Pour le créateur de AppelezMoiPhil, Phil Rivière, cette mission est profondément personnelle. Ayant grandi sans voir sa propre réalité reflétée en ligne, il a choisi d’occuper cet espace pour les générations suivantes : «J’essaie de donner aux francos du Canada cette représentation que j’aurais tant voulu avoir en étant plus jeune.»
Phil Rivière publie des vidéos sur YouTube depuis l’âge de 10 ans. Il n’a jamais réfléchi à sa langue jusqu’à ce qu’il quitte le Québec à 10 ans. À son arrivée en Ontario, il ne parlait pas du tout anglais.
Comme lui, plusieurs créateurs et créatrices ont émergé avec la volonté de combler un manque. C’est le cas du cofondateur du balado Les Francos oublié•e•s, Ahdithya Visweswaran, qui l’a lancé pendant la pandémie avec son ancienne coanimatrice, Janie Moyen.
Installé à l’époque en Alberta, il raconte qu’il cherchait simplement des occasions de pratiquer le français. Ce projet s’est rapidement transformé en plateforme de discussion pour des voix souvent marginalisées.
De son côté, la créatrice de janelleacadie, Janelle Poirier, souhaite normaliser les accents acadiens sur TikTok : «Je veux qu’ils [les Acadiens] sentent que c’est correct de parler de la façon dont ils parlent.»
Une démarche similaire anime l’instavidéaste Alison, qui utilise la plateforme Twitch sous le pseudonyme alisonator pour faire découvrir le chiac et la culture de sa région.
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Ahdithya Visweswaran a initialement fait le balado Les Francos oublié•e•s pour participer au concours «Fais ton balado» de Radio-Canada OHdio.
Phil Rivière estime que les créateurs et créatrices francophones en milieu minoritaire ont une responsabilité de produire du contenu qui reflète leur vécu. À ses yeux, il s’agit presque d’un devoir.
Ahdithya Visweswaran, lui, souhaitait aller encore plus loin en mettant en lumière «la minorité au sein de la minorité». Son balado aborde notamment les réalités des personnes racisées, immigrantes et issues de la diversité sexuelle dans la francophonie.
Janelle Poirier s’inspire quant à elle de son quotidien, notamment son travail en tant qu’enseignante de français langue seconde. Les différences linguistiques qu’elle observe deviennent souvent le point de départ de ses vidéos.
@janelleacadie Mes pensées d’un random jeudi après-midi #acadie #chiac #français #France #québec ♬ Slow and comical BGM(1083863) - Blanket
Alison, pour sa part, trouve dans la diffusion en continu en direct une manière de créer un espace où la langue française devient un vecteur d’échange et de découverte, en combinant jeux vidéos et discussions.
Janelle Poirier souhaite être perçue comme l’amie de tout le monde, pour que ses abonnés et abonnées se sentent à l’aise de discuter d’accents et d’expressions.
Ces créateurs de contenu s’accordent sur un point : la francophonie canadienne ne peut être réduite à une image unique.
Janelle Poirier souligne que les accents minoritaires sont rarement présents dans les médias traditionnels, dominés par le français standard ou québécois.
Beaucoup ignorent encore l’existence de communautés francophones dynamiques à l’extérieur du Québec, remarque de son côté Alison.
Phil Rivière illustre bien cette complexité identitaire. «Québécois de sang, mais Franco-Ontarien par ma culture», dit-il pour résumer son parcours.
L’intervenant parle même d’une «épidémie» d’insécurité linguistique. Selon lui, il faut transformer ce phénomène en fierté, voire en «euphorie linguistique», notamment grâce à la création artistique.
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Janelle Poirier observe que cette insécurité pousse plusieurs Acadiens et Acadiennes à privilégier l’anglais, par crainte de ne pas parler un «bon français». Elle insiste pourtant sur l’importance de valoriser toutes les formes de la langue.
Alison partage cette vision en défendant le chiac, un dialecte qui suscite parfois des réactions négatives, comme «ah, ce n’est pas du vrai français, tu parles mal», ou «tu mixes bien trop d’anglais avec ça». Dans ses vidéos, elle souligne la richesse culturelle et historique du chiac, tout en expliquant ses particularités linguistiques.
Même constat chez Ahdithya Visweswaran, qui rappelle que le fait d’avoir appris le français comme troisième ou quatrième langue ne diminue en rien sa légitimité.
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Alison a remarqué que la prononciation du «r» varie en fonction du contexte chez les Acadiens et les Acadiennes du sud-est du Nouveau-Brunswick.
Quand le «r» se trouve devant une voyelle, il est souvent plus roulé, comme dans «trampoline».
Le «r» est plus doux ou moins prononcé quand il se trouve devant une consonne, comme dans «porte» ou «mardi».
@alisonator Tout le monde a un accent. Le tien vient d'où?
♬ original sound - alisonator
«Internet est très anglonormatif», note Ahdithya Visweswaran.
Janelle Poirier reconnait qu’il peut être tentant d’utiliser l’anglais pour suivre les tendances ou augmenter sa visibilité en ligne. Pourtant, elle indique que plusieurs créateurs et créatrices comme elle choisissent de privilégier leur langue.
Phil Rivière admet avoir volontairement renoncé à une audience plus large pour rester fidèle à son identité linguistique.
Parler français en milieu minoritaire, c’est une résistance en soi
Ce dernier ajoute que créer en français le comble, car il se sent chez lui. «J’ai déjà tenté de créer en anglais plus jeune, mais sans succès. Je ne me sentais pas moi-même et je ne ressentais pas la même satisfaction.»
