«Cette anthologie rend l’histoire des francophones en situation minoritaire plus réelle et palpable. Elle permet véritablement de lire des morceaux d’histoire», affirme l’historien Joel Belliveau, cofondateur de l’anthologie virtuelle Parolefranco.ca.
«Le public redécouvre avec les mots de l’époque les luttes des francophones pour avoir des services en français, des écoles, des universités, mais aussi des quotidiens de langue française», poursuit Marcel Martel, l’autre historien derrière le projet.
Le site internet Parolefranco est la première anthologie virtuelle consacrée à l’histoire des francophonies canadiennes en situation minoritaire depuis 1867.
Le site web regroupe cinquante documents de la création de la Confédération, le 1er juillet 1867, à aujourd’hui. Des écrits qui témoignent des prises de parole par et pour les francophones en situation minoritaire. Il s’agit aussi d’un outil pédagogique pour les enseignants. Un lancement virtuel est prévu le 27 mars prochain.
Chaque document original, numérisé dans son intégralité et mis en ligne, est accompagné d’un court texte de mise en contexte et de nombreuses références bibliographiques. Le tout est systématiquement traduit en anglais.
«C’est une excellente initiative, les connaissances mises en avant sont de premier ordre, très bien choisies et parlent à des personnes non initiées», salue André Magord, professeur à l’Université de Poitiers, en France, et titulaire d’une chaire Mobilité francophone de l’Université d’Ottawa.
«C’est une ressource très précieuse pour ceux qui étudient l’histoire canadienne depuis l’étranger», ajoute-t-il.
Le site internet Parolefranco.ca n’est pas seulement pour les universitaires. C’est aussi une ressource pédagogique pour les enseignants.
Les historiens Joel Belliveau et Marcel Martel veulent contacter les ministères de l’Éducation des provinces afin de jeter des ponts entre l’anthologie et les curriculums du secondaire tout en créant du matériel pédagogique pour les élèves.
«On pourrait même imaginer un second développement pour les plus jeunes, avec un côté encore plus coté ludique et davantage d’images», avance l’historien français André Magord.
Face à la concurrence d’internet et des réseaux sociaux dans la transmission des connaissances, André Magord considère Parolefranco comme un «outil intéressant, capable de retenir l’attention des jeunes et de leur offrir des portes d’accès immédiates sur l’histoire».
L’idée de l’anthologie trottait dans la tête de Marcel Martel depuis au moins quatre ans. Le professeur d’histoire à l’Université de York, en Ontario, regrettait l’absence d’un recueil pancanadien, auquel «tous les Canadiens pourraient s’identifier».
«Il y en avait quelques-uns sur les Acadiens et les Franco-Ontariens, mais ils dataient des années 1980-1990 et n’avaient jamais été mis à jour», détaille-t-il.
C’est un coup de fil de la journaliste indépendante Andréanne Joly, en 2022, qui a donné vie au projet.
Elle rédigeait alors un cahier traitant du rôle des médias dans les crises scolaires franco-canadiennes et était tombée sur un discours de Marcel Martel, dans lequel il formulait le vœu d’une anthologie pancanadienne. Elle avait alors cherché à savoir si ce projet s’était concrétisé. Malheureusement non, lui avait-on répondu.
Mais il n’en fallait pas plus à Marcel Martel pour dégoter un financement du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes et se lancer dans l’aventure avec Joel Belliveau.
Les deux historiens ont écumé les centres de recherche et les dépôts d’archives partout au pays en quête de manifestes, de lettres, de discours, de mémoires, de chansons, etc. Ils sont allés à Moncton, à Ottawa et à Winnipeg, entre autres, et ont fini par identifier près de 80 documents.
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«Ce n’était pas évident, on a passé des heures à fouiller dans des salles d’archives, on est allé à la pêche à l’information», observe Joel Belliveau.
Les spécialistes ont mis sur pied un comité scientifique pour les aider à sélectionner les textes les plus pertinents et emblématiques. Ils ont aussi lancé un appel à contribution à la communauté universitaire.
L’article Molière go home! a été publié en 1970 dans le journal étudiant de l’Université Laurentienne Le Lambda. Il symbolise la première étape qui mènera à la révolution culturelle des francophones du Nord de l’Ontario.
Rapidement, plusieurs critères se sont dégagés. Les documents devaient être inédits, écrits par des francophones et refléter la diversité régionale des francophonies canadiennes. Ils devaient en outre mettre en lumière la situation et les priorités des communautés, les tensions internes autant que les moments d’unité.
Pour le moment, près de la moitié de la sélection concerne l’Ontario et le Nouveau-Brunswick. L’anthologie compte ainsi plusieurs manifestes, «des écrits qui veulent secouer les gens et leur disent “réveillez-vous”», décrit Marcel Martel.
Il cite notamment Molière go home!, rédigé en 1970 par des étudiants de l’Université Laurentienne. Ces étudiants en littérature française dénoncent l’absence d’auteurs franco-canadiens dans les programmes d’études et les références étrangères, surtout françaises, perçues comme aliénantes, qui dominent.
Joel Belliveau évoque, lui, le plus vieux document du site : une lettre du 14 aout 1867 que l’abbé Georges Antoine Belcourt, fondateur de la Banque des Fermiers à l’Île-du-Prince-Édouard, adresse à un gentilhomme français. Cette lettre témoigne des débuts de la renaissance acadienne.
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Deux autres mémoires féministes adressées à la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada en 1968 retiennent l’attention des historiens. Le premier est celui de la Fédération des femmes canadiennes-françaises.
Deux groupes féministes francophones ont envoyé leurs revendications à la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada en 1968.
Le second est celui d’un groupe de femmes de Moncton. Son contenu est influencé par les 241 réponses à un questionnaire publié dans L’Évangéline, le quotidien de langue française des Maritimes.
À travail égal, salaire égal, des garderies payées par l’État, des congés de maternité, leurs revendications sont encore d’actualité.
«Malheureusement, il y a des trous. Nous aurions aimé avoir plus de documents sur les femmes, le monde ouvrier, les minorités racialisées, la communauté 2ELGBTQIA+», reconnait Marcel Martel.
Mais le recueil n’en est qu’à ses débuts. L’objectif des fondateurs est d’ajouter régulièrement de nouveaux documents : cinq à six par an idéalement. D’ici quelques semaines, deux textes supplémentaires devraient venir enrichir la collection.
«Nous lançons un appel au public, si vous notez des manques, n’hésitez pas à nous en faire part», insiste Marcel Martel.
En France, André Magord a déjà quelques idées. Il pense à des manuscrits sur les Congrès mondiaux acadiens, les relations entre l’Acadie et la France du temps du président français Charles de Gaulle.
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Pour le président du conseil d’administration du Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne (CIDIHCA), Frantz Voltaire, il faut remonter dans le temps afin de comprendre la situation qui se déroule en Haïti, plus exactement en 2010.
Malgré le tremblement de terre qui secoue la capitale Port-au-Prince le 12 janvier 2010, la communauté internationale, y compris les États-Unis, impose des élections présidentielles aux Haïtiens, relate-t-il.
Le 14 mai 2011, Michel Martelly devient président avec plus de 67 % des voix, alors qu’il n’avait obtenu que 21 % des voix au premier tour.
En février 2016, sous la pression populaire, il laisse le pouvoir, sans successeur élu.
Après une crise électorale, à la fin de l’année 2016, «encore une fois [la communauté internationale] impose la “solution Jovenel Moïse”, qui va passer avec presque 500 000 voix, alors qu’il y a 5 millions d’électeurs», raconte Frantz Voltaire.
Ce faible taux de participation à l’élection présidentielle s’explique par un boycottage du scrutin.
[Les Haïtiens] reprochaient ce double standard à la communauté internationale présente en Haïti : il y avait d’un côté un discours sur la démocratie et de l’autre des pratiques antidémocratiques.
L’écrivain canado-haïtien soutient que c’est à partir de ce moment-là que le pays a vu croitre le nombre de gangs armés dans les rues de Port-au-Prince. «[Ils] sont peu armés au départ, mais armés de plus en plus en raison d’un trafic d’armes», ajoute Frantz Voltaire.
Selon Frantz Voltaire, il n’y a pas en Haïti de production industrielle d’armement; ces armes proviennent principalement de la Floride et de la frontière avec la République dominicaine.
Les États-Unis ne font pas le travail nécessaire pour contrôler le flux d’exportation légale et illégale d’armes à feu en Haïti, estime de son côté Stephen Baranyi, professeur titulaire en développement international et mondialisation à l’Université d’Ottawa.
Le 5 juillet 2021, deux jours avant son assassinat, Jovenel Moïse nomme Ariel Henry premier ministre du pays. Ce dernier ne passera donc jamais devant le Parlement haïtien, comme le prévoit la Constitution haïtienne de 1987.
Malgré cela, Ariel Henry est nommé à la tête du Palais national par l’ancienne représentante spéciale du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) en Haïti, Helen Meagher La Lime.
«Il n’y a pas eu d’élection, rappelle Frantz Voltaire, et Ariel Henry a gouverné pratiquement en autocrate, mais sans contrôler la situation sécuritaire, sans mettre en place des politiques de changement.»
Le mandat d’Ariel Henry devait prendre fin le 7 février 2024, mais il repousse encore une fois les élections à l’année 2025. «Ce qui donnerait à Ariel Henry un mandat peut-être présidentiel», commente Frantz Voltaire.
Toutefois, avant de lancer le processus électoral, Ariel Henry souhaite ramener l’ordre à Port-au-Prince. Il se rend donc au Kenya pour signer une entente pour l’envoi de plus de 1000 policiers kenyans dans le cadre d’une mission internationale soutenue par les Nations unies pour endiguer la violence des gangs armés.
Frantz Voltaire souhaite voir une solution par les Haïtiens pour résoudre la situation en Haïti.
Mais une partie de la communauté haïtienne voit la mission kenyane comme «une fausse solution», dit Frantz Voltaire.
«Vous envoyez 1 000 policiers qui ne connaissent pas la langue, qui ne connaissent pas le pays, en plus qu’ils n’ont pas l’infrastructure nécessaire pour opérer dans le pays. […] On avait l’impression que cette opération était un peu bidon», lâche-t-il.
Pour sa part, Stephen Baranyi soutient que cette mission ne peut qu’aider la Police nationale d’Haïti (PNH) à restaurer un certain niveau de stabilité, «mais elle doit aller de pair avec un accord politique menant à des élections plus crédibles».
Pendant ce temps, la situation sécuritaire et humanitaire dégénère au pays. Le 2 mars dernier, les gangs prennent d’assaut les deux plus grandes prisons de la capitale et libèrent plus de 3 000 prisonniers.
La grogne s’élève à Port-au-Prince, la sécurité des citoyens est de plus en plus à risque. Les gangs prennent le contrôle de plus de 80 % de la capitale ainsi que de l’aéroport international et des ports. Ils bloquent aussi l’accès à plusieurs routes principales.
La demande des groupes armés est claire : Ariel Henry doit démissionner. Le premier ministre ne peut donc plus retourner au pays. Le chef du groupe armé G9, Jimmy Chérizier, surnommé «Barbecue», menace de déclencher une guerre civile.
Voyant la situation empirer, la Communauté des Caraïbes (CARICOM) convoque une rencontre d’urgence en Jamaïque le 11 mars. Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, y participe par vidéoconférence, mais aucun représentant haïtien n’y prend part, un «grand problème», soutient Stephen Baranyi.
Stephen Baranyi croit qu’un conseil présidentiel de transition est un pas dans la bonne direction pour sortir Haïti de cette crise politique.
Cependant, «Haïti était dans une impasse», ajoute-t-il. Pour lui, l’idée derrière cette rencontre était «d’aider les Haïtiens à construire un contrepouvoir qui pût avoir un petit peu plus de légitimité requise pour organiser des élections et surveiller la force multinationale».
Sous la pression populaire et ayant perdu l’appui de la communauté internationale, Ariel Henry annonce sa démission le 12 mars, mais pas sans condition. Il déclare qu’il continuera de gérer les affaires courantes, en attendant la création d’un conseil présidentiel demandé par CARICOM.
Malgré tout, la CARICOM obtient l’accord des États-Unis et du Canada pour mettre en place un conseil présidentiel de transition. «Un énorme pas en avant», considère Stephen Baranyi.
«On crée une instance qui va être très difficile [à gérer], observe Frantz Voltaire, perplexe. Une commission présidentielle composée de sept membres venus de différents secteurs. C’est une structure qui n’est prévue ni par la Constitution ni par la tradition gouvernementale en Haïti.»
Le président du CIDIHCA indique que le conseil présidentiel n’est pas chargé de remplir des fonctions exécutives, mais de proposer un premier ministre qui aurait notamment comme mandat d’organiser des élections.
Cependant, la complexité de la crise haïtienne ne peut être résolue par la présentation d’un groupe, avance M. Voltaire.
Même son de cloche du côté de Stephen Baranyi.
On ne résout pas les problèmes de fond d’un pays comme Haïti en un jour. Mais ce déblocage était absolument crucial pour pouvoir mettre en place un vrai gouvernement plus largement accepté.
Ce pouvoir, attendu par la communauté internationale depuis maintenant plusieurs jours, pourrait permettre aux forces multinationales de contrôler les gangs.
Il n’y a cependant toujours pas de consensus concernant qui devraient être les membres du conseil présidentiel.
Par ailleurs, le Kenya a suspendu l’envoi de ses policiers en Haïti en attendant la nouvelle autorité constitutionnelle.
Avec les informations de Julien Cayouette
Les deux établissements, accompagnés par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), ont annoncé le 14 mars la mise en œuvre d’un protocole d’entente menant à une offre de cours et de programmes par l’Université de Sudbury dès septembre 2025.
Dans un communiqué de presse signé par les trois partenaires, ils indiquent que cette offre permettra de combler des besoins de programmation et du marché du travail dans le Nord-Est de l’Ontario.
Le protocole n’est qu’une entente pour aller de l’avant avec les négociations, tout reste à déterminer quant aux détails du partenariat. Le recteur et vice-chancelier de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, a donné quelques pistes en conférence de presse.
Son établissement pourrait partager de ressources, telles que des «technologies pour l’enseignement, pour les systèmes d’étudiants, registrariats, bulletins, inscriptions aux cours, etc. Des technologies aussi pour les bibliothèques, le partage des livres, des livres électroniques, des collections, des périodiques».
Quant à savoir quels programmes pourraient être créés, le recteur de l’Université de Sudbury, Serge Miville, donne un indice en rappelant que l’établissement «a une désignation partielle sous la Loi des services en français [de l’Ontario] qui l’oblige […] à offrir des cours et des programmes qui mènent au baccalauréat des arts».
«Tout ça, c’est sur la table actuellement et on travaille pour voir comment en arriver à un partenariat très fructueux, encore une fois gagnant-gagnant pour l’Université de Sudbury et pour nous qu’ils ne nous appauvrissent pas», dit-il.
Les détails de l’entente seront annoncés dans les prochains mois. En entrevue, M. Frémont rappelle que si l’Université de Sudbury compte accueillir des étudiants en septembre 2025, elle doit pouvoir présenter sa programmation en septembre 2024.
Les deux établissements universitaires ont annoncé un protocole d’entente concernant l’offre de programmes à Sudbury. De gauche à droite : Marc Gauthier, président de l’ACFO du grand Sudbury, Jacques Frémont, recteur de l’Université d’Ottawa, Serge Miville, recteur de l’Université de Sudbury et Peter Hominuk, directeur général de l’AFO.
Il restera aussi la question du financement à régler. La province a refusé d’investir dans le projet de l’Université de Sudbury en juin 2023. Serge Miville espère que ce partenariat étoffera leur dossier afin de faire une nouvelle demande au gouvernement ontarien.
«C’est une approche novatrice qui sert de modèle pour réaliser des économies d’échelle et augmenter la viabilité du secteur partout en Ontario français», déclare-t-il dans le communiqué.
La nouvelle demande de financement viendra au moment où la viabilité financière des établissements postsecondaires ontariens est remise en question. L’Université d’Ottawa a elle-même annoncé une situation financière difficile à son corps professoral par courriel en janvier 2024.
