le Vendredi 13 février 2026

Depuis sa création, le Congrès de l’Acfas vise à «nourrir la vitalité de la recherche en français» dans l’ensemble du territoire, souligne Sophie Montreuil, directrice générale de l’Acfas.

Pour elle, ce rendez-vous reste aussi une bonne occasion pour les chercheuses et les chercheurs francophones de venir présenter les résultats de leur travail.

Selon Sophie Montreuil, le Congrès de l’Acfas rassemble différents champs disciplinaires et permet de nourrir la vitalité de la recherche en français. 

Photo : Acfas

Il s’agit de la douzième édition du Congrès qui se déroule à l’Université d’Ottawa. L’évènement a eu lieu pour la première fois dans la capitale en 1940. L’université s’est chargée de trouver les 200 bénévoles nécessaires au bon déroulement.

Un rendez-vous multidisciplinaire

Plus de 220 colloques sont proposés tout au long de la semaine, notamment en sciences de la santé et naturelles, en génie, sur les arts, les sciences sociales et l’éducation.

Le Congrès permet également d’avoir une idée des recherches et des problématiques actuelles de la société, commente Sophie Montreuil.

Pour Mathieu Wade, professeur en sociologie à l’Université de Moncton, il est important de travailler et de mettre en valeur les recherches en français qui dépassent la composante linguistique et identitaire.

«Nous, les chercheurs qui travaillons sur la francophonie, on a tendance à oublier un peu qu’on est des êtres complexes qu’on ne se limite pas à des minorités linguistiques», déclare-t-il.

D’ailleurs, la particularité du Congrès reste son aspect multidisciplinaire, rappelle Sophie Montreuil. «Ça fait un rassemblement inédit parce qu’on peut croiser sur le campus des chercheurs dans toutes les disciplines.»

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Pour Mathieu Wade, le Congrès reste un moyen de construire un réseau avec les chercheurs issus des quatre coins du Canada. 

Photo : Denis Duquette

Construire des réseaux

C’est aussi un lieu d’échanges scientifiques et un lieu de rencontre pour les chercheuses et les chercheurs qui n’ont pas l’habitude de se voir régulièrement en raison de la distance géographique, ajoute-t-elle. «Ça fait émerger des idées nouvelles, des collaborations nouvelles.»

Une idée que partage Mathieu Wade, qui considère ces évènements comme un moyen de construire des réseaux de chercheurs et de travailler ensemble sur un nouvel objet d’étude.

Le professeur remarque aussi que le Congrès est une occasion de montrer les études réalisées par des professeurs francophones en milieu minoritaire, pas uniquement des recherches québécoises.

Sophie Montreuil informe en outre que l’Acfas travaille aussi tout au long de l’année avec des chercheurs issus des francophonies canadiennes «par l’entremise de nos antennes régionales».

À lire : Une nouvelle Acfas-Toronto sous l’impulsion de l’Université de l’Ontario français

Quel futur pour les recherches en français?

Selon Lucie Hotte, la recherche en français permet de comprendre les besoins des francophones et d’aider à mieux accueillir les nouveaux arrivants au sein des communautés francophones. 

Photo : Mélanie Provencher

Afin d’assurer la pérennité de la recherche en français en milieu minoritaire, les professeurs ont besoin de financement, interpelle Lucie Hotte, directrice du Centre de recherche sur les francophonies canadiennes et professeure titulaire au département de français à l’Université d’Ottawa.

Elle s’inquiète de voir de moins en moins de recherches menées sur les francophonies canadiennes, notamment la francophonie ontarienne.

Lucie Hotte tient à rappeler que la recherche en français n’est pas une perte de temps ou d’argent. Au contraire, ces travaux permettent de justifier les besoins des francophones et d’accueillir les nouveaux arrivants.

Le Congrès permet aussi de mettre sur la table différentes interpellations telles que les préoccupations des chercheurs en milieu minoritaire quant au suivi de la recherche en français et des lacunes persistantes dans le secteur.

Ce déclin se trouve encore une fois confirmé par la publication d’un «tableau de bord» que vient de mettre en ligne l’agence statistique pour nous permettre de visualiser les tendances linguistiques sur plusieurs décennies.

Il ne s’agit pas de nouvelles données, mais plutôt d’un nouvel outil permettant d’examiner les tendances lourdes caractérisant l’usage des deux langues officielles à partir des données des recensements depuis 1951.

Grâce à ce tableau, on voit clairement que la situation du français se fragilise. Par exemple, on constate que le pourcentage de personnes déclarant avoir le français comme seule langue maternelle est en diminution constante : il est passé de 24,1 % en 1991 à 19,6 % en 2021.

Cette baisse s’observe dans toutes les régions du pays, mais de manière inégale. Les endroits les plus touchés, déjà hautement vulnérables, sont la Saskatchewan et le Manitoba. Les pourcentages ont diminué de moitié ou presque, passant de 2,1 % à 1,1 % en Saskatchewan et de 4,6 % à 2,8 % au Manitoba.

Au Québec, la baisse est moins marquée, mais néanmoins préoccupante : le pourcentage est passé de 81,6 % à 74,8 %.

Si bon nombre d’observateurs tentent de tirer la sonnette d’alarme depuis des années, bien peu de choses ont été faites par nos gouvernements pour renverser ce déclin. Oui, il y a bien eu des victoires linguistiques de temps à autre, grâce surtout à la vigilance des tribunaux, mais les avancées ont été nettement insuffisantes pour freiner la tendance. 

Possible évolution récente 

Le gouvernement fédéral a finalement réussi à faire adopter son projet de loi pour moderniser la Loi sur les langues officielles l’année dernière.

Le Commissariat aux langues officielles aura ainsi plus de pouvoirs, incluant la possibilité d’imposer des sanctions financières aux organismes pris en faute et d’émettre des ordonnances pour forcer une institution fédérale à se conformer aux décisions qu’il rendra.

Le principe de l’asymétrie des défis auxquels sont confrontées les communautés minoritaires francophones et anglophones est enfin reconnu.

Le législateur a aussi décidé de cibler davantage la fonction publique fédérale en exigeant le bilinguisme non seulement pour les juges de la Cour suprême, mais aussi pour la haute fonction publique. Les gestionnaires devront pouvoir communiquer avec leur personnel dans les deux langues officielles.

Le gouvernement devra aussi s’engager activement à faire la promotion de l’égalité réelle des deux langues officielles dans la société canadienne.  

Qui veillera à l’application de la nouvelle loi? 

Cette fonction revient naturellement au Commissariat aux langues officielles. À la lecture de son dernier rapport annuel, déposé au Parlement la semaine dernière, on sent déjà qu’il a hâte de se mettre au travail. C’est déjà fait en partie, comme il le souligne lui-même, à plusieurs reprises, dans son rapport. 

Toutefois, il devra attendre encore un certain temps avant de pouvoir pleinement exercer ses nouvelles responsabilités.

En effet, la mise en œuvre de plusieurs dispositions de la loi doit être précisée par voie de règlement et de décret que doit adopter le gouvernement. Par exemple, quels seront les critères utilisés pour déterminer les postes de gestionnaires bilingues?

De quelle façon le gouvernement mesurera-t-il les progrès accomplis en matière d’égalité d’usage des deux langues et les efforts consentis par les institutions fédérales pour y parvenir?

Quelles entités pourront encourir des amendes en cas de non-respect de la loi et quelles seront les sanctions pécuniaires?

Ces règlements, le commissaire voudrait déjà les avoir. Il doit cependant patienter, car le gouvernement n’a pas encore indiqué quand ceux-ci seront prêts. Dans son rapport, le commissaire prévient que cela pourrait être encore long. Rappelons que la loi est adoptée depuis près d’un an maintenant. 

En fait, ces règlements pourraient bien constituer la pièce maitresse de la nouvelle loi. C’est qu’ils ont aussi bien la capacité de pouvoir renforcer les nouvelles dispositions de la loi que de les amoindrir.

Ils peuvent forcer le gouvernement à agir en présentant des directives claires, contraignantes et ambitieuses ou, à l’opposé, ils peuvent permettre au gouvernement de ne pas assumer pleinement ses responsabilités en établissant des règles vagues, facultatives et sans envergure.

À lire : La fonction publique réticente au bilinguisme, selon le rapport du commissaire

Deux approches possibles

Tous ceux qui ont à cœur la protection du français espèrent que le gouvernement présentera des règlements clairs, contraignants et ambitieux.

Par contre, ce gouvernement, et plusieurs autres avant lui, ont plutôt montré une propension à préférer une voie plus conciliante.

Il faut dire qu’en politique, les électeurs sont plus enclins à blâmer les gouvernements en cas d’échec qu’à les féliciter lorsqu’il y a des succès. Un plan peu ambitieux permet donc de diminuer les attentes des électeurs et ainsi les risques pour les gouvernements. 

Le Commissariat aura donc la responsabilité de talonner le gouvernement pour que ce dernier adopte rapidement des règlements, mais aussi pour que ceux-ci donnent au Commissariat aux langues officielles de vrais pouvoirs d’intervention lui permettant de corriger les situations problématiques. 

Le commissaire a déjà commencé à faire pression sur le gouvernement. Dans son rapport, il conclut, à propos de la modernisation de la Loi, que «le gouvernement doit déployer les moyens d’en faire une œuvre durable, en déclenchant une cascade de responsabilités».

Le gouvernement écoutera-t-il? Nous en saurons certainement un peu plus dans son rapport de l’an prochain. Comme le dit le commissaire, l’année qui vient de se terminer a été une année de transition. Il ne faudrait pas que cela ait été en vain.

«Je regarde mon téléphone tous les matins en me réveillant et tous les soirs en me couchant pour checker l’avancée des feux. Si tôt dans la saison, c’est quand même inquiétant. Ce n’est pas toujours facile de s’endormir», confie Mafily Mae Diabagate, résidente de Fort McMurray, en Alberta.

Mafily Mae Diabagate avait bénéficié d’un accompagnement psychologique après l’incendie qui avait ravagé Fort McMurray en 2016. 

Photo : Courtoisie

Un feu de forêt se déchainait à une quinzaine de kilomètres de cette ville du nord-ouest de la province, située en pleine forêt boréale, au moment où Francopresse s’est entretenu avec elle. Les habitants se préparaient à une éventuelle évacuation. À l’échelle de l’Alberta seulement, 44 incendies sont actuellement actifs. 

En mai 2016, les flammes avaient déjà ravagé Fort McMurray, forçant les 90 000 habitants à quitter précipitamment la région. À l’époque, Mafily Mae Diabagate avait fait partie des premières équipes de bénévoles venues nettoyer l’agglomération. Elle se souvient encore du choc à son arrivée dans une «ville fantôme» aux façades fondues et brulées. 

Depuis, la jeune femme a dû apprendre à vivre «sur le qui-vive», avec cette peur constante, «ce quelque chose de pesant derrière la tête», qui s’est instillé dans son quotidien. 

«Mais en même temps, la communauté est aussi plus unie et solidaire. On se comprend, on a les mêmes traumatismes», nuance-t-elle.

Une nouvelle saison des incendies hors norme s’annonce 

Après un hiver marqué par le manque de neige dans plusieurs régions du Canada, le gouvernement fédéral a reconnu, le 10 avril, craindre un nouvel été «catastrophique». En 2023, le Canada a connu la pire saison de son histoire. 

Lors d’une mise à jour diffusée le 9 mai dernier, Ottawa prévoyait que des «températures supérieures à la normale» dans les prochains mois, cumulées à des «conditions de sècheresse», allaient «exacerber le risque et l’intensité des feux de forêt».

Plusieurs ordres d’évacuation ont été donnés le weekend dernier pour de petites agglomérations en Alberta et dans le Manitoba, tandis que les vents violents ont poussé la fumée à travers l’ouest du pays, faisant suffoquer plusieurs grandes villes. La qualité de l’air y pose ainsi des risques «très élevés», selon Ottawa.

À lire aussi : Les effets de la fumée des feux de forêt sur la santé à ne pas négliger

Une fumée qui ne se dissipe pas

Une centaine de feux – dont certains ont débuté l’an passé, mais ne se sont jamais éteints – font également rage en Colombie-Britannique. Des milliers de personnes ont été déplacées étant donné la progression d’un brasier qui s’étend maintenant sur plus de 4000 hectares dans le nord-est de la province. 

En Colombie-Britannique, Céline Beuvens Nicaise et son mari Manu Nicaise se posent de nombreuses questions avec les feux de forêt qui progressent rapidement. Ils pensent déjà à préparer leur sac avec des effets personnels de base pour partir le plus rapidement possible en cas d’évacuation. 

Photo : Courtoisie

«On savait que ça reviendrait. C’est tellement sec, ça me frappe, il ne pleut presque jamais et il fait déjà plus de 26 degrés. Il va falloir qu’on apprenne à vivre avec», se résigne Céline Beuvens Nicaise, qui habite à Kelowna, tout au sud de la Colombie-Britannique.

En aout dernier, elle avait dû quitter son logement avec son mari à cause de l’avancée d’incendies destructeurs. Cette année, le couple ne préfère «pas trop y penser pour ne pas se mettre trop de pression».

Dans les Territoires du Nord-Ouest voisins, les incendies sont en revanche au cœur des conversations. 

«On en parle depuis avril, en fait, on n’a jamais vraiment cessé d’en parler et maintenant on commence à se retrouver autour des barbecues avec un petit bémol. On espère qu’on ne devra pas à nouveau partir, qu’on pourra vraiment profiter de l’été», témoigne Angélique Ruzindana Umunyana, qui habite à Yellowknife depuis 20 ans. 

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«Est-ce qu’on aura encore une maison, une ville à notre retour»

En aout 2023, la Ténoise était parmi les 20 000 habitants qui ont fui la capitale des Territoires du Nord-Ouest, menacée par un important brasier non maitrisé.

«La fumée était tellement forte, l’air tellement irrespirable, on n’avait pas d’autre choix, il fallait se mettre à l’abri, loin, juste pour respirer», se remémore Angélique Ruzindana Umunyana. 

Pendant trois semaines, elle a vécu avec sa famille dans un hôtel de Rivière-la-paix, une petite ville d’Alberta, à plus de 1000 kilomètres de son domicile. 

Angélique Ruzindana Umunyana explique que tout le monde parle des feux de forêt à Yellowknife. Tout le monde redoute de nouvelles évacuations. 

Photo : Courtoisie

Angélique Ruzindana Umunyana se souvient de l’inquiétude qui l’habitait, de cette peur de l’inconnu qui ne la lâchait pas : «Est-ce qu’on aura encore une maison, une ville à notre retour? Quand est-ce qu’on pourra même rentrer chez nous?»

Aujourd’hui, la Canado-Rwandaise tente de se préparer mentalement au retour des feux : «Le niveau des rivières et des lacs est dramatiquement bas, et on a connu des températures ridiculement chaudes l’hiver dernier. On peut craindre un été très difficile.»

La ville de Yellowknife sensibilise déjà la population avec l’organisation de séances d’informations sur les mesures à prendre pour minimiser les risques et faciliter d’éventuelles évacuations. 

«Ils prennent le lead pour nous informer très tôt, ils semblent mieux organisés que l’an dernier, où nous avions pas mal de messages contradictoires. J’essaie de rester positive», observe Angélique Ruzindana Umunyana.

De nombreux éléments préoccupent néanmoins la mère de famille, au premier rang desquels figurent le manque d’argent du gouvernement territorial pour faire face à de tels évènements deux ans de suite et l’accompagnement des sans-abris en cas de nouveau départ.

À lire aussi : Le rôle crucial des communautés dans la gestion des feux de forêt (L’Aquilon)

Stress prétraumatique 

Les mégafeux représentent un évènement traumatique indéniable, en particulier pour celles et ceux qui ont dû fuir face à l’avancée des flammes, qui ont craint pour leur vie et celles de leurs proches. 

Dans le cadre d’une étude menée à Fort McMurray en 2016, Geneviève Belleville, professeure de psychologie à l’Université Laval à Québec, a constaté qu’environ 15  % de la population souffrait d’un trouble de stress posttraumatique à la suite de l’incendie dévastateur. 

Un grand nombre de symptômes caractérisent ce trouble : la personne revit l’évènement en permanence, fait des cauchemars et des insomnies, elle se sent déconnectée de son entourage, son humeur est altérée, etc. 

«Cela peut apparaitre à retardement, des semaines ou des mois après, relève Geneviève  Belleville. Les personnes qui souffrent déjà de problèmes de santé mentale ou qui ont moins de soutien social sont plus à risque.» 

À l’approche d’une nouvelle saison des feux, la psychologue explique qu’il est normal d’éprouver une «inquiétude excessive et d’envisager le pire» : «Le plus important, c’est la manière dont on gère ce stress. Il faut le verbaliser le plus possible.» 

«Les changements s’emballent, mais que faire?»

Angélique Ruzindana Umunyana doute surtout que les autorités réussissent à convaincre les gens d’évacuer cette année : «J’ai le sentiment qu’on va se tenir prêts, mais qu’on ne va peut-être pas obéir, qu’on va vouloir se protéger nous-mêmes.»  

En Nouvelle-Écosse, Serge Desjardins s’inquiète des difficultés de la province à recruter des pompiers bénévoles pour lutter contre les incendies. 

Photo : Courtoisie

À l’autre bout du pays, dans la banlieue d’Halifax, en Nouvelle-Écosse, Serge Desjardins anticipe également avec angoisse une nouvelle saison hors norme.

«Nous avons eu quelques jours de pluie, mais nous n’avons pas eu assez de neige cet hiver. Le sol et la végétation sont très secs. C’est apeurant après ce qu’on a vécu l’an dernier», détaille celui qui est président de la Société canadienne de météorologie et d’océanographie.

En juin 2023, un imposant feu de forêt avait détruit 150 maisons dans cette région du pays et contraint 16 000 personnes à fuir leur domicile.

«Avec le changement climatique, ça ne va pas s’arranger. Notre environnement est beaucoup plus vulnérable. Il faut qu’on investisse davantage pour s’assurer qu’on soit prêts», insiste Serge Desjardins.

À Yellowknife, Angélique Ruzindana Umunyana est consciente que la situation catastrophique de l’été dernier risque de devenir la norme : «Les changements s’emballent, mais que faire? Je n’ai qu’un gros point d’interrogation en guise de réponse. En attendant, j’essaie de faire mon bout de chemin dans ma communauté.»

En dépit de la multiplication des catastrophes naturelles, Mafily Mae Diabagate compte elle aussi rester à Fort McMurray. Elle envisage même de s’acheter une maison. «Après tout ce qu’on a traversé, que peut-il arriver de pire?», lâche-t-elle.

Elle se tient cependant prête à toute éventualité. Elle dispose d’un sac d’évacuation chez elle, d’un autre sur son lieu de travail, sans oublier des bouteilles d’eau dans sa voiture. 

Mafily Mae Diabagate salue à cet égard la qualité du travail de prévention et de sensibilisation des autorités : «On est traumatisés, mais ça ne nous empêche pas de fonctionner, on le supporte, car on fait confiance aux secours pour gérer la situation.»

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Le COPA National, qui a pour mission de prévenir la violence, l’intimidation et les agressions faites aux enfants, a présenté en avril une nouvelle campagne d’adhésion.

Marie-Claude Rioux rappelle qu’il y a deux fois plus de maltraitance chez les enfants et les jeunes qui vivent en région rurale et que plusieurs communautés francophones sont en région rurale. 

Photo : Rory John Photo

Le Centre a adopté une nouvelle structure, qui inclut désormais des organismes membres plutôt que des membres individuels.

Sa directrice générale, Marie-Claude Rioux, rappelle que l’organisation, anciennement connue sous le nom de Centre ontarien de prévention des agressions, s’est donné depuis plusieurs années un mandat national pour dépasser les frontières provinciales. Le COPA National a d’ailleurs déjà des partenariats avec des organismes d’autres provinces.

«C’est impossible de gérer des membres individuels à une échelle nationale […] On était prêts à prendre des membres qui provenaient des régions et des territoires sur l’ensemble du territoire canadien», raconte-t-elle.

Des chiffres alarmants

Pour elle, cet élargissement répond à un besoin criant. «La violence à l’endroit des enfants augmente de façon incroyable et effrayante, et il n’y a pas que l’Ontario. C’est dans toutes les provinces.»

La directrice générale poursuit : «C’est en train de prendre une dimension folle, que je ne me souviens pas d’avoir vue de mon vivant. Le COPA a une expertise basée sur près de 30 ans d’expérience, et c’est cette expertise-là qu’on veut aller partager avec l’ensemble des provinces et territoires.»

Car en situation minoritaire, les organismes sont souvent confrontés à un manque de financement, de services et d’outils. «Nous, on ne dit pas qu’on va être là pour régler tous les problèmes, mais on est convaincus qu’on peut apporter une pierre à cet édifice-là de protection des enfants», rassure-t-elle.

Les populations rurales les plus touchées

Le COPA National rapporte dans un document que selon une recherche menée par Statistique Canada en 2019, «il y a deux fois plus de maltraitance chez les enfants et les jeunes qui vivent en région rurale par rapport aux enfants et jeunes qui vivent en région urbaine».

Pour Emmanuelle Billaux, l’accès aux services et aux informations en français reste un défi important en situation minoritaire. 

Photo : Courtoisie

«Or, on sait que nos régions francophones sont en milieu rural en très grande majorité», remarque Marie-Claude Rioux.

La particularité du milieu rural, «c’est le fait que tout le monde se connait, souligne-t-elle. Alors, quand il y a des épisodes de violence, d’agression, on a tendance à vouloir cacher ça et ne pas en parler parce que, forcément, ça vient toucher quelqu’un qu’on connait.»

L’offre de services d’appui en santé y reste aussi insuffisante, ajoute-t-elle. «On se trouve doublement minorisés, parce que non seulement on n’a pas l’accès à ces services-là, mais en plus de ça, on est une minorité et, comme minorité, on a tendance à se protéger.»

À lire aussi : Quand la violence conjugale condamne les femmes en milieu rural à un double défi

Donner des outils plutôt que victimiser

En matière de protection des enfants, deux méthodes s’affrontent, explique Marie-Claude Rioux.

«Il y a l’approche traditionnelle où on fait des règles, on établit et adopte des lois pour contrer la violence. Est-ce que ça marche? Je ne crois pas. La preuve, c’est qu’on n’a jamais eu de règles aussi contraignantes et il n’y a jamais eu autant de violence.»

La directrice générale préconise plutôt une autre façon de faire, qui est l’autonomisation, c’est-à-dire qu’«on ne victimise pas, surtout pas, les personnes qui ont subi une agression ou une violence et on les appuie pour se sortir de cette situation-là».

«La première erreur qu’on fait c’est qu’on dit aux enfants “méfie-toi des étrangers”, alors que 53 % des agressions sont faites par des personnes qu’on connait. Deuxièmement, on ne leur dit pas quoi faire, on ne leur montre pas comment se défendre, on ne leur donne pas les outils pour se sortir de ces situations-là», poursuit-elle.

