Dans sa mise à jour du 18 aout, le Centre de gestion des opérations du gouvernement a fait état de 4,1 millions d’hectares brulés par plus de 580 feux actifs, un pallier minimal qui se poursuit depuis 2023.
Ces feux ont poussé à l’évacuation de milliers de personnes (49 000 en 2025, selon les chiffres du gouvernement), un «nombre record», a affirmé une fonctionnaire, lors du breffage pour les médias le 18 aout.
Aucune région n’est épargnée, comme le montre le graphique du Centre de gestion des opérations (ci-dessous), mais la Colombie-Britannique et les Territoires du Nord-Ouest sont les plus touchés.
Le palier de 4,1 millions d’hectares brûlés, franchi depuis 2023, a de nouveau été atteint cet été 2026, selon la mise à jour du 18 aout 2026.
Les Premières Nations fortement touchées
Ce sont également les Premières Nations qui sont le plus touchées et le moins équipées. Pour cette raison les ministères de la Sécurité civile et Services aux Autochtones Canada travaillent de concert.
En point de presse le 18 aout, la ministre de Service aux Autochtones Canada, Mandy Gull-Masty, a affirmé que «80 % des Premières Nations sont dans les régions à risque de feux de forêt».
Depuis le 1er juillet, 4295 personnes au sein de 25 Premières Nations ont été évacuées, selon les chiffres du gouvernement.
Pour lutter contre les feux, il y a 320 postes de gestion d’urgence au sein des Premières Nations.
Une fonctionnaire a assuré que Service aux Autochtones Canada finance entièrement les couts de reconstruction des maisons et des infrastructures brulées dans les communautés autochtones qui sont admissibles.
Interrogée sur la mise en œuvre d’un projet de loi sur la gestion des feux de forêt au Canada, la ministre Olszweski a affirmé que ce «n’était pas prévu pour l’instant».
Financement fédéral
Cet été, le gouvernement du Canada a débloqué des millions de dollars en aides, conjointement avec les provinces et territoires. Ces dernières sont également des parties prenantes dans l’aide à la lutte et à la préparation contre les feux.
Le 12 aout, Environnement Canada a annoncé plus de 34 millions de dollars pour financer 141 projets de «résilience climatique». Toutefois, dans les détails, seulement 70 000 $ a été accordé à la municipalité de Jasper pour l’aider à mieux se préparer contre les feux.
«Nous devons travailler avant que le désastre n’arrive», a déclaré la ministre de la Gestion des urgences et de la Résilience des communautés, Eleanor Olszewski, lors de la mise à jour gouvernementale du 18 aout.
Entre compressions et suppression de postes…
Des critiques se sont élevées à propos du manque de préparation et la gestion générale des feux par le gouvernement Carney, notamment sur les compressions qui ont lieu au sein d’Environnement et Changement climatique Canada.
Début aout, des membres de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada ont manifesté à Ottawa pour protester contre ces coupes.
Entre décembre et l’été 2026, le gouvernement canadien a procédé à des compressions d’emplois dans la recherche scientifique au sein d’Environnement et Changement climatique Canada.
L’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFCP) recense un total 80 postes supprimés définitivement parmi ses membres et au moins 56 postes «touchés», c’est-à-dire qui sont sujets à des changements. Ils précisent que ce chiffre pourrait être plus élevé, car les chiffres de l’Institut ne concernent que ses membres.
Sean O’Reilly dit être inquiet lorsque la ministre Olszewski affirme que les suppressions de postes effectuées à Environnement Canada et Ressources naturelles n’ont «pas d’impact» sur la prévention et la gestion gouvernementale des feux de forêts.
… minimisées par le gouvernement
Questionnée à ce sujet, la ministre Eleanor Olszewski a balayé les répercussions de suppressions d’emploi sur les opérations de lutte contre les feux de forêt, ne prenant en compte que celles opérées au COG : «Je peux vous indiquer qu’un peu plus de dix postes permanents ont été supprimés au cours de l’année dernière, mais que ces suppressions n’ont en aucune façon affecté la capacité opérationnelle de ce centre.»