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La professeure de science politique Geneviève Tellier a exprimé sa confusion en entrevue avec Radio-Canada : «On nous dit que ça va être un exercice [budgétaire] difficile, on se demande s’il n’y aura pas des programmes qui vont être coupés ou sérieusement sous-financés. Donc quand ce genre d’institution fait ce genre d’exercice, est-ce qu’elle est capable d’aider une autre institution qui a des problèmes financiers?»
Serge Miville rappelle cependant que «le premier ministre du Canada est quand même venu à l’Université de Sudbury en aout 2021 pour promettre au moins 5 millions de dollars pour le “par et pour” dans la région».
«Il y a presque trois ans jour pour jour, le conseil de gouvernance de l’Université de Sudbury a pris l’audacieuse décision de retourner à ses sources pour redevenir un établissement de langue française du par et pour», a rappelé Serge Miville en conférence de presse, le 14 mars.
Selon lui, le partenariat avec l’Université d’Ottawa se fait «en ce sens». Une affirmation qui ne fait pas l’unanimité.
Sur X, Geneviève Tellier a qualifié l’entente d’un «recul important du “par et pour” les francophones en Ontario». Elle questionne aussi le soutien de l’AFO.
Ceci est un recul important du principe "par et pour" les francophones en Ontario. Comment se fait-il que @MonAssemblee cautionne ceci ? https://t.co/gLaDA4OQgn
— Geneviève Tellier (@Gen_Tellier) March 14, 2024
Les défenseurs des premières heures du projet de l’Université de Sudbury restent prudents.
«Pour moi, pour les gens que je représente, il va y avoir de la réticence, il va y avoir du travail à faire pour rassurer les étudiants et leurs parents que l’enfer qu’on a vécu [avec l’Université Laurentienne], on ne la revivra pas», explique France Gélinas, députée provinciale de Nickel Belt, en entrevue avec Francopresse.
À la même inquiétude, Addison Bond, vice-présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) présente à l’annonce, répond «qu’il serait important d’assurer que l’Université de Sudbury maintienne son autonomie, même si on collabore avec une institution qui est bilingue, de quand même préserver cet aspect de francophonie et de langue française comme étant vraiment au cœur de leur projet».
Serge Miville martèle qu’il ne s’agit pas d’une prise de contrôle par l’établissement bilingue. «C’est notre processus de contrôle de la qualité, c’est nos budgets. C’est nous. Ce qui se passe à Ottawa appartient à Ottawa, ce qui se passe à l’Université de Sudbury appartient à l’Université de Sudbury», assure-t-il à Francopresse.
Le directeur général de l’AFO, Peter Hominuk, réitère en conférence de presse que de l’association provinciale préfère l’option des partenariats entre institutions. Selon lui, «la solution évoquée aujourd’hui travaille justement dans cette veine avec la possibilité d’institutions autonomes par et pour les francophones avec la gouvernance locale».
Jacques Frémont rappelle que si l’Université de Sudbury compte accueillir des étudiants en septembre 2025, elle doit pouvoir présenter sa programmation en septembre 2024.
L’Université d’Ottawa étant une institution bilingue, la question du par et pour a été relevée après la publication du rapport du comité «blue-ribbon» (exploratoire) du gouvernement provincial sur l’éducation postsecondaire.
Celui-ci avait suggéré trois options : fédérer l’Université de l’Ontario français et l’Université de Hearst à l’Université d’Ottawa, les fédérer aux Collège Boréal et Collège La Cité, ou alors mettre en place un réseau intégré ou un consortium favorisant la collaboration entre tous les établissements d’enseignement postsecondaire francophones et bilingues chapeautés par l’Université d’Ottawa.
Le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) avait préféré la troisième option, «à condition que le réseau soit doté d’une gouvernance entièrement francophone et autonome plutôt que chapeauté par une institution bilingue telle que l’Université d’Ottawa».
En novembre 2023, l’AFO a réagi au rapport en insistant sur le «non négociable» du «par et pour» dans la gouvernance du système postsecondaire francophone. L’organisme avait aussi demandé au ministère des Collèges et Universités de revoir ses formules de financement pour mieux outiller les francophones.
Il est heureux que le gouvernement ait enfin décidé d’aborder l’enjeu du financement public des médicaments. Il existe des problèmes criants relatifs à cette question. Par contre, on peut douter du sérieux du gouvernement à proposer une bonne solution. Encore une fois, la notion de bien commun a cédé la place à celle de l’opportunisme politique.
Ce projet de loi vise essentiellement à maintenir ce gouvernement au pouvoir. Il ne règle en rien le fond du problème, à savoir améliorer l’accès à des soins de santé de qualité à la population canadienne.
La question de l’assurance médicaments revient régulièrement dans l’actualité. On le sait, plusieurs personnes n’ont pas les moyens d’acheter les médicaments nécessaires pour se soigner.
Selon un récent sondage, plus d’une personne sur cinq n’aurait pas les moyens de payer ses médicaments. Elles doivent réduire les doses prescrites ou encore s’en priver, en tout ou en partie. La Société canadienne du cancer, qui a commandé ce sondage, estime qu’un programme national d’assurance médicament permettrait d’économiser 1488 dollars par personne malade par année, juste en prévenant les déplacements à l’hôpital.
N’est-il pas paradoxal que le régime public diagnostique des maladies, mais ne les traite pas? Un système de santé qui est véritablement public devrait donc couvrir tous les médicaments nécessaires au traitement des problèmes de santé.
Comparé aux autres pays industrialisés, le Canada fait mauvaise figure pour la couverture des produits pharmaceutiques. Selon les plus récentes données de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), le Canada se situe au 32e rang des 36 pays pour lesquels les données à propos de la couverture financière des médicaments sont disponibles.
En moyenne, les régimes publics de santé des pays de l’OCDE financent 56 % des achats de médicaments. Au Canada, cette couverture n’est que de 38 %. Dans certains pays, les pourcentages de couverture dépassent les 80 % (France, Allemagne, Irlande).
Il y a donc une anomalie à corriger si on désire réellement un régime public de santé.
Cibler les électeurs plutôt que les problèmes
La solution trouvée par le gouvernement fédéral est de mettre en œuvre un régime partiel d’assurance médicaments. Il faut dire qu’un régime universel couterait très cher. Selon les récentes estimations du directeur parlementaire du budget, les dépenses engendrées par un tel programme sont estimées à 33 milliards de dollars par année.
Cependant, puisque les provinces couvrent déjà en partie l’achat de médicaments, la contribution du gouvernement fédéral s’élèverait uniquement à 11 milliards de dollars par année. C’est quand même une somme considérable.
Le gouvernement fédéral a donc décidé de ne couvrir que certains médicaments liés à certaines conditions médicales. Seuls les médicaments contraceptifs et ceux utilisés pour le traitement du diabète seront pris en charge par l’État canadien. Pourtant, il ne s’agit pas des médicaments les plus chers, les plus utilisés ou encore ciblant les risques de maladies les plus courants, les plus graves ou en forte progression.
Par exemple, selon l’Agence de la Santé publique du Canada, le diabète vient au 5e rang des maladies chroniques les plus importantes chez les personnes âgées de 65 ans et plus (le diabète affecte 26,8 % de ces personnes), après les troubles d’hypertension (65,7 %), les maladies des gencives (52,0 %), les problèmes d’arthrose (38,0 %) et à quasi-égalité avec les maladies coronariennes (27,0).
Pour un gouvernement qui avait promis de gouverner en utilisant les données probantes de la science pour prendre ses décisions, on peut dire que l’exercice est raté. Pourquoi donc se limiter aux cas de la contraception et du diabète?
L’explication la plus plausible est que le gouvernement libéral juge que cette initiative sera bien accueillie par certains groupes de la population. Notamment par les jeunes femmes pour qui les dépenses en matière de contraception représentent une dépense importante et par les personnes plus âgées qui voient leur santé décliner.
On le sait, les sondages ne sont pas en faveur des libéraux actuellement et ces deux catégories d’électeurs pourraient bien lui apporter le soutien dont il a tant besoin pour être réélu.
