Patrimoine canadien a validé la publication du rapport du Groupe consultatif externe sur la création et la diffusion d’information scientifique en français. Ce groupe, composé de dix expertes et experts francophones, identifie trois grands défis qui menacent la place du français dans la recherche au Canada et trois grandes solutions pour les contrer.
Publier en anglais pour obtenir plus de reconnaissance
Le groupe de travail met d’abord l’accent sur le fait que les critères d’excellence scientifique favorisent fortement l’anglais.
La reconnaissance académique repose surtout sur la publication d’articles dans des revues internationales anglophones et sur des indicateurs bibliométriques, comme le nombre de citations dans d’autres recherches.
«[…] La publication dans les revues internationales essentiellement de langue anglaise est devenue un gage d’excellence et le moyen par lequel les chercheuses et chercheurs peuvent obtenir la reconnaissance académique nécessaire à leur progression de carrière et la sécurisation des ressources matérielles et des positions institutionnelles.»
À titre d’exemple, le Groupe consultatif répertorie dans le rapport 76 prix attribués en 2024 à des chercheuses et chercheurs au Canada par six organisations : l’Acfas, la Société royale du Canada, le Conseil de recherches en sciences humaines, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, les Instituts de recherche en santé du Canada et le Conseil des Arts du Canada.
Sur ces 76 prix, 23 ont été remis à des chercheuses et chercheurs d’établissements de langue française ou bilingues (30 %), contre 53 à des chercheuses et chercheurs d’établissement de langue anglaise. «Toutefois, cette représentativité repose massivement sur les prix de l’Acfas; sans eux, la présence francophone dans ce palmarès diminue de façon drastique», notent les experts.
Cela pousse des chercheuses et chercheurs francophones à publier en anglais pour obtenir du financement, des promotions ou de la visibilité. De plus, les recherches en français, souvent plus ancrées dans les réalités communautaires, sont parfois perçues comme moins prestigieuses ou moins crédibles.
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Des appuis financiers asymétriques
Le groupe d’experts insiste sur un autre obstacle : les fonds fédéraux sont largement concentrés dans les 15 grandes universités de recherche anglophones canadiennes (dites «U15»), ce qui désavantage les établissements bilingues, particulièrement les francophones en contexte minoritaire.
Comme le souligne le rapport, cette asymétrie est à la fois géographique et disciplinaire. Elle détourne les fonds vers les «grosses» universités anglophones, loin des petites universités francophones ou bilingues, qui demeurent sous-financées et où se trouvent des domaines de recherche en français importants.
Le Groupe consultatif observe aussi un manque de soutien aux infrastructures de diffusion des savoirs : les revues savantes, les presses universitaires et des plateformes, comme Érudit, sont fragilisées par le modèle actuel du libre accès.
Cette privatisation des infrastructures de diffusion «favorise l’anglicisation», note le rapport, et risque de limiter l’accès aux connaissances en français.
Pas de leadeurship
Les experts notent un dernier défi : la gouvernance de la recherche est fragmentée entre plusieurs organismes et il n’existe pas de structure fédérale forte pour coordonner des mesures en faveur du français.
Cette absence de leadeurship entraine des actions éparses et insuffisantes. La recherche ne bénéficie donc pas de soutien cohérent ni de stratégie durable à l’échelle canadienne, soulignent les experts dans leur rapport.
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Les trois grandes recommandations du Groupe consultatif sont des solutions proposées au gouvernement fédéral pour faire avancer et appuyer la création et la diffusion de la recherche en français au Canada.
40 millions par an et une gouvernance claire
À ces défis, le Groupe consultatif propose trois grandes orientations afin d’assurer une réelle égalité linguistique dans l’écosystème scientifique canadien.
Il recommande d’abord de renforcer la gouvernance en créant un Secrétariat de coordination de la recherche en français. Il mettrait en place un mécanisme pancanadien pour développer l’offre de programmes postsecondaires en français, notamment dans les domaines des programmes d’études en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) et en santé, afin d’assurer une relève scientifique francophone au pays.
Le président-directeur général de l’Association des collègues et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), Martin Normand, confirme que ces deux champs d’études sont très importants, mais qu’il y a aussi «de grands besoins en justice, en éducation, en petite-enfance… Il faut aller plus large que cela», dit-il en entrevue.
«Maintenant, il est impératif de rassembler toutes les parties prenantes concernées afin de transformer rapidement les recommandations en actions concrètes aux effets mesurables», selon Martin Normand, PDG de l’ACUFC.
Le rapport du Groupe «met en lumière de façon éloquente les défis et les tendances que nos membres évoquent depuis longtemps pour faire bouger l’aiguille en matière d’appui et de valorisation de la recherche en français et de celle sur les communautés francophones en situation minoritaire», indique l’ACUFC dans un communiqué.
Le rapport propose ensuite la création d’un Fonds d’appui et de valorisation de la recherche en français de 40 millions de dollars par an pour soutenir les projets de recherche, les étudiantes et étudiants francophones, les ressources pédagogiques en français ainsi que les infrastructures de diffusion, comme Érudit et les outils de traduction.
Enfin, il recommande que le gouvernement fédéral fasse preuve d’exemplarité en intégrant une «lentille francophone» dans ses politiques scientifiques, en publiant des données sur les biais linguistiques dans le financement et en encourageant la production et la diffusion de la recherche en français.
Des mesures positives en faveur des communautés francophones sont également évoquées tout au long du rapport
Par courriel à Francopresse, Hermine Landry, porte-parole du ministre de l’Identité et la Culture canadiennes, ministre responsable des Langues officielles, a fait savoir que «le ministre Miller et ses collègues concernés étudient actuellement les recommandations formulées dans le rapport. Nous remercions le groupe consultatif externe pour son excellent travail et pour la qualité de ce rapport».
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FRANCOPHONIE
L’ancienne juge québécoise de la Cour suprême du Canada, Louise Arbour, sera la 31e gouverneure générale du Canada, a annoncé le premier ministre, Mark Carney, le 5 mai, à Ottawa.
Francophone d’origine et bilingue, elle succède ainsi à Mary Simons, dont la nomination a marqué les esprits comme première représentante autochtone de la monarchie britannique au Canada et parce qu’elle ne parlait pas le français, l’une des deux langues officielles du pays. Ses efforts pour l’apprendre ne lui ont pas permis de le maitriser.
Louise Arbour a été juge au Canada ainsi qu’au sein de plusieurs tribunaux pénaux internationaux et a occupé plusieurs postes à l’ONU.
Elle remplacera officiellement Mary Simons plus tard cette année.
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Dans un rapport provisoire publié jeudi, le Comité sénatorial des langues officielles fait état de ses préoccupations sur la lourdeur administrative excessive de l’avant-projet de règlement sur les sanctions administratives pécuniaires (SAP) que pourra imposer la commissaire aux langues officielles.
Moins de lourdeur, plus d’entités sanctionnées : Le rapport vise notamment l’incapacité à assurer une expérience cohérente pour le public voyageur et le barème pour encadrer les récidives et les dispositions applicables aux services conventionnés.
Dans le document, les sénateurs formulent plusieurs recommandations, dont la réduction des exigences administratives pour le Commissariat aux langues officielles, l’élargissement de la liste des entités assujetties aux sanctions pour inclure l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien et les administrations portuaires.
Les sénateurs souhaitent aussi une modification de la Loi sur les langues officielles pour garantir des droits linguistiques clairs et cohérents pour le public voyageur et une gradation claire des conséquences pour les violations à répétition ou systémiques.
Enfin, le comité recommande que le ministre responsable des Langues officielles mène des campagnes de sensibilisation sur les droits linguistiques du public voyageur.
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La ministre a indiqué que, sur les 153 000 dossiers examinés et jugés potentiellement non conformes, 64 % sont toujours en situation valide au Canada, tandis que 14 % ont déposé une demande d’asile et ne sont plus visés par les mesures de conformité applicables aux étudiants.
CANADA
La ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC), Lena Metledge Diab, a comparu lundi devant un comité de la Chambre, pour réagir au rapport de la vérificatrice générale (VG) sur les étudiants étrangers et les cas de fraude en immigration.
Tracer les sorties : Deux éléments en ressortent : IRCC va mettre en place un système de suivi de la sortie de tous les résidents temporaires dont le permis a expiré ou qui a fait l’objet d’une enquête puis d’un renvoi, «d’ici la fin de l’automne», affirme la ministre.
Elle a également fait valoir que sur les 153 000 cas examinés et signalés comme potentiellement non conformes par la VG, 64 % ont toujours un statut valide au Canada; 14 % ont soumis une demande d’asile et n’étaient plus sujets aux mesures de conformités pour les étudiants.
En revanche, la ministre et son sous-ministre, Ted Gullivan, n’ont pas pu dire combien de personnes sur 33 000 dont le statut est expiré depuis 2023 et 2024 ont quitté le pays. «Certains sont peut-être encore au Canada sans avoir demandé de nouveau permis», a avancé Lena Metledge Diab.
À la question de savoir pourquoi il n’y a jamais eu de système de traçage des entrées et des sorties au sein d’IRCC, la ministre a répondu : «C’est une bonne question, je me la pose aussi. Mais c’est un état de fait […], il n’y a jamais eu ce type de système dans l’histoire du Canada, je suis d’accord avec vous. On essaie de mettre ce système en place.»
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Le gouvernement fédéral investit 1,5 milliard de dollars pour aider les entreprises canadiennes touchées par les nouveaux droits de douane américains sur l’acier, l’aluminium et le cuivre. Des prêts à faible taux d’intérêt pouvant atteindre 50 millions de dollars font partie de l’aide.
Protection des emplois : Ottawa veut soutenir les manufacturiers, protéger les emplois et aider les entreprises à trouver de nouveaux marchés dans un contexte de guerre commerciale avec les États-Unis.
Mais plusieurs acteurs de l’industrie jugent cette aide insuffisante. Ils estiment que les prêts augmentent l’endettement, alors que certaines entreprises font déjà face à d’énormes couts tarifaires.
Cela entraine un ralentissement de la production, des pertes d’emplois et des risques de fermetures d’usines, surtout en Ontario.
Le premier ministre Mark Carney a annoncé qu’Ottawa travaille avec le Québec et l’entreprise Airbus pour soutenir le développement du modèle A220-500 à Mirabel, au nord de Montréal.
Commande historique : Cette annonce survient alors qu’Airbus célèbre une commande de 150 avions A220 par la compagnie malaisienne AirAsia, évaluée à environ 19 milliards de dollars canadiens selon les prix officiels.
