le Samedi 2 mai 2026

«Profiter de possibilités d’emploi en français et en anglais; parler en français et en anglais dans la vie de tous les jours […] profiter de services communautaires, de soins de santé ou de services de garde en français.» Telle est la promesse d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) aux nouveaux arrivants francophones.

Vivre en français, mais à quel prix? Derrière les cibles du gouvernement, des vies s’écrivent – loin des chiffres.

«Ici c’est oui, mais non»

«Le pire manque de préparation, c’est vraiment la température», amorce Julie Cayouette, directrice générale de l’Association francophone du Labrador, qui a déjà vu des personnes débarquer en sandales et sans manteau.

«Il y en a qui n’arrivent pas du tout prêts. Il y en a qui arrivent tellement prêts que c’est étonnant, rebondit David Lapierre, coordonnateur du Réseau Immigration francophone de Terre-Neuve-et-Labrador. Ils arrivent avec une résidence permanente, le manteau d’hiver; ils ont déjà un logement, puis ils s’achètent une voiture.»

Elizabeth Núñez Peralta, directrice d’Accueil Francophone TNL, estime que la publicité pour venir au Canada est «attirante» et très bien faite.

 Quand les gens arrivent ici, ils s’attendent à beaucoup. Je pense qu’on devrait plus montrer aussi les côtés négatifs.

— Elizabeth Núñez Peralta

Ayant vécu dans plusieurs pays, elle juge que le Canada n’est pas assez direct dans sa communication : «Ici c’est “oui, mais non”.»

Certains employeurs font aussi preuve d’opacité. «C’est beaucoup eux qui font le recrutement directement», observe Julie Cayouette à Labrador City. «Qu’est-ce qu’ils leur promettent avant d’arriver? Ça, on ne sait pas.»

La compétition entre provinces n’arrange rien. Dans les salons de recrutement à l’étranger, comme Destination Canada, l’heure est à la séduction, pas à la dissuasion. «Les provinces n’auront pas le choix que de dire les bons côtés, parce que si tu dis les mauvais, les autres peuvent tout rafler, signale David Lapierre. Tu ne peux pas tant aller dans le négatif.»

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«Si on avait plus d’organismes ou de programmes plus forts pour les services pré-arrivée, je crois qu’on aurait plus de rétention. Parce que, comme on dit, dès qu’on commence bien, on va bien. Mais si on commence mal, des fois, les gens partent», remarque Elizabeth Núñez Peralta.

Photo : Courtoisie

«Ça ne sera jamais parfait, parce que les gens vont aller chercher de l’information de toutes les façons qu’ils peuvent et, nécessairement, ils vont frapper des murs à gauche, à droite», conçoit David Lapierre.

Photo : Courtoisie

À Labrador City, Julie Cayouette raconte que les nouveaux arrivants ont parfois du mal à s’adapter aux conditions météorologiques et aux logistiques de transport.

Photo : Courtoisie

Au-delà des chiffres

Les firmes de consultations privées qui accompagnent la préparation des dossiers d’immigration – contre rémunération – n’aident pas.

«Le gouvernement n’a aucune compétence sur ces entreprises et elles sont nombreuses […] Elles ne vont pas donner une vision réelle des défis affrontés par les immigrants parce que ça risque de ne pas attirer autant de clients», détaille la professeure adjointe au département d’études françaises à l’Université de Guelph, en Ontario, Janaína Nazzari Gomes.

Parallèlement aux informations dites «officielles» des gouvernements et des institutions, la chercheuse identifie d’autres sources «informelles», comme les influenceurs et les groupes Facebook.

Pour Janaína Nazzari Gomes, les organismes francophones pourraient être plus actifs sur Facebook et «parler avec des influenceurs pour qu’ils puissent aussi faire la promotion des services en français». 

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«C’est là où ça commence à être plus honnête […], où les gens ont l’impression d’avoir des informations réelles sur les couts de la vie, la difficulté de louer un appartement.» Pour elle, les prestataires de services auraient tout intérêt à investir ces espaces.

Ses recherches ont en outre révélé un angle mort : peu d’études s’intéressent aux dynamiques linguistiques des immigrants francophones et à comment cela affecte leur établissement.

«Nous avons un problème de rétention : pas seulement géographique, mais aussi linguistique», affirme Janaína Nazzari Gomes. Même si le gouvernement parvient à augmenter sa cible d’immigrants francophones, cela ne veut pas dire qu’ils utilisent forcément le français une fois arrivés, rappelle-t-elle.

«Certains veulent s’assimiler, parce qu’ils ont développé une grande déception.» D’autres abandonnent carrément leur langue maternelle ou inscrivent leurs enfants dans des écoles anglophones – à dessein.

Pourtant, «envoyer son enfant à l’école francophone est la meilleure manière d’assurer qu’il sera parfaitement bilingue à la fin du cursus», avance la directrice générale de l’Observatoire en immigration francophone au Canada (OIFC), Kimberly Jean Pharuns. «Et ça, malheureusement, beaucoup de personnes immigrantes n’en sont pas conscientes.»

«Le bilinguisme est une condition d’autonomie», appuie Francis Essebou. 

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«Choix de raison» : le cas du Nunavut

«La plupart des nouveaux arrivants n’ont pas les informations exactes. Surtout pour le Nunavut, parce que pour beaucoup de gens, c’est une terre inconnue, même pour les personnes qui sont ici au Canada», soulève Francis Essebou, directeur général de Carrefour Nunavut.

Froid, absence d’arbres, cout de la vie, isolement géographique et social : les défis sont réels. Mais l’emploi, lui, est quasi garanti : «C’est pour ça que je parle de choix de raison.»

L’organisme francophone prépare le terrain : un guide expose les réalités du territoire, la place dominante de l’anglais, celle de l’inuktitut et de l’inuinnaqtun. Les nouveaux arrivants sont même accueillis à l’aéroport.

«Maintenant, ceux qui passent par des réseaux informels ou qui ne passent pas par nous, ils viennent au petit bonheur la chance.»

Le mythe du bilinguisme

La question du bilinguisme revient souvent sur la table. «Plusieurs immigrants francophones sont mal préparés et quand ils arrivent, ils pensent que tout peut se faire en français, que le Canada est un pays bilingue», constate Janaína Nazzari Gomes.

