le Jeudi 2 juillet 2026

En petite enfance comme ailleurs, les défis ne manquent pas. Il y a notamment d’importantes difficultés de recrutement. «Il existe actuellement près d’une cinquantaine de postes non comblés dans les garderies francophones en Colombie-Britannique», constate Marie-Andrée Asselin, directrice générale de la Fédération des parents francophones de Colombie-Britannique (FPFCB).

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Et la demande ne faiblit pas. «Il y a plus d’immigrants francophones qui viennent s’installer ici», rapporte Isabelle Thibault, vice-présidente à l’enseignement au Collège Éducacentre, le seul collège francophone de la province.

Qui dit plus d’enfants dit plus de demandes de places en garderie. «Il y a des listes d’attente impressionnantes, poursuit-elle. Certains mettent leur enfant sur une liste en bas âge ; [quand] l’enfant arrive à l’âge scolaire, ils n’ont pas réussi à trouver une place.» Une situation de plus en plus fréquente selon la vice-présidente.

Des milliers de dollars pour traduire un dossier

Les postes en éducation de la petite enfance qui demandent une certification ne sont pas faciles à pourvoir. Les francophones ayant obtenu leur diplôme à l’extérieur de la province doivent surmonter toute une série d’obstacles pour faire reconnaitre leur formation.

Marie-Andrée Asselin, directrice générale de la Fédération des parents francophones de Colombie-Britannique, rappelle qu’une cinquantaine de postes restent vacants dans les garderies francophones de la province.

Photo : Pascale Cyr

«On peut les embaucher comme éducateurs assistants, comme adultes responsables dans les garderies après l’école, mais ils ne peuvent pas avoir la responsabilité d’un groupe d’enfants d’âge préscolaire», explique Marie-Andrée Asselin.

Deux options s’offrent alors aux personnes qui arrivent en Colombie-Britannique. La première : faire valider leurs acquis scolaires ou professionnels par ECE Registry, un organisme provincial. Mais pour cela, le candidat ou la candidate doit présenter un dossier en anglais, traduit — à ses frais — par une personne agréée en traduction.

Un dossier de candidature peut comporter «une centaine de pages» et couter «des milliers de dollars» en frais de traduction, évalue Marie-Andrée Asselin.

«C’est une aberration»

«C’est une aberration, lâche-t-elle. C’est disproportionné par rapport à la profession. C’est beaucoup demander à des personnes qui arrivent d’une autre province ou de l’immigration.»

La traduction de tous les documents est injuste pour les francophones, alors qu’on est dans un pays bilingue et qu’on a tant besoin de ces éducatrices dans nos centres.

— Marie-Andrée Asselin, directrice générale de la FPFCB

La deuxième option? Suivre une formation au Collège Éducacentre pour obtenir un diplôme en éducation à la petite enfance. Mais in fine, «c’est seulement en moyenne 50 % de la formation [initiale de la personne] qui est reconnue, nuance Marie-Andrée Asselin. On n’est jamais surs du niveau d’équivalence.»

«C’est un long processus pour les employeurs qui cherchent des éducatrices», résume-t-elle. Une attente qui peut conduire à l’impossibilité d’ouvrir un service de garde.

«La situation pour les nouveaux arrivants des autres pays est encore pire, ajoute la directrice générale. S’ils ont un permis de travail temporaire, ils ne peuvent pas suivre de formation en Colombie-Britannique de plus de six mois.»

Isabelle Thibault est vice-présidente à l’enseignement au Collège Éducacentre, seul collège francophone en Colombie-Britannique.

Photo : Courtoisie

Par et pour les francophones

«Les francophones n’ont toujours pas le même accès que les anglophones à la formation», déplore Catherine Rousseau, gestionnaire de programmes en petite enfance à l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC).

L’offre de formation reste inégale selon les provinces et les territoires, et difficile d’accès. «Les francophones sont défavorisés», appuie la gestionnaire.

Selon elle, calquer le modèle anglophone ne fonctionne pas. «Les services éducatifs dans les communautés francophones en situation minoritaire ont un double mandat. Ils ne font pas le même travail que les services éducatifs anglophones. Il y a tout un rapport positif à la langue à développer.»

Une situation à laquelle veut aussi remédier le Collège Éducacentre. Le programme de formation en éducation à la petite enfance proposé par l’établissement est traduit de l’anglais, car il est offert en partenariat avec un collège anglophone, le Northern Lights College.

«Ce n’est pas un programme qui est fait par et pour les francophones, regrette Isabelle Thibault. Il n’est pas tout à fait adapté à la réalité des francophones.»

C’est pourquoi, pour répondre aux besoins de la communauté, le Collège Éducacentre va se doter de son propre programme en petite enfance. «Il est tout en ligne, il est prêt, mais on ne peut pas l’offrir, car on attend l’approbation de la province», assure Isabelle Thibault.

Construction identitaire

La petite enfance est «la porte d’entrée du continuum de l’éducation en français», souligne Catherine Rousseau, gestionnaire de programmes en petite enfance à l’ACUFC.

«Les éducatrices et éducateurs accompagnent aussi les enfants dans leur développement langagier et leur construction identitaire, leur appartenance à la culture francophone.»

Un parent qui ne trouve pas de place dans un service de garde francophone risque de se tourner vers son pendant anglophone, alerte-t-elle.

«À partir du moment où l’enfant est inscrit dans un service d’éducation en anglais, c’est très difficile de le retirer de là.»

Il est alors probable que l’enfant continue le reste de son parcours scolaire, jusqu’au postsecondaire, en anglais. «Alors que s’il se construit des bases solides en français durant sa petite enfance […] il risque de rester dans sa communauté, de devenir un leadeur. Alors ultimement, cela a une incidence sur la vitalité des communautés francophones», observe-t-elle.

«Il ne faut pas oublier que l’acquisition d’une identité culturelle passe également par l’apprentissage de la langue», rappelle Isabelle Thibault, vice-présidente à l’enseignement au Collège Éducacentre.

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Martine Fillion est directrice générale de la Fédération des parents francophones de Terre-Neuve et du Labrador, qui propose depuis trois ans une formation en petite enfance.

Photo : Courtoisie

Une vitrine pour l’immigration

À l’autre bout du pays, la situation est tout aussi déplorable. «Il y a des établissements postsecondaires francophones partout sauf à Terre-Neuve-et-Labrador et dans deux des trois territoires», note Catherine Rousseau.

Depuis 2020, la Fédération des parents francophones de Terre-Neuve et du Labrador (FPFTNL) propose une formation gratuite de 45 heures. «Ce n’est pas un diplôme, mais un certificat, précise Martine Fillion, sa directrice générale. C’est surtout du développement professionnel pour venir soutenir le personnel de la région. […] On y parle de la francophonie à Terre-Neuve-et-Labrador.»

La formation est ouverte aux francophones, mais aussi aux francophiles. Virtuelle, elle reste accessible par-delà les frontières de la province.

Si les résidents de la province sont privilégiés, les futurs immigrants sont aussi les bienvenus. Car pour Martine Fillion, la formation peut constituer «un outil d’attraction», notamment à l’international. «On fait découvrir Terre-Neuve-et-Labrador et la communauté francophone à une francophonie mondiale.»

Car la profession attire les nouveaux arrivants. «Le recrutement dans les services de garde francophones se fait présentement principalement et de plus en plus à l’international», remarque Jean-Luc Racine, directeur général de la Commission nationale des parents francophones (CNPF).

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Manque de volonté politique?

Pour Jean-Luc Racine, directeur général de la Commission nationale des parents francophones, les gouvernements ont parfois de la difficulté à comprendre la réalité des francophones.

Photo : Courtoisie

Pour lui, le problème vient aussi d’en haut. «On a beaucoup de difficultés au niveau des gouvernements provinciaux et territoriaux à comprendre la dynamique francophone.»