Tous ces avions seront assemblés à Mirabel. Québec a déjà investi 2,1 milliards dans le programme A220, et le fédéral 200 millions.
Airbus considère cette commande comme un tournant pour l’industrie aérospatiale canadienne, tandis qu’AirAsia affirme avoir choisi l’A220 malgré un contexte financier difficile. Avec cette entente, l’A220 dépasse désormais les 1000 commandes depuis son lancement.
Airbus décroche une commande historique de 150 A220 d’AirAsia, assemblés à Mirabel, pendant qu’Ottawa et Québec discutent du développement du futur A220-500.
Le commissaire à la protection de la vie privée du Canada, Philippe Dufresne, a déclaré mardi en conférence de presse qu’OpenAI a enfreint les règles de protection des données avec l’entrainement de ChatGPT, mais aucune sanction n’est imposée. Des correctifs auraient déjà été apportés par l’entreprise.
Le commissaire à la vie privée du Canada, Philippe Dufresne, a conclu dans un rapport publié le 6 mai que l’entreprise d’intelligence artificielle OpenAI a enfreint les lois canadiennes sur la protection des renseignements personnels lors du développement de ChatGPT, notamment en collectant trop de données personnelles, parfois sensibles ou concernant des enfants, sans dévoiler clairement ni expliquer adéquatement comment elles seraient utilisées pour entrainer leur IA.
L’entreprise ne permettait pas non plus facilement aux utilisateurs et utilisatrices d’accéder à leurs données ou de les supprimer.
Aucune sanction : Malgré ces manquements, OpenAI ne recevra aucune sanction, car le commissaire fédéral n’a pas le pouvoir d’imposer des amendes. L’enquête note toutefois qu’OpenAI a apporté plusieurs correctifs et s’est engagée à améliorer sa transparence et la protection des données dans les prochains mois.
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Le Réseau d’enseignement francophone à distance (REFAD) a présenté lors d’une rencontre en ligne, le 29 avril, le livre blanc Cultiver l’inclusion, la diversité, l’équité et l’accessibilité (IDÉA) dans la formation à distance.
Cette démarche s’inscrit dans la troisième phase du Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 du gouvernement fédéral, afin de renforcer l’accessibilité et l’innovation de la formation à distance pour l’ensemble des communautés francophones en situation minoritaire.
Le livre blanc a été déposé à la Colline parlementaire, à Ottawa, le 27 avril, en présence notamment de Guillaume Deschênes-Thériault, député du Nouveau-Brunswick et membre du Comité permanent des langues officielles, et Mona Fortier, députée franco-ontarienne.
Le REFAD espère que les parlementaires s’empareront de la question de l’IDÉA dans leurs prochains travaux.
Parmi les barrières structurelles à l’IDÉA, le document identifie notamment l’absence de choix de pronoms dans les formulaires administratifs et la rigidité des horaires. De plus, le manque de données sur le vécu des personnes et leurs retours sur l’expérience d’apprentissage limite les possibilités d’amélioration.
L’arrivée de l’intelligence artificielle et de nouvelles réalités de la formation à distance ne sont pas toujours prises en compte, a ajouté le consultant principal chez EDDI (Équité, discrimination, diversité et inclusion), Jean-Philippe Beauregard, qui a mené la présentation.
Autre obstacle qui est souvent revenu sur la table : l’absence de lieu physique et sécuritaire où peuvent se retrouver les personnes apprenantes, autant pour étudier avec une bonne connexion Internet que pour sociabiliser et briser l’isolement.
La fracture numérique et les inégalités sociales et culturelles constituent aussi des défis majeurs, ainsi que le cout des équipements.
On a tendance à penser que la formation à distance est moins chère, mais en fait c’est similaire à l’enseignement [en présentiel].
Le livre blanc dresse une liste de cinq recommandations pour pallier les lacunes actuelles. À commencer par faire de l’accessibilité un fil conducteur tout au long de la formation à distance, y compris en amont de celle-ci.
Les projets devraient aussi être élaborés par et pour les personnes apprenantes, notamment les francophones en situation minoritaire et les personnes en situation de handicap.
Le document suggère d’embaucher du personnel pour faire des tests auprès de ces personnes et ainsi obtenir une rétroaction.
Consolider les liens et la gouvernance entre les membres du réseau reste également essentiel. «Le REFAD est un acteur important, mais on peut amener cela au niveau supérieur», affirme Jean-Philippe Beauregard, citant la mise en place de partage de connaissance et d’outils.
Le livre blanc préconise l’élaboration d’un programme de formation à l’IDÉA destinés à toutes les personnes apprenantes. «Une formation dans la formation à distance», illustre Jean-Philippe Beauregard, qui rappelle que «les besoins sont là depuis longtemps», pas seulement depuis la pandémie.
Former à la littéracie numérique est aussi nécessaire.
On peut avoir cette idée-là que tous les jeunes d’aujourd’hui sont à l’aise avec les outils numériques, avec l’apprentissage en ligne […] on se rend compte quand on est confronté à la réalité que ce n’est pas généralisable.
Sans oublier que certaines personnes plus âgées ont encore besoin de ces formations.
«L’idée est de sonder les personnes au départ, pour être en mesure de leur proposer des ateliers qui viennent répondre à des besoins précis», poursuit-il.
«Offrir des programmes en français, accessibles et inclusifs, c’est permettre de renforcer le sentiment d’appartenance des individus les plus marginalisés au Canada, notamment les personnes en situation de handicap et les personnes autochtones qui sont davantage francophiles», a également souligné Jean-Philippe Beauregard.
«Beaucoup d’investissements ont été faits dans les dernières années dans le développement des compétences, mais surtout en anglais. On a besoin de soutenir un plaidoyer qui fait voir la francophonie comme ayant des besoins, une population qui a droit aussi aux bonnes structures et outils pour développer ses compétences. Donc, ce n’est pas fini», a insisté la directrice générale du REFAD, Judith Charest, à la fin de la rencontre.
Et la responsable de conclure : «En attendant que le politique suive.»
La nomination de Louise Arbour, ancienne juge francophone de la Cour suprême du Canada née à Montréal, met fin à la controverse née de la nomination de sa prédécesseure, Mary Simon, qui parlait l’anglais et l’inuktitut, mais pas le français.
Les francophones du pays avaient décrié le choix de Justin Trudeau de nommer une gouverneure générale qui ne parlait pas une des langues officielles du Canada. Une situation qui a parfois mis en opposition la sauvegarde du français et des langues autochtones.
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Ni Louise Arbour ni Mark Carney n’ont souhaité qualifier ce choix de nomination de Justin Trudeau comme une «erreur», en réponse à une question d’une journaliste lors de l’annonce de la nouvelle gouverneure générale, le 5 mai.
«C’est important d’avoir le bilinguisme dans toutes les institutions fédérales du Canada», a simplement résumé le premier ministre.
Dans un discours composé d’environ de 30 % de français, le premier ministre Carney a fait l’éloge de la nouvelle gouverneure générale.
Lors de la nomination de la gouverneure générale, l’un des ordinateurs des techniciens affiche indique que le discours du premier ministre compte environ 30 % de français.
Louise Arbour sera ainsi la «gardienne de notre ordre constitutionnel», a-t-il annoncé depuis la salle du Musée des Beaux-Arts du Canada, à Ottawa.
«C’est grâce à ses institutions qu’un pays aussi vaste et diversifié que le nôtre parvient non seulement à rester uni, mais aussi à prospérer. Dans un monde plus dangereux, plus divisé et moins civilisé, les institutions sont plus importantes que jamais.»
Interrogée sur le fait qu’elle n’a pas «la langue dans sa poche», notamment pour avoir qualifié la décision de Donald Trump de déclarer la guerre à l’Iran de «folie pure», la principale concernée a assuré qu’elle était certaine que «les gens comprennent très bien qu’on peut avoir exprimé des opinions dans un certain contexte qui ne sont pas des opinions qu’on nécessairement mettre en œuvre dans un contexte officiel différent».
«J’accepte ces responsabilités avec un sens profond du devoir, à un moment où les Canadiennes et Canadiens sont confrontés à la complexité du changement. Conscients de cette réalité, nous nous devons de développer les compétences requises pour y faire face», a-t-elle déclaré, dans un sous-entendu appuyé aux tarifs imposés par les États-Unis.
Le chef de l’État du Canada est actuellement le Roi Charles III du Royaume-Uni, dont les responsabilités sont assumées au pays par le ou la gouverneure générale.
Louise Arbour a affirmé lors de sa nomination : «Nous nous devons de réaffirmer la confiance que nous avons les uns envers les autres.»
À l’instar du souverain, la gouverneure générale demeure au-dessus des enjeux politiques. Louise Arbour a été nommée pour environ cinq ans par le monarque sur la recommandation du premier ministre.
Ce dernier représente la majorité politique, tandis que la gouverneure générale incarne l’ensemble de la nation.
Louise Arbour fait partie du barreau du Québec depuis 1971. Elle a été juge de la Cour suprême de l’Ontario, de la Cour suprême du Canada. Elle a également été haute-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et représentante spéciale de l’ONU pour les migrations internationales.
Plus récemment au Canada, Louise Arbour a émis des recommandations pour changer les comportements empreints d’inconduite sexuelle au sein du ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes.
«Langue», «culture», «appartenance» : voici les mots qui sont revenus le plus dans le clavardage pour qualifier la construction identitaire lors d’un webinaire sur le sujet de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), le 28 avril.
Deux expertes ont présenté huit principes directeurs de la construction identitaire pour les services de la petite enfance : Isabelle Leblond, directrice générale des centres Envol & Boussole, en Alberta, et Catherine Isabel, chargée de projet à l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF).
Des principes qui peuvent être intégrés aux activités avec les tout-petits et guider les professionnels de la petite enfance.
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L’ACELF définit la construction identitaire comme «un processus hautement dynamique au cours duquel la personne se définit et se reconnait par sa façon de réfléchir, d’agir et de vouloir dans les contextes sociaux et les environnements dans lesquels elle évolue».
«C’est quelque chose qui n’est jamais vraiment terminé. Chacun le vit à son rythme», précise Catherine Isabel.
Le premier principe directeur renvoie à l’importance de s’inscrire dans la francophonie contemporaine, ouverte sur le monde et consciente des réalités actuelles.
Autrement dit, ne pas seulement regarder vers le passé, mais proposer aux enfants des chansons récentes, parler des nouvelles dans la communauté, ou encore diffuser sur le babillard à destination des parents des articles d’actualité.
«Trouver un équilibre entre le passé et le présent», résume Isabelle Leblond, qui suggère aussi de demander aux tout-petits ce qu’ils aiment et écoutent.
L’inclusion dans le calendrier des fêtes reconnues par les différents membres de la communauté est aussi conseillée, afin de refléter toutes les cultures. Les accents de chacun doivent en outre être respectés.
Plusieurs principes invitent à nouer des partenariats et des actions en dehors des murs des services de garde. Les parents, la communauté, les artistes et même d’autres écoles ou établissements de la région, du Canada et de l’étranger peuvent être mis à contribution.
Organiser des évènements comme des repas-partage et des barbecues avec les familles est aussi un moyen de fédérer.
Le jumelage entre les enfants et les élèves de l’école peut aussi être bénéfique et permettre aux tout-petits de développer leur qualité de «leadeur», ont souligné les intervenantes.
Les échanges avec les artistes francophones sont également encouragés. Certains participants ont d’ailleurs cité la composition et l’enregistrement de comptines.
Créer des liens avec la francophonie
Les intervenantes sont revenues sur la nécessité de créer des liens au sein de la francophonie d’ici et d’ailleurs. Il est possible d’inviter les parents à venir raconter leur histoire ou des artistes d’autres provinces ou territoires.
Pour que les enfants sentent qu’ils appartiennent à «quelque chose qui est plus grand que soit» et qu’ils réalisent que la francophonie va au-delà de leur ville ou leur petit village, explique Isabelle Leblond.
Dans un contexte de plurilinguisme, plutôt que de réprimander un enfant pour sa prononciation ou ses erreurs en français, Catherine Isabel prône l’exemple.
Il faut que nous soyons nous-mêmes des modèles, en leur parlant en français.
Les intervenants ont rappelé qu’on ne peut pas «évaluer» la construction identitaire : «C’est un processus qui peut avoir des moments de recul, des avancées; ce n’est pas fixe.»
Demander aux enfants s’ils ont aimé telle ou telle activité ou comment ils se sentent reste également essentiel, et un très bon indicateur : «Il faut encourager les personnes comme elles sont, insiste Isabelle Leblond. Et s’assurer qu’elles aient du plaisir.»
La Loi sur les Indiens a été adoptée en 1876 par le Parlement canadien. À cette époque, le gouvernement canadien voulait contrôler davantage les peuples autochtones et leurs territoires. Mais, bien qu’ils étaient les principaux concernés par cette loi, ces peuples n’ont pas été consultés.
«Le but de la Loi sur les Indiens était de faire entrer les peuples autochtones dans la société canadienne, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul groupe de citoyens», explique Alexandre Bacon.
Cette loi imposait de nombreuses règles injustes. Elle a servi à créer les réserves, où plusieurs communautés ont été forcées de vivre.
La loi limitait aussi l’accès à certains services. Par exemple, les Autochtones n’avaient pas le droit d’aller dans des hôpitaux réservés aux autres citoyens canadiens.
Certains autochtones perdaient aussi leur statut si elles allaient à l’université ou achetaient une terre à l’extérieur de leur communauté.
La Loi sur les Indiens a aussi contribué au système des pensionnats autochtones. Des milliers d’enfants ont été forcés de quitter leur famille pour aller dans ces écoles, souvent loin de chez eux.
«L’idée était de couper la transmission. Qu’on ne puisse plus avoir la présence de nos parents pour nous transmettre la langue, nous transmettre la culture», précise Alexandre Bacon.
Heureusement, certaines parties de la loi ont changé avec le temps. Mais elle existe toujours aujourd’hui.
Selon Alexandre Bacon, cela a encore des conséquences concrètes sur la vie des Autochtones au Canada. Par exemple, le gouvernement fédéral garde beaucoup de pouvoir sur plusieurs décisions touchant les communautés.
«Si je fais un testament, je dois en envoyer une copie au gouvernement fédéral. Et la loi prévoit que le gouvernement peut modifier mon testament, s’il le souhaite. Même après ma mort», raconte-t-il. Ce n’est pas le cas pour les allochtones, les citoyens non-autochtones.
Plusieurs personnes pensent que la Loi sur les Indiens ne correspond plus à la réalité d’aujourd’hui. Déjà, tu dois avoir remarqué qu’on n’utilise plus le mot «Indien» pour parler des peuples autochtones. Mais pour Alexandre Bacon, il faudrait changer bien plus que le nom de cette loi.
«Si on change le nom sans changer le contenu, c’est encore la même réalité», dit-il.
Selon lui, il faudrait plutôt remplacer cette loi par une nouvelle, écrite en collaboration avec les Premières Nations, pour mieux reconnaître leurs droits et leur donner plus de pouvoir sur leurs territoires et leurs décisions.
Et toi, qu’est-ce que tu aimerais voir dans une nouvelle loi pour mieux respecter les peuples autochtones?
De l’artiste Michel Gagnon.
Cette peinture parle de la crise du logement et de l’itinérance. On y voit un vélo avec une petite remorque et une affiche où il est écrit «logement à louer».
Ça peut sembler drôle au premier regard, mais le sujet est sérieux. Cette œuvre rappelle que trouver un appartement devient très difficile pour certaines personnes, au point où les solutions peuvent sembler parfois farfelues ou peu sécuritaires.
De l’artiste Amélie Roberge.
Sur ce tableau intitulé Toc toc toc, c’est le grand méchant Trump, on aperçoit Donald Trump qui prend les traits d’un loup menaçant. Remarques-tu ses griffes aiguisées et ses crocs acérés? Il semble prêt à souffler très fort sur le village de Qaqortoq, au Groenland. Cette image forte fait référence à toutes les fois que Donald Trump a affirmé vouloir prendre le contrôle de cette île. Comme quoi dans la vraie vie comme dans les contes, les plus forts essayent parfois de prendre le dessus sur les plus petits.
De l’artiste Josianne Cyr
En octobre 2025, quatre cambrioleurs ont dérobé pour plus de 140 millions de dollars en précieux joyaux au Musée du Louvre, à Paris. Mais dans leur fuite, ils ont échappé une couronne. La créatrice de cette œuvre a recréé la fameuse couronne et l’a mise en sécurité dans un coffre cadenassé. Mais si tu regardes bien le cadenas, tu peux lire le code pour ouvrir la boîte : LOUVRE! C’est parce qu’après le vol, on a découvert que le mot de passe des caméras de surveillance du musée était… Louvre. Pas très top secret!
De l’artiste André-Louis Morneau.
Cette photographie nous a bien fait rigoler… mais si elle parle d’une réalité qui en agace plusieurs! On découvre une scène de Montréal où le nom de la rue est bien choisi : elle est complètement BARRÉE par des travaux. Une petite trouvaille qui rappelle à quel point les chantiers de construction sont nombreux en ville!
Impossible de rester indifférente devant cette œuvre délicate, comme les ailes d’un papillon, composée de deux photographies. Sur la première, on voit un papillon monarque qui butine une fleur. Sur la seconde, il s’est volatilisé… en un battement d’aile. Ces images nous rappellent que le monarque est une espèce en voie de disparition.
Sa présence devient de plus en plus rare, menacée par les changements climatiques. Il pourrait même un jour disparaître complètement, comme sur la deuxième photo. Mais reste à l’affût! Alice prépare un article qui t’expliquera comment tu peux aider à le protéger.
De l’artiste Kathleen Breault.
Mon coup de cœur à moi, c’était cette œuvre, qui représente une colombe. Savais-tu que c’est le symbole de la paix? En le regardant de plus près, on réalise que l’oiseau est constitué de tout plein d’objets qui rappellent la guerre, comme des armes et des bombes. L’artiste fait référence à Donald Trump, le président des États-Unis, qui dit vouloir la paix, mais qui recourt régulièrement à la violence…
De l’artiste Carolyne Plante.
En voyant cette sculpture, impossible de ne pas penser à nos lecteurs des As de l’Info! Te doutes-tu pourquoi? Tu as sûrement beaucoup entendu les fameux chiffres 6…7 dans ta classe cette année! Mais en regardant derrière ces grands chiffres colorés, on remarque des images et des mots liés à des actualités qui ont touché la planète. Comme quoi parfois, ce qui devient viral attire toute notre attention… pendant que d’autres nouvelles importantes passent presque inaperçues.
Et toi, quelle actualité de la dernière année t’a le plus marqué? Comment la représenterais-tu en œuvre?
Le melon d’Oka, le concombre de tante Alice, la tomate Plourde, le haricot Thibodeau, la pomme de terre «crotte d’ours»… toutes sortes de fruits et légumes aux noms étonnants étaient cultivés au Canada il n’y a pas si longtemps. Mais on ne les trouve presque plus dans nos champs et encore moins à l’épicerie.
Pourquoi? Parce que, pendant le 20ᵉ siècle, l’agriculture industrielle s’est beaucoup développée. Et les semences traditionnelles ont été remplacées par des variétés plus faciles à cultiver en très grande quantité.
Imagine : 90 % des variétés de plantes cultivées pour l’alimentation ont disparu de la surface de la Terre depuis le début des années 1900! Ça signifie qu’aujourd’hui, une grande partie de la nourriture mondiale provient d’un très petit nombre d’espèces. Ça pose plusieurs problèmes :
👎 Si on cultive une seule sorte de patate, par exemple, et que cette sorte est atteinte par une maladie ou un insecte, des cultures entières pourraient être détruites. Ça rend vulnérable aux pénuries.
👎 Quand des espèces cultivées disparaissent, c’est une partie de notre histoire qui disparaît : plus jamais on ne pourra déguster ces fruits et légumes ou reproduire les recettes de nos ancêtres.
Heureusement, des passionnés d’agriculture, comme Bernard Lavallée, le nutritionniste urbain, ont décidé de passer à l’action. Ils distribuent ou vendent des variétés très anciennes de fruits et légumes pour éviter qu’elles disparaissent.
Ces semences ancestrales ont plusieurs avantages :
💪 elles sont mieux adaptées à notre climat, sont plus robustes et de meilleure qualité;
🐝 elles plaisent aux pollinisateurs qui aident à la productivité du potager;
🌾 on peut récupérer leurs graines pour les replanter l’année suivante et obtenir de bons résultats (ce n’est pas toujours le cas des variétés industrielles);
🐛les cultiver permet d’avoir une plus grande diversité d’aliments, donc de mieux résister aux espèces nuisibles qui font leur apparition avec le réchauffement climatique;
💙 elles permettent de redécouvrir des aliments anciens et de préserver notre histoire agricole.
