bon candidat. Entre la radio, le journal et l’ouverture d’une librairie, le directeur est un maillon important de la communauté de Hearst, croit le député. «Très souvent, on oublie ce monde-là qu’on prend pour acquis.»

«Je peux dire que la journée où il va partir de Hearst, on va perdre un gros morceau», affirme le député Guy Bourgouoin, qui a déposé la candidature de Steve Mc Innis pour l’Ordre de la Pléiade de l’APF. 

Photo : Courtoisie

En dressant la liste de ses actions pour l’APF, Steve Mc Innis s’est aperçu qu’il en avait fait plus qu’il ne le pensait au départ.

Entre autres, à son arrivée comme directeur de la radio communautaire CINN FM de Hearst il y a 13 ans, il a d’abord redonné une santé financière à la station. En 2016, il a convaincu le conseil d’administration d’acheter le journal Le Nord lors du départ à la retraite du propriétaire, Omer Cantin. Il voulait éviter que le journal local se retrouve entre les mains d’une grande entreprise qui finirait par mettre la clé dans la porte.

Les finances des deux médias allaient bien jusqu’à la pandémie. Il a donc exploré des idées de revenus d’appoint pour soutenir la radio et le journal. La suggestion qui revenait le plus souvent était d’ouvrir une librairie de livres en français. Hearst n’en avait plus depuis la fermeture de la Librairie Le Nord en mai 2024.

Les ventes ont été excellentes pendant le premier mois, en décembre 2025, affirme-t-il. Les mois plus tranquilles de janvier et février ont permis d’apporter des correctifs inspirés par toutes les suggestions reçues.

Marie Gaëtanne Caissie ajoute que Steve Mc Innis a également fait beaucoup de travail au sein du MICRO, «pour le garder actif et vivant». Elle considère la fusion de la radio et du journal puis l’ouverture de la librairie comme des succès. «Il a fait une différence dans sa communauté.»

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Les six de 2026

L’Ordre de la Pléiade a été créé par l’APF en 1976. Elle reconnait le travail de personnalités qui ont contribué à l’épanouissement de la langue française dans leur région.

Les autres récipiendaires de 2026 en Ontario sont : Vincent Georgie de Windsor, Stewart Kiff de Toronto, Andrée-Anne Martel d’Ottawa, Emmanuelle Richez de Windsor et Mélanie Routhier Boudreau d’Ottawa.

Les six personnalités recevront leur médaille le 28 mai à Toronto.

«Pris dans leur ensemble, ces millions d’articles constituent une source unique pour comprendre l’évolution des collectivités francophones», écrit Serge Dupuis dans le rapport Les journaux franco-canadiens : États des collections et candidats à l’océrisation*.

Dans ses recherches, l’historien consultant et membre associé de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française (CEFAN) de l’Université Laval a constaté qu’il y a une grande disparité dans les collections actuelles.

Certains anciens journaux ont bien été archivés en format numérique avec des outils performants qui permettent de faire de la recherche. Pour la majorité – incluant la plupart des journaux encore actifs de la francophonie canadienne –, les collections numériques sont éparpillées, incomplètes, mal indexées ou à risque d’être perdues.

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Qu’est-ce que l’océrisation?

L’océrisation est un mot dérivé de l’acronyme anglais OCR, pour «Optical character recognition», ou reconnaissance optique de caractères.

Une fois qu’un document physique est numérisé, un logiciel d’océrisation est utilisé pour reconnaitre le texte qu’il contient. Cette analyse permet ensuite de copier le texte ou de l’indexer pour les moteurs de recherche et l’archivage.

Un atout pour la recherche

Plus de 150 journaux francophones ont vu le jour en Amérique du Nord au cours des 200 dernières années. La grande majorité a disparu, une trentaine sont toujours actifs dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada.

Ces journaux ont été les témoins des évènements, des revendications et des interactions des francophonies minoritaires.

