Il s’agit de la deuxième édition du Baromètre jeunesse, un sondage mené auprès de 295 jeunes âgés de 14 à 25 ans vivant dans différentes communautés francophones hors du Québec.
La recherche dresse le portrait d’une jeunesse engagée, attachée à sa langue et désireuse de voir la francophonie prendre plus de place dans son quotidien.
Le rapport montre aussi une francophonie de plus en plus diversifiée : près de 23 % des répondants sont nés à l’extérieur du Canada, principalement en Afrique et en Europe.
Une fierté linguistique bien présente
L’importance accordée à la langue dans la construction identitaire des jeunes ressort encore plus clairement cette année. Selon le Baromètre, la langue apparait comme la dimension la plus déterminante de l’identité des répondants, devant d’autres facteurs comme l’âge, la culture, l’origine ou l’expression de genre.
Neuf jeunes sur dix affirment que les langues qu’ils parlent jouent un rôle central dans la façon dont ils se définissent. Il s’agit d’une hausse par rapport à la première édition du Baromètre en 2024, où cette proportion était d’environ trois jeunes sur quatre.
Le français est important pour moi parce que c’est bien plus qu’une langue, c’est une partie de mon identité. En le parlant et en le défendant, je contribue à garder notre langue vivante pour les générations futures
L’attachement au français ressort également du sondage; 81 % des jeunes interrogés disent ressentir beaucoup de fierté à utiliser cette langue. Plusieurs ont également évoqué l’importance de transmettre le français à leur tour, comme l’ont fait les générations précédentes.
C’est ce qu’explique une répondante de 19 ans, originaire du Yukon : «Mon père était assimilé quand il était jeune, alors maintenant je me sens tellement fière de reconnecter avec la langue et la communauté».
Les témoignages recueillis dans le cadre du Baromètre notent aussi que la francophonie des répondants se vit souvent dans des espaces très précis. La bulle familiale, les cercles d’amis et les établissements scolaires apparaissent comme les principaux milieux où le français est utilisé au quotidien.
En fait, pour plusieurs répondants, ces environnements représentent même les seuls contextes où ils peuvent vivre leur francophonie.
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Un attachement accompagné de défis quotidiens
Selon les résultats du Baromètre, six jeunes sur dix disent ressentir de l’insécurité linguistique lorsqu’ils s’expriment en français.
Plusieurs jeunes associent ce sentiment à des comparaisons avec d’autres communautés francophones, notamment au Québec ou en France.
Pour certains, ces comparaisons viennent de commentaires reçus de la part de ces groupes. Pour d’autres, il s’agit plutôt d’un sentiment intérieur de ne pas être «assez francophone», comme l’explique ce répondant ontarien âgé de 20 ans : «J’ai un accent plutôt régional et, franchement, je n’en ai pas honte, je l’aime, mais il y a des moments où les gens décident de ne pas faire d’efforts pour [me] comprendre, et ça me blesse un peu […]. Combien de fois je me suis fait dire “Mais tu parles tellement bien français !” … effectivement, c’est ma langue natale».
Plusieurs répondants disent ainsi se sentir moins légitimes dans leur propre usage du français, malgré leur volonté de l’utiliser au quotidien.
Pour d’autres, le sentiment d’insécurité linguistique est directement lié au fait de vivre en contexte minoritaire. Plusieurs disent ressentir de la gêne à utiliser le français en présence de personnes anglophones, ou encore à demander un service en français dans les commerces ou les services publics.
Le rapport souligne que les personnes vivant de l’insécurité linguistique ont tendance à avoir une perception plus négative de leurs compétences à parler français et utilisent moins la langue dans certaines sphères de leur quotidien.
«Des fois, ce n’est pas facile. On se sent un peu à part, ou on a l’impression de devoir toujours expliquer pourquoi on parle français. Mais en même temps, ça me rend fière», explique une jeune des Territoires du Nord-Ouest âgée de 14 ans.
Fait marquant : les jeunes de 22 à 25 ans se disent généralement plus à l’aise d’utiliser le français au quotidien, alors que les 14 à 21 ans se montrent moins confiants.
Mieux soutenir la jeunesse francophone
À la lumière de ces constats, la FJCF propose six idées visant à mieux répondre aux réalités vécues par les jeunes francophones à travers le pays.
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Accès au marché du travail
La Fédération souhaite que les jeunes soient mieux outillés pour entrer sur le marché de l’emploi. L’idée est d’adapter davantage les contenus existants aux réalités des jeunes, en tenant compte de leur âge, mais aussi des compétences actuellement recherchées par les employeurs.
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Appui aux études postsecondaires
L’insécurité linguistique peut influencer la confiance et la persévérance des jeunes francophones dans leurs études. La FJCF propose donc d’encourager les initiatives qui visent à renforcer la sécurité linguistique dès le secondaire. Il s’agirait, par exemple, d’activités parascolaires, d’ateliers de communication ou encore de programmes de mentorat et de tutorat entre jeunes.
Julie Payet, coordonnatrice du service aux membres à la FJCF, a présenté et expliqué certains aspects du Baromètre jeunesse.
Dans cette optique, la Fédération propose de bonifier son offre de bourses afin de mieux soutenir les jeunes qui doivent se déplacer pour poursuivre des études en français. «Le transport demeure souvent une barrière pour plusieurs jeunes», souligne la coordonnatrice des services aux membres de la FJCF, Julie Payet.
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Éducation financière
Troisièmement, la FJCF souligne que plusieurs jeunes francophones manquent de connaissances en matière de finances personnelles. Elle propose donc de développer davantage de formations en littératie financière. Ces ateliers porteraient sur des notions de base, comme le budget, l’épargne, l’endettement ou l’impôt.
La Fédération met aussi de l’avant l’importance de mieux soutenir les jeunes face à la crise du logement, notamment en explorant des solutions de logements collectifs francophones.
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Une place dans les médias
La culture et les médias occupent aussi une place importante dans les recommandations. La FJCF souhaite renforcer la visibilité des jeunes dans les espaces médiatiques francophones. Par exemple, en leur donnant accès à des rôles, des chroniques ou des espaces dédiés dans les médias communautaires.
Elle encourage aussi la création d’activités qui permettent aux jeunes de mieux comprendre le rôle des médias et de développer leur esprit critique face à la désinformation.
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Encourager une plus grande participation à la vie citoyenne
Cela passe autant par leur présence dans les espaces décisionnels de leurs communautés que dans la société en général. La Fédération soutient que plus les jeunes seront impliqués, plus les politiques et institutions pourront mieux refléter leurs réalités et leurs besoins. «Nos jeunes veulent être au courant de ce qui se passe et être plus impliqués dans l’actualité», affirme Julie Payet.
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Plus de données
Finalement, la FJCF souhaite assurer la continuité du Baromètre, qui constitue une source importante de données sur la jeunesse francophone, tout en améliorant sa portée.
La Fédération reconnait que certaines populations, comme les jeunes autochtones, issus de minorités visibles ou les jeunes parents, sont moins bien représentées et propose donc de mener des consultations ciblées pour mieux refléter leurs réalités.
Le questionnaire du Baromètre jeunesse a été distribué à l’été 2025 à des 14 à 25 ans. Il y a eu 295 réponses valides; 15 % avaient répondu au Baromètre jeunesse 2024. De ce nombre, 170 étaient âgés de 14 à 17 ans; 197 se sont identifiées de genre féminin.