Un projet de loi qui divise
Mais à trop gouverner en fonction des sondages, on perd de vue l’essentiel. Dans le cas présent, la tentative de mettre en place un véritable régime d’assurance médicaments est un échec.
D’une part, nous assistons encore une fois à la mise en place d’un clientélisme de plus en plus assumé. Les programmes sont conçus pour bien faire paraitre le gouvernement et embarrasser les partis d’opposition. Les libéraux cherchent à s’attirer la sympathie des électeurs plus âgés tout en embêtant à la fois les conservateurs qui devront se prononcer sur la question de la contraception et les néodémocrates qui courtisent le vote des jeunes, tous particulièrement des jeunes femmes.
D’autre part, le gouvernement a fabriqué de toutes pièces une liste arbitraire de «bons» et de «mauvais» médicaments. Si vous utilisez des contraceptifs ou prenez des médicaments pour traiter votre diabète, alors vous «méritez» une aide gouvernementale. Mais si vous faites face à d’autres conditions, à vous de les assumer.
Encore une fois, on constate que les initiatives du gouvernement reposent davantage sur la division que sur la recherche du bien commun.
Un gouvernement qui se préoccupe de la qualité et de la pertinence de ses initiatives ne crée pas différentes classes de citoyens et ne les met pas en opposition les uns aux autres.
En toute justice, il serait malhonnête d’attribuer ce comportement opportuniste qu’au gouvernement actuel. Cela fait maintenant plusieurs années qu’on observe ce phénomène. Il est vrai qu’il y a toujours eu un certain clientélisme en politique, car il faut bien récompenser les gens qui nous ont appuyés. Toutefois, ce phénomène s’est nettement amplifié ces dernières années.
Le projet de loi sur l’assurance médicaments en est l’illustration parfaite.
Geneviève Tellier est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques budgétaires des gouvernements canadiens. Elle commente régulièrement l’actualité politique et les enjeux liés à la francophonie dans les médias de tout le pays.
Dans le Nord de l’Ontario, Chloé Thériault se rend dans les écoles pour apprendre aux jeunes à faire de l’impro.
Qu’elles soient implantées depuis longtemps ou fraichement débarquées, les ligues d’improvisation patinent d’un océan francophone à l’autre.
En Ontario, la mise au jeu se fait dès l’école.
Chloé Thériault se rend dans les salles de classe du Conseil scolaire catholique Nouvel-Ontario (CSC Nouvelon) pour donner des formations.
Le but? «Redonner vie à la culture de l’improvisation dans les salles de classe, parce qu’ici à Sudbury, on n’a presque pas ou même pas d’équipe d’improvisation dans les écoles, explique la comédienne. C’est quelque chose qu’on veut faire repartir de nouveau.»
Elle-même a commencé par faire partie d’une ligue à l’école, avant de continuer vers le théâtre.
Or, la plupart des jeunes avec qui elle travaille aujourd’hui sont des novices. «Ils savent ce qu’est l’improvisation, mais ils n’ont jamais joué de match dans leur vie. Alors je commence à zéro et je leur enseigne les règlements de base.»
Formations dès l’école
En Ontario, le Centre franco travaille avec le ministère de l’Éducation pour développer l’animation culturelle au sein des conseils scolaires. L’improvisation fait partie des prérogatives pour promouvoir la langue française et la culture francophone auprès des élèves.
«Il y a des ateliers qui sont offerts aux jeunes pour justement développer des équipes, principalement dans les écoles secondaires. Au niveau provincial, il y a annuellement deux tournois : le Gazou d’or et l’AFOLIE», rapporte Louise Allard, leadeur provincial en animation culturelle et construction identitaire au Centre.
Pénalité pour les anglicismes
L’activité oblige en outre les jeunes à parler en français et à peaufiner leur vocabulaire. «Quand on se met à jouer un match d’impro, il y a une pénalité angliciste. L’élève est confronté à soi-même : “Ah man, j’ai une bonne idée, mais je ne peux pas la dire en anglais comme ce que je voudrais.”», indique Chloé Thériault.
Selon elle, ils réalisent qu’en pratiquant davantage la langue, ils donneraient plus rapidement la réplique.
«Il y a des petites cloches qui sont en train de sonner. Ça continue à parler dans les corridors. Ça les pousse à s’exprimer parce que je sais que des fois, dans les cours, il y a des élèves qui vont poser leurs questions en anglais et on laisse passer ça. Mais on ne peut pas laisser passer ça en improvisation.»
À l’heure des courtes vidéos TikTok, l’impro reste aussi bénéfique pour le côté créatif des jeunes, estime-t-elle. «Il semble avoir comme un déclin de créativité chez la jeunesse. On ne sait pas comment inventer une histoire qui dure plus que 30 secondes.»
Une discipline fédératrice
Au Nouveau-Brunswick, Improvisation NB appuie la pratique dans toute la province.
Plus à l’Est, l’impro a bel et bien pris son envol. Au Nouveau-Brunswick, les ligues sont légion.
«Il y a à peu près six ligues ou projets récurrents d’improvisation dans la province qui touchent la sphère adulte», détaille Isabel Goguen, directrice générale d’Improvisation NB, un organisme sans but lucratif qui appuie la pratique dans toute la province.
Pour elle, la force de l’impro réside avant tout dans son accessibilité : elle ne nécessite pas beaucoup de matériel ni de moyens. «Tu peux juste commencer à créer un comité, un projet dans ton milieu scolaire ou communautaire, avec juste le devoir de jouer.»
Isabel Goguen souligne aussi le côté fédérateur de la pratique. «Le match, qui est le format le plus connu, permet un peu de franchir la ligne entre le sport et l’art. Ça peut aller rejoindre différentes sortes de personnes, les rassembler, les faire se rencontrer.»
«Ça rejoint aussi tous les âges. Je trouve ça toujours impressionnant de voir dans le public des gens qui ont des horizons très différents», corrobore Marie-Claude Desroches-Maheux, cofondatrice de la Fabrique d’improvisation du Nord (FIN).
Cette ligue d’improvisation a vu le jour en mars 2022, à Whitehorse au Yukon. «On a réussi à s’intégrer dans l’habitude du terrain de la communauté franco-yukonaise», se réjouit l’organisatrice.
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Du Nouveau-Brunswick au Yukon
L’association propose des matchs tous les jeudis soir ou presque, entre octobre et mai. Elle affiche une vingtaine de matchs par saison au compteur, 16 joueurs et joueuses, et trois arbitres en rotation.
«C’est devenu un rendez-vous pour les gens qui arrivent au Yukon. Quand une nouvelle personne intègre la communauté francophone, ce n’est pas très long avant que les gens lui parlent de la ligue», rapporte Marie-Claude Desroches-Maheux.
L’impro aide aussi les nouveaux arrivants à s’intégrer et à se bâtir un réseau. «Semaine après semaine, la fréquence de la pratique vient renforcer l’identité et établir des liens avec d’autres parlants français», commente Christine Dallaire, professeure à l’Université d’Ottawa.
«Cela rattache au réseau et contribue au sentiment d’appartenance à la communauté. On prend sa place dans la francophonie», observe-t-elle.
Au Yukon, la Fabrique d’improvisation du Nord anime les soirées de la communauté francophone depuis 2022.
Mettre en avant les accents
«Ça met en scène des gens qui s’expriment en français à leur façon, avec leur accent», remarque Isabel Goguen au Nouveau-Brunswick.
«On peut sentir que notre accent est valide et a sa place dans la communauté, dans le milieu culturel, artistique, parce que là on le voit, on le voit être utilisé et joué en scène», ajoute-t-elle.
La pratique permet ainsi selon elle de lutter contre l’insécurité linguistique, car les joueurs ne sont pas dans un «contexte évaluatif».
Il n’y a personne qui est en train de noter ta performance orale. Tu es libre de t’exprimer comme tu veux, avec les choix de mots que tu veux, avec les régionalismes.
Une langue bien vivante
«La langue n’est pas nettoyée en impro, complète Marie-Claude Desroches-Maheux. C’est vraiment la langue telle qu’elle est parlée. Pour les gens qui arrivent par exemple de l’Europe, c’est toute une immersion linguistique pour eux.»