Ce qui soulève, selon elle, un problème éthique : «Il y a encore des informations qui ne sont pas bien véhiculées.»

Pour faire accroitre l’immigration en situation minoritaire, on ne peut pas ne pas dire aux immigrants toute la vérité, parce que c’est leur vie, ce sont leurs rêves. Il faut être blunt, il faut être extrêmement honnête.

— Janaína Nazzari Gomes

«Le Canada, un pays bilingue? Au niveau fédéral, oui, mais au niveau provincial, non. Mais comment tu vas savoir ça? Si on le met dans les programmes de préarrivée, ces petits détails valent beaucoup», soutient Elizabeth Núñez Peralta.

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Failles dans le système

«On pourrait en faire beaucoup plus» en matière d’information et de préparation des nouveaux arrivants, estime Kimberly Jean Pharuns, qui n’hésite pas à parler de «lacunes».

Pour Kimberly Jean Pharuns, il est important de présenter aux candidats et candidates la francophonie canadienne dans son ensemble pour leur permettre de faire un choix de destination éclairé. 

Photo : Courtoisie

Le service prédépart Connexions Francophones, financé par IRCC, propose un accompagnement personnalisé gratuit, mais il nécessite d’avoir la résidence permanente. «C’est déjà un premier frein», dit-elle.

L’OIFC mène actuellement une étude sur l’immigration francophone aux Territoires du Nord-Ouest. «Ce que les participants ont soulevé, c’est un décalage entre leur attente initiale et la réalité locale», commente la responsable.

«Les gens ne doivent pas rester isolés. C’est très facile d’arriver dans une ville comme Ottawa, Halifax, Edmonton, et ne pas savoir qu’il existe une minorité francophone, des associations, une vie culturelle en français», insiste le directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Alain Dupuis.

Le renvoi vers des prestataires francophones est loin d’être systématique. «On sait qu’en ce moment, si un nouvel arrivant tombe sur un organisme en anglais, celui-ci ne prend pas la peine de l’informer qu’il peut recevoir des services en français d’un autre organisme», regrette-t-il.

Près de la moitié des nouveaux arrivants d’expression française n’ont pas recours à des services d’établissement en français.

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Changement de ton…

«À travers les années, on a beaucoup entendu que les gens n’avaient pas nécessairement reçu l’heure juste», reconnait Alain Dupuis. Il cite la promotion à l’international d’un Canada bilingue qui donnait «l’impression d’un pays où on peut se servir des deux langues de façon assez uniforme partout sur le territoire».

«Nous ne sommes pas là pour vendre du rêve», lâche le directeur du Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario (RIFCSO), Alain Dobi.

Autrement dit : il faut être réaliste, sans être défaitiste. Avoir un certain niveau d’anglais est désormais présenté comme un atout, dit-il. Le ton a aussi changé : «On ne fait plus juste la promotion comme si c’était une destination de voyage d’été.»

L’anglais reste «un des mythes qui perdure et qui est un frein assez important pour l’intégration socioéconomique», rappelle Alain Dupuis.

Photo : Courtoisie

«C’est un projet de vie. Il faut prendre le temps de le préparer, puis de mesurer», estime Alain Dobi.

Photo : Courtoisie

…et d’approche

Des pistes existent. David Lapierre cite le Nouveau-Brunswick, qui mise sur la formation professionnelle à distance, avec des écoles au Maroc et en Tunisie. Résultat : les candidats arrivent avec un diplôme reconnu et un avant-gout de la réalité professionnelle.

Il parle aussi de «casting» : «Ce n’est pas tout le monde qui est fait pour aller en Ontario ou à Terre-Neuve.»

Reste la question de posture. «L’approche d’IRCC, c’est beaucoup client, client, client, déplore Elizabeth Núñez Peralta. [Nous] on veut traiter les gens comme des amis, pour qu’ils trouvent en nous des gens qui vont devenir leur famille.»

«C’est un défi continu», conçoit Alain Dupuis, alors que l’immigration francophone est passée de 9000 à 30 000 résidents permanents par an.

Car au bout du compte, l’enjeu est simple : «Je dois être capable de savoir que je vais aller acheter du pain et que je vais pouvoir discuter avec quelqu’un en français», résume Janaína Nazzari Gomes.

FRANCOPHONIE

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a annoncé jeudi la création d’un comité consultatif réunissant le gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux et territoriaux sur les enjeux liés à la Francophonie.

Ce comité vise à identifier les positions du Canada et à préparer sa participation aux prochains sommets internationaux.

La première rencontre a eu lieu mercredi à Ottawa. Le comité a échangé sur les priorités communes, le renforcement de la collaboration entre les différents ordres de gouvernement et les sommets de la Francophonie, notamment celui de 2028 que le Canada aimerait accueillir à Ottawa.

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Le député du NPD au niveau fédéral, seul québécois du parti depuis 2019, quittera pour représenter la circonscription de Gouin au niveau provincial, pour le parti Québec solidaire.

Chantallya Louis - Francopresse

Le seul député québécois du Nouveau Parti démocratique à la Chambre des Communes, Alexandre Boulerice, se présentera pour Québec solidaire dans la circonscription de Gouin aux prochaines élections provinciales.

Après 15 ans à Ottawa, il invoque un «retour à la maison» pour défendre ses valeurs au Québec.

Il siègera comme indépendant avant de démissionner, ce qui déclenchera une élection partielle dans Rosemont–La Petite-Patrie, au cœur de Montréal. Le chef du NPD, Avi Lewis, a dit «respecter» sa décision.

Le ministre des Finances a déposé la mise à jour économique mardi, qui affiche un déficit moins élevé que prévu. 

Inès Lombardo - Francopresse

CANADA

L’énoncé économique du printemps du gouvernement de Mark Carney, dévoilé le 28 avril, continue de miser sur les grands projets et les investissements pour relancer l’économie, tout en réduisant certaines dépenses.

Le déficit pour 2025-2026 est revu à la baisse – environ 67 milliards comparé aux 75 milliards prévus dans le budget de l’automne –, et Ottawa prévoit des économies, notamment en maintenant les coupes dans la fonction publique.