Il est également impératif selon lui de soutenir davantage les services de garde en milieu familial, «sinon, progressivement, [les familles] vont glisser du côté anglophone. Et ça, les gouvernements ne comprennent pas parce que ce n’est pas un enjeu majeur du côté anglophone».

Le directeur général de la CNPF a d’ailleurs témoigné en comité parlementaire le 18 avril pour attirer l’attention des élus sur le fait que le projet de loi C-35, relatif à l’apprentissage et à la garde des jeunes enfants au Canada, avait besoin d’amendements pour remédier au manque de «clauses linguistiques robustes» et d’engagements financiers du fédéral dans les ententes provinciales.

Plus sur la francophonie

C’est ce qu’a indiqué le bureau de la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor mercredi.

La ministre des Langues officielles s’apprête à déposer le Plan d’action pour les langues officielles le 26 avril. 

Photo : Inès Lombardo - Francopresse

Ce Plan, largement attendu par les francophones partout au pays, sera notamment rédigé en fonction des Consultations pancanadiennes sur les langues officielles qui se sont déroulées pendant l’été 2022.

Ces dernières comprennent les demandes et besoins des organismes et des particuliers francophones de chaque province et territoire.

Par ailleurs, l’attente est renforcée depuis que le Budget 2023 a révélé une enveloppe de plus d’un milliard de dollars destinée au Plan.

Il s’agissait de l’une des demandes fortes des organismes francophones du pays, en mauvaise posture financière à chaque fois que le Plan d’action doit être renouvelé, ne serait-ce qu’avec un léger retard.

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Alain Dupuis a témoigné devant le Comité permanent des ressources humaines, développement des compétences, développement social et condition des personnes handicapées pour amender le projet de loi C-35 afin d’assurer des places dans les garderies pour les francophones en situation minoritaire. 

Photo Courtoisie FCFA

C’est ce qu’ont expliqué Alain Dupuis, directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) et Jean-Luc Racine, directeur général de la Commission nationale des parents francophones (CNPF), lors de leur témoignage en comité parlementaire mardi.

Ils ont attiré l’attention des élus sur le fait que le projet de loi C-35, relatif à l’apprentissage et à la garde des jeunes enfants au Canada, avait besoin d’amendements pour remédier au manque de «clauses linguistiques robustes» et d’engagements financiers du fédéral dans les ententes provinciales.

Une manière d’assurer des places aux 141 635 enfants de 0 à 4 ans qui ont droit à une éducation en français à l’extérieur du Québec.

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La FCFA a rappelé que «seulement 20 %» de ces enfants ont accès à une éducation en français actuellement. «Les parents font un choix déchirant [devant] le manque criant de place dans les garderies en français», a déclaré Alain Dupuis.

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Les deux organismes ont aussi exposé leurs craintes du «facteur de l’assimilation» : par manque de choix, les parents choisissent de placer leurs enfants en garderie anglophone. De là, l’enfant aurait plus de chances de continuer son éducation en anglais qu’en français.

Grève de la fonction publique et attaque de Twitter contre CBC/Radio-Canada

La grève des employés de la fonction publique déclenchée le 19 avril a un impact direct sur plusieurs services destinés aux Canadiens. Les langues officielles n’y échappent pas, selon François Rocher, professeur à l’École des études politiques à l’Université d’Ottawa.

Ce dernier souligne que la mise en œuvre du Plan d’action sur les langues officielles, qui sortira le 26 avril, sera perturbée si la grève dure.

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Les grévistes négocient depuis l’été 2021 avec le Conseil du Trésor pour une hausse des salaires sur trois ans. Le gouvernement a mis sur la table une augmentation salariale de 9 % couvrant cette période. Une offre jugée insuffisante par les syndicats.

Près de 155 000 grévistes revendiquent de meilleures conditions de travail, de la flexibilité en télétravail en plus d’une indexation des salaires. Les négociations se poursuivent.

Le premier ministre Trudeau a assuré aux journalistes qu’il n’était pas au courant du don effectué la famille Green, à la Fondation Trudeau. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Les vacances du Nouvel An 2022 du premier ministre et de sa famille chez les Green en Jamaïque auraient couté 160 000 $ aux contribuables canadiens selon des informations de Radio-Canada. Le voyage aurait toutefois été validé par le commissaire à l’éthique.

Les Green, amis de la famille Trudeau depuis les années 70, sont des donateurs de la Fondation Pierre Elliott Trudeau.

Le premier ministre ne semblait pas être au courant de ce don et a assuré en mêlée de presse qu’il n’avait pas de détails sur la gestion de la Fondation.

L’histoire porte un nouveau coup à la Fondation Trudeau, déjà enlisée dans le scandale lié aux ingérences étrangères depuis plusieurs semaines.

«Il y a un manque de jugement et de respect du premier ministre pour le citoyen moyen, dont il sollicite le vote au moment des élections», a déploré Yves-François Blanchet mardi, en point de presse. Le chef du Bloc québécois a de nouveau appelé Justin Trudeau à choisir une personne qui dirigerait une commission éthique sur l’ingérence étrangère.

C’est ainsi que le média a réagi à la décision du réseau social d’apposer l’étiquette de «média financé par le gouvernement» sur son compte Twitter.

Provocant, le réseau social d’Elon Musk avait dans un premier temps étiqueté le média «financé à 70 %» par l’État canadien, avant de corriger par «69 %», en référence à un acte sexuel.

Le réseau répondait ici à une demande de Pierre Poilievre datant de la semaine dernière, qui souhaitait voir la précision de «média financé par le gouvernement» sur son compte Twitter.

Justin Trudeau a qualifié la démarche du chef de l’opposition et la décision de Twitter de «désalignement des valeurs».

Le chef du Bloc québécois a de son côté rappelé que Radio-Canada est «imbriqué» dans la gestion de CBC. Pour cette raison, l’élu s’est inquiété des effets de cette décision pour l’avenir du français dans les communautés francophones hors Québec.

«Les communautés de langue officielle en situation minoritaire sont déjà en déclin, a souligné Yves-François Blanchet. Et sans Radio-Canada, elles vont l’être encore plus vite. Il y a le fait d’amener les arts, la culture et les informations de ces régions périphériques vers les grands centres et le contraire. C’est un mandat fondamental.»

Vendredi dernier, le Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre des communes a entendu le témoignage de la cheffe de cabinet de Justin Trudeau, Katie Telford, au sujet des ingérences étrangères lors des dernières élections canadiennes fédérales, selon des informations du Globe and Mail en février. Cette comparution a fait l’objet de tensions entre les libéraux et les conservateurs pendant des semaines.

Assurant que ses réponses seraient limitées en raison des renseignements sensibles entourant le sujet, Katie Telford a assuré que le lien entre les 11 candidats libéraux et un financement de la République populaire de Chine lors des élections fédérales de 2019 était «inexact».

Elle a toutefois assuré qu’il était «possible» que le premier ministre ait été informé d’ingérence pendant les élections de 2019 au début de l’année 2022.

Katie Telford ne s’est pas prononcée sur la pertinence ou non d’une enquête publique sur l’ingérence étrangère, réclamée par les trois partis d’opposition. Finalement, elle a contesté sa présence devant le Comité, assurant qu’elle n’était pas la «bonne personne» pour répondre aux questions du Comité.

La dernière année n’a pas été de tout repos pour la ministre Petitpas Taylor. Au moment du dépôt du projet de loi C-13 modernisant la Loi sur les langues officielles, le 1er mars 2022, peu de personnes s’attendaient à ce qu’un an plus tard, cette mesure législative ne soit toujours pas adoptée.