La cofondatrice de la FIN ajoute : «En milieu minoritaire, on peut vite ressentir un complexe, mais là, au contraire, je trouve qu’on se décomplexe en venant à l’impro, que ce soit comme joueur ou comme membre du public.»
«Ça met aussi en scène le fait que parler, c’est quelque chose qui est vivant, qui change, selon le contexte, la situation […] Ce n’est pas juste binaire, mauvais parler ou bon parler; il y a une variété de formes de parler, même à l’intérieur d’une seule personne», renchérit Isabel Goguen.
Au Yukon, Marie-Claude Desroches-Maheux rêve de matchs à grande échelle. «Si un jour on réussit à trouver les fonds pour ça, on aimerait bien organiser un tournoi interprovinces ou interterritoires, ou du moins inviter une équipe d’une autre province à venir jouer.»
Quand Anthony Feinstein, professeur de psychiatrie à l’Université de Toronto, a commencé ses recherches sur la santé mentale des journalistes en 1999, il utilisait les journalistes canadiens comme variable de contrôle.
D’après le professeur Anthony Feinstein, les sujets que couvrent plusieurs journalistes canadiens sont particulièrement difficiles depuis quelques années.
Dans un pays calme et sécuritaire, ils étaient une constante à laquelle il pouvait comparer ceux qui partaient en zone de guerre. «Aujourd’hui, c’est beaucoup plus difficile de faire ça», dit-il.
«Les nouvelles locales ont tellement changé. […] Les journalistes canadiens locaux ont désormais un travail beaucoup plus exigeant et potentiellement plus traumatisant à faire.»
Il nomme les mouvements Black Lives Matter, les tueries de masse, les femmes autochtones disparues ou assassinées, les pensionnats autochtones et les changements climatiques comme sources de possibles traumatismes.
«Des communautés ont été ravagées par les changements climatiques, rappelle le chercheur. Les gens ont tout perdu, il ne reste rien des villages, encore moins des maisons. C’est brulé, inondé, disparu. Tu es confronté à d’énormes pertes.»
«Souvent, en journalisme, ce ne sont pas les scènes les plus violentes ou les plus sanglantes qui vont nous marquer», dit Jimmy Chabot. Pour lui, c’est surtout la proximité au sujet qui peut être éprouvant.
Couvrir ce genre de tragédies peut s’avérer particulièrement éprouvant pour les journalistes locaux, et ce, pour une raison particulière : la proximité.
Meurtre-suicide d’un père et de ses enfants retrouvés dans un lac, fusillades, crise des opioïdes, allégations d’agressions sexuelles; ce que couvre Jimmy Chabot dans le Nord de l’Ontario l’interpelle parfois personnellement.
«En faisant du journalisme en milieu local, tu finis toujours par connaitre quelqu’un qui connait quelqu’un, confie le fureteur pour Radio-Canada. On connait presque chaque habitant.»
Au moment où Jimmy Chabot nous accorde une entrevue, il est en route vers un salon funéraire, à Val-Gagné, afin de saluer une dernière fois la dame qui a été sa source d’histoires pendant longtemps et sur laquelle il a consacré trois reportages.
«Cette dame était devenue un peu le Tim Horton du village, où on s’arrêtait pour prendre un café, se souvient-il. J’y allais une fois par mois pour la rencontrer. Souvent, ça débloquait vers d’autres sujets dans ces communautés-là. Son décès est arrivé un peu comme une tonne de briques.»
«Quand il y a des décès dans la communauté, des allégations d’agressions sexuelles, qu’un nom sort dans une allégation ou encore le décès d’une personne que j’ai couverte, ça me bouleverse au plus haut point», admet-il.
Il lui est déjà arrivé de se retirer d’un sujet duquel il se sentait trop près, comme un accident de voiture qui a mené au décès d’une personne qui rentrait d’un spectacle auquel Jimmy Chabot avait aussi assisté.
Sans grand hasard, il avait écrit un reportage sur la victime par le passé. «Il y a une ligne sur laquelle il faut que je danse, puis là, j’ai dit que je ne le ferais pas, raconte-t-il. C’est après cet évènement-là que j’ai dû prendre des antidépresseurs.»
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Ce qui motive Odette Bussière à poursuivre son travail, «c’est de croire en une cause», son journal et la francophonie qu’il reflète.
Pour Odette Bussière, une tout autre réalité alourdit son travail : le manque de ressources.
L’enseignante à la retraite porte plusieurs chapeaux au sein du Goût de Vivre, journal communautaire franco-ontarien dans le sud de la baie Georgienne. Elle est notamment présidente du conseil d’administration, journaliste, réviseure, monteuse, infographe et parfois livreuse de l’édition papier.
Le tout, à titre de bénévole à temps plein.
«Ce n’est pas un travail régulier de 9 à 5, avertit-elle. Le 1er janvier, j’étais ici et je corrigeais le journal.»
Depuis que le gouvernement a presque cessé d’acheter de la publicité dans les journaux, les revenus se font rares. À part elle, il n’y a qu’une seule employée au Goût de Vivre.
C’est du missionnariat. Je serais rentrée chez les sœurs et ça aurait fait la même affaire
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Tout ce travail, elle le fait pour la communauté qui compte sur cette fenêtre sur la vie de leur communauté.
«On a constamment des commentaires, des gens qui appellent pour que paraisse l’anniversaire de leur petit-fils dans le journal, par exemple.» Dans le cas d’un délai dans la parution du journal, le téléphone sonne, relate-t-elle. «Ils vont dire “Hey! Je n’ai pas eu mon Goût de Vivre!”»
«Les gens apprécient le journal et on est un petit peu victimes de ça», remarque Odette Bussière.
«Les gens se réabonnent pour deux ans – ça va jusqu’en 2026 – alors on se dit qu’il faut continuer. On n’a pas le choix. Mais j’avoue qu’on se pose des questions. S’il m’arrive quelque chose demain matin… Il ne faut pas trop y penser, mais ça serait merveilleux si on pouvait trouver quelqu’un qui veut prendre la relève», avoue-t-elle.
Le Goût de Vivre n’est pas le seul dans cette situation. Les médias locaux et communautaires fonctionnent généralement avec peu, mais, dernièrement, la crise des médias fait plus de ravages.
Le Local News Research Project, qui suit les changements survenus dans les médias au Canada, indique que 518 entreprises de presse locales ont fermé dans 344 communautés entre 2008 et le 1er février 2024.
«Les journaux communautaires publiant moins de cinq fois par semaine représentent 77 % des fermetures», peut-on lire dans leur rapport (en anglais seulement).
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Malgré les moments difficiles, Jimmy Chabot rencontre des gens de toutes sortes. Les liens forts qu’il a tissés dans le Nord de l’Ontario lui permettent de raconter cette région et les humains qui la composent.
À Lafontaine, en Ontario, Odette Bussière comprend bien que si elle ne couvre pas sa région, personne d’autre ne le fera. «Il y avait un journal anglophone distribué gratuitement qui couvrait Midland, se souvient-elle. Il a fermé du jour au lendemain, paf, […] on se retrouve à être les seuls.»
De son côté, Jimmy Chabot ressent une pression similaire : «Kapuskasing est peu desservi, donc c’est sûr […] qu’il faut que je sois extrêmement présent dans ces communautés-là.»
Le professeur Anthony Feinstein rappelle que derrière les textes et le papier, il y a des êtres humains et leurs limites. «On ne peut pas s’attendre à ce qu’une seule personne puisse couvrir l’ampleur de l’actualité en ce moment. Il faut avoir des attentes réalistes.»
«Nous sommes là pour que tous les citoyens puissent parler français à l’extérieur de chez eux. Nous nous efforçons de créer un environnement où la culture francophone rayonne quotidiennement», affirme le maire du Grand Sudbury en Ontario, Paul Lefebvre.
Le maire du Grand Sudbury, Paul Lefebvre, évoque des difficultés de recrutement d’employés qui parlent français.
L’élu insiste sur le besoin vital des francophones de pouvoir «s’entendre, s’écouter et se lire» dans les couloirs de l’hôtel de ville, mais aussi dans les rues et lieux publics de l’agglomération.