Par le biais de son nouveau système d’adhésion, le COPA National veut justement offrir son expertise en faveur de l’autonomisation, notamment par des cours et des ateliers, dans toutes les régions du pays.

Partenariats interprovinciaux

L’organisme a notamment noué un partenariat avec Actions Femmes I.P.É, à Île-du-Prince-Édouard.

Ronald Labrecque souligne qu’en Saskatchewan, toutes les villes et toutes les régions ne sont pas également pourvues en termes de services en français.

Photo : Courtoisie

«Nous avons fait appel à l’expertise du COPA National en matière de formations pour enfants pour créer un programme d’ateliers pour les 7e et 8e années qui sera animé directement par des jeunes du secondaire (10e et 11e années)», déclare Emmanuelle Billaux, directrice générale d’Actions Femmes I.P.É.

Parmi les thèmes abordés lors de ces rencontres, il y a le consentement, les relations saines, la cyberintimidation et le multiculturalisme.

«Les défis ici, comme dans la plupart des provinces minoritaires, sont l’accès aux services et aux informations en français», corrobore Emmanuelle Billaux.

En Saskatchewan, le COPA National travaille avec l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF) pour, entre autres, former et outiller des travailleurs en établissement dans les écoles.

Le directeur général de l’ACF, Ronald Labrecque, souligne que les enfants immigrants doivent notamment faire face à des difficultés au niveau de leur intégration «soit dans la salle de classe, ou dans la société ou même à l’intérieur de leur famille».

L’ACF entend aussi lutter contre le racisme dont sont victimes certains enfants. «On fait plusieurs projets directement avec le conseil scolaire dans les écoles.»

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Cette édition du CMA aura lieu dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, dans les régions de Clare et d’Argyle, qui ont accueilli une population importante d’Acadiens à la suite de la Déportation. De nombreuses institutions et des organismes francophones y ont depuis vu le jour.

On y trouve entre autres l’Université Sainte-Anne, dont le recteur et vice-chancelier sortant, Allister Surette, préside le comité exécutif du CMA. C’est un retour pour celui qui a été fondateur et président du comité organisateur du CMA de 2004.

«Le Congrès est une bonne plateforme pour renouveler, si on veut, la fierté de notre population, les Acadiens, les francophones de la Nouvelle-Écosse, mais aussi d’augmenter l’intérêt de notre communauté auprès des gouvernements provincial, municipal et fédéral, parce que les trois paliers de gouvernement sont bien engagés financièrement et autrement», dit-il.

Le plus grand évènement de la francophonie?

Allister Surette est impliqué dans le Congrès mondial acadien depuis au moins 20 ans. 

Photo : Courtoisie

«J’oserais croire que oui, répond Allister Surette. On se prépare pour environ 30 000 personnes au cours des neuf jours.»

Plus de 50 familles acadiennes seront réunies avec chacune son activité spéciale. S’ajoutent à cela les activités principales organisées par le CMA et les spectacles annoncés, ce qui soulignent l’ampleur de cette rencontre.

«On a le festival d’ouverture, qui va être sur le campus principal de l’Université Saint-Anne dans la région de la Baie Sainte-Marie de Clare et là on aura des artistes comme le P’tit Belliveau, les Hay Babies […], annonce le président. Un des gros spectacles qui est toujours central des congrès mondiaux, c’est celui de la fête nationale de l’Acadie, le 15 aout.»

Originaire de Clare, en Nouvelle-Écosse, l’auteur-compositeur-interprète P’tit Belliveau a signé un nouvel album cette année. Il sera de la fête au Congrès mondial acadien. 

Photo : Courtoisie

À l’affiche de ce spectacle, on retrouve Zacharie Richard, Lisa LeBlanc, Édith Butler et les Salebarbes.

À lire aussi : Le Congrès mondial acadien a bousculé la vie de Zachary Richard (Acadie Nouvelle)

Le ministre Colton LeBlanc a confirmé qu’il sera présent au CMA 2024. 

Photo : Courtoisie

«J’ai hâte de rassembler cette communauté fière et de partager l’Acadie de la Nouvelle-Écosse avec d’autres», se réjouit le ministre des Affaires acadiennes et de la Francophonie de la Nouvelle-Écosse, Colton Leblanc.

Celui-ci, qui porte aussi le chapeau de coprésident du Conseil des ministres de la Francophonie canadienne, est impressionné par le nombre de visiteurs attendus.

En Nouvelle-Écosse, en 2021, 26 775 personnes avaient le français comme première langue officielle parlée, selon Statistique Canada. Le nombre de visiteurs au CMA, estimé à 30 000, est donc considérable pour les Acadiens et francophones de la province.

«À la fin du congrès, quand tout le monde retourne chez eux, ailleurs au Canada ou dans le monde, le sentiment du congrès va rester avec eux pour le reste de leur vie», espère le ministre.

— Le ministre Colton LeBlanc

Faire le point

Le CMA est aussi l’occasion de réfléchir à l’Acadie d’aujourd’hui, notamment au travers des états généraux préparés par la Société nationale de l’Acadie (SNA).

«Dans les derniers congrès, on appelait ça surtout des conférences académiques. Ce congrès-ci, c’est la première fois qu’on appelle ça des états généraux», explique Allister Surette.

Les derniers chiffres sur la langue française au Canada, basés sur le recensement de 2021, exposent un déclin du poids démographique des francophones. Cette question fera d’ailleurs partie des états généraux.

«On va parler aux académiques pour parler de structures de l’Acadie. Donc, non seulement le déclin de la langue française, mais tous les autres défis auxquels font face surtout les régions en situation minoritaire», indique le président du CMA.

À lire aussi : Sommet des femmes du Congrès mondial acadien : Les réalités multiples du féminisme en Acadie (La Voix acadienne

Selon Eric Forgues, directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, le CMA «donne une permission de vraiment afficher sa fierté identitaire».

Eric Forgues remarque que le mélange de festivités et de réflexion sur l’Acadie sème des tensions. 

Photo : Courtoisie

Mais c’est aussi une occasion de se projeter dans l’avenir. «Que peut-on faire en Atlantique, dans les provinces, pour participer à l’effort fait à l’échelle pancanadienne de renverser les tendances démographiques? Ça prend une bonne discussion et une bonne réflexion», indique le sociologue.

Faire la fête, aussi

Eric Forgues soulève qu’il existe un débat entre les participants du CMA : réfléchir à l’Acadie ou faire la fête? «Certains disent que c’est devenu une grande fête plus qu’un évènement politique, note-t-il. [Si c’était] surtout des moments de réflexion sur différents enjeux, je ne suis pas sûr que l’on arriverait à faire venir des gens de la Louisiane, du Maine ou d’Europe.»

Les différentes diasporas font d’ailleurs autant partie de la fête que de la réflexion.

«Dans un contexte où il y a eu la Déportation, on dirait qu’on a senti le besoin de se réunir, explique-t-il. C’est un petit peu comme pour refaire ou défaire l’histoire, pour essayer de retisser des liens qui ont été défaits par l’armée britannique, par la couronne britannique.»

Le chercheur se demande d’ailleurs comment les diasporas acadiennes de l’extérieur du Canada peuvent participer au projet de l’Acadie. «Une bonne partie de la diaspora a perdu le français, rappelle-t-il. Si on veut définir un projet pour l’Acadie qui inclut la diaspora, il faut déjà faire une discussion sur la langue de ce projet-là.»

À lire aussi : Le Congrès mondial acadien en débat (Le Courrier de la Nouvelle-Écosse)

Les legs du CMA

Présenter la culture et le patrimoine acadien du coin d’Argyle et de Clare est un objectif du CMA 2024, «mais aussi montrer qu’on est prêts pour le futur», ajoute Allister Surette.

Au fil des éditions, le CMA laisse des legs dans ses régions hôtes.

Ça peut être de l’infrastructure ou des services qui restent par après, explique le président. Par exemple, afficher avec des gros panneaux sur les routes que ce sont des régions acadiennes.

— Allister Surette

Ce genre de trace reste important pour les régions acadiennes qui sont géographiquement dispersées : «C’est pour surtout augmenter la visibilité des régions acadiennes de la province.»

Les legs peuvent aussi être institutionnels. «En 2004, se souvient le président, on a utilisé le Congrès mondial pour préparer avec le gouvernement la Loi sur les services en français [de la Nouvelle-Écosse].» Une loi qui, 20 ans plus tard, a besoin d’être modernisée, croit-il. 

Eric Forgues partage cette opinion : «Je ne sais pas du tout ce qui se discute, mais ça serait l’occasion de moderniser et peut-être la renforcer. […] Les gouvernements aiment ça faire des annonces positives vis-à-vis de la francophonie ou l’Acadie dans le contexte du CMA. Habituellement, il y a toujours une petite surprise.»

En me baladant sur le site du quotidien sportif français L’Équipe, je suis récemment tombé sur un texte long format qui en dit beaucoup sur notre société actuelle. Le titre de cette production: «Everest : la cascade de la mort».

Les environs du camp de base du mont Everest portent les lourdes traces du passage des alpinistes. 

Photo : Ananya Bilimale – Unsplash

Depuis que j’ai vu, il y a quelques années, l’excellent documentaire oscarisé Free Solo, qui retrace l’exploit du grimpeur américain Alex Honnold, tout ce qui a trait au milieu de l’aventure – et plus spécialement en montagne – attise ma curiosité.

Dans «Everest : la cascade de la mort», la journaliste de L’Équipe, Christine Thomas, s’intéresse au premier obstacle qui attend les alpinistes au départ du camp de base de l’ascension, situé à 5364 mètres d’altitude. La cascade de glace du Khumbu a la réputation d’être aussi majestueuse que dangereuse. 

Depuis la première ascension en 1953, 46 personnes y ont perdu la vie, dont 16 il y a dix ans, le 18 avril 2014. Si les photos des bouchons au sommet de la plus haute montagne du monde ont fait le tour de la planète, c’est bien ce passage de glace qui est le plus meurtrier.

En sous-texte, on comprend qu’outre le danger inhérent à la nature même de la montagne, ce sont les pratiques de certains «alpinistes» qui provoquent ces catastrophes.

J’ai été sidéré d’apprendre que des agences proposaient de gravir l’Everest avec une option tout confort : grandes tentes avec plancher en bois et moquette, médecin personnel, chef cuisinier, bouteilles d’oxygène illimitées… tout ça pour la modique somme de 300 000 $ US.

Et tout ça, surtout, au détriment des sherpas, qui doivent trimbaler tout ce surplus sur leur dos. Écœurant.

Dans ces conditions, quelle est la valeur du défi sportif? Je ne peux m’empêcher de penser que beaucoup s’offrent cette ascension pour impressionner, cocher une case dans leur liste de choses à faire. Parce que ça fait «bien». Sans l’aide de bouteilles d’oxygène, combien y parviendraient? Seuls les alpinistes les plus expérimentés. Et ce serait très bien comme ça.

Ne pas viser le sommet dès le départ

Avec l’émergence des réseaux sociaux, nous sommes constamment exposés aux exploits des autres. Il suffit de faire un tour sur Strava, le réseau social des sportifs, pour voir des personnes faire 400 kilomètres de vélo par-ci, 100 kilomètres de course à pied par-là, ou encore des treks d’une longueur extrême dans un cadre enchanteur.

Le tout enrobé d’un commentaire enthousiaste, soulignant à quel point cette épreuve physique a changé leur vie. Ce que je peux bien comprendre et le problème n’est pas là. Le problème, c’est la nécessité de se comparer sans cesse, de vouloir faire pareil, voire mieux, sans savoir si cela nous convient vraiment.

Et je parle en connaissance de cause. Moi aussi j’ai les yeux écarquillés face aux courses d’ultradistance mythiques comme l’Ultra-trail du Mont-Blanc, qui traverse l’Italie, la Suisse et la France, ou la Diagonale des fous à la Réunion. Moi aussi je rêve d’y prendre part un jour, alors que mon corps ne me le permet pas aujourd’hui.

Et c’est justement là où il faut savoir rester mesurés. Peut-être que nous n’arriverons pas à atteindre ces rêves. Pour des raisons physiques, mentales ou encore d’investissement. Cela ne veut pas dire pour autant que nous ne sommes pas à la hauteur.

La valeur d’un accomplissement ne dépend pas de la hauteur du défi; elle dépend de la hauteur à laquelle nous partons.

Je suis un grand auditeur de balados sur la course à pied. Combien de fois ai-je entendu des néophytes se lancer dans cette pratique en doutant de leurs capacités à boucler ne serait-ce qu’une épreuve de 10 kilomètres? Et combien de fois les ai-je entendus décrire leur profonde émotion une fois la ligne d’arrivée franchie?

Les salles d’entrainement sont souvent plus tranquilles en février. 

Photo : Mike Cox – Unsplash

Parfois, ce petit pas avant leur permet d’en faire un plus grand par la suite. Faire un trop grand pas tout de suite, c’est courir le risque de se bruler et d’abandonner. 

Je pense aussi à ces résolutions de la nouvelle année, parfois démesurées. Sans doute poussés par une semaine des Fêtes excessivement caloriques, certains l’affirment haut et fort : «Cette année je m’inscris au gym!»

L’intention est louable et doit être encouragée, mais la mode du gym (ou du yoga, ou du trail…) est-elle la bonne pour nous? À en juger par les taux de fréquentation des gyms en forte diminution après le mois de février, certainement pas pour tous.

Surtout, il ne faut pas oublier que pour réussir n’importe quel défi, il faut se préparer sérieusement. «L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage», disait l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson.

Le voyage, ici, c’est des mois d’entrainement, de découverte de soi par le sport. Avant de foncer tête baissée vers le sommet de l’Everest, certains feraient mieux de se le rappeler.

Vagues autour de la francophonie

Le commissaire aux langues officielles déplore les enjeux linguistiques dans la fonction publique.

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Les grandes lignes du rapport annuel du Commissaire aux langues officielles, déposé le 7 mai, annoncent le nouveau régime linguistique que devra mettre en œuvre le gouvernement dans son action.

Certaines institutions fédérales «ne semblent ni adhérer à la vision d’une fonction publique bilingue ni appuyer la création de milieux de travail dans lesquels les fonctionnaires se sentent habilités à travailler dans la langue officielle de leur choix», déplore dans le rapport le commissaire, Raymond Théberge.

Il rappelle cependant que la loi et le commissariat sont en période de transition en raison de l’adoption de la nouvelle Loi sur les langues officielles. Le document liste les nouveaux pouvoirs que détient le commissaire pour régler ce genre de problème. 

Mais comme souligné dans le rapport et par la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) le même jour, la mise en œuvre de cette loi se fait toujours attendre.

À lire : La fonction publique réticente au bilinguisme, selon le rapport du commissaire

«Vous êtes pleins de marde» et «vous avez des propos qui sont pas mal extrémistes», a lancé le député libéral franco-ontarien Francis Drouin à deux témoins lors d’une réunion du Comité permanent des langues officielles lundi.

Francis Drouin s’est attiré le feu des projecteurs toute la semaine après avoir insulté des témoins.

Photo : Marianne Dépelteau - Francopresse

Les deux témoins, Frédéric Lacroix et Nicolas Bourdon, expliquaient que la fréquentation d’un établissement postsecondaire en anglais au Québec augmente la probabilité de mener sa vie en anglais par la suite.

Francis Drouin a rapidement retiré ses propos et expliqué que les études citées par les témoins ne font pas l’unanimité. «Si les deux témoins se sentent vexés, bien sûr, je m’excuse», a-t-il dit aux journalistes le 8 mai.

