Après un décollage difficile de New Delhi mardi, le premier ministre Justin Trudeau est allé rejoindre sa famille libérale pour un dernier caucus avant la rentrée parlementaire de lundi.
De mardi à jeudi, les élus libéraux ont parlé notamment de logement, du cout de la vie et d’immigration. Peu d’informations ont filtré dans les médias. «Ça reste en famille», comme l’a déclaré le ministre de l’Immigration, Marc Miller, en mêlée de presse.
Selon un sondage Abacus Data publié jeudi, les conservateurs ont une avance de 15 % dans les intentions de vote sur les libéraux.
Mercredi, Justin Trudeau et son ministre du Logement, Sean Fraser, ont profité de la réunion du caucus libéral pour annoncer un investissement de 74 millions à pour la Ville de London, dans le cadre du Fonds pour accélérer la construction de logements.
Sean Fraser, auparavant ministre de l’Immigration, affronte la crise du logement dans le cadre de ses nouvelles fonctions.
Le premier ministre a invité les municipalités à être «ambitieuses» et à profiter du Fonds.
Selon Sean Fraser, la crise du logement s’explique notamment par «la façon dont les villes construisent des logements dans ce pays et, dans certains cas, la façon dont certaines villes ne construisent pas de logements dans ce pays».
Jeudi, le chef de l’opposition, Pierre Poilievre, a annoncé qu’il déposera le jour de la rentrée parlementaire le projet de loi «bâtir des logements, pas de la bureaucratie» pour inciter la construction de logements.
Les élus reprendront du service après la pause estivale le 18 septembre. Au menu, les questions de logement, d’ingérence étrangère et l’entrée en vigueur de C-18.
Les francophones surveilleront entre autres la règlementation de la Loi sur les Langues officielles, les cibles en immigration, le financement pour le postsecondaire et la mise en œuvre du Plan d’action pour les langues officielles.
Le député indépendant de Richmond–Arthabaska a annoncé lundi qu’il se retirerait de la politique active à la fin de son mandat. Actif en politique depuis 15 ans, Alain Rayes représente la circonscription québécoise depuis 2015.
Lorsqu’il était élu conservateur, Alain Rayes avait défendu le respect de la LLO au sein de l’appareil fédéral.
Auparavant élu conservateur, il a été responsable des Langues officielles dans le cabinet fantôme d’Erin O’Toole. En 2021, il avait déposé une plainte au Commissariat aux langues officielles pour dénoncer le non-respect de la Loi sur les langues officielles par des institutions fédérales.
Disant vouloir rester fidèle à ses valeurs et convictions, il avait quitté le caucus conservateur en septembre 2022, quatre jours après l’arrivée de Pierre Poilievre à la tête du parti.
«La vie politique est très stimulante, mais aussi très exigeante, autant au niveau personnel que familial», a-t-il déclaré dans un communiqué.
Le politicien avait notamment été victime de commentaires haineux sur le Web après avoir souhaité une bonne rentrée au milieu de l’éducation en 2022.
Yves-François Blanchet maintient que le Bloc Québécois doit demeurer indépendant et ne fera pas d’alliance avec le Parti conservateur si ce dernier remporte les prochaines élections.
Le chef du Bloc Québécois, qui a réuni son caucus à Sherbrooke mercredi et jeudi, s’est prononcé sur certains propos émis par le chef de l’opposition à son sujet en entrevue à l’émission «Tout un matin» de Radio-Canada.
Si le Parti conservateur devait gouverner le pays, Yves-François Blanchet a assuré qu’il ne signera aucune entente avec lui, comme l’a fait le Nouveau Parti démocrate (NPD) avec les libéraux.
Lors du congrès du Parti conservateur, Pierre Poilievre avait accusé le chef du Bloc Québécois de délaisser le Québec et d’être coupable de ce qu’il nomme les taxes «Trudeau-Blanchet», comme la taxe carbone.
«Sa façon de faire la politique est gênante», avait répliqué le bloquiste sur le réseau social X le 8 septembre.
Ingérence étrangère et sommet du G20
Le député conservateur Michael Chong a comparu devant la Commission exécutive du Congrès sur la Chine à Washington qui rassemblait sénateurs américains, membres de la Chambre des représentants et émissaires de l’exécutif.
Il a expliqué aux législateurs du Capitole américain avoir été ciblé par une campagne d’ingérence étrangère en 2021, supposément de la part de la Chine, après avoir fait passer une motion à la Chambre des communes qualifiant le traitement des musulmans ouïgours en Chine de génocide.
«Mon expérience n’est qu’un exemple de l’ingérence de Pékin au Canada. De nombreux autres cas ne sont pas signalés et passent inaperçus, et les victimes souffrent en silence», a déclaré le porte-parole conservateur aux Affaires étrangères mardi.
D’après lui, le Canada doit travailler «plus étroitement avec ses alliés démocratiques comme les États-Unis pour contrer les efforts de Pékin de s’immiscer» dans la démocratie canadienne.
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Le premier ministre était à New Delhi, en Inde, pour le Sommet du G20. Lors de son discours de clôture au Sommet du G20 à Delhi dimanche, Justin Trudeau a exprimé sa déception face à l’adoucissement des termes employés pour décrire l’invasion russe en Ukraine dans une déclaration des dirigeants réunis.
«S’il n’en tenait qu’à moi, la déclaration des dirigeants aurait été beaucoup plus forte, en particulier sur l’Ukraine. S’il n’en était que de certains pays autour de la table, elle aurait été beaucoup plus faible, a-t-il dit. Le G20 est un groupe très disparate.»
Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique a reçu une ordonnance du juge de la Cour fédérale, Russel Zinn, l’obligeant à débloquer le fondateur de Rebel News, Ezra Levant, sur X.
Steven Guilbeault doit débloquer le fondateur de Rebel News sur son compte X.
L’ordonnance met fin à une action intentée par le fondateur il y a deux ans qui invoquait une violation de ses droits constitutionnels. Selon Russel Zinn, ne pas voir les publications du ministre affectait sa capacité à s’engager dans un débat sur des enjeux publics.
Le tribunal a aussi ordonné au gouvernement de payer 20 000 dollars à Rebel News pour ses frais juridiques.
La question fondamentale en litige : est-ce que le compte X de Steven Guilbeault est de nature personnelle ou officiellement gouvernementale? Selon le Secrétariat du Conseil du Trésor, la deuxième option est à rejeter.
La cour oblige Steven Guilbeault à ne pas bloquer Ezra Levant tant et aussi longtemps que ce dernier sera député.
Des données recueillies par Statistique Canada lors du recensement de 2021 permettent de constater que, malgré une augmentation du nombre de personnes ayant une connaissance du français, le poids démographique des francophones dans l’Ouest du pays est en chute libre.
Depuis le recensement de 2016, seule l’Alberta a enregistré une diminution du nombre de personnes pouvant soutenir une conversation en français. Malgré la hausse enregistrée dans trois des quatre provinces, le poids démographique de ce groupe a diminué dans toutes les provinces de l’Ouest du pays.
«Les tendances des quatre provinces de l’Ouest suivent les tendances du Canada hors Québec», confirme Gabriel St-Amant, analyste chez Statistique Canada l’un des auteurs des rapports.
