Le Réseau d’enseignement francophone à distance (REFAD) a présenté lors d’une rencontre en ligne, le 29 avril, le livre blanc Cultiver l’inclusion, la diversité, l’équité et l’accessibilité (IDÉA) dans la formation à distance.
Cette démarche s’inscrit dans la troisième phase du Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 du gouvernement fédéral, afin de renforcer l’accessibilité et l’innovation de la formation à distance pour l’ensemble des communautés francophones en situation minoritaire.
Les parlementaires mobilisés
Le livre blanc a été déposé à la Colline parlementaire, à Ottawa, le 27 avril, en présence notamment de Guillaume Deschênes-Thériault, député du Nouveau-Brunswick et membre du Comité permanent des langues officielles, et Mona Fortier, députée franco-ontarienne.
Le REFAD espère que les parlementaires s’empareront de la question de l’IDÉA dans leurs prochains travaux.
Couts des équipements et absence de lieu physique
Parmi les barrières structurelles à l’IDÉA, le document identifie notamment l’absence de choix de pronoms dans les formulaires administratifs et la rigidité des horaires. De plus, le manque de données sur le vécu des personnes et leurs retours sur l’expérience d’apprentissage limite les possibilités d’amélioration.
L’arrivée de l’intelligence artificielle et de nouvelles réalités de la formation à distance ne sont pas toujours prises en compte, a ajouté le consultant principal chez EDDI (Équité, discrimination, diversité et inclusion), Jean-Philippe Beauregard, qui a mené la présentation.
Autre obstacle qui est souvent revenu sur la table : l’absence de lieu physique et sécuritaire où peuvent se retrouver les personnes apprenantes, autant pour étudier avec une bonne connexion Internet que pour sociabiliser et briser l’isolement.
La fracture numérique et les inégalités sociales et culturelles constituent aussi des défis majeurs, ainsi que le cout des équipements.
On a tendance à penser que la formation à distance est moins chère, mais en fait c’est similaire à l’enseignement [en présentiel].
Par et pour les personnes apprenantes
Le livre blanc dresse une liste de cinq recommandations pour pallier les lacunes actuelles. À commencer par faire de l’accessibilité un fil conducteur tout au long de la formation à distance, y compris en amont de celle-ci.
Les projets devraient aussi être élaborés par et pour les personnes apprenantes, notamment les francophones en situation minoritaire et les personnes en situation de handicap.
Le document suggère d’embaucher du personnel pour faire des tests auprès de ces personnes et ainsi obtenir une rétroaction.
Consolider les liens et la gouvernance entre les membres du réseau reste également essentiel. «Le REFAD est un acteur important, mais on peut amener cela au niveau supérieur», affirme Jean-Philippe Beauregard, citant la mise en place de partage de connaissance et d’outils.
La formation dans la formation
Le livre blanc préconise l’élaboration d’un programme de formation à l’IDÉA destinés à toutes les personnes apprenantes. «Une formation dans la formation à distance», illustre Jean-Philippe Beauregard, qui rappelle que «les besoins sont là depuis longtemps», pas seulement depuis la pandémie.
Former à la littéracie numérique est aussi nécessaire.
On peut avoir cette idée-là que tous les jeunes d’aujourd’hui sont à l’aise avec les outils numériques, avec l’apprentissage en ligne […] on se rend compte quand on est confronté à la réalité que ce n’est pas généralisable.
Sans oublier que certaines personnes plus âgées ont encore besoin de ces formations.
«L’idée est de sonder les personnes au départ, pour être en mesure de leur proposer des ateliers qui viennent répondre à des besoins précis», poursuit-il.
Sentiment d’appartenance
«Offrir des programmes en français, accessibles et inclusifs, c’est permettre de renforcer le sentiment d’appartenance des individus les plus marginalisés au Canada, notamment les personnes en situation de handicap et les personnes autochtones qui sont davantage francophiles», a également souligné Jean-Philippe Beauregard.
«Beaucoup d’investissements ont été faits dans les dernières années dans le développement des compétences, mais surtout en anglais. On a besoin de soutenir un plaidoyer qui fait voir la francophonie comme ayant des besoins, une population qui a droit aussi aux bonnes structures et outils pour développer ses compétences. Donc, ce n’est pas fini», a insisté la directrice générale du REFAD, Judith Charest, à la fin de la rencontre.
Et la responsable de conclure : «En attendant que le politique suive.»