Parallèlement, la réduction de l’immigration temporaire se poursuit. Ottawa souhaite plutôt accorder davantage de résidences permanentes à des personnes déjà présentes au pays.

La francophonie en jachère : Aucune nouvelle mesure pour la francophonie ni pour la culture. Le gouvernement indique toutefois que des consultations auront lieu en vue du prochain plan sur les langues officielles.

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Le gouvernement de Mark Carney a obtenu une majorité dans la plupart des comités parlementaires après l’adoption d’une motion à la Chambre des communes, lundi soir.

Les libéraux étant majoritaires en Chambre, la motion qui ajoute deux membres du Parti libéral à plusieurs comités est passée. Les néodémocratesLes conservateurs et les bloquistes s’y sont opposés.

Ce que ça change : Les libéraux, désormais majoritaires en Chambre et en comité, renforcent ainsi leur contrôle sur le travail parlementaire, alors que les comités permettaient jusqu’ici à l’opposition de limiter certaines actions du gouvernement.

Le gouvernement défend un retour à la tradition des majorités en comité. «La composition des comités reflète la composition de la Chambre», a argüé le leadeur du gouvernement en Chambre, Steven MacKinnon.

Mais l’opposition, menée par Andrew Scheer, dénonce une mesure «antidémocratique».

Le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, responsable des Langues officielles, Marc Miller, a 120 jours pour fournir une réponse au comité, qui compte des députés de son parti.

Hermine Landry – PCH

Les parlementaires sont sans équivoque dans leur rapport : ils demandent au ministre responsable des Langues officielles, Marc Miller, de doubler la sanction maximale de 50 000 $ actuellement proposée dans l’avant-projet de règlement sur les nouveaux pouvoirs du Commissariat aux langues officielles.

Le comité souhaite aussi que la commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, puisse renouveler une sanction, voire la «doubler», si par exemple une entité comme Air Canada enfreint la Loi sur les langues officielles une deuxième fois ou commet une infraction de nature similaire.

Élargir les institutions visées

Les députés jugent aussi nécessaire d’inclure l’Administration canadienne de la sureté du transport aérien (ACSTA) dans la liste des institutions visées, une mesure sur laquelle plusieurs parlementaires et intervenants, dont le Commissariat aux langues officielles (CLO) lui-même, ont insisté ces derniers mois en comité.

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Les élus souhaitent aussi que «toute société d’État» et «toute personne morale» assujetties à la Loi sur les langues officielles puissent recevoir des amendes, notamment au palier le plus bas fixé à 5000 $, en supprimant l’exception actuellement prévue.

Cela pourrait aussi inclure l’Agence des services frontaliers du Canada, également suggérée par le CLO et d’autres intervenants et juristes en comité ces derniers mois. Tous ont largement plaidé pour des sanctions plus sévères.

Si les membres du comité reconnaissent que leurs recommandations sont limitées par la loi, ils affirment dans le rapport que «les objectifs du règlement proposé seraient mieux atteints si toutes les institutions fédérales, au sens de la Loi, pouvaient être désignées et assujetties au régime».

Les juristes du CLO s’étaient plaints que le processus administratif – notamment la rédaction du procès-verbal – soit trop lourd et compliqué pour lui permettre d’imposer ces amendes. Le rapport souhaite lui simplifier la tâche et alléger les exigences liées à ce processus.

Le ministère Patrimoine canadien a 120 jours, soit 4 mois, pour fournir une réponse.

Avec les informations de Julien Cayouette.

Le Canada affiche un déficit de près de 67 milliards de dollars, selon le gouvernement, soit moins que les 75 milliards prévus dans le budget 2025 présenté en novembre. Ottawa attribue ce déficit moins élevé aux démarches du gouvernement Carney pour conclure de nouvelles ententes économiques, notamment avec la Chine et l’Inde.

La réduction des dépenses – entre autres par la baisse des effectifs dans différents ministères – de 60 milliards de dollars est maintenue pour laisser place aux investissements, notamment avec des stratégies structurées dans les minéraux critiques et la défense.

La mise à jour économique, déposée le 28 avril, poursuit ce que le gouvernement avait commencé à mettre en œuvre dans le budget 2025. Comme la diminution drastique du recours à des services externes de conseillers en gestion, qui ajoute une épargne de 450 millions cette année et 900 millions par année dès 2028, sans échéance.

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Déficit plus bas

Le gouvernement canadien prévoit que le déficit fédéral atteindra 53,2 milliards de dollars d’ici 2030-2031. Ce chiffre se trouve entre le scénario idéal, qui table sur un déficit de 50 milliards, et le scénario où une «perturbation de l’approvisionnement mondial» plus importante ferait grimper le déficit à 56 milliards de dollars.

Dans ce second cas de figure, le ratio de la dette afficherait une très légère baisse entre 2025 et 2026, passant de 41,1 % du PIB à 41 %, avant de remonter à 42,1 % en 2029-2030, puis d’amorcer un repli.

Autres mesures

Crédit de TPS : Ottawa prévoit une aide supplémentaire de plus de 11 milliards de dollars sur six ans pour l’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels, qui remplacera le Crédit pour la taxe sur les produits et services (TPS) et la taxe de vente harmonisée (TVH). Le 5 juin 2026, les Canadiens éligibles recevront un versement correspondant à 50 % du montant annuel du crédit pour la TPS en 2025-2026.

Fonds souverain : Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, avait pris les devants la veille de l’énoncé économique, en annonçant un Fonds souverain de 25 millions de dollars pour investir dans les projets et les entreprises qui transformeront économiquement le Canada. En conférence de presse le 28 avril, le ministre s’est fait reprocher le manque de détails sur la ventilation de ce fonds.

Travailleurs : Le gouvernement annonce également une enveloppe de plus de 6 milliards entre 2026 et 2031 pour soutenir les travailleurs et les travailleuses, notamment via les formations et le prolongement de l’assurance-emploi.

La francophonie : pas pour tout de suite

L’énoncé économique du 28 avril porte davantage sur le financement des grands projets et la croissance économique. La francophonie est pour l’instant mise de côté.

Une situation qui est sans doute temporaire, puisque le ministère de l’Identité et de la Culture canadiennes, responsable également des Langues officielles, se penchera dès cet été sur les consultations pour le Plan d’action pour les langues officielles 2028-2033.