Après plusieurs retards, et des débats parfois houleux, l’examen du projet de loi au Comité permanent des langues officielles s’est enfin conclu le 31 mars dernier. Le texte de loi pourra maintenant faire l’objet d’un troisième et dernier vote aux Communes avant d’être envoyé au Sénat.

L’élément qui a permis en grande partie de faire débloquer les travaux est une entente entre les gouvernements du Canada et du Québec concernant une série d’amendements sur l’usage du français au sein des entreprises privées de compétence fédérale.

Au départ, le gouvernement québécois souhaitait que les entreprises situées au Québec soient obligatoirement assujetties à la Charte de la langue française du Québec. Ce ne sera pas le cas. Toutefois, les amendements adoptés font en sorte que le projet de loi C-13 comprend désormais des obligations très similaires à la législation québécoise sur ce sujet.

La ministre Petitpas Taylor et le ministre québécois de la Langue française, Jean-François Roberge, ont tous deux mis de l’eau dans leur vin pour trouver un terrain d’entente plutôt que de rester campés sur leur position de départ.

Dans une époque marquée par le cynisme en politique, ce type d’entente est un vent de fraicheur. Ce sont les francophones de partout au pays et la langue française qui en ressortent gagnants.

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Une stratégie politique à point

En obtenant l’appui du gouvernement du Québec à son projet de loi, la ministre Petitpas Taylor s’assure de son adoption aux Communes.

Sur Twitter, le ministre Roberge a qualifié la version amendée du projet C-13 «d’avancée majeure pour la vitalité du français au Québec et au Canada».

Les troupes de Pierre Poilievre souhaitent faire des gains au Québec lors des prochaines élections fédérales. Ce serait partir d’un bien mauvais pied pour eux que de voter contre un projet qui renforce la protection du français, pas seulement selon les dires des libéraux, mais aussi ceux du gouvernement du Québec.

— Guillaume Deschênes-Thériault, chroniqueur - Francopresse

Des élus conservateurs du Québec se sont d’ailleurs posés à plusieurs reprises en tant que défenseurs des communautés francophones au Canada dans les derniers mois.

Cette entente à caractère historique entre Québec et Ottawa sur la protection du français place le Bloc québécois dans une position délicate. La formation politique exploite généralement à son avantage les désaccords entre les deux ordres de gouvernement, en particulier sur les questions linguistiques ou identitaires.

Après cette sortie du ministre Roberge, il serait aussi malaisé pour les bloquistes de voter contre le projet de loi C-13 sans entacher leur crédibilité.

Un vote contre le projet serait associé à une préférence pour la perpétuation des disputes entre Ottawa et Québec plutôt que la recherche de solution gagnant-gagnant.

Enfin, l’appui des néodémocrates au projet ne fait aucun doute.

Un vote unanime?

Rappelons qu’au cours des derniers mois, ce ne sont pas seulement les partis d’opposition qui ont mis des bâtons dans les roues au gouvernement dans le dossier de la modernisation de la Loi sur les langues officielles. Des députés libéraux montréalais ont remis en question publiquement le projet de loi au nom de la protection de la minorité anglophone du Québec.

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Le premier ministre Justin Trudeau devrait imposer la ligne de parti à l’ensemble de son caucus. Il s’agirait d’une reconnaissance du travail accompli par la ministre Petitpas Taylor, qui a mené à bien un engagement électoral du Parti libéral.

De plus, un vote unanime de la Chambre des communes sur le projet de loi C-13 aurait une forte portée symbolique quant à l’importance des langues officielles au Canada. Il serait malvenu que les seuls votes défavorables à ce projet proviennent des rangs des libéraux.

Des fonds supplémentaires pour les langues officielles

Par un concours de circonstances, quelques jours avant la fin des travaux en comité entourant C-13, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, a dévoilé le budget fédéral de 2023.

Ce budget prévoit une enveloppe de 1,1 milliard de dollars supplémentaires pour les langues officielles au courant des cinq prochaines années.

Les détails concernant ces nouveaux investissements seront dévoilés lors du dépôt du Plan d’action pour les langues officielles, prévu en principe d’ici la fin avril. Une partie de ces fonds pourrait aussi être consacrée à la mise en œuvre de la loi modernisée.

Pour la ministre Petitpas Taylor, l’obtention de fonds supplémentaires dans cet exercice financier est un autre bon coup. Il s’agit certainement du fruit d’un important travail en coulisses pour s’assurer que les langues officielles obtiennent leur part du gâteau.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Guillaume Deschênes-Thériault est doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa. Il détient un baccalauréat de l’Université de Moncton et une maitrise de l’Université d’Ottawa. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse aux communautés francophones en situation minoritaire, avec un intérêt particulier pour l’enjeu de l’immigration. Depuis mai 2021, il est conseiller à la municipalité de Kedgwick au Nouveau-Brunswick.

La plupart des communautés francophones en situation minoritaire (CFSM) sont mal desservies en formation artistique.

Il s’agit d’une des conclusions d’un rapport publié par Sociopol en 2021, repris par la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) dans son mémoire sur les arts et la culture dans l’éducation postsecondaire en français.

Manque de formation

Ainsi, en dehors de l’Université d’Ottawa et de l’Université de Moncton, «aucune autre n’offre de programmes en théâtre, en arts visuels ou en musique», rapporte la FCCF.

Selon le mémoire, seuls trois autres établissements offrent des programmes en études françaises : l’Université de Saint-Boniface au Manitoba, l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse et le Collège Glendon de l’Université York à Toronto. Le Campus Saint-Jean à Edmonton offre quant à lui un programme en arts dramatiques.

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La FCCF rapporte toutefois que le collège La Cité à Ottawa offre quelques programmes en animation 3D, en design graphique, en arts numériques et en production télévisuelle. Tandis que le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick propose un programme de conception graphique et un autre de créativité et innovation.

Problème de rétention

Joël Beddows est professeur de théâtre à l’Université d’Ottawa. Il observe un enjeu géographique dans l’enseignement du théâtre.

Photo : Maud Chauvin

Selon la FCCF, ce manque de formation a de lourdes conséquences sur les communautés francophones en situation minoritaire.

D’une part, «elles se trouvent à perdre ainsi nombre de jeunes francophones qui vont poursuivre leur carrière artistique en anglais ; d’autre part, elles peinent à retenir les autres, qui ont reçu une formation en français, mais qui sont tentés de mener leur carrière ailleurs, au Québec notamment. […] Les artistes formés par les grandes écoles montréalaises ne rentrent presque jamais dans leurs communautés d’origine : ils sont formés en fonction du milieu montréalais, ses besoins et ses normes», déplore la FCCF dans son mémoire.

Selon Joël Beddows, professeur de théâtre à l’Université d’Ottawa, c’est surtout la distribution géographique qui pose problème.

«Notre mandat comme école, ce n’est pas de nourrir le milieu théâtral d’Ottawa et Gatineau uniquement», insiste-t-il. Le professeur encourage souvent les finissants à aller travailler ailleurs, comme dans leur province d’origine pour fournir les théâtres qui les attendent là-bas.

«On se voit comme un berceau, poursuit-il. De rester trois ans dans un lieu avec des profs qui connaissent les réalités d’ailleurs, qui vous forment en fonction d’un choix de rester ou partir […] on est la seule école qui fait ça ; qui dit : “partez, volez, volez!”» Pour lui, l’Université d’Ottawa «est une école franco-canadienne».

Pas d’arts, pas de francophonie

Les arts et la culture ne sont pas un dessert dont on peut se passer. C’est un plat de résistance, surtout en milieu minoritaire.

— Nancy Juneau, présidente de la FCCF

Selon Nancy Juneau, la présidente de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), l’art permet de faire communauté. 

