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le Lundi 2 février 2026 6:30 Arts et culture

Droits culturels : une culture qui distingue sans diviser

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Les droits culturels jouent un rôle important pour l’identité des communautés minoritaires au Canada.  — Photo : Kyle Head – Unsplash
Les droits culturels jouent un rôle important pour l’identité des communautés minoritaires au Canada.
Photo : Kyle Head – Unsplash

FRANCOPRESSE – Pour les communautés minoritaires, les droits culturels restent un levier essentiel : ils permettent de s’affirmer, d’être visibles et de participer pleinement à la vie démocratique, tout en prévenant les replis identitaires.

Droits culturels : une culture qui distingue sans diviser
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«Les droits culturels font partie des droits humains, qui sont inhérents à chaque personne. Ils sont donc indivisibles», pose d’emblée Johanne Bouchard, spécialiste en droits humains au Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

Ils permettent à une personne, seule ou en groupe, de choisir et d’exprimer son identité. «Cela englobe le droit de chacun d’accéder à la culture, de la créer, d’y participer, d’en jouir», résume la présidente de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Nancy Juneau.

«Pour des communautés qui sont minoritaires, c’est aussi d’avoir une voix et pouvoir dire : “Je ne dénie pas le fait qu’il y ait d’autres groupes et un groupe dominant, mais la réalité qui est la nôtre fait aussi partie de la réalité canadienne et elle doit être représentée”», ajoute Johanne Bouchard.

Vingt ans de diversité culturelle

Afin de souligner le 20e anniversaire de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité dans les expressions culturelles de l’UNESCO, la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) et la Commission canadienne pour l’UNESCO ont organisé le 12 janvier à Ottawa l’évènement «Regards croisés : 20 ans de diversité culturelle».

Johanne Bouchard y présentait une conférence autour des droits culturels, du vivre-ensemble et de la diversité.

Une francophonie au pluriel

La culture peut inclure toutes sortes de réalités. Johanne Bouchard prend l’exemple de la culture du soccer, «qui peut être très forte et qui peut vraiment créer des identités comme des rivalités entre certains groupes, même s’ils viennent du même endroit».

Johanne Bouchard, experte en droits humains au Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme auprès de la rapporteuse spéciale dans le domaine des droits culturels. 

Photo : Dany Lepage

«On peut s’identifier de manière plus ou moins forte avec différentes communautés culturelles et références.»

Pour elle, cette notion prend tout ton sens au sein des communautés francophones en situation minoritaire, composées de personnes de différents parcours et origines.

«L’expérience migratoire est très forte là-dessus, parce que ça permet justement de combiner à la fois ce qui nous a été donné, transmis par des parents, mais aussi ce qu’on a connu tout au long de sa vie», remarque la spécialiste.

Elle enjoint d’ailleurs les francophones «à de ne pas oublier leur propre diversité interne».

Quand ils parlent de groupes francophones ou de minorités francophones au Canada, qu’ils les mettent au pluriel, parce qu’ils sont différents d’un endroit à l’autre.

— Johanne Bouchard

«J’espère qu’ils accueillent et qu’ils célèbrent eux aussi cette diversité-là qui fait la richesse, quelque part, de leur mouvement.»

Johanne Bouchard évoque aussi les alliances que les francophones peuvent faire et tisser avec d’autres groupes minoritaires aux défis similaires, comme les anglophones au Québec ou les communautés autochtones.

«Elles aussi essaient de défendre leur droit d’exister en tant que groupe linguistique, incluant le droit d’enseigner, de transmettre leur langue, et qu’elle soit écrite et représentée dans l’espace public.»

«Cette alliance-là va être nécessaire, insiste-t-elle. Les droits culturels, c’est pour tout le monde. Ce n’est pas que pour un groupe, une culture ou une langue.»

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Éviter le repli identitaire

La liberté de s’identifier à plusieurs groupes culturels et à des références diverses permet de prévenir les replis identitaires ou «quand les personnes se sentent menacées, parce que non reconnues, parce qu’écrasées, parce qu’on leur dit : “Ce que tu es, on ne veut pas l’entendre”», explique Johanne Bouchard.

Ce repli implique de répondre à la question : «Soit tu fais partie du “nous”, soit du “eux”», illustre-t-elle.

«Ça coupe la liberté de choisir qui on est, mais ça réduit aussi tout l’espace qui est possible dans une société démocratique pour de la nuance, pour du mélange.»

Dans un contexte de montées nationalistes, il est, selon elle, d’autant plus important d’affirmer et de revendiquer cette richesse.

Un cadre contraignant

La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO vise à garantir la souveraineté des États en matière culturelle.

Ratifié en 2005, ce traité juridiquement contraignant engage les pays signataires à adopter des politiques pour soutenir leurs artistes et les industries culturelles, mais aussi à garantir l’accès équitable aux expressions culturelles, nationales et mondiales.

«Pour toute communauté minoritaire, travailler avec les droits culturels, c’est s’appuyer sur un cadre légal international contraignant qui permet de renforcer la légitimité des demandes de reconnaissance, de participation, d’être entendues dans les discussions démocratiques qui ont un impact sur la vie culturelle au Canada», énumère Johanne Bouchard.

Elle rappelle qu’il est possible de signaler des violations des droits culturels. «S’il y a des personnes qui sont discriminées sur la base de qui elles sont, elles peuvent remonter le problème.» D’abord aux autorités puis jusqu’au Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui examine les cas individuels.

«Une culture qui nous distingue, mais ne nous divise pas»

Nancy Juneau met de l’avant l’idée d’une culture «qui nous distingue, mais qui ne divise pas» : «Cette nuance-là est importante parce qu’on sait qu’il y en a qui instrumentalisent la culture à d’autres fins.»

«Ce qui nous lie, c’est que la culture est une force essentielle qui structure nos identités culturelles, façonne nos territoires et nourrit notre vivre-ensemble», décrit Nancy Juneau, présidente de la FCCF. 

Photo : Dany Lepage

Elle cite l’idéologie MAGA (pour «Make America Great Again») de Donald Trump, qui illustre selon elle «l’utilisation de la culture américaine comme une force de division».

«À l’ère du numérique, de l’intelligence artificielle et de la dématérialisation des œuvres et des productions, il faut protéger le rôle de la culture et les droits culturels, pour ne pas tomber dans une hégémonie culturelle dictée par des géants du numérique», ajoute-t-elle.

Dans ce contexte, les francophones ont aussi leur place à prendre. La présidente de la FCCF se réjouit en ce sens de la candidature d’Ottawa pour accueillir le Sommet de la francophonie 2028.

«On y voit vraiment une occasion exceptionnelle de mettre en valeur la vitalité culturelle francophone du pays et l’engagement du Canada de soutenir la diversité des expressions culturelles francophones.»

L’occasion aussi de montrer ce qui se fait au Canada en matière de droits culturels, mais aussi ailleurs dans le monde. «Ce n’est pas parce que vous n’avez pas le pied sur le ballon que ce que vous faites sur le terrain ne contribue pas au but.»

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Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Déclaration sur les sources et la méthode:

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par une journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a servi à la transcription des entrevues. La journaliste a révisé l’exactitude des extraits utilisés.

Données de parution:

Montréal

Camille Langlade

Cheffe de pupitre

Adresse électronique: