Inspirée du poème de Henry W. Longfellow (1847), l’œuvre dépasse la simple adaptation romantique. Ici, l’histoire d’amour devient le fil conducteur d’un récit plus vaste : celui de la déportation des Acadiens.
Sur scène, l’histoire prend vie grâce à une distribution en partie acadienne. Gabriel Lajeunesse est incarné par le Québécois Olivier Dion, Évangéline Bellefontaine par l’Acadienne Maude Cyr-Deschênes, tandis que le personnage historique de Joseph Broussard, dit Beausoleil, leadeur de la résistance acadienne avant, pendant et après la Déportation de 1755, est interprété par l’acadien Raphaël Butler.
Le récit entraine le spectateur dans un voyage allant de la Nouvelle-Écosse au Québec, puis jusqu’en Louisiane, suivant les tentatives des deux amants de se retrouver.
La comédie musicale s’articule autour d’une trame de 22 chansons originales, mêlées à des pièces musicales traditionnelles acadiennes et mi’kmaq, pilotée par le metteur en scène et directeur de création d’origine française, Jean-Jacques Pillet.
À la toute fin, on peut entendre une interprétation de la célèbre chanson Évangeline.
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Rachel Léger, Acadienne originaire de Caraquet, installée à Montréal depuis 35 ans, était présente à la première. Elle a été surprise par l’ampleur de la production. «Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Tout était original : les textes, les chansons, les costumes. C’est une grosse production. J’ai été très agréablement surprise».
André-Carl Vachon a travaillé pendant deux ans sur la révision historique de la comédie musicale.
Elle souligne le caractère touchant et émotif du spectacle, mais aussi sa la prise de conscience qu’il peut entrainer. En sortant de la salle, l’Acadienne raconte avoir entendu d’autres spectateurs s’étonner de ne pas mieux connaitre l’histoire de la Déportation.
Cette dimension éducative n’est pas un hasard. L’historien André-Carl Vachon, engagé dès janvier 2024 comme réviseur historique, a travaillé pendant plus de deux ans à valider les textes, les dates et les lieux mentionnés dans la pièce. Son rôle consistait à assurer la cohérence entre la liberté artistique du scénario et la rigueur des faits historiques.
«Je recevais les textes, je les commentais, je proposais des corrections lorsque nécessaire», confie-t-il en entrevue avec Francopresse.
Par exemple, une scène évoquait l’incendie d’un village à une date erronée. «Le village dont ils parlaient avait déjà été brulé au moment du récit. Je suis retourné aux sources et j’ai suggéré de camper cette scène dans un autre lieu.»
Aussi, les chiffres présentés sur les affiches historiques que les spectateurs peuvent consulter hors de la salle et dans le programme du spectacle n’ont pas été arrondis. Ils correspondent aux données documentées sur la population acadienne avant 1755, estimée à 12 521, ainsi que sur le nombre d’Acadiens déportés au Québec et vers les treize colonies américaines, soit 9149. «Je préfère la précision. À force d’arrondir, on finit par gonfler les chiffres», explique André-Carl Vachon.
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Des artistes interprètent des danses autochtones pendant le spectacle, en s’inspirant de traditions mi’kmaq.
Le spectacle intègre un aspect longtemps laissé en marge de l’histoire : l’alliance entre les Acadiens et les Mi’kmaq. Pour l’historien, cet élément était essentiel. «Dès 1610, une alliance est créée. Il y a eu entraide, cohabitation, mariages. C’est une réalité historique.»
Il rappelle que cette alliance ne relevait pas que de la diplomatie, mais d’une coopération quotidienne. «Ce qui s’est installé, c’est une relation qui a permis aux deux peuples de vivre en paix. Il y a eu entraide. Les Autochtones ont aidé les Acadiens (et les Français à l’époque) à s’installer, à apprendre comment survivre à l’hiver. Ils ont cohabité sans gêne.»
Sur scène, cette relation prend forme à travers le personnage d’Hanoah, interprété par l’actrice Océane Kitura Bohémier-Tootoo, et des chorégraphies qui rendent hommage à la culture mi’kmaq.
Pour Rachel Léger, cet aspect était primordial. «On ne parle pas souvent de cette partie de notre histoire. J’ai trouvé ça très beau qu’on leur fasse une place dans les danses et les chansons.»
Le cinéaste acadien Phil Comeau était également présent à la première. «C’est un spectacle d’une puissance remarquable», confie-t-il. Celui-ci a été particulièrement touché par Maude Cyr-Deschênes dans le rôle d’Évangéline : «Quelle interprétation belle et inattendue de ce personnage! Elle est présentée comme une femme forte et combattante».
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À l’annonce de la distribution, certaines voix s’inquiétaient du nombre limité d’artistes acadiens dans la distribution et de la place accordée à l’accent acadien.
Rachel Léger aborde la question avec nuance. «Pour moi, il n’y a rien que je trouve plus faux qu’un accent forcé». Elle rappelle qu’il n’existe pas un seul accent acadien. «Moi, je viens de Caraquet. À Saint-Simon, ce n’est pas le même accent. À Moncton non plus. Alors on prend lequel?»
L’acteur Olivier Dion dans le rôle de Gabriel Lajeunesse et Maude Cyr-Deschênes qui interprète Évangéline Bellefontaine.
André-Carl Vachon, qui est également généalogiste, ajoute une perspective au débat. Face aux critiques évoquant un manque de représentation acadienne, il a entrepris de retracer la généalogie des artistes. «Tous les comédiens et chanteurs de la production ont des ancêtres acadiens», affirme-t-il, à l’exception d’Océane Kitura Bohémier-Tootoo, artiste innue.
Il rappelle qu’une large proportion des Québécois ont des racines acadiennes – 78,5 % selon une recherche de Claude Bhérer de 2014–, signe d’une diaspora encore bien vivante.
Au-delà des débats, Évangéline touche une corde sensible. Pour Rachel Léger, la pièce s’inscrit dans un mouvement plus large de redéfinition identitaire. «Il y a une fierté acadienne qui est renouvelée depuis 10 ou 15 ans», relate-t-elle.
«La comédie musicale parle d’une histoire très importante. Et moi, ça m’a donné beaucoup de fierté», ajoute l’Acadienne.
La scène de la Déportation est difficile à regarder, reconnait-elle. «Mais on ne peut pas effacer notre histoire. Elle est tragique, mais on s’est relevés. On est encore là.»
Avec 33 représentations prévues à Montréal, Québec, Trois-Rivières et Moncton, la production amorcera sa tournée en mars. Elle sera présentée à Moncton en juillet.
Porté par le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC), le projet Francobadges vient de franchir une nouvelle étape. L’organisme a signé une entente avec l’organisation Chantier de l’économie sociale pour faire de Francobadges une coopérative de solidarité.
L’initiative vise la mise en place de badges numériques afin de valoriser les compétences sociales et économiques des francophones d’un bout à l’autre du pays.
Le RESDAC assurera la coordination et le développement global du projet. Le Chantier de l’économie sociale doit fournir un accompagnement stratégique et une expertise-conseil pour guider la création de la coopérative. L’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICEA) participe également au projet.
Les badges seront accessibles via les organismes de la francophonie partenaires.
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Le but est de faire valoir les compétences et les expériences acquises dans des contextes formels, non formels ou informels.
Denis Desgagné est le directeur général du Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC).
«Ce qui est formel, ce sont des formations dans des écoles, dans des institutions reconnues par l’État», explique le directeur général du RESDAC, Denis Desgagné. Il cite les diplômes délivrés par les institutions postsecondaires.
Le non formel peut concerner le milieu du travail, par exemple des formations liées à un emploi en particulier. «Ce sont des formations bien organisées, structurées, comme dans le formel, sauf qu’elles ne sont pas reconnues par l’État», précise le responsable.
Enfin, l’informel désigne tout ce qu’on peut apprendre dans une vie, hors des cadres professionnels ou institutionnels.
C’est comme si on s’en va en auto et puis on a une crevaison et on me montre comment changer le pneu, où il est, les outils, etc. Ce n’était pas planifié, ce n’était pas structuré, mais j’ai appris dans l’action.
Un employeur pourra ainsi cliquer sur le badge numérique, qui regroupera toutes les compétences acquises par une personne dans ces différents contextes.
«C’est un outil qu’on remet à l’ensemble des organisations, des entreprises et des composantes de la francophonie au Canada pour vraiment reconnaitre les apprentissages, surtout dans des contextes non formels et informels», appuie Denis Desgagné.
Pendant presque deux ans, le RESDAC a consulté les organisations et fait des présentations pour mieux faire connaitre le projet Francobadges. «Il faut dire que c’est assez nouveau au Canada, encore plus nouveau dans la francophonie canadienne, donc il fallait démystifier cette plateforme de reconnaissance», conçoit le directeur général.
«Plusieurs partenaires sont déjà en train de travailler de près ou de loin avec nous pour devenir membres et s’approprier les outils de reconnaissance.»
Denis Desgagné espère que cette initiative améliorera l’apprentissage tout au long de la vie. «Il y a beaucoup d’improvisation et très peu de financement pour l’apprentissage ou la formation dans nos milieux, que ce soit pour les bénévoles ou les employés […] On a tellement de rattrapage à faire dans l’apprentissage chez les francophones du Canada.»
Il espère que la coopérative sera entièrement opérationnelle au cours de l’année.
Selon la directrice générale de Coalition pour la diversité des expressions culturelles (CDEC), Marie-Julie Desrochers, l’intelligence artificielle (IA) générative a révolutionné les industries culturelles depuis son apparition, il y a à peine trois ans.
Pour Marie-Julie Desrochers, la culture a une double nature : économique, car elle crée des emplois, et identitaire.
Ce secteur «a généré 65 milliards de dollars en valeur ajoutée et a soutenu 1,1 million d’emplois à travers le pays» en 2024, selon un rapport de la CDEC. En contrepartie, la directrice générale indique que plusieurs personnes dans ce domaine ont perdu des contrats face à la montée de l’IA. Des jeunes ont décidé de changer de voie, car ils ne perçoivent aucun avenir dans les industries créatives, poursuit-elle.
Marie-Julie Desrochers souligne qu’il est donc important de prendre en compte la perspective des milieux culturels, des artistes et des entreprises qui les soutiennent. C’était l’idée de l’évènement Valoriser la créativité humaine à l’ère de l’IA, présenté par la CDEC le 11 février au Centre national des Arts, à Ottawa.
«On avait 150 inscriptions. Pour une organisation comme la nôtre, c’est beaucoup. On voit que c’est vraiment un sujet qui intéresse», souligne Marie-Julie Desrochers en entrevue avec Francopresse.
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Derrière les chiffres et les panels, une autre voix se fait entendre : celle des experts inuits qui voient dans l’IA un outil de survie culturelle.
La vice-présidente inuite de Heritage Lab, Natasha Ita MacDonald, a affirmé que son organisme se sert de l’intelligence artificielle pour protéger l’identité de cette nation qui habite le Nord depuis des milliers d’années. Avec l’aide de ces outils, ils ont créé le Projet Ai!, un outil pour la préservation linguistique.
Les deux panélistes (Thomassie Mangiok à gauche et Natasha Ita MacDonald à droite) ont un héritage familial similaire : une mère inuite et un père non autochtone. À leur avis, cela leur permet de témoigner de leur expérience des deux sphères culturelles.
Lors d’un panel avec un des membres du conseil d’administration de Heritage Lab, Thomassie Mangiok, ils ont présenté comment l’IA peut être un levier pour la diversité linguistique et culturelle.
Selon Natasha Ita MacDonald, l’IA n’est pas une menace en soi. «C’est un outil pour nous; ce n’est pas pour nous remplacer.» Elle a insisté sur le fait qu’il faut pouvoir imaginer les utilisations de l’IA dans la société pour soutenir le travail effectué en relation avec la culture.
Natasha Ita MacDonald explique que quatre régions inuites existent actuellement. Dans les communautés du Nunavut, environ 90 % de la population locale parle toujours l’inuktitut, au Labrador, c’est 22 % et, dans l’Ouest, 21 %. Toutefois, ces chiffres sont en baisse constante.
«[La culture et la langue] sont en train de se perdre. Cela pourrait se faire en une seule génération», s’inquiète Natasha Ita MacDonald. Elle a également constaté un autre changement : les élèves de ces communautés parlent anglais à la maison; qui n’est pas leur langue maternelle.
Parmi les causes, la vice-présidente de Heritage Lab a souligné la présence de la langue «coloniale» dans le monde numérique. Les étudiants inuits utilisent l’intelligence artificielle comme tout le monde, mais ils accèdent seulement à des versions «coloniales», et non à des versions développées par les Inuit pour les Inuit, dit-elle.
Natasha Ita MacDonald refuse l’idée que la modernité efface l’identité de sa communauté : «Chaque nouvelle technologie […] ne nous a pas rendus moins Inuit. Nous nous sommes simplement approprié ces technologies pour répondre à nos besoins. C’est ainsi que je vois l’IA.»
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Heritage Lab partage son modèle Projet Ai! avec d’autres communautés autochtones afin de protéger et de préserver leur langue et leur culture. Par exemple, l’organisme collabore actuellement avec les Anishinaabé.
Pour Natasha Ita MacDonald, le cœur du problème est celui du contrôle : la communauté inuite doit effectuer le développement de son IA. «Nous devons donc assurer un contrôle autochtone, car nous ne voulons pas que notre langue, notre culture et nos valeurs soient emballées et revendues.»
Au cours de la conférence, elle a abordé les dérives des grandes entreprises, comme Meta et Microsoft; notamment un manque de respect pour les coutumes et traditions inuites. Elle a raconté : «À peine avions-nous terminé notre présentation [sur le Projet AI! de Heritage Lab] que Microsoft et Meta sont venus directement à notre table : “Que pouvons-nous faire pour vous?” Ma question a été : “Qu’est-ce que vous y gagnez ?” Ils n’ont pas su, ou pas voulu, répondre.»
La réponse passe par l’autonomie selon elle : les données du Projet AI! sont hébergées sur des terres autochtones, plutôt que dans des serveurs aux États-Unis. Elle indique que le gouvernement chinois et l’armée américaine tentent de collecter des données auprès des organisations inuites. Elle est convaincue que cet intérêt est dû à la course à l’Arctique. La souveraineté des données inuites est ainsi de la plus grande importance.
Natasha Ita MacDonald a ajouté que son projet compte actuellement plus de 3000 entrées terminologiques dans sa base de données, toutes collectées avec les autorisations nécessaires.
Le colonialisme systémique persiste encore aujourd’hui, a soutenu Natasha Ita MacDonald, citant les systèmes scolaires, de santé et de justice. «La décolonisation consiste donc à repenser et à redessiner les systèmes pour qu’ils répondent aux besoins des Inuit.»
Pour l’experte, les Inuit doivent concilier deux réalités : «Nous devons maitriser les langues coloniales […] mais nous devons aussi trouver le moyen de préserver notre identité et notre fierté».
Elle a néanmoins rappelé la fragilité financière de son organisme : comme c’est à but non lucratif et compte seulement trois employés, son équipe cherche de nouveaux financements tous les deux mois.
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Les Acadiens sont les descendants de colons français venus s’établir dans les provinces maritimes du Canada.
Il y a plus de 270 ans, les Acadiens vivaient en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard. Ce territoire était aussi la terre ancestrale des Mi’kmaq, un peuple autochtone, et les deux peuples vivaient en paix.
Mais en 1713, le territoire français passe aux mains de la Grande-Bretagne.
Quelques années plus tard, les autorités britanniques prennent la décision d’expulser les Acadiens de leurs terres. Entre 1755 et 1763, plus de 9000 Acadiens sont forcés de quitter leur maison. On les fait monter à bord de bateaux pour les envoyer dans d’autres colonies britanniques, notamment aux États-Unis. Cet événement porte un nom : le Grand Dérangement, aussi appelé la Déportation des Acadiens.
Certaines familles réussiront à revenir des années plus tard. Mais d’autres seront séparées pour toujours.
Le peuple acadien existe encore aujourd’hui, mais n’a jamais oublié cette blessure qui a marqué leur identité.
Maude Cyr-Deschênes et Olivier Dion incarnent les amoureux Évangéline et Gabriel.
La comédie musicale Évangéline s’inspire d’un poème écrit en 1847 par Henry W. Longfellow. Il raconte l’histoire fictive d’Évangéline et Gabriel, deux amoureux séparés par la déportation des Acadiens.
Pendant la première partie de la pièce, on voit Évangéline et Gabriel tomber amoureux et vivre dans leur village natal, en communauté avec les Mi’kmaq. Puis, leur vie est bouleversée par la déportation. Ils tenteront de se retrouver dans la seconde partie de la comédie musicale. On voyage avec eux dans les endroits où de nombreux Acadiens ont été envoyés, comme la Louisiane ou le Québec, et on découvre leur histoire… tout en musique!
Voir l’amitié entre les Acadiens et le peuple mi’kmaq sur scène. C’est un aspect de l’histoire des Acadiens que je connaissais moins. Dans le spectacle, cette relation a donné lieu à de magnifiques danses autochtones qui racontent les traditions de ce peuple.
2 h 30 de spectacle, c’est un peu long! Je gigotais sur ma chaise à certains moments. Je crois que certains moments de la deuxième partie auraient pu être coupés.
Avant la première du spectacle, certaines personnes se demandaient si l’histoire des Acadiens serait bien représentée. Les inquiétudes venaient du fait qu’il n’y avait pas beaucoup d’Acadiens dans la distribution et que l’accent acadien se ferait peu entendre.
Rachel Léger, une Acadienne présente lors de la représentation, m’a rassurée : «Même en Acadie, l’accent n’est pas toujours le même, alors pour moi, ça n’enlève rien au spectacle. Les comédiens ont vraiment bien représenté notre histoire».
«La comédie musicale Évangéline m’a fait vivre énormément de fierté et montre que notre histoire vit encore aujourd’hui», a-t-elle ajouté.
Le spectacle sera présenté de février à septembre 2026 à Montréal, Québec, Trois-Rivières et Moncton.
Et toi, connais‑tu une légende qui raconte l’histoire de ta culture?
Pendant ces quelques jours, ils ont joué différents rôles pour découvrir comment fonctionne le vrai Parlement. Ils ont aussi pu réfléchir à ce qu’ils aimeraient voir changer de la politique actuelle. Allons voir ce qu’ils ont eu à dire!
C’est tout simplement une simulation du vrai Parlement canadien! Les participants occupent tous les postes qu’on y retrouve : ministres, députés de l’opposition, journalistes.
Le but? Comprendre comment fonctionne la politique canadienne et apprendre à débattre et réfléchir aux enjeux importants. Cette activité est organisée chaque année depuis 13 ans et elle s’adresse à des jeunes de 14 à 25 ans.
En s’impliquant au Parlement jeunesse, les jeunes n’ont pas seulement appris comment fonctionne la politique. Ils ont aussi réfléchi à ce qu’ils attendent des politiciens et à leur manière de travailler ensemble.
Pour Sofia Lemay, originaire de Vancouver, la réponse est claire. «Personnellement, j’aimerais me sentir plus vue et écoutée par les politiciens autour de moi. Si le Parlement jeunesse m’a enseigné quelque chose, c’est que les jeunes ont le désir et la capacité de s’impliquer en politique. Maintenant, il faut juste qu’on nous écoute», dit-elle à une journaliste de Francopresse.
Pendant la simulation, Sofia faisait partie de l’opposition. Ce qu’elle a préféré? Faire des discours devant les autres.
À la suite de sa participation au Parlement jeunesse, Alexandre Veilleux, originaire de Moncton au Nouveau-Brunswick, a compris une chose : «La situation politique actuelle serait pas mal mieux si les politiciens collaboraient autant qu’on l’a fait dans nos simulations parlementaires», fait-il valoir à Francopresse.
Ce qui a le plus marqué Alexandre, c’est de voir comment les différents partis arrivent à se comprendre et travailler ensemble, malgré les désaccords.
Il ajoute en riant : «Moi, je sortirais la bonne vieille méthode acadienne : l’union fait la force»!
Et toi, quelle est la qualité qui ferait de toi un bon politicien?
Source : Francopresse
«Nous sommes en 2026 et le constat est clair : la demande en santé mentale dépasse toujours l’offre traditionnelle. La pandémie a non seulement exposé, mais amplifié les lacunes de notre système de santé», a amorcé Louis Moubarak, gestionnaire principal des affaires extérieures et des relations francophones à la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC).
Le spécialiste a brossé un portrait succinct de la cybersanté mentale au pays avant de répondre aux questions des participants et des participantes.
La cybersanté mentale désigne l’utilisation des technologies numériques pour fournir des soins et de l’information en matière de santé mentale.
Elle inclut, entre autres, les applications pour téléphones intelligents, les portails d’information en ligne, les dispositifs de réalité virtuelle, la coordination des parcours de soins, la prévention, l’autogestion, la téléconsultation ou l’entraide.
Face à une demande exponentielle et des listes d’attente qui ne cessent de s’allonger, la technologie peut apporter un début de solution. «Elle permet de franchir les barrières géographiques et temporelles», note Louis Moubarak.
La CSMC a élaboré la première stratégie nationale de cybersanté mentale au pays afin de structurer cette discipline et la rendre accessible à toute la population. «La cybersanté mentale doit faire partie intégrante du système [de santé].»
«Les données montrent que les solutions numériques peuvent être aussi efficaces que les traitements en personne et souvent plus rapides», commente le spécialiste.
Il rappelle que ce système doit inclure les principes IDEA (Inclusion, Diversité, Équité, Accessibilité) et des contenus adaptés culturellement, notamment pour les communautés autochtones.
La CSMC recommande en outre la création d’une plateforme nationale, à l’image de l’initiative Head to Health en Australie, un service d’aide en santé mentale gratuit.
Il est essentiel que le public et les professionnels aient accès à un guichet unique de ressources fiables
Les outils de santé mentale numérique permettent de rejoindre des populations qui se trouvent isolées géographiquement des centres de soins, mais aussi les minorités linguistiques, car ils peuvent proposer des services dans plusieurs langues.
Louis Moubarak est gestionnaire principal des affaires extérieures et des relations francophones à la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC).
Parmi les obstacles à la santé mentale numérique, Louis Moubarak identifie, entre autres, «la réticence ou le manque de confiance des cliniciens».
«La recommandation clé est de développer et intégrer des compétences en cybersanté mentale dans les programmes de formation initiale et continue. Une personne professionnelle doit savoir quand et comment intégrer un outil numérique, évaluer son efficacité et assurer une prise en charge éthique.»
L’accès à la technologie peut également représenter un défi pour certaines populations, notamment celles vivant en milieu rural. Si des personnes ne disposent pas d’un accès Internet suffisant pour utiliser des outils en ligne, Louis Moubarak les encourage à se rendre chez leur pharmacien ou leur pharmacienne.
«Dans certains centres, on peut avoir accès à un ordinateur pour pouvoir faire une session de télésanté», ajoute-t-il.
Le spécialiste a tenu à rappeler que l’intelligence artificielle ne saurait remplacer des professionnels de santé. «ChatGPT n’est pas un psychologue.»
Il ne faut pas prendre à la lettre ce qui est proposé par un robot. Ça reste un outil.
Il conseille plutôt l’utilisation d’applications comme ChillTime ou Mindshift, qui proposent des séries d’exercices (en anglais et en français) pour réduire son anxiété.
«Ces applications font attention et stockent leurs données d’une façon sécuritaire et confidentielle. Vos données ne sont partagées avec personne, alors qu’avec ChatGPT, on ne sait pas où nos données vont se ramasser finalement.»
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Louis Moubarak souligne que la cybersanté mentale sert avant tout à désamorcer une crise et «trouver immédiatement de l’aide». Mais cela ne remplace pas un rendez-vous en présentiel.
En cas d’urgence, la ligne fédérale téléphonique 988, gratuite et disponible 24 h/24, permet aux personnes ayant besoin d’un soutien immédiat d’obtenir de l’aide, soit en parlant à un psychothérapeute ou en étant redirigées au centre de crise le plus proche, par géolocalisation.
Le spécialiste invite plutôt les francophones en situation minoritaire à choisir l’option de parler à un professionnel en français en ligne, sinon, «vous allez vous ramasser à parler en anglais».
«Le principal pour désamorcer une situation en santé mentale, c’est de parler à quelqu’un de ce qu’on ressent», insiste-t-il. Cela peut être à un ami, un collègue ou tout simplement quelqu’un de confiance.
Les faits : Une fusillade a eu lieu à l’école secondaire de Tumbler Ridge, dans le nord-est de la Colombie-Britannique, mardi. Neuf personnes sont décédées et 27 ont été blessées.
Sept de ces décès étaient dans l’école, six étant des enfants de 12 à 15 ans. Deux autres personnes, le demi-frère et la mère de l’auteure de l’attaque, ont été retrouvés morts dans leur résidence de la petite localité de 2400 habitants.
Dans un point presse mercredi, la police a identifié la suspecte comme Jesse VanRootselaar, 18 ans. Elle a agi seule et des problèmes de santé mentale pourraient être en cause.
Réactions et solidarité des politiciens fédéraux : Jeudi soir, Mark Carney et Pierre Poilievre ont annoncé qu’ils voyageraient ensemble à Tumbler Ridge pour rendre hommage aux victimes et à leurs proches. Tous les chefs de partis fédéraux ont été invités.
«Des parents de Tumbler Ridge ont envoyé leurs enfants à l’école. Certains ne pourront plus jamais les serrer dans leurs bras. […] Je veux que chacun et chacune le sache : le pays est de tout cœur avec vous», a lancé Mark Carney en Chambre, mercredi.
La séance à la Chambre des Communes a été ajournée à la période de questions, en signe de respect pour la tragédie.
De son côté, le chef conservateur, Pierre Poilievre, a remercié le premier ministre et affirmé : «Aujourd’hui, il n’y a pas de partisanerie», avant d’offrir l’aide de l’opposition officielle.
«Lorsque nous envoyons nos enfants à l’école, nous nous attendons à ce qu’ils apprennent, rient et, surtout, nous nous attendons à les revoir le soir», a-t-il souligné, affirmant qu’aucun mot ne pouvait apaiser les âmes des proches des victimes, mais que «nous sommes à vos côtés».
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est exprimé en anglais pour offrir ses condoléances aux familles des neuf victimes. «Le Québec n’a jamais été aussi près de la Colombie-Britannique.»
Le chef du Bloc québécois a également offert ses hommages aux deux enfants tués par leur père dans la nuit de mardi à mercredi à Kitigan Zibi, en Outaouais. Ce dernier a retourné l’arme contre lui.
«C’est une journée noire […], nous nous souviendrons», a-t-il conclu, en référence à la devise du Québec.
Tous les partis ont tendu la main pour aider les personnes endeuillées.
Les fonctionnaires du Conseil du trésor et la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) ont répondu aux questions des membres du Comité permanent des langues officielles, jeudi, à propos du règlement proposé pour encadrer la partie VII de la Loi sur les langues officielles modifiée en 2023. Cette partie aborde les mesures positives que le gouvernement doit prendre pour la vitalité des minorités linguistiques.
Les députés ont voulu savoir s’il était possible d’encourager l’inclusion de clauses linguistiques dans les ententes de transfert fédérales-provinciales/territoriales, qui ne sont présentement par dans le texte du règlement.
Aucune réponse concrète n’a été fournie. Carsten Quell, juriste au Conseil du trésor, a cependant affirmé que le texte ne pouvait pas dépasser ce que la loi prévoit.
Consultations et prises en compte des revendications : Le Conseil du trésor affirme avoir consulté 60 organismes et plus d’une dizaine de fois la FCFA. Selon cette dernière, ce serait plutôt deux consultations.
Les fonctionnaires n’ont pas voulu donner le nombre de propositions des organismes francophones et d’autres groupes issus des minorités de langues officielles qu’ils ont intégré dans le règlement.
«Très peu a été retenu de nos consultations», avance Liane Roy, présidente de la FCFA. Cette dernière estime qu’environ 20 % ont été intégrés.
La FCFA insiste sur le besoin de données probantes sur les communautés francophones afin d’analyser différents enjeux qui les touchent.
La FCFA a publié un mémoire jeudi, qui explique ce qu’ils souhaitent voir implanter dans la Loi.
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Kelly Burke devrait savoir dans la semaine du 23 février si sa nomination comme commissaire aux langues officielles est confirmée par les parlementaires.
L’ex-commissaire aux services en français de l’Ontario, Kelly Burke, a comparu mardi devant les comités des langues officielles de la Chambre des Communes puis dans la chambre rouge du Sénat, pour donner sa vision du poste de commissaire aux langues officielles, auquel elle prétend.
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Jeudi soir, les députés du comité des langues officielles ont confirmé à l’unanimité qu’ils souhaitaient que Mme Burke soit la prochaine commissaire.
Flou : Le député conservateur Joël Godin a interrogé l’avocate de formation à plusieurs reprises sur les raisons de son abrupte de son ancien poste en Ontario, en 2023. Son mandat n’ayant pas de fin, elle s’est contentée d’expliquer avoir «réussi» sa mission.
«L’entrevue» pour convaincre les députés de toute allégeance de confirmer sa nomination comme commissaire aux langues officielles s’est déroulée sans autre accroc. L’ancienne sous-ministre ontarienne a affirmé qu’elle ferait la chasse à la «non-conformité» à la Loi sur les langues officielles et qu’elle lancerait deux études : une sur les communications du gouvernement avec le public canadien et une autre sur le numérique.
Dans le cadre de la mise en œuvre de la Loi sur la radiodiffusion modernisée, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a tenu en 2025 des consultations pour améliorer son soutien aux communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM).
Prise en compte des CLOSM : À la suite de 34 interventions de la part d’organismes, le CRTC a ajusté ses lignes directrices et renforcé ses pratiques en matière de consultation de ces communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM), ainsi que des francophones au Québec, conformément aux lois sur la radiodiffusion et les langues officielles.
Il prévoit notamment des consultations ciblées lorsqu’une décision pourrait nuire aux CLOSM, avec des délais supplémentaires et des avis adaptés.