L’actuel plan, qui couvre la période de 2023 à 2028, prévoyait une somme inédite de 4 milliards de dollars pour diverses initiatives liées aux langues officielles, comme les services, l’immigration francophone (196 millions, dont plus de 180 ont été dépensés), postsecondaire francophone hors Québec, la santé, la culture et les médias.

La veille de la mise à jour économique, le ministre Marc Miller, qui comparaissait devant le Comité sénatorial permanent des langues officielles, a toutefois prévenu : «Je ne peux pas garantir que les sommes vont être les mêmes.»

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La seule référence à la francophonie concerne l’exclusion de la Loi sur les langues officielles des lois considérées pour faire un «test» de modernisation. Un concept introduit au début 2026, via le projet de loi C-15.

Et la culture?

La culture a reçu des fonds dans le budget 2025, mais la mise à jour économique de ce printemps n’indique rien de plus.

La semaine dernière, les ministres Dominic LeBlanc et Marc Miller ont réitéré en Chambre que «l’exception culturelle» n’est pas sur la table des négociations sur les tarifs, avec les États-Unis.

À la poursuite de la réduction de l’immigration temporaire

Autre point d’intérêt pour les francophones : Mark Carney poursuit la volonté, affichée à la fin du mandat de Justin Trudeau, de réduire l’immigration temporaire.

Le gouvernement se félicite que «les mesures prises récemment pour contrôler les niveaux d’immigration fonctionnent».

«De janvier à février 2026, par rapport à la même période en 2024, le nombre de demandes d’asile a chuté de 64 % et les arrivées de travailleurs étrangers temporaires et d’étudiants internationaux, de 71 % et de 75 %, respectivement.»

— Énoncé économique fédéral du printemps 2026

Le statut de réfugié devrait être accordé à un maximum de 115 000 personnes «reconnues comme ayant besoin de protection» par le Canada, soit environ le tiers des 295 000 demandes en «instance» en mars.

Le but est de miser sur 33 000 résidents temporaires déjà au pays en leur octroyant la résidence permanente, notamment dans les régions rurales.

Le gouvernement ajoute, via le ministère Emploi et développement social Canada (EDSC), deux fois 88 millions de dollars pour maintenir le Programme de travailleurs étrangers temporaires (PTET), la plupart dans les domaines agricoles, de transformation alimentaire ou de la construction.

Un statut considéré par précaire par la section canadienne francophone d’Amnistie internationale.

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Le programme fédéral de santé intérimaire, remis en place par les libéraux de Justin Trudeau après le démantèlement par Stephen Harper, sera à nouveau démantelé, compliquant l’accès à des soins de santé et à des médicaments pour les réfugiés.

Prolongation de l’assurance-emploi saisonnière

La mise à jour économique annonce aussi la prolongation d’une règle temporaire de l’assurance-emploi introduite en 2018.

Grâce à cette modification, les travailleuses et travailleurs saisonniers de 13 régions peuvent recevoir cinq semaines supplémentaires de prestations. La mesure devait prendre fin en octobre 2026. Le gouvernement a l’intention de la prolonger jusqu’en octobre 2028.

Les régions concernées à l’extérieur du Québec sont l’Est et l’Ouest de la Nouvelle-Écosse, toute l’Île-du-Prince-Édouard, Madawaska – Charlotte (N.-B.), Terre-Neuve-et-Labrador (sauf St. John’s), Restigouche – Albert (N.-B.) et le Yukon (sauf Whitehorse).

Multiples appuis aux Autochtones

Les Premières Nations et les Autochtones sont très présents dans la mise à jour économique.

Le document revient sur plusieurs mesures mises en place par le budget et l’importance de leur participation à l’économie, surtout avec les grands projets nationaux. De nouveaux investissements à hauteur de 4,3 milliards de dollars sont ainsi annoncés.

Entre autres, Services aux Autochtones Canada obtiendra 601 millions de dollars en 2026-2027 pour l’enseignement primaire et secondaire. Un montant de 700 millions sur six ans est octroyé à partir de 2025-2026 pour la mise en place de mesures de protection de l’enfance et des familles mieux adaptées.

En santé, 794 millions seront versés pour le Programme des services de santé non assurés, qui couvre une gamme de services périphérique à la santé pour les Premières Nations et les Inuit.

Un montant de 2,8 milliards de dollars sera partagé entre plusieurs organismes qui améliorent l’accès aux logements.

De plus, plusieurs autres investissements incluent une portion pour les Autochtones ou peuvent aussi leur être profitables. Comme pour l’entretien des ports pour les petits bateaux.

La popularité croissante de la culture sud-coréenne n’a rien d’un hasard pour la directrice générale de l’Alliance nationale de l’industrie musicale (ANIM), Clotilde Heibing : «La K-pop est née d’une volonté et d’un appui financier massif et continu du gouvernement sud-coréen pour mettre le pays en entier sur la map

Pour elle, l’objectif dépassait largement la musique : il s’agissait de positionner l’ensemble de ce pays sur la scène mondiale, en incitant les publics étrangers à consommer des produits et services coréens dans leur globalité.

Toutefois, cette vision est nuancée par le professeur en études culturelles à l’Université de la Colombie-Britannique, Kyong Yoon. Selon lui, ce modèle, aussi connu sous le nom de Hallyu, ne repose pas uniquement sur une infrastructure nationale forte, mais aussi sur des années d’essais et d’erreurs des compagnies de divertissement.

L’expert souligne plutôt la dépendance concrète envers des plateformes mondiales comme YouTube, Instagram et surtout Netflix, qui ont servi à cette diffusion internationale, comme celle du film Parasite ou de la série Squid Game.

Quand les langues créent des ponts

La professeure de français langue seconde à l’Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse, Paola Varutti, souligne que l’intégration de l’anglais dans les chansons de K-pop a joué un rôle clé dans leur diffusion internationale. D’après elle, le mélange des langues a agi comme une «première porte ouverte» pour rendre ces contenus accessibles à un public élargi.

Kyong Yoon nuance que l’intégration de l’anglais n’a jamais été fait au détriment de l’identité coréenne.