En Saskatchewan, 4,7 % de la population peut soutenir une conversation en français. Cette proportion s’établit à 6,2 % en Alberta, 6,6 % en Colombie-Britannique et 8,4 % au Manitoba.
L’Alberta présente sa plus faible proportion des 50 dernières années. Au Manitoba, il faut remonter 30 ans en arrière.
Pour Gabriel St-Amant, la langue parlée à la maison est un indicateur intéressant qui permet de mieux comprendre la réalité linguistique dans la sphère privée.
En 2021, 1,2 % de la population de la Saskatchewan parlait le français au moins régulièrement à la maison. Cette proportion s’élevait à 1,5 % en Colombie-Britannique, à 1,8 % en Alberta et à 2,8 % au Manitoba.
Selon l’analyste, la décroissance peut notamment s’expliquer par le vieillissement de la population et les mouvements des populations.
Migration interprovinciale
La Saskatchewan, l’Alberta et le Manitoba affichent un solde migratoire interprovincial négatif chez les francophones. Autrement dit, plus de gens qui parlent le français ont quitté la province que l’inverse.
La Colombie-Britannique est la seule province à avoir enregistré un accueil francophone plus élevé comparativement aux données de 2016.
«La migration interprovinciale entre 2016 et 2021 n’a certainement pas aidé dans les nombres et les pourcentages. Il y a quand même des proportions importantes de personnes qui ont quitté [les provinces]», observe l’analyste.
Pour Daniel Boucher, directeur général de la Société de la francophonie manitobaine (SFM), ceux qui quittent le Manitoba ne le font pas par manque d’occasions de vivre en français.
«On essaie d’offrir et de s’assurer que nos organismes communautaires mettent à la disposition des gens tous les services nécessaires pour vivre et s’épanouir en français, surtout chez les enfants, affirme-t-il. On a des écoles françaises de haute qualité. Je pense qu’on met tout devant les gens et les gens font leurs propres choix.»
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Manque de financement
Marie-Nicole Dubois, présidente par intérim de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB), se réjouit de cette mouvance, mais souligne la nécessité de recevoir davantage de financement pour pouvoir accueillir tout le monde.
Marie-Nicole Dubois, présidente par intérim de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique.
«IRCC a mis beaucoup d’argent pour qu’on puisse aider les immigrants et travaille activement pour assurer l’accueil des immigrants francophones. […] Mais au niveau des migrants [interprovinciaux], ce n’est pas le cas. Il n’y a pas de services, pas de fonds monétaires associés pour qu’on puisse aider. On les aide, et avec plaisir, mais de façon bénévole.»
Selon elle, la francophonie de la province est «vibrante», mais manque de fonds. Un manque d’argent qui va au-delà des services d’accueil.
«On continue quand même à survivre, on continue à faire nos activités grâce à la vocation et à la passion des gens qui sont là, qui ont le français dans leur cœur, dans leur corps, dans leur âme», dit-elle.
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La communauté derrière les chiffres
«Un des facteurs qu’on ne considère pas dans ces chiffres est le côté un peu plus qualitatif», déclare Daniel Boucher, qui prend les données avec un grain de sel.
Pour Daniel Boucher, directeur général de la Société de la francophonie manitobaine, «les chiffres nous donnent un portrait, mais ça va bien au-delà de ça».
«Les chiffres nous préoccupent, mais ne nous consomment pas, assure le directeur général. Ce ne sont pas les chiffres qui guident nécessairement nos actions. Nos actions sont guidées par notre passion pour notre communauté.»
Il y a quelques années, la SFM a présenté un bilan de toutes les activités qui ont eu lieu au cours de l’année dans la communauté francophone. «Il y en avait des milliers. Ce n’est pas exagéré de dire qu’il y a des choses qui se passent tous les jours dans la communauté.»
«Je pense qu’on a une communauté en santé, poursuit-il. Quand on regarde le nombre d’écoles francophones et d’immersion ou l’amélioration lente, mais graduelle de l’offre de services en santé et d’autres, on a une communauté qui a une vitalité importante.»
Isabelle Laurin, directrice générale de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), ressent elle aussi, malgré les chiffres de Statistique Canada, «un dynamisme quand même assez important» dans la francophonie albertaine.
Isabelle Laurin est directrice générale de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA).
«On le voit à travers les réseaux sociaux, des photos d’activités où il y a des centaines de personnes, se félicite-t-elle. Autour des écoles aussi, hier et en début de semaine, il y avait les barbecues de la rentrée, alors c’est plusieurs personnes qui partagent ces photos-là et on voit le dynamisme qui existe.»
Elle explique qu’en Alberta, l’état du français ne se voit pas «à l’épicerie ou à la banque, mais dans des contextes sociaux, que ce soit des spectacles, des festivals, des clubs de lecture, des activités pour les jeunes, un rassemblement sportif».
Miser sur l’immigration
Malgré le dynamisme de la francophonie dans la province, l’ACFA ne ferme pas les yeux face au déclin du poids démographique et mise sur l’immigration pour renverser la tendance.
Daniel Boucher espère que l’immigration et l’augmentation du nombre de personnes qui apprennent le français compenseront pour la proportion en baisse des francophones.
Selon Denis Simard, président de l’Assemblée communautaire fransaskoise, il ne faut pas négliger l’augmentation des effectifs francophones.
En Saskatchewan, la diminution des proportions de francophones n’est pas fatale, estime Denis Simard, le président de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF).
«L’augmentation des nombres est quand même importante pour nous, concède-t-il. La communauté fransaskoise continue de croitre et de grandir. C’est qu’elle ne grandit pas au même taux que l’anglophonie qui nous entoure.»
La solution selon lui : établir une cible réparatrice de l’immigration francophone.
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«Avec l’immigration qui arrive, nous avons une communauté qui se transforme, remarque Denis Simard. La nature même, les mœurs, les traditions de notre communauté changent. Évidemment, ce sont des bonnes choses.»
Pensons à Doug Ford, en Ontario, qui avait créé une véritable onde de choc en abolissant le Commissariat aux services en français.
À Blaine Higgs, au Nouveau-Brunswick, qui n’a jamais caché son irritation envers le bilinguisme, allant même jusqu’à nommer un ministre ouvertement francophobe, alors que sa province est la seule à être officiellement bilingue au pays.
Ou encore à Jason Kenney, en Alberta, qui préfère économiser quelques millions de dollars, ce qui est une goutte d’eau dans le budget de la province, en imposant de sévères compressions budgétaires à l’Université de l’Alberta et donc au Campus St-Jean.
Face à ces exemples récents, on peut se demander s’il n’existe pas un lien entre les politiques linguistiques et les positions idéologiques des partis politiques.
Les droits linguistiques des minorités francophones et acadiennes seraient-ils moins bien protégés par les partis politiques de droite que par les autres partis, qu’ils soient de centre ou de gauche? Si oui, est-ce qu’un tel lien existe aussi sur la scène fédérale?
La question est légitime puisque la perspective d’un éventuel changement de gouvernement à Ottawa devient de plus en plus probable. Pierre Poilievre est maintenant bien en selle à la tête du Parti conservateur du Canada et de récents sondages montrent que sa popularité est en forte progression.
