le Vendredi 24 avril 2026

Pierre Poilievre avait été élu à la tête du Parti conservateur du Canada avec l’appui de 68 % des membres. Justin Trudeau, lui, avait obtenu 80 % des votes de son parti. Dans les deux cas, il s’agissait de résultats plus qu’honorables.

Dès le début de la course à la chefferie libérale, plusieurs signes montraient que Mark Carney était le favori. Certains sondages auprès des membres du Parti libéral laissaient entendre qu’il était en avance sur ses adversaires. Cependant, la marge d’erreur de ces sondages est généralement élevée, il faut donc les analyser avec prudence.

D’autres sondages menés, eux, auprès de l’ensemble de la population, montraient une augmentation des appuis au Parti libéral si Mark Carney était à sa tête. De quoi faire très certainement réfléchir plus d’un militant libéral.

Puis il y a eu les contributions financières. Chaque candidat et candidate devait verser 350 000 $ au Parti pour s’inscrire dans la course.

Après un mois de campagne, Mark Carney avait déjà récolté 1,9 million de dollars auprès de plus de 11 000 donateurs et donatrices. Il devançait ainsi largement ses adversaires. Karina Gould, Chrystia Freeland et Frank Baylis. Les trois avaient récolté moins de 700 000 $ auprès d’environ 1900 personnes à la même date.

Il y a donc eu un effet Carney dès les débuts de la campagne.

À lire : Mark Carney couronné chef du Parti libéral du Canada : et maintenant?

Photo : Julien Cayouette – Francopresse

Les deux hommes derrière la victoire de Carney

Il existe au moins deux raisons qui peuvent expliquer le succès obtenu par Mark Carney. La première est qu’il n’a pas fait partie du gouvernement Trudeau.

Si le premier ministre Justin Trudeau a été forcé de démissionner, c’est en raison de son impopularité grandissante, tant dans la population qu’au sein des troupes libérales.

Mark Carney est synonyme de nouveauté, de changement. C’est ce que la base libérale, et aussi une partie de l’électorat canadien, recherche.

La seconde raison est bien entendu le retour de Donald Trump à la présidence américaine. Un retour accompagné par des relations commerciales sous très haute tension entre le Canada et les États-Unis.

Mark Carney est vite devenu la personne que l’on considère comme ayant le meilleur savoir-faire pour gérer cette crise que plusieurs jugent existentielle pour le Canada.

En fait, les menaces constantes de guerre commerciale canado-américaine ont provoqué une situation exceptionnelle. Rarement a-t-on vu un élan de patriotisme aussi fort dans toutes les régions du pays. On sent que pour beaucoup de personnes dans la population canadienne, il y a urgence d’agir. Il faut se montrer ferme face aux États-Unis.

Mark Carney profite ainsi de circonstances inédites. Il arrive en politique avec une expertise et des réalisations passées qui semblent rassurer la population canadienne au moment où une crise sans précédent survient.

Il n’est pas certain qu’il aurait eu de tels appuis sans la présence de Donald Trump et de ses menaces de tarifs douaniers.

À lire : Tarifs américains : le Canada peut se passer de Parlement, estime un expert

La lune de miel va-t-elle se poursuivre?

Est-ce que les circonstances exceptionnelles actuelles lui permettront de remporter la prochaine élection fédérale? Plusieurs estiment que la partie ne sera pas facile à gagner. Mark Carney n’a aucune expérience politique.

Pour être plus précis, il a l’habitude de travailler avec des figures politiques, une expérience qu’il a notamment acquise lorsqu’il a dirigé la Banque du Canada puis la Banque d’Angleterre, mais pas celle d’agir comme un politicien. La différence est importante.

Mark Carney n’est pas non plus très charismatique. On l’a bien vu dimanche lors de son élection à Ottawa. Prenant la parole après Justin Trudeau et Jean Chrétien, il a été facile de constater qu’il n’a pas la même aisance, le même charme, ni même une petite pointe d’arrogance qu’on aime bien voir chez nos politiciens.

Même s’il possède un certain sens de l’humour, Mark Carney se présente avant tout comme une personne posée, réfléchie, qui tente d’expliquer les choses plutôt que de convaincre les gens de la justesse de ses arguments.

Il n’a pas eu le temps non plus d’élaborer une véritable plateforme électorale. Il a certainement des idées. On sait qu’il veut mieux gérer les finances publiques, aider l’économie canadienne, maintenir les programmes sociaux et, surtout, diminuer notre dépendance à l’égard des États-Unis. Toutefois, les propositions concrètes pour y arriver manquent encore.

Mark Carney pourra cependant compter sur l’aide d’un parti politique qui a de l’expérience et des ressources.

Par contre, il lui reste beaucoup de travail à accomplir avant de se lancer en campagne électorale : s’assurer d’avoir des candidats et des candidates dans toutes les circonscriptions, mettre en place une équipe de terrain, recruter des bénévoles, poursuivre les activités de financement, etc. Le temps pourrait bien manquer.

Une tâche quasi insurmontable?

Pour toutes ces raisons, plusieurs pourraient croire qu’il sera très difficile pour le nouveau chef libéral de remporter la prochaine élection fédérale.

Toutefois, sans vouloir minimiser l’importance des facteurs énumérés ci-dessus, il faut aussi prendre en considération un autre élément. Au risque de se répéter, nous vivons une période exceptionnelle. La population pourrait donc vouloir obtenir des réponses elles aussi exceptionnelles.

Est-il nécessaire d’avoir un premier ministre charismatique, issu de la classe politique, qui a un plan détaillé et des ressources?

La réponse pourrait bien être non.

C’est une des leçons qu’il faudrait sans doute tirer de l’écrasante victoire de Mark Carney. L’incertitude actuelle provoquée par Donald Trump a mené les membres du Parti libéral à s’unir derrière un seul homme et à lui donner un très large appui.

Il se pourrait bien que cette volonté d’unité existe aussi pour l’ensemble de la population canadienne. Pour le moment, seul Mark Carney semble avoir la réponse pour rassurer l’électorat et pour l’unifier.

C’est à cet aspect que devraient réfléchir les autres chefs de parti en vue de la prochaine élection… qui viendra certainement plus tôt que tard.

À lire : Course libérale : un débat en français qui parle peu du français

Geneviève Tellier est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques budgétaires des gouvernements canadiens. Elle commente régulièrement l’actualité politique et les enjeux liés à la francophonie dans les médias de tout le pays.

L’effet des politiques d’éducation

Pendant 160 ans, le gouvernement canadien et plusieurs églises chrétiennes ont mené un projet d’assimilation culturelle et linguistique à l’endroit des peuples autochtones. Ils ont forcé environ 150 000 enfants à vivre, étudier et travailler en anglais ou en français.

Des conditions similaires existaient dans les externats (ou écoles de jour), où régnaient les mêmes enseignements racistes et dégradants et les mêmes interdictions de parler les langues autochtones.

Hors du Québec, là où des francophones géraient les écoles ou enseignaient aux enfants en anglais, les adultes pouvaient parler français et continuer de vivre en français. Une énorme masse de documents atteste que les catholiques francophones travaillaient la plupart du temps en français.

Les enfants les entendaient donc se parler en français et pouvaient apprendre quelques mots de la langue… surtout ceux qui les dénigraient (on m’a ainsi souvent parlé de l’impact négatif du mot «sauvage»).

Au-delà des pensionnats, les autorités politiques, religieuses et sociales ont également mené une attaque en règle contre les langues et les cultures autochtones.

Les économies autochtones ont été décimées, notamment par l’occupation et l’exploitation des terres par les Européens, par la mise en place du système de laissez-passer et par la pratique systématique de destruction des efforts de développement économique au niveau communautaire. Sans oublier les épidémies.

Pour avoir la possibilité de participer à la société dominante, là où il n’y avait pas de pensionnats ou d’externats, les enfants autochtones devaient aller à l’école hors des réserves. Il leur était donc impossible de recevoir une éducation dans leur langue qui serait reconnue par la société dominante. Cette possibilité est en fait très récente.

À lire : Comment mieux informer les nouveaux arrivants sur les communautés autochtones?

Assimilation et génocide

Ceci dit, le terme «assimilation» ne suffit pas pour parler de ces politiques d’éducation. Il serait trop facile de mettre côte à côte les politiques à l’endroit des peuples autochtones et celles à l’endroit des communautés issues de l’immigration européenne – canadienne-française, françaises, belges, certes, mais également d’Europe centrale et de l’Est, visées par la même politique d’éducation en anglais.

Il est question ici de génocide. La Commission de vérité et réconciliation du Canada a parlé de «génocide culturel» pour nommer la logique des pensionnats et leurs conséquences sur les peuples autochtones.

Toutefois, nous devons voir les pensionnats comme une seule institution aux côtés des autres : les externats, les écoles mixtes, le système de laissez-passer, la Loi sur les Indiens, l’interdiction des pratiques spirituelles et culturelles, la destruction des économies, l’emprisonnement et la criminalisation, les déplacements forcés

Dans les pensionnats autochtones anglophones, pendant que les jeunes ne pouvaient pas utiliser leur langue, les francophones qui leur enseignaient pouvaient parler français. 

Photo : P199 – Wikimedia Commons

Langues officielles et langues autochtones

L’assimilation linguistique est ainsi l’une des composantes du génocide des peuples autochtones qui continue aujourd’hui, bien au-delà de la culture. Les langues autochtones ne sont pas «en danger», elles ne «disparaissent» pas : elles ont été longtemps attaquées directement, suivant l’objectif de les faire disparaitre avec les peuples autochtones.

Aujourd’hui, le manque d’un appui sérieux à leur développement limite les moyens pour contrer leur destruction et solidifier leur transmission.

Un déséquilibre important existe entre l’appui au français en situation minoritaire, et l’appui aux langues autochtones. Si les sommes d’argent peuvent paraitre comparables, il faut se rappeler que le soutien à l’éducation en français s’ajoute aux budgets provinciaux, tandis que le gouvernement fédéral finance entièrement les écoles dans les réserves.

Plus grave encore, ces écoles sont sous-financées et plusieurs ont besoin de rénovations importantes, et les gouvernements dépensent moins pour les enfants autochtones que pour les enfants qui vivent hors des réserves.

À lire : Langues autochtones : C-13 a «manqué le bateau»

Solidarité et politiques linguistiques

Nous avons certes appris à reconnaitre «la présence et l’apport millénaire des peuples autochtones sur le continent nord-américain». Après tout, les langues autochtones font partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, mais surtout des peuples autochtones eux-mêmes. Par la manière dont elles nomment, décrivent et présentent l’environnement non humain, elles permettent de sortir des relations coloniales avec les territoires occupés par le Canada.

Toutefois, entre une reconnaissance, un rappel symbolique et un appui, voire une véritable solidarité, assez de pas ont été faits : il est plutôt temps de se mettre en marche et de commencer le travail.

Un véritable soutien aux langues autochtones commence évidemment par la création de relations, de liens plus serrés et de solidarités entre les groupes minorisés au niveau linguistique.

Ce soutien doit servir les objectifs déjà décidés et partagés par les peuples autochtones, et avoir lieu dans le respect de leur souveraineté en tant que peuples.

Après tout, de nombreuses initiatives existent déjà : rassemblements de gardiens et gardiennes des langues, forums en milieu urbain, sommets internationaux, écoles d’immersion et maints projets de revitalisation au niveau des communautés, dont les programmes de mentorat ainsi que la Décennie internationale des langues autochtones.

Ainsi, la création de politiques linguistiques communautaires qui incluent explicitement une solidarité avec les peuples autochtones du territoire de chaque communauté francophone permettrait de contribuer à la défense des droits des peuples autochtones, qui incluent les droits linguistiques. Aussi d’envisager ce que pourraient signifier des réparations de la part des francophones.

Bref, nous devons repenser les langues officielles. Celles-ci ont été, et demeurent, des langues de colonisation. Les penser en isolement des langues autochtones, c’est continuer les aspects linguistiques du colonialisme.

À lire : La francophonie veut aider les peuples autochtones à faire reconnaitre leurs langues (Le Nunavoix)

Jérôme Melançon est professeur titulaire en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent généralement sur les questions liées à la coexistence, et notamment sur les pensionnats pour enfants autochtones, le colonialisme au Canada et la réconciliation, ainsi que sur l’action et la participation politiques. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie (MétisPresses, 2018).

Une plume qui fait danser

Après une absence de huit ans, voilà que l’auteur-compositeur-interprète franco-ontarien Damien Robitaille est de retour. Il offre Ultraviolet, un opus des plus intéressants à la hauteur de son talent lancé le 14 février.

Pochette de l’album Ultraviolet

Photo : damienrobitaille.com

Ce nouvel album aux allures dance-pop renferme de belles orchestrations qui rendent chaque pièce extrêmement puissante. Il débute avec un dance-pop bilingue, (She’s Got That) Je ne sais quoi, dont la musicalité des mots en fait un ver d’oreille irrésistible.