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Le projet de loi C-9 déposé par le gouvernement libéral a fait couler beaucoup d’encre. Il modifie le Code criminel et crée de nouvelles infractions pour de la propagande haineuse, des crimes haineux et l’entrave à l’accès à des lieux religieux ou culturels.
Divers groupes religieux qui voient C-9 comme dangereux, car certaines définitions larges pourraient criminaliser des manifestations pacifiques ou la liberté de religion.
L’amendement critiqué du Bloc québécois sur la fin de l’exception religieuse devrait «aller de l’avant», a affirmé le chef du parti, Yves-François Blanchet, jeudi, en conférence de presse. Le premier ministre aurait affirmé que l’amendement serait inclus.
Exception religieuse : L’exception religieuse permet d’invoquer la «bonne foi» pour l’expression sincère de croyances fondées sur des textes sacrés dans les dispositions sur la propagande haineuse.
La suppression de cette exception signifie que les propos religieux ne bénéficieraient plus d’une protection particulière dans le Code criminel.
La communauté d’Arviat, située sur la rive ouest de la baie d’Hudson au Nunavut et qui compte environ 3000 habitants, a été choisie pour accueillir l’Université Inuit Nunangat, dont l’ouverture est prévue en 2030.
Gouvernée par les Inuit : Selon Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), l’organisme qui représente les Inuit au pays, le projet prévoit l’accueil de 100 étudiants et la création de la première université gouvernée par les Inuit dans l’Arctique canadien, considérée comme un levier de souveraineté et d’autodétermination.
Arviat sera le campus principal, mais d’autres localités du Nord pourraient accueillir des antennes régionales.
Participation du fédéral : Le projet est évalué à environ 200 millions de dollars et a déjà obtenu d’importants engagements financiers, notamment de la Fondation Mastercard et d’organisations inuites. Ottawa devrait également contribuer à hauteur de 50 millions de dollars.
Lundi, le président des États-Unis, Donald Trump, a menacé de bloquer l’ouverture du pont international Gordie-Howe, qui relie la ville de Windsor, en Ontario, à celle de Détroit, au Michigan.
Le premier ministre Mark Carney s’est fait rassurant cette semaine, après des propos du président américain de vouloir bloquer ce pont.
Il a également affirmé sur son réseau Truth social qu’il attendait une indemnisation de la part du gouvernement Carney pour tout ce que «nous avons donné au Canada».
Réaction canadienne : Le premier ministre Mark Carney a affirmé que la situation sera «réglée», après avoir fait le point avec Donald Trump au téléphone mardi.
Ce dernier dit souhaiter qu’au moins la moitié du pont soit la propriété des États-Unis.
«J’ai expliqué au président que le Canada a payé pour le pont, premièrement. Deuxièmement, c’est une propriété partagée entre l’État de Michigan et le gouvernement du Canada. Et il y a de l’acier américain et des travailleurs américains dans le travail pour le pont. Ce qui est le plus important, c’est l’ouverture du pont, oui, mais aussi le commerce entre le Canada et les États-Unis.»
Donald Trump a affirmé en 2017 que ce pont, alors à l’état de projet, était sur sa liste des projets prioritaires à exécuter.
En un an, la plateforme a franchi plusieurs caps. MUSIQC a atteint 225 000 utilisateurs et 540 000 visites, est passée de 28 à 150 programmateurs et programmatrices, et de 2500 à 6000 artistes.
«On a aussi triplé nos listes de lecture», ajoute la directrice générale de la Société professionnelle des auteurs, des compositeurs du Québec et des artistes entrepreneurs (SPACQ-AE), Ariane Charbonneau.
«On a vraiment fait énormément de chemin. On est une toute petite équipe, on est une petite association. On a travaillé d’arrachepied.»
Un robot conversationnel (chatbot) a également été intégré au site Internet pour aiguiller les auditeurs et auditrices indécis.
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MUSIQC propose un vaste répertoire de listes de lecture conçues par des artisans du milieu musical, regroupées par thèmes. Ces listes peuvent ensuite être écoutées sur les principales plateformes d’écoute en ligne.
Le site Internet regroupe aussi une multitude de fiches d’artistes francophones, accompagnées de leurs titres et de liens vers leurs réseaux sociaux. On y trouve aussi des portraits des programmateurs et programmatrices.
«Au niveau de tout ce qui est francophonie hors Québec, c’est un work in progress. C’est tout le temps remettre à jour les listes de lecture, les bonifier, travailler avec de nouveaux partenaires», explique Ariane Charbonneau.
L’Alliance nationale de l’industrie musicale (ANIM) et l’Association des professionnel.le.s de la chanson et de la musique (APCM) sont déjà dans la boucle.
Pour David Robquin de l’APCM, l’initiative MUSIQC est prometteuse.
«On a vraiment apprécié qu’ils ouvrent justement un dialogue avec la francophonie canadienne hors Québec», partage David Robquin, chargé d’accompagnement et de la mise en marché numérique à l’APCM.
Les représentants de MUSIQC se sont d’ailleurs rendus au gala des prix Trille Or, en mai 2025 à Ottawa, et la plateforme a ensuite proposé une liste de lecture avec les artistes nommés.
«On a vraiment senti un impact sur les streams. À la suite des Trille, on voyait comme une hausse de lecture, qui provenait de la liste de lecture qu’ils ont créée. Ce ne sont pas des chiffres incroyables, mais c’est un début et c’est toujours ça de pris», note le responsable.
Pour lui, cette première année de collaboration est très encourageante et l’APCM compte bien continuer sur cette lancée.
«Je sais qu’ils ont cette sensibilité-là d’inclure aussi des artistes de la francophonie canadienne dans d’autres listes de lecture, parce que le but, ce n’est pas juste de nous enfermer dans une case, c’est aussi que ça transpire sur les autres listes.»
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Aux yeux de David Robquin, MUSIQC constitue un levier important pour les stratégies de mise en marché de l’APCM et pour les artistes, en multipliant les occasions de découvrabilité.
«On a déjà vu un grand impact des playlists sur l’écoute de nos artistes», témoigne de son côté Julie Fradette, gestionnaire de projets à l’ANIM.
Ariane Charbonneau est la directrice générale de la Société professionnelle des auteurs, des compositeurs du Québec et des artistes entrepreneurs (SPACQ-AE), à l’origine de MUSIQC.