Photo : Julie D’Amour Léger

«L’art permet de faire communauté. […] Où sont les lieux où on peut faire communauté? Ben, c’est souvent autour d’un spectacle, autour d’un atelier, affirme-t-elle. C’est ce qui permet aux communautés de s’affirmer, d’avoir un sens d’identité, la résistance à l’assimilation, à l’aliénation et à l’acculturation.»

D’après elle, le manque de formation artistique en français peut être un «frein supplémentaire à créer une relève dans la discipline artistique».

La culture fait partie des indicateurs de vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire de Patrimoine canadien.

Selon le ministère, la vitalité de ces communautés se manifeste notamment par «des activités culturelles et de loisirs.»

Former les formateurs

Dorothée Tölgyesi termine un baccalauréat combiné danse-éducation à l’Université de Calgary. Un programme en anglais qui lui permet d’approfondir sa formation en danse contemporaine tout en étudiant les sciences de l’éducation. Avec cette formation, elle aura la possibilité d’enseigner la danse.

Dorothée Tölgyesi est étudiante au baccalauréat combiné danse-éducation de l’Université de Calgary. 

Photo : Caitlyn Unrau

«C’est important d’avoir des profs de danse qualifiés qui comprennent le développement des enfants [et des adolescents], souligne-t-elle. Les enfants sont déjà des êtres très vulnérables et mettre des gens en charge d’eux, comme modèles, qui ne comprennent pas l’impact qu’ils peuvent avoir sur des gens vulnérables comme ça, je pense que ça peut être très dangereux.»

Dorothée Tölgyesi espère que son programme sera un jour disponible en français. «Il y a tellement une grande vie culturelle francophone, surtout dans le monde de la danse. Le gros est à Montréal. Il y en a beaucoup à Toronto aussi, mais il y a tellement d’artistes francophones qui n’ont pas la chance de pratiquer en français.»

Elle aurait pu poursuivre une carrière en danse sans poursuivre d’études postsecondaires, mais elle a entendu l’appel de l’éducation.

«Je voulais me pousser intellectuellement aussi et je voulais voir les autres sphères de la danse. Je trouve que l’université a ouvert mes yeux à tellement de choses, dit-elle. Ça m’a ouvert beaucoup de portes.»

En rencontrant d’anciens étudiants, elle s’est aperçu qu’être interprète n’est pas la seule voie possible. C’est ainsi qu’elle s’est intéressée aux autres spécialités de la danse, comme la pédagogie du mouvement. La formation en éducation lui permet de compter sur une sortie de secours si jamais elle est confrontée à des difficultés d’emploi.

«Le monde a toujours besoin de profs. […] Je pense que ce qui m’inquiète le plus, c’est voir qu’en temps de crises, les arts sont la première affaire à se faire couper. C’est malheureux parce que c’est ça qui tient une société ensemble», déplore l’étudiante.

Certains artistes ne passent pas par le postsecondaire. «On peut apprendre sur le tas, mais c’est beaucoup plus long et la reconnaissance est plus longue aussi», explique Joël Beddows. 

Le programme de théâtre de la capitale offre des cours sur la carrière et affichera bientôt les curriculums vitae des finissants sur le site Web du département.

«Chaque printemps, on fait une compétition ici et on donne une subvention de 15 000 $ pour un premier projet professionnel à nos finissants au conservatoire, lance-t-il. Il y a des choses qu’on peut faire comme institution, comme école de théâtre, pour les aider, pour bien les lancer.»

«Toutes les provinces et tous les territoires ont reçu la même offre» en matière d’accès à la santé dans la langue de la minorité, a indiqué le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos devant le Comité sénatorial des langues officielles le 17 avril.

Au début février, le gouvernement a conclu une entente avec les provinces et les territoires pour augmenter les transferts fédéraux en santé de 46,2 milliards pour les dix prochaines années.

Les ententes entre les provinces, les territoires et le fédéral comprennent des «indicateurs clés», comme l’embauche de personnel de la santé ou le taux d’accès à la médecine familiale, pour faire respecter les clauses linguistiques. Un suivi des progrès en matière d’accès aux soins dans la langue de son choix fait également partie du marché conclu avec les provinces.

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Le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, a reconnu que les provinces et les territoires étaient «encouragés» à respecter leurs obligations linguistiques.

Photo : Courtoisie Facebook

Engagement de façade?

«Lorsque [les provinces et territoires] acceptent une lettre d’entente de principe, ils doivent répondre essentiellement et explicitement qu’ils sont d’accord sur l’importance d’avoir des indicateurs dans leurs plans», a précisé le ministre.

Mais si le gouvernement les «encourage» à respecter leurs obligations linguistiques au sein des transferts, rien ne les y contraint réellement.

Certaines ententes en cours de négociation contiendraient un «engagement» de la part des provinces et des territoires pour améliorer les services pour les populations en quête d’équité, dont les CLOSM.

Ces ententes sont «un outil que nous pouvons utiliser, pour nous assurer qu’ils améliorent les services aux communautés de langue officielle en situation minoritaire», a renchéri la sous-ministre Jocelyne Voisin devant le Comité.

Tout au long de la rencontre, le ministre Duclos et les fonctionnaires du ministère fédéral de la Santé ont répété avec insistance que les provinces et les territoires étaient compétents pour gérer la livraison des services de santé.

Peu de données sur l’accès à la santé dans les CLOSM

Interrogé par le sénateur Pierre J. Dalphond sur la qualité des informations des usagers et des professionnels de santé, incluant les préférences linguistiques, le ministre Duclos a affirmé que pour bâtir les ententes avec les provinces, son ministère disposait de huit indicateurs «de haut niveau», dont la santé mentale, les travailleurs en médecine familiale ou encore l’usage des données.

Il a néanmoins reconnu que les données de base dont son ministère dispose sont peu exploitées pour tirer des analyses, notamment en ce qui concerne la santé publique dans les CLOSM.

«Dans la plupart des cas, nous n’avons pas d’information sur l’accès à la médecine familiale en milieu rural», a pointé Jean-Yves Duclos.

Un travail plus approfondi «au cours des prochaines années» avec l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) permettrait d’exploiter ces données, a indiqué le ministre, qui ne s’y est pas formellement engagé pour autant.

Mobilité et personnel étranger : un consensus «dans les prochains mois»

L’assurance de Jean-Yves Duclos a plutôt porté sur le consensus «dans les prochains mois» concernant la mobilité des professionnels de santé entre les provinces et territoires. Le Conseil de la fédération l’aurait pratiquement décidé.

Le ministre a pris l’exemple du registre régional de médecins et chirurgiens, porté par les provinces de l’Atlantique. «Un médecin qui travaille dans l’une des quatre provinces [de l’Atlantique] pourra travailler dans l’une des quatre autres», a-t-il rappelé.

Le ministre a parlé d’un «consensus encore meilleur» pour les professionnels de la santé formés à l’étranger, pour qui la reconnaissance des titres et compétences est ardue au Canada.

Lorsqu’une province pourra reconnaitre les compétences de travailleurs formés à l’étranger, ces derniers pourront plus facilement se déplacer ou offrir leurs services de manière virtuelle et collaborative. Cela comprend les populations vivant en situation linguistique minoritaire.

— Jean-Yves Duclos

Mais au moment de répondre sur la vérification des titres de ces personnes, le ministre de la Santé s’est contenté de réitérer que les provinces et territoires étaient compétents. «Si on facilite la venue des travailleurs étrangers, on facilite la venue de ceux qui peuvent venir en milieu minoritaire», a-t-il fait valoir.

Jean-Yves Duclos a notamment fait valoir qu’il existait le Programme pour les langues officielles en santé (PLOS), créé en 2003, qui a formé 10 000 professionnels de la santé bilingue.

Il a aussi rappelé que le Budget 2022 avait aidé 11 000 personnes à travailler dans les CLOSM. Mais, encore une fois, aucun engagement n’a été pris devant le Comité.

La présidente du Conseil du Trésor, Mona Fortier. 

Photo : Inès Lombardo - Francopresse

«On souhaite mettre les efforts à la table de négociations pour s’assurer d’avoir une entente et livrer ces services-là», incluant les services offerts aux francophones du pays, a martelé la présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier devant les journalistes le 19 avril.

«Cette grève va retarder tout ce que fait le gouvernement, analyse François Rocher, professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ça touche aussi la modernisation de la Loi sur les langues officielles et la mise en œuvre du Plan d’action. Je vois difficilement comment c’est possible d’offrir via les organismes francophones sans fonctionnaires.»

L’universitaire estime également qu’à la fin de la grève, les fonctionnaires risquent de devoir travailler davantage pour rattraper le retard des affaires gouvernementales.

Les fonctionnaires fédéraux sont sans contrat de travail depuis deux ans. 

Photo : Inès Lombardo - Francopresse

Enjeux salariaux

Depuis près de deux ans, l’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC) et le Conseil du Trésor négocient, entre autres, les conditions salariales et celles qui entourent le télétravail des fonctionnaires depuis la pandémie.

L’AFPC demande 4,5 % d’augmentation salariale par année pour les trois prochaines années. Mais le Conseil du Trésor a proposé 9 % d’augmentation salariale sur la même période dans sa dernière offre.

Une offre jugée insuffisante pour répondre au cout de la vie, estime Diane Girouard, fonctionnaire rencontrée sur les piquets de grève mercredi à Ottawa.

«Ce n’est pas assez. Avec les augmentations de l’épicerie, de l’essence, c’est plus abordable… J’ai aucune idée comment les jeunes font pour obtenir une maison. C’est presque impossible de vivre une vie calme sans le souci des finances», précise-t-elle.

Diane Girouard, fonctionnaire rencontrée au piquet de grève, enregistre les membres des syndicats qui arrivent sur les piquets. 

Photo : Inès Lombardo — Francopresse

Le retour au travail par force de loi?

À la question d’un projet de loi qui forcerait le retour au travail des grévistes, le premier ministre Justin Trudeau a expliqué en mêlée de presse mercredi que son gouvernement attendait le débouché des négociations. Il a ajouté qu’il ne pouvait se prononcer sur la question au premier jour de grève, laissant planer la possibilité d’un tel projet de loi.

Selon le chef du NPD Jagmeet Singh, présent sur les piquets, la grève est le «seul outil quand le contrat n’est pas satisfaisant». 

Photo : Inès Lombardo — Francopresse

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a réitéré que son parti ne soutiendrait pas une loi forçant le retour au travail des fonctionnaires. Présent aux côtés des grévistes ce mercredi, il a affirmé que «la décision de la longueur de la grève est entre les mains du gouvernement. Ils ont la responsabilité de négocier un contrat de bonne foi qui respecte leurs travailleurs qui ont livré l’aide aux Canadiens pendant la pandémie».

Jagmeet Singh ne serait «pas surpris» si les conservateurs choisissaient d’appuyer le gouvernement si ce dernier va de l’avant avec une telle décision.

C’est aussi l’avis du professeur François Rocher, pour qui le recours au retour forcé au travail est inévitable : «Pour avoir vu des situations semblables à l’échelle provinciale, c’est la solution rapide du gouvernement.»

Le ministre de l’Immigration, Sean Fraser, la présidente du Conseil du Trésor, Mona Fortier, la ministre du Revenu national, Diane LeBouthilier et la ministre de la la Famille, des Enfants et du Développement social, Karina Gould en conférence de presse le 19 avril.

Inès Lombardo — Francopresse

Des délais supplémentaires pour les passeports et les demandes de visas

En conférence de presse, les ministres Gould, Fortier, Fraser et Lebouthillier ont fait le point sur les services affectés par la grève au sein de leurs ministères respectifs.

En pleine saison des impôts, toutes les déclarations de revenus non électroniques, qui nécessitent des «manipulations papier», subiront d’importants retards, a rapporté la ministre du Revenu national Diane Lebouthillier.

L’Agence de revenu du Canada (ARC) effectuera un allègement des pénalités de retards. Les Canadiens et les entreprises concernés devront en faire la demande.

Les demandes de visas et de passeport seront aussi affectées.

La ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Karina Gould.

Par exemple, Service Canada reçoit près de 85 000 demandes de passeports par semaine. «Nous avons une capacité de traiter entre 160 000 et 200 000 passeports, a précisé la ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social Karina Gould. […] Si nous perdons une semaine de traitement de demande, des dizaines de milliers de dossiers feront partie des arriérés.»

Interrogée sur sa marge de manœuvre pour ne pas répéter la situation chaotique de l’été 2022 pour les demandes de passeports, cette dernière a assuré être «dans une position plus solide que l’an dernier. On ne s’attend pas à des files devant les bureaux de Services Canada comme l’an dernier. Mais chaque jour de grève, il y aura un arriéré».

De son côté, le ministre de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), Sean Fraser, gère actuellement un inventaire de plus d’un million de demandes de visas. Il a déploré en point de presse que la grève «aura une incidence sur les gains réalisés pour réduire ces arriérés depuis la pandémie», sans préciser à quoi la population doit s’attendre comme délais.

Hors grève, le ministère avait déjà été épinglé à plusieurs reprises l’an dernier pour ses délais de traitements, notamment en Afrique.

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L’Agence de revenu du Canada (ARC)

Les services maintenus :

Les services touchés :

Un allègement des pénalités ou intérêts sera effectué par l’ARC pour les Canadiens qui ne peuvent se soumettre à leurs obligations en matière fiscale. La demande doit être faite par la poste ou électroniquement sur le site Web de l’Agence du revenu du Canada.

Services Canada

Les services maintenus :

Les services touchés :

Ministère de l’Immigration

Les services maintenus :

Les services touchés :

Les interprètes dénoncent de nouveau leurs conditions de travail. De nouvelles règles annoncées par le Bureau de la traduction, qui emploie les interprètes indépendants, mettraient leur santé en danger.

Les nouvelles règles en matière d’approvisionnement «exposeraient leur santé auditive à des risques accrus, exacerberaient la pénurie déjà aigüe des interprètes disposés à travailler pour le Parlement et saperaient les conditions nécessaires à un service de qualité», affirme, dans un communiqué, l’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) Canada.

Ce n’est pas la première fois que l’AIIC Canada fait part de ses craintes sur les conditions de travail et la pénurie qui touchent les interprètes au Parlement.

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L’une des nouvelles mesures consiste à les faire travailler des quarts de six heures à distance, ce qui les exposerait «aux effets nocifs d’un son compressé et modifié numériquement», précise le document.

L’AIIC Canada affirme aussi que le Bureau de la traduction n’indique pas de limites pour réduire le temps d’exposition au son compressé. Or, selon l’organisme, ces limites sont nécessaires pour éviter que l’exposition à ce son n’affecte la santé.

En outre, le temps d’exposition concernerait seulement les interprètes indépendants lorsqu’ils interprètent et non lorsqu’ils écoutent.

Les 120 000 membres de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) ont voté en faveur d’un mandat de grève. Le vote s’est tenu à l’échelle nationale, du 22 février au 11 avril 2023.

Le président national de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), Chris Aylward, a affirmé qu’«une majorité écrasante» de membres avaient voté en faveur de la grève sans en dévoiler le pourcentage.

Photo : Courtoisie AFPC

«Le cout de la vie a atteint des sommets inégalés en 40 ans et les gens ont de la difficulté à joindre les deux bouts», a déclaré Chris Aylward, dans un communiqué. Le président national de l’AFPC a affirmé qu’«une majorité écrasante» avait voté en faveur de la grève sans en dévoiler le pourcentage.

