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le Samedi 30 mai 2026 6:30 Immigration

Technologies : Ottawa veut attirer plus de travailleurs francophones à l’extérieur du Québec

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Ottawa veut attirer des talents francophones et bilingues hors Québec dans le secteur des technologies de l’information et des communications. — Photo : Compagnons – Unsplash
Ottawa veut attirer des talents francophones et bilingues hors Québec dans le secteur des technologies de l’information et des communications.
Photo : Compagnons – Unsplash

FRANCOPRESSE – IA, cybersécurité, logiciels : face à une économie de plus en plus tournée vers le numérique, Ottawa mise sur l’immigration pour attirer des talents francophones et bilingues hors Québec.

Technologies : Ottawa veut attirer plus de travailleurs francophones à l’extérieur du Québec
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«Le monde de la technologie, c’est vraiment le futur de l’économie», amorce Luisa Veronis, titulaire de la Chaire de recherche sur l’immigration et les communautés franco-ontariennes à l’Université d’Ottawa. «Surtout avec l’IA maintenant, tout ce qui est innovation, recherche, éthique; c’est vraiment dans ce domaine-là.»

Un domaine qui évolue à vitesse grand V et qui a besoin de main-d’œuvre. Certes, certaines universités canadiennes proposent des programmes autour de ces technologies, «mais ça reste un bassin assez petit», remarque-t-elle. C’est pourquoi le Canada regarde aussi ailleurs.

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Dans la mire d’IRCC

Dans le cadre du Programme d’appui à l’immigration francophone, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a annoncé, le 20 mars dernier, une série de projets pour renforcer la présence francophone dans le secteur des technologies de l’information et des communications (TIC). Ces initiatives visent à attirer et retenir des talents d’expression française et bilingues au Canada hors Québec.

Le Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC), un organisme à but non lucratif, mène actuellement un projet visant à repérer, à l’échelle internationale, de la main-d’œuvre bilingue dans ce secteur, et ainsi établir une cartographie mondiale des talents francophones.

Kathleen Slemon est analyste en recherche et politiques au CTIC. 

Photo : Courtoisie

«Le but, c’est faire une analyse des marchés de travail francophones et bilingues et une mise en correspondance de la classification professionnelle avec celle du Canada», explique Kathleen Slemon, analyste en recherche et politiques au CTIC. «On sait qu’il y a des compétences qui sont en demande dans ce secteur, bilingues ou francophones.»

Ces profils incluent, entre autres, les ingénieurs, les concepteurs de logiciels, les scientifiques de données, les gestionnaires des systèmes informatiques ou les spécialistes en cybersécurité. «Ils ont des rôles techniques qui peuvent être dans plusieurs secteurs, comme celui de santé, le public ou les entreprises», ajoute-t-elle.

La directrice générale de l’Observatoire en immigration francophone au Canada (OIFC), Kimberly Jean Pharuns, trouve que cette initiative est «une bonne idée», qui s’inscrit dans «l’engagement du gouvernement fédéral de rétablir le poids démographique des francophones en contexte minoritaire».

Selon elle, il faut s’assurer que les personnes sélectionnées correspondent aux besoins de main-d’œuvre des communautés. «On entend sur le terrain qu’il y a ces besoins de main-d’œuvre, mais on reste beaucoup dans l’anecdotique.»

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De la France à l’Amérique latine

Parmi les pays étudiés dans le cadre du projet de IRCC, Kathleen Slemon cite le Cameroun.

Au-delà des motivations économiques, Kimberly Jean Pharuns rappelle que l’immigration comprend aussi une dimension sociale d’intégration. 

Photo : Courtoisie

«On sait qu’il y a plusieurs pays francophones qui ont des écosystèmes de technologie et qui constituent des bassins très, très intéressants», commente Kimberly Jean Pharuns. Outre le Cameroun, elle ajoute le Sénégal, le Maroc et la Côte d’Ivoire.

Des pays avec «une main-d’œuvre hautement qualifiée dans le domaine du numérique, francophone, et très jeune»; et des pays trop souvent négligés par le passé, d’après elle. «Plus on est capable de recruter dans un bassin diversifié, plus cela enrichit la francophonie.»