Par ailleurs, le congrès du Parti conservateur, tenu à Québec du 7 au 9 septembre, constitue l’une des rares occasions de mieux connaitre les intentions du chef conservateur ainsi que des membres du parti à l’égard de la francophonie.
Le discours de Pierre Poilievre
Ce qui a frappé de prime abord lors de ce congrès est la large place que Pierre Poilievre a faite au français lors de son long discours (près d’une heure), dont près de la moitié a été livrée en français.
Pierre Poilievre n’a pas hésité à aborder des thèmes chers à la francophonie, évoquant notamment son propre parcours comme fils adoptif de parents franco-albertains ainsi que l’histoire de sa conjointe, Anaïda, qui est arrivée à Montréal a un jeune âge et qui a appris rapidement le français, qu’elle maitrise impeccablement.
Le chef s’est aussi engagé à envoyer ses enfants à l’école française et n’a pas hésité à parler de la langue et de la culture québécoise allant même jusqu’à citer les paroles d’une chanson du groupe Mes Aïeux.
Mais outre les paroles, qu’en est-il des intentions?
Le discours du chef conservateur n’a présenté aucun engagement formel relatif à la protection des droits linguistiques des communautés francophones et acadiennes.
Il faut dire que très peu de promesses ont été dévoilées lors de ce congrès. Celles-ci viendront plus tard, lorsque la plateforme du parti sera présentée aux électeurs, probablement durant la prochaine campagne électorale.
Les résolutions adoptées par les membres
Par contre, les membres du parti ont pu s’exprimer sur de nombreuses résolutions. Deux sont particulièrement intéressantes pour la francophonie canadienne.
La première concerne Radio-Canada : les membres devaient se prononcer sur le financement de la société d’État. La résolution demandait que le gouvernement fédéral cesse complètement de financer CBC/Radio-Canada.
Les membres n’ont pas voulu discuter de cette proposition en séance plénière (seules des discussions ont eu lieu à huis clos) et, par conséquent, la résolution n’a pas été adoptée. On peut ainsi supposer que les membres acceptent le principe du financement public de la société d’État, à tout le moins, on peut le présumer, pour ses activités francophones.
La seconde résolution a trait à l’équilibre budgétaire : les membres ont adopté, à une très forte majorité (91 %), une résolution forçant le gouvernement fédéral à éliminer le déficit budgétaire et à rembourser la dette.
L’appui à cette résolution n’est pas en soi surprenant. La question du contrôle serré des finances publiques et de l’équilibre budgétaire ont toujours fait partie des priorités du Parti conservateur et plus généralement des partis de droite.
Mais cette résolution est importante, car elle résume bien à elle seule le principal défi auquel les communautés francophones et acadiennes sont continuellement confrontées.
Comment convaincre les gouvernements que les «dépenses» en francophonie sont cruciales pour la survie des communautés francophones et acadiennes?
Doug Ford, Blaine Higgs, Jason Kenney, pour ne nommer que ceux-ci, nous ont fait la démonstration que les impératifs pécuniaires l’emportent sur toute autre considération.
Si certaines de leurs décisions ont pu être renversées (l’Université de l’Ontario français ainsi que le Campus Saint-Jean ont finalement obtenu des fonds), c’est parce que le gouvernement fédéral de Justin Trudeau n’a pas hésité à appuyer financièrement ces projets.
Mais on le sait, l’atteinte de l’équilibre budgétaire et le remboursement de la dette ne sont pas la priorité de notre premier ministre actuel. Cependant, ce le sera très certainement pour Pierre Poilievre et pour un grand nombre d’électeurs conservateurs.
Petite note sur l’usage du français au congrès
Pour terminer cette brève analyse du congrès conservateur. Bien qu’il se soit tenu à Québec, on doit déplorer le peu d’attention portée à l’usage du français.
Plusieurs militants du Québec ont même rappelé à l’ordre leur parti en séance plénière, en dénonçant plusieurs erreurs de traduction des résolutions présentées au congrès.
Pour ma part, j’ai eu bien de la difficulté à me faire servir en français et cela a commencé dès l’accueil au congrès. Le Parti conservateur va devoir faire mieux.
Geneviève Tellier est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques budgétaires des gouvernements canadiens. Elle commente régulièrement l’actualité politique et les enjeux liés à la francophonie dans les médias de tout le pays.
Pour Liane Roy, la cible de 6 % en immigration francophone évoquée par le ministre de Miller est loin d’être suffisante pour restaurer le poids démographique des francophones hors Québec.
Pour la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), comme pour plusieurs organismes issus des communautés francophones en situation minoritaire, l’immigration demeure un des enjeux principaux à surveiller dans les prochains mois.
La présidente de la Fédération, Liane Roy souhaite l’établissement de cibles en immigration francophones «ambitieuses».
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L’immigration francophone au cœur des attentes
«La nouvelle Loi stipule qu’on doit revenir à 6,1 % en termes de poids démographique pour les francophones [hors Québec] donc, ce qui est important, c’est de voir ce que le gouvernement va mettre en place pour arriver à ces données-là pour nous le plus rapidement possible», mentionne-t-elle.
Dans cette optique, la FCFA vise une cible d’immigration francophone établie à 12 % dès 2024 pour atteindre les objectifs prévus par la Loi sur les langues officielles (LLO).
En conférence de presse, le 12 septembre, Liane Roy a assuré que cette cible devait être incluse dans la cible nationale du gouvernement.
«Le poids démographique des francophones hors Québec est passé de 6,1 % en 1971 à 3,5 % en 2021. Ces données contribuent à un sentiment d’inquiétude partagé entre les francophones et francophiles du pays, tant en situation minoritaire qu’au Québec.»
– Extrait du Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028
François Larocque, professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa, espère qu’il y aura une place pour les clauses linguistiques dans le processus règlementaire de la LLO.
Même son de cloche du côté de François Larocque, professeur titulaire à la faculté de droit de l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche en droits et enjeux linguistiques.
«On va exiger dorénavant que les ministres se dotent d’une politique sur l’immigration francophone, mais en plus que cette politique-là soit accompagnée d’indicateurs et de cibles et d’éléments très concrets», déclare-t-il.
L’immigration économique reste un enjeu important pour les communautés franco-canadiennes, estime Yan Plante, président-directeur général du Réseau de développement économique et d’employabilité du Canada (RDÉE).
Le manque de logements, l’intégration et la reconnaissance des acquis font partie des nombreux points qu’il a identifiés. «Les immigrants arrivent, ils n’ont pas de médecin, ils n’ont pas de logement, etc. La reconnaissance des acquis [demeure un enjeu]», déplore-t-il.
Pour le président-directeur général du Réseau de développement économique et d’employabilité du Canada (RDÉE), Yan Plante, l’immigration économique reste un enjeu important pour les communautés franco-canadiennes.
Un avis que partage le professeur François Larocque. «Tout ça, je pense, va devoir faire partie des réflexions sur comment attirer et accueillir plus d’immigrants et aussi avoir des systèmes en place, avoir du logement pour eux et faciliter l’accès au marché de travail et tout ça. Ça prend une réflexion dans plusieurs secteurs d’activités.»
En aout dernier, le ministre de l’Immigration, Marc Miller, avait annoncé la possibilité d’instaurer un plafond au nombre de visas octroyés aux étudiants étrangers.
Étant donné que les membres de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) pourraient être concernés par une telle décision, le directeur de la recherche stratégique et des relations internationales de l’organisme, Martin Normand, soutient qu’il continue de collaborer avec IRCC sur ce dossier en particulier.
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Postsecondaire : la promesse de 80 millions toujours dans l’air
Martin Normand accueille favorablement le financement prévu de 128 millions sur quatre ans pour contrer le sous-financement des établissements postsecondaires en situation minoritaire.
À l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), Martin Normand poursuit les discussions avec divers ministères en matière d’enjeux francophones, dont l’immigration.
Cependant, il rappelle que lors de la campagne électorale de 2021, le premier ministre Justin Trudeau avait promis une enveloppe de 80 millions par année pour lesdits établissements.
«Le 32 millions [par année] pour 4 ans, c’est loin de ce que la promesse avait formulé», indique-t-il.
Martin Normand prévoit de continuer son travail auprès des différents élus libéraux ainsi que le ministère du Patrimoine canadien, «pour obtenir la concrétisation de cette promesse-là le plus rapidement possible».
Les fonds du Plan d’action attendus
Les organismes francophones attendent impatiemment le déblocage des fonds du Plan, et la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) ne fait pas exception.
«On va être à l’affut, justement, de ces investissements-là pour le développement du secteur», soutient la directrice générale Marie Christine Morin.
«Les besoins sont grands. On veut stabiliser nos équipes et on veut aussi, à l’intérieur des équipes, développer de nouvelles compétences, notamment sur le plan numérique et sur le plan de l’innovation.»
Les acteurs du milieu associatif francophone s’accordent pour dire que les investissements fédéraux sont nécessaires pour les communautés francophones en situation minoritaire.
La directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), Marie Christine Morin, souhaite avoir du financement pour le rayonnement de la francophonie à l’échelle internationale.
Investissements nécessaires pour une francophonie internationale
Marie Christine Morin souhaite faire rayonner la francophonie canadienne à l’international, mais déplore que le Plan d’action pour les langues officielles ne prévoie aucun financement à cet égard.
«C’est clair que c’est un levier important et c’est un besoin, je dirais, prioritaire de la francophonie», annonce-t-elle.
Le politologue François Larocque compte surveiller de très près les nombreuses règlementations qui découleront de la LLO telles que les modalités des accords fédéraux, provinciaux et territoriaux et une représentation bilingue dans les institutions fédérales.
Il encourage d’ailleurs les organismes francophones à prendre part aux consultations «en lien avec les mesures positives que la Loi de commande et aussi des consultations publiques qui doivent suivre normalement le cours normal de la prise de règlement».
La chanson Notre place, a été créée en 1989 par Paul Demers et François Dubé pour célébrer l’entrée en vigueur de la loi 8 sur les services en français en Ontario. C’est à la demande de François Dubé, qui a signé la musique, que Paul Demers a accepté d’écrire les paroles. C’était pour lui l’occasion de mettre en «évidence la vitalité franco-ontarienne».
C’est Sylvie Chalifoux-Demers, épouse de Paul Demers, qui a reçu les honneurs au nom de son mari, décédé en 2016. Elle a tenu à remercier François Dubé, lors de l’intronisation de la chanson au Panthéon, le 9 septembre, dans le cadre du Gala Trille Or 2023.
Sylvie Chalifoux-Demers, Robert Paquette et François Dubé immortalisent une photo de groupe avec le tableau d’intronisation du Panthéon pour la chanson Notre place.
«Merci d’avoir fait appel à Paul ce jour-là. Ce jour-là où tu lui as donné un élan, un regain de vie. Ce jour-là à partir duquel, en toute complicité, vous avez créé ensemble cette grande chanson de ralliement pour tout un peuple.
François Dubé a demandé à Paul Demers d’écrire les paroles alors que ce dernier était en convalescence à la suite d’un diagnostic de cancer. Au fil des ans, la chanson a été entonnée dans divers évènements francophones en Ontario.
En 2017, le gouvernement ontarien a reconnu officiellement le Notre place comme l’hymne des Franco-ontariens.
François Dubé, qui n’a pas hésité à encourager les francophones de continuer à protéger le français face à son déclin, a tenu à remercier les Franco-Ontariens.
Paul Demers auteur de l’Hymne Franco-Ontarien «Notre place».
«Avec ce déclin de plus en plus inquiétant du français chez nous, toute la communauté francophone doit agir et intervenir rapidement pour que le français reprenne ses notes de l’impact», annonce-t-il.
«Continuez de chanter haut et fort, vous êtes l’avenir, aujourd’hui pour demain», a renchéri Sylvie Chalifoux-Demers.
L’intronisation panthéon est une distinction pour rendre hommage aux artistes marquants dévoués à la musique francophone, mais aussi aux «chansons qui ont une histoire, qui nous font vibrer depuis des années et qui vont continuer à faire pour encore longtemps», a déclaré sur scène l’animateur du Gala, Éric Robitaille.
Les 25 ans du Panthéon
Créé en 1998, le Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens honore et célèbre les auteurs-compositeurs canadiens et tous ceux qui ont consacré leur vie à mettre en valeur le patrimoine musical et à éduquer le public au sujet des réussites de ces auteurs-compositeurs.
La chanson Notre place rejoint Mon pays de Gilles Vigneault, Paquetville d’Edith Butler et Baie Sainte-Marie de Cano.
La Saskatchewan vedette de la soirée
Le groupe Beau Nectar remporte trois prix lors du Gala trille Or : Meilleur EP, chanson primée et le prix découverte.
Le Gala des Trille Or 2023 a reconnu le travail de dix artistes de la chanson et de la musique de la francophonie canadienne.
Le groupe Beau Nectar composé de la Fransaskoise éemi et de la Franco-Ontarienne Marie-Clo, a remporté trois prix dont le meilleur EP (mini album), chanson primée et le prix découverte, qui est accompagné d’une bourse de 2 000 dollars.
«On travaille beaucoup à communiquer et c’est quelque chose qui nous a énormément aidées dans notre projet et qui crée justement cette complicité», ont indiqué les membres du groupe en entrevue.
La Fransaskoise Anique Granger a remporté le prix de l’autrice compositrice. Pour elle, être autrice-compositrice apporte une grande satisfaction malgré tout le travail que ça implique. Il y a de la frustration, il y a de la recherche, il y a de l’écriture, il y a du barbouillage, de la réécriture», informe-t-elle.
Dans son EP Rewind, Anique Granger s’est laissé inspirer par les témoignages de femmes ainées pour écrire quatre chansons.
«J’allais chercher le moment qui m’inspirait une chanson, et je transposais un peu au présent», informe-t-elle.
Enfin, le Fransaskois Étienne Fletcher a remporté le prix du Meilleur album et Artiste solo, et Ponteix est reparti avec la statuette dans la catégorie Vidéoclips.
L’artiste franco-ontarien Yao, célèbre pour sa chanson Effet placébo, a remporté le prix du meilleur spectacle.
«Je dis que si les gens veulent écouter l’album, ils vont rester à la maison. Quand je donne un spectacle, pour moi c’est de donner vie à cette chanson-là. Je me mets au service de la chanson, de l’émotion, du message», a-t-il déclaré.