Pendant quatre jours, ses collègues libéraux l’ont défendu en chambre face au Bloc québécois et aux conservateurs, qui demandent le retrait de Francis Drouin de la présidence de la section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

Plusieurs motions demandant l’exclusion du député Drouin ont été déposées lors d’une réunion du même comité le 9 mai. La réunion a été suspendue avant la fin des discussions et le vote sur celles-ci. Les résultats des motions déposées sont inconnus pour le moment. Les témoins prévus à l’ordre du jour n’ont pas pu témoigner.

La question de la francophonie en situation minoritaire s’est invitée dans la réunion du Comité permanent du patrimoine canadien le 7 mai. Des discussions sur l’avenir de CBC/Radio-Canada ont mené des députés à questionner la présidente et PDG de la société d’État, Catherine Tait, sur le sort de Radio-Canada si CBC subissait des coupures.

Sans vouloir trop s’avancer sur un cas hypothétique, elle a tout de même expliqué que sans CBC, «ça va être très difficile, presque impossible» de conserver la force de Radio-Canada à l’extérieur du Québec.

«Si on coupe, ça va être un désastre pour les médias francophones à l’extérieur du Québec, ça c’est sûr, mais aussi pour la CBC», a-t-elle averti.

Bien que le chef conservateur Pierre Poilievre répète qu’il ne coupera pas le financement de Radio-Canada, mais seulement celui de CBC, une députée de son parti a refusé de répondre aux questions des journalistes sur le sujet.

Rachael Thomas sortait de la réunion du 7 mai quand des journalistes lui ont demandé si elle pensait que Radio-Canada devrait rester en activité (traduction libre). Après quelques secondes de silence, elle a finalement dit : «Je suis avec mon chef».

Répondant au reportage de La Presse portant sur un possible rapprochement entre CBC et Radio-Canada, Catherine Tait a assuré devant le comité que le contenu ne serait pas affecté. «C’est d’harmoniser les services, technologies, plateformes. Ce genre de solution.» 

Ingérence étrangère et plus de monde dans les bureaux fédéraux

La juge Marie-Josée Hogue, qui préside l’Enquête publique sur l’ingérence étrangère dans les processus électoraux et les institutions démocratiques fédéraux, a déposé son rapport initial le 3 mai dernier. 

«Que les résultats électoraux soient affectés ou non, il demeure que l’ingérence étrangère est répandue, insidieuse et nuisible aux institutions démocratiques du Canada», dit la juge Marie-Josée Hogue dans son rapport. 

Photo : Capture d’écran

«Des actes d’ingérence étrangère ont été commis lors des deux dernières élections générales fédérales, mais ils n’ont pas porté atteinte à l’intégrité elle-même de notre système électoral, dont la solidité n’a pas été ébranlée», a-t-elle statué en conférence de presse.

«L’ingérence étrangère qui a eu lieu n’a pas eu d’impact non plus sur l’identité du parti qui a formé le gouvernement lors des deux dernières élections.» Le Parti libéral de Justin Trudeau aurait donc remporté les élections de 2019 et de 2021, avec ou sans ingérence.

Il n’y aurait pas eu d’impact sur l’enregistrement et le comptage des votes.

Il est toutefois possible, note la présidente, que l’ingérence sous forme de propagation de désinformation ait mené à l’élection d’un candidat plutôt qu’un autre dans un petit nombre de circonscriptions. Dans son rapport, elle cite notamment Don Valley-Nord et Steveston-Richmond-Est.

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Trois jours après le dépôt du rapport préliminaire de la juge Marie-Josée Hogue, le ministre des Institutions démocratiques, Dominic LeBlanc, a déposé le projet de loi C-70.

Le ministre Dominic LeBlanc a déposé un projet de loi pour contrer l’ingérence étrangère. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

«La Loi concernant la lutte contre l’ingérence étrangère va moderniser notre boite à outils pour protéger nos citoyens et notre démocratie tout en défendant les valeurs et les principes canadiens», a expliqué le ministre de la Sécurité publique, des Institutions démocratiques et des Affaires intergouvernementales.

Cette loi, si elle est adoptée, permettrait la création d’un registre des agents d’influence étrangers et accorderait de nouveaux pouvoirs au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). 

Un commissaire indépendant serait responsable de ce registre et se verrait octroyer des pouvoirs d’enquête similaires à ceux d’un tribunal.

Anita Anand rappelle que les gestionnaires travailleront au bureau quatre jours par semaine, contre trois pour les fonctionnaires. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Le gouvernement a demandé aux fonctionnaires de travailler à partir de leur bureau trois jours par semaine; ils peuvent présentement être présents seulement deux jours par semaine. 

Les syndicats de la fonction publique se sont ralliés derrière l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) pour s’opposer à cette décision et demander au Conseil du Trésor de revenir à deux jours. 

«Je trouve que c’est une décision appropriée», a dit Steven MacKinnon sur le retour des fonctionnaires en présentiel trois jours par semaine. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

«L’enjeu hybride dans notre service public n’est pas matière de négociation avec les syndicats. Ce n’est pas dans les ententes avec les syndicats. C’est une décision avec le service public, les départements et greffiers», a dit la présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand, devant les journalistes le 8 mai.

«Si [les syndicats] parlent à leurs membres, ils vont voir que oui, c’est certain qu’il y en a qui sont moins à l’aise avec la décision, mais il y en a beaucoup qui le sont», a ajouté par la suite Steve McKinnon, leadeur du gouvernement à la Chambre des communes.

Francis Drouin a reconnu s’être «laissé emporter» le 6 mai. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

L’affaire trouve son origine deux jours auparavant, le 6 mai, quand le député libéral de la circonscription ontarienne de Glengarry-Prescott-Russell, Francis Drouin, a tenu des propos controversés lors d’une réunion du Comité permanent des langues officielles.

Il a notamment traité des témoins d’«extrémistes» et de «plein de marde» après leur présentation durant laquelle ils ont avancé que les établissements d’enseignement postsecondaire anglophones du Québec contribuent à l’anglicisation de la province.

Le député a rapidement retiré ses propos et, le lendemain, s’est dit désolé s’il a pu vexer les témoins. Mais ces excuses n’ont pas satisfait le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui a demandé la démission de M. Drouin comme président de la section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (CAPF).

«Pour ne pas encore passer pour des sordides barbares et passer à autre chose, est-ce que le premier ministre peut demander la démission du député de l’Assemblée […] et s’excuser à tous nos partenaires de la francophonie?», a-t-il demandé lors de la période de questions du 8 mai en Chambre des communes.

Échange d’accusations

En réponse, Justin Trudeau s’est porté à la défense de son collègue libéral et a accusé le Bloc québécois de ne «jamais défendre les francophones hors Québec».

«La responsabilité du gouvernement fédéral libéral, c’est de défendre les langues officielles à travers le pays, c’est de défendre le français au Québec, mais aussi de défendre le fait français partout au Canada», a insisté le premier ministre. 

Selon Justin Trudeau, le Bloc québécois «s’attaque aux communautés linguistiques minoritaires à travers le pays». 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

«On restera là pour défendre les minorités linguistiques à travers le pays, mais ça ne devrait pas surprendre personne que, le plus récent cheval de bataille du Bloc québécois, c’est de s’attaquer à un Franco-Ontarien. Ils savent très bien qu’ils n’aiment pas les francophones qui parlent français hors Québec.»

Le chef bloquiste est revenu à la charge quelques minutes plus tard. «Qu’est-ce qui n’est pas de la chicane pour le premier ministre? Promouvoir la petite colère scato de son député et ami?»

Justin Trudeau a rappelé les excuses émises par Francis Drouin et a réitéré que «le Bloc s’attaque à un député franco-ontarien, s’attaque aux communautés linguistiques minoritaires à travers le pays». 