Dans la même veine, Kaléidoscope vous fera danser dès les premiers accords. Tout au long du disque, mélodie après mélodie, le charme opère. Des pièces comme Limousine ou Désynchronisé témoignent de la plume unique de Robitaille.

Paruline, Paruline est un folk acoustique savoureux, alors que Point de non-retour est une autre belle trame dance-pop et que la pièce titre, Ultraviolet, nous transporte dans un univers reggae.

Mon coup de cœur est Aurores boréales, une courte ballade piano-voix qui crée un moment de tendresse avec l’artiste. L’album se termine avec Superhéroïne, autre belle ballade, anglophone cette fois-ci.

Huit ans se sont écoulés depuis l’album Univers parallèles de Damien Robitaille. Ultraviolet démontre encore une fois toute la richesse de la plume de l’artiste. Il offre un 6e album où la force des arrangements donne vie à de superbes mélodies. Damien Robitaille est plus que jamais en contrôle de son univers.

Ultraviolet
Album : Ultraviolet

Far West francophone

Pour suivre leur excellent album éponyme, La légende de Calamity Jane revient avec le remarquable Avant l’aurore. Ce trio fransaskois, composé d’Annette et Michelle Campagne (du groupe Hart-Rouge) et d’André Lavergne (du groupe Dans l’Shed), captive dès les premiers accords avec un son country folk aux essences de blues qui les démarque.

Pochette de l’album Avant l’aurore

Photo : productionsmid.com

Dès la pièce titre, Avant l’aurore, nous sommes témoins de l’intensité des orchestrations. Nous sommes éblouis par cette force organique que nous livrent les guitares et le banjo. À cela s’ajoute des harmonies vocales d’une richesse hors du commun. 

Quelques extraits irrésistibles sont entre autres 300 pieds, un hymne contre l’oppression et un désir de liberté. Je t’appartiens est une déclaration de fidélité alors qu’avec Dans la montagne, Annette Campagne et André Lavergne livrent une des grandes chansons du disque.

J’aimerais faire une mention spéciale pour la pièce instrumentale, Vent et poussière. Elle nous berce au plus profond de notre âme.

Grâce à l’intensité des arrangements, grâce aux guitares folk et country auxquelles s’ajoute un soupçon de blues, le trio nous captive une nouvelle fois.

Dans la montage
Album : Avant l’aurore

Un poète aux teintes afrobeat

En souvenir je vous présente Yao. Ce mois-ci, le slameur d’Ottawa fera pour la deuxième fois la première partie du rappeur Grand Corps Malade. Il y a quelques années, Yao, artiste né en Côte d’Ivoire, déposait sa plume sur une toile de fond pop aux teintes afrobeat, électro et jazz, qui nous transportaient dans une gamme d’émotions.

Pochette de l’album Kintsugi

Photo : yaomusique.com

Chaque pièces de l’album Kintsugi était très bien construite afin de créer un univers sonore absolu. De Funambule à Comme il est là, un esprit de compassion, de vérité et de fragilité emporte l’auditeur. On est témoin d’une plume d’intériorité profonde. Les naufragés est l’un des meilleurs textes de l’album.

La plume de Yao est poétique et engagée. Sa musique pop aux multiples teintes nous berce et nous accompagne comme une brise sonore envoûtante. Le propos de chaque plage de l’album Kintsugi est un délice pour notre ouïe.

Funambule
Album : Kintsugi

En ligne et dans la culture populaire, l’effet Dunning-Kruger est utilisé pour expliquer pourquoi les personnes qui ont peu de connaissances dans un domaine donné se croient plus compétentes qu’elles ne le sont vraiment, parfois même plus que les spécialistes du domaine en question.

Après avoir vu quelques vidéos au fil des ans, le sujet était déjà en partie maitrisé. Cet éditorial devait présenter cet effet afin que vous y soyez sensibles et que vous puissiez éviter d’en être victimes.

Sauf que cette définition de l’effet Dunning-Kruger est erronée.

Tout ce que l’étude des sociologues David Dunning et Justin Kruger a pu montrer en 1999, c’est que le commun des mortels se croit aussi bon sinon meilleur que la moyenne des gens. Inversement, les personnes plus compétentes sous-estiment leurs habiletés.

