En comité le soir du mardi 10 février, Kelly Burke a soigneusement esquivé de préciser les raisons de son départ soudain du poste de commissaire aux services en français de l’Ontario, en 2023, après trois ans en fonction.
«C’est l’éléphant dans la pièce», a observé Joël Godin, député conservateur.
«Vous esquivez»
Devant l’insistance du député sur cette question, Kelly Burke a maintenu avoir quitté son poste, car elle avait «complété mon mandat et réussi à améliorer les services en français pendant une pandémie.» Elle a pourtant confirmé par la suite que son mandat n’avait pas de fin prévue lors de son embauche.
Pour obtenir une réponse, le député Godin lui a rappelé qu’elle était en «processus d’embauche». «On veut savoir si la personne est la meilleure. Vous semblez esquiver.»
«Je n’entrerai pas dans les détails», a-t-elle répondu, notamment concernant l’existence d’une possible entente de non-divulgation.
C’était la question la plus brulante, puisque, selon la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Liane Roy, Kelly Burke «semble cocher toutes les cases» en termes de compétences.
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La traque de la non-conformité
Pendant près de deux heures au comité des Communes et une heure devant celui du Sénat, Kelly Burke a fait valoir son expérience d’avocate pour mettre au pas les ministères à propos de la conformité à la Loi sur les langues officielles, de l’égalité «réelle» entre l’anglais et le français dans la fonction publique.
Interrogée sur le premier dossier auquel elle s’attaquerait si elle était confirmée comme commissaire aux langues officielles, elle affirme que ce serait la conformité dans les ministères, pour contrer les «problèmes systémiques».
Selon moi, on commence avec une étude des causes à la base de la non-conformité
Kelly Burke a notamment parlé de la difficulté d’établir les niveaux de responsabilité des langues officielles entre Patrimoine canadien et le Conseil du Trésor. Ce dernier vérifie que les autres ministères suivent les lois. «Souvent, il est difficile de savoir qui prend les devants et qui suit», a-t-elle illustré.
L’avocate veut aussi étudier comment le numérique peut servir l’égalité réelle et lancer une vaste étude à cet égard.
Questionnée sur sa vision de l’indépendance face au Parlement en tant que commissaire aux langues officielles, Kelly Burke a expliqué qu’elle ne serait pas influencée par «le cycle médiatique», avec lequel elle prendrait une «distance».
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Reconnaissance du déclin du français
Elle a également reconnu le déclin du français «au Québec et au Canada». Pour elle le «respect général» des Canadiens et Canadiennes pour les deux langues officielles et entre les provinces pourrait être utilisé pour atteindre l’égalité entre les deux langues.
Kelly Burke attend d’avoir «l’expertise» de son équipe et tous les outils pour «changer la culture [inégale entre les deux langues] et responsabiliser l’appareil fédéral».
Elle compte lancer une seconde étude; cette fois sur les communications du gouvernement avec le public canadien.
Elle s’est toutefois limitée à de brefs commentaires sur l’application en cours de la Loi sur les langues officielles, par le biais de règlements très critiqués, tant pas les anglophones que par les francophones.
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Sobriété
À titre de Québécois faisant partie de la communauté anglophone, le député libéral Anthony Housefather – exceptionnellement présent en comité parce qu’il n’en fait pas partie – a voulu s’assurer que la commissaire serait «dévouée» aux deux communautés de langues officielles minoritaires.
«Je reconnais les deux minorités», a-t-elle répondu d’emblée, en s’appuyant sur ses propres racines «francophones et anglophones de l’Ontario», a-t-elle dit.
Elle a toutefois été moins encline à se prononcer lorsque le député Housefather lui a demandé si, comme son prédécesseur Raymond Théberge, elle critiquerait la Loi 40 du gouvernement du Québec, actuellement devant les tribunaux.
Cette loi «viole» la Charte canadienne des droits et libertés, a soutenu le député, qui assure que la loi «démantèle» les conseils scolaires anglophones.
«Je reconnais l’article 23 de la Charte et les droits qui en découlent. Il faut les protéger. Je pourrais mieux développer quand j’aurais plus de temps», s’est-elle contentée de répondre.
Dans la foulée du comité aux Communes, Kelly Burke s’est retrouvé devant le même comité du Sénat, où elle a plus ou moins donné les mêmes réponses.
Les deux comités doivent voter pour confirmer sa nomination comme commissaire aux langues officielles. Si approuvée, la Chambre des communes devrait voter pour la confirmation de son nom au cours de la semaine du 23 février.