«[Nos membres] choisissent d’exercer leur pouvoir de négociation, parce qu’ils ont attendu assez longtemps. Les factures, elles, n’attendent pas. Leurs familles ne peuvent plus attendre. Personne ne peut attendre plus longtemps», a-t-il ajouté.

Les négociations avec le Secrétariat du Conseil du Trésor ont débuté en juin 2021, mais c’est depuis mai 2022 que l’AFPC a estimé que les discussions se sont retrouvées dans une impasse «devant une offre salariale insultante».

Les négociations achoppent sur le télétravail, la sous-traitance et les augmentations de salaire. L’Alliance de la fonction publique réclame une augmentation de salaire de 4,5 % par année de 2021 à 2023 alors que le gouvernement fédéral propose une augmentation moyenne de 2,6 % par année.

Les négociations sont toujours en cours.

Des membres du conseil d’administration, de la haute direction et des mentors de la Fondation Trudeau ont démissionné en bloc en raison d’enjeux «éthiques» liés à un don de 200 000 $ émanant de la Chine.

La Fondation Trudeau n’a pu retourner le don de 200 000 $ faute de pouvoir le retracer.

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

La Fondation Trudeau a justifié en début de semaine la démission de membres de son conseil d’administration et de sa haute direction en raison d’une «politisation de la Fondation» rendant le maintien du statuquo impossible.

La Presse a révélé le lendemain de l’annonce que la Fondation était dans l’impossibilité de rembourser le don. Le nom de l’émetteur du chèque ne serait pas le véritable nom du donateur. Comme l’identité du «vrai donateur» n’apparait pas dans les livres, la Fondation ne peut émettre légalement le chèque de remboursement.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a demandé que la vérificatrice générale mène une enquête indépendante.

«Ces révélations, dans la foulée de la démission en bloc des administrateurs de la Fondation qui déplorent un climat toxique et l’absence d’une enquête indépendante, sont extrêmement préoccupantes», a développé l’élu dans une lettre ouverte envoyée jeudi.

Accompagné de son homologue ukrainien Denys Chmyhal, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé mardi l’envoi de 21 000 fusils d’assaut, 8 mitrailleuses et 2,4 millions de munitions à l’armée ukrainienne.

Un nouvel accord signé entre les deux pays mardi facilite également le travail et le voyage des jeunes Ukrainiens et Canadiens dans les deux pays.

Parallèlement, Moscou aurait revendiqué des attaques de pirates sur les sites internet officiels du premier ministre Trudeau et du Sénat canadien dès le début de semaine, coïncidant avec la venue de Denys Chmyhal.

Ces attaques ont été revendiquées par un groupe prorusse.

Selon le Globe and Mail, des documents qui auraient fuité du Pentagone auraient révélé que «des cyberattaques russes auraient causé des dommages à une entreprise énergétique canadienne», plus particulièrement au fonctionnement d’un gazoduc.

Ces informations ont été minimisées par Justin Trudeau qui, selon l’article, a assuré que ces attaques n’avaient pas causé de «dommages physiques» aux infrastructures ciblées.

À cela s’ajoute une attaque revendiquée par des pirates prorusses contre Hydro-Québec, jeudi, provoquant la fermeture du site internet, de l’espace client et de l’application de la société d’État.

La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 4,5 % pour la troisième fois depuis le début de l’année.

Photo : Banque du Canada – Creative Commons Attribution 2,0

Pour la troisième fois consécutive depuis janvier 2023, la Banque du Canada a annoncé mercredi le maintien du taux directeur.

L’inflation annuelle s’élevait à 5,2 % en février au pays. En conférence de presse mercredi, le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a affirmé que «l’inflation baisse vite et devrait se situer autour de 3,0 % cet été».

L’objectif de la Banque du Canada est de stabiliser le taux d’inflation à 2 %. De mars 2022 à février 2023, l’institution a haussé son taux d’intérêt directeur à huit reprises.

Sur le marché de l’emploi, «la demande continue de dépasser l’offre et le marché du travail reste tendu, a indiqué la Banque par voie de communiqué

«Même si l’enquête sur les perspectives des entreprises menée par la Banque donne à penser que les pénuries aigües de travailleurs commencent à s’atténuer, la progression des salaires est encore élevée par rapport à celle de la productivité.»

Je ne répèterai pas les énormités et les mensonges qui servent à soutenir les mouvements antitrans ni les calomnies qui se répandent. Je rappellerai plutôt que les personnes trans ont toujours existé, même si leurs modalités d’expression et de compréhension de leur genre ont pu changer au fil des époques et des cultures.

Toutefois, leur présence au sein de la société canadienne n’est souvent soulignée publiquement que par une participation mitigée à la journée du souvenir trans, qui marque la violence inouïe à laquelle les personnes trans sont exposées, ou encore à la journée de la visibilité transgenre, visibilité qui peut d’ailleurs ouvrir à de nouvelles menaces lorsqu’elle ne s’accompagne pas de davantage de mesures pour assurer leur sécurité.

Comme l’explique la militante et autrice Lexie, «[o]n ne voit pas les personnes trans, on voit ce qui intéresse les personnes cisgenres sur les personnes trans» : les questions «choquantes», les suicides, les assassinats.

Être visible dans un contexte où la violence demeure encore plus présente que pour la plupart des autres catégories sociales reste un danger ; mais n’être visible que par ces dangers ne contribue pas à faire connaitre les diverses manières de vivre et de comprendre le genre qui ont pu exister au fil de l’histoire. Il en faut encore davantage pour appuyer les personnes trans, qu’elles soient jeunes ou vieillissantes.

Le Canada peut-il répondre à la situation américaine?

La mécompréhension et la haine n’existent pas que du fait de l’ignorance.

Aux États-Unis, une jeune personne trans sur quatre vit dans des États où les soins d’affirmation de genre ont été bannis, et une autre sur les mêmes quatre risque de perdre l’accès à ces soins. Dans certains cas, un enfant trans pourrait même être enlevé à ses parents.

Ces lois et projets de loi sur les soins de santé ne représentent qu’environ un quart des mesures législatives qui visent les personnes trans ou non conformes au genre.

Notons que si certains États – comme le Minnesota – avancent dans la direction opposée, se présentant même comme États refuges pour les personnes trans et leur famille, il est loin d’être certain que ces mesures suffiront à les protéger.

Heureusement, la situation est tout autre au Canada.

Une loi adoptée en 2017 a rendu illégale la discrimination ainsi que la propagande haineuse sur la base de l’identité ou de l’expression de genre, et fait des préjugés et de la haine en relation au genre, une circonstance aggravante lorsqu’un crime est commis.

Afin d’étendre ces protections aux populations des États-Unis et du Royaume-Uni, où des mesures législatives similaires à celles des États-Unis sont en cours de préparation, une pétition a récemment été lancée afin de faciliter l’accès au statut de réfugié pour les personnes trans de ces pays jugés sécuritaires – et de tout pays.

Mais même si, à terme, la pétition pourrait mener à des mesures législatives, il faudra plusieurs changements pour offrir un refuge aux Américains et Américaines, qui se le voient refuser la plupart du temps.

Le Canada répond-il à sa propre situation?

Notons toutefois que l’état des choses au Canada est loin d’être si propice à une bonne vie pour les personnes trans et plus largement pour les communautés de la diversité sexuelle et de genre.

Les délais demeurent longs pour avoir accès aux chirurgies d’affirmation de genre : il faut environ deux ans simplement pour avoir accès aux cliniques spécialisées de Montréal et de Vancouver – les deux seules au pays. Les personnes réfugiées 2ELGBTQIA+ ne reçoivent pas le soutien nécessaire pour surmonter les obstacles posés par une discrimination qui demeure bien réelle.