Pour Alison, le choix du français est évident : son contenu étant centré sur l’accent acadien, passer à l’anglais n’aurait tout simplement pas de sens. Elle y voit aussi une manière d’honorer les luttes historiques pour les droits linguistiques.
Elle insiste aussi sur l’urgence de faire rayonner la culture acadienne. Il ne faut pas éteindre cette communauté déjà minoritaire, au contraire, il faut la faire fleurir et la faire connaitre davantage à travers le monde.
Phil Rivière travaille actuellement sur une série documentaire intitulée Donner sa langue au chat, qui explorera les réalités franco-canadiennes.
Le Franco-Ontarien raconte qu’il reçoit régulièrement des messages de personnes qui se sentent enfin représentées.
Pour sa part, l’ampleur de la portée de son balado a surpris Ahdithya Visweswaran, qui a suscité des réactions jusqu’en Europe et en Afrique.
Alison reçoit même des messages de France, où des internautes découvrent avec intérêt les particularités de la culture acadienne.
Janelle Poirier remarque de son côté une évolution positive : les commentaires négatifs sur les accents semblent diminuer depuis quelques années, signe d’une plus grande sensibilisation.
Les Jeux d’hiver de l’Arctique existent depuis 1970 et rassemblent de jeunes athlètes âgés de 12 à 19 ans.
Les équipes viennent de différentes régions du Nord : le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, le Nunavik, le nord de l’Alberta, mais aussi l’Alaska, le Groenland et même la région du Sápmi, dans le nord de l’Europe. Cette année, 8 délégations pour un total d’environ 2000 jeunes y participaient!
Les athlètes qui montent sur le podium reçoivent des ulus d’or, d’argent ou de bronze. Ces médailles tirent leur nom et leur forme d’un couteau traditionnel inuit.
Voici à quoi ressemble un ulu.
Mais ces Jeux ne sont pas seulement une compétition. Ils mettent aussi en valeur les cultures et les traditions du Nord, surtout celles des peuples autochtones.
«Même si nous venons de territoires ou de pays différents, on partage beaucoup de choses», explique un athlète du Nunavut au journal Le Nunavoix.
Aux Jeux, on retrouve des sports connus comme le hockey, la gymnastique, le ski alpin ou le basketball.
Mais on découvre aussi des sports traditionnels de l’Arctique, inspirés de la vie dans le Nord.
C’est le cas, par exemple, du head pull, ou «le tiré de la tête». Dans ce jeu traditionnel inuit, deux athlètes s’allongent face à face avec une ceinture placée autour de leur tête. Ensuite, ils essaient de tirer leur adversaire vers eux. Le gagnant est celui qui réussit à faire avancer son adversaire au-delà d’une ligne tracée au sol ou à lui faire lâcher la ceinture.
Lorsqu’il a été inventé, ce jeu avait pour but de développer la force et la résistance à la douleur. On dit aussi qu’il ressemble à un combat entre deux morses qui se poussent et se tirent avec leurs défenses!
Et voici le stick pull, un jeu traditionnel déné. Deux participants tiennent un petit bâton recouvert de graisse et doivent essayer de l’arracher des mains de leur adversaire. Ce jeu s’inspire de la pêche sur glace : le bâton glissant rappelle la difficulté d’attraper un poisson par la queue.
Les Jeux d’hiver de l’Arctique se tenaient du 8 au 15 mars. Au classement final, l’Alaska a terminé en tête, suivi du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest.
Et toi, si tu participais aux Jeux de l’Arctique, ce serait dans quel sport?
Sources : Le Nunavoix, Médias Ténois, l’Aurore boréale
Premier arrêt : les patinoires du Canada! Savais-tu que le hockey féminin est de plus en plus populaire? Oui oui! Et ça se voit même dans les communautés francophones du pays. Du Yukon au Nouveau-Brunswick, de plus en plus de filles francophones chaussent leurs patins!
«Quand j’ai commencé à jouer, je ne parlais pas vraiment en anglais. J’étais l’une des seules francophones de mon équipe», explique Orlina A. Ménard, une Franco-Yukonnaise de 21 ans. Elle ajoute : «Aujourd’hui, on entend de plus en plus de français pendant les matchs. Ça ajoute de la positivité».
Chantal Young est la directrice générale de Sports en français, un organisme qui améliore l’accès à l’activité physique en français au Manitoba.
Elle observe aussi des changements dans les communautés francophones. «Aujourd’hui, il y a beaucoup plus d’opportunités pour les filles», explique-t-elle. Elle constate aussi qu’il y a de plus en plus de jeunes qui s’identifient aux joueuses et qui vivent leur passion dans leur langue!
Source : Camille Langlade – Francopresse
Direction les Territoires du Nord-Ouest, à l’école Allain St-Cyr. Là-bas, des élèves ont lancé un tout nouveau projet : Radio Renards.
Ce club de radio permet aux jeunes de créer leur propre émission en français. «Tous les jeunes francophones et francophiles sont les bienvenus», explique Solange, une participante, au journal Médias Tenois.
Au sein de Radio Renards, chacun a un rôle : animation, technique, entrevues… et tout se fait en français! Certains prennent part au projet pour améliorer leur façon de parler, d’autres leur écriture.
La première émission parlait de jeux vidéo et de musique francophone. «C’était notre première fois, mais on était vraiment bons!», a affirmé un des animateurs. Et ce n’est que le début : ils rêvent déjà d’inviter des astronautes ou des athlètes!