«On pourrait effectivement valoriser l’hybridité linguistique», remarque Clotilde Heibing, en référence aux artistes francophones en situation minoritaire. À ses yeux, cette capacité à naviguer entre les langues constitue un atout que les artistes du Canada français exploitent déjà dans leur développement.

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Kyong Yoon est un chercheur né à Séoul, en Corée du Sud, spécialisé, entre autres, dans les médias numériques, les industries culturelles et la culture des jeunes en Asie de l’Est. 

Photo : Courtoisie

Daniel Keyes raconte que la section la plus populaire de son cours porte sur le phénomène des vidéos de mukbang, où une personne se filme en mangeant beaucoup et en interagissant avec son public.

Photo : Courtoisie

«La diplomatie culturelle […] encore sous-exploitée»

Le professeur adjoint en études culturelles de l’Université de la Colombie-Britannique, Daniel Keyes, observe que les créateurs canadiens dépendent des plateformes américaines comme Netflix pour rayonner internationalement, ce qui peut nuire à l’identité culturelle nationale.

Selon lui, l’industrie de la production médiatique canadienne cherche surtout à tirer profit de «l’éléphant» américain. Il souligne que ce secteur privilégie les productions «runaway», qui misent sur de la main-d’œuvre locale, et que 90 % de ce qui est produit au Canada est destiné au marché américain.

La diplomatie culturelle est un levier puissant encore sous-exploité par le Canada.

— Clotilde Heibing

Le titulaire de la Chaire de recherche sur les politiques du patrimoine culturel, Jonathan Paquette, rappelle pour sa part que la priorité historique du Canada a été de s’assurer que son contenu rejoigne d’abord son propre public.

Aux yeux de Jonathan Paquette, également directeur du Collège des chaires de recherche sur le monde francophone, la K-pop est un produit fondamentalement pensé pour l’exportation dès sa création. 

Photo : Courtoisie

Cette orientation, à son avis, limite parfois la portée internationale de certaines œuvres. «Pour qu’une œuvre ou une production de la francophonie minoritaire trouve sa place devant un public planétaire […], il faut un peu de patience.»

Le Québec constitue un cas à part au Canada, constate Clotilde Heibing : depuis plusieurs décennies, la province a développé une diplomatie culturelle robuste, appuyée par des leviers financiers importants.

Le défi de se distinguer

La question de l’identité de marque canadienne demeure toutefois complexe. Dans le contexte de la K-pop, Paola Varutti croit que «c’était la danse qui était vraiment le point marqueur qui a accroché [les adeptes francophones canadiennes avec qui elle a discuté]».

L’enseignante exprime des doutes quant à la possibilité pour le Canada de développer un soft power comparable à celui de la Corée du Sud dans le domaine du divertissement. Elle estime aussi que l’omniprésence culturelle américaine rend cet objectif difficile à atteindre.

Paola Varutti explique que la Corée du Sud profite de son héritage culturel millénaire pour promouvoir son image à l’étranger, comme le montrent les productions musicales des artistes coréens.

D’après elle, celles-ci incorporent des références à la dynastie Joseon, la dernière dynastie royale du pays, qui a régné pendant plus de cinq siècles et a marqué la culture coréenne contemporaine.

Cela contraste avec le statut du Canada, qu’elle perçoit comme un pays jeune. La richesse historique de la Corée, selon l’intervenante, permet à ce pays d’associer ses valeurs et son identité locales à des formats internationaux.

Kyong Yoon souligne de son côté le défi constant de créer une identité culturelle distincte tout en vivant dans «l’ombre de l’éléphant» américain.

Auteure d’une thèse de maitrise sur les admiratrices québécoises de K-pop, Paola Varutti a été intriguée par le succès mondial de la chanson coréenne Gangnam Style en 2012. 

Photo : Courtoisie

Pour Paola Varutti, le véritable soft power canadien réside plutôt dans son rapport à la nature et aux activités de plein air. À ses yeux, les valeurs sociales du Canada jouent également un rôle important dans cette perception, notamment en matière d’ouverture, de diversité et de droits.

«L’inclusion et la diversité ne sont pas seulement des valeurs, elles sont au cœur de l’identité du Canada», insiste Kyong Yoon. Pour lui, un paysage médiatique plus représentatif permettrait de rendre la production culturelle canadienne plus attrayante à l’échelle internationale.

Daniel Keyes, lui, met en garde contre une vision simpliste de la culture canadienne qu’il associe à des clichés, comme les queues de castor ou la poutine. Il plaide pour une approche plus nuancée, capable de raconter des histoires authentiques, parfois complexes ou difficiles.

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Du local au mondial

En ce qui concerne l’avenir, Kyong Yoon estime que la priorité doit être donnée à la création de contenus forts et exportables. Il recommande de miser sur la présence des œuvres sur les grandes plateformes mondiales afin de maximiser leur visibilité.

Daniel Keyes souligne que certaines productions canadiennes, comme le projet de Netflix et CBC Bienvenue à Schitt’s Creek ou encore Rivalité passionnée, ont réussi à percer tout en conservant leur identité, démontrant qu’un équilibre est possible.

Le professeur suggère d’encourager davantage les coproductions internationales, notamment avec l’Europe et l’Asie, afin de diversifier les marchés. Il cite la série télévisée sud-coréenne Goblin, qui inclut des scènes tournées à la ville de Québec.

Kyong Yoon insiste aussi sur l’importance du public local. Selon lui, le succès mondial d’une œuvre repose souvent sur une forte adhésion nationale, comme la série humoristique Kim’s Convenience. «Si le contenu canadien peut résonner plus profondément au pays […], il peut devenir plus compétitif à l’échelle mondiale», affirme-t-il.

«La diplomatie culturelle est un levier puissant encore sous-exploité par le Canada», affirme Clotilde Heibing. 

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De son côté, Clotilde Heibing insiste sur l’importance de développer des communautés d’admirateurs engagées et d’améliorer la littératie numérique.

Pour le secteur de la musique, la responsable de l’ANIM évoque également certaines initiatives, comme MUSIQC, qui vise à améliorer la découvrabilité des contenus francophones sur les plateformes numériques. Néanmoins, elle rappelle que les réseaux traditionnels, notamment les tournées, demeurent essentiels à la viabilité économique des artistes.

