C’est en effet ce qui ressortait du Baromètre de la confiance de la firme Edelman, édition 2026, dévoilé le 20 janvier : 70 % des répondants (33 000 personnes interrogées dans 28 pays) se disaient hésitants ou non désireux de faire confiance à quelqu’un qui diffère d’eux en termes de valeurs, de sources d’information ou de vision du monde.
Ce n’est toutefois pas un phénomène qui a surgi du jour au lendemain. Dès 2005, l’un des constats du Baromètre était qu’on observait un glissement de la confiance «des autorités vers les pairs». C’était avant la montée des réseaux sociaux. En 2006, l’un des constats était aussi : «Une personne comme moi est le porte-parole le plus crédible».
Mais ce qu’il y a de nouveau, c’est la profondeur qu’atteint aujourd’hui cette polarisation entre des personnes d’opinions différentes. Ou, pour le dire autrement, le scepticisme à l’égard de quiconque «croit à des faits différents ou suit des sources différentes». Et ce, dans une époque où les médias traditionnels reculent, eux qui ont longtemps constitué un socle commun pour des groupes sociaux de différentes allégeances.
Une autre enquête annuelle le révélait en juin dernier : dans le Digital News Report de l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme, on pouvait lire que dans les 48 pays étudiés, 40 % des gens évitaient «parfois ou souvent» les nouvelles et que les autres étaient de plus en plus nombreux à s’alimenter aux réseaux sociaux, spécialement la vidéo. Et spécialement par l’intermédiaire de créateurs de contenus visant des publics spécialisés. Un phénomène qui, par définition, nourrit «l’insularité», ou repli sur soi, dont parle le Baromètre Edelman.
Quant aux moins de 35 ans, notait Reuters, ils sont plus nombreux que les autres à vérifier l’information par l’intermédiaire des commentaires sur leurs réseaux sociaux — ce qui accroit l’insularité, le fil du réseau social étant taillé sur mesure pour plaire à son usager.
Il existe des pistes de solution pour jeter des passerelles entre ces «îles». La professeure en politiques publiques Renée Di Resta, qui étudie la désinformation à l’Université Georgetown, mentionne l’espoir de voir émerger un «courtage» d’influenceurs — non seulement ceux qui sont crédibles dans leur propre communauté, mais ceux qui pourraient parler à plus d’une communauté. Mais ça ne suffira pas… en partie parce que les influenceurs sont, en moyenne, à la fois ceux en qui les usagers ont le plus et le moins confiance.
«Si nous voulons rétablir une réalité partagée, écrit Di Resta, les incitatifs de l’écosystème de la communication vont devoir changer. Aussi longtemps que les plateformes et la politique récompenseront l’insulte plutôt que l’exactitude et l’identité plutôt que la preuve, l’insularité ne va pas disparaitre. Elle va seulement s’aggraver.»
Le 13 février, le Comité sénatorial permanent des langues officielles a dévoilé le rapport «Faire tomber les barrières linguistiques en santé».
Fruit de 18 mois d’audiences, le document souligne que les francophones de l’extérieur du Québec – comme les anglophones au Québec – font face à un manque de services, de personnel bilingue et de mécanismes systématiques pour garantir l’offre active de soins dans leur langue.
Ces obstacles touchent encore plus fortement certaines populations vulnérables, comme les ainés, les nouveaux arrivants, les communautés racisées et les personnes ayant des besoins en santé mentale.
Entre 2023 et 2024, les sénateurs et sénatrices ont recueilli 121 témoignages portant sur les obstacles rencontrés par les communautés de langue officielle en situation minoritaire pour obtenir des services de santé.
Pour remédier à ces inégalités, le Comité formule 14 recommandations. La plus structurante propose de revoir la Loi canadienne sur la santé afin d’y intégrer des obligations linguistiques liées aux transferts fédéraux en santé.
Le rapport appelle aussi à définir clairement des clauses linguistiques dans les ententes fédérales-provinciales, à renforcer le financement des organismes communautaires et des établissements postsecondaires formant du personnel bilingue, et à accélérer la collecte de données linguistiques pour mieux planifier les services.
Le directeur général de la Société Santé en français (SSF), Antoine Désilets, souligne un «bon rapport», qui reflète la réalité du terrain. «J’ai l’impression que le Comité a bien compris les messages qui leur ont été envoyés par les nombreuses personnes et organismes qu’ils ont reçus.»
Le directeur général de la Société Santé en français (SSF), Antoine Désilets.
Certaines recommandations vont même plus loin que ce à quoi il s’attendait, comme celle d’ajouter une lentille linguistique à la Loi canadienne sur la santé. «Si elle est mise en œuvre, ça aura un impact immense sur le financement disponible au niveau de la santé en français.»
Il met aussi en avant la recommandation du Sénat liée à la reconnaissance des titres de compétences étrangers.
Le rapport invite la ministre de l’Emploi et des Familles, celle de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté ainsi que le ministre responsable des Langues officielles à unir leurs efforts afin que cette reconnaissance tienne compte des besoins en personnel bilingue en santé dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire.
Dans le cadre de la prochaine stratégie pangouvernementale en matière de langues officielles, le Comité demande au gouvernement de créer une passerelle accélérée pour les travailleuses et travailleurs de la santé francophones et bilingues.
Les immigrants francophones ont d’énormes défis à faire reconnaitre leurs compétences […] parce qu’il faut souvent pouvoir démontrer qu’on est capable d’offrir des services en anglais.
«Ce sont des gens qui ont de la difficulté à atteindre le bon niveau d’anglais ou le niveau requis, mais qui ne sont pas capables d’aller contribuer leur force au système de santé actuel parce qu’on ne reconnait pas leur diplôme […] Sans la reconnaissance des types de compétences, on augmente le besoin, sans augmenter l’offre.»
