le Mardi 5 juillet 2022
le Jeudi 9 juin 2022 13:00 | mis à jour le 9 juin 2022 13:03 Politique

Nouveaux arrivants : combler la pénurie de main-d’œuvre dans un système «décourageant»

  Photo : Hush Naidoo Jade Photography — Unsplash
Photo : Hush Naidoo Jade Photography — Unsplash
FRANCOPRESSE – IRCC investira 1,5 million $ dans l’espoir de mieux orienter les professionnels de la santé formés à l’étranger dans leur recherche d’emploi. Cette aide sectorielle est destinée à résorber la pénurie de main-d’œuvre dans le milieu de la santé, qui appelle à l’aide depuis plusieurs années.

Marie-France Lalonde, secrétaire parlementaire du ministre d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Sean Fraser.

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Le ministère d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) veut «faire tomber les barrières» que rencontrent les professionnels de la santé lorsqu’ils s’installent au Canada.

C’est ce qu’a expliqué Marie-France Lalonde, secrétaire parlementaire du ministre d’IRCC, lorsqu’elle a annoncé le lundi 6 juin la bonification du Réseau national de navigation pour les nouveaux arrivants (N4), créé en 2019.

Monté par le Centre hospitalier pour enfants d’Ottawa (CHEO), ce réseau œuvre «pour la diversité de fournisseurs qui aident les nouveaux arrivants à naviguer dans les systèmes complexes de soins de santé et de services sociaux canadiens».

Selon Marie-France Lalonde, l’octroi à N4 de 1,5 million $ supplémentaire contribuera à «combler [la pénurie de main-d’œuvre] dans le domaine de la santé et aider [les nouveaux arrivants] à mieux connaitre les ressources disponibles. On a vu l’ampleur du manque de main-d’œuvre, particulièrement en santé durant la pandémie. [Le réseau aide aussi] à la reconnaissance des diplômes».

Appel à l’action du domaine de la santé

L’annonce d’IRCC a été faite le jour du lancement de la Conférence nationale sur le leadeurship en santé (CNLS), tenue virtuellement les 6 et 7 juin par SoinsSantéCAN et le Collège canadien des leadeurs en santé (CCLS). Le thème de cette année : «Exploiter le plein potentiel de notre leadership et de nos effectifs pour améliorer la santé».

À travers un appel à l’action aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, les deux organisations demandent la mise en œuvre de «cinq solutions durables […] pour s’attaquer aux causes profondes de la crise de la main-d’œuvre en santé».

L’une des recommandations est que les gouvernements prennent «le leadeurship dans l’élaboration et la coordination d’une stratégie nationale de ressources humaines en santé».

SoinsSantéCAN et le CCLS demandent aussi des investissements supplémentaires «pour rendre certaines disciplines plus attrayantes, améliorer les conditions de travail et clarifier les cheminements de carrière, en particulier pour les préposés aux bénéficiaires, les aides-soignants, les médecins et les infirmières».

Ils font également valoir un besoin de «données pancanadiennes minimales en matière de ressources humaines en santé» et un financement de stratégies «pour s’attaquer au fardeau de la charge de travail et améliorer l’équilibre travail-vie personnelle pour nos travailleurs de la santé».

Christine Kouri, gestionnaire de l’équité en santé et en diversité au CHEO.

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Christine Kouri, gestionnaire de l’équité en santé et en diversité au CHEO, confirme qu’il faudrait «une solution pancanadienne, car actuellement, la santé relève des provinces. Et même à l’intérieur du pays, c’est très difficile pour les nouveaux arrivants [de trouver du travail dans le domaine]».

Dans de nombreux cas, Christine Kouri rappelle que les nouveaux arrivants multiplient les candidatures dans plusieurs provinces pour avoir le plus de chances d’être pris. Mais le défi reste de faire valoir leur diplôme obtenu à l’étranger quand les provinces n’ont pas les mêmes exigences d’appréciation des diplômes.

Encore plus difficile pour les francophones

Roukya Abdi-Aden, gestionnaire au Réseau de développement économique et d’employabilité.

Photo : Courtoisie

Pour Roukya Abdi-Aden, gestionnaire en concertation nationale dans le secteur du revenu et du tourisme au Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE Canada), «il faut s’assurer que cette annonce ait un impact sur la reconnaissance des acquis».

«On fait venir des gens compétents, mais ils ne travaillent pas. Et pour les francophones, ça rajoute la barrière linguistique, donc c’est encore plus difficile pour [trouver un emploi]», lance-t-elle.

À lire aussi : Pénurie de main-d’œuvre francophone et immigration : les deux faces d’une même pièce

SoinsSantéCAN et le CCLS ont ainsi conclu dans leur appel à l’action publié après la conférence nationale en santé que «le temps est maintenant venu de modifier fondamentalement les structures systémiques qui ont favorisé la crise de la main-d’œuvre».

Le document précise : «Il est essentiel que nous commencions à travailler à la création d’une main-d’œuvre durable et prospère au Canada et à offrir des milieux de travail sécuritaires et inclusifs, ce qui se traduira par une meilleure qualité de la prestation des soins aux patients et de meilleurs résultats en santé».

Une demande d’emploi «très forte» dans un contexte de pénurie

À la suite de l’annonce d’IRCC, Christine Kouri affirme avoir reçu 130 demandes pour devenir membre du réseau N4 : «La demande a été est très forte. On était bouleversés des différentes histoires et de voir que [les professionnels de la santé] nouveaux arrivants avaient autant besoin d’aide. Ça rend triste, car ils sont tellement découragés avec le processus» de recherche d’emploi.

Moi-même, j’ai fait l’exercice [de chercher un emploi au Canada] comme si je venais du Liban. Mon Dieu, c’est un système très décourageant et compliqué!

— Christine Kouri, gestionnaire de l’équité en santé et en diversité au CHEO

Une partie du financement annoncé lundi servira à élaborer une formation virtuelle, accessible aux professionnels de la santé formés à l’étranger (PSFE) de partout au pays. Elle sera offerte par l’École Providence de leadership transformatif et de spiritualité de l’Université Saint-Paul.

Cette nouvelle initiative, menée avec le réseau N4, s’ajoute à deux microprogrammes préexistants : Justice sociale, relations interpersonnelles et immigration et Servir la diversité : besoins et défis en matière d’établissement et d’intégration.

Aucun crédit académique ne sera associé à la nouvelle formation de 12 semaines, qui sera «basée sur l’identification des compétences non cliniques et des lacunes en matière de savoir-faire et savoir-être qui créent des obstacles à un emploi et une intégration réussie» pour les PSFE, précise Gabrielle Dupuis, coordinatrice de l’École.

Une première session en anglais est planifiée en septembre 2022. «Ensuite, nous espérons offrir la formation en anglais et en français en janvier 2023», ajoute-t-elle.