La Franco-Ontarienne Reney Ray a été la première à remporter le Prix du coup de cœur du public, nouvellement ajouté pour la 12e édition des Trille Or.
«J’espère que les textes que j’écris continuent à vous toucher, continuent à faire du bien dans votre vie. Si ça fait du bien dans votre vie, essayez d’en faire dans la vie des autres. L’amour, le partage, la bonté, ça se partage. C’est vraiment important.»
Les Rats d’Swompe sont quant à eux repartis avec le trophée pour le meilleur groupe.
Pendant plus d’une heure, debout devant plus de 2000 membres du Parti conservateurs, des médias et des observateurs, Pierre Poilievre a prononcé son discours en anglais et en français. Son épouse, qui a pris la parole juste avant lui, s’est exprimée en français, en anglais et en espagnol, sa langue maternelle.
La femme de Pierre Poilievre, Anaida Poilievre, a prononcé un discours en français, en anglais et en espagnol pour présenter son mari.
Le chef du Parti conservateur a pris soin de rappeler ses origines franco-albertaines du côté de son père et le fait qu’il avait perdu son français à l’adolescence alors qu’il vivait à Calgary, en Alberta.
«C’est pour ça que je serai toujours un allié du Québec, du peuple acadien et de tous les francophones à travers le pays», a-t-il lancé.
Il notamment a réitéré que ses enfants fréquentent les garderies francophones et fréquenteront plus tard des écoles de langue française. Pierre Poilievre n’a pas fait référence aux enjeux de la francophonie canadienne de tout le reste de son discours, se concentrant seulement sur le Québec.
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Objectif : se faire connaître des Québécois
Pour le professeur au Département de sciences politiques à l’Université Laval et membre du Parti, Éric Montigny, le choix de tenir le congrès dans la ville de Québec était stratégique.
Le politologue Éric Montigny croit que le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre a réussi à créer une unité au sein d’un parti qui était divisé auparavant.
«C’est le seul endroit au Canada actuellement où les conservateurs n’ont pas pris d’avance sur les libéraux», explique-t-il, en faisant référence aux résultats des plus récents sondages sur les intentions de vote au pays, qui classent les conservateurs en avance sur le Parti libéral.
Pour Pierre Poilievre, c’était surtout une première façon de se présenter à l’électorat, ajoute le politologue.
«C’est son premier congrès […] c’est aussi une façon de présenter sa vision [et] sa capacité, aussi, d’être une solution de rechange aux libéraux», indique-t-il.
Un discours axé sur l’économie
Le discours de Pierre Poilievre de vendredi soir était axé sur les enjeux économiques auxquels font face les Canadiens. Pour l’ancien chef de cabinet d’Andrew Scheer, Marc-André Leclerc, il s’agit de la stratégie à avoir.
L’ancien chef de cabinet conservateur de Andrew Scheer, Marc-André Leclerc, a observé un sentiment de confiance au sein du parti. Il précise que le parti reste humble et prudent, sachant qu’il n’y a pas d’élections prévues à court terme.
«Il y a une opportunité pour lui de marquer des points en restant extrêmement discipliné et en évitant, bien sûr, de se laisser distraire par d’autres enjeux.»
Pierre Poilievre n’a pas hésité à blâmer non seulement le premier ministre canadien, Justin Trudeau, mais aussi le chef du Bloc québécois, Yves François Blanchet.
«Justin Trudeau et le Bloc, ils punissent votre travail, prennent votre argent, taxent votre nourriture et double le prix de votre logement, et soyons clair, beaucoup de ces politiques sont rendues possibles grâce à l’appui du Bloc», a affirmé le chef conservateur devant ses partisans.
Il a réitéré que la taxe sur le carbone, qu’il surnomme la taxe Blanchet-Trudeau, est l’une des causes de la hausse du cout de la vie.
«Les aînés vont devoir couper dans leur repas pour payer la taxe Blanchet-Trudeau. Une nouvelle taxe de Trudeau sur l’énergie que le Bloc veut radicalement augmenter… ça coûte cher voter Bloc, oui ça coûte très cher voter Bloc».
Lorsqu’il est question de changements climatique, Pierre Poilievre soutient qu’il se tournerait plutôt vers des développements technologiques. Il a d’ailleurs ajouté qu’il souhaite abroger le projet de loi C-69 et «le remplacer avec une loi qui permettra de protéger nos environnement et [on] va consulter les Premières Nations et [on] va faire approuver les projets en 12 mois et pas 12 ans».
Débats sur les politiques sociales
Les membres du parti conservateur ont débattu pendant deux jours d’une trentaine de politiques, votant entre autres sur plusieurs résolutions entourant l’identité de genre.
Samedi, 69,2 % des délégués ont voté en faveur d’une résolution interdisant les transitions de genre pour les mineurs sans l’autorisation des parents.
Celle qui vise à garder les installations telles que les toilettes, les vestiaires, les refuges et les prisons ségréguées selon le sexe a été appuyée par 86,6 % des membres du parti.
D’autres propositions concernant notamment le droit de refuser les vaccins, ou encore l’utilisation en continu du pétrole ont aussi reçu des votes favorables chez les conservateurs.
Bien que les membres du Parti aient voté sur un total de trente politiques pendant le congrès, le programme électoral de Pierre Poilievre reste à confirmer.
Selon des informations obtenus par la Presse canadienne, le chef Pierre Poilievre s’est opposé à la résolution d’imposer des coupures de financement public à Radio-Canada en plus de la CBC.
Alors que les conservateurs se montrent confiant avec des sondages en leur faveur, Éric Montigny rappelle tout de même que les élections sont encore loin d’être déclenchée. «Le plus gros défi des conservateurs c’est de s’arrêter de durer, lorsqu’on prend la tête dans les sondages, loin d’une excellence, on devient une cible plus grande[…]. [Pierre Poilievre] devra conserver le débat sur les enjeux économiques».
Guy Madore aurait aimé célébrer le Prix Bâtisseur Paul-Demers aux côtés de sa femme, Pierrette Madore, décédée en 2020.
Avec des informations de Mélanie Tremblay
La réception du prix Bâtisseur Paul-Demers a été forte en émotions pour Guy Madore, le jeudi 7 septembre. «Mon cœur allait à 100 miles à l’heure et j’ai eu des émotions beaucoup parce qu’aujourd’hui c’est le troisième anniversaire de son décès», en faisant référence à son épouse et complice, Pierrette, décédée le 7 septembre 2020.
Le couple Madore a récolté les articles de journaux, les photographies et les divers objets se rapportant aux artistes francophones, d’abord de l’Ontario, puis de toute la francophonie canadienne pendant plus de 40 ans.
Le président de l’Association des professionnel.le.s de la chanson et de la musique (APCM), Stef Paquette, a salué le travail dévoué des Madore. «Je me souviens, avant les caméras numériques, les téléphones et tout ça, je faisais des spectacles, on voyait les Madore évidemment. Tu ne pouvais pas monter sur scène sans avoir une caresse de Pierrette.»
«J’aurais aimé qu’elle soit ici avec moi pour recevoir ce prix-là», a confié Guy Madore, qui a annoncé le transfert de leur collection d’archives au Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF), prochainement.
Prix hommage
L’artiste franco-ontarien Brian St-Pierre a reçu le Prix hommage lors de la 12e édition des Trille Or.