Le Grand Sudbury fait partie de la douzaine de municipalités ontariennes qui offrent des services dans les deux langues officielles. Ces villes ont décidé de leur plein gré de se soumettre à la Loi sur les services en français de l’Ontario.
Autrement dit, elles s’engagent à desservir leurs concitoyens en français, totalement ou en partie. Si elles manquent à leurs obligations légales, les résidents peuvent déposer une plainte auprès de l’administration municipale ou du Commissaire aux services en français de l’Ontario.
Sudbury et Nipissing Ouest, par exemple, ont adopté des règlements qui garantissent l’offre de services municipaux en français. D’autres, à l’image de Val Rita-Harty, ont voté une simple résolution d’une phrase ou deux.
Ottawa profite d’un statut encore plus particulier. Depuis 2017, une loi provinciale impose le bilinguisme à la capitale fédérale.
Des règles très hétérogènes
Ces variations créent une situation à géométrie variable. Dans certaines agglomérations, seuls les services de première ligne sont proposés en français. Dans d’autres, les réunions des élus et l’affichage public se font dans les deux langues, les arrêtés municipaux sont également traduits en français, de même que les délibérations et les documents internes.
François Larocque estime que les municipalités «légitiment la langue en lui donnant une place dans la sphère publique».
Parfois même, les programmes culturels et les services sociaux sont disponibles en français. À Ottawa, 16 % des postes de la Ville sont désignés bilingues.
«Il n’existe pas de villes en Ontario où l’intégralité des services est offerte dans les deux langues, de manière égale et avec une qualité équivalente», tempère François Larocque, professeur de droit à l’Université d’Ottawa.
Quels que soient le type d’acte juridique adopté et l’étendue de l’offre bilingue, le juriste spécialisé en droits linguistiques y voit néanmoins «un geste fort pour défendre la langue de la minorité».
Il estime que la langue utilisée par les municipalités a un «très grand impact» sur la vie des citoyens, «car c’est l’échelon avec lequel ils interagissent le plus».
«Les villes jouent un rôle crucial dans le maintien et le rayonnement du français, elles légitiment la langue en lui donnant une place dans la sphère publique», poursuit François Larocque.
Fusion et assimilation
Un avis que partage Michel Doucet, professeur émérite de droit à l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick : «Les municipalités sont le seul territoire politique [au Canada] où les gens peuvent parler français comme langue majoritaire.»
Le juriste Michel Doucet s’inquiète d’une disparition des municipalités francophones.
«Autrement, le français devient une langue familiale, parlée seulement à la maison et tout le reste des activités sociales se passe en anglais», ajoute l’expert des droits linguistiques.
Au Nouveau-Brunswick, les villes francophones dont au moins 20 % de la population est anglophone ont l’obligation de fournir des services dans les deux langues. Elles doivent notamment traduire les arrêtés municipaux en anglais.
L’an dernier, dix nouvelles municipalités ont dépassé ce seuil dans la province à la suite de leur fusion avec des communautés anglodominantes. Alors qu’elles n’étaient auparavant soumises à aucune obligation, elles doivent désormais offrir des services en anglais.
«Ça entraine des couts supplémentaires de traduction. Les villes reçoivent de l’aide financière de la province, mais je ne suis pas sûr que ça soit suffisant», observe Yvon Godin, président de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB).
L’Acadien s’interroge sur la «légitimité» du 20 % : «Ça peut faire partie de l’assimilation, il faudrait peut-être revoir ce seuil à la hausse.»
Pour Michel Doucet, ce seuil est arbitraire et n’est plus «raisonnable» pour protéger les communautés francophones. Car, partout au pays, les villes ont tendance à s’angliciser.
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Moncton, «rôle de chef de file»
Moncton est la première ville canadienne officiellement bilingue depuis 2002. Les élus ont adopté la première politique municipale sur les services et les communications dans les deux langues officielles dès 1991.
«Nous avons un rôle de chef de file particulier à jouer dans la francophonie, insiste la conseillère municipale de la Ville, Paulette Thériault. Les gens oublient trop souvent que le Canada est bilingue.»
Recul du bilinguisme
Face au poids démographique des francophones qui diminue, Michel Doucet craint carrément la disparition des municipalités francophones.
Pour la conseillère municipale Paulette Thériault, Moncton a un «rôle de chef de file particulier à jouer dans la francophonie».
«Il doit y avoir une prise de conscience des partis politiques, nous avons besoin d’actions concrètes pour valoriser le français. Le leadeurship doit venir d’en haut, les municipalités n’ont pas les moyens d’agir à elles toutes seules», insiste-t-il.
L’automne dernier, un rapport déplorait «un recul significatif» du bilinguisme au sein de l’appareil municipal du Grand Sudbury au cours des 50 dernières années.
«On a beau créer des occasions de travail en français, on a du mal à recruter des employés bilingues», confirme Paul Lefebvre.
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À Moncton, la conseillère Paulette Thériault reconnait que pendant les conseils municipaux, le personnel et les élus préfèrent souvent l’anglais au français. Certaines municipalités francophones néobrunswickoises offrent même des services en anglais alors qu’elles n’y sont pas tenues par la loi.
«Afficher le français dans le paysage»
Pour inverser la tendance, les municipalités font pression pour que les cibles d’immigration francophone hors Québec soient revues à la hausse.
Yvon Godin, président de l’AFMNB, appelle les municipalités à adopter des politiques linguistiques très strictes.
Yvon Godin appelle également à l’adoption systématique de politiques linguistiques municipales strictes. Il parle «d’afficher le français dans le paysage» : «Les panneaux sur les bords des routes, toute la publicité doit se franciser. Les élus doivent demander aux entreprises qu’[elles] mettent le français en avant.»
Mais aux yeux de Paul Lefebvre, les francophones doivent aussi faire leur part contre l’anglicisation en demandant plus de services dans leur langue maternelle.
«Souvent, à cause du fort taux de bilinguisme, les francophones en milieu minoritaire acceptent plus facilement d’avoir un service en anglais», concède François Larocque.
Le spécialiste note cependant «un profond changement de cap» dans certaines municipalités, notamment en Ontario. Après s’être proclamée illégalement unilingue anglophone en 1990, Sault-Sainte-Marie a voté une résolution pour se dire bilingue.
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Le Canada en villes
La série Le Canada en villes propose un regard sur les succès et les défis des municipalités canadiennes.
Je vais mieux. Non pas parce que le printemps commence à pointer le bout de son nez, bien au contraire (j’aime l’hiver!), mais parce que l’équipe française de soccer que j’encourage, l’Olympique lyonnais, enchaine les victoires et s’éloigne d’une relégation en deuxième division française qui lui pendait au nez après une fin d’année 2023 catastrophique.
Car, oui, le supporteur de soccer en Europe vit rarement dans l’indifférence. Les matchs «pour du beurre» sont rares. Si dans les ligues sportives nord-américaines l’excitation monte en cas de qualification pour les séries, par exemple, les championnats de soccer européens sont beaucoup plus punitifs en cas de mauvais résultats.
Pas de prix de consolation avec des choix de repêchage, non, non! C’est le déclassement qui vous attend. Une année de purgatoire dans une division inférieure avec l’espoir, si vous le méritez sportivement, d’une résurrection l’année suivante, qui se traduit par une «remontée» dans la division supérieure.
Il n’y a donc rien d’étonnant à voir les spectateurs en tribune prier lorsque tout va mal. Pour certains, le soccer est une forme de religion. Pas seulement en Europe, le berceau de ce sport, mais aussi en Afrique et en Amérique du Sud. Surtout en Afrique et en Amérique du Sud, devrais-je dire.
Le Brésil, terre sacrée du soccer
Je me souviens que, lors d’un voyage de plusieurs mois en Amérique latine, le moyen le plus efficace que j’ai eu pour apprendre l’espagnol a été d’engager la conversation avec les chauffeurs de taxi en parlant de soccer. Tous avaient un club préféré, un avis à donner sur le départ ou non de Kylian Mbappé au Real Madrid ou sur les chances de leur équipe nationale de bien figurer à la Coupe du monde 2022, au Qatar.