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Nous savons depuis un certain temps, et beaucoup d’entre nous le sentent intuitivement, que se retrouver dans la nature nous fait du bien. Les neurosciences nous permettent désormais de comprendre pourquoi, et ce qui se produit dans le cerveau dans ces moments-là.

J’ai récemment participé à la rédaction d’une revue exploratoire sur les aspects neuroscientifiques de l’exposition à la nature, publiée dans Neuroscience and Biobehavioral Reviews, en collaboration avec des collègues de l’Université Adolfo Ibáñez, au Chili, et de l’Imperial College de Londres, au Royaume-Uni.

Nous avons passé en revue 108 études de neuroimagerie évaluées par des pairs sur l’exposition à la nature et avons constaté que les résultats étaient cohérents. Lorsque les gens se retrouvent dans des environnements naturels (ou même s’ils regardent des photos de la nature), le cerveau présente des signes de réduction du stress, d’allègement de l’effort mental et d’une meilleure régulation émotionnelle.

Le bruit, les lumières et l’agitation d’une rue urbaine fatiguent notre cerveau

Photo : Howei Wang – Unsplash

Augmentation des ondes alpha et thêta

Nous sommes nombreux à vivre dans des environnements qui maintiennent notre cerveau en état d’alerte avec la circulation, les écrans, le bruit, l’agitation et une constante prise de décision. Si les villes sont de formidables créations humaines, elles sollicitent fortement notre attention et notre système de gestion du stress.

La nature, en revanche, semble offrir un tout autre type de stimulation, auquel le cerveau réagit différemment.

L’une des conclusions les plus marquantes provient des études par électroencéphalographie (EEG), qui mesurent l’activité électrique du cerveau. Dans de nombreuses expériences que nous avons passées en revue, les environnements naturels causaient une augmentation des ondes alpha et thêta. Celles-ci sont associées à un état d’éveil détendu. Les études ont souvent mis en évidence une diminution de l’activité bêta, qui est davantage liée à un effort actif ou à une charge cognitive.

Pour résumer, le cerveau semble moins «surchargé» dans la nature.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il devienne passif ou somnolent. Disons plutôt qu’il passe à une forme d’attention plus calme, qui nécessite moins d’efforts. Observer le mouvement des feuilles, écouter le bruit de l’eau ou remarquer les variations de lumière sollicite l’esprit de manière différente qu’une rue bondée ou un flot de notifications.

Certaines études indiquent que ces effets peuvent se manifester rapidement. Dans plusieurs expériences d’EEG, tant dans le monde réel qu’en réalité virtuelle, des changements sont apparus en l’espace de quelques minutes, parfois en seulement trois minutes.

Les effets sont généralement plus marqués lors d’une exposition plus longue, surtout si les participants passent au moins 15 minutes dans un environnement immersif.

Baisse de l’activité de l’amygdale

Nous avons également passé en revue des études basées sur l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Ces techniques permettent de mesurer les variations du débit sanguin liées à l’activité neuronale et d’observer quelles régions deviennent plus ou moins actives.

Nous avons ainsi pu constater la diminution de l’activité dans les zones cérébrales impliquées dans le stress et la rumination chez une personne qui avait passé du temps dans la nature. L’amygdale, qui aide à détecter les menaces et à réagir au stress, devient alors moins active. Il en va de même pour le cortex préfrontal sous-génual, une région associée aux pensées négatives répétitives.

D’autres études basées sur l’IRMf ont mis en évidence des modifications dans les réseaux impliqués dans l’attention et les pensées axées sur soi, notamment dans certaines parties du réseau du mode par défaut. Ces zones sont engagées dans l’introspection, le vagabondage mental et ce que l’on pourrait appeler «le flux de fond de l’expérience intérieure».

Dans la nature, ces régions se sont réorganisées de manière à favoriser un état mental plus calme et moins dispersé.

Des effets en cascade

En passant en revue ces 108 études, nous avons constaté une tendance largement cohérente, que nous présentons comme une cascade d’effets par laquelle la nature pourrait influencer le cerveau.

Tout d’abord, les environnements naturels sont généralement plus faciles à traiter pour le cerveau. Leurs formes et leurs rythmes suivent souvent des motifs fractals, comme ceux que l’on observe sur les côtes, dans les feuilles et les nuages, que le cerveau semble traiter facilement.

Cela peut réduire la charge sensorielle et perceptive. À mesure que cela se produit, les systèmes liés au stress se stabilisent et le corps peut sortir du mode « combat ou fuite ».

L’attention nécessite alors moins d’efforts et la gestion émotionnelle devient plus stable. Nous décrivons ce phénomène comme un circuit reliant la perception, la régulation du stress, l’attention et le traitement des informations liées à soi.

La nature peut-elle modeler l’anatomie du cerveau?

Certaines études indiquent que, au-delà des effets immédiats de l’exposition, la nature pourrait également influencer le développement du cerveau à long terme. Des études d’IRM structurelle suggèrent que le fait de vivre dans des zones avec de la verdure est associé à des différences dans l’anatomie cérébrale avec, notamment, davantage de matière grise et une meilleure intégrité de la matière blanche chez certaines populations.

Ces études sont pour la plupart corrélationnelles, il convient donc de les interpréter avec prudence. Elles ne permettent pas de prouver que la nature est la seule responsable de ces différences, mais indiquent la possibilité que de petits effets réparateurs, répétés au fil des mois et des années, puissent s’accumuler pour favoriser la cognition et la résilience.

Ainsi, lorsque le temps passé en plein air vous procure une sensation de légèreté, de clarté ou vous aide à vous libérer l’esprit, sachez que cette sensation découle probablement du fait que votre cerveau est entré dans un autre état.

Si nous comprenions un peu mieux comment la nature agit sur nous et comment nous interagissons à notre tour avec elle, nous pourrions peut-être mieux la protéger. Prendre soin de la nature, c’est aussi prendre soin de soi-même et des autres.

Le 19 février 2026, à la cafétéria de l’école Cité des jeunes A.-M.-Sormany, à Edmundston, un élève s’étouffe. Il n’arrive plus à respirer. Autour de lui, plusieurs jeunes sont témoins de la scène, mais personne ne sait quoi faire.

C’est là qu’Isaac Lizotte intervient. 