Le Trille Or hommage, qui reconnait l’impact à long terme d’un intervenant du milieu, a été remis, le 8 septembre, à l’artiste franco-ontarien Brian St-Pierre. Au cours de sa carrière, il a été auteur-compositeur, interprète, musicien, comédien, directeur musical, arrangeur, metteur en scène et enseignant de musique.
«Ce prix-là est incroyable parce que c’est le prix d’une carrière, dit-il fièrement […] Depuis l’âge de 15 ans que je fais de la musique, c’est un honneur de se retrouver avec de grands noms comme Paul Demers, Robert Paquette, qui a reçu ce prix Hommage. Quand on m’a annoncé ça, j’étais très, très ému.»
Compositeur de l’hymne au drapeau franco-ontarien Mon beau drapeau et de la musique du spectacle à grand déploiement L’Écho d’un peuple, Brian St-Pierre a collaboré avec de nombreux artistes franco-ontariens dont Véronic DiCaire, Michel Bénac et Céleste Lévis.
Le trio Les Chiclettes a remporté le trophée dans la catégorie Jazz.
Des prix pour les acteurs de l’ombre
Le volet professionnel a reconnu le travail de 12 artistes et artisans de la chanson et de la musique francophone au pays.
Selon Mimi O’Bonsawin cet évènement permet de mettre en valeur la diversité dans la francophonie canadienne.
Lors de la soirée du 7 septembre, les artistes et artisans de l’Ontario ont raflé tous les prix. Le duo Geneviève et Alain est ressorti avec deux statuettes pour Présence Web et Initiative artistique.
C’est avec émotions que la chanteuse-compositrice Mimi O’Bonsawin a accepté le Prix Folk/Country/Trad. Selon l’artiste, la célébration permet de mettre en valeur la diversité francophone canadienne. «On peut toujours se retrouver, se rassembler avec nos accents, nos différentes cultures, c’est vraiment la famille, c’est un amour inconditionnel», témoigne-t-elle.
Le trio jazz Les Chiclettes est reparti avec le Trille Or dans la catégorie jazz, le groupe de l’Est ontarien Les Rats d’Swompe se sont emparé de la statuette du Prix Export Ontario et le Prix pour la prise de son et le mixage a été remis à Sonny Black pour son travail sur l’album Kintsugi de YAO.
Le lendemain, la Fransaskoisie était à l’honneur en remportant les cinq prix remis pour le volet professionnel.
Le duo Beau Nectar, composé de la Fransaskoise éemi et de la Franco-Ontarienne Marie-Clo, a remporté le prix dans la catégorie Pop pour l’album Two Lips.
Étienne Fletcher, de Regina, est reparti avec deux statuettes dans les catégories Rock/Alternatif et Conception visuelle (Emmanuel Jarus et Marin Blanc) pour Entre d’eux.
Le rappeur Shawn Jobin, s’est emparé des Prix Hip-Hop/Rap et Spectacle en ligne. «C’est comme un prix hyper important parce que, de l’école canadienne-française à Saskatoon, je rêvais déjà de défricher le chemin du rap francophone dans l’Ouest canadien. Et là, je suis au Trille Or! Le grind a été constant», a-t-il déclaré en recevant son prix.
Et c’est l’artiste Mario Lepage de Ponteix qui a été déclaré lauréat du Prix Réalisation et arrangements pour son EP Amélia.
Le gala des Prix Trille Or, qui saluera le travail de 10 artistes de la francophonie canadienne, aura lieu le samedi 9 septembre, au Centre national des Arts et sera radiodiffusé sur Sirius XM.
Ingérence étrangère, congrès conservateurs, procès des figures de proue du «convoi de la liberté»
Selon Dominic LeBlanc, le fait que Marie-Josée Hogue n’ait aucune expérience spécifique en sécurité nationale lui permet d’arriver avec une «perspective fraiche».
La juge de la Cour d’appel du Québec, Marie-Josée Hogue, présidera l’enquête publique sur l’ingérence étrangère réclamée depuis des mois par les partis d’opposition. Sa nomination et son mandat ont reçu un appui unanime des partis d’opposition.
Dominic LeBlanc, ministre de la Sécurité publique, des Institutions démocratiques et des Affaires intergouvernementales, en a fait l’annonce officielle jeudi, après avoir récolté plusieurs refus de juges actuels ou retraités.
Marie-Josée Hogue, qui ne détient aucune expérience particulière en matière de sécurité nationale, aura jusqu’au 29 février 2024 pour présenter un rapport intermédiaire et jusqu’au 31 décembre 2024 pour rendre un rapport final public.
En conférence de presse, Dominic LeBlanc a confirmé qu’elle pourra demander une extension au besoin.
«Nous pensons que la juge Hogue possède toute l’expérience, les qualifications et le jugement nécessaires pour mener à bien cette tâche importante», a défendu le ministre.
«Il s’agit d’une juriste parfaitement bilingue, a-t-il souligné. Nous avons travaillé avec les partis d’opposition pour identifier les critères que nous considérons comme importants […] notamment la capacité à mener des audiences en français et en anglais.»
Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé qu’il témoignerait s’il était convoqué.
Pierre Poilievre a tenu une conférence de presse mercredi où il a assuré qu’il tiendra compte des suggestions des membres présents au congrès du Parti conservateur du Canada.
Les membres du Parti conservateur du Canada (PCC) se réunissent du 7 au 9 septembre à Québec pour leur congrès.
Parmi les grands thèmes abordés : la taxe carbone, les interventions médicales d’affirmation de genre pour enfants et Radio-Canada, pour qui des membres souhaitent éteindre le robinet.
D’après un sondage d’Abacus Data publié jeudi, les conservateurs sont en tête des intentions de vote, avec une avance de 14 points de pourcentage sur les libéraux.
Certains journalistes et organisations médiatiques dont le média indépendant The Breach et l’analyste politique du National Post, Tasha Kheiriddin, qui avait appuyé Jean-Charest dans la course à la direction du parti, n’ont pu obtenir d’accréditation pour le congrès. Ils ont été invités à prendre un statut d’observateur, pour 1 700 $.
Le procès de Tamara Lich et Chris Barber, deux organisateurs du «convoi de la liberté», s’est ouvert mardi à Ottawa. Ils sont accusés de méfait, d’entrave au travail des policiers, d’intimidation et d’incitation à commettre des méfaits.
Le premier témoin a été entendu le même jour. Craig Barlow, sergent de la police d’Ottawa, avait préparé une vidéo montrant des images prises lors des manifestations de février 2022.
Au total, le procès rassemblera 22 témoins de la Couronne.
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Arif Virani est ministre de la Justice et procureur général du Canada.
Arif Virani, ministre de la Justice et procureur général du Canada, a annoncé lundi des mesures visant à rendre le processus de nomination à la magistrature fédérale plus efficace.
Les cours supérieures profiteront, entre autres, de plus longs mandats pour les membres de comités consultatifs, ce qui permettra de réduire le temps de sélection de nouveaux membres du comité et d’évaluer un plus grand nombre de dossiers qu’auparavant.
Dans un communiqué de presse, Arif Virani assure que «des comités consultatifs à la magistrature plus efficaces permettront de pourvoir les postes de juges vacants et de renforcer la confiance du public envers le système de justice», deux objectifs de longue date du gouvernement.
