L’Alliance des producteurs francophones du Canada (APFC) et la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) accueillent favorablement la décision du Canada de se retirer des négociations commerciales avec les États-Unis.
En entrevue avec Francopresse, la présidente de la FCCF, Nancy Juneau, salue «la fermeté du gouvernement, qui a affirmé que la langue française, la culture francophone, les médias d’expression française et les politiques de découvrabilité des contenus culturels ne sont pas des marchandises».
On est content que cela n’ait pas été sacrifié sur l’autel du commerce.
Ligne rouge
Lorsqu’il a annoncé la rupture des négociations, le samedi 22 aout, Mark Carney a cité la protection du français et de la culture parmi les «irritants» soulevés au cours des discussions.
Pour Nancy Juneau, les récents rebondissements de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis représentent une occasion pour le fédéral de réexaminer sa position sur les redevances imposées aux diffuseurs en ligne.
Nancy Juneau privilégie la version du premier ministre canadien à celle de l’administration Trump, qui nie avoir exigé des concessions sur le français.
«Ça fait longtemps que certains acteurs aux États-Unis trouvent inutile le fait de devoir traduire leurs notices, les étiquettes en français. Ça ne date pas d’hier. Donc que ça revienne pendant les négociations et que ça devienne une ligne rouge, ça ne nous surprend pas», note-t-elle.
Du côté de l’APFC, «on est plutôt rassurés», déclare en entrevue la directrice générale, Carol Ann Pilon. «On espère maintenant que le gouvernement tiendra sa parole sur cette ligne rouge et que la culture – s’il retourne à la table de négociation – ne reviendra pas non plus sur la table comme une monnaie d’échange.»
Une occasion à saisir
À la mi-juillet, le gouvernement Carney a confirmé faire marche arrière sur les redevances que le CRTC comptait imposer aux grandes plateformes de diffusion en ligne. Ottawa renonçait ainsi à la contribution de base de 5 %, privilégiant plutôt un financement public de 600 millions de dollars par an pour soutenir la production canadienne.
Un montant insuffisant selon Nancy Juneau, qui partage sur ce point la position de la Coalition pour la diversité des expressions culturelles (CDEC), dont font partie la FCCF et l’APFC.
Néanmoins, la responsable voit dans le contexte actuel une occasion pour Ottawa de réexaminer sa décision et «de remettre à l’ordre du jour l’obligation des plateformes numériques de contribuer au financement des productions canadiennes».
L’écosystème culturel s’appuie sur deux piliers : la découvrabilité des contenus canadiens, mais d’abord et avant tout, le financement de ces contenus-là pour qu’ils existent. On ne va pas les découvrir s’ils n’existent pas.
Elle se dit confiante quant à la volonté du gouvernement de protéger le français et la culture canadienne.
Prudence de mise
«Reste encore à savoir qu’est-ce qui va se retrouver dans le décret qui va être émis par le gouvernement, parce qu’on n’en a pas vu copie», rappelle Carol Ann Pilon, faisant référence à la décision d’Ottawa vis-à-vis des plateformes de diffusion en ligne.
Carol Ann Pilon espère que la culture ne se retrouvera pas sur la table des négociations.
«Est-ce que le gouvernement va revenir sur sa décision? On n’en sait rien à ce point-ci.»
Pour elle, le retrait soudain du Canada des négociations commerciales avec les États-Unis reste une lame à double tranchant.
«Ça a le potentiel de peut-être réparer certaines choses, d’améliorer les prochaines décisions que le CRTC pourrait prendre pour mieux soutenir la production de langue française en contexte minoritaire, mais il y a aussi un risque que ça dilue les décisions qui ont déjà été émises, et que les niveaux de contribution soient revus à la baisse, ce qui aurait un impact très négatif sur le secteur.»
Besoin de garanties
«Dans tout futur accord, il faudrait demander des garanties, estime Nancy Juneau. On se rend compte que les mécanismes actuels sont vulnérables aux pressions commerciales.»
«On parle de la culture comme si ce n’était pas économique. Mais c’est une industrie comme bien d’autres», rappelle-t-elle.
Les 600 millions promis par le gouvernement demeurent «des décisions gouvernementales», remarque Carol Ann Pilon.
«Elles ne sont pas ancrées dans une loi ou une règlementation. Elles sont plus faciles à changer au fil des gouvernements qui se succèderont ou encore sous d’autres pressions économiques. Tandis qu’une règlementation, c’est plus difficile à changer.»
À lire aussi : Pour diffuser la culture en français, les lois ne suffiront pas