L’adolescent de 15 ans garde son calme et va se positionner derrière son camarade. Puis, il utilise la manœuvre de Heimlich, une technique qui permet de dégager les voies respiratoires en appuyant sur le ventre. Après quelques essais, l’élève en difficulté crache le morceau qui l’étouffait et recommence à respirer. Soulagement!

Mais pour l’école, une chose est claire : sans l’intervention d’Isaac, la situation aurait pu être grave.

Si Isaac a pu agir aussi vite, ce n’est pas un hasard.

Il avait déjà appris les bases des premiers soins dans un cours de gardiennage. «J’étais le seul à savoir quoi faire», a-t-il raconté à une journaliste de Radio-Canada.

Quand on parle de premiers soins, on ne parle pas juste d’un seul geste.

Ça peut vouloir dire aider quelqu’un qui s’étouffe, comme dans l’histoire d’Isaac. Mais aussi savoir quoi faire en cas de blessure, de malaise ou si une personne perd connaissance.

Une histoire qui fait réfléchir

Cet incident fait réfléchir le milieu scolaire. Est-ce que tous les élèves devraient apprendre les premiers soins? 

Pour plusieurs personnes, la réponse est oui. Pour les spécialistes en premiers soins, c’est une bonne idée. Selon eux, les adolescents apprennent vite. Et même les plus jeunes de 11 ou 12 ans peuvent mémoriser les bases.

«Ce serait une bonne idée de commencer à l’école, car ça permettrait à plus de gens de savoir quoi faire en cas d’urgence», explique Grégoire Cormier, de la Société de sauvetage du Nouveau-Brunswick, au journal Acadie Nouvelle.

Par contre, ce n’est pas si simple à organiser

D’abord, il y a la question des coûts. Offrir des formations en premiers soins demande de l’argent; et certaines écoles n’ont pas toujours les ressources nécessaires.

«J’ai des écoles qui m’appellent et essaient de faire quelque chose, mais souvent elles sont bloquées par le manque d’argent», explique Annie Boudreau, qui donne des formations en premiers soins, à Acadie Nouvelle.

Il faut aussi du temps. Les cours doivent être donnés par des instructeurs formés. Les formations durent plusieurs heures, voire une ou deux journées.

Cela veut dire que les élèves pourraient manquer d’autres cours.

Et toi, qu’en penses-tu? Devrait-on apprendre les premiers soins à l’école?

Petit rappel

En octobre dernier, Joël Lightbound, le ministre des services publics du Canada, avait annoncé que dans les prochaines années, les Canadiens ne recevraient plus leur courrier à la maison. À la place, ils devraient aller le chercher dans des boîtes postales communautaires, comme ça se fait déjà dans de nombreuses villes au pays. 

Pourquoi? Parce que cette façon de faire coûte moins cher, et que Postes Canada perd beaucoup d’argent. 10 millions de dollars chaque jour! 😱

Les premières villes touchées

Ce qui a été annoncé la semaine dernière? D’ici 5 ans, les 4 millions d’adresses qui reçoivent encore le courrier à la maison passeront aux boîtes postales communautaires.

Le changement se fera par étape, avec une première série de villes touchées dès l’automne 2026.

Les prochaines villes à passer aux boîtes postales 

Moins de bureaux de poste?

Ce changement pourrait aussi en entraîner un autre : la fermeture de certains bureaux de poste, c’est-à-dire des endroits où tu vas pour poster des lettres ou des colis.

Selon Postes Canada, ils sont de moins en moins utilisés. Aujourd’hui, la plupart des gens font leurs démarches en ligne et reçoivent beaucoup moins de lettres qu’avant.

Des réactions partagées

Ce changement ne fait pas l’unanimité. Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes a peur que ce plan entraîne des pertes d’emplois ou des changements importants dans le travail des employés. 

La députée Marilène Gill, de la Côte-Nord, a aussi critiqué la façon dont la décision a été annoncée. Selon elle, cette mesure est arrivée trop tôt et est irrespectueuse. Elle croit que les différentes régions du Canada auraient dû être consultées avant.

Selon elle, ce sont surtout les communautés éloignées qui risquent d’être touchées, parce qu’il y a moins d’options de services de livraison dans ces régions. Les gens dépendent donc davantage de Postes Canada pour recevoir leur courrier et leurs colis.

Raconte-nous la dernière fois que tu as reçu quelque chose par la poste!

Mais pourquoi faire le plein coûtait plus cher?

C’est parce que les bateaux qui transportent le pétrole sont coincés dans le détroit d’Ormuz, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, en février.

Le premier ministre du Canada, Mark Carney, a annoncé qu’il voulait soulager le portefeuille des automobilistes canadiens. Sa stratégie : un rabais de 10 sous par litre d’essence, pendant 5 mois. Et ça a commencé le 20 avril!

Prenons comme exemple un plein chez moi, à Gaspé. Dimanche, les stations-service vendaient l’essence régulière 1,99 $ par litre. Lundi après-midi, le grand panneau indiquait plutôt… 1,89 $! Puisque le réservoir de ma voiture peut contenir 70 litres, ça me fait donc un rabais total de 7 $.

Bye bye, taxe!

Comment ça marche? En fait, le gouvernement a temporairement enlevé une taxe que tous les conducteurs qui font le plein au Canada doivent normalement payer. On l’appelle la taxe d’accise fédérale sur le carburant. Jusqu’à ce jour, elle coûtait 10 sous par litre. 

«Nous ne pouvons pas contrôler ce que font les autres pays. Nous nous concentrons sur ce que nous pouvons contrôler», a déclaré le premier ministre Mark Carney, mardi dernier.

Et toi, as-tu une stratégie créative pour réduire le prix de l’essence? Faire du vélo? De la marche? Du deltaplane?

FRANCOPHONIE

Le député conservateur Joël Godin a déposé mardi, au Comité permanent des langues officielles, une motion pour que la future présidence-direction-générale (PDG) d’Air Canada soit entendue par le comité «dans les deux mois» suivant son entrée en fonction.

Michael Rousseau écarté : Le député libéral Guillaume Deschênes-Thériault a tenté d’ajouter une invitation au PDG actuel d’Air Canada, après que ce dernier a délibérément choisi de ne pas s’exprimer en français dans une vidéo. Un geste qui avait provoqué un tollé chez les francophones.