Je pense aussi au Brésil, où le soccer forme, avec le christianisme et le carnaval, une sorte de Sainte Trinité culturelle nationale. La religion – la vraie cette fois – a même largement pénétré les rangs de l’équipe nationale, dont les joueurs affichent librement leur foi. À l’image de la star Neymar, qui avait arboré un bandeau «100 % Jesus» après la victoire du Brésil aux Jeux olympiques de Rio, en 2016.
Plus récemment, la Coupe d’Afrique des nations disputée en février a été un franc succès, battant des records d’audience, avec près de 2 milliards de téléspectateurs cumulés. Le parcours de la Côte d’Ivoire, pays hôte et vainqueur de la compétition, miraculée après être passée près d’une élimination au premier tour, a rappelé à tous qu’il fallait garder la foi en son équipe. Contre vents et marées.
En arrivant au Canada, j’ai rapidement constaté que les adeptes de ma «religion» étaient bien plus rares.
Difficile d’engager une discussion sur le CF Montréal avec un Québécois. Même la présence du Canada à la Coupe du monde 2022 n’a pas vraiment soulevé les passions.
En fait, depuis les années 1970 où quelques stars du ballon rond comme Pelé ou Franz Beckenbauer ont posé leurs valises dans des clubs des États-Unis, on ne peut pas vraiment dire que le soccer se soit imposé comme un sport majeur en Amérique du Nord. Et ce en dépit des très bons résultats des équipes féminines des États-Unis et du Canada au cours des dernières années.
La Coupe du monde 1994, disputée au sud de la frontière canadienne, se voulait un accélérateur à la pratique et a d’ailleurs coïncidé avec la création de la Major League Soccer (MLS) en 1993.
Reste que, trois décennies plus tard, la MLS est considérée comme une ligue mineure dans le monde, tout juste bonne, aux yeux des Européens, à prolonger les carrières de quelques anciens grands joueurs en préretraite.
La Coupe du monde 2026 sera-t-elle décisive?
Pourtant, je pense que le terreau est fertile pour faire passer le soccer dans une autre dimension de ce côté de l’Atlantique. La population nord-américaine n’est pas totalement indifférente à ce sport, preuve en est l’arrivée l’an dernier à l’Inter Miami de Leo Messi, la superstar argentine qui peut être considérée comme le meilleur joueur du XXIe siècle.
À Montréal, la visite du «Dieu du soccer» est attendue le 11 mai prochain. Il faut être prêt à payer un minimum de 450 $ pour assister à la rencontre. Pourtant, il ne fait aucun doute que les 19 000 places du stade Saputo trouveront preneur.
Autre tendance intéressante : le soccer est désormais le sport le plus pratiqué par les jeunes au Canada. Soccer Canada revendique près d’un million de personnes actives inscrites dans 1200 clubs. À titre comparatif, Hockey Canada rapportait 521 300 joueurs et joueuses de tout âge en 2021-2022.
La Coupe du monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Mexique et le Canada, arrive donc à point nommé pour transformer ce frémissement indéniable en véritable passion, même si le Canada n’accueillera finalement que 13 matchs, partagés entre Toronto et Vancouver.
Si le Mondial de 1994 voulait faire connaitre le soccer en Amérique du Nord, l’édition 2026 doit lui permettre de se faire adorer.
Je rêve personnellement de voir une démocratisation de la ferveur. S’installer dans un bar avec des supporteurs du CF Montréal, arborer fièrement ses couleurs, siroter une bonne bière, disserter avec plus ou moins de mauvaise foi des choix tactiques de l’entraineur : c’est ça la vraie messe du fan de soccer.
Timothée Loubière est journaliste pupitreur au quotidien Le Devoir. Avant de poser ses valises au Québec en 2022, il était journaliste sportif en France, notamment au journal L’Équipe.
«Est-ce que je suis vraiment le dernier Canadien français?» C’est avec cette question existentielle que Pascal Justin Boyer entreprend une quête identitaire qui le mènera d’un bout à l’autre du pays. Au Yukon, en Acadie, en passant par les Prairies et le Québec.
Dans Le dernier Canadien français, le comédien, qui s’est notamment fait connaitre dans des productions jeunesse en Ontario, explore les réalités linguistiques et culturelles qui unissent les francophones au Canada, mais aussi qui les distinguent.
Est-ce que le fait d’avoir une langue commune est suffisant pour faire communauté? Pas vraiment, a-t-il découvert.
L’animateur Pascal Justin Boyer s’est rendu au Yukon, pour échanger avec des francophones de la région.
Francopresse : Alors finalement, est-ce que vous pensez être le dernier Canadien français?
Pascal Justin Boyer : C’est un peu le punch final du documentaire, donc je vais y répondre, mais de manière mystique.
Ce qu’on a découvert, au travers de nos rencontres et du voyage, c’est que l’identité, du moins la mienne, est vraiment ancrée dans ma francophonie.
Après, le gentilé que je décide d’utiliser, que ce soit Québécois, Franco-Ontarien, Franco-Manitobain si un jour je déménage dans ce coin-là, ça importe peu parce que pour moi, ce qui prime, c’est vraiment de vivre ma vie en français.
Donc à partir de là, je pense que mon attachement est beaucoup plus à ma langue, à ma culture, plutôt qu’à un gentilé quelconque.
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Vous êtes né au Québec, mais avez grandi en Ontario. Comment vous situez-vous par rapport à ces deux identités?
On ne peut pas renier une partie de soi. C’est sûr que je suis Québécois. Je suis né Québécois, j’habite sur le Plateau-Mont-Royal, à Montréal, actuellement. J’ai grandi en Ontario.
J’ai toujours eu l’impression que ces deux identités-là, Québécois et Franco-Ontarien, ça se conjuguait mal ou même pas du tout. C’est dans cette démarche-là que je me suis demandé : «Y a-t-il un terme parapluie qui pourrait justement me permettre de bien désigner ce que je suis?» Et c’est là où j’ai trouvé le terme «Canadien français».
Justement, pour revenir à la genèse du documentaire, pourquoi avoir décidé de le faire maintenant?
En fait, ça fait trois ans qu’on travaille sur ce documentaire-là. Je dis «nous» parce que c’est une idée originale de la productrice au contenu Isabelle Corriveau et moi.
Je pense que les différentes francophonies au pays sont dans un moment charnière, où le Québec semble vouloir se rapprocher de nous.
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Il y a des choses que, nous, on a vécues qui pourraient mieux orienter le Québec dans ses actions pour encourager l’apprentissage de la langue française, notamment chez les nouveaux arrivants et la communauté anglophone.
Je pense qu’on ne se parle pas suffisamment. Je pense que c’est le temps qu’on se parle plus.
Je viens quand même d’un point de vue privilégié : j’ai travaillé en francophonie ontarienne pendant plusieurs années, j’ai voyagé beaucoup, et force est d’admettre que malgré tout ça, je ne connais pas grand-chose de la francophonie canadienne.
Je me suis dit : «Si moi je ne connais pas grand-chose de la francophonie canadienne, il y a de maudites bonnes chances qu’il y ait un paquet de monde qui soit dans la même situation.»
Donc on a utilisé ce véhicule-là, ce documentaire, pour éveiller un petit peu la conscience de tout un chacun par rapport aux différentes communautés francophones au pays.
L’animateur Pascal Justin Boyer discute avec des francophones partout au pays de leur rapport à leur identité, comme ici à Halifax, en Nouvelle-Écosse.
À qui s’adresse ce documentaire?
La première étape, c’était de nous connaitre entre nous, entre communautés francophones. Parce qu’il y avait un manque de connaissance. Un Acadien ne connait pas nécessairement le quotidien ou ce que c’est de vivre en français à Whitehorse, au Yukon.
Mais au fur et à mesure qu’on faisait nos préentrevues et qu’on rencontrait de nouvelles personnes, on se rendait compte qu’il y avait une trame narrative qui revenait constamment : c’était l’absence du Québec.
Cette absence-là, elle est beaucoup vécue parce que le Québec est un peu, si ce n’est pas le moteur, le poumon de la francophonie au pays. On se complète bien, mais force est d’admettre qu’il n’y a pas grand Québécois qui sont au courant qu’il y a de la francophonie au bout de la 40 [l’autoroute qui relie Québec à Montréal, NDLR].