Cette discrimination s’étend aux soins de santé – et même au système juridique, qui devrait pourtant servir à l’enrayer.

Une campagne est en cours pour influencer les conseils scolaires et les conseils d’école, voire prendre leur contrôle afin d’empêcher l’enseignement des connaissances liées au genre et à la sexualité.

Et on voit aussi au Canada une augmentation du nombre de crimes haineux commis contre les personnes trans, en particulier et plus généralement contre les personnes 2ELGBTQIA+.

Comment savoir?

Ces remises en question des connaissances qui ont été développées au sein des milieux médicaux ainsi que les communautés de la diversité sexuelle et de genre sèment la confusion et la haine. Elles contribuent à réduire l’appui pour les mesures qui visent à protéger les personnes trans et pour les programmes qui cherchent à démanteler les obstacles aux services dont profite déjà le reste de la population (pensons au traitement hormonal substitutif).

C’est ainsi qu’une centaine de personnes se sont exprimées à Saskatoon sur la question de l’accès aux toilettes : on y a créé un débat qui fait place autant aux perspectives informées qu’à celles qui sont la conséquence de préjugés et de l’incitation à la haine.

Pourtant, y a-t-il mieux comme spécialistes de ces enjeux que les personnes qui vivent une vie trans, c’est-à-dire qui ont eu à se questionner, à faire des essais, à se renseigner, à théoriser, à échanger avec leurs proches, à créer de nouvelles relations ; qui ont dû tenir ferme souvent devant l’abandon par leurs proches ou encore devant le harcèlement, la perte d’emploi, les menaces, la violence subie, la mort violente des autres personnes trans?

Il faut ainsi célébrer la création d’un programme de mentorat par les pairs à Regina (notamment grâce au soutien de l’entreprise bilingue Ivy + Dean Experts-Conseils) ou encore l’embauche (en 2017) du professeur transgenre Alexandre Baril à l’Université d’Ottawa.

Avec le succès de la littérature trans, on peut également se tourner vers le roman de Gabrielle Boulianne-Tremblay ou encore les recueils de poésie de Pascale Bérubé et de Xavier Gould, dans lesquels ces artistes littéraires explorent tant les réalités vécues que leurs espoirs.

Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont «La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie» (Metispresses, 2018).

«Pour avoir une bonne vie dans le monde de la comédie, il faut que tu deviennes moyennement connu. […] C’est difficile de faire assez d’argent pour vivre confortablement, tandis qu’avec la physique ou les sciences ou n’importe quel autre job, ce n’est pas un concours de popularité pour bien se faire payer.»

Apollo Sévigny entend ce discours sur l’art professionnel depuis toujours. «Je voulais vraiment être actrice et là [je me suis dit] que c’est dur la comédie.» Après sa dernière année au secondaire à Yellowknife, iel étudiera au baccalauréat en physique l’Université McGill à Montréal.

«J’étais toujours vraiment bon en mathématiques et en sciences, alors j’ai pensé à ça, poursuit-iel. À un point, mon père a fait une blague que je devrais découvrir la téléportation. C’est plein de petits commentaires et d’idées… Doucement, j’ai [décidé] que j’allais étudier la physique.»

Apollo Sévigny est finissant à l’École Sir John Franklin (Yellowknife) et poursuivra des études en physique à l’Université McGill (Montréal).

Photo : Courtoisie

Nyamae Alloway est finissante à l’école Holy Heart of Mary (St. John’s) et fera une double majeure en arts et en sciences à la Memorial University (St. John’s).

Photo : Courtoisie

À Saint-Jean de Terre-Neuve, Nyamae Alloway a toujours été passionnée par les sciences humaines et naturelles. Elle entamera une double majeure en arts et sciences à la Memorial University en septembre.

Sa sœur, Letta, qui termine sa 10e année à l’école secondaire Holy Heart of Mary à Saint-Jean de Terre-Neuve, est encore indécise : «J’aime l’art et je veux continuer avec ça, mais je n’ai pas vraiment pensé à ce que je veux faire, avoue-t-elle. J’aime dessiner, la peinture, les tatouages, le maquillage.»

Mais Nyamae Alloway garde un œil sur sa cadette et ne l’encourage pas à poursuivre une carrière artistique : «Elle va dormir sur mon [canapé]! Je l’aime ma sœur, promis. Mais en même temps, je veux qu’elle ait un travail qui donne de l’argent.»

Consultez notre dossier «Le secondaire et après?»

D’où viennent ces préjugés?

«On associe les arts à la débauche, à la marge et la marge rend toujours inconfortable parce que ça dit des vérités qui sont inconfortables à entendre», rapporte Joël Beddows, professeur de théâtre à l’Université d’Ottawa. Pour lui, les idées reçues sur le milieu artistique prennent aussi racine au-delà de la sphère privée.

L’État ne prend pas les arts au sérieux.

— Joël Beddows, professeur de théâtre à l’Université d’Ottawa

Joël Beddows est professeur de théâtre à l’Université d’Ottawa.

Photo : Maude Chauvin

«Je ne parle pas juste du financement, je parle du cadre légal, explicite-t-il. Quand ton État ne reconnait pas le bienfondé de ton existence dans un contexte politique plus large, tu arrives mal à convaincre tes parents de te permettre de poursuivre tes études et là, les clichés prennent beaucoup de place.»

Également conseiller auprès du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, l’universitaire affirme que «les orienteurs dans les écoles secondaires ne font pas leur devoir […] ils parlent en clichés et pas en connaissance de cause, ils ne regardent pas vraiment les statistiques.»

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«Les gens confondent précarité et capacité à faire de l’argent, poursuit-il. Souvent quand on est dans les arts, on a de longues périodes sans rien, mais c’est la moyenne qui compte. Ça, il y a des gens qui n’aiment pas ça, ils veulent le salaire régulier.»

Suivre son cœur

Maxime Cayouette est responsable de la médiation et du développement des publics au Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) à Sudbury. Aujourd’hui, son choix est clair, mais pendant longtemps, les arts et les sciences ont partagé sa vie.

Élevé à Sudbury, il choisit l’école secondaire Macdonald-Cartier pour rejoindre la troupe de théâtre les Draveurs, tout en complétant un baccalauréat international en mathématiques.

À l’époque, il souhaitait compléter une Majeure Haute Spécialisation en arts. «On me disait souvent, famille et profs, que je devrais avoir un cours de science si jamais le théâtre ne marchait pas», raconte-t-il. Il s’inscrit donc à un cours de chimie qui l’empêchera, en raison d’un conflit d’horaire, de terminer sa majeure.

Maxime Cayouette est responsable de la médiation et du développement des publics au Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO).

Photo : Bennett Malcolmson

Son avenir parait alors dessiné : «Je me suis dit : “je ne me suis pas rendu aussi loin que j’aurais pu en arts, alors je vais continuer en sciences”.»

Au bout d’une année d’études en génie à l’Université d’Ottawa, le Franco-Ontarien décide de revenir à la maison. Pour être certain de son choix, il se pose alors une question simple : «Est-ce que je veux faire de l’argent ou quelque chose que j’aime?»

Il s’inscrit alors au programme de théâtre de l’Université Laurentienne. Au bout d’un an, l’établissement se met à l’abri de ses créanciers et le programme de théâtre est aboli.

 

Maxime décide d’abandonner ses études et devient animateur culturel au Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario. «J’ai été très chanceux de connaitre le monde, d’être intégré dans la communauté. Je pense que c’est surtout pour ça.»

«Mon introduction [au théâtre] était dans des camps de théâtre du Carrefour francophone, quand j’étais très petit, avec Miriam Cusson, relate-t-il. J’ai grandi ici, c’est ça qui m’a formé comme artiste. J’allais souvent voir des pièces de théâtre au Théâtre du Nouvel-Ontario. C’est toujours resté une partie de moi.»