Les chercheurs ont demandé à des étudiants et étudiantes de répondre à des tests écrits, puis de donner d’abord leur avis sur leur propre niveau de réussite et ensuite sur leur niveau de réussite par rapport aux autres.

Les données de l’étude semblaient montrer que plus le résultat obtenu était mauvais, plus l’écart entre la perception de la réussite et la réalité était grand.

En plus d’avoir été mal interprétés par certaines personnes, les résultats de cette première étude dans le domaine sont contestés.

Même si elle a pu être reproduite par d’autres équipes de recherche, elle a mené à des résultats différents quand le niveau de difficulté des tests variait.

Aussi, selon d’autres scientifiques, les résultats s’expliqueraient au moins en partie par un effet statistique.

À lire : Notre cerveau primitif : pourquoi croit-on toujours avoir raison? (éditorial)

Varier ses sources d’information

Sans recherche supplémentaire, ou avec une recherche limitée à des vidéos sur YouTube présentant une version inexacte des conclusions de Dunning et Kruger, le présent texte aurait perpétué une mauvaise information.

Heureusement, puisque même un éditorial, ou tout bon texte d’opinion, doit reposer sur des faits vérifiables, il fallait creuser le sujet.

Après la consultation de sources de plus en plus variées sur l’étude et les résultats, il est devenu évident que la véritable définition de l’effet Dunning-Kruger n’était pas la même que celle qui est la plus couramment diffusée.

Seul un approfondissement du sujet a permis aussi d’apprendre qu’il ne bénéficie pas d’une reconnaissance unanime dans le milieu scientifique et qu’il est remis en question par d’autres recherches.

Cette conclusion vaut pour tout sujet d’actualité. Pour bien comprendre une nouvelle, il est préférable de ne pas lire la version d’une seule source. Il faut consulter des médias variés et des médias aux points de vue différents.

Cela ne veut pas dire qu’il faut visiter des sites de nouvelles spécialisées dans la désinformation, mais plutôt qu’il faut lire sur un même sujet un texte écrit par un média de droite, un média de gauche et un média reconnu comme étant plus neutre pour arriver à faire plus facilement la part des choses. À se former une opinion plus éclairée.

David Dunning le dit lui-même : pour sortir de l’effet, il faut toujours chercher à en apprendre plus, à demander l’avis d’autres personnes et à remettre en question ce que l’on sait.

Que l’effet soit réel ou non, ce sont de bons conseils.

À lire : Une «tempête parfaite» pour la désinformation électorale

Dans un monde qui nous a longtemps dressées les unes contre les autres, s’aimer, se soutenir et se choisir n’est pas seulement un acte de bienveillance. C’est un acte politique.

Depuis des siècles, la société patriarcale a entretenu la rivalité entre les femmes. Nous avons grandi avec l’idée qu’il fallait être «la plus belle», «la plus désirée», «la plus vertueuse».

On nous a appris que nous devions nous méfier des autres femmes, qu’elles étaient des rivales, des menaces.

À lire aussi : Services en français pour les femmes victimes de violence : la double peine

Quand le patriarcat nous divise

Dans les contes de notre enfance, la belle princesse est souvent opposée à la méchante sorcière. Dans les films, la «garce» et la «sainte» se disputent les faveurs d’un homme.

Et que dire du «Tu n’es pas comme les autres filles», cette phrase qu’on nous a vendue comme un compliment?

Rien de plus efficace pour nous diviser.

Pendant que nous nous comparons, que nous nous épuisons à être «mieux» que les autres, nous restons distraites. Distraites des véritables rapports de pouvoir, des systèmes qui nous oppressent, des inégalités bien réelles qui nous maintiennent sous contrôle. Car cette rivalité entre femmes n’est pas qu’un dommage collatéral du patriarcat : c’est une stratégie.

Et comme toute bonne stratégie, elle a un complice de taille : le capitalisme. Un marché florissant s’est bâti sur nos insécurités savamment entretenues.

Le capitalisme nous pousse à voir les autres femmes non pas comme des alliées, mais comme des concurrentes pour une place dans un monde qui nous en laisse si peu. Il prospère sur notre isolement. Il nous veut dociles, convaincues que notre valeur dépend de notre apparence, de notre performance ou de notre capacité à nous conformer.

— Julie Gillet

Sororité et entraide : un héritage féministe

Mais soyons honnêtes : cette guerre entre femmes est un mensonge. Une illusion fabriquée pour nous maintenir à notre place.

La vérité, c’est que quand nous nous choisissons, quand nous nous soutenons, quand nous refusons de jouer le jeu, tout change. L’histoire l’a montré : les avancées féministes ne sont jamais venues de la compétition, mais toujours de la sororité.

L’histoire nous prouve que les femmes ont toujours su se réunir et s’organiser ensemble. Les suffragettes se battaient côte à côte pour obtenir le droit de vote. Les ouvrières du textile créaient des réseaux de soutien face à l’exploitation. Les féministes des années 1970 s’éduquaient mutuellement sur leurs droits et brisaient le silence sur les violences conjugales.

Aujourd’hui encore, l’entraide entre femmes est partout. Dans les groupes de discussion où l’on partage nos histoires et nos conseils. Dans les collectifs qui recueillent la parole des victimes de violence. Dans ces réseaux de mères qui s’organisent pour alléger la charge invisible qui leur pèse. Dans ces amies qui s’assurent qu’on est bien rentrée après une soirée, qui nous écoutent quand tout va mal, qui nous encouragent quand nous doutons de nous-mêmes.

À lire aussi : Une nouvelle stratégie pour l’intégration des immigrantes francophones

Célébrons nos amitiés féminines

L’amitié féminine ne se contente pas de résister : elle transforme.

Elle permet de déconstruire ensemble le sexisme, le racisme, le validisme. Elle crée des espaces où l’on s’écoute, où l’on se soutient, loin des injonctions patriarcales et des rôles assignés. Des ilots de résistance et d’indépendance. Comme l’écrivait l’activiste et poétesse queer noire Audre Lorde : «Sans communauté, il n’y a pas de libération.»

En ce 8 mars, au-delà des slogans et des revendications, prenons un instant pour penser à celles qui nous ont portées, soutenues, aimées. Envoyons un message à une amie pour la remercier, organisons un cercle de discussion, soutenons des initiatives féministes locales.

Car au fond, le féminisme n’est pas qu’un combat. C’est aussi un refuge. Et nos amitiés en sont les remparts les plus précieux.

Originaire de Belgique, Julie Gillet est titulaire d’une maitrise en journalisme. Militante éprise de justice sociale, voici près de quinze ans qu’elle travaille dans le secteur communautaire francophone et s’intéresse aux questions d’égalité entre les genres. Elle tire la force de son engagement dans la convergence des luttes féministes, environnementales et antiracistes. Elle vit aujourd’hui à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Plutôt que de lire trois livres, nous allons cette fois explorer les carrières littéraires remarquables de ces trois autrices du Canada-Français et en sortir avec plus de recommandations de lectures que d’habitude.

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Commençons par la seule Canadienne à avoir reçu le prix Goncourt, Antonine Maillet. Ce prix littéraire le plus prestigieux de la Francophonie lui a été décerné en 1979 pour son roman Pélagie-la-Charrette.

Antonine Maillet est décédée le 17 février 2025 à l’âge de 95 ans. Francopresse offre ses condoléances à toute sa famille et à l’Acadie, qui perd l’autrice qui a permis de faire connaitre l’histoire et la culture acadiennes partout dans le monde.

Pelagie-la-charrette-Antonine Maillet

Cette œuvre raconte l’histoire d’une Acadienne déportée par les Anglais lors du Grand Dérangement qui décide de revenir en Acadie. C’est un roman d’une grande force, merveilleusement bien écrit et qui vibre de fierté acadienne.

Deux ans plus tard, Antonine Maillet publiait en quelque sorte une suite, intitulée Cent ans dans les bois. Cette fois, elle y livre le récit d’Acadiens revenus de la déportation qui reconstruisent leur vie tout en essayant de passer inaperçus auprès des autorités anglaises.

Ces deux romans représentent une espèce de genèse du peuple acadien, mais ce ne sont pas là les seules œuvres d’Antonine Maillet qui ont fait grand bruit. Elle est aussi l’autrice de la célèbre pièce La Sagouine, incarnée par la comédienne Viola Léger.

En fait, le corpus littéraire d’Antonine Maillet compte une quarantaine d’œuvres. Toutes à lire.