Source : Élodie Roy – Médias Ténois
Dernier arrêt : l’Ontario, où l’artiste Chloé Thériault se rendait dans les classes pour donner des formations d’improvisation, aussi appelé «impro»! Partout au Canada, cette pratique permet aux jeunes de s’exprimer en français.
«Redonner vie à la culture de l’impro dans les salles de classe, c’est important», souligne-t-elle. Même si beaucoup de jeunes n’ont jamais joué, l’activité leur apprend à parler français et à enrichir leur vocabulaire. «Quand on joue un match, il y a une pénalité pour les anglicismes. Les élèves doivent trouver leurs idées… mais uniquement en français», précise Chloé.
Source : Camille Langlade – Francopresse
Et toi, si tu pouvais créer ton propre club en français, ce serait quoi?
Organisée par la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) dans le cadre du Sommet pancanadien sur l’éducation artistique, la table ronde «La francophonie plurielle comme lieu d’appartenance culturel» a fait salle comble à l’auditorium du Musée des beaux-arts d’Ottawa, le 13 mars dernier.
L’objectif de cette rencontre était de rassembler les réflexions sur l’apport des arts au sentiment d’appartenance. Ce dialogue, aux yeux de l’animatrice Noémie Dansereau-Lavoie, doit permettre d’explorer comment les arts peuvent renforcer l’identité culturelle dans les communautés francophones en situation minoritaire.
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Tristan Claveau, élève en 12e année et président de Franco-Jeunes à Terre-Neuve-et-Labrador, a partagé sa passion pour la musique et l’accordéon.
Selon le président de Franco-Jeunes de Terre-Neuve et du Labrador, Tristan Claveau, n’importe quelle personne peut devenir un passeur culturel en s’impliquant dans sa communauté et en partageant sa vision de la francophonie.
Pour l’artiste et entrepreneure fransaskoise Alexis Normand, un passeur culturel agit comme un pont entre une œuvre artistique et une communauté. Ce rôle consiste à donner du sens à une œuvre pour les personnes qui la découvrent.
Le slameur et poète Yannick Mbuluku, alias Kimya, raconte que sa rencontre avec l’animateur et membre du groupe Improtéine, Martin Laporte, lors d’un camp de leadeurship a profondément influencé sa trajectoire.
Yannick Mbuluku, alias le slameur et rapeur Kimya, est originaire de Kinshasa, en République Démocratique du Congo, et vit à Ottawa. Il y poursuit ses activités artistiques et occupe un poste d’animateur culturel au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario.
«Si Martin Laporte n’avait pas été là, peut-être que je ne serais pas ici aujourd’hui. […] Le rôle de passeur culturel, c’est quelqu’un qui fait le pont entre une œuvre et communauté, ou son expérience et une autre personne.»
Le représentant de la jeunesse du Manitoba pour l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF), Raphael Raharijaona, a également affirmé que l’art et la culture jouent un rôle fondamental dans la construction d’une fraternité entre les communautés francophones du pays. Son propre sentiment d’appartenance ne s’est pas construit principalement à travers les matières scolaires traditionnelles, mais plutôt par le biais d’expériences artistiques.
«L’art, c’est comme un véhicule pour l’affirmation d’identité, et le fait de pouvoir partager son histoire ou d’être une personne culturelle nous permettent de nous comprendre les uns les autres», a constaté Alexis Normand. Selon elle, les œuvres artistiques permettent également de créer des liens d’empathie entre les individus.
Alison Palmer, artiste, pédagogue et coach de vie à Saint-Pierre-Jolys, Manitoba, propose aux jeunes francophones de découvrir l’expression artistique depuis 2020.
La coach de vie, enseignante et artiste Alison Palmer a pour sa part évoqué le Festival théâtre jeunesse du Manitoba, qui rassemble environ 800 jeunes chaque année. D’après elle, ces activités permettent aux participants de vivre des expériences en français en dehors du cadre de la classe.
La conférencière a ajouté que les souvenirs créés lors de ces évènements contribuent à forger des amitiés durables entre les jeunes francophones.
Alexis Normand a ensuite raconté une anecdote sur un élève qui avait assisté à l’un de ses spectacles et qui était resté seul vers la fin : «Il tremblait, puis il m’a dit : “Moi, ma famille, on est d’origine rwandaise. Et aujourd’hui, enfin, j’ai compris que je peux être franco-manitobain.”» Selon la l’artiste, cette expérience illustre bien la nature plurielle de la francophonie actuelle.
La représentante de la jeunesse de l’Ontario, Éliane Hamed, a également mentionné l’importance des nouveaux médias dans l’expression des jeunes. D’après elle, les balados et les projets numériques offrent aux élèves de nouvelles façons de partager leurs idées.
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Raphael Raharijaona, né en France, a grandi au Manitoba avant d’étudier la science politique à Ottawa. Son parcours lui a permis d’observer différentes réalités de la francophonie canadienne.
«Quand ça vient aux questions budgétaires, l’art et la culture francophone sont les premières choses à être coupés», a affirmé Yannick Mbuluku. Selon lui, ces domaines sont pourtant essentiels pour motiver les jeunes à rester engagés dans leur parcours scolaire.
Raphael Raharijaona ajoute que l’accès à la culture constitue également un enjeu de rétention scolaire. D’après lui, ce problème demeure particulièrement visible dans les régions rurales et isolées.