C’est une autre solution impressionnante : dans de nombreux pays, des semences sont entreposées dans des «banques de graines». Au Canada, il en existe une à Saskatoon, en Saskatchewan. Elle conserve plus de 110 000 sortes de semences canadiennes.
Mais il existe une banque de graines qui contient des semences venant du monde entier : la Réserve mondiale de semences du Svalbard. Il s’agit d’une forteresse souterraine creusée à 120 mètres de profondeur, dans une montagne de l’île norvégienne du Spizberg.
Son objectif : abriter une copie des collections provenant de 1700 banques de semences à travers le monde. Elle permet ainsi de protéger les cultures les plus importantes, comme le maïs, le riz ou la pomme de terre, et d’éviter leur disparition en cas de problème dans une autre banque de graines. Des semences canadiennes y sont entreposées, notamment certaines variétés de blé cultivées au pays dans les années 1800.
La Réserve mondiale de semences du Svalbard a été conçue pour résister aux catastrophes comme les tremblements de terre, les incendies, la montée des océans et le terrorisme.
Savais-tu qu’il est possible de se procurer des semences gratuitement dans des grainothèques? On en trouve dans plusieurs bibliothèques de Montréal un peu partout au Canada.
Le principe : on «emprunte» des semences, on les cultive, puis on rapporte les nouvelles graines obtenues pour que quelqu’un d’autre puisse les utiliser. C’est un beau geste de partage! Et, en plus de ça, les graines qu’on y trouve proviennent souvent de notre quartier, elles sont donc adaptées au climat de la région.
Est-ce que dans ton école ou avec ta famille vous cultivez des fruits ou des légumes? Lesquels?
«Profiter de possibilités d’emploi en français et en anglais; parler en français et en anglais dans la vie de tous les jours […] profiter de services communautaires, de soins de santé ou de services de garde en français.» Telle est la promesse d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) aux nouveaux arrivants francophones.
Vivre en français, mais à quel prix? Derrière les cibles du gouvernement, des vies s’écrivent – loin des chiffres.
«Le pire manque de préparation, c’est vraiment la température», amorce Julie Cayouette, directrice générale de l’Association francophone du Labrador, qui a déjà vu des personnes débarquer en sandales et sans manteau.
«Il y en a qui n’arrivent pas du tout prêts. Il y en a qui arrivent tellement prêts que c’est étonnant, rebondit David Lapierre, coordonnateur du Réseau Immigration francophone de Terre-Neuve-et-Labrador. Ils arrivent avec une résidence permanente, le manteau d’hiver; ils ont déjà un logement, puis ils s’achètent une voiture.»
Elizabeth Núñez Peralta, directrice d’Accueil Francophone TNL, estime que la publicité pour venir au Canada est «attirante» et très bien faite.
Quand les gens arrivent ici, ils s’attendent à beaucoup. Je pense qu’on devrait plus montrer aussi les côtés négatifs.
Ayant vécu dans plusieurs pays, elle juge que le Canada n’est pas assez direct dans sa communication : «Ici c’est “oui, mais non”.»
Certains employeurs font aussi preuve d’opacité. «C’est beaucoup eux qui font le recrutement directement», observe Julie Cayouette à Labrador City. «Qu’est-ce qu’ils leur promettent avant d’arriver? Ça, on ne sait pas.»
La compétition entre provinces n’arrange rien. Dans les salons de recrutement à l’étranger, comme Destination Canada, l’heure est à la séduction, pas à la dissuasion. «Les provinces n’auront pas le choix que de dire les bons côtés, parce que si tu dis les mauvais, les autres peuvent tout rafler, signale David Lapierre. Tu ne peux pas tant aller dans le négatif.»
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Les firmes de consultations privées qui accompagnent la préparation des dossiers d’immigration – contre rémunération – n’aident pas.
«Le gouvernement n’a aucune compétence sur ces entreprises et elles sont nombreuses […] Elles ne vont pas donner une vision réelle des défis affrontés par les immigrants parce que ça risque de ne pas attirer autant de clients», détaille la professeure adjointe au département d’études françaises à l’Université de Guelph, en Ontario, Janaína Nazzari Gomes.
Parallèlement aux informations dites «officielles» des gouvernements et des institutions, la chercheuse identifie d’autres sources «informelles», comme les influenceurs et les groupes Facebook.
Pour Janaína Nazzari Gomes, les organismes francophones pourraient être plus actifs sur Facebook et «parler avec des influenceurs pour qu’ils puissent aussi faire la promotion des services en français».
«C’est là où ça commence à être plus honnête […], où les gens ont l’impression d’avoir des informations réelles sur les couts de la vie, la difficulté de louer un appartement.» Pour elle, les prestataires de services auraient tout intérêt à investir ces espaces.
Ses recherches ont en outre révélé un angle mort : peu d’études s’intéressent aux dynamiques linguistiques des immigrants francophones et à comment cela affecte leur établissement.
«Nous avons un problème de rétention : pas seulement géographique, mais aussi linguistique», affirme Janaína Nazzari Gomes. Même si le gouvernement parvient à augmenter sa cible d’immigrants francophones, cela ne veut pas dire qu’ils utilisent forcément le français une fois arrivés, rappelle-t-elle.
«Certains veulent s’assimiler, parce qu’ils ont développé une grande déception.» D’autres abandonnent carrément leur langue maternelle ou inscrivent leurs enfants dans des écoles anglophones – à dessein.