Pour connaitre les besoins et les combler, la collecte de données reste également primordiale, estime-t-il.
Il cite l’Île-du-Prince-Édouard, qui a introduit une carte d’assurance-maladie bilingue, où figure la langue de service préférée par la personne. «C’est super parce que ça nous donne un portrait juste de qui a besoin de ces services.»
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Pour la présidente de la Fédération des aînées et aînés francophones du Canada (FAAFC), Joanne Dumas, ce rapport «nécessaire» du Sénat rejoint les inquiétudes de son organisme : «Il n’y a aucun doute, on parle tous le même langage.»
«Il faut faire un investissement dans toutes les provinces. Ça ne peut pas continuer comme ça […] Il faut vraiment envoyer le message que les barrières linguistiques en santé, ce n’est pas seulement un obstacle administratif : ça compromet la sécurité des soins de tout le monde.»
Elle salue aussi la recommandation du Comité d’inclure des clauses linguistiques dans certaines ententes bilatérales entre le gouvernement fédéral et les provinces et territoires.
«C’est aussi important qu’il y ait du financement additionnel qui soit donné aux regroupements communautaires. On ne doit pas attendre d’être malade pour commencer à recevoir des services. On doit commencer ça avant.»
Joanne Dumas met de l’avant des initiatives comme Bien vieillir chez soi, piloté par la FAAFC, qui soutiennent les personnes ainées vulnérables. Selon elle, ces programmes coutent moins cher à l’État que de «trouver des espaces physiques pour installer ces gens-là».
La FAAFC espère que le gouvernement maintiendra ce programme, qui doit prendre fin le 31 mars 2026.
En Colombie-Britannique, d’ici 10 ans, on aura un manque d’environ 16 à 17 000 lits pour des ainés qui vont se retrouver dans des besoins de santé sérieux.
La présidente de la Fédération des aîné.e.s francophones du Canada (FAAFC), Joanne Dumas.
À ses yeux, la prévoyance joue un rôle clé pour mieux desservir les ainés et leur fournir l’équipement nécessaire afin qu’ils puissent mener «une vie sereine chez eux, au milieu de leur communauté».
La présence de personnel bilingue reste un des défis majeurs. «Quand on embauche du personnel, que ce soit en Saskatchewan ou Territoires du Nord-Ouest, on doit s’assurer qu’il y a toujours un petit nombre d’employés qui soit capable de desservir la communauté francophone dans la langue française», ajoute-t-elle.
La responsable rappelle qu’en vieillissant, les personnes âgées francophones ne veulent parfois plus parler leur deuxième langue. «Elles veulent parler de leur langue d’origine.» D’où l’importance de pouvoir être soigné en français.
Elle souligne aussi que la communauté francophone, par exemple en Colombie-Britannique, où elle réside, est vieillissante : «49 % des francophones de la province ont plus de 50 ans. C’est beaucoup.»
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Selon Statistique Canada, parmi les travailleurs et travailleuses de la santé au Canada hors Québec : 10,6 % connaissent le français, mais seulement 3,8 % l’utilisent régulièrement au travail.
«Tant qu’il y a un écart entre le nombre de gens qui ont la langue et le nombre de gens qui l’utilisent, on a un potentiel sous-utilisé dans les systèmes actuels», commente Antoine Désilets.
«On a des études dans le nord de l’Ontario qui nous démontrent que pour un francophone, trouver un médecin qui parle sa langue, ça peut être de 9 à 10 fois plus difficile que pour une personne anglophone.»
«C’est un rapport qui met beaucoup d’eau au moulin, résume Antoine Désilets. Il permet aussi de reconnaitre de façon officielle et parlementaire le rôle de la langue dans la qualité des soins et des services de santé.»
Le responsable évoque aussi «une reconnaissance» : «C’est un rapport qui va être dans les archives du Parlement canadien à tout jamais.» Et qui va permettre, selon lui, de porter les demandes de la SSF et des réseaux à un autre niveau, «en disant qu’on reconnait qu’il y a un réel enjeu linguistique».
«Cela va nous aider à être beaucoup plus crédibles en général auprès d’acteurs qui peut-être ne pensent pas aux langues officielles dans la prestation des services.»
Pour lui, ce document ne s’adresse pas seulement au gouvernement, mais aussi à la communauté francophone elle-même. Il montre que la santé dépasse la simple question des services médicaux : elle touche au bienêtre global des personnes et mobilise de nombreux organismes.
Dans un rapport publié en février, l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (Adisq) et l’Alliance nationale de l’industrie musicale (ANIM) analysent la consommation et les dynamiques d’écoute de la musique francophone sur les plateformes de diffusion en continu au Canada.
Les données sont sans appel : les pistes francophones ne captent qu’environ 8 % de l’écoute au Québec. À l’échelle du Canada, cette part chute sous la barre de 1 %.
Des chiffres qui ne surprennent pas la directrice générale de l’ANIM, Clotilde Heibing : «On le savait déjà, on n’est pas du tout en position favorable sur ce mode de consommation», dit-elle en entrevue avec Francopresse.
Clotilde Heibing est la directrice générale de l’ANIM.
Néanmoins, la francophonie se doit de rester visible sur la map numérique, devenue incontournable. Au Québec, 65,5 % de la population utilise les plateformes d’écoute en ligne, un chiffre qui grimpe à 71,7 % chez les 15-29 ans.
«On y est pour des raisons de découvrabilité, de présence de contenu. On est un petit marché. Quand tu fais 10 000, 50 000 vues, ça va avoir un effet sur la vente de billets, sur ta capacité à passer en radio, sur les ventes de merchandising qui sont aussi importantes pour les artistes.»