«Nous reconnaissons que des cours d’arts figurent déjà dans les curriculums à travers le pays. Toutefois, leur accessibilité et leur qualité varient considérablement d’une région à l’autre et un écart important persiste entre ce qui est prévu sur les curriculums et ce qui se passe réellement dans les écoles», a observé la présidente de la FCCF, Nancy Juneau, par écrit à Francopresse après la table ronde.
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L’artiste, autrice-compositrice-interprète et cinéaste originaire de Saskatoon, Alexis Normand, a suivi une formation en éducation et travaille régulièrement dans les écoles pour sensibiliser les jeunes à la musique et à la création artistique.
Tristan Claveau a comparé la situation des activités artistiques à celle des sports : «C’est super simple qu’une compagnie voie une équipe de sportifs et donne de l’argent. Quand c’est des activités artistiques, culturelles, il faut creuser beaucoup plus pour trouver de l’argent […] surtout [pour] des instruments.»
Présente à l’évènement, l’administratrice au sein de l’Alliance culturelle de l’Ontario, Anik Bouvrette, a appelé à un dialogue plus honnête entre les gouvernements et les artistes. Les jeunes devraient se trouver, selon elle, au cœur des décisions en matière de politiques culturelles et éducatives. «Les jeunes au centre. Nous, les adultes, quand on prend les décisions, [il faut] qu’on se mette dans la peau des jeunes.»
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«Pour moi, l’obstacle le plus grand ou le défi le plus grand, ce n’est pas l’anglais, c’est le silence», a exprimé Alexis Normand. Elle est d’avis que les arts permettent précisément de briser ce silence et d’encourager l’expression.
Éliane Hamed a ajouté que la pratique des arts lui a permis de développer une plus grande confiance en elle. Elle a expliqué que l’expérience de participer à cette table ronde lui avait donné le sentiment d’être réellement écoutée.
À la suite des échanges au Sommet pancanadien sur l’éducation artistique, la présidente de la FCCF, Nancy Juneau, a indiqué que son organisme souhaite structurer des actions autour de quatre idées.
FRANCOPHONIE
Des ambassades et consulats du Canada publient du contenu uniquement en anglais sur Instagram, malgré un rappel du Commissariat aux langues officielles, a rapporté le quotidien Le Devoir cette semaine. Plusieurs plaintes ont été déposées contre Affaires mondiales Canada, accusé de ne pas respecter ses obligations bilingues.
Bien que le ministère ait reconnu le problème en 2023 et promis des correctifs, des vérifications menées en 2025 puis en 2026 montrent que les lacunes persistent : des publications ne sont toujours pas traduites et le contenu demeure majoritairement en anglais.
Dans un sommaire de rapport d’enquête, le Commissariat exige des formations et de meilleurs outils pour assurer le respect du français et de l’anglais sur les réseaux sociaux.
CANADA
Le gouvernement fédéral a décidé mercredi de demander à la Cour suprême de se prononcer sur les décisions concernant l’utilisation de la Loi sur les mesures d’urgence pour mettre fin aux manifestations du convoi de la liberté en 2022.
Recours à la Loi jugé infondé : La Cour fédérale avait conclu en janvier 2026 que les conditions justifiant le recours à cette loi n’étaient pas réunies, estimant qu’il n’y avait pas de menace réelle à la sécurité nationale ni d’état d’urgence. De plus, certaines mesures prises portaient atteinte aux droits protégés par la Charte canadienne des droits et libertés.
Deux cours ont déjà jugé que l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence par le gouvernement fédéral était illégale, mais Ottawa demande tout de même au plus haut tribunal du pays de conclure autrement. Si la Cour suprême du Canada décide d’entendre cette affaire, nous défendrons fièrement notre victoire historique pour l’État de droit et les libertés civiles.
Pierre Poilievre a dévoilé son plan pour l’industrie automobile canadienne dimanche, à Windsor, en Ontario. Il désire éliminer les droits de douane imposés par les États-Unis et propose que pour chaque véhicule produit au Canada, le constructeur puisse en vendre un autre au pays sans tarif s’il est fabriqué aux États-Unis ou au Mexique.
Le chef conservateur souhaite aussi harmoniser les normes environnementales et les politiques commerciales avec celles des États-Unis afin de faciliter les échanges et améliorer le pouvoir de négociation du Canada.
2 millions de véhicules par an : Le plan inclut également des mesures pour stimuler la production nationale à deux millions de véhicules par an, ainsi que des incitatifs comme l’abolition de la Taxe sur les produits et services (TPS) sur les voitures fabriquées au Canada. En échange, il propose de mettre fin aux subventions pour les véhicules électriques et de restreindre certains produits liés à la Chine ou à la Russie.
Énergie : La veille, le chef de l’opposition officielle a commencé sa visite aux États-Unis à Détroit pour faire valoir le potentiel énergétique du Canada et plaider pour la fin des tarifs.
Le Canada a les ressources naturelles et l'énergie dont le monde a besoin.
— Pierre Poilievre (@PierrePoilievre) March 14, 2026
À Détroit, j'ai discuté du potentiel énergétique du Canada et des liens commerciaux sans tarifs entre le 🇨🇦 et les 🇺🇸 avec Daniel Ujczo, avocat général adjoint de l'équipe américaine de @cenovus Energy.… pic.twitter.com/B4zS4I0Rd7
Il a affirmé avoir écrit au premier ministre Mark Carney pour que le Canada se dote d’une réserve canadienne pour l’énergie et les minéraux critiques.