Pourtant, «envoyer son enfant à l’école francophone est la meilleure manière d’assurer qu’il sera parfaitement bilingue à la fin du cursus», avance la directrice générale de l’Observatoire en immigration francophone au Canada (OIFC), Kimberly Jean Pharuns. «Et ça, malheureusement, beaucoup de personnes immigrantes n’en sont pas conscientes.»
«Le bilinguisme est une condition d’autonomie», appuie Francis Essebou.
«La plupart des nouveaux arrivants n’ont pas les informations exactes. Surtout pour le Nunavut, parce que pour beaucoup de gens, c’est une terre inconnue, même pour les personnes qui sont ici au Canada», soulève Francis Essebou, directeur général de Carrefour Nunavut.
Froid, absence d’arbres, cout de la vie, isolement géographique et social : les défis sont réels. Mais l’emploi, lui, est quasi garanti : «C’est pour ça que je parle de choix de raison.»
L’organisme francophone prépare le terrain : un guide expose les réalités du territoire, la place dominante de l’anglais, celle de l’inuktitut et de l’inuinnaqtun. Les nouveaux arrivants sont même accueillis à l’aéroport.
«Maintenant, ceux qui passent par des réseaux informels ou qui ne passent pas par nous, ils viennent au petit bonheur la chance.»
La question du bilinguisme revient souvent sur la table. «Plusieurs immigrants francophones sont mal préparés et quand ils arrivent, ils pensent que tout peut se faire en français, que le Canada est un pays bilingue», constate Janaína Nazzari Gomes.
Ce qui soulève, selon elle, un problème éthique : «Il y a encore des informations qui ne sont pas bien véhiculées.»
Pour faire accroitre l’immigration en situation minoritaire, on ne peut pas ne pas dire aux immigrants toute la vérité, parce que c’est leur vie, ce sont leurs rêves. Il faut être blunt, il faut être extrêmement honnête.
«Le Canada, un pays bilingue? Au niveau fédéral, oui, mais au niveau provincial, non. Mais comment tu vas savoir ça? Si on le met dans les programmes de préarrivée, ces petits détails valent beaucoup», soutient Elizabeth Núñez Peralta.
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«On pourrait en faire beaucoup plus» en matière d’information et de préparation des nouveaux arrivants, estime Kimberly Jean Pharuns, qui n’hésite pas à parler de «lacunes».
Pour Kimberly Jean Pharuns, il est important de présenter aux candidats et candidates la francophonie canadienne dans son ensemble pour leur permettre de faire un choix de destination éclairé.
Le service prédépart Connexions Francophones, financé par IRCC, propose un accompagnement personnalisé gratuit, mais il nécessite d’avoir la résidence permanente. «C’est déjà un premier frein», dit-elle.
L’OIFC mène actuellement une étude sur l’immigration francophone aux Territoires du Nord-Ouest. «Ce que les participants ont soulevé, c’est un décalage entre leur attente initiale et la réalité locale», commente la responsable.
«Les gens ne doivent pas rester isolés. C’est très facile d’arriver dans une ville comme Ottawa, Halifax, Edmonton, et ne pas savoir qu’il existe une minorité francophone, des associations, une vie culturelle en français», insiste le directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Alain Dupuis.
Le renvoi vers des prestataires francophones est loin d’être systématique. «On sait qu’en ce moment, si un nouvel arrivant tombe sur un organisme en anglais, celui-ci ne prend pas la peine de l’informer qu’il peut recevoir des services en français d’un autre organisme», regrette-t-il.
Près de la moitié des nouveaux arrivants d’expression française n’ont pas recours à des services d’établissement en français.
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«À travers les années, on a beaucoup entendu que les gens n’avaient pas nécessairement reçu l’heure juste», reconnait Alain Dupuis. Il cite la promotion à l’international d’un Canada bilingue qui donnait «l’impression d’un pays où on peut se servir des deux langues de façon assez uniforme partout sur le territoire».
«Nous ne sommes pas là pour vendre du rêve», lâche le directeur du Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario (RIFCSO), Alain Dobi.
Autrement dit : il faut être réaliste, sans être défaitiste. Avoir un certain niveau d’anglais est désormais présenté comme un atout, dit-il. Le ton a aussi changé : «On ne fait plus juste la promotion comme si c’était une destination de voyage d’été.»
Des pistes existent. David Lapierre cite le Nouveau-Brunswick, qui mise sur la formation professionnelle à distance, avec des écoles au Maroc et en Tunisie. Résultat : les candidats arrivent avec un diplôme reconnu et un avant-gout de la réalité professionnelle.
Il parle aussi de «casting» : «Ce n’est pas tout le monde qui est fait pour aller en Ontario ou à Terre-Neuve.»
Reste la question de posture. «L’approche d’IRCC, c’est beaucoup client, client, client, déplore Elizabeth Núñez Peralta. [Nous] on veut traiter les gens comme des amis, pour qu’ils trouvent en nous des gens qui vont devenir leur famille.»
«C’est un défi continu», conçoit Alain Dupuis, alors que l’immigration francophone est passée de 9000 à 30 000 résidents permanents par an.
Car au bout du compte, l’enjeu est simple : «Je dois être capable de savoir que je vais aller acheter du pain et que je vais pouvoir discuter avec quelqu’un en français», résume Janaína Nazzari Gomes.