La directrice générale de la Commission scolaire francophone du Nunavut (CSFN) confirme avoir rempli tous ses postes au cours de l’été. Tout le personnel enseignant est qualifié et composé à 83 % de personnes issues de l’immigration.
Le roulement du personnel en éducation au Nunavut reste un défi. «Cette année, on a vraiment un programme solide d’accueil et d’intégration. On veut les garder le plus longtemps possible», dit Annie Larocque.
«Ils sont là pour la préservation de notre langue. Ce sont des gens qui ont à cœur la langue française. Ça fait une mixité culturelle qui amène une ouverture sur le monde. […] Une chance qu’ils sont là, sinon j’aurais une grave pénurie de main-d’œuvre», dit Annie Larocque.
Le nord du pays semble être en bonne posture. La Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY) avait aussi tout le personnel enseignant nécessaire à la rentrée. «On a beaucoup de stabilité au sein de notre équipe. Donc, le taux de roulement est très bas […]. Il y a moins de postes à combler d’année en année», indique le directeur général, Marc Champagne.
Avec un seul poste encore à combler à la rentrée, le Conseil scolaire du Grand Nord, dans le Nord de l’Ontario, rapporte que la situation semble s’améliorer. L’agente des ressources humaines du Conseil, Nadia Mongrain-Timony, est en poste depuis plusieurs années. Elle voit une différence cette année : «Il y a une plus grande concentration de personnes qui se lancent en enseignement.»
La Division scolaire franco-manitobaine cherchait encore quelques personnes pour enseigner à l’approche de la rentrée, mais le directeur général adjoint, Joel Mangin, constatait être «en meilleure position cette année» que l’année dernière.
Des conseils scolaires du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario et des Territoires du Nord-Ouest rapportent aussi des rentrées avec des besoins comblés.
Malgré ces résultats encourageants, tous les intervenants rapportent que le recrutement reste difficile pour les communautés éloignées ou isolées.
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Plus d’élèves = plus de personnel
En Nouvelle-Écosse et en Alberta, les besoins sont à la hausse et contribuent au grand nombre de postes qui restent à pourvoir.
«Le [Conseil scolaire acadien provincial de la Nouvelle-Écosse] continue de grandir. Nous accueillons de plus en plus d’élèves dans nos écoles, ce qui veut aussi dire que nous avons besoin de plus de personnel enseignant et d’autres professionnels pour les accompagner», explique le conseil scolaire par courriel.
«Au cours des années, le campus Saint-Jean [de l’Université de l’Alberta] a augmenté le nombre d’étudiants qui vont poursuivre leur étude en enseignement, ça c’est une chance pour nous», indique Gisèle Bourque.
Après la grève de l’automne 2025, le gouvernement de l’Alberta a injecté plus de fonds dans le système d’éducation. «On embauche plus présentement en Alberta qu’on n’a probablement jamais embauché à cause de l’argent supplémentaire du ministère de l’Éducation», illustre la directrice exécutive de la Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta, Gisèle Bourque.
La population d’élèves francophones est également en augmentation. Elle est passée de 10 093 en 2025 à 10 420 cette année, selon les chiffres auxquels elle avait accès à la rentrée.
En Ontario, il y a «des conseils scolaires où les effectifs augmentent; d’autres qui sont un tout petit peu plus stables», indique la présidente de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), Suzanne Salituri.
Le District scolaire francophone Sud (DSF-S) au Nouveau-Brunswick cherchait encore six enseignants et enseignantes à la rentrée et s’attendait à l’arrivée de nouveaux élèves qui feraient aussi augmenter ses besoins.