Participation controversée : Jeudi, Pierre Poilievre a également participé au balado du controversé Joe Rogan, The Joe Rogan Experience, connu pour ses liens avec la manosphère et ouvrir son micro à des promoteurs de théories du complot ou de théories non fondées.
Il reçoit également des scientifiques et des politiciens de tous les partis. L’entourage de Pierre Poilievre a fait valoir la participation à ce balado comme une façon de toucher un large auditoire plutôt qu’un soutien direct à l’hôte du podcast.
Marc Miller a affirmé que la Loi sur le droit d’auteur protégeait toujours les contenus contre l’IA, mais qu’un débat devait être ouvert sur la question.
Le Centre d’étude des médias a démontré dans un rapport (en anglais) que les outils d’intelligence artificielle (IA) s’appuient largement sur le journalisme canadien sans en citer adéquatement les sources ni compenser les médias.
L’étude révèle que ces systèmes exploitent les contenus journalistiques à plusieurs niveaux, depuis l’entrainement jusqu’à la production de réponses qui réduisent l’incitation du public à consulter les sources originales, contribuant ainsi à fragiliser davantage le modèle économique des médias.
Contrairement aux réseaux sociaux, qui détournaient surtout les revenus publicitaires, l’IA tend à intégrer directement l’information et à la redistribuer comme un produit autonome.
Plusieurs grands médias canadiens ont intenté une poursuite contre OpenAI pour utilisation non autorisée de leurs contenus.
Besoin d’un débat : Le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes et ministre responsable des Langues officielles, Marc Miller, a estimé cette semaine qu’il est urgent d’ouvrir un débat sur l’utilisation des contenus journalistiques par les systèmes d’IA.
Le ministre a souligné que la réutilisation massive des nouvelles dénature leur objectif initial et pose des enjeux de responsabilité pour les entreprises technologiques.
Pas de mesure législative pour l’instant : Marc Miller a aussi précisé qu’il ne souhaitait pas élargir la portée de la Loi sur les nouvelles en ligne, mais qu’il fallait que ces entreprises respectent des principes de conduite équitables, notamment en matière de rémunération.
Le ministre a notamment maintenu que la législation actuelle sur le droit d’auteur doit continuer à protéger les créateurs, tout en laissant la porte ouverte à d’éventuelles réformes.
INTERNATIONAL
Le Canada cherche à appuyer ses alliés au Moyen-Orient sans s’engager directement dans le conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran. C’est ce qu’a indiqué la ministre des Affaires étrangères du Canada, Anita Anand, cette semaine en conférence de presse depuis la Turquie.
Le gouvernement exclut toute participation militaire, y compris dans des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz, utilisé par l’Iran pour bloquer la circulation du pétrole mondial, notamment en provenance des pays du Golfe.
La ministre Anand a aussi affirmé que le Canada ne prendra pas part aux opérations offensives, mais qu’il étudie des options pour aider des partenaires, comme les pays du Golfe Persique.
Elle a toutefois fait valoir que le Canada respecterait ses engagements envers l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), notamment en cas d’activation du principe de défense collective.
En fin de journée jeudi, le Canada a joint sa voix à celles de l’Allemagne, la France, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas et le Royaume-Uni pour demander à l’Iran de «cesser immédiatement» ses opérations contre la navigation commerciale dans le détroit d’Ormuz. Dans un communiqué, le Canada se dit «prêts à contribuer aux efforts appropriés pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit».
Lors d’un évènement organisé à Montréal le 17 mars, sur le thème de «L’heure du positionnement juste : la Francophonie face au désordre mondial», la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo, a rappelé le rôle que peuvent jouer les francophones.
«Le premier ministre du Canada l’a brillamment rappelé lors de son discours à Davos : il y a une rupture dans l’ordre mondial tel que nous le connaissons. Le multilatéralisme est sous haute tension», a-t-elle déclaré.
L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) regroupe 90 États et gouvernements. Elle compte 53 membres, 5 membres associés et 32 observateurs, tous ayant en commun l’usage du français ou un intérêt pour la francophonie.
Elle a pour mission de promouvoir la langue française et la diversité culturelle, tout en soutenant la démocratie, l’éducation et le développement économique dans l’espace francophone.
Le Canada, le Nouveau-Brunswick et le Québec sont membres à part entière. L’Ontario et la Nouvelle-Écosse sont des membres observateurs.
L’OIF organise notamment le Sommet de la Francophonie, dont la prochaine édition se tiendra au Cambodge, en novembre 2026.
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La francophonie à un rôle à jouer, «modeste certes, mais efficace et de plus en plus contenu». Louise Mushikiwabo a évoqué les mécanismes politiques déjà mis en place par l’OIF, notamment après certains coups d’État en Afrique de l’Ouest ou lors de la crise actuelle en Haïti. «La francophonie n’abandonnera pas Haïti», a insisté la responsable.
Elle a aussi rappelé son propre travail auprès de l’Organisation des Nations Unies pour que les francophones aient leur place au sein du Pacte numérique mondial.
«La francophonie a démontré à maintes reprises qu’elle est capable de leadeurship dans le monde, de vision et d’influence positive.»
«La francophonie économique, qui prend de plus en plus de l’essor, est une réalité que nous n’avons pas assez exploitée», assure Louise Mushikiwabo.
L’espace économique francophone, qui regroupe les États et gouvernements membres de l’OIF, représente une population 1,2 milliard de personnes, soit 17,5 % de la population mondiale, 16,5 % du PIB mondial, 20 % du commerce mondial de marchandises et enfin 14 % des réserves mondiales de ressources énergétiques et minières.