Son travail littéraire lui a d’ailleurs valu de nombreuses distinctions, comme le Prix du Gouverneur général (Canada) et des titres d’Officier de l’Ordre du Canada, d’Officier de l’Ordre de la Pléiade (Assemblée des parlementaires de la Francophonie) et de Commandeur de l’Ordre national de la Légion d’honneur (France) entre autres.

Antonine Maillet a élevé la littérature du Canada français au plus haut niveau mondial.

Avant Antonine Maillet, notre littérature a connu Gabrielle Roy. Née en 1909 à Saint-Boniface, au Manitoba, cette institutrice franco-manitobaine se consacre éventuellement au journalisme à Montréal. Autrice prolifique, elle a notamment publié sept romans et plusieurs recueils de nouvelles et essais.

Bonheur d’occasion-Gabrielle Roy

Elle connait un succès immédiat lors de la parution de son premier roman, Bonheur d’occasion, en 1945. L’histoire se passe pendant la Deuxième Guerre mondiale dans le quartier défavorisé de Saint-Henri, à Montréal. Le livre a reçu un Prix du Gouverneur général, mais c’est la France qui consacrera ce roman avec le prestigieux Prix Femina.

Plusieurs œuvres de Gabrielle Roy sont campées au Manitoba. On pense notamment à La petite poule d’eau, Rue Deschambault et Ces enfants de ma vie. Ces deux derniers romans mériteront d’ailleurs deux de ses trois Prix du Gouverneur général.

Ils sont aussi parfois qualifiés de recueils de nouvelles puisque chaque chapitre présente une histoire différente ou met en scène un nouveau personnage.

Dans Rue Deschambault, Gabrielle Roy raconte son enfance à Saint-Boniface, un quartier francophone de Winnipeg. Dans Ces enfants de ma vie, elle revient sur son parcours d’enseignante dans un village manitobain en nous présentant des enfants qui l’ont marquée.

Comme Bonheur d’occasion est inclus au programme de français de plusieurs écoles secondaires, Gabrielle Roy est probablement l’une des autrices canadiennes-françaises les plus lues.

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Marguerite Andersen est née en Allemagne en 1924 et a effectué un impressionnant parcours d’immigration qui l’a conduite à travers l’Europe et l’Afrique avant de la mener au Canada, d’abord au Québec, puis en Ontario.

Le plus grand succès de Marguerite Andersen, La mauvaise mère, a été son dernier roman. 

Photo : Prise de parole – Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0

Son aventure littéraire n’est pas aussi fournie ni aussi connue que celle d’Antonine Maillet et de Gabrielle Roy, mais peut-être est-ce parce que Marguerite Andersen a commencé à écrire dans la cinquantaine.

Elle a publié presque tous ses livres aux Éditions Prise de parole de Sudbury, en Ontario. Plusieurs ont reçu d’importantes accolades. La mauvaise mère et Le figuier sur le toit ont tous deux remporté le Prix Trillium décerné par le Conseil des arts de l’Ontario.

Le figuier sur le toit a aussi reçu le Prix des lecteurs de Radio-Canada et La mauvaise mère a été en lice pour le Combat des livres de Radio-Canada en 2020.

Marguerite Andersen a reçu un doctorat honorifique de l’Université Mount Saint Vincent de Nouvelle-Écosse et de l’Université Laurentienne en Ontario.

C’est La mauvaise mère qui a catapulté l’autrice au sein du panthéon littéraire hors Québec. Dans cet ouvrage, elle retrace sa vie tumultueuse, à partir de l’Allemagne nazie, sa fuite avec son amant français en Tunisie et sa vie mouvementée qui, au fil de ses amours, la conduira au Canada en 1958.

Elle y décrit une mère qui élève trois enfants tout en jonglant avec les défis d’immigration, un engagement pacifiste et une carrière universitaire. On ressent son interrogation au sujet de son rôle de mère dans une vie aussi aventureuse.

Réjean Grenier a travaillé dans les médias pendant 47 ans, comme journaliste, rédacteur principal à Radio-Canada/CBC, éditeur et propriétaire d’un journal et d’un magazine, et éditorialiste. Il a présenté une chronique littéraire sur les ondes de Radio-Canada pendant cinq saisons. Il est un avide lecteur depuis l’âge de 12 ans. Il a grandi dans un petit village du Nord de l’Ontario où il n’y avait pas de librairie, mais il a rapidement appris où commander des livres. Son type d’ouvrage préféré est le roman puisqu’«on ne trouve la vérité que dans l’imaginaire».