le Mercredi 25 mars 2026
le Mercredi 25 mars 2026 6:30 Francophonie

Francophonie minoritaire : ces créateurs qui s’imposent en ligne

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Internet peut être un lieu de partage privilégié où la différence est célébrée.  — Photo : Wilgengebroed - CC BY 2.0
Internet peut être un lieu de partage privilégié où la différence est célébrée.
Photo : Wilgengebroed - CC BY 2.0

FRANCOPRESSE – TikTok, Twitch, Instagram et les balados deviennent des espaces d’expression pour des créateurs et des créatrices francophones en contexte minoritaire. En misant sur leurs accents, leurs identités et leurs réalités régionales, ces voix contribuent à transformer l’image de la francophonie au Canada.

Francophonie minoritaire : ces créateurs qui s’imposent en ligne
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Pour le créateur de AppelezMoiPhil, Phil Rivière, cette mission est profondément personnelle. Ayant grandi sans voir sa propre réalité reflétée en ligne, il a choisi d’occuper cet espace pour les générations suivantes : «J’essaie de donner aux francos du Canada cette représentation que j’aurais tant voulu avoir en étant plus jeune.»

Phil Rivière publie des vidéos sur YouTube depuis l’âge de 10 ans. Il n’a jamais réfléchi à sa langue jusqu’à ce qu’il quitte le Québec à 10 ans. À son arrivée en Ontario, il ne parlait pas du tout anglais. 

Photo : Créaphil

Comme lui, plusieurs créateurs et créatrices ont émergé avec la volonté de combler un manque. C’est le cas du cofondateur du balado Les Francos oublié•e•s, Ahdithya Visweswaran, qui l’a lancé pendant la pandémie avec son ancienne coanimatrice, Janie Moyen. 

Installé à l’époque en Alberta, il raconte qu’il cherchait simplement des occasions de pratiquer le français. Ce projet s’est rapidement transformé en plateforme de discussion pour des voix souvent marginalisées.

De son côté, la créatrice de janelleacadie, Janelle Poirier, souhaite normaliser les accents acadiens sur TikTok : «Je veux qu’ils [les Acadiens] sentent que c’est correct de parler de la façon dont ils parlent.»

Une démarche similaire anime l’instavidéaste Alison, qui utilise la plateforme Twitch sous le pseudonyme alisonator pour faire découvrir le chiac et la culture de sa région.

À lire aussi : L’accent parfait n’existe pas en francophonie

Ahdithya Visweswaran a initialement fait le balado Les Francos oublié•e•s pour participer au concours «Fais ton balado» de Radio-Canada OHdio. 

Photo : Naomi Caufield

Lumière sur les voix minoritaires

Phil Rivière estime que les créateurs et créatrices francophones en milieu minoritaire ont une responsabilité de produire du contenu qui reflète leur vécu. À ses yeux, il s’agit presque d’un devoir.

Ahdithya Visweswaran, lui, souhaitait aller encore plus loin en mettant en lumière «la minorité au sein de la minorité». Son balado aborde notamment les réalités des personnes racisées, immigrantes et issues de la diversité sexuelle dans la francophonie.

Janelle Poirier s’inspire quant à elle de son quotidien, notamment son travail en tant qu’enseignante de français langue seconde. Les différences linguistiques qu’elle observe deviennent souvent le point de départ de ses vidéos.

Alison, pour sa part, trouve dans la diffusion en continu en direct une manière de créer un espace où la langue française devient un vecteur d’échange et de découverte, en combinant jeux vidéos et discussions.

Janelle Poirier souhaite être perçue comme l’amie de tout le monde, pour que ses abonnés et abonnées se sentent à l’aise de discuter d’accents et d’expressions. 

Photo : Courtoisie

Une francophonie plurielle loin des stéréotypes

Ces créateurs de contenu s’accordent sur un point : la francophonie canadienne ne peut être réduite à une image unique.

Janelle Poirier souligne que les accents minoritaires sont rarement présents dans les médias traditionnels, dominés par le français standard ou québécois.

Beaucoup ignorent encore l’existence de communautés francophones dynamiques à l’extérieur du Québec, remarque de son côté Alison.