Source : La langue française dans le monde, édition 2026
Elle cite les missions économiques et commerciales de l’OIF, qui profitent notamment aux petites et moyennes entreprises et qui, selon elle, «se terminent toujours avec la signature de quelques contrats».
«Notre rôle dans cette francophonie économique est plutôt un rôle de catalyseur, d’accompagnateur et parfois d’un accompagnateur de négociations.»
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Le français compte désormais 396 millions de locuteurs et locutrices (contre 321 en 2022) et est devenu la quatrième langue la plus parlée au monde, selon un nouveau rapport de l’OIF, présenté à Québec le 16 mars.
Mais pour réaliser la projection de 590 millions de locuteurs en 2050, cela va exiger «d’être très vigilant par rapport à l’apprentissage du français», prévient Louise Mushikiwabo.
Il y a un intérêt et un appétit pour apprendre la langue. C’est la deuxième langue la plus apprise dans le monde.
La demande est là, mais les investissements devront suivre.
La responsable a aussi insisté sur l’importance d’inclure le français dans le multilinguisme. «Il y a un manque criant de traducteurs qualifiés dans le monde.»
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Enfin, l’un des grands enjeux du moment reste la découvrabilité des contenus francophones.
Faire rayonner la francophonie en ligne reste un défi, mais pas un défi insurmontable, estime la secrétaire générale de l’OIF.
«Nous allons devoir aller frapper à la porte de tous les dirigeants de nos États pour les réveiller à la réalité que le numérique aujourd’hui est incontournable et qu’on ne peut pas rester en dehors.»
Le député fédéral conservateur Andrew Lawton indiqué sur X/Twitter le 5 mars qu’il déposerait la candidature de Don Cherry pour l’Ordre du Canada. Il a lancé une pétition pour «montrer à la gouverneure générale combien de Canadiens l’appuient».
Le chef du Parti conservateur du Canada (PCC), Pierre Poilievre, a également soutenu sa candidature sur X/Twitter, mais n’a pas commenté le sujet depuis le début de la controverse, la semaine dernière. De nombreux députés conservateurs anglophones ont aussi appuyé la candidature.
Ancien entraineur-chef de hockey, Don Cherry est devenu par la suite commentateur sur les ondes de CBC, puis Sportsnet.
Il est aussi connu pour ses propos jugés dénigrants à l’égard de plusieurs communautés du Canada, dont les Autochtones – qu’il a déjà appelé «sauvages» – ou encore contre les immigrants, les francophones et les Québécois.
Caricature : La cherry sur le sundae
«C’est un geste […] qu’il n’aurait pas dû faire»
«Je ne soutiens pas cette candidature, je pense qu’il y a beaucoup d’autres candidatures beaucoup plus intéressantes au Canada», a affirmé sans détour Joël Godin, député conservateur de Portneuf–Jacques-Cartier, près de Québec, en entrevue avec Francopresse.
«Ce n’est pas à la hauteur de ce que l’on a comme définition d’un récipiendaire de l’Ordre du Canada lorsqu’on dénigre des francophones, des homosexuels, des immigrants ou des Européens.»
Il rappelle que cette candidature a été poussée à l’initiative de son collègue Andrew Lawton, dont c’est le droit, note Joël Godin.
«Mon problème, c’est que c’est endossé par notre chef. Maintenant, est-ce que mon chef le fait de façon impulsive? C’est sûr qu’avec cet appui-là, ça fait interroger, mais (…) Pierre Poilievre a beaucoup de respect pour les francophones et il a fait beaucoup d’efforts pour le montrer par le passé», assure Joël Godin.
Il ne faudrait pas que les francophones pensent que Pierre Poilievre est contre les francophones. C’est un geste qu’il a fait sur X et que, je pense, n’aurait pas dû faire.
«C’est la plus haute distinction du pays, alors je crois qu’il est préférable de ne pas admettre une candidature entourée d’une controverse» a fait savoir l’ancienne sénatrice Claudette Tardif, en entrevue avec Francopresse.
Cette dernière est une figure emblématique de la francophonie albertaine et a elle-même été décorée de l’Ordre du Canada en 2025.
Opposition et nuances chez les députés québécois
Si la candidature divise autant, c’est parce que Don Cherry ne fait pas l’unanimité, notamment au Québec, pour ses propos racistes et dénigrants envers les Québécois, qu’il a qualifiés de «pleurnichards».
Alors que d’autres députés conservateurs anglophones continuent de soutenir sa candidature à grand renfort de publications sur X/Twitter, plusieurs élus québécois du même parti y restent opposés, à l’instar de Gérard Deltell, Pierre-Paul Hus ou encore Joël Godin.
Toutefois, d’autres ont tenu des propos nuancés la semaine dernière.
«Il a fait de grandes choses et est bien reconnu. On l’aime bien, Don», a affirmé le député de Montmorency-Charlevoix, Gabriel Hardy, ajoutant que ses propos sur les francophones sont des «erreurs». «Il a marqué le Canada et le hockey», a-t-il ajouté. Sollicité par courriel, son bureau n’a pas répondu à Francopresse à ce sujet.
«Il a dit des choses inacceptables envers le Québec, mais il a fait beaucoup pour le sport et est adulé au Canada anglais. Ce sont deux faits qui peuvent être reconnus en même temps», a de son côté expliqué le service des communications du bureau du député de Chicoutimi–Le Fjord, Richard Martell, à Francopresse, qui a fait savoir que ce dernier n’appuyait finalement pas cette candidature.