À cela, Yves-François Blanchet a accusé son adversaire de chercher à diviser les francophones du Québec et les francophones hors Québec. Il a aussi rappelé avoir tenté de parler de ces derniers lors du débat des chefs en anglais de la dernière campagne électorale fédérale, mais que sa demande avait été refusée.

Le chef conservateur, Pierre Poilievre, a aussi voulu s’immiscer dans cette affaire. Comme Yves-François Blanchet, il a demandé la démission de Francis Drouin comme président de la CAPF. Il l’a aussi accusé d’avoir «utilisé un langage ordurier».

Rappelons qu’il y a à peine une semaine, Pierre Poilievre a lui-même été expulsé de la Chambre des communes pour avoir emprunté un mot jugé non parlementaire par le président de la Chambre.

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À la fin de la période de questions du 8 mai, le député conservateur Joël Godin a demandé au président de la Chambre d’exiger des excuses officielles en Chambre de la part de Francis Drouin ainsi que de condamner ses paroles tenues en comité.

«La présidence peut intervenir quand les députés utilisent des mots non parlementaires sur le parquet de la Chambre des communes. On va attendre le rapport du comité», a répondu le président de la Chambre, Greg Fergus.

Martin Champoux est porte-parole du Bloc québécois en matière de patrimoine canadien.

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Thématique de la semaine

Les tensions entre libéraux et bloquistes ne se sont pas manifestées seulement lors de la réunion du Comité des langues officielles du 6 mai et des échanges à la Chambre des communes le 8 mai.

Le 7 mai, le député libéral franco-ontarien Marc Serré a lancé une flèche au député bloquiste Martin Champoux lors de la réunion du Comité permanent du patrimoine canadien.

«J’aimerais ça Martin, plus tard, que tu parles un peu de l’importance de la francophonie hors Québec», a dit Marc Serré lors d’un échange sur l’avenir de Radio-Canada/CBC. 

Le député bloquiste a répondu : «Je voudrais rassurer mon collègue. Le Bloc québécois est assez virulent sur cette question-là. Quand on protège Radio-Canada […], ce sont les Québécois qu’on protège, mais ce sont aussi, par défaut et par rebond, tous les francophones au Canada qui profitent et apprécient eux aussi avoir un diffuseur public en santé et de qualité.»

Le Jour de la Terre est le 22 avril.

«On parle beaucoup d’écoanxiété […] Les gens ont l’impression de ne plus avoir de prise sur rien dans leur vie. Avec ces projets, on peut leur redonner du pouvoir», considère Andrew Smith, résident de Summerside, la seconde agglomération de l’Île-du-Prince-Édouard.

«Cette énergie renouvelable et locale permet aux citoyens de se réapproprier leurs sources de production d’électricité. Ils savent d’où elle vient, c’est concret», estime Greg Gaudet, directeur des services municipaux de la Ville de Summerside. 

Photo : Marine Ernoult – Francopresse

«Personnellement, j’ai rendu mon énervement positif et cela me permet de faire quelque chose, même si ce n’est qu’une minigoutte d’eau», ajoute le militant de longue date des énergies renouvelables.

Panneaux photovoltaïques sur le toit, voiture électrique, borne de recharge ultrarapide, le quinquagénaire a fait de son logement un modèle de maison écologique.

Au-delà de la production d’énergie, Andrew Smith s’intéresse aussi à sa consommation : «Je n’ai pas attendu que le mot sobriété s’impose dans le débat pour faire des écogestes en baissant le chauffage, en installant des pompes à chaleur ou en limitant mes déplacements en voiture.» 

Les efforts de l’insulaire ne sont pas dus au hasard. Il habite dans une ville qui s’est positionnée ces dernières années comme l’un des champions canadiens des énergies renouvelables.

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«Assurer notre souveraineté énergétique»

Depuis le début des années 2000, Summerside, qui possède son propre service public d’électricité, a repris en main son destin énergétique.

En 2005, le conseil municipal a adopté un premier plan stratégique avec l’ambition de produire une électricité entièrement verte grâce au solaire et à l’éolien.

«Nous n’avons ni gisements de combustibles fossiles ni nucléaire, mais nous avons du soleil et surtout du vent à revendre», relève Greg Gaudet, directeur des services municipaux de Summerside. 

«Notre dépendance énergétique à l’égard des autres provinces préoccupe depuis longtemps nos élus. Ça les a incités à prendre de manière décidée le virage des énergies renouvelables pour assurer notre souveraineté énergétique», poursuit-il.

Au milieu des champs, l’ingénieur conduit sa voiture au pied de quatre éoliennes de plus de 100 mètres de haut, construites en 2009. Leurs pales rugissantes produisent 12 mégawatts, plus du tiers de l’énergie nécessaire à la collectivité.

Dans le centre-ville, un autre parc solaire de 336 kilowatts a été installé en 2017, également avec un système de batteries.

Surtout, la municipalité a inauguré en décembre dernier une nouvelle centrale photovoltaïque de 30 hectares.

Au détour d’un quartier résidentiel, à l’arrière de champs de terre rouge, plus de 48 000 panneaux photovoltaïques s’étendent en rangs serrés sur un terrain à l’ouest de Summerside. 

Le parc solaire Sunbank, d’une puissance installée de 21 mégawatts, est capable de fournir environ 25 % de l’électricité nécessaire aux quelque 15 000 habitants de la ville. 

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Affronter l'écoanxiété

Découvrez comment des gens transforment leur inquiétude en actions positives.

Le système de batteries lithium-ion permet de stocker le surplus d’énergie produit le jour par les panneaux solaires en vue de le distribuer quand les habitants en ont le plus besoin, en particulier durant la nuit. 

Photo : Marine Ernoult – Francopresse

Énergie renouvelable et locale…

Greg Gaudet et son équipe d’ingénieurs ont couplé les panneaux avec un système de batteries lithium-ion qui permet de stocker le surplus d’énergie produit le jour en vue de le distribuer quand les habitants en ont le plus besoin.

Ces batteries peuvent stocker 10 mégawattheures, ce qui équivaut, en moyenne, à l’électricité consommée quotidiennement par 1700 foyers.

«C’est le premier parc solaire de cette ampleur au Canada atlantique et il nous rapproche de notre objectif d’être carboneutre et autonome en énergie d’ici cinq à dix ans», se félicite Greg Gaudet.

Greg Gaudet fait notamment visiter le parc solaire Sunbank à des élèves de Summerside. 

Photo : Marine Ernoult – Francopresse

Summerside doit encore acheter 30 % de son électricité aux provinces voisines de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick.

«Cette énergie renouvelable et locale permet aux citoyens de se réapproprier leurs sources de production d’électricité. Ils savent d’où elle vient, c’est concret, estime Greg Gaudet. Ça les responsabilise. Ils sont comme associés à une transition énergétique à petite échelle.» 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : un Canadien émet en moyenne 17,7 tonnes de gaz à effet de serre par an (dernières données disponibles de 2020), contre 2,7 tonnes pour un habitant de Summerside, selon le dernier rapport de la ville sur l’inventaire des émissions de gaz à effet de serre.

«C’est un formidable levier d’accélération de la transition pour faire face au réchauffement climatique», salue le résident Andrew Smith. 

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… à un cout abordable

La municipalité ne se contente pas de réduire son empreinte carbone, elle s’attèle également à mettre en œuvre une transition énergétique socialement juste.

En 2012, Summerside a lancé le programme Heat for Less Now. Un réseau d’appareils intelligents, installés chez des résidents, peut stocker l’énergie excédentaire dans les maisons sous forme de chaleur plutôt que d’électricité. 

«Ce système permet d’injecter à distance nos surplus d’énergie solaire ou éolienne et ainsi de lutter contre l’intermittence des énergies renouvelables», explique Greg Gaudet.

