Des Territoires du Nord-Ouest à l’Amérique latine, en passant par Terre-Neuve et Haïti, 45 jeunes francophones de 22 pays et territoires des Amériques se sont retrouvés à Montréal du 15 au 19 juin dans le cadre du Forum sur le leadership et l’engagement citoyen organisé par le Centre de la francophonie des Amériques.
Âgés de 20 à 35 ans, ils ont participé à différents ateliers et panels avant d’obtenir le titre d’ambassadrices et ambassadeurs de la francophonie des Amériques.
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«Role model»
Cela fait un an qu’Eloïse Speleers est directrice générale de l’Association des francophones des Kootenays Ouest (AFKO), en Colombie-Britannique.
«Je suis très contente d’avoir ce poste, mais ça a été un gros défi. J’avais envie de participer à ce forum pour trouver des idées en partant d’une francophonie plus grande pour la ramener vers une communauté plus petite», explique la francophone originaire de Belgique.
Elle cherchait aussi à rencontrer d’autres personnes engagées pour la francophonie, «pour revenir inspirée et engagée», ainsi que «prendre sa place, s’engager et se sentir légitime».
La responsable repart grandie sur le plan personnel et professionnel, avec la volonté de devenir une «bonne leadeuse», et de travailler avec son équipe sur leurs forces et leurs faiblesses.
Axel Belgarde est conseiller en développement durable à Horizon TNL, à Terre-Neuve-et-Labrador. Il propose aussi des visites et des expériences culturelles aux visiteurs francophones et fait partie du groupe Port-Aux-Poutines, «qui utilise la musique comme moteur d’apprentissage du français dans les écoles».
Le Terre-Neuvien se décrit aussi comme un «role model», surtout auprès de la jeunesse francophone, notamment grâce à son rôle d’artiste.
J’ai voulu m’inscrire à ce forum-là pour bien avoir cette formation sur comment je peux être présent comme un leadeur positif au sein de la communauté.
«Tout le monde a droit à la parole»
Marilou Pilote avait de grandes attentes envers le Forum, sans toutefois imaginer à quel point cette expérience la toucherait : «J’ai l’impression que [cette expérience] a changé quelque chose dans mon ADN», confie la coordinatrice markéting et création de contenus au Collège nordique de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest.
Un des moments les plus forts, à ses yeux, a été le visionnement du documentaire Parler mal. «Pendant longtemps, j’ai été insécure par rapport à ma façon de parler. Je me suis souvent demandé si j’étais aussi professionnelle que des personnes qui maitrisent un français plus soutenu ou plus normatif. Pourtant, ma façon de communiquer fait partie de qui je suis.»
La jeune francophone vit aussi avec un handicap invisible : la narcolepsie, un trouble du sommeil qui provoque une somnolence excessive et des endormissements incontrôlables au quotidien.
J’ai longtemps vu ma vulnérabilité comme une faiblesse. Pourtant, toute la semaine, des gens m’ont dit que c’était une force.
Elle repart avec une confiance toute renouvelée.
En venant à Montréal, Emma Alward cherchait à «devenir plus courageuse et moins gênée», confie cette Acadienne originaire de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Lors de son séjour, elle a pris conscience de l’importance de la communication et de l’écoute, afin que «tout le monde ait le droit de parole».
Des francophonies méconnues
«Ce forum a surtout changé mon regard sur la francophonie des Amériques», poursuit Axel Belgarde. Le Terre-Neuvien a notamment été impressionné par l’engagement de leadeurs en Amérique latine, «qui ont appris la langue et travaillent en français par choix, démontrant que la francophonie est une communauté accueillante».
«J’ai apprécié comparer notre perception de la langue française, surtout avec des pays comme Haïti, où le français est enseigné comme la langue de l’élite, alors qu’elle a été une langue interdite dans les écoles pendant plusieurs générations dans la majorité du Canada.»
Avant le Forum, Marilou Pilote voyait surtout les réalités francophones minoritaires à travers un prisme canadien. Elle réalise désormais qu’elles dépassent largement ce cadre.
«J’ai été frappée par les parallèles entre ce que nous vivons dans le Nord canadien et ce que vivent certaines communautés francophones ailleurs dans le monde. Même lorsque les contextes géographiques, culturels ou politiques sont complètement différents, plusieurs défis se ressemblent.» Elle cite la rétention linguistique, l’accès à l’éducation, le manque de ressources adaptées ou encore le sentiment d’appartenance.
Nous avons souvent tendance à regarder les défis de nos communautés sans toujours voir les forces qui les accompagnent. Le forum m’a permis de comprendre que vivre en situation minoritaire peut aussi nous rendre plus créatifs, plus résilients et plus solidaires.
«Cette expérience m’a également rappelé à quel point la francophonie du Nord canadien a quelque chose d’unique à offrir. Trop souvent, lorsque l’on parle de francophonie canadienne, les conversations se concentrent naturellement sur les grands centres», regrette-t-elle.
«Tisser des liens»
«Je suis un peu au début de ma carrière et je veux apprendre plus comment tisser les liens avec les autres régions francophones minoritaires parce que je trouve qu’on peut être en communication, on peut résoudre les problèmes dans d’autres régions», raconte Taryn Fenez, responsable du service à clientèle à la Société de la francophonie manitobaine (SFM).
Sur le plan personnel, c’était une forme d’honneur pour elle d’être dans une place «où c’est la francophonie qui nous réunit».
Ma famille a perdu la francophonie et c’est avec ma génération qu’on retient la francophonie.
Elle n’a pas été déçue. «On avait tellement de chances de se connecter avec des gens comme nous, de jeunes francophones engagés.» La jeune francophone a beaucoup appris sur elle-même, ses forces, ses capacités et son engagement, notamment grâce aux différents ateliers de la formation.
Elle a également réalisé «à quel point la portée de la francophonie des Amériques est vaste» : «On devrait profiter de cette immensité et collaborer avec d’autres communautés […] J’ai beaucoup appris sur les communautés autochtones et le réchauffement climatique. Je reviens dans ma communauté avec ces enrichissements afin de pouvoir les partager. Surtout, je reviens avec une banque d’énergie bien remplie.»
Étudiante en gouvernance, leadeurship et éthique à l’Université Western, en Ontario, Hope Banga a particulièrement été marquée par les rencontres autour des communautés autochtones en Amérique.
«J’ai eu l’opportunité d’échanger et d’apprendre plus sur leur passé en faisant une simulation de comment ils ont été envahis dans leurs terres.» Une activité immersive qui a suscité chez elle des sentiments mêlés de tristesse et de colère.
Repartir inspiré, et transformé
Au-delà des idées et des outils concrets, plusieurs disent repartir avec une nouvelle manière d’envisager leur rôle dans leur communauté.
Axel Belgarde ne repart pas les mains vides à Terre-Neuve-et-Labrador. Il compte notamment appliquer ce qu’il a appris en matière d’animation. «Je travaille étroitement avec les écoles francophones, d’immersion française et de français langue seconde. J’aimerais également amener davantage d’ateliers de sensibilisation à l’histoire des Premières Nations.»
Il veut aussi utiliser ses nouvelles connaissances sur l’évaluation et la balance des forces et valeurs au sein d’une équipe pour être un «leadeur positif».
Pour Eloïse Speleers, le message à retenir est clair : «Ne pas perdre espoir, ne pas lâcher prise et continuer.»
Marilou Pilote revient elle aussi avec une nouvelle perspective dans le Nord. La jeune francophone a pris conscience de la nécessité, parfois, de «ralentir davantage».
«Cette semaine m’a rappelé que ma responsabilité n’est pas de porter tous les enjeux sur mes épaules ni de vouloir sauver un groupe. Mon rôle est plutôt d’accompagner les gens avec les forces que j’ai, d’être présente.» En faisant davantage confiance au collectif.