La semaine dernière, M. Martel avait pourtant affirmé que le comité chargé d’évaluer les critères d’admissibilité pour attribuer l’Ordre du Canada devait fonder sa décision sur ce que «Cherry a accompli dans le domaine du sport».
Malgré cette division et la controverse, la pétition est toujours en ligne sur le site Internet du PCC.
À l’instar de son opposant Pierre Poilievre, le premier ministre Mark Carney a évité de commenter davantage, selon La Presse canadienne.
Les nominations à l’Ordre du Canada sont dévoilées deux fois par année, en juin et en décembre. Si Don Cherry en fait partie, son nom apparaitra lors de l’une de ces deux annonces.
Mark Carney n’a pas encore dévoilé s’il souhaite garder le Sénat indépendant, instauré par Justin Trudeau, ou revenir à la version partisane.
«Est-ce que le premier ministre est satisfait avec le travail du Sénat [dans] le contexte d’un Sénat indépendant? Pour nous, ce n’est pas nécessairement clair», affirme d’emblée la sénatrice franco-ontarienne Bernadette Clement.
Pour son prédécesseur Justin Trudeau, «ça faisait partie de son discours sur la société de rendre le Sénat indépendant».
En effet, les postes au Sénat étaient nommés de façon partisane jusqu’en 2015; un premier ministre conservateur nommait des sénateurs et sénatrices d’allégeance conservatrice, un premier ministre libéral nommait des libéraux. Lors de son accession au pouvoir, Justin Trudeau a instauré un système de candidatures et le Comité consultatif indépendant sur les nominations au Sénat.
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En janvier 2014, Justin Trudeau, alors chef du Parti libéral du Canada, a expulsé les 32 sénateurs et sénatrices membres du caucus parlementaire de son parti.
Ces derniers siègent comme indépendants, ce qui leur permet de voter librement, sans suivre la ligne du Parti libéral.
Des détracteurs de ce changement affirment que cette décision visait moins un esprit de réforme qu’une prise de distance des libéraux avec le scandale des dépenses de sénateurs canadiens qui a terni l’image du Sénat à l’époque.
Entre 2016 et 2025, Justin Trudeau a nommé 22 membres indépendants au Sénat.
D’autres critiques ont soulevé que plusieurs des personnes nommées au Sénat par Justin Trudeau étaient d’allégeance libérale.
La sénatrice franco-ontarienne Bernadette Clement affirme que le Sénat n’a pas eu de «conversation» avec le premier ministre Carney sur sa vision du Sénat indépendant hérité de Justin Trudeau.
Selon Bernadette Clement, au-delà de la vision, «il serait temps» de procéder aux nominations, puisqu’il y a actuellement sept postes vacants au Sénat : quatre au Québec, ainsi qu’un au Manitoba, au Nouveau-Brunswick et en Ontario.
À cela s’ajoutent huit départs à la retraite, prévus au cours de l’année 2026.
L’ancienne mairesse de Cornwall observe que ces départs accentuent l’impression que des nominations sont imminentes. «Plus il y a de postes vacants, plus c’est compliqué de faire notre devoir, c’est-à-dire de bien représenter les régions, les provinces pour lesquelles on est nommé, les contextes minoritaires… Donc oui, c’est le temps de combler ces postes.»
«Je crois qu’il est raisonnable de s’attendre à ce qu’au moins une personne francophone soit nommée, d’autant plus que quatre des sept sièges vacants devront être comblés par des candidatures provenant du Québec», affirme pour sa part la sénatrice Lucie Moncion.
Cette dernière est la seule autre sénatrice franco-ontarienne, sur les 23 personnes nommées dans cette province.
Au total, le Sénat compte neuf francophones hors Québec sur les 105 sièges : Réjean Aucoin et Allister Surette pour la Nouvelle-Écosse, Victor Boudreau, René Cormier, Rose-May Poirier et Pierrette Ringuette pour le Nouveau-Brunswick; Bernadette Clement et Lucie Moncion pour l’Ontario; et Raymonde Gagné pour le Manitoba. Cette dernière est également présidente du Sénat tandis que René Cormier est président intérimaire.
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La sénatrice Lucie Moncion, la seule autre Franco-Ontarienne, affirme que «compte tenu du caractère officiellement bilingue du Canada, je crois que l’usage du français et le bilinguisme pourraient être davantage encouragés au Parlement».
Lucie Moncion ajoute que le Sénat «joue un rôle clé» dans la représentation des minorités, «y compris les minorités linguistiques qui peuvent parfois se trouver à l’intersection d’autres réalités minoritaires», dans les trois provinces anglophones où il manque un siège.
La sénatrice Clement va dans le même sens en s’autodésignant : «Je suis une sénatrice franco-ontarienne noire. Je suis issue de la diversité. Quand je suis en comité, parfois, je suis la seule. Et donc, le travail de représentation tombe sur les épaules des francophones.»
Elle note à ce titre que la présence francophone se «ressent très fortement» en Chambre, mais «se dilue» lorsque les sénatrices et sénateurs sont dans les comités.
«On peut se retrouver en comité et la perspective d’une francophone n’est pas toujours présente de la même façon si on est en train de réviser un projet de loi», affirme-t-elle.
Les deux sénatrices souhaitent «évidemment» voir de nouvelles nominations francophones pour «porter la voix des communautés de langue officielle en situation minoritaire au Sénat», précise la Lucie Moncion.