En 1968, René Lévesque nous a désignés comme des «dead ducks» […] Ça fait maintenant 50 ans et on est encore très vivants.
C’est le temps de réaxer le dialogue sur quelque chose de beaucoup plus vivant, de beaucoup plus actuel, parce qu’on est loin d’être en train de mourir. C’est le temps de collaborer, de s’unir, de faire front commun.
Pascal Justin Boyer s’est entretenu avec le ministre de la Langue française du Québec, Jean-François Roberge.
Quelles seraient les solutions?
Je pense que notre mandat, d’abord et avant tout, c’est de partir une discussion. Une des solutions, c’est justement d’en jaser, de parler.
Oui, il y a définitivement quelque chose à faire au niveau de la rétention, de l’éducation, de sortes de fronts. C’est une discussion pour nos communautés at large, y compris le Québec, le Canada et les différents francophones un peu partout.
Mais si on aura réussi à motiver une couple de conversations à gauche à droite au Canada, je vais crier mission accomplie.
Le documentaire avance aussi l’idée que le Québec pourrait s’inspirer des francophones en situation minoritaire. Pour quelles raisons?
Ce qui se passe en francophonie canadienne est souvent le miroir de ce qui va arriver au Québec bientôt, ce qui est un argument de plus dans notre arsenal pour dire : «Parlons-nous.»
C’est important d’établir des ponts sur toutes les lignes : les gouvernements, les organisations communautaires, mais aussi monsieur et madame Tout-le-Monde.
Il faut rappeler qu’on existe à l’extérieur de la 40, à l’extérieur du territoire québécois, et il faut défolkloriser le francophone. Au Québec, si on a une pensée du francophone, on va penser à la Déportation de 1755, à Montfort fermé, jamais!, aux crises, aux affaires du passé.
Mais ce qu’il faut, c’est que le citoyen moyen au Québec se rende compte qu’il y a un quotidien en français, différent du sien, un peu partout au Canada. Juste d’avoir cette conscience-là, d’après moi, ça va élever le débat, ça va nous emmener ailleurs.
Les propos ont été réorganisés pour des raisons de longueur et de clarté.
Le dernier Canadien français
Le documentaire se trouve sur la plateforme ICI TOU.TV et sera diffusé dans le cadre de l’émission Doc Humanité sur ICI Télé, le samedi 16 mars à 22 h 30, heure de l’Est.
Avec des informations de Camille Langlade
L’Université de Sudbury et l’Université d’Ottawa ont conclu un partenariat pour que la première puisse offrir des cours et des programmes en français dès septembre 2025, ont annoncé jeudi les deux établissements à Sudbury.
Le président de l’ACFO du grand Sudbury, Marc Gauthier, le recteur et vice-chancelier de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, le recteur et vice-chancelier de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, et le directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Peter Hominuk lors de l’annonce d’un partenariat entre les deux universités.
Il reste encore plusieurs détails à confirmer avant de faire des annonces plus précises, affirme le recteur de l’Université de Sudbury, Serge Miville, tels que les cours et les programmes qui seront offerts.
Il a cependant indiqué que son établissement «a une désignation partielle sous la Loi des services en français [de l’Ontario] qui oblige l’Université de Sudbury à offrir des cours et des programmes qui mènent au baccalauréat des arts».
Le financement sera aussi à confirmer. Alors que le gouvernement de l’Ontario avait refusé en juin 2023 de financer l’Université de Sudbury, Serge Miville croit cependant que ce partenariat leur permettra d’étoffer encore plus leur dossier.
Le recteur de l’Université de Sudbury a néanmoins rappelé que le premier ministre canadien, Justin Trudeau, avait affirmé lors de la campagne électorale de 2021 – sur le terrain de l’Université – qu’il y avait toujours 5 millions de dollars de disponibles pour l’établissement.
Les recteurs des deux universités ont affirmé, pendant la conférence de presse, que l’Université de Sudbury gardait le plein contrôle de ses finances, de sa gouvernance et de son enseignement.
Jeudi, dans les locaux de l’Office national du film du Canada à Montréal, la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, a annoncé l’octroi d’un financement permanent annuel au Bureau de l’écran autochtone (BEA) de 65 millions de dollars, qui seront versés sur 5 ans à compter de 2024-2025. Un financement de 13 millions de dollars par année sera permanent par la suite.
Pascale St-Onge a rappelé l’importance pour les Autochtones de pouvoir raconter leurs propres histoires et de se voir à l’écran.
Ces fonds doivent permettre «à plus de gens des Premières Nations, d’Inuit et de Métis de raconter leurs propres histoires et de se voir à l’écran», rapporte Patrimoine canadien dans un communiqué.
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Cette annonce s’inscrit dans la Loi sur la diffusion continue en ligne et vise à soutenir les récits autochtones.
«Veiller à ce que les communautés autochtones aient les moyens et les capacités de partager leurs histoires fait partie intégrante de notre engagement envers la réconciliation», a déclaré Pascale St-Onge.
Si elle admet que le montant n’est pas «suffisant», Kerry Swanson, présidente et chef de la direction du BEA, a tout de même souligné une «première étape très importante» pour l’organisme et ses créateurs.
Le Fonds des médias du Canada (FMC) a également salué l’annonce. «L’existence d’un organisme de financement soutenu par le gouvernement et dirigé par des Autochtones est vitale pour l’industrie des écrans», a déclaré dans un communiqué Valerie Creighton, présidente et chef de la direction du FMC.
À noter que cette année, la programmation du Festival international du film de Toronto (TIFF) affichait le plus grand nombre de films produits par des Autochtones de toute son histoire.
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Le gouvernement fédéral doit nommer un groupe d’experts pour examiner ce qui s’est passé pendant la pandémie de COVID-19, indique le nouveau rapport de l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) et de l’Institut sur la gouvernance (IOG), publié mercredi.
«Le Canada n’a qu’une image fragmentaire de ce qui est arrivé à ses institutions pendant la pandémie», déclare dans un communiqué Jennifer Ditchburn, la présidente et chef de la direction de l’IRPP.
Le rapport, intitulé Institutions résilientes : Apprendre la pandémie de la COVID-19, met en évidence quatre leçons et propose douze recommandations qui vise à aider le gouvernement à gérer les prochaines crises.
Parmi les solutions proposées : rendre les relations intergouvernementales plus inclusives et créer un groupe de travail pancanadien pour lutter contre la désinformation.
Selon les deux instituts, il s’agit du premier rapport qui examine les conséquences de la COVID-19 sur les institutions du pays.
Le 11 mars, Justin Trudeau a participé à une réunion d’urgence de la Communauté caribéenne sur la situation en Haïti.
Le ministère des Affaires mondiales du Canada a annoncé jeudi la réduction de son personnel à l’ambassade du Canada en Haïti.
Les membres du personnel dit non essentiels ont été évacués par hélicoptère et temporairement installés en République dominicaine. Ils continueront d’assumer leurs fonctions de manière virtuelle.
Alors que l’ambassade reste fermée au public, les services consulaires sont maintenus.
Malgré la situation alarmante en Haïti, le Canada ne prévoit pas pour l’instant de rapatrier les 3000 Canadiens qui se trouvent présentement au pays.
«Ni le Canada ni aucun de nos partenaires ne sont en mode évacuation de ses ressortissants», a soutenu Sébastien Beaulieu, directeur général de la sécurité chez Affaires mondiales Canada, lors d’une séance d’information technique.
«Nous conseillons aux Canadiens sur place de rester à l’abri, de faire des provisions et de nous contacter directement pour toutes demandes d’assistances», a-t-il ajouté.
Par ailleurs, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a participé lundi à une rencontre urgente avec les membres de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) organisée par la Jamaïque, afin de discuter de la situation de crise en Haïti.
Sous la pression politique internationale, le premier ministre d’Haïti, Ariel Henry, a donné sa démission et les membres de CARICOM ont annoncé la création d’un gouvernement transitoire en attendant les prochaines élections.
Ottawa a annoncé un investissement de 80,5 millions de dollars pour la mission multinationale de sécurité autorisée par les Nations Unies qui doit être menée par le Kenya pour rétablir la stabilité en Haïti. Le pays africain a cependant décidé mardi de retarder le déploiement.