Taux d’intérêt et économie canadienne
Mercredi, la Banque du Canada a annoncé qu’elle maintenait son taux directeur à 5 %.
Une baisse importante de la consommation et un recul dans le secteur de l’immobilier créant un ralentissement de l’économie au deuxième trimestre de 2023 ont motivé la décision de la Banque.
L’institution prévoit une augmentation à court terme de l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) en raison des hausses du prix de l’essence. «Les données récentes de l’IPC révèlent que les pressions inflationnistes demeurent généralisées», peut-on lire dans leur communiqué.
La ministre des Finances, Chrystia Freeland, a soutenu que la décision de la Banque du Canada apportait un soulagement parmi la population canadienne.
«Toutefois, les taux d’intérêt élevés qui ont pour but de faire baisser l’inflation pèsent lourdement sur les Canadiennes et les Canadiens», a-t-elle admis dans une déclaration, ajoutant qu’elle souhaitait travailler avec différents partenaires au sein du gouvernement «pour veiller à ce que les taux d’intérêt puissent diminuer le plus rapidement possible».
Des données de Statistique Canada du 1er septembre démontrent que le revenu national brut réel canadien a enregistré un léger recul de 0,2 % au deuxième trimestre de 2023.
Après une hausse de 0,6 % au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) réel est resté presque inchangé au deuxième trimestre.
Le ralentissement de l’économie est attribuable aux diminutions continues des investissements en logement, à l’accumulation moindre des stocks ainsi qu’au ralentissement des exportations internationales et des dépenses des ménages.
Les investissements dans le logement ont reculé de 2,1 % au deuxième trimestre, soit une cinquième baisse trimestrielle consécutive. Ce recul est principalement attribuable «à une baisse marquée des constructions neuves».
Enjeux politiques dans les provinces
Doug Ford, premier ministre de l’Ontario, a procédé à un remaniement de son cabinet lundi.
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a dû remanier son cabinet lundi, quelques heures après la démission de Steve Clark, ministre des Affaires municipales et du Logement.
Quelques jours plus tôt, ce dernier avait refusé de démissionner au lendemain du dépôt d’un rapport déclarant qu’il avait contrevenu à la Loi sur l’intégrité des députés. Steve Clark s’était excusé et Doug Ford avait réitéré sa confiance envers son ministre.
Paul Calandra a repris le flambeau au ministère des Affaires municipales et du Logement tout en conservant son poste de leadeur parlementaire. La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney conserve son poste, mais troque le ministère des Transports pour le Conseil du Trésor.
La cheffe du Parti progressiste-conservateur (PC), Heather Stefanson, a dissout l’Assemblée législative mardi, et les électeurs sont appelés à voter le 3 octobre.
En conférence de presse, la première ministre du Manitoba a surtout cadré son discours autour du cout de la vie, de la taxe carbone sur l’hydroélectricité et de la baisse d’impôts.
Au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury (CSCGS), Ahmed Saba organise des activités culturelles afin de favoriser l’intégration des nouveaux arrivants.
Les immigrants âgés éprouvent généralement un sentiment de solitude plus élevé que les personnes âgées nées au Canada, notamment lié à la langue. C’est ce qui ressort d’un rapport récemment dévoilé par Statistique Canada.
«[À cause] du manque de force, les personnes âgées participent moins aux activités communautaires et culturelles, remarque Ahmed Saba, agent de liaison culturelle au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury (CSCGS). On fait tout pour aller chercher cette population, mais naturellement, elle participe moins.»
Le premier réseau des personnes immigrantes est composé des collègues de travail, avec parfois quelques amis et connexions en fonction du lieu d’origine, observe-t-il. «Quand c’est le moment de ne plus travailler, c’est clair que tu n’as plus accès à ce réseau de collègues […] et facilement tu plonges dans la solitude.»
La francophonie sur le coup
Pour Jessica Dupuis, gestionnaire nationale de projets à la Fédération des aînées et des aînés francophones du Canada (FAAFC), la langue peut faire partie de la solution.
Grâce à un financement d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), l’organisme a colancé en 2021 un projet d’intégration des immigrants ainés dans les communautés francophones, qui court jusqu’en 2025.
À ce jour, l’Alberta, le Manitoba, la Nouvelle-Écosse, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick y participent. Dans chacune de ces provinces, des organismes communautaires organisent des activités pour favoriser la rencontre d’ainés immigrants et d’ainés nés au Canada, comme des sorties en bus, mais aussi des activités en ligne avec l’utilisation d’outils numériques, décrit Jessica Dupuis.
Le projet permet de «développer le sentiment d’appartenance, ce qui va minimiser les facteurs de risque liés à l’isolement et la solitude», explique-t-elle.
Adapter l’offre à l’âge
Souhail Boutmira, doctorant en philosophie et études politiques à l’Université métropolitaine de Toronto, travaille sur l’influence de la langue sur le bienêtre des immigrants.
«Les immigrés et les personnes âgées qui arrivent au Canada ont envie de se sentir utiles au niveau communautaire, confirme-t-il. L’absence de moyens pour inciter les personnes âgées à participer, comme faire du bénévolat, les pousse à ne pas se sentir chez eux.»
Souhail Boutmira est doctorant en philosophie et études politiques à l’Université métropolitaine de Toronto.
En discutant avec des immigrants ainés, Souhail Boutmira a constaté l’importance de multiplier les activités pour s’intégrer.
«[Une immigrante de 84 ans] me demandait si c’était possible de faire de la couture et apprendre la langue en même temps, raconte-t-il. D’autres femmes m’ont dit que leur meilleur moyen d’intégration serait en cuisine, en faisant du bénévolat dans des églises ou des banques alimentaires où elles peuvent communiquer, [faire] ce qu’elles savent faire et se sentir utiles.»
Selon Jessica Dupuis, l’initiative de la FAAFC «peut se faire en multidisciplinarité et en intersectorialité» : «Il y a eu des représentations dans des foires, de la pêche sur glace, une chasse aux champignons, une pièce de théâtre, des repas communautaires», énumère-t-elle.
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Une force pour les communautés
Selon Moïse Zahoui, coordonnateur des services en immigration au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, les communautés francophones ont tout intérêt à bien accueillir les immigrants.
«C’est un investissement qui revient à la communauté», souligne Moïse Zahoui, coordonnateur des services en immigration au CSCGS.
À ses yeux, une meilleure intégration signifie une meilleure rétention. «On veut créer des conditions dans lesquelles les nouveaux arrivants se sentent à l’aise, un sentiment d’appartenance. Par ricochet, quand une personne se sent à l’aise chez elle, elle va contribuer à la vie de la communauté.»
L’isolement serait donc un danger pour les communautés francophones. «À chaque fois que Sudbury perd un francophone, ça impacte la francophonie, alerte Ahmed Saba. La mission est vraiment de permettre aux immigrants de s’intégrer économiquement, culturellement.»
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L’inverse est possible
La solitude est aussi liée au fait de «compter sur un réseau de personnes qui parlent sa propre langue maternelle», rapporte en 2017 le Conseil national des ainés dans une revue de la littérature sur l’isolement social de différents groupes d’aînés, citant une étude sur le sujet.