Autre fait marquant : des pics d’écoute de musique francophone ont été observés à certaines périodes de l’année au pays, notamment lors de la Saint-Jean et des Fêtes de fin d’année.
«Ces pics montrent l’impact social et communautaire de la musique francophone minoritaire, qui sont les fêtes, donc les moments où les gens se retrouvent entre eux», analyse Clotilde Heibing.
«Ce qui veut bien dire que c’est une musique qui rassemble, une musique qu’on aime écouter quand on se retrouve dans notre communauté.»
À la fin 2024, le rapport recensait 202 millions de titres disponibles sur les diverses plateformes d’écoute en ligne, avec près de 99 000 nouvelles pièces ajoutées chaque jour.
Dans cet océan de contenus, une logique de winner takes all s’installe : une poignée d’artistes concentrent la majorité des écoutes, tandis qu’un morceau sur quatre n’est jamais écouté et 87 % des morceaux ont été écoutés moins de 1000 fois dans l’année.
Ce 1000 fois, c’est le montant à partir duquel les plateformes commencent à rémunérer les artistes, explique Clotilde Heibing. On parle de 0,003 à 0,005 $ par vue. Ce qui fait que quelqu’un qui fait 10 000 vues gagne 30 dollars. C’est donc à la fois un gros enjeu et un pas gros enjeu.
L’étude met également en lumière l’importance du catalogue musical (titres sortis il y a plus de 18 mois). «La nouveauté est consommée dans les 14 jours qui suivent la mise en ligne. Donc, c’est très court. Mais en même temps, les nouveautés ne représentent qu’un quart de ce qui est consommé sur les plateformes», analyse Clotilde Heibing.
Ce qui représente, à ses yeux, une – relative – bonne nouvelle : «Ça veut dire que rien ne s’arrête au bout de 14 jours.»
Pour Clotilde Heibing, ce rapport entre les francophonies canadiennes est symptomatique de la volonté de partager les informations et les ressources entre l’industrie québécoise et celle de la francophonie canadienne.
«On ne disposait pas de données sur qu’est-ce que ça donne le streaming, la consommation en ligne en continu sur les plateformes en francophonie minoritaire», souligne-t-elle.
«On est dans une situation où on partage la langue avec les Québécois, puis on partage le territoire avec les anglophones et les Autochtones. C’est aussi important que les Québécois, quand ils pensent chanson francophone, nous intègrent.»
Elle se réjouit de voir des partenariats fleurir ces dix dernières années. «On va développer la même chose avec nos alliés anglophones et autochtones pour voir comment est-ce qu’on occupe le territoire», ajoute la responsable.
Pour contrer le cycle de vie de plus en plus court des chansons – dont le pic d’écoute survient souvent dès la première semaine avant de chuter –, les maisons de disques adoptent différentes tactiques.
La stratégie en cascade (waterfall release) consiste par exemple à publier des extraits successivement pour maintenir l’algorithme en éveil et maximiser la visibilité avant la sortie de l’album complet.
Le placement en listes de lecture reste un objectif prioritaire, bien que son rôle soit ambivalent. Si les listes éditoriales offrent un pic de visibilité rapide, elles génèrent souvent une écoute passive qui ne se traduit pas nécessairement par une fidélisation de l’auditeur.
Certains de nos membres ont testé de faire des playlists non pas uniquement francophones, mais bilingues, majoritairement anglophones, dans lesquels on vient glisser des tounes francophones, puis ça fonctionne très bien. Donc il ne faut pas craindre de mélanger.
«Il n’y a pas de recette; personne ne connait l’algorithme», rappelle la responsable.
«Il faut tenter des choses, essayer, et tenter de sortir des chambres d’écho. T’as vite fait d’être catalogué dans un style musical ou une géographie qui peut t’empêcher d’être vu par d’autres.»
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Malgré l’omniprésence des plateformes, Clotilde Heibing rappelle que la musique ne se limite pas à celles-ci.
Il faut soutenir la musique par d’autres moyens parce que ce n’est pas [sur les plateformes en ligne] que nos artistes vont faire de l’argent aujourd’hui.
Elle cite les droits d’auteur, les radios traditionnelles et celles par satellite. Sans oublier les tournées et les interventions des artistes en milieu scolaire.
Comme le souligne une maison de disques interrogée dans l’étude, tout est affaire d’équilibre : cultiver à la fois une présence sur les réseaux sociaux, des ventes de vinyles et une tournée solide. Tout un programme.
Au Canada, les réserves d’eau souterraines se remplissent surtout en hiver et au printemps, quand la neige fond et entre dans le sol. Pour bien comprendre, observe ce dessin qui explique le parcours de l’eau.
1️⃣ Quand il pleut ou quand la neige accumulée au sol fond, une partie de l’eau s’écoule jusqu’aux rivières puis jusqu’à l’océan. C’est le ruissellement.
2️⃣ Une autre partie de l’eau entre dans le sol. Elle circule sous la terre jusqu’aux racines des plantes. Elle se rend aussi à l’océan et… jusqu’aux réservoirs d’eau souterraine. C’est l’infiltration.
3️⃣ Sous la chaleur du soleil, l’eau des lacs, des rivières, de l’océan, et même l’eau présente dans les plantes se transforme en gaz. C’est l’évaporation et la transpiration.
4️⃣ Cette eau se retrouve dans l’air et forme des nuages. C’est la condensation.
Ce cycle se poursuit à l’infini.
Les eaux souterraines sont très importantes. Si les réserves diminuent, ça veut dire :
🚰 Moins d’eau disponible pour alimenter les habitations
🚜 Moins d’eau pour les agriculteurs, qui en utilisent une grande quantité pour arroser les champs
🦠 Une eau de moins bonne qualité, qui peut contenir des bactéries mauvaises pour la santé
🌱 Moins d’eau pour les plantes, les arbres…
💦 Moins d’eau dans les milieux humides, les lacs et les rivières!
