le Lundi 28 septembre 2026
le Lundi 28 septembre 2026 5:00 Économie et finances

Guerre commerciale : les entreprises francophones misent sur la diversification

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Guillaume Cariou (2e à partir de la gauche) a participé à un panel sur le commerce interprovincial lors du Somment national sur la francophonie économique canadienne, le 22 septembre 2026. Il note que le mouvement «acheter canadien» profite aussi aux entrepreneurs francophones. — Photo : Julien Cayouette – Francopresse
Guillaume Cariou (2e à partir de la gauche) a participé à un panel sur le commerce interprovincial lors du Somment national sur la francophonie économique canadienne, le 22 septembre 2026. Il note que le mouvement «acheter canadien» profite aussi aux entrepreneurs francophones.
Photo : Julien Cayouette – Francopresse

FRANCOPRESSE – Si la guerre commerciale avec les États-Unis touche pour l’instant peu les entreprises francophones au pays directement, l’incertitude pousse plusieurs d’entre elles à revoir leurs stratégies, que ce soit au Canada ou à l’étranger.

Guerre commerciale : les entreprises francophones misent sur la diversification
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Avec les informations d’Inès Lombardo et de Julien Cayouette.

«Ce qui est ressorti en général par rapport à notre réseau et à nos entrepreneurs, c’est qu’ils ne sont pas touchés directement [par les tarifs]… pour l’instant», observe Marie-Noël Holland, directrice de l’entrepreneuriat et du développement économique communautaire de la Société de développement économique de la Colombie-Britannique (SDÉCB).

Selon la responsable, le conflit commercial actuel touche davantage les grandes entreprises.

Marie-Noël Holland souligne que les entreprises francophones souhaitent diversifier leur marché à l’intérieur du Canada, ainsi qu’en Europe, en Chine et en Afrique.

Photo : SDECB

La plupart des personnes accompagnées par la SDÉCB sont des «solopreneurs» ou des dirigeants de petites entreprises qui font déjà face à leurs propres défis : la langue, le financement, l’isolement géographique. «Ils sont dans leur niche […] La plupart sont dans la phase de démarrage ou dans la phase de développement.»

«Mais ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas concernés. C’est quelque chose qu’ils suivent de très près», nuance-t-elle.

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Effets collatéraux

En Ontario, la directrice générale du Regroupement des gens d’affaires de la capitale nationale (RGA), Pascale de Montigny Gauthier, constate pour l’instant surtout des effets collatéraux. Particulièrement la hausse de certains couts.

Les propriétaires de PME, dont elle fait aussi partie, voient l’impact au quotidien parce qu’ils et elles sont «en première ligne» et transigent avec les fournisseurs de téléphonie, de nourriture, l’essence, etc.

«Ces entreprises-là font affaire avec les entreprises américaines et il y a plusieurs effets boule de neige. Ces fournisseurs-là augmentent leurs tarifs à chaque palier et, nous, on refile la facture à nos clients. Pendant ce temps-là bien, tous nos frais augmentent, les salaires augmentent, fait qu’on est pris à la gorge un petit peu.»

Incertitudes

Il n’existe pour l’instant pas de données ou d’outils de mesure permettant d’affirmer que les entreprises francophones sont plus ou moins affectées que les autres par la guerre tarifaire avec les États-Unis, note le président-directeur général du Réseau de développement économique et d’employabilité du Canada (RDÉE Canada), Yan Plante.

Pour Yan Plante, c’est surtout l’incertitude qui plane sur le commerce avec les États-Unis qui affecte les entreprises francophones au Canada. 

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Les entreprises actives dans des secteurs particulièrement exposés, comme la foresterie et l’aluminium, sont sans aucun doute plus durement touchées, avance-t-il.

«L’incertitude est probablement ce qui est le plus difficile à quantifier en ce moment. [Les conséquences, c]’est un entrepreneur qui retarde son investissement, qui ne le fait pas du tout, ou l’opportunité qui est perdue parce que l’entreprise qui aurait investi chez nous investit aux États-Unis. Ce sont des choses difficiles à quantifier, mais qui sont là pour vrai et qui ont un impact», explique-t-il.

Un entrepreneur lui a raconté que même s’il était affecté par les tarifs, la faiblesse du dollar canadien permettait à ses activités commerciales aux États-Unis d’être encore très rentable. Dans ces circonstances, il a très peu d’incitatifs à développer son marché dans d’autres pays.

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«Penser canadien»

Cette incertitude pousse déjà plusieurs entreprises à revoir leurs stratégies. En Colombie-Britannique, certains entrepreneurs qui songeaient à exporter aux États-Unis ont changé leur fusil d’épaule et décidé de se concentrer sur le marché canadien, remarque Marie-Noël Holland.

«Il y a aussi de nouveaux marchés qui sont en train d’être accélérés, comme les échanges avec l’Europe ou la Chine et même les pays africains.»

La diversification peut aussi passer par un marché canadien plus intégré. Lever les barrières commerciales entre les provinces reste une avenue à privilégier. «Je parlais à un entrepreneur qui disait en rigolant que c’était quelquefois plus facile de poster une lettre vers les États-Unis que vers certaines provinces.»

Et la responsable d’ajouter : «Le Canada, c’est grand, c’est vaste, c’est comme un continent. C’est notre réalité, mais c’est aussi notre force […] On va penser canadien.»

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Des marchés francophones «sous-évalués»

«Ce sont 5 % de nos exportations qui sont visées par la nouvelle vague de tarifs américains […] donc ce n’est pas la majorité de nos entreprises. En revanche, pour les entreprises touchées, ça leur fait très mal», commente de son côté le professeur d’économie à l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, Pierre-Marcel Desjardins.

Selon l’économiste Pierre-Marcel Desjardins, le Canada devrait davantage regarder vers les bassins francophones de l’Ouest africain et de l’Europe.

Photo : Courtoisie

Pour l’économiste, c’est l’incertitude qui pèse le plus lourd, notamment en termes de planification. «Que ce soit […] dans trois, six ou huit semaines, on ne sait pas si le marché américain sera disponible.»

Selon lui, il faut surtout miser sur des secteurs que le gouvernement Carney ne juge pour l’instant pas prioritaires, comme la santé, les foyers de soins pour personnes âgées, l’enseignement de qualité, notamment en français, ou le tourisme.

«Ici à Moncton, nous avons des restaurants qui ferment ou réduisent leurs horaires d’ouverture faute de main-d’œuvre. Il y a besoin d’une réelle stratégie d’ouverture face à l’international en termes d’immigration.»

Manque de main-d’œuvre francophone

Dans le cadre d’une recherche à paraitre, Guillaume Cariou, associé-directeur, intelligence de marché, à la firme de veille stratégique Phar, a consulté des entreprises francophones de l’Ouest canadien. Il a constaté que celles-ci sont confrontées aux mêmes défis que les entreprises anglophones, particulièrement dans le secteur agroalimentaire.

Les occasions de grandir et de développer un marché canadien sont aussi similaires. En revanche, pour les entreprises qui désirent conserver une expérience client ou un milieu de travail en français, la recherche de la main-d’œuvre francophone reste compliquée en raison de sa rareté.

Pierre-Marcel Desjardins fait notamment valoir que le Canada n’est «pas suffisamment présent» dans le bassin francophone de l’Ouest africain et européen. Pourtant, selon lui, la langue française est un moyen de plus pour se démarquer des États-Unis.

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Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Camille Langlade

Cheffe de pupitre

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