Les 400 foyers qui participent aujourd’hui au programme bénéficient de tarifs considérablement réduits.

Les éoliennes produisent plus du tiers de l’énergie nécessaire à la collectivité de Summerside. 

Photo : Marine Ernoult – Francopresse

Après les «débuts compliqués» de l’éolien et du solaire, Greg Gaudet assure que la population soutient le mouvement vert lancé par les autorités municipales. 

«Les gens ne comprenaient pas pourquoi leur facture ne baissait pas. Ils pensaient que le vent et le solaire leur donneraient de la lumière gratuite», se souvient le responsable.

«Mais grâce à nos efforts de sensibilisation et d’explication, notamment auprès des plus jeunes, les mentalités sont en train d’évoluer», rassure-t-il. 

Les services municipaux organisent notamment des parcours éducatifs avec les élèves des écoles autour des éoliennes et des parcs solaires.

L’exercice démocratique de réappropriation des enjeux énergétiques que mène Summerside est d’autant plus important dans un contexte de crise environnementale. 

«Des initiatives comme celles-là sont des amortisseurs de crise. Les habitants et les élus locaux contribuent à des circuits courts de l’énergie et prennent davantage leurs responsabilités», affirme Melissa Myers, une résidente de Summerside. 

À cet égard, l’insulaire aimerait que le modèle de Summerside inspire des villes aux quatre coins du pays. Quant à la municipalité, elle étudie la possibilité de recourir à l’hydrogène pour atteindre une totale indépendance énergétique. 

Les institutions fédérales faisant l’objet de plaintes «ne semblent ni adhérer à la vision d’une fonction publique bilingue ni appuyer la création de milieux de travail dans lesquels les fonctionnaires se sentent habilités à travailler dans la langue officielle de leur choix», déplore le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, dans le rapport.

Selon lui, ces plaintes au fil des ans «attestent que plusieurs institutions fédérales ne prennent pas leurs obligations linguistiques au sérieux».

«Cette problématique suggère que les institutions récalcitrantes n’acceptent pas la prémisse qu’elles doivent servir les membres des deux communautés linguistiques dans la langue officielle de leur choix», écrit le commissaire dans son rapport.

En conférence de presse, ce dernier n’a toutefois pas été aussi catégorique : «Je ne dirai pas que certains rejettent la vision d’une fonction publique bilingue. Je dirai qu’il y a plusieurs défis à remonter si on veut [y] arriver.»

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François Larocque estime que la règlementation de la Partie VII de la loi, qui parle des obligations des institutions fédérales, est pressante. 

Photo : Valérie Charbonneau

Viser les hauts dirigeants

«C’est un problème qui a été suivi par plusieurs commissaires au fil des années», raconte François Larocque, professeur de droit à l’Université d’Ottawa.

Titulaire de la Chaire de recherche en droits et enjeux linguistiques, celui-ci fait la différence entre la théorique et la pratique. «En théorie, dit-il, puisque la [Loi sur les langues officielles] est quasi-constitutionnelle, elle devrait colorer la mise en œuvre de toutes les autres lois fédérales. Elle devrait aussi colorer les méthodes, procédures et démarches internes dans tous les ministères et institutions fédérales.»

Mais en pratique, cette loi doit être respectée par les acteurs pour qu’elle soit efficace.

Ce sont, au final, les individus qui prennent les décisions au jour le jour.

— François Larocque

Selon François Larocque, les gens «d’en haut», comme les bureaux du premier ministre et du Conseil du trésor, peuvent encourager les bonnes pratiques. «Si les dirigeants et les cadres adhèrent et respectent le principe, alors c’est clair que les équipes et les fonctionnaires la mettront en œuvre.»

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«Ça commence, selon moi, avec le leadeurship des hauts fonctionnaires», a reconnu Raymond Théberge  en conférence de presse.

«Ce qui est important, c’est d’avoir la capacité de fonctionner dans les deux langues officielles et, ce qu’on constate présentement, c’est que l’on a des gens qui ne sont pas en mesure [de le faire].»

Le commissaire a rappelé que les comités parlementaires se penchent sur la question du bilinguisme requis pour les postes de direction. De son côté, il dit rencontrer régulièrement de hauts dirigeants et s’adresser à l’ensemble de la fonction publique.

«C’est avec un sentiment mitigé que je contemple l’année 2023-2024», dit le commissaire dans son rapport. 

Photo : Courtoisie

La mise en œuvre de la loi se fait attendre

La modernisation de la Loi sur les langues officielles engendre, comme le note Raymond Théberge dans son rapport, «un nouveau régime linguistique», dans lequel le commissaire a de nouveaux pouvoirs afin de la faire respecter.

Par exemple, à l’endroit des institutions fédérales, il peut rendre des ordonnances pour les enjoindre à corriger un manquement à la loi. Il peut aussi conclure des accords de conformité avec elles pour déterminer comme un manquement sera corrigé.

«Ces nouveaux pouvoirs entrainent nécessairement d’importants changements dans nos activités et nécessiteront des ressources additionnelles», reconnait le commissaire dans son rapport.

Mais ce qu’il faut aussi, c’est de mettre en œuvre la loi, modernisée il y a presque un an.

Le commissaire attend des décrets afin d’appliquer ses nouveaux pouvoirs, un délai d’attente qui pourrait être long selon lui, et les institutions fédérales attendent des instructions de la part du gouvernement.

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La présidente de la FCFA rappelle l’importance de mettre en œuvre la Loi sur les langues officielles. 

Photo : Courtoisie FCFA

«On voit très bien que les institutions fédérales attendent qu’on leur dise les règles du jeu pour mettre en application la nouvelle Loi sur les langues officielles», confirme la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Liane Roy, dans un communiqué en réaction au rapport du commissaire.

«Nos communautés viennent de passer six ans à pousser la modernisation de la [Loi] dans un contexte d’urgence face au déclin du français, ajoute-t-elle. On n’a pas dépensé toute cette énergie pour ensuite devoir attendre encore des années avant que les institutions fédérales reçoivent leurs instructions.»

Plus de pouvoir, moins de transparence?

Avec de nouveaux pouvoirs viennent de nouvelles responsabilités. Le commissaire dit dans son rapport avoir «opté pour la médiation» comme approche pour régler des problèmes de respect de la loi.

François Larocque espère que des «paramètres de transparence» accompagneront cette médiation.

S’il fait de la médiation, dit-il, mais que ce n’est pas publié par la suite ou que les ententes ne sont pas connues, ça va à l’encontre de la transparence qui semble être souhaitée.

— François Larocque

Questionné sur le sujet en conférence de presse, le commissaire n’a pas partagé ces inquiétudes : «L’objectif d’une médiation est de trouver une solution à une situation. Ça peut être quelque chose de très simple, comme changer les pancartes d’un édifice. L’idée est de résoudre le problème, ce n’est pas une question de négocier quoi que ce soit.»

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Baisse des plaintes

Sauf en ce qui concerne la langue de travail, une baisse des plaintes a été enregistrée pour l’année 2023-2024.

En conférence de presse, le commissaire a expliqué que la nomination d’une gouverneure générale ne parlant pas le français et l’unilinguisme (anglais) du PDG d’Air Canada ont suscité une hausse dans ces chiffres en 2021-2022. D’après lui, en 2023, il n’y a pas eu d’évènement médiatique susceptible de provoquer une vague de plaintes.

Cette année, la majorité des plaintes jugées recevables provenaient de l’Ontario et du Québec. Si plusieurs explications sont possibles, François Larocque émet une hypothèse en particulier.

«Les problèmes de respect de la loi, on les constate partout au Canada, rapporte-t-il. Est-ce que les gens dans d’autres coins du pays ne sont pas conscients du mécanisme qui existe ou n’ont pas confiance que ça va aboutir? Je ne sais pas.»