Le personnel enseignant n’est cependant pas le seul qui manque parfois à l’appel. Plusieurs conseils cherchent encore à pourvoir des postes administratifs et en orthophonie, à recruter des aides à l’enseignement ou à remplir leur liste de suppléance.
| Estimation des postes d’enseignement à temps plein en français à pourvoir au 17 septembre | |
|---|---|
| Terre-Neuve-et-Labrador | 1 |
| Nouvelle-Écosse | 5 |
| Île-du-Prince-Édouard | 0 |
| Nouveau-Brunswick | 6 |
| Ontario | 52 |
| Manitoba | 3 |
| Saskatchewan | 6 |
| Alberta | 14 |
| Colombie-Britannique | 3 |
| Nunavut | 0 |
| Territoire du Nord-Ouest | 0 |
| Yukon | 0 |
| Sources : Sites Web des conseils et commissions scolaires | |
Marc Champagne note qu’au Yukon, «trouver des éducatrices qualifiées pour travailler en garderie est un beaucoup plus grand défi pour nous que d’embaucher des enseignants».
Un bassin de recrutement plus large
Marc Champagne, au Yukon, constate qu’«il semble y avoir une augmentation du nombre de candidatures qu’on reçoit lorsqu’on affiche des postes». «On dirait que maintenant, il y a plus d’intérêt.»
L’augmentation du nombre de finissantes et finissants semble être une des sources de ce regain dans les régions où la formation est offerte.
Une augmentation des inscriptions au baccalauréat en éducation – Français langue seconde à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard facilite le recrutement pour le conseil francophone. «L’année passée et cette année, ils sont plus de 30. Avant, ils étaient environ 17, 15», dévoile la directrice des ressources humaines de la Commission scolaire de langue française, Nathalie Malo.
Au Manitoba aussi, l’Université de Saint-Boniface a augmenté sa «capacité pour produire des finissants» en éducation, relève Joel Mangin.
À Toronto, le baccalauréat en Éducation reste le plus populaire parmi les 900 étudiants et étudiantes de l’Université de l’Ontario français. L’Ontario a annoncé au printemps 2025 la création de 2600 places supplémentaires dans les programmes d’éducation.
La présidente de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques, Suzanne Salituri, confirme que leurs membres fondent beaucoup d’espoirs sur l’augmentation du nombre de places pour faciliter le recrutement au cours des prochaines années.
Une pénurie qui en remplace une autre
Les intervenants rapportent que le logement est devenu l’un des principaux obstacles au recrutement.
Au Nunavut, le gouvernement du territoire subventionne le cout du logement pour le personnel enseignant, mais encore faut-il qu’un logement soit disponible. Fin aout, Annie Larocque n’avait toujours pas de logement pour une des personnes embauchées au cours de l’été pour qu’elle vienne s’installer.
Les logements se font également rares à l’Île-du-Prince-Édouard, mais les membres des communautés participent à la recherche de logements pour les nouvelles personnes qui viennent enseigner, rapporte Nathalie Malo.
Le Conseil scolaire du Grand Nord, qui dessert un grand territoire dans le Nord de l’Ontario, rencontre des difficultés similaires. «On a déjà dû faire de grands efforts pour trouver des logements temporaires en attendant qu’on puisse trouver quelque chose de plus stable ou de permanent pour du personnel», explique Nadia Mongrain-Timony.
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Joel Mangin affirme que le District scolaire francophone du Manitoba a modernisé son approche et son système de recrutement pour accélérer et simplifier le processus.
Travail de rétention et de valorisation
Pour éviter de perdre du personnel enseignant en raison de l’épuisement ou de l’insatisfaction, les conseils scolaires et autres associations favorisent la rétention.
Le Conseil scolaire du Grand Nord a créé, il y a deux ans, deux postes de conseillers pédagogiques qui ont le mandat d’accompagner et d’appuyer le nouveau personnel enseignant.
La CSFY a une initiative similaire : «Un programme de mentorat pour mieux accueillir nos nouveaux enseignants, mieux les soutenir durant leurs premières années chez nous», indique Marc Champagne.
Au Manitoba, des stratégies pour valoriser le personnel enseignant – inspiré du «mattering», explique Joel Mangin – ont été élaborées l’année dernière pour favoriser la rétention.
La Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants offre aussi des outils et des formations pour faciliter l’intégration, surtout du personnel issu de l’immigration, comme le projet pilote «Enseigner : mille parcours, une passion!», mené depuis 2024.
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