Pour que les réserves d’eau souterraines se remplissent un peu plus, une entreprise a eu l’idée d’installer des haies brise-vent dans des champs. Ces clôtures en bois empêchent la neige de partir au vent. Résultat? De bonnes quantités de neige s’accumulent derrière la clôture.
Au printemps, les tas de neige fondent, s’infiltrent dans le sol et remplissent progressivement les réservoirs d’eau souterraine! Pendant ce temps, on enlève les haies pour que les agriculteurs puissent cultiver et arroser leurs champs grâce… aux réserves d’eau souterraine. Et le tour est joué!
Même si les haies brise-vent donnent un coup de main, cela ne suffit pas à bien remplir complètement les réserves. On peut aussi :
➡️ Réduire notre consommation d’eau
➡️ Aménager des réservoirs artificiels
➡️ Planter des arbres et des plantes : eux aussi aident à garder la neige au sol!
Est-ce que tu trouves cette idée ingénieuse? Et toi, as-tu déjà eu une idée de génie pour régler un problème? Raconte-moi!
Cet article a été produit grâce à une collaboration avec le Climatoscope 360 et la participation financière du gouvernement du Québec.
Je dois l’avouer, je n’aimais pas beaucoup l’école. Mes parents étaient exigeants et leurs attentes me mettaient de la pression. Je crois que c’est le stress que je n’aimais pas de l’école, au fond. Mais ce qui me motivait énormément, ce qui me donnait envie d’y aller tous les matins, c’était mes amis et les activités dans lesquelles j’étais impliquée. Les projets, c’était mon moteur! Journal étudiant, comité environnement, comité social, j’y trouvais mon énergie pour persévérer dans mes études. En fait, j’ai puisé ma motivation dans tout ce qui était à l’extérieur de la classe! Ça peut paraître bizarre, mais pour moi, c’est vraiment ce qui m’a accrochée à l’école!
Au primaire, j’ai changé d’école CINQ fois! Les rentrées scolaires étaient donc très stressantes, puisque je devais toujours me faire de nouveaux amis et parce que je devais créer de nouveaux repères. Aller à l’école devenait pénible, puisque j’étais rongée par l’anxiété! Ce qui m’a aidée :
Au primaire et au secondaire, j’avais beaucoup de difficulté à me concentrer en classe… et avec les mathématiques! Pour m’aider, j’allais en récupération et un tuteur venait m’aider avec mes devoirs chaque semaine. Ce qui m’a poussée à persévérer, ce sont les encouragements de ma famille et de mes amis. Je me suis aussi impliquée dans des projets qui me motivaient vraiment, comme un voyage scolaire de coopération en Équateur! Au secondaire, j’ai aussi pu choisir des cours qui me ressemblaient plus. Et avec le temps, j’ai pris confiance en moi. En plus, un de mes anciens tuteurs est devenu un de mes meilleurs amis!
Kuei! Pour moi, la persévérance, ça me ramène en 6e année. Je pleurais à chaudes larmes parce que je ne comprenais rien aux divisions. Pendant que les autres allaient jouer dehors, je restais avec mon enseignante pour essayer encore. J’ai souvent pleuré. Je me sentais découragée. Mais je voulais tellement comprendre que je n’ai pas abandonné. Enfin… pas au primaire. Mais des circonstances ont fait que je n’ai pas réussi à terminer mon secondaire.
Mais une fois adulte, j’ai décidé de retourner à l’école pour terminer mon diplôme d’études secondaires. Ce n’était pas toujours facile de reprendre les cahiers et de me remettre en mode «élève», mais je l’ai fait! Et aujourd’hui, à 36 ans, je suis encore étudiante à l’université! Et je suis devenue une ambassadrice de la Semaine de la persévérance scolaire. Eh oui!
La persévérance, ce n’est pas réussir du premier coup. C’est accepter que ça prenne du temps et continuer quand même. Alors même si quelque chose te semble difficile en ce moment, rappelle-toi que tu as le droit d’apprendre à ton rythme. L’important, c’est de ne pas abandonner tes rêves.
Et toi, qu’est-ce qui te motive à persévérer quand c’est plus difficile à l’école?
Si seulement 27 % des Canadiens et des Canadiennes estiment que l’intelligence artificielle (IA) peut fournir des renseignements fiables en matière de santé, près d’un sur deux utilise tout de même ces outils pour obtenir des conseils.
C’est ce que révèle l’Étude de suivi sur la santé et les médias 2026 de l’Association médicale canadienne (AMC), menée auprès de 5000 personnes.
Une large majorité (89 %) se tourne vers Internet pour obtenir de l’information en santé, principalement parce que cette option est jugée plus rapide et plus pratique, malgré les risques de conséquences néfastes.
«L’explication, c’est malheureusement le manque d’accès aux soins de santé au Canada», amorce le Dr Jean-Joseph Condé, médecin de famille et porte-parole francophone de l’AMC.
Le Dr Jean-Joseph Condé est médecin de famille et porte-parole francophone de l’Association médicale canadienne.
«Les gens y vont parce que c’est plus rapide de consulter l’IA que de consulter un médecin; 6,5 millions de Canadiens actuellement n’ont pas de médecin de famille ou d’équipe de première ligne pour les prendre en charge.»
«Et parmi ceux qui ont la chance d’en avoir, 50 % nous disent qu’ils ne sont pas capables de les consulter dans un délai raisonnable», observe-t-il.
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L’étude de l’AMC montre toutefois que la population distingue encore clairement les sources fiables : 85 % font confiance aux médecins pour les aider à naviguer dans le flot d’informations lié à la santé.
La majorité des répondants et des répondantes (64 %) disent être régulièrement exposés à des informations trompeuses en matière de santé. Un niveau comparable aux années précédentes.
Cette exposition alimente un scepticisme généralisé : près de 7 personnes sur 10 (69 %) affirment désormais douter de toute information en matière de santé trouvée en ligne, même lorsqu’elle provient de sources supposées fiables.
Ce qui nous inquiète le plus, c’est le 27 % qui font confiance à l’information qu’ils obtiennent de l’IA.
Les Canadiens et Canadiennes qui ont suivi des conseils en matière de santé issus de sources d’IA sont cinq fois plus susceptibles d’avoir subi des effets néfastes que ceux et celles qui ne l’ont pas fait, alerte-t-il.
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«On parle aussi d’une érosion de la confiance envers certains médias, les réseaux sociaux et le système en général», poursuit le Dr Condé.
En ligne, les gens vont lire des informations différentes de ce que va proposer leur professionnel de santé, «donc ça crée de la confusion quant au traitement, et de la réticence».
«Ils hésitent à croire le médecin, ils se questionnent, ils vont aller faire d’autres recherches, donc ça érode la confiance. Ils sont réticents face à des traitements qui sont prouvés comme étant scientifiquement et médicalement efficaces.»
Certaines personnes retardent même le début de leur traitement. C’est le cas de l’un de ses patients, qui a repoussé le début de sa chimiothérapie «parce qu’il avait lu sur Internet que c’était du poison».
Le contexte américain joue aussi un rôle dans cette perte de confiance : 77 % des répondants et des répondantes se disent préoccupés par la hausse des fausses informations en provenance des États-Unis.
La hausse des cas de rougeole au Canada suit celle observée aux États-Unis.
En 1998, la rougeole était complètement éradiquée au Canada. Et là, en 2025, imaginez-vous, nous avons eu 5400 cas de rougeole au Canada en un an. Pourquoi? Parce que les gens hésitent à se faire vacciner et ne font plus vacciner leurs enfants.
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Face à cette situation, l’AMC exhorte les gouvernements et les plateformes numériques à encadrer l’IA et à investir dans des sources d’information certifiées pour protéger la population.
En octobre 2025, l’organisme a présenté une série de recommandations au gouvernement fédéral visant à orienter le développement de l’IA de manière à renforcer la confiance du public, à protéger la vie privée et à améliorer les soins de santé pour l’ensemble de la population.
«Il y a une double responsabilité : c’est le rôle des gouvernements de responsabiliser les plateformes des grands médias sociaux et il y va de la responsabilité des grands médias sociaux de contrôler l’information qui est véhiculée sur leur propre site», statue Dr Jean-Joseph Condé.
Au niveau provincial, le médecin estime qu’il faut particulièrement augmenter les ressources en première ligne, avec la mise sur pied de plus d’équipes multidisciplinaires.
On le sait aujourd’hui, le médecin ne peut plus être la seule porte d’entrée du réseau de la santé. Il faut travailler en équipe. Ça va nous prendre des infirmières, des infirmières praticiennes spécialisées, des physiothérapeutes, des pharmaciens.
Et le porte-parole d’ajouter : «Si on augmente l’accès aux soins, les gens auront moins besoin de consulter l’IA. Parce que quelles sont les options d’un patient qui n’a pas accès aux soins? C’est d’aller attendre 12 heures, 16 heures dans une salle d’urgence ou de consulter l’IA.»
Vérifier ses sources
Le Dr Condé remarque qu’auparavant, les gens devaient fournir un effort de recherche en ligne. «On pouvait taper un symptôme, une maladie, mais après ça vous deviez choisir sur quel site Internet vous alliez lire l’information. Le problème avec l’IA, c’est qu’on ne connait pas les sources.»
Il enjoint les personnes à toujours vérifier leurs sources et de se référer à des spécialistes et organismes reconnus et locaux, comme l’hôpital communautaire, la pharmacie.
La télémédecine constitue aussi un premier rempart. «Il y a certains problèmes qu’on peut régler par télémédecine, ce qui évite au patient un déplacement, de perdre une demi-journée de travail pour aller à son rendez-vous.»
Mais les outils numériques restent souvent insuffisants. «Pour certaines pathologies, il faut quand même examiner le patient, être capable de faire un examen physique pour avoir un diagnostic», nuance-t-il.
En toile de fond, l’étude illustre un écosystème informationnel fragmenté : malgré une confiance en déclin, les jeunes générations privilégier encore les médias sociaux pour s’informer, alors que les babyboumeurs privilégient la télévision.
Le Dr Condé rappelle que les médias d’information ont également un rôle à jouer dans la diffusion d’informations vérifiées.
La ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Canada (IRCC), Lena Diab, a annoncé l’ajout de trois nouveaux volets de résidence permanente au système Entrée express du Canada.
Ceux-ci visent notamment les chercheurs, certains cadres ayant une expérience de travail au pays, des professionnels du transport (pilotes, mécaniciens et inspecteurs) ainsi que des militaires étrangers recrutés par les Forces armées canadiennes, dont des médecins, des infirmiers et des pilotes.
Ces nouveaux volets s’ajoutent aux catégories déjà existantes pour les professionnels de la santé et les métiers spécialisés.
Entrée express et les francophones : En conférence de presse, la ministre Diab a affirmé qu’elle continuera d’utiliser Entrée express pour augmenter le nombre de francophones hors Québec.
Une approche critiquée par le consultant en immigration, Steve J. Paolasini, lors de la séance du 9 février dernier devant le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration. Celui-ci demande qu’Entrée Express ne soit pas utilisé pour augmenter l’immigration francophone et laisse plus de place à l’immigration économique.
Ces mesures s’inscrivent dans la stratégie fédérale visant à attirer des talents hautement qualifiés tout en réduisant le nombre global de résidents permanents et temporaires admis chaque année. Pour 2026, le budget fédéral prévoit l’accueil de 380 000 résidents permanents en 2026, 2027 et 2028.
L’annonce fait partie du plan de 1,7 milliard de dollars pour attirer des chercheurs et soutient aussi la nouvelle stratégie industrielle de défense (détails ci-dessous).
Lena Diab a annoncé mardi un financement de plus de 540 000 $ pour soutenir le programme annuel de Canadian Parents for French en Nouvelle-Écosse. Il vise à faciliter l’accès des familles aux programmes de français langue seconde.
Mardi, le premier ministre Mark Carney a lancé la première Stratégie industrielle de défense du Canada, pour corriger un système d’approvisionnement jugé «trop lent et trop dépendant de l’étranger», dit gouvernement dans son communiqué.
Le Canada veut réinvestir massivement dans les Forces armées canadiennes pour atteindre la cible de dépenses de 2 % fixée par l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), avec une hausse des demandes d’enrôlement.
La stratégie priorise la production nationale, les partenariats avec des alliés et des retombées économiques au pays pour les achats à l’international.
Des milliards : Prévue sur dix ans, cette stratégie coutera plus de 500 milliards de dollars en investissements. Le gouvernement Carney a précisé qu’elle vise aussi à créer 125 000 emplois, à accroitre les exportations en défense et à porter à 70 % la part des contrats attribués à des entreprises canadiennes.
L’un des objectifs majeurs reste également d’améliorer l’état de préparation des flottes maritime, terrestre et aérospatiale, tout en renforçant l’innovation et les chaines d’approvisionnement du Canada.
Les cinq candidats aspirants à la direction du Nouveau Parti démocratique (NPD) ont tenu leur deuxième débat, en anglais, jeudi soir à New Westminster, en Colombie-Britannique.
Les cinq candidats ont commencé par observer un moment de silence en hommage à la tuerie de Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, qui a fait 9 victimes le10 février.
La menace Trump : Avi Lewis a mentionné un «bouclier canadien» et des négociations «fermes» pour éviter les tarifs imposés par l’administration Trump, tandis que la seule élue fédérale sur le plateau, Heather McPherson, a de son côté affirmé qu’il fallait investir dans les travailleurs et les matériaux canadiens via des lois. Elle a également mentionné un réseau est-ouest d’énergies renouvelables.
Rob Ashton, leadeur syndical, veut de son côté créer une «sécurité économique», de bons emplois, et des «partenariats solides avec le monde».
Tanille Johnston a assuré qu’elle souhaitait investir dans le secteur manufacturier pour éviter que la production ne se fasse à l’étranger.
Tony McQuail s’est différencié des quatre autres en parlant d’une «défense non-violente». Il souhaite notamment repenser la façon actuelle du Canada de faire du commerce en prenant en compte la transition environnementale, le respect des agriculteurs et l’éducation, notamment les garderies.
Environnement et énergies renouvelables : Avi Lewis veut éliminer les combustibles fossiles avec un «nouvel accord vert canadien» qui remet les travailleurs au centre de l’économie.
Tanille Johnston vise la fin de la dépendance aux «30 milliards de subventions pétrolières».
Cette dernière, Heather McPherson et Tony McQuail croient que les travailleurs canadiens doivent être au centre de la transition vers des métiers axés sur les énergies renouvelables.
«Il y a de la désinformation à propos de ces métiers : ils sont très bien payés!», a affirmé Tanille Johnston.
La francophonie : Dans une question posée en français, les candidats se sont prononcés sur la possibilité pour le NPD d’une autre vague orange, comme en 2011 sous Jack Layton. Les aspirants à la chefferie néodémocrate ont répondu dans un français inégal, très approximatif pour Rob Ashton, Tanille Johnston et Tony McQuail.
Ce dernier a affirmé qu’il n’était pas nécessaire d’apprendre le français et qu’il s’entourerait d’interprètes. «En cas de crise, les francophones au Québec ne vont pas disparaitre», a-t-il affirmé, en faisant primer la compétence de reconstruire le parti et une vision plutôt sur la compétence linguistique.
Les autres se sont engagés à apprendre le français, Tanille Johnston rappelant également que des langues autochtones et les cultures locales ont été «décimées par le colonialisme» et qu’elle aurait besoin d’au moins «un an» pour apprendre le français. «Je compte maintenir ma culture», a-t-elle fait savoir, étant la seule Autochtone candidate.
Avi Lewis s’est démarqué sur la question francophone, en étant le seul à affirmer que les Canadiens ne devraient pas «avoir confiance dans un chef qui ne parle pas le français».
Lui et Heather McPherson ont été les deux seuls candidats à mentionner qu’ils protègeraient la langue française au Québec, mais aussi ailleurs au Canada.
Date des résultats : Le nom de la prochaine cheffe ou du prochain chef du NPD sera connu le 29 mars prochain, lors d’un congrès à Winnipeg, au Manitoba.
Matt Jeneroux, député conservateur de la circonscription albertaine d’Edmonton Riverbend, est passé du côté des libéraux cette semaine.
Il s’agit du troisième député conservateur à traverser le plancher, après Chris d’Entremont, député d’Acadie–Annapolis en Nouvelle-Écosse, et Michael Ma, député de Markham–Unionville, à Toronto en Ontario.
Matt Jeneroux a été immédiatement nommé «conseiller spécial sur les partenariats économiques et de sécurité», un nouveau titre.
Dans une entrevue avec LCN, son ancien chef de parti, Pierre Poilievre, a affirmé que Matt Jeneroux a «trahi ses commettants», accusant Mark Carney d’agir de façon «antidémocratique».
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La situation actuelle exige un leadership sérieux et des efforts conjoints pour obtenir des résultats.