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Se former à l’art

Maintenant à la retraite, Tibor Egervari a été professeur de théâtre à l’Université d’Ottawa. Selon lui, la rencontre avec l’art doit commencer jeune et doit être diverse : «Le gout est quelque chose qui se forme.»

Tibor Egervari est professeur émérite de théâtre à l’Université d’Ottawa.

Photo : Courtoisie

Pour lui, ce gout se forme d’abord dans la rencontre avec l’art : «Si vous avez 15 ans, 16 ans et que vous n’avez jamais entendu parler d’une tragédie française, grecque, d’une pièce du XIXe siècle ou du XXe siècle, et qu’on vous place devant ça, évidemment vous allez trouver ça terriblement ennuyeux, compliqué, différent, et vous avez forcément un préjugé devant ça.»

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«Il y a très peu de personnes dans une société en général qui vont au théâtre. Ça peut être très facilement considéré comme élitiste, comme la musique classique, comme certaines formes d’arts visuels», remarque Tibor Egervari.

On entend souvent que faire carrière dans le théâtre est difficile. Un préjugé qui n’est pas totalement faux, estime le professeur. «J’aurais quand même assez d’hésitation, assez de réticence, à conseiller quelqu’un de devenir artiste, partage-t-il. Ça ne paie pas la plupart du temps, ce n’est pas très facile. Il y a beaucoup plus d’appelés que d’élus.»

Pour devenir artiste selon lui, «il faut avoir une volonté à soi […] qui devrait normalement naitre au contact de cet art. Il ne faut certainement pas attendre que quelqu’un vous dise “vous devriez devenir comédien ou comédienne ou artiste peintre”».

Il s’agit de la quatrième recommandation sur les 12 que comprend le rapport du Comité permanent des langues officielles du Sénat intitulé L’immigration francophone en milieu minoritaire : une démarche audacieuse, coordonnée et renforcée.

Dans ce rapport, publié le 30 mars 2023, le Comité demande que ce programme distinct soit conçu en fonction des besoins de main-d’œuvre des communautés francophones en situation minoritaire.

Admission de résidents permanents de 2017 à 2022 selon la province ou le territoire.

Photo : Capture d’écran — Source Rapport L’immigration francophone en milieu minoritaire pour une démarche audacieuse, coordonnée et renforcée

«Bien qu’Entrée express ait permis des avancées, le Comité sénatorial favorise l’approche d’égalité réelle défendue dans DesRochers c. Canada (Industrie), et selon laquelle les minorités peuvent s’attendre à des programmes au contenu distinct de ceux de la majorité», justifie le Comité dans son rapport.

Ainsi, l’éducation, la petite enfance et la santé bénéficieraient de mesures spéciales.

Par ailleurs, des volets francophones seraient créés au sein des programmes déjà existants de parrainage familial, de réinstallation des réfugiés et de candidats des provinces.

L’accent serait aussi mis sur un programme pilote d’immigration francophone dans les communautés rurales, ce que plusieurs témoins ont revendiqué devant le Comité.

Une nouvelle cible à fixer

René Cormier est le président du Comité permanent des langues officielles du Sénat.

Photo : Ericka Muzzo — Francopresse

Le gouvernement fédéral a finalement atteint sa cible de 4,4 % d’immigration francophone en 2022, soit presque 20 ans après l’avoir établie. Cet objectif a été atteint «de peine et de misère», souligne le Comité, qui recommande de fixer une nouvelle cible pour les immigrants d’expression française qui s’établissent à l’extérieur du Québec.

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«En retardant l’atteinte de sa cible, le gouvernement fédéral a privé les minorités francophones d’une population qui aurait pu s’installer, s’intégrer et contribuer à leur épanouissement», peut-on lire dans le document. Les sénateurs ne recommandent toutefois pas de cible précise, se gardant de «prendre position».

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) avait de son côté réclamé à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) des «cibles de réparation» dès 2022, pour rétablir le poids démographique des francophones au Canada à son niveau de 2001.

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Selon le rapport sénatorial, un élément a aidé le gouvernement fédéral : le changement de définition de la proportion d’immigrants francophones en 2019. Cette année-là, la cible a dépassé les 2 %.

Comme le rappelle le rapport du Comité permanent des langues officielles du Sénat, avant 2019, la définition des immigrants francophones d’IRCC incluait les personnes ayant le français comme langue maternelle ou ayant une langue officielle connue à l’admission comme immigrant.

Le changement de définition est plus inclusif en 2019 : soit les personnes avaient le français comme seule langue officielle connue à l’admission ; soit elles avaient une connaissance des deux langues officielles, avec pour condition d’être plus à l’aise avec le français.

Pour parvenir à une cible juste, le rapport du Comité recommande la mise à jour des données de Statistique Canada fondées sur le Recensement de 2021.

Les auteurs du rapport demandent une collaboration avec les provinces et territoires, «en consultation avec les municipalités et les communautés francophones en situation minoritaire» pour cibler la proportion de candidats francophones dans chacune des catégories d’immigration. Le ministère de l’Immigration devra rendre des comptes au Parlement et au public.

Par ailleurs, le Comité sénatorial demande au ministre de l’Immigration et à la ministre des Langues officielles une bonification du budget pour l’immigration francophone dans le prochain Plan d’action pour les langues officielles, notamment pour aider les employeurs qui recruteront des immigrants francophones.

Le budget fédéral 2023 a en partie répondu à cette demande, avec une injection de 123,2 millions de dollars.

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Miser sur les bassins francophones

Entre autres recommandations phares, le Comité souhaite voir également le recrutement d’immigrants dans des bassins francophones «prometteurs» notamment en Afrique et dans d’autres pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Le ministre d’IRCC, Sean Fraser, a annoncé récemment en mêlée de presse que «la stratégie [pour recruter des immigrants en Afrique, NDLR] fera partie de la stratégie d’immigration francophone, mais qu’il y aura des éléments spécifiques qu’on développera au niveau des cibles pour les francophones d’Afrique».

Photo : Inès Lombardo — Francopresse

«Le Comité sénatorial convient que les capacités d’IRCC en Afrique subsaharienne ne sont pas suffisantes», précise le rapport.

C’est pourquoi les sénateurs demandent d’«accroitre les capacités des bureaux des visas en Afrique subsaharienne et évaluera les besoins dans les autres pays de la francophonie».

Fin juin 2022, le ministre de l’Immigration Sean Fraser a annoncé l’ouverture d’un bureau des visas en plus de celui de Dakar, pour «améliorer le traitement des demandes pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, dans les deux langues officielles».

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Le ministre y voyait «une grande opportunité pour augmenter le nombre de nouveaux arrivants de l’Afrique de l’Ouest».

Dix mois plus tard, le bureau du ministre Fraser a affirmé dans un courriel à Francopresse que cette «nouvelle section bureau» ne traite pas les demandes de visas des immigrants, mais «sera chargée de l’impression des visas, ce qui réduira les délais et les couts d’acheminement des documents».

La recommandation d’accroitre le traitement des demandes en Afrique de l’Ouest permettra de faciliter un autre dossier sur lequel IRCC s’est fait épingler à maintes reprises ces dernières années : le recrutement d’étudiants provenant de pays africains francophones.

C’est pourquoi le Comité souhaite voir IRCC adopter une «meilleure promotion des réalités des communautés francophones en situation minoritaire dans l’ensemble des pays de la Francophonie», incluant celle des établissements postsecondaires hors Québec.

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Le ministère d’Affaires mondiales Canada est censé soutenir IRCC dans cette démarche, en fournissant des «ressources» aux institutions et organismes francophones minoritaires pour recruter et promouvoir à l’international.