Les grandes plateformes d’écoute ne vont pas nécessairement distinguer les différentes francophonies. MUSIQC permet selon elle de les mettre en lumière et de faire circuler les œuvres de la francophonie minoritaire, «non seulement à travers le Canada, mais également à travers le monde».
«Souvent, les playlists franco, ça va être genre “Café montréalais” ou “Québec halte”; des choses qui sont peu actualisées et qui font en sorte que nos contenus se noient un peu à travers ça.»
Au lieu de mettre sous un même parapluie tous les contenus francophones, MUSIQC a fait le pari d’illustrer «la diversité des expressions musicales en francophonie, en proposant vraiment des niches musicales qui sont vraiment ciblées», souligne-t-elle.
Au-delà de la découvrabilité, les listes de lecture permettent de «redécouvrir» des œuvres jusque-là cantonnées à un public particulier.
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Dans un paysage numérique dominé par les algorithmes et l’intelligence artificielle, MUSIQC fait le pari de replacer l’humain au centre du processus de curation. Les listes de lecture de la plateforme sont concoctées par des programmateurs et des programmatrices issus de l’industrie musicale francophone.
C’est ça, la vraie découverte. C’est un être humain qui va aller prendre le temps d’écouter la musique d’un artiste. Un algorithme va se baser sur des chiffres, donc c’est de plus en plus difficile pour les artistes émergents de se faire connaitre ou de se faire découvrir grâce à l’algorithme, parce qu’ils partent déjà avec un handicap s’ils n’ont pas déjà des chiffres
«C’est fait par des gens qui sont directement sur le terrain, qui n’ont pas nécessairement les mêmes cibles aussi», abonde dans le même sens Julie Fradette.
MUSIQC espère bien continuer de s’exporter à l’étranger, après avoir lancé à l’automne dernier une plateforme en France.
«On a aussi la volonté de tisser des liens avec d’autres pays de la francophonie, annonce Ariane Charbonneau. On est déjà en train de parler avec des représentants de la Belgique, de l’Afrique et de la Suisse.»
Évidemment, rien ne se fait sans argent. Ariane Charbonneau rappelle que «pour continuer à vivre», les organismes culturels doivent être soutenus par les gouvernements, tant au niveau fédéral que provincial.
Julie Fradette à l’ANIM plaide également pour un financement pérenne de l’industrie musicale francophone.
En comité le soir du mardi 10 février, Kelly Burke a soigneusement esquivé de préciser les raisons de son départ soudain du poste de commissaire aux services en français de l’Ontario, en 2023, après trois ans en fonction.
«C’est l’éléphant dans la pièce», a observé Joël Godin, député conservateur.
Devant l’insistance du député sur cette question, Kelly Burke a maintenu avoir quitté son poste, car elle avait «complété mon mandat et réussi à améliorer les services en français pendant une pandémie.» Elle a pourtant confirmé par la suite que son mandat n’avait pas de fin prévue lors de son embauche.
Pour obtenir une réponse, le député Godin lui a rappelé qu’elle était en «processus d’embauche». «On veut savoir si la personne est la meilleure. Vous semblez esquiver.»
«Je n’entrerai pas dans les détails», a-t-elle répondu, notamment concernant l’existence d’une possible entente de non-divulgation.
C’était la question la plus brulante, puisque, selon la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Liane Roy, Kelly Burke «semble cocher toutes les cases» en termes de compétences.
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Pendant près de deux heures au comité des Communes et une heure devant celui du Sénat, Kelly Burke a fait valoir son expérience d’avocate pour mettre au pas les ministères à propos de la conformité à la Loi sur les langues officielles, de l’égalité «réelle» entre l’anglais et le français dans la fonction publique.
Interrogée sur le premier dossier auquel elle s’attaquerait si elle était confirmée comme commissaire aux langues officielles, elle affirme que ce serait la conformité dans les ministères, pour contrer les «problèmes systémiques».
Selon moi, on commence avec une étude des causes à la base de la non-conformité
Kelly Burke a notamment parlé de la difficulté d’établir les niveaux de responsabilité des langues officielles entre Patrimoine canadien et le Conseil du Trésor. Ce dernier vérifie que les autres ministères suivent les lois. «Souvent, il est difficile de savoir qui prend les devants et qui suit», a-t-elle illustré.
L’avocate veut aussi étudier comment le numérique peut servir l’égalité réelle et lancer une vaste étude à cet égard.
Questionnée sur sa vision de l’indépendance face au Parlement en tant que commissaire aux langues officielles, Kelly Burke a expliqué qu’elle ne serait pas influencée par «le cycle médiatique», avec lequel elle prendrait une «distance».
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Elle a également reconnu le déclin du français «au Québec et au Canada». Pour elle le «respect général» des Canadiens et Canadiennes pour les deux langues officielles et entre les provinces pourrait être utilisé pour atteindre l’égalité entre les deux langues.
Kelly Burke attend d’avoir «l’expertise» de son équipe et tous les outils pour «changer la culture [inégale entre les deux langues] et responsabiliser l’appareil fédéral».
Elle compte lancer une seconde étude; cette fois sur les communications du gouvernement avec le public canadien.
Elle s’est toutefois limitée à de brefs commentaires sur l’application en cours de la Loi sur les langues officielles, par le biais de règlements très critiqués, tant pas les anglophones que par les francophones.
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À titre de Québécois faisant partie de la communauté anglophone, le député libéral Anthony Housefather – exceptionnellement présent en comité parce qu’il n’en fait pas partie – a voulu s’assurer que la commissaire serait «dévouée» aux deux communautés de langues officielles minoritaires.
«Je reconnais les deux minorités», a-t-elle répondu d’emblée, en s’appuyant sur ses propres racines «francophones et anglophones de l’Ontario», a-t-elle dit.
Elle a toutefois été moins encline à se prononcer lorsque le député Housefather lui a demandé si, comme son prédécesseur Raymond Théberge, elle critiquerait la Loi 40 du gouvernement du Québec, actuellement devant les tribunaux.
Cette loi «viole» la Charte canadienne des droits et libertés, a soutenu le député, qui assure que la loi «démantèle» les conseils scolaires anglophones.
