le Samedi 1 août 2026
le Samedi 1 août 2026 5:00 Chroniques et éditoriaux

Notre cerveau primitif : la loi de Brandolini

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«C’est une chose bien commode que la critique ; car où l’on attaque avec un mot, il faut des pages pour se défendre» a écrit le philosophe Jean-Jacques Rousseau en 1751.  — Photo : 123RF
«C’est une chose bien commode que la critique ; car où l’on attaque avec un mot, il faut des pages pour se défendre» a écrit le philosophe Jean-Jacques Rousseau en 1751.
Photo : 123RF

CHRONIQUE – Quand vous doutez d’une information, combien de temps passez-vous à vérifier sa véracité? Peu importe la réponse, la loi de Brandolini veut que ce soit beaucoup plus que le temps passé pour inventer le mensonge original.

Notre cerveau primitif : la loi de Brandolini
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En 2013, le programmeur informateur italien Alberto Brandolini écoute une entrevue de l’ancien premier ministre de son pays, Silvio Berlusconi, dans laquelle ce dernier enchaine si rapidement les mensonges que le journaliste qui l’interroge ne parvient pas à les réfuter.

Alberto Brandolini dépose ensuite sur Twitter, qui était alors un lieu de discussion plus agréable, cette phrase : «L’asymétrie du baratin : la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter les mensonges est largement plus grande que celle pour les produire.» (Traduction libre)

Même si John Arbuthnot en 1712, Jean-Jacques Rousseau en 1751 et Daniel Kahneman en 2011 ont évoqué des idées similaires, ce sera cette vulgarisation en langage simple, et même familier, qui immortalisera Alberto Brandolini en donnant son nom au principe et en mettant des mots sur l’un des mécanismes de base de la désinformation.

Allons-y d’un exemple concret.

Vous parcourez votre réseau social préféré et tombez sur le message d’un compte que vous ne connaissez pas – peut-être partagé par quelqu’un que vous connaissez – qui clame haut et fort que les hippopotames des familles sont un fléau. Il y a même une image qui semble réaliste comme preuve.

Vous avez un doute, un vieux souvenir… Heureusement, dans ce cas-ci, une recherche rapide vous mènera à une vieille publicité qui utilisait cet exemple pour rappeler d’être vigilant sur ce que l’on voit sur nos écrans.

Mais qu’en est-il lorsque l’affirmation est plus complexe et concerne une loi? Votre recherche sera beaucoup plus laborieuse.

C’est le cas pour les journalistes ou créateurs et créatrices de contenu qui entreprennent de démontrer qu’une déclaration est fausse. Ils devront éplucher des comptes rendus, des rapports, appeler des spécialistes… Un mensonge inventé et craché en 5 secondes prendra peut-être 8 heures à décortiquer et démentir avec preuves à l’appui.

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Mensonges à la chaine

L’arrivée des réseaux sociaux a permis d’exploiter cette asymétrie. La quantité de mensonges produits chaque jour – pour ne pas dire chaque minute – est si grande qu’il est difficile de tous les réfuter.

L’introduction des outils d’intelligence artificielle rend la tâche tout simplement impossible. Non seulement en raison de la hausse exponentielle du nombre de faussetés, mais aussi parce que démontrer qu’une image ou qu’une vidéo a été faite avec l’un de ces outils ajoute une couche de recherche et de complexité.

L’asymétrie ne concerne pas seulement la production des mensonges, mais aussi leurs effets.

Une fausse affirmation simplifie souvent un fait ou un évènement et tente de provoquer une émotion spécifique. Des recherches ont montré que les émotions comme l’anxiété, la joie, le dégout, la peur ou la colère augmentent la probabilité qu’une personne partage une information. De plus, si elle est déjà en accord avec la déclaration, les chances qu’elle la partage sont encore plus grandes.

Les algorithmes des réseaux sociaux, calibrés pour garder les internautes engagés à travers du contenu qui chatouille ces émotions, multiplient la portée de ces messages au détriment des contenus plus nuancés et vérifiés – autrement dit plus plates.

Finalement, notre propre cerveau nous joue des tours. La mémoire retient plus facilement ce qu’elle apprend en premier. L’effet de primauté, surtout s’il fonctionne en tandem avec le biais de confirmation, fait en sorte que le mensonge a plus de chance de rester gravé dans la mémoire. Même si les preuves de la supercherie sont consultées par la suite.

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Insertion dans le réel

Le mouvement antivaccin est un exemple qui illustre comment la loi de Brandolini et les biais cognitifs de notre cerveau interagissent.

L’article d’Andrew Wakefield, qui avançait avoir trouvé un lien entre les vaccins et l’autisme, a été démenti 12 ans après sa publication. Il a été retiré et l’auteur n’a plus le droit de pratiquer la médecine. Entretemps, plus de 40 autres études n’ont trouvé aucun lien entre les vaccins et l’autisme.

Andrew Wakefield n’a pas écrit son article en quelques heures. Il a pris le temps de sélectionner ses cobayes et de manipuler les données pour obtenir le résultat qu’il voulait. Ça lui a probablement pris des mois.

Cependant, le journaliste Brian Deer a fait des recherches et des entrevues pendant 7 ans pour dénicher les preuves de sa supercherie.

Malgré cela, l’article original continue d’être brandi comme preuve par ceux qui ont probablement vu ses mensonges en premier. Le nom du fraudeur est aussi plus connu que le nom de celui qui l’a démasqué.

Ne renversez pas le fardeau de la preuve

Pour limiter l’influence de la loi de Brandolini dans votre vie, appliquer d’abord les mêmes techniques qui permettent de confirmer si une information est valable :

  • Quelle est la source de l’information?
  • Est-ce qu’il y a des liens ou des citations qui donnent des preuves de ce qui est avancé?
  • Quelles émotions ressentez-vous?
  • Est-ce que d’autres sites de confiance donnent la même information?

Ces techniques mettent de l’avant un principe important pour garder votre scepticisme bien éveillé : le fardeau de la preuve revient à la personne qui lance une affirmation. Si on vous jure que le gazon devient bleu après la pluie, demandez plus de détails sur les sources, demandez les preuves. Restez incrédules tant qu’ils n’ont pas fourni un véritable effort de vous convaincre honnêtement.

Une affirmation extraordinaire demande des preuves extraordinaires. Soutenir que la terre est plate nécessite un plus grand nombre de corroborations que de dire que les oiseaux volent bas quand la pluie approche.

Les outils d’intelligence artificielle pourraient un jour être utilisés pour démasquer plus rapidement les fausses informations et renverser la loi de Brandolini. Des groupes y travaillent. Mais encore ici, le processus sera toujours plus complexe que de demander à une IA de nous produire une vidéo d’une maman renard qui a protégé son bébé contre un incendie de forêt (oui, cette vidéo existe et elle est fausse).

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Type: Analyse

Analyse: Contenu qui rapporte les faits, bien qu’il intègre l’expertise de l’auteur/du producteur et qu’il puisse proposer une interprétation et tirer des conclusions.

Déclaration sur les sources et la méthode:

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste sans l’aide d’outils de l’intelligence artificielle.

Données de parution:

Sudbury

Julien Cayouette

Rédacteur en chef

Adresse électronique: