Pierre Poilievre a beau répéter ad nauseam que le gouvernement Trudeau est responsable de la hausse du cout de la vie, non seulement déforme-t-il la réalité, mais les solutions qu’il propose sont loin d’être convaincantes.
Cela ne veut pas dire que le gouvernement libéral ne porte pas sa part de blâme, notamment en ce qui concerne l’abordabilité du logement. L’entrée massive d’immigrants, de travailleurs temporaires et de demandeurs d’asile depuis un an et demi et le financement inadéquat du logement abordable contribuent à la crise.
Sur ce dernier point, la situation dure depuis des décennies. C’est le gouvernement conservateur de Brian Mulroney qui a sabré les dépenses fédérales en logement dans les années 1980 et au début des années 1990.
Depuis, aucun gouvernement, ni libéral ni conservateur, n’a investi des sommes conséquentes dans le logement au pays.
En huit ans au pouvoir, le gouvernement Trudeau aurait certainement eu l’occasion d’en faire davantage, mais cela n’a jamais été une priorité avant cet automne.
Les gouvernements successifs ont été bien contents de laisser la responsabilité financière de bâtir des logements aux ménages. Dans un contexte de tendance à la baisse des taux hypothécaires depuis vingt ans, le Canada a développé l’une des plus importantes bulles immobilières de tous les pays de l’OCDE.
Aujourd’hui, la hausse rapide et probablement durable des taux d’intérêt menace l’accès au logement, et ni le compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété (CELIAPP) ni l’abolition de la taxe sur les produits et services sur les logements locatifs ne permettront de renverser la tendance à court terme.
Laisser la place aux promoteurs
La solution présentée par les conservateurs au problème est simpliste et, contrairement à ce qu’ils répètent sans cesse, est loin de relever du gros bon sens.
Elle se résume ainsi : les procédures administratives sont trop nombreuses et limitent la capacité des promoteurs à construire de nouveaux logements. Il faut donc réduire la taille du gouvernement (de la Société canadienne d’hypothèques et de logement) et contraindre les villes à accélérer l’émission de permis de construction.
Réduire la taille du gouvernement est une vieille rengaine de la droite populiste qui, si elle permet de réduire les dépenses gouvernementales, ne rend pas les fonctionnaires plus efficaces.
Retenir les transferts aux municipalités en échange d’accorder plus rapidement des permis de construction semble encore moins bien avisé quand les villes peinent déjà à boucler leur budget.
Les conservateurs fédéraux devraient tirer des leçons de la débâcle de la ceinture de verdure de Toronto.
Le gouvernement de Doug Ford tenait un discours très semblable à celui de ses collègues conservateurs à Ottawa avant qu’un rapport de la vérificatrice générale de l’Ontario ne révèle le copinage entre des membres de son cabinet et des promoteurs immobiliers.
Plutôt que d’encourager le développement d’habitations dans la ceinture de verdure, le gouvernement Ford a plutôt annoncé cette semaine qu’il faisait marche arrière et protègerait à nouveau le territoire.
Il y a de bonnes raisons pour lesquelles les villes possèdent des comités responsables de l’urbanisme et qu’on ne laisse pas le soin aux promoteurs privés de construire à leur guise.
Les conservateurs fédéraux ont cependant raison de montrer du doigt le cout des permis et des taxes des villes comme frein à la construction, mais s’ils veulent s’attaquer à ce problème, c’est du côté de la fiscalité municipale qu’il faut regarder.
Les villes dépendent essentiellement des taxes foncières pour se financer. Sans révision de la fiscalité des municipalités et des transferts conséquents des provinces et du fédéral, les villes devront continuer à se financer en taxant les propriétaires et les promoteurs.
S’attaquer à la taxe carbone
L’autre angle d’attaque des conservateurs consiste à accuser les libéraux de faire augmenter les prix au pays avec la taxe carbone.
Soyons clairs, l’inflation exceptionnelle que connait le Canada depuis deux ans n’a à peu près rien à voir avec les politiques fédérales. Ce sont principalement des facteurs extérieurs qui ont fait grimper et qui continuent de faire grimper les prix.
Et parmi les causes de l’inflation sur lesquelles le gouvernement fédéral a un tant soit peu d’emprise, la taxe sur le carbone a une incidence marginale.
Pour l’instant, l’essentiel de la taxe carbone est retourné aux contribuables sous forme de transferts ou de crédits d’impôt et est donc en moyenne à cout nul pour le consommateur.
Il est cependant vrai que, d’ici 2030, les différentes tarifications du carbone feront augmenter de 25 à 30 ¢ le prix du litre d’essence. D’ici là, l’électrification des transports devrait avoir beaucoup avancé, ce qui diminuera les répercussions de la taxe carbone sur le portefeuille des ménages.
On peut être d’accord ou non avec la stratégie déployée par le gouvernement Trudeau pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, mais de dire que la taxe sur le carbone est responsable de l’inflation est au mieux une exagération grossière, au pire un argument fallacieux.
Peut-être que ce genre de lignes d’attaque fonctionne dans l’opposition et permettra aux conservateurs de prendre le pouvoir, mais il faudra faire beaucoup mieux comme politiques économiques s’ils remportent les élections fédérales dans les 18 prochains mois. Sans quoi, les Canadiens risquent de continuer à souffrir tant des couts élevés du logement que de l’inflation en général.
David Dagenais est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après avoir mené des études supérieures en économie politique à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université d’Ottawa.
La dispersion des francophones sur un territoire aussi vaste représente un défi immense pour l’avenir et le rayonnement de la langue française sur le continent.
En réponse à cet enjeu majeur, le gouvernement du Québec, sur proposition de son ministre Benoît Pelletier créait, en 2006, le Centre de la francophonie des Amériques, avec l’appui unanime des membres de l’Assemblée nationale. Il s’agissait d’assurer le leadeurship d’une vaste mobilisation des francophones et francophiles des Amériques.
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À l’occasion de son quinzième anniversaire aujourd’hui, nous désirons saluer l’impressionnant bilan du Centre. Sa réussite est due au travail remarquable effectué par les petites équipes qui s’y sont succédé depuis sa mise en œuvre en octobre 2008, ainsi qu’à sa capacité à rassembler celles et ceux qui partagent ses valeurs et ses objectifs.
Francophones et francophiles
La raison d’être du Centre est encore plus évidente en 2023, car il répond à des enjeux et à des défis grandissants quant à l’avenir de la langue que nous avons en partage avec les 33 millions de francophones et francophiles des Amériques.
Michel Robitaille est l’actuel président du conseil d’administration du Centre de la francophonie des Amériques et premier président-directeur général (2008-2010).
Depuis sa création, le Centre s’est graduellement construit un impressionnant réseau comptant 85 000 membres, 300 jeunes ambassadeurs et ambassadrices et quelque 650 institutions partenaires avec lesquelles il s’est associé. Aujourd’hui, plus d’une centaine d’activités sont réalisées annuellement.
Conscient que le fait français dans les Amériques est fragile et que son avenir passe par le succès de l’enseignement du et en français ainsi que par la mobilisation des nouvelles générations, le Centre a mis sur pied de nombreux projets destinés à la jeunesse.
C’est le cas du Forum des jeunes ambassadeurs de la francophonie des Amériques, du Parlement francophone des jeunes des Amériques et de multiples initiatives tel le concours Slame tes accents qui se déroule jusqu’au 30 novembre prochain et qui invite les élèves à s’amuser et à créer en français.
Bibliothèque des Amériques
La Bibliothèque des Amériques répond à un besoin criant de francophones qui, aux quatre coins du continent, peinent à accéder à des ouvrages en français. Quelque 18 000 livres numériques d’autrices et d’auteurs francophones, exclusivement des Amériques, peuvent y être empruntés gratuitement.
Grâce à sa notoriété, à son réseau et à son expertise, le Centre de la francophonie des Amériques s’est récemment vu confier, par le gouvernement du Québec, la mise en œuvre de certaines initiatives visant le rapprochement souhaité entre le Québec et les francophonies canadiennes dont la rencontre Mobilisation franco, organisée avec la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.
La langue française est l’une des grandes langues du monde moderne. Elle est parlée sur tous les continents, sa progression est forte en Afrique, mais elle est aujourd’hui fragilisée dans les Amériques. C’est l’engagement collectif de toute la population, des organisations associatives, des institutions et des entreprises qui est nécessaire pour assurer son avenir et le Centre, précieuse ressource au service des francophones et francophiles des Amériques, y est pleinement engagé.
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Michel Robitaille, actuel président du conseil d’administration du Centre de la francophonie des Amériques et premier président-directeur général (2008-2010), Délégué général du Québec à New York (2002-2007) et à Paris (2010-2016).
Diane Blais, présidente du conseil d’administration du Centre de la francophonie des Amériques (2015-2018), membre du Conseil supérieur de la langue française (2009-2022), récipiendaire de l’Ordre des francophones d’Amérique.
Clément Duhaime, président du conseil d’administration du Centre de la francophonie des Amériques (2018-2019), Délégué général du Québec à Paris (2000-2005) et Administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (2005-2015).
Jean-Louis Roy, président du conseil d’administration du Centre de la francophonie des Amériques (2008-2013), Délégué général du Québec à Paris (1986-1989) et Secrétaire général de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (1990 à 1998).
Costanza Musu, professeure agrégée à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa, a signé de nombreux ouvrages sur les politiques occidentales avec le Moyen-Orient. Ses recherches portent actuellement sur la lutte contre le trafic illicite d’antiquités pillées dans les zones de conflit au Moyen-Orient.
Costanza Musu est professeure agrégée à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.
Francopresse : Le 6 octobre 1973, en pleine fête juive du Yom Kippour, Israël est attaqué simultanément par l’Égypte et la Syrie. 50 ans et un jour plus tard, le 7 octobre 2023, Israël s’est fait surprendre par une nouvelle attaque, cette fois par le Hamas. Comment expliquer qu’Israël n’ait rien vu venir cette fois-ci?
Costanza Musu : Israël savait qu’il y avait des armements qui arrivaient à l’intérieur de la bande de Gaza, qu’ils amassaient des explosifs, les roquettes avec le soutien de l’Iran. Mais probablement qu’Israël ne pensait jamais que le Hamas était en mesure d’organiser une attaque de cette nature.
Probablement que cette attaque a été organisée en utilisant un système de communication qui ne pouvait pas être découvert avec le système de renseignement très sophistiqué qu’Israël utilise. C’est-à-dire la surveillance des appels cellulaires, les courriels, etc. [Le Hamas a] probablement utilisé une technologie beaucoup moins avancée pour éviter d’être pris par le service de surveillance d’Israël.
D’une certaine façon, on peut dire que [les communications] sont passées sous le radar de tous les services de renseignement.
Quelle analyse faites-vous de l’attaque du 7 octobre?
C’est une attaque de proportion beaucoup plus grande que toutes les autres attaques qu’on a vues dans le passé, et surtout, c’était une attaque absolument claire dans sa nature terroriste, c’est-à-dire une attaque à la population.
C’est clair qu’à ce moment, Israël voit cette attaque comme une atteinte à sa souveraineté, ses citoyens, et c’est pour ça qu’on voit cette réponse, maintenant aérienne. Mais peut-être que ça va être une réponse de l’armée qui entre dans la bande de Gaza, dans le but probablement d’essayer de complètement détruire le gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza. Est-ce que c’est possible ou faisable? Ça, c’est une autre question.
Mais c’est clair que maintenant, le but de l’État d’Israël n’est pas de tout simplement réduire le pouvoir du Hamas, mais c’est plus d’éradiquer complètement le pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza.
Que sait-on de l’histoire du Hamas?
Le Hamas est une organisation islamiste qui a été créée à partir des Frères musulmans, une organisation basée en Égypte.
Au début, c’était surtout une organisation qui faisait des programmes sociaux, d’éducation pour les jeunes Palestiniens, mais aussi un programme de santé.
Il y avait toujours une tension entre le Hamas et le Fatah, soit l’autorité palestinienne. Mais progressivement, le Hamas est devenu une organisation avec des buts politiques.
Le but politique, tel qu’écrit dans leur charte, est la destruction d’Israël. Ce n’est pas de chercher une solution à deux États, un État d’Israël à côté d’un État palestinien, mais c’est la création d’un État palestinien sur la loi de la charia.
[…]
[Après les élections palestiniennes de en 2006], il y a eu presque une guerre entre le Fatah et le Hamas, on peut dire presque un conflit civil. Il y a eu de la violence entre les deux côtés qui s’est terminée avec une fracture.
C’est-à-dire que le Hamas a pris le pouvoir complètement dans la bande de Gaza et les représentants du Fatah ont pris le contrôle de la Cisjordanie.
Depuis 2007, on a deux acteurs. Quand on parle de processus de paix entre Israël et les Palestiniens, le dialogue se fait seulement entre Israël et l’autorité palestinienne de la Cisjordanie.
Ça cause des problèmes, parce que ces dialogues ne représentent pas la totalité des Palestiniens. Une grosse partie d’entre eux, c’est-à-dire les deux millions qui habitent dans la bande de Gaza, ne sont pas représentés.
L’attaque du Hamas contre Israël a surpris plusieurs acteurs sur la scène internationale. Comment expliquer la réaction des différents États comme le Canada ou la France?
Il n’y avait aucune autre alternative que de condamner l’attaque terroriste du Hamas. Il faut se souvenir aussi que le Hamas est classifié en tant qu’organisation terroriste par le Canada, les États-Unis et plusieurs pays de l’Union européenne, alors c’est clair que la première réaction était de soutenir Israël et de condamner le Hamas.
J’imagine qu’on va aussi entendre des préoccupations pour le sort des civils qui habitent à Gaza. Mais la première réaction, comme on s’y attendait, c’est une réaction de support à Israël dans ce moment, après une attaque comme ça de cette dimension.
Dans ce conflit qui perdure depuis plus de 75 ans, quelle a été l’évolution de la relation diplomatique entre le Canada et les deux États du Proche-Orient?
Je dirais qu’il y a deux côtés à cette question. Il y a le côté de la position officielle du gouvernement canadien, une position très claire. C’est-à-dire que le Canada supporte le droit d’Israël d’exister en sécurité, mais le Canada supporte aussi le droit des aspirations des Palestiniens à créer leur État souverain.
D’un autre côté, le Canada ne reconnait pas le droit d’Israël de rester dans les territoires occupés, il ne reconnait pas la souveraineté d’Israël sur la Cisjordanie, Gaza ou Jérusalem-Est.
Ce qu’on a vu, dans les 15 dernières années, c’est un message plus fort de la part du gouvernement sur les relations entre le Canada et Israël, soit le soutien que le Canada offre entre autres à Israël, des rapports scientifiques et économiques entre les deux pays.
Le Canada soutient une révolution pacifique, supportant le droit international et n’a pas reconnu la souveraineté d’Israël sur les territoires occupés.
«Il n’y a jamais eu autant de sans-abris et de campements dans notre ville», confie Hilary Gough, conseillère municipale de Saskatoon, en Saskatchewan. L’élue affirme que les attentes sur le terrain «dépassent» les compétences de la municipalité. Dans la Ville des Ponts, 550 personnes sont en situation d’itinérance, dont plus de 90 % sont d’origine autochtone.
Laura Pin est professeure adjointe en sciences politiques à l’Université Wilfrid-Laurier de Waterloo, en Ontario.
Ottawa compte de son côté 375 campements d’itinérants, contre 65 il y a trois ans, rapporte la capitale fédérale. Toronto, deuxième place financière d’Amérique du Nord, compte plus de 10 000 sans-abris.
«Bien que le phénomène soit moins visible en zone rurale, les petites villes sont aussi confrontées à un nombre croissant de sans-abris», précise Laura Pin, professeure adjointe en sciences politiques à l’Université Wilfrid-Laurier de Waterloo, en Ontario.
L’itinérance mêle des phénomènes inextricables : dépendances, troubles psychiatriques, pauvreté et pénurie de logements. La crise sanitaire et l’augmentation du cout de la vie ont marqué un tournant et fait basculer une nouvelle population dans la rue, observe Tim Richter, président-directeur général de l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI).
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Explosion de la précarité économique
En Alberta, à Medicine Hat, première ville du pays à avoir mis un terme à l’itinérance de longue durée en 2015, la mairesse Linnsie Clark constate ce changement de visage : «La majorité de ceux qui accèdent à nos services d’aide sont des personnes qui n’y ont jamais eu recours par le passé. On a aussi de plus en plus de problèmes de toxicomanie et de santé mentale.»
Joe Preston est maire de St Thomas, en Ontario.
«La situation est complexe, les gens se débattent comme on n’a pas vu depuis longtemps», ajoute l’élue.
Même son de cloche du côté de St. Thomas, dans le sud-ouest de l’Ontario, l’une des deux municipalités canadiennes à avoir mis fin à l’itinérance des anciens combattants. «Ces derniers temps, on voit plus de gens qui ont un emploi, mais qui perdent leur logement parce qu’ils ne peuvent plus payer leur loyer», explique le maire Joe Preston.
Les municipalités tentent de mobiliser tous les outils à leur disposition pour venir à bout de la crise. Elles adoptent des stratégies de lutte contre l’itinérance. Elles déploient des équipes de travailleurs sociaux dans les rues, travaillent main dans la main avec des organismes communautaires ou ouvrent des centres d’hébergement d’urgence.
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Les plus exemplaires établissent des listes nominatives des personnes sans domicile fixe et misent sur l’approche dite du Logement d’abord. Des logements stables sont mis à disposition des itinérants qui bénéficient également d’un accompagnement social pour les aider à se reconstruire.
«Les Villes prennent le problème au sérieux, car elles sont en première ligne et en contact direct avec les inquiétudes de leur communauté», assure Laura Pin.
La gravité de la crise a forcé certains maires à outrepasser leur champ de compétence.
Mieux comprendre les réalités des municipalités canadiennes
Enchevêtrement de compétences
Sur papier, le gouvernement du Nouveau-Brunswick est responsable de l’aide aux sans-abris. Mais à Moncton, le conseil municipal a décidé d’offrir un local pour installer un centre d’accueil de jour. L’agglomération consacre par ailleurs plus de 7 millions de dollars dans son budget annuel aux politiques sociales liées à l’itinérance.
Tim Richter est président et directeur général de l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance.
La situation est similaire en Saskatchewan. La compétence provinciale n’a pas empêché Saskatoon de s’activer sur le terrain. Les pompiers sont désormais formés pour orienter les sans-abris vers les services auxquels ils ont droit.
«Ça varie beaucoup d’une province à l’autre. Le gouvernement de l’Ontario a, par exemple, délégué sa compétence aux municipalités, détaille Laura Pin. Mais, globalement, il s’agit d’une responsabilité commune, avec certaines dimensions prises en charge par les provinces et d’autres par les municipalités.»
Les Villes ont beau redoubler d’efforts, «elles n’ont pas le pouvoir et la capacité financière de régler [le problème]», considère Tim Richter.
Car, pour mettre fin à l’itinérance, il faut s’attaquer aux questions de santé mentale et d’aide sociale, qui sont l’affaire des provinces, mais aussi résoudre l’équation du logement social, domaine qui relève d’Ottawa et des provinces.
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«Meilleure concertation»
Hilary Gough est conseillère municipale de Saskatoon, en Saskatchewan.
Tim Richter juge ce «millefeuille» de responsabilités contreproductif. «La clé du succès, c’est une gestion coordonnée avec un leadeurship clair : les Villes doivent diriger la réponse sur le terrain, les gouvernements fédéral et provinciaux doivent leur apporter leur soutien», prône-t-il.
Les spécialistes et les élus interrogés soulignent tous cette nécessité d’améliorer la collaboration entre les différents ordres de gouvernement.
«Il nous faut une meilleure concertation entre notre travail et celui des ministères provinciaux pour éviter le dédoublement des programmes», insiste Hilary Gough à Saskatoon.
«On doit s’assoir ensemble à la table des négociations pour concevoir des solutions communes, déterminer les lacunes et les ressources existantes et, au bout du compte, faire des économies», abonde Linnsie Clark à Medicine Hat.
Reprendre la main sur l’aménagement du territoire
Les municipalités ont néanmoins d’autres cartes entre leurs mains. Elles peuvent par exemple revoir leurs règlements de zonage pour faciliter la construction d’immeubles d’habitation à loyer modéré.
«Traditionnellement, le zonage avait pour but de préserver les quartiers riches de tout type d’habitation qui n’était pas unifamiliale. Il s’agit d’un phénomène d’exclusion auquel il faut mettre fin», relève Carolyn Whitzman, professeure à l’Université d’Ottawa et membre du collectif de recherche sur le logement de l’Université de Colombie-Britannique.
Linnsie Clark est mairesse de Medicine Hat, en Alberta.
Les maires peuvent également adopter des arrêtés municipaux interdisant les rénovictions. Cette pratique consiste à expulser le locataire d’un logement sous prétexte de rénovations à la suite desquelles le propriétaire impose une hausse de loyer.
Plusieurs agglomérations, à l’image de Toronto et de Hamilton en Ontario ou de New Westminster en Colombie-Britannique, se sont engouffrées dans la brèche.
Les règlements qui interdisent les rénovictions sont un «outil précieux» selon Laura Pin. «C’est rare qu’un locataire évincé soit en mesure de réintégrer son logement. Le risque est grand qu’il bascule dans l’exclusion et se retrouve à la rue», analyse-t-elle.
Les Villes ont en outre la possibilité de modifier leurs règles d’urbanisme pour faciliter l’installation de micromaisons de transition ou de campements gérés par des travailleurs sociaux.
Poids financier
Mais toutes ces initiatives coutent cher. En Ontario, un rapport du vérificateur général de la province montre que les municipalités ont augmenté leurs dépenses en matière de sans-abrisme et de logement de 59 % en moyenne entre 2020 et 2021.
Plutôt que d’augmenter les impôts fonciers pour accroitre leurs revenus, certaines Villes se tournent vers les autres ordres de gouvernement pour demander de l’aide. Une raison de plus d’améliorer la collaboration.
Le Canada en villes
La série Le Canada en villes propose un regard sur les succès et les défis des municipalités canadiennes.
Attaque du Hamas en Israël et froid diplomatique entre l’Inde et le Canada
Le ministre de la Défense, Bill Blair, a confirmé jeudi matin que le premier vol d’évacuation des Forces armées canadiennes a quitté de Tel-Aviv avec 130 Canadiens à bord.
Nous travaillons sans relâche pour aider les Canadiens en Israël, en Cisjordanie et à Gaza.
— Bill Blair (@BillBlair) October 12, 2023
Je peux confirmer que le premier vol d'évacuation des @ForcesCanada a décollé de Tel Aviv avec environ 130 passagers à bord.
Nous continuerons à être là pour les Canadiens.
D’autres vols décolleront de la capitale israélienne, transportant des citoyens et résidents permanents canadiens ainsi que leur famille vers Athènes, en Grèce, avant de rentrer au pays par Air Canada.
Lors d’une conférence de presse mercredi, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a indiqué réfléchir à d’autres options pour évacuer les ressortissants canadiens qui ne peuvent pas se rendre à Tel-Aviv. Le Canada discutent avec les Nations unies des moyens possibles pour rapatrier les quelque 70 Canadiens coincés à Gaza.
Mélanie Joly et Bill Blair coordonnent les évacuations des ressortissants Canadiens en Israël.
La ministre en a profité pour affirmer le soutien du gouvernement canadien à l’égard du droit d’Israël de se défendre.
«Nous savons que le Hamas n’est pas le peuple palestinien. Il ne représente pas leurs aspirations et n’offre rien d’autre que davantage de chaos, de pertes et de chagrin», a indiqué Mélanie Joly.
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Plus de 4000 Canadiens ont signalé leur présence en Israël et plus de 400 se trouvent en Cisjordanie et à Gaza.
Jusqu’à présent, le conflit a couté la vie à trois Canadiens et trois autres personnes sont portées disparues.
Environ 20 diplomates canadiens ont été relocalisés au cours des dernières semaines, a rapporté La Presse mardi.
Le gouvernement canadien a froissé des plumes en Inde après avoir annoncé que le gouvernement de Narenda Modi a potentiellement été impliqué dans le meurtre d’un Canadien sikh en territoire canadien.
Le ministère des Affaires étrangères canadien a refusé de commenter à ce sujet. Le gouvernement refuse aussi toujours de confirmer que l’Inde a ordonné le départ d’une quarantaine de diplomates canadiens avant le 10 octobre.
Congrès néodémocrate et prolongation du décret d’amnistie sur les armes à feu
Le chef du NPD, Jagmeet Singh.
Le congrès du Nouveau Parti démocratique (NPD) se déroulera du 13 au 15 octobre à Hamilton, en Ontario. D’après le site Web du NPD, ce sera le plus grand rassemblement des membres du parti depuis plus de trois ans.
En 2022, le NPD a conclu un accord avec le Parti libéral du Canada (PLC) lui assurant de demeurer au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat, soit en 2025. Le NPD voulait profiter de l’entente notamment pour faire avancer les dossiers des régimes de soins dentaires et d’assurance médicaments.