Autrement dit, l’océrisation des journaux franco-canadiens s’avère essentielle pour favoriser la découvrabilité du patrimoine écrit franco-canadien à l’ère numérique, mais aussi pour créer une relève en recherche chez les jeunes générations

— Rapport : Les journaux franco-canadiens : États des collections et candidats à l’océrisation

À travers des entrevues avec des chercheurs et un sondage, Serge Dupuis a constaté que l’accès difficile aux archives des journaux francophones du Canada décourageait des recherches sur la francophonie canadienne.

Celles et ceux qui se lancent abandonnent souvent devant l’ampleur de la tâche : fouiller pendant des mois dans des piles de journaux non indexés. Les plus jeunes se tournent vers d’autres sujets, européens ou concernant les États-Unis.

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Plusieurs gestionnaires de journaux francophones ont exprimé à Serge Dupuis leur frustration de ne pas pouvoir répondre à toutes les requêtes du public concernant leurs archives et être handicapés par le manque d’adaptation technologique. 

Photo : Courtoisie – Archives Francopresse

Passer par le Québec

Deux visions existent pour l’archivage des journaux. Du côté anglophone, les entreprises privées ont créé leurs archives numériques et les gardent derrière des murs payants. Du côté du Québec, le patrimoine écrit est davantage associé au domaine public. «Les journaux franco-canadiens se trouvent dans l’angle mort des deux modèles», écrit Serge Dupuis.

La planche de salut serait du côté de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Celle-ci détient déjà les archives de quelques journaux francophones non québécois et a l’expertise pour procéder à l’océrisation de ces titres.

L’opération fait tout de même face à plusieurs obstacles. Le premier : le cout. Selon les calculs de Serge Dupuis, la facture s’élèverait à 48 000 $ pour océriser la totalité des publications d’un journal hebdomadaire qui existe depuis 50 ans et qui compte en moyenne 24 pages par édition. Des sources de financements devraient donc être dénichées.

De plus, la BAnQ requiert des collections complètes en bon état. L’institution est également déjà occupée avec d’autres projets.

Cependant, parmi les journaux actifs avec qui Serge Dupuis a échangé, une vingtaine ont déjà des archives numériques, mais sont insatisfaits dans leur diffusion. Ils sont ouverts à un transfert à la BAnQ. L’opération serait peu couteuse et atteindrait les objectifs du Plan d’action 2025-2028 de la Politique québécoise en matière de francophonie canadienne pour la Bibliothèque nationale – la section de BAnQ qui conserve l’ensemble de l’édition québécoise et assure la mise en valeur de ses collections patrimoniales.

«Le rapport permet de mieux comprendre les besoins, les réalités très différentes d’un média à l’autre et les enjeux techniques ou financiers qui freinent l’accès à cette mémoire collective. Ça confirme aussi à quel point ces archives sont importantes, non seulement pour les équipes de recherche, mais pour les communautés francophones elles-mêmes», dit Maryne Dumaine. 

Photo : Christian Kuntz

Passer à l’action

La présidente de Réseau.Presse, Maryne Dumaine, indique que le rapport donne un bon point de départ pour la suite. «On savait qu’il y avait des défis liés à l’océrisation et à l’accessibilité des archives, mais là, on mesure mieux l’ampleur du travail à faire, autant au niveau de la préservation que de la diffusion.»

Le rapport fournit un point de départ pour passer à l’action, «identifier des priorités et voir quelles démarches sont les plus réalistes à court et moyen terme».

Les institutions patrimoniales, les milieux de recherche, les organismes nationaux, les gouvernements et les médias pourraient être mis à contribution dans la recherche de solutions concrètes.

«L’objectif à long terme, c’est vraiment de mieux préserver la mémoire de la presse franco-canadienne et de la rendre plus accessible aux communautés, aux équipes de recherche et au grand public.»

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* Le projet encadrant la recherche et le rapport a été géré par Réseau.Presse, l’éditeur de Francopresse.