Et la sénatrice d’ajouter : «Pour représenter adéquatement la minorité francophone ontarienne au Sénat, il est clair que j’aimerais pouvoir compter sur davantage de collègues francophones de ma province.»
«[…] Le bilinguisme est un projet national qui nécessite un fort leadeurship et, à l’instar de nombreuses institutions au pays, le Sénat pourrait profiter d’un effort renforcé pour promouvoir l’usage du français et le bilinguisme.»
«Réjouissons-nous de ce chiffre», a réagi la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo. Le français devient ainsi la quatrième langue la plus parlée sur la planète, après l’anglais, le mandarin et l’espagnol.
Les résultats de la sixième édition du rapport La langue française dans le monde, publié tous les quatre ans par l’Observatoire de la langue française (OLF) de l’OIF, a été présentée à Québec le 16 mars.
Le responsable de l’OLF, Mohamed Embarki, a toutefois rappelé que ce n’était «ni un objectif ni un accomplissement», mais un point d’observation.
Les données de l’OLF ne contenaient pas de chiffres pour les autres provinces canadiennes.
À la question de savoir comment a évolué le poids démographique des francophones en situation minoritaire, Mohamed Embarki répond qu’en général, «les données dans les pays du Nord évoluent très faiblement», alors que les changements les plus importants concernent les pays du Sud.
La croissance de 3,7 millions et de 2,4 millions de francophones, respectivement pour l’Europe et les Amériques, n’a contribué qu’à 8 % de la croissance totale du nombre de francophones entre 2010 et 2025.
Ces deux espaces sont touchés par le vieillissement de la population et une plus faible natalité. «Leur croissance démographique s’explique par l’immigration internationale qui y contribue à plus de 95 % au Canada et au Québec et à plus de 90 % en France», commentent les auteurs du rapport.
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«L’avenir du français est lié à la forte croissance démographique africaine, combiné à des efforts de scolarisation. C’est vers l’Afrique que se déplace le centre de gravité de la francophonie», a assuré Louise Mushikiwabo; 65 % des locuteurs s’y trouvent.
La secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, a présenté le dernier rapport sur l’état de la langue française dans le monde à Québec.
Alors que le nombre de francophones n’augmente que très légèrement en France, la République démocratique du Congo sera le premier pays francophone dès juillet 2026, avec presque 66 millions de locuteurs, prévoit l’OLF, contre [ce serait bien de dire il y en a combien en France].
«La langue française ne se transmet plus que par héritage», a souligné Mohamed Embarki. L’enseignement joue un rôle clé. Cette année, l’OLF a d’ailleurs changé sa méthodologie et sa définition de ce qui est francophone pour inclure les jeunes entre 6 et 9 ans scolarisés en français.
Le français langue étrangère (FLE) compte environ 51 millions d’apprenants dans le monde, alors que 170 millions d’élèves et d’étudiants suivent leur scolarité en français.
Près de 70 % des élèves qui reçoivent des enseignements en français se trouvent dans la région Afrique subsaharienne et dans l’océan Indien.
Néanmoins, Louise Mushikiwabo appelle à la «vigilance» et à «poursuivre l’engagement».
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Du côté du numérique, la langue française se maintient à la quatrième place sur Internet, où 3,5 % des contenus en ligne sont en français, contre 24 % en anglais.
D’où l’importance de produire des contenus en français et, surtout, d’assurer leur découvrabilité et leur intégration dans les outils d’intelligence artificielle (IA), a expliqué Louise Mushikiwabo.
Selon elle, les GAFAM représentent «un défi», mais pas «une menace». Elle appelle les pays membres de l’OIF à se réunir pour avoir une discussion à ce sujet : «On a un grand travail de lobby à faire.»
L’OLF a aussi lancé une nouvelle plateforme numérique pour suivre l’actualité et les données liées à la langue française dans le monde.
La langue française reste aussi «un outil d’accès à la connaissance, à l’emploi et à l’innovation», a détaillé Louise Mushikiwabo. En Asie, elle favorise la formation et l’insertion professionnelle dans des domaines comme la médecine, l’hôtellerie ou le tourisme.
Dans les grandes capitales d’Afrique subsaharienne, 4 personnes sur 5 estiment que le français est un critère d’emploi important. «Si le monolinguisme reste une source de préoccupation, le rapport fait état de quelques avancées en matière de promotion du multilinguisme», ajoute-t-elle.
À noter que l’espace francophone représente plus de 16 % du PIB mondial
La jeunesse pose de nouvelles exigences à la francophonie. La vitalité du français demeure étroitement liée au système éducatif et à la qualité de l’enseignement, s’accordent les intervenants. «C’est à l’école que se joue l’avenir de la langue française», avance Mohamed Embarki.
Comprendre la francophone d’aujourd’hui, c’est regarder vers sa jeunesse.
«Nous ne devons pas penser que cette progression qui est portée par la démographie africaine est suffisante. La langue française dans certains pays du Sud régresse aussi. Malgré tout, il faudra continuer à enseigner en français […] Restons vigilants», a pour sa part insisté Louise Mushikiwabo.
Elle a notamment rappelé que le français recule dans certains pays de l’Union européenne. «Pour arriver à créer des synergies d’acteurs, il faut que nos pays membres soient exigeants.»
D’après elle, l’enseignement du et en français à grande échelle reste indispensable pour atteindre les projections de l’OLF de 590 millions de locuteurs de français en 2050, dont 9 sur 10 vivront sur le continent africain.
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