— Parti libéral (@parti_liberal) February 18, 2026
Nous accueillons avec enthousiasme Matt Jeneroux, qui se joint à Mark Carney et à l’équipe libérale pour bâtir un avenir fort et sûr pour Edmonton Riverbend et les Canadiens. pic.twitter.com/zt0sAp7S8h
Tatiana Auguste ne fait plus partie du caucus libéral, à la suite d’une décision de la Cour suprême. Sa victoire à l’élection fédérale d’avril dernier dans la circonscription de Terrebonne à une voix a été annulée. Une élection partielle s’y déroulera bientôt.
Retour à la case départ à Terrebonne : La Cour suprême a tranché : Tatiana Auguste, députée élue à Terrebonne au Québec, doit laisser son siège au Parlement du Canada et l’élection doit être reprise.
L’ex-députée libérale avait remporté la circonscription en avril 2025 par une voix, juste devant la candidate du Bloc québécois. Une électrice avait indiqué que son bulletin de vote spécial lui avait été renvoyé à cause d’une erreur d’adresse sur l’enveloppe fournie par Élections Canada.
La candidate bloquiste a soutenu que l’erreur correspond à une irrégularité, qui a influencé le résultat serré.
Le premier ministre devra déclencher une élection partielle dans Terrebonne dans les prochaines semaines.
Les libéraux comptent toujours 169 députés, à trois sièges de la majorité de 172 requise. Le caucus conservateur compte de son côté 141 députés, contre 144 lors de l’élection d’avril dernier.
Le ministre du Commerce intérieur, Dominic LeBlanc, a estimé cette semaine que la mission commerciale du Canada au Mexique pourrait mener à de nouvelles ententes d’ici le printemps.
La mission rassemble plus de 370 délégués issus d’environ 230 organisations et comprend des visites à Mexico, Monterrey et Guadalajara, afin de renforcer les relations commerciales entre le Canada et le Mexique.
L’incertitude entourant la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) suscite des inquiétudes chez les entreprises canadiennes.
Le ministre LeBlanc espère sceller des accords concrets d’ici la fin du mois de mars.
Inspirée du poème de Henry W. Longfellow (1847), l’œuvre dépasse la simple adaptation romantique. Ici, l’histoire d’amour devient le fil conducteur d’un récit plus vaste : celui de la déportation des Acadiens.
Sur scène, l’histoire prend vie grâce à une distribution en partie acadienne. Gabriel Lajeunesse est incarné par le Québécois Olivier Dion, Évangéline Bellefontaine par l’Acadienne Maude Cyr-Deschênes, tandis que le personnage historique de Joseph Broussard, dit Beausoleil, leadeur de la résistance acadienne avant, pendant et après la Déportation de 1755, est interprété par l’acadien Raphaël Butler.
Le récit entraine le spectateur dans un voyage allant de la Nouvelle-Écosse au Québec, puis jusqu’en Louisiane, suivant les tentatives des deux amants de se retrouver.
La comédie musicale s’articule autour d’une trame de 22 chansons originales, mêlées à des pièces musicales traditionnelles acadiennes et mi’kmaq, pilotée par le metteur en scène et directeur de création d’origine française, Jean-Jacques Pillet.
À la toute fin, on peut entendre une interprétation de la célèbre chanson Évangeline.
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Rachel Léger, Acadienne originaire de Caraquet, installée à Montréal depuis 35 ans, était présente à la première. Elle a été surprise par l’ampleur de la production. «Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Tout était original : les textes, les chansons, les costumes. C’est une grosse production. J’ai été très agréablement surprise».
André-Carl Vachon a travaillé pendant deux ans sur la révision historique de la comédie musicale.
Elle souligne le caractère touchant et émotif du spectacle, mais aussi sa la prise de conscience qu’il peut entrainer. En sortant de la salle, l’Acadienne raconte avoir entendu d’autres spectateurs s’étonner de ne pas mieux connaitre l’histoire de la Déportation.
Cette dimension éducative n’est pas un hasard. L’historien André-Carl Vachon, engagé dès janvier 2024 comme réviseur historique, a travaillé pendant plus de deux ans à valider les textes, les dates et les lieux mentionnés dans la pièce. Son rôle consistait à assurer la cohérence entre la liberté artistique du scénario et la rigueur des faits historiques.
«Je recevais les textes, je les commentais, je proposais des corrections lorsque nécessaire», confie-t-il en entrevue avec Francopresse.
Par exemple, une scène évoquait l’incendie d’un village à une date erronée. «Le village dont ils parlaient avait déjà été brulé au moment du récit. Je suis retourné aux sources et j’ai suggéré de camper cette scène dans un autre lieu.»
Aussi, les chiffres présentés sur les affiches historiques que les spectateurs peuvent consulter hors de la salle et dans le programme du spectacle n’ont pas été arrondis. Ils correspondent aux données documentées sur la population acadienne avant 1755, estimée à 12 521, ainsi que sur le nombre d’Acadiens déportés au Québec et vers les treize colonies américaines, soit 9149. «Je préfère la précision. À force d’arrondir, on finit par gonfler les chiffres», explique André-Carl Vachon.
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Des artistes interprètent des danses autochtones pendant le spectacle, en s’inspirant de traditions mi’kmaq.
Le spectacle intègre un aspect longtemps laissé en marge de l’histoire : l’alliance entre les Acadiens et les Mi’kmaq. Pour l’historien, cet élément était essentiel. «Dès 1610, une alliance est créée. Il y a eu entraide, cohabitation, mariages. C’est une réalité historique.»
Il rappelle que cette alliance ne relevait pas que de la diplomatie, mais d’une coopération quotidienne. «Ce qui s’est installé, c’est une relation qui a permis aux deux peuples de vivre en paix. Il y a eu entraide. Les Autochtones ont aidé les Acadiens (et les Français à l’époque) à s’installer, à apprendre comment survivre à l’hiver. Ils ont cohabité sans gêne.»