Les autres bassins potentiels de talents francophones en TIC se trouvent en France et en Tunisie, mais aussi en Amérique latine, avec les francotropes, complète Luisa Veronis. «Ils ont une affinité culturelle et linguistique avec la langue française. Beaucoup de latinos se dirigent vers le Québec par exemple.»

«Il y a des personnes chinoises ou indiennes qui peuvent apprendre le français», suggère-t-elle.

Qui sont les francotropes?

Un francotrope désigne une personne ou un groupe dont la langue maternelle est une langue romane autre que le français – comme l’italien et l’espagnol par exemple – et qui présente de ce fait une proximité linguistique et culturelle avec le français.

Source : Office québécois de la langue française

«La charrue avant les bœufs»

Pour Luisa Veronis, le Canada «met un peu la charrue avant les bœufs» : «Ils veulent faire venir ces gens-là ici pour en fait stimuler ce domaine de l’économie.»

Néanmoins, elle ne parlerait pas de «pénurie de main-d’œuvre» dans ce secteur. Au pays, Toronto représente un véritable «hub» en la matière, remarque-t-elle. La Ville Reine abrite les sièges canadiens de sociétés comme Google et Amazon. «Ils ont leur bureau dans le coin de Kitchener et Waterloo, qui se veut le technology triangle du Canada.»

Luisa Veronis rappelle qu’il y a un bassin de talents potentiel en Amérique latine, où les francotropes entretiennent un lien particulier avec la langue française. 

Photo : Courtoisie UOttawa

«Tout ça, c’est très anglophone, poursuit la professeure. Dans ce domaine-là, ça fonctionne en anglais.»

Toutefois, même une entreprise francophone a besoin de quelqu’un spécialisé dans ces domaines. «Cette personne, elle sera anglophone dans le sens où elle parlera l’anglais parce que le domaine est dominé par cette langue. Mais, au sein de l’entreprise, il faut pouvoir communiquer en français avec elle», illustre la chercheuse.

Reste la question de leur intégration. «On les attire parce qu’on veut qu’ils s’intéressent à la communauté francophone, mais une fois arrivés, il y a toujours encore la question de la reconnaissance des acquis, des diplômes, de leur expérience sur le marché du travail.»

En général, dans le monde de la technologie, c’est un peu plus facile, dit-elle. Contrairement à un ingénieur, il ne faut pas forcément faire partie d’un ordre ou d’une association professionnelle. «C’est plus souple. L’expérience vaut plus que les diplômes. On sait ou on ne sait pas faire […] C’est un domaine qui est un peu comme le Far West.»

«L’attraction des talents, ce n’est que la première étape. Le plus important, c’est que ces gens-là puissent s’intégrer, faire communauté», estime pour sa part Kimberly Jean Pharuns. 

Lorsqu’on parle d’immigration économique, il faut faire attention à ne pas uniquement focusser sur les besoins de main-d’œuvre. Il faut aussi voir l’immigration de manière plus globale, la voir comme un projet d’intégration pour les travailleurs.

— Kimberly Jean Pharuns

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Des emplois vraiment bilingues?

Aussi, un poste affiché comme bilingue ne l’est peut-être pas vraiment, a pu constater Luisa Veronis dans le cadre de ses recherches. 

«Parmi des personnes qui avaient intégré un poste bilingue, plusieurs m’avaient dit : “Oui mon poste est supposé bilingue, mais en fait, 95 % de mon travail est en anglais et 5 % en français. Je suis la seule personne francophone, donc je travaille avec les clients francophones, mais je suis isolée, car personne d’autre dans l’entreprise ne parle français.”»

«Plusieurs personnes arrivent en pensant pouvoir travailler principalement en français, mais découvrent rapidement – et surtout dans ce domaine – qu’il faut un niveau très avancé d’anglais», abonde dans le même sens Kimberly Jean Pharuns.

Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Camille Langlade

Cheffe de pupitre

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