«Pour nous, c’est vraiment renversant ce qui est identifié», lance la présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), Nathalie Lachance lors d’une rencontre du Comité sénatorial permanent des langues officielles, le 2 novembre.
Le comité poursuit son étude de l’avant-projet de règlement qui mettra en œuvre la Loi sur l’usage du français au sein d’entreprises privées sous compétences fédérales (LUFEP).
«Nuire à la protection du fait français»
Nathalie Lachance et d’autres intervenants craignent que désigner un seul quartier dans une grande ville n’encourage les entreprises à déménager leurs succursales quelques rues plus loin pour éviter d’être assujetties à la Loi. Comme proposé actuellement pour Edmonton et Winnipeg.
En Colombie-Britannique, où aucune région n’est désignée, la présidente de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB), Marie-Nicole Dubois, croit que «la proposition de règlement sur la LUFEP, dans sa forme actuelle, risque fortement de nuire à la protection du fait français en Colombie-Britannique».
Hors Québec, les francophones sont souvent dispersées sur de vastes territoires, ou ne comptent que pour une fraction des populations des grandes villes. Les francophones sont pourtant bien présents, avec leurs écoles et leurs organismes culturels.
À lire aussi : Ottawa désigne des régions où le service en français sera obligatoire
Les régions désignées
Selon l’avant-projet de règlement, les régions à fortes présences francophones seraient :
- le Nouveau-Brunswick en entier;
- le quartier de Saint-Boniface à Winnipeg, au Manitoba;
- Digby, Richmond et Yarmouth en Nouvelle-Écosse
- Le quartier autour du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, à Edmonton;
- Ottawa, Prescott et Russell, Nipissing, le Grand Sudbury, la région de Timiskaming et Cochrane en Ontario.
Les entreprises privées de compétence fédérale visées sont définies dans la LUFEP et incluent des entreprises régies par le Code canadien du travail et non les lois provinciales. Ces entreprises peuvent être dans les domaines des télécommunications, de transports, des banques ou Postes Canada, par exemple.
Une demande pour plus de régions désignées
Les organismes francophones demandent au gouvernement d’utiliser des seuils et des calculs différents pour inclure plus de régions dans le règlement, mais aussi les capitales et les métropoles. Ils reprennent le mémoire de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada sur l’avant-projet de loi pour faire leur demande.
Par exemple, en Alberta, l’ACFA demande que tout Edmonton, Calgary et les communautés historiquement francophones – comme Plamondon et Rivière-la-Paix dans le Nord-Ouest de la province – soient inclus.
Les ajouts ailleurs au pays comprendraient entre autres la région de Port-au-port à Terre-Neuve-et-Labrador, Clare en Nouvelle-Écosse; Summerside à l’Île-du-Prince-Édouard; Penetanguishene en Ontario; Prince Albert en Saskatchewan et Squamish-Lilooet en Colombie-Britannique.
Lors de son témoignage devant le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes, la commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, a aussi suggéré d’étendre «la portée de la LUFEP, avec au moins une région francophone dans chaque province et chaque territoire».
Elle avait en revanche suggéré d’analyser l’interaction entre les droits des travailleurs et la réalité dans le fonctionnement des entreprises qui devront offrir des services en français dans les régions désignées.
De leur côté, des organisations représentant des entreprises sous compétence fédérale demandent moins de régions désignées et plus de flexibilités dans l’application du règlement.
Voir le français comme un avantage
Le Nouveau-Brunswick étant entièrement désigné dans l’avant-projet de règlement, le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Gérald Arseneault, admet qu’ils sont dans une situation enviable.
Mais la LUFEP peut tout de même apporter des bénéfices supplémentaires. Comme «renforcer la possibilité de travailler en français dans les entreprises visées et soutenir l’attractivité de nos régions», dit-il.
«Les bilingues , il faut les créer», illustre le directeur général de la SANB, Ali Chaisson.
Et une fois qu’on a réussi à les créer, ben il faut faire en sorte qu’ils puissent s’épanouir et qu’ils puissent conserver leur bilinguisme.»
Les entreprises privées où un francophone n’a pas besoin d’utiliser ses deux langues deviennent un bassin d’assimilation, poursuit-il.
«La perte de cette deuxième langue officielle est une tragédie. C’est une tragédie pour les systèmes scolaires qui ont formé ces gens-là. C’est une tragédie pour les contribuables qui ont financé la création de ces bilingues-là.»
Dans la même veine, la directrice générale FFCB, Emmanuelle Corne Bertrand, plaide pour faire valoir aux entreprises l’avantage économique d’offrir des services en français.
Elle avance que les entreprises qui affichent leur capacité d’offrir des services en français augmentent leur bassin de clients. «Je pense qu’il y aurait aussi besoin d’accompagner les entreprises pour les rassurer. Peut-être que ça nécessite effectivement un investissement de départ, mais ça va leur permettre d’avoir une clientèle plus importante et exclusive.»