Phil Rivière illustre bien cette complexité identitaire. «Québécois de sang, mais Franco-Ontarien par ma culture», dit-il pour résumer son parcours.

L’intervenant parle même d’une «épidémie» d’insécurité linguistique. Selon lui, il faut transformer ce phénomène en fierté, voire en «euphorie linguistique», notamment grâce à la création artistique.

À lire aussi : Le français et l’insécurité linguistique selon Pierre Calvé

Janelle Poirier observe que cette insécurité pousse plusieurs Acadiens et Acadiennes à privilégier l’anglais, par crainte de ne pas parler un «bon français». Elle insiste pourtant sur l’importance de valoriser toutes les formes de la langue.

Alison partage cette vision en défendant le chiac, un dialecte qui suscite parfois des réactions négatives, comme «ah, ce n’est pas du vrai français, tu parles mal», ou «tu mixes bien trop d’anglais avec ça». Dans ses vidéos, elle souligne la richesse culturelle et historique du chiac, tout en expliquant ses particularités linguistiques.

Même constat chez Ahdithya Visweswaran, qui rappelle que le fait d’avoir appris le français comme troisième ou quatrième langue ne diminue en rien sa légitimité.

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Un exemple du chiac d’Alison

Alison a remarqué que la prononciation du «r» varie en fonction du contexte chez les Acadiens et les Acadiennes du sud-est du Nouveau-Brunswick.

Quand le «r» se trouve devant une voyelle, il est souvent plus roulé, comme dans «trampoline».

Le «r» est plus doux ou moins prononcé quand il se trouve devant une consonne, comme dans «porte» ou «mardi».

@alisonator

Tout le monde a un accent. Le tien vient d'où?

♬ original sound - alisonator

«Parler français en milieu minoritaire, c’est une résistance en soi»

«Internet est très anglonormatif», note Ahdithya Visweswaran.

Janelle Poirier reconnait qu’il peut être tentant d’utiliser l’anglais pour suivre les tendances ou augmenter sa visibilité en ligne. Pourtant, elle indique que plusieurs créateurs et créatrices comme elle choisissent de privilégier leur langue.

Phil Rivière admet avoir volontairement renoncé à une audience plus large pour rester fidèle à son identité linguistique.

Parler français en milieu minoritaire, c’est une résistance en soi

— Phil Rivière

Ce dernier ajoute que créer en français le comble, car il se sent chez lui. «J’ai déjà tenté de créer en anglais plus jeune, mais sans succès. Je ne me sentais pas moi-même et je ne ressentais pas la même satisfaction.»

Pour Alison, le choix du français est évident : son contenu étant centré sur l’accent acadien, passer à l’anglais n’aurait tout simplement pas de sens. Elle y voit aussi une manière d’honorer les luttes historiques pour les droits linguistiques.

Elle insiste aussi sur l’urgence de faire rayonner la culture acadienne. Il ne faut pas éteindre cette communauté déjà minoritaire, au contraire, il faut la faire fleurir et la faire connaitre davantage à travers le monde.

Phil Rivière travaille actuellement sur une série documentaire intitulée Donner sa langue au chat, qui explorera les réalités franco-canadiennes.

Un écho au-delà des frontières

Le Franco-Ontarien raconte qu’il reçoit régulièrement des messages de personnes qui se sentent enfin représentées.

Pour sa part, l’ampleur de la portée de son balado a surpris Ahdithya Visweswaran, qui a suscité des réactions jusqu’en Europe et en Afrique.

Alison reçoit même des messages de France, où des internautes découvrent avec intérêt les particularités de la culture acadienne.

Janelle Poirier remarque de son côté une évolution positive : les commentaires négatifs sur les accents semblent diminuer depuis quelques années, signe d’une plus grande sensibilisation.

Type: Actualités

Actualités: Contenu fondé sur des faits, soit observés et vérifiés de première main par le ou la journaliste, soit rapportés et vérifiés par des sources bien informées.

Déclaration sur les sources et la méthode:

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par une journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues, faire de la traduction et suggérer des intertitres. La journaliste a vérifié l’exactitude des propos. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la révision du titre et/ou du chapeau.

Données de parution:

Ottawa

Lê Vu Hai Huong

Journaliste junior

Adresse électronique: