Six équipes de chercheuses et chercheurs présentent leurs projets aujourd’hui à Ottawa, à l’occasion du Symposium des chercheuses et chercheurs en petite enfance francophone.
Chaque projet cible un enjeu précis, tout de même avec pour point commun : la petite-enfance en situation minoritaire.
Les six projets sont distribués entre le Nouveau-Brunswick, l’Alberta; la Colombie-Britannique; l’Ontario; l’Île-du-Prince-Édouard; la Nouvelle-Écosse; le Yukon; les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut.
Les sujets des projets sont très variés. Ils touchent autant l’appartenance des petits à une langue ou une culture qu’à la neurodivergence en francophonie minoritaire. Les politiques de la petite-enfance dans les territoires et réalités nordiques francophones, le roulement du personnel de la petite-enfance en francophonie, la représentation des immigrantes francophones dans le personnel ou encore soutenir le développement socioémotionnel des enfants francophones seront aussi étudiés.
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Structurer un agenda sur la petite-enfance
Selon le directeur général de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), Martin Normand, il existe très peu de données ou de recherches sur la petite enfance en contexte francophone minoritaire.
Ces six projets devraient documenter et faire ressortir ces données pour «structurer un agenda de recherche sur la petite enfance» et «générer de nouvelles connaissances pour bien orienter la prise de décision publique», ajoute-t-il.
Les objectifs communs de cette première cohorte sont d’appuyer des données probantes sur ce secteur et d’organiser «une communauté de recherche sur la petite enfance», continue Martin Normand, afin que les chercheuses et chercheurs qui se penchent sur ces enjeux mettent en commun leurs connaissances.
Martin Normand est heureux des six projets diversifiés et portant sur des problématiques souvent inexplorées en petite-enfance en situation francophone minoritaire.
Ce qu’on lance avec notre programme national de recherche en petite enfance et cette initiative de recherche là, ce n’est que le début d’une structuration d’un nouveau champ de recherche sur la petite enfance dans les communautés francophones.
Pour la bourse, l’ACUFC a reçu une enveloppe totale de 825 000 $ de la part d’Emploi et Développement social Canada (EDSC). Elle a sélectionné les six projets de recherche parmi 21 soumissions jugées admissibles.
Le financement découle du Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 dont l’enveloppe arrive à échéance en 2028. L’ACUFC appelle au renouvèlement du Plan d’action, entre autres pour les portions qui concernent la formation, la recherche et la valorisation en petite enfance.
Les consultations du gouvernement pour le prochain plan d’action sont actuellement en cours.
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Pour Bianca Nugent, la langue ne devrait pas être un obstacle au développement des enfants neurodivergents. Son projet D.É.F.I. sera mené pendant neuf mois dans quatre centres de l’Ontario.
Le traitement des petits francophones neurodivergents
C’est à la lecture d’un rapport de l’Association francophone de l’éducation des services à l’enfance (AFÉSÉO), qui faisait état qu’à peine 4 % des milieux éducatifs sondés offraient des services spécialisés aux enfants avec des besoins particuliers accrus, que Bianca Nugent s’est lancée dans son projet lauréat de l’une des bourses : le «D.É.F.I. — Droit à une Éducation Francophone Inclusive pour la petite enfance neurodivergente francophone de l’Ontario».
La professeure adjointe et coordonnatrice du programme en travail social à l’Université de l’Ontario français à Toronto veut notamment éviter que la langue ne soit un obstacle au développement socioémotionnel des enfants, après avoir observé des familles francophones qui devaient sacrifier sa langue pour obtenir des services essentiels pour cet aspect du développement de leurs enfants.
Elle et son équipe de recherche ont développé une approche de «laboratoire vivant» en collaboration avec le centre de leadeurship de l’AFÉSÉO pour implanter le modèle «Soutien au comportement positif» adapté aux réalités franco-ontariennes. Le projet s’étendra sur neuf mois dans quatre centres sélectionnés : deux en milieu urbain dans le centre de l’Ontario et deux dans des milieux semi-urbains ou rural dans l’Est ontarien.
La recherche inclut également une évaluation du leadeurship neuro-inclusif via un questionnaire destiné aux superviseurs pour identifier leurs biais et besoins en formation.
Les parents devraient voir s’activer chez les éducatrices de leurs tout-petits «une démarche qui touche à l’environnement que fréquente leur enfant, que ce soit au niveau des routines, des valeurs, de l’inclusion, du respect des forces des enfants», décrit Bianca Nugent, en entrevue avec Francopresse.
En bref, apprendre aux enfants, aux éducatrices et aux parents eux-mêmes de miser sur les forces, les qualités, les caractéristiques distinctives des tout-petits sur lesquels on peut les soutenir dans leur développement socioémotionnel «et ainsi faciliter leur intégration au sein de tous les groupes qu’ils vont être amenés à fréquenter», précise la chercheuse.
Marianne Cormier est l’une des chercheuses lauréates de la bourse nationale pour mettre en place son projet «Mon monde de langues et de cultures».
Vécus linguistiques des tout-petits
Sa consœur de cohorte, Marianne Cormier, présente de son côté un projet de recherche intitulé «Mon monde de langues et de cultures». Il se penche sur les vécus linguistiques des enfants de 4 à 5 ans en milieux de garde francophones du sud-est du Nouveau-Brunswick et est mené avec deux cochercheuses
Plus précisément, le but de son équipe est d’observer et de documenter la façon dont les enfants de 4-5 ans vivent les langues de leur entourage dans un contexte de «forte diversification» liée à l’immigration, explique la chercheuse.
Ancienne doyenne à l’Université de Moncton, elle y enseigne de nouveau au Département d’enseignement au primaire et de psychopédagogie.
Marianne Cormier regrettait «depuis longtemps» que la recherche sur la petite enfance en milieu francophone minoritaire soit absente au Nouveau-Brunswick. Elle a vu l’appel de candidatures de l’ACUFC comme «l’occasion» de mettre ce projet en œuvre.
Il tombe à point, car la région de Moncton, «francophone à environ 30 %», rappelle-t-elle, s’est beaucoup diversifiée en raison d’une «forte vague d’immigration».
«Dans certaines écoles, jusqu’à 50 % des élèves sont nés hors du Canada», illustre la chercheuse. L’équipe veut donner la parole aux enfants pour comprendre comment ils vivent les langues et les cultures qui les entourent et quel sens ils leur donnent.
Le projet se fera dans six garderies, dont cinq dans le Grand Moncton et une en milieu rural côtier, justement empreint de l’immigration liée à l’industrie de la pêche.
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