«Les auteurs ont avancé que cette situation découle peut-être du fait que de tels réseaux renforcent le sentiment d’effritement culturel ou sont peut-être trop petits (et isolés) pour aider la personne à créer des liens avec un réseau plus large de personnes dans une plus grande zone géographique.»
Jessica Dupuis coordonne le projet d’intégration des immigrants ainés dans les communautés francophones de la Fédération des aînées et des aînés francophones du Canada (FAAFC).
De son côté, Jessica Dupuis est fière de constater que le projet financé par IRCC permet de pallier le manque de services d’intégration, une fois ceux d’accueil terminés : «Une fois qu’ils ont passé à travers [ces] services, ils sont un peu laissés à eux-mêmes. Il n’y a plus de nouvelles ressources.»
L’isolement des non-immigrants demeure également une préoccupation pour la FAAFC. «On offre aussi la possibilité d’avoir des bénévoles ainés, donc on agit un peu sur deux tableaux en permettant la participation sociale des ainés francophones en situation minoritaire», assure Jessica Dupuis.
«Toute personne qui apprend le français, qui est en train d’apprendre le français, qui veut apprendre le français ou qui est francophone peut avoir accès à ces activités, insiste-t-elle. Le but est de créer un bassin de personnes qui partagent la même langue et de pouvoir la pérenniser dans la communauté.»
Récemment, le gouvernement de la Saskatchewan a adopté une directive qui exige que les parents consentent à ce que leurs enfants changent leur nom ou leur genre dans leurs interactions avec l’école. Les parents peuvent également ne pas consentir à ce que leur enfant reçoive les cours d’éducation à la sexualité. Une politique semblable a aussi été adoptée au Nouveau-Brunswick et discutée en Ontario.
Des conséquences immédiates
Les jeunes qui ne sont pas certain·es de la manière dont leur famille réagirait à leur coming out ne peuvent donc pas chercher un premier contact avec une personne adulte à l’école à qui iels feraient confiance. À plus forte raison, les élèves qui craindraient les conséquences de ce coming out pour leur sécurité pourraient être dissuadé·es de s’afficher et de rechercher ce qui les rendra heureux·es.
Des études montrent que beaucoup d’adultes hésitent à partager leur identité sexuelle ou de genre, ou refusent carrément de le faire, et il demeure souvent difficile pour les jeunes de faire leur coming out. Plusieurs sont confronté·es à l’incertitude d’être accepté·e et à la réalité de la discrimination. Certains comportements et institutions cherchent à limiter leur capacité à être elleux-mêmes, voire à les «convertir» à une vie hétéronormatisée. Même avec le soutien de leur famille, plusieurs se cherchent une famille choisie.
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On sait enfin que la santé et la sécurité des jeunes personnes à la sexualité et au genre divers sont déjà en question : iels sont davantage victimes d’intimidation, de harcèlement et de violence et de ce fait, ont davantage de pensées suicidaires et de troubles de santé mentale.
Il n’est pas rare que de tels comportements existent également à la maison et que ces jeunes soient mis à la porte ou ne voient d’autre choix que de quitter le foyer familial, sans nécessairement avoir d’endroit où aller.
Il est donc essentiel pour les jeunes dans de telles situations de pouvoir être elleux-mêmes au moins dans certaines situations, dont à l’école, en attendant de pouvoir trouver davantage d’indépendance.
Critiques et ripostes
Ces attaques contre l’éducation à la sexualité ne sont pas nouvelles. En 2019, on déplorait déjà l’insuffisance de l’éducation sexuelle partout au pays, et notamment en Saskatchewan. Une bonne éducation, écrivait-on, «contribue au progrès vers l’égalité des genres, à de saines relations, à l’adoption de pratiques sexuelles plus sécuritaires ainsi qu’à la littératie médiatique». Elle contribue également à la santé et à une vie plus saine. Elle sauve des vies, et notamment pour les jeunes de la diversité de genre et sexuelle.
Ainsi, des critiques des nouvelles directives n’ont pas tardé à se faire entendre, de l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) à l’Association des conseils d’établissement de la Saskatchewan, y compris par un groupe de parents. Ces critiques visent notamment la violation des droits et de la vie privée, ainsi que la mise en danger des enfants trans et non binaires. L’organisme saskatchewanais UR Pride et l’organisme pancanadien Égale ont rapidement riposté en amenant la question devant les tribunaux.
Quelles relations ces directives encouragent-elles?
Au-delà de l’insécurité que créent immédiatement ces directives, notons un premier problème dans le genre de relations familiales et scolaires qu’elles encouragent.
L’idée que les parents auraient des droits sur leurs enfants renvoie à une logique de contrôle. Les parents peuvent certes prendre des décisions là où d’autres adultes ne peuvent le faire. Mais cette capacité a ses limites. Et surtout, elle ne peut s’exercer contre l’enfant.
L’autonomie des enfants doit ici être respectée. L’identité et la modalité de genre (le fait d’être cisgenre, transgenre et/ou non binaire), tout comme la sexualité, ne peuvent pas être comprises entièrement en termes de choix. Le consentement n’est donc pas la bonne approche.
Un second problème relationnel tient à ce que la très grande majorité des parents n’ont pas de formation pour l’éducation à la sexualité – et que souvent, les enseignant·es en ont très peu. De là l’importance de la présence d’expert·es· dans l’éducation des enfants, ce qu’interdit largement la directive saskatchewanaise.
Le soutien avant tout
La participation des parents à l’éducation de leurs enfants est certes essentielle au succès et au bienêtre des enfants. Mais à vouloir contrôler et prendre des décisions dans des domaines qui ne relèvent pas à strictement parler du choix des enfants, l’on risque de nuire au bienêtre, à la santé mentale et physique des jeunes, ainsi qu’à nos relations avec eux.
Comme me le disait mon ami·e S.Y. Page, qui défend les droits de jeunes personnes trans et non-binaires depuis plusieurs années : si les parents veulent connaitre le nom, les pronoms et l’identité de genre de leurs enfants, ils devraient sans doute commencer par leur parler. Et, ajouterais-je, créer un environnement où de telles conversations peuvent avoir lieu.
Une étude dont les résultats ont été publiés en 2020 démontrait qu’«un soutien fort qui encourage l’expression de genre favorise le bienêtre des jeunes et fortifie la relation avec leurs parents». Le soutien est donc au centre d’une relation saine qui permettra de participer à la présence au monde et aux autres des jeunes. Il se mesure en partie par la capacité des parents et des autres adultes dans la vie des jeunes (et notamment des écoles) de répondre aux espoirs des enfants plutôt que de les pousser vers leurs propres attentes.
Même les parents les plus attentionnés ne peuvent répondre à tous les besoins de leurs enfants. En tant que parent, cette vérité me déchire. Mais si nous ne laissons pas nos enfants explorer elleux-mêmes le rapport au monde et aux autres, quelque chose leur manquera : la capacité de s’orienter, la confiance en soi, et avant tout l’amour de soi.
Pour en savoir davantage sur la terminologie liée à la diversité de genre et sexuelle :
https://jeunessejecoute.ca/information/2slgbtq-quest-ce-que-cela-signifie/
Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont «La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie» (Metispresses, 2018).