Les conservateurs, Joël Godin en tête, ont refusé, estimant qu’il s’agissait d’une «perte de temps».

Recrutement du prochain PDG : Le député libéral Louis Villeneuve a amendé la motion pour entendre la présidence du conseil d’administration sur ses «priorités en matière des deux langues officielles» dans le recrutement du ou de la prochaine PDG de la compagnie aérienne, «au plus tard le 29 mai 2026».

À lire aussi : Seulement deux mots en français : Le patron d’Air Canada très critiqué

La PDG de CBC/Radio-Canada, Marie-Philippe Bouchard, était entendue cette semaine en comité parlementaire sur l’état du journalisme au pays.

Capture d'écran CPAC

La PDG de CBC/Radio-Canada, Marie-Philippe Bouchard, a été entendue jeudi matin par le Comité permanent du patrimoine canadien. Elle a défendu sa décision de passer une entente avec Amazon pour diffuser les chaines ICI RDI et CBC News Network sur Prime Video.

«L’objectif reste de servir les Québécois et les Canadiens là où ils consomment. Amazon a un service Prime Video bien établi au Canada, qui porte toutes les chaines de Bell, en français et en anglais […] Ces plateformes sont fréquentées par 50 % des jeunes jusqu’à 35 ans, francophones et anglophones», a-t-elle avancé devant les députés.

«Je ne me fais pas d’illusions, il y aura des gens qui vont choisir Prime. Le gouvernement du Québec a voté une législation qui favorise la présence de contenu francophone sur les plateformes étrangères. C’est pourquoi nous participons à la découvrabilité du contenu québécois et canadien avec cette entente.»

La chaine de télévision parlementaire CPAC a annoncé l’annulation immédiate de ses émissions PrimeTime Politics et L’Essentiel, ainsi que le licenciement d’environ 15 % de son personnel, mardi.

La chaine fait face à une forte baisse de revenus, liée notamment à la perte d’abonnés au câble et à l’incertitude dans le secteur de la radiodiffusion. En deux ans, la CPAC a perdu près du quart de ses effectifs.

Malgré ces difficultés, CPAC compte poursuivre ses activités en misant davantage sur le numérique.

Le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles, Marc Miller, a créé un comité consultatif de 11 spécialistes du secteur audiovisuel pour moderniser les mesures fédérales qui soutiennent cette industrie au Canada.

L’objectif est de revoir les politiques et les institutions pour de les adapter au contexte numérique et de mieux promouvoir les productions canadiennes au pays et à l’international.

Des consultations auront lieu à travers le pays pour orienter les décisions.

Un francophone : L’Alliance des producteurs francophones du Canada (APFC), a salué la présence au sein de ce nouveau comité de Marcel Gallant, producteur et directeur de Connexions Productions, société basée en Nouvelle-Écosse.

À lire aussi : Pour diffuser la culture en français, les lois ne suffiront pas

CANADA

Mercredi, les députés libéraux ont déposé une motion visant à obtenir la majorité au sein des comités parlementaires. Il se pourrait que cette mesure soit votée sous bâillon. C’est une manière pour le gouvernement d’accélérer le vote.

Les libéraux souhaitent ajouter des membres de leur parti afin de contrôler ces comités, actuellement structurés selon l’équilibre d’un gouvernement minoritaire.

Cette initiative est contestée par les partis d’opposition, en premier lieu les conservateurs de Pierre Poilievre, qui utilisent ces comités pour surveiller les actions du gouvernement.

Un vote est attendu dans les prochains jours. L’adoption de la motion permettrait au gouvernement d’exercer un contrôle accru sur les travaux parlementaires.

Le premier ministre Mark Carney a nommé 24 personnes issues de divers milieux pour aider le gouvernement à traiter les négociations avec les États-Unis.

Inès Lombardo – Francopresse

Pressé par les conservateurs qui rappellent que le Canada n’a encore rien obtenu dans ses négociations avec les États-Unis, le premier ministre, Mark Carney, a annoncé cette semaine la composition d’un comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis.

Parmi les membres, l’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, l’ancien chef de l’opposition Erin O’Toole et la présidente de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Magali Picard, figurent aux côtés d’autres représentants des milieux politiques, syndicaux, et des affaires, pour un total de 24 personnes.

Selon le gouvernement, ce comité a pour objectif de fournir des conseils diversifiés afin d’orienter les décisions liées aux intérêts économiques du Canada.

Négociations à venir : Le gouvernement prévoit consulter ce comité dans le cadre de la renégociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, prévue à partir du 1er juillet. En l’absence d’entente pour le prolonger, l’accord devra être revu chaque année jusqu’à une décision ou jusqu’à son échéance, en 2036.

Le gouvernement estime que la relation commerciale avec les États-Unis demeure favorable, tout en reconnaissant qu’elle s’est détériorée récemment et nécessite des ajustements.

À lire aussi : Les minorités canadiennes et l’élection de Donald Trump

«Chaque fois qu’un Canadien est tué en sol étranger […], une enquête doit avoir lieu», a-t-elle affirmé en mêle de presse cette semaine.

Inès Lombardo – Francopresse (Archives)

INTERNATIONAL

Au Liban : La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a demandé à Israël de mener une enquête «approfondie et transparente» après la mort d’un citoyen canadien au Liban.

Selon la famille de la victime, Mohamad Hassan Haidar, celui-ci aurait été tué par un drone israélien. Les autorités israéliennes ont indiqué qu’une enquête serait ouverte.

Le Canada a aussi réitéré l’importance de protéger les civils et de respecter la souveraineté du Liban, dans un contexte de cessez-le-feu jugé fragile dans la région.

Au Mexique : Une touriste canadienne est morte lors d’une attaque armée qui semblait préméditée, selon les autorités mexicaines, sur un site archéologique à l’est de Mexico.

L’auteur présumé aurait repéré les lieux à plusieurs reprises et préparé son action. Il s’est donné la mort après l’attaque.

La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a demandé un renforcement de la sécurité sur les sites touristiques et l’ouverture d’une enquête.

Le gouvernement canadien a exprimé ses condoléances et a indiqué cette semaine qu’il collaborait avec les autorités mexicaines. La ministre Anita Anand a confirmé que des services consulaires sont mobilisés.