«Et toi, tu viens d’où?» Dans les couloirs de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les accents se croisaient ce mardi 16 juin.
Du Brésil au Canada en passant par Haïti, 45 jeunes francophones provenant de 22 pays et territoires des Amériques se sont retrouvés à Montréal, du 15 au 19 juin, pour participer au Forum sur le leadership et l’engagement citoyen, organisé par le Centre de la francophonie des Amériques.
Au programme : ateliers, échanges et discussions autour de l’engagement, dont le panel «Être acteur de changement : des transformations positives et durables», animé par une journaliste de Radio-Canada, Julie Marceau.
Les panélistes ont partagé leurs clés pour devenir une voix engagée au sein de la francophonie.
De la honte à la fierté
«On a beaucoup de personnes qui sont fières de leur héritage et qui voudraient maintenant vraiment apprendre le français», a amorcé Michèle Braud, spécialiste des langues à la retraite au ministère de l’Éducation de la Louisiane.
Adolescente, elle a vécu la «honte» de parler français, avant d’avoir un déclic, de changer son regard, grâce à ses professeurs, et de vouloir l’enseigner elle-même aux prochaines générations.
Je voudrais que tous les vieux et les vieilles voient que leurs enfants continuent le français, même à l’école, parce que c’est là où on a perdu le français.
Former la relève, et la retenir
Samuel Pierre, professeur titulaire au département de génie informatique et génie logiciel de Polytechnique Montréal, a lui aussi à cœur la relève francophone. Il a cofondé le Groupe de Réflexion et d’Action pour une Haïti Nouvelle (GRAHN-Monde).
Les travaux du GRAHN-Monde ont mené à la création, en 2013, de l’Institut des sciences, des technologies et des études avancées d’Haïti (ISTEAH), un établissement universitaire de cycles supérieurs visant à former les futurs leadeurs haïtiens pour qu’ils restent au pays.
Il affirme que Haïti, «connu comme un pays pauvre», est l’un des plus grands exportateurs de talents au monde.
«Ces ressortissants diplômés postsecondaires se retrouvent à l’étranger […] Il y a des régions qui se vident de leurs personnes.» Un phénomène d’exode qu’on observe aussi dans certaines régions francophones du Canada, rappelle-t-il.
Ce qui appauvrit, ce n’est pas l’argent, ce ne sont pas les ressources naturelles. Il y a des pays qui n’ont pas les ressources naturelles et qui ne sont pas pauvres. La Suisse est un exemple. Ce qui fait la richesse des peuples, ce sont les personnes. Donc, comment les retenir, de manière que ces personnes-là deviennent des agents de changement?
L’ISTEAH se veut une partie de la réponse. «À partir de ce constat que les gens déménagent parce qu’ils ont des ambitions liées à l’éducation, on s’est dit pourquoi ne pas amener l’éducation à la quantité et à la qualité dans toutes les régions, de manière à garder les personnes le plus longtemps dans leur région, pour ne pas appauvrir les régions», explique Samuel Pierre.
À lire aussi : Exode des cerveaux : l’Afrique se vide au profit du Canada
«Ne jamais prendre un non pour une réponse»
Les panélistes ont également discuté des notions de courage et de résilience.
Michèle Braud appelle les jeunes francophones à «ne jamais prendre un non pour une réponse» quand ils proposent des projets, des idées, des initiatives : «Quand quelqu’un dit non, il faut simplement demander pourquoi, pourquoi pas. Il faut dire “Mais j’ai une réponse, j’ai une solution.”»
«C’est plus facile de dire non. Quand on dit oui, ça doit être suivi par une action, ça demande du travail. Donc, si la personne veut se débarrasser de vous, elle vous dit non», rejoint Samuel Pierre.
Il remarque aussi que les obstacles peuvent être logistiques et venir d’une bureaucratie lourde par exemple.
La directrice générale du Bureau de la langue française à la Ville de Montréal, Aurélie Arnaud, a quant à elle souligné l’importance du consensus dans tout processus de changement.
Elle a participé, avec son équipe, à la modification du drapeau de la métropole afin d’y intégrer, en 2017, un symbole autochtone. Pour ce faire, il a fallu obtenir l’approbation de toutes les nations autochtones de la région. «On ne change pas un drapeau n’importe comment», témoigne la responsable.
Aurélie Arnaud disposait alors de cinq mois pour mener ce travail. Rencontre après rencontre, les communautés sont parvenues à un consensus autour d’un symbole qui leur parlait à toutes : le pin blanc.
Rassembler et rester jeunes
On ne peut pas être leadeur quand on est seul. Ça prend du courage; le courage d’assurer sa minorité […] Le monde change grâce aux minoritaires et aux personnes qui ont le courage d’être minoritaires.
Selon lui, les plus grandes conquêtes sociales ont été portées par des personnes qui étaient convaincues, et parfois seules contre toutes et tous au début de leur engagement.
Il invite les jeunes à rester contestataires et vouloir changer le monde. «Si vous maintenez cet état d’esprit, le plus tard possible, même à 90 ans, ça veut dire que vous allez rester jeune.»