Sur scène, cette relation prend forme à travers le personnage d’Hanoah, interprété par l’actrice Océane Kitura Bohémier-Tootoo, et des chorégraphies qui rendent hommage à la culture mi’kmaq.
Pour Rachel Léger, cet aspect était primordial. «On ne parle pas souvent de cette partie de notre histoire. J’ai trouvé ça très beau qu’on leur fasse une place dans les danses et les chansons.»
Le cinéaste acadien Phil Comeau était également présent à la première. «C’est un spectacle d’une puissance remarquable», confie-t-il. Celui-ci a été particulièrement touché par Maude Cyr-Deschênes dans le rôle d’Évangéline : «Quelle interprétation belle et inattendue de ce personnage! Elle est présentée comme une femme forte et combattante».
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À l’annonce de la distribution, certaines voix s’inquiétaient du nombre limité d’artistes acadiens dans la distribution et de la place accordée à l’accent acadien.
Rachel Léger aborde la question avec nuance. «Pour moi, il n’y a rien que je trouve plus faux qu’un accent forcé». Elle rappelle qu’il n’existe pas un seul accent acadien. «Moi, je viens de Caraquet. À Saint-Simon, ce n’est pas le même accent. À Moncton non plus. Alors on prend lequel?»
L’acteur Olivier Dion dans le rôle de Gabriel Lajeunesse et Maude Cyr-Deschênes qui interprète Évangéline Bellefontaine.
André-Carl Vachon, qui est également généalogiste, ajoute une perspective au débat. Face aux critiques évoquant un manque de représentation acadienne, il a entrepris de retracer la généalogie des artistes. «Tous les comédiens et chanteurs de la production ont des ancêtres acadiens», affirme-t-il, à l’exception d’Océane Kitura Bohémier-Tootoo, artiste innue.
Il rappelle qu’une large proportion des Québécois ont des racines acadiennes – 78,5 % selon une recherche de Claude Bhérer de 2014–, signe d’une diaspora encore bien vivante.
Au-delà des débats, Évangéline touche une corde sensible. Pour Rachel Léger, la pièce s’inscrit dans un mouvement plus large de redéfinition identitaire. «Il y a une fierté acadienne qui est renouvelée depuis 10 ou 15 ans», relate-t-elle.
«La comédie musicale parle d’une histoire très importante. Et moi, ça m’a donné beaucoup de fierté», ajoute l’Acadienne.
La scène de la Déportation est difficile à regarder, reconnait-elle. «Mais on ne peut pas effacer notre histoire. Elle est tragique, mais on s’est relevés. On est encore là.»
Avec 33 représentations prévues à Montréal, Québec, Trois-Rivières et Moncton, la production amorcera sa tournée en mars. Elle sera présentée à Moncton en juillet.
Porté par le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC), le projet Francobadges vient de franchir une nouvelle étape. L’organisme a signé une entente avec l’organisation Chantier de l’économie sociale pour faire de Francobadges une coopérative de solidarité.
L’initiative vise la mise en place de badges numériques afin de valoriser les compétences sociales et économiques des francophones d’un bout à l’autre du pays.
Le RESDAC assurera la coordination et le développement global du projet. Le Chantier de l’économie sociale doit fournir un accompagnement stratégique et une expertise-conseil pour guider la création de la coopérative. L’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICEA) participe également au projet.
Les badges seront accessibles via les organismes de la francophonie partenaires.
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Le but est de faire valoir les compétences et les expériences acquises dans des contextes formels, non formels ou informels.
Denis Desgagné est le directeur général du Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC).
«Ce qui est formel, ce sont des formations dans des écoles, dans des institutions reconnues par l’État», explique le directeur général du RESDAC, Denis Desgagné. Il cite les diplômes délivrés par les institutions postsecondaires.
Le non formel peut concerner le milieu du travail, par exemple des formations liées à un emploi en particulier. «Ce sont des formations bien organisées, structurées, comme dans le formel, sauf qu’elles ne sont pas reconnues par l’État», précise le responsable.
Enfin, l’informel désigne tout ce qu’on peut apprendre dans une vie, hors des cadres professionnels ou institutionnels.
C’est comme si on s’en va en auto et puis on a une crevaison et on me montre comment changer le pneu, où il est, les outils, etc. Ce n’était pas planifié, ce n’était pas structuré, mais j’ai appris dans l’action.
Un employeur pourra ainsi cliquer sur le badge numérique, qui regroupera toutes les compétences acquises par une personne dans ces différents contextes.
«C’est un outil qu’on remet à l’ensemble des organisations, des entreprises et des composantes de la francophonie au Canada pour vraiment reconnaitre les apprentissages, surtout dans des contextes non formels et informels», appuie Denis Desgagné.
Pendant presque deux ans, le RESDAC a consulté les organisations et fait des présentations pour mieux faire connaitre le projet Francobadges. «Il faut dire que c’est assez nouveau au Canada, encore plus nouveau dans la francophonie canadienne, donc il fallait démystifier cette plateforme de reconnaissance», conçoit le directeur général.
«Plusieurs partenaires sont déjà en train de travailler de près ou de loin avec nous pour devenir membres et s’approprier les outils de reconnaissance.»
Denis Desgagné espère que cette initiative améliorera l’apprentissage tout au long de la vie. «Il y a beaucoup d’improvisation et très peu de financement pour l’apprentissage ou la formation dans nos milieux, que ce soit pour les bénévoles ou les employés […] On a tellement de rattrapage à faire dans l’apprentissage chez les francophones du Canada.»
Il espère que la coopérative sera entièrement opérationnelle au cours de l’année.