Une réflexion qui inquiète le président de l’IPFCP, Sean O’Reilly.
«Le problème, c’est qu’on ne dispose pas réellement de données factuelles concrètes sur les personnes concernées par ces coupes ni sur les programmes qui sont supprimés. C’est très vague. On dit que ces coupes n’auront pas d’impact, alors qu’elles en auront un. Avec tous ces nouveaux risques qui apparaissent en raison des changements climatiques, la charge de travail ne diminue pas. Et quand on supprime des postes, le travail est toujours là, mais on a moins de personnel.»
| Service | Nombres de postes | Actions du service |
|---|---|---|
| Centre canadien de cartographie et d’observation de la Terre | 25 postes touchés | Cartographie des feux de forêt et des inondations |
| Programmes climatiques de RNCan | 66 postes supprimés | Recherche sur les risques et le climat |
| Solutions climatiques naturelles du SCF | 22 des 50 employé·es sont touchés | Atténuation des effets des changements climatiques |
| Répercussions des changements climatiques et adaptation par la CGC | 9 des 27 employé·es sont touchés | Prévision des risques climatiques |
| Commission géologique du Canada (CGC) | 14 postes de plus supprimés | Préparation aux catastrophes naturelles |
| Source : Institut professionnel de la fonction publique du Canada | ||
L’IPFPC souligne trois autres diminutions de services :
- Arrêt des activités de Radiométéo, qui donnait des avertissements d’urgence 24 h sur 24 , 7 j sur 7;
- Dissolution de l’équipe des recherches météorologiques à impact élevé. L’IPFPC affirme que le Canada a investi 180 millions de dollars pour remplacer son réseau de radars météorologiques par «33 systèmes modernes»;
- Mise en place d’une «automatisation complète» du Service météorologique d’Environnement et Changement climatique Canada, qui s’orienterait davantage vers «des prévisions entièrement automatisées et générées par l’intelligence artificielle».
Le président de l’IPFPC nuance ses propos dans son analyse de la réponse du gouvernement, qu’il estime dans l’ensemble «bonne, mais on peut mieux faire : […] protéger et renforcer l’expertise scientifique».
«Ce qui m’inquiète, c’est qu’il s’agit là d’une approche très réactive de la lutte contre les incendies de forêt. Le gouvernement laisse de côté les mesures proactives, qui devraient être prises avant le début de la saison des incendies.»
Des fonds fédéraux qui alimentent le risque
Des solutions existent et sont à portée de main du fédéral. Le directeur de la recherche en adaptation à l’Institut climatique du Canada, Ryan Ness, avance en entrevue avec Francopresse que le fédéral doit revoir ses programmes de construction de maisons et d’infrastructures, comme FireSmart, ou Intelli-feu en français.
Ce programme, créé il y a plus de 30 ans, contribue à rendre les maisons résistantes au feu, mais est «loin d’atteindre l’ampleur nécessaire pour faire la différence», souligne-t-il.
«Dans tout le pays, des projets immobiliers et de nouveaux aménagements continuent d’être approuvés dans des zones exposées aux risques d’incendies de forêt, développe Ryan Ness. Ces projets bénéficient souvent d’un financement fédéral. Si le gouvernement fédéral pouvait faire preuve de plus de prudence dans l’octroi de ses subventions pour qu’elles servent à construire dans des endroits plus sûrs, cela permettrait de réduire l’ampleur des nouveaux risques que nous créons.»
Un rapport de l’Institut climatique du Canada explique en détail comment mieux protéger les foyers canadiens des incendies de forêt et des inondations.
Selon lui, des «millions de maisons, de foyers, sont exposés aux risques des feux de forêt». «Des millions de personnes sont en danger de mort en ce moment et seulement une fraction d’entre eux ont été protégés par des programmes comme FireSmart.»