«Je reconnais l’article 23 de la Charte et les droits qui en découlent. Il faut les protéger. Je pourrais mieux développer quand j’aurais plus de temps», s’est-elle contentée de répondre.
Dans la foulée du comité aux Communes, Kelly Burke s’est retrouvé devant le même comité du Sénat, où elle a plus ou moins donné les mêmes réponses.
Les deux comités doivent voter pour confirmer sa nomination comme commissaire aux langues officielles. Si approuvée, la Chambre des communes devrait voter pour la confirmation de son nom au cours de la semaine du 23 février.
Les deux groupes, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et le Talking Advocating Living in Québec (TALQ, anciennement QCGN) qui représente les anglophones du Québec, ont demandé une large révision d’un règlement proposé par Ottawa, qui touche à l’épanouissement des communautés de langues officielles en situation minoritaire.
Il s’agit plus techniquement du règlement (un document qui applique la Loi) sur la partie VII de la Loi sur les langues officielles (LLO), très attendue par ces communautés. Visiblement, ce dernier n’a pas obtenu la note de passage.
Des mesures positives?
Selon le conseiller principal en politiques du TALQ, Stephen Thompson, la partie 7 de la LLO n’est pas bien «définie». Il prend l’exemple de la présence du mot «vitalité» pour expliquer que rien n’en découle réellement.
Selon lui, le manque de définitions est entretenu sciemment par le gouvernement. «Le pouvoir discrétionnaire laisse de la marge de manœuvre. Un ministère peut décider d’une chose et un autre peut prendre une tout autre décision», a-t-il avancé lundi soir, devant les sénateurs et sénatrices.
Ce sont des définitions politiques. Le parlement veut cette marge de manœuvre pour gérer [sa relation avec] les provinces, notamment le Québec. C’est un impératif politique de garder ça dans le noir.
Selon Stephen Thompson, les institutions fédérales doivent savoir quelles mesures peuvent avoir un impact négatif sur les communautés.
La sénatrice Rose-May Poirier a demandé si la Loi sur les langues officielles avait amélioré les mesures positives. Stephen Thompson a raconté qu’Emploi et Développement social Canada (ESDC) lui avait dit que la partie 7 de la Loi est traitée globalement, mais ne permet pas de mettre en avant des initiatives précises, car rien n’est listé dans la loi ou le règlement.
Comme exemple, il a souligné que le fédéral n’avait pas accordé de financement pour une initiative remontant à 2021, destinée aux jeunes travailleurs pour les aider dans leurs recherches d’emploi. Pourtant, le ministre Duclos, responsable de débloquer le financement à l’époque, l’avait garanti aux anglophones du Québec.
«On exhorte ce comité à clarifier ce que ce règlement peut faire ou non», a pressé la directrice générale du TALQ, Sylvia Martin-Laforge. Elle a insisté à plusieurs reprises sur la responsabilité du fédéral.
«Vous ne cernez pas les lacunes du financement du Plan d’action pour les langues officielles», a-t-elle ajouté.
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Consulter à moitié
Sylvia Martin-Laforge a expliqué qu’il y avait «peu d’organisations [anglophones] qui ont de l’argent». Pas toutes ne peuvent se déplacer, payer des consultants politiques ou des avocats qui appuieraient les communautés anglophones du Québec dans leur participation aux consultations.
Ce n’est pas donné à tout le monde de comprendre même des consultations d’un ministère fédéral, c’est complexe, a-t-elle développé.
À cela s’ajoute un manque de «réels mécanismes de consultation», a fait valoir cette dernière.
Un aspect qui touche tout autant la FCFA. «Les consultations ne sont plus codifiées, notamment dans les préavis raisonnables», a expliqué Alain Dupuis, directeur général de l’organisme.
Pour les institutions fédérales, elles ont besoin de quelques jours alors que c’est un défi pour les organismes qui doivent consulter leurs membres sur une décision politique» dans un délai aussi serré.
La directrice du TALQ a glissé que son organisme n’est pas contre la promotion du français au Québec, tant que ce n’est pas mis «en opposition aux besoins des communautés anglophones minoritaires du Québec».
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Le français dans les mandats de chaque ministère
Pour la FCFA, les propositions du gouvernement fédéral pour préciser la partie sur l’épanouissement et la promotion des deux langues en contexte minoritaire «se situent à des années-lumière de l’intention du législateur, car [le règlement] se limite à répéter la Loi», déplore Liane Roy, la présidente de la FCFA.
Cette dernière a rappelé quatre recommandations de son organisme, toutes centrées sur les mesures positives : l’impact «positif, concret et démontrable» des mesures; des analyses et données probantes; une obligation pour le fédéral d’élaborer des cadres juridiques clairs et, entre autres, que les obligations des institutions fédérales favorisent les clauses linguistiques.
Selon l’avocat de la FCFA, Me Mark Keyes, les mesures positives doivent «s’insérer dans le mandat principal des ministères».
Pour Alain Dupuis, cela se traduirait par un volet francophone dans chaque mesure prise par le gouvernement, comme l’assurance de fournir des services en français lors de gros investissements – comme le logement par exemple.
«On estime que les besoins de nos communautés n’ont pas été pris en compte», lance Alain Dupuis.
Selon lui, les deux communautés minoritaires ont des besoins différents qui n’ont pas été pris en compte par Ottawa dans le règlement. Il cite notamment l’immigration francophone à l’extérieur du Québec comme différence notable, pour rétablir le poids démographique des francophones.
La FCFA demande aussi des indicateurs d’impact pour évaluer chaque mesure prise afin de mesurer leur effet sur l’apprentissage du français, l’éducation, l’appui à l’économie, la culture et pour contrer le déclin du français.
«L’esprit de la Loi ne se reflète pas dans le règlement», résume Liane Roy.
Nous sommes déçus collectivement de ce qui est présenté. Nos attentes étaient beaucoup plus grandes que ce qui a été livré.
Le manque de clarté pourrait avoir des conséquences à long terme, puisque la prochaine révision de la Loi est prévue dans 7 ans, soit en 2033. «C’est décourageant», a commenté le président du comité, le sénateur Allister Surette.