Le chef du parti, Jagmeet Singh, a publié sur X sa version du bilan libéral des huit dernières années, dénonçant que «Justin Trudeau s’intéresse aux difficultés des gens juste quand il est en retard dans les sondages».
Le bilan libéral des 8 dernières années:
— Jagmeet Singh (@theJagmeetSingh) October 11, 2023
- Le prix des loyers a doublé
- Les maisons sont hors de prix
- Le coût de l'épicerie a explosé
Justin Trudeau s'intéresse aux difficultés des gens juste quand il est en retard dans les sondages.
C'est ça la vieille politique libérale.
En date du 1er octobre, une compilation des résultats des diverses firmes de sondage par 338 Canada place le NPD au troisième rang avec 18 % des intentions de vote. Les conservateurs se placent au premier rang avec 39 % des intentions de vote, devant les libéraux qui récoltent un résultat de 29 %.
Sécurité publique Canada a prolongé le Décret d’amnistie sur les armes à feu jusqu’au 30 octobre 2025. Celui-ci devait prendre fin deux ans plus tôt, soit dans deux semaines.
Sans en avoir fait une annonce officielle, la décision a fait l’objet d’une mise à jour sur le site Web du ministère.
«Cette prolongation permettra aux propriétaires d’armes à feu et aux entreprises concernées de demeurer à l’abri de toute responsabilité pénale pour possession illégale en attendant qu’ils se conforment à la loi, notamment en ayant la possibilité de participer au programme de rachat», peut-on lire sur le site.
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L’amnistie, qui s’applique à plus de 1500 modèles d’armes à feu interdites par Ottawa en mai 2020, est une initiative du gouvernement libéral à la suite de la fusillade survenue en Nouvelle-Écosse en avril 2020.
Après le projet Une langue, des histoires, un livre numérique qui recueille des témoignages de personnes de la communauté, l’Association Francophone de Kamloops (AFK) a décidé de lancer un balado avec la même thématique : FrancoLoops.
Dans chaque épisode, Jamie Shinkewski, chargé du développement communautaire et des communications à l’AFK, invite une personne de la communauté à raconter son lien avec le français. L’animateur compte produire 20 épisodes de 20 minutes.
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Avec ce projet, Jamie Shinkewski espère renforcer «le sentiment d’appartenance et de fierté d’être francophone».
L’actualité sur le déclin du français et la détérioration des relations entre les communautés après la pandémie ont accentué son désir de renouer avec la culture francophone.
Selon Statistique Canada, à Kamloops, 5,4 % de personnes ont une connaissance du français, et seulement 0,9 % ont comme première langue officielle parlée le français.
Le français d’un point de vue personnel
Jamie Shinkewski, espère avec ce balado briser les préjugés et montrer les particularités des différentes
«C’est important qu’on commence ici à se développer une mémoire collective, une mémoire communautaire», commente dans le premier épisode Gilles Viaud, vice-président de l’AFK.
Pour lui, collecter les vécus et les récits des personnes de la communauté permet d’inscrire à jamais leur implication. «En disant leur histoire, on raconte l’histoire de la communauté», déclare-t-il en entrevue avec Francopresse.
Créer un balado permet de rendre l’information accessible à tout le monde et ainsi de briser certains préjugés, estime de son côté Jamie Shinkewski.
«Mes amis anglophones pensent souvent juste au Québec quand on parle de la francophonie», raconte-t-il.
Pourtant, l’expérience de la francophonie varie d’une province à l’autre, rappelle l’animateur de FrancoLoops. C’est pourquoi il veut en «apprendre sur le lien personnel de chaque personne [avec le français] à travers chaque épisode».
«Une langue est différente selon la perspective individuelle», ajoute-t-il.
Première école francophone
Gilles Viaud est originaire du Québec. Il a vécu en Saskatchewan puis s’est installé avec sa famille à Kamloops en 1998.
À leur arrivée dans la région, lui et ses proches constatent qu’il n’y a qu’une école d’immersion en français, mais «rien d’autre», se souvient le père de famille dans le balado.
Après avoir inscrit sa petite dernière en maternelle à cette école d’immersion, il observe une diminution de la qualité de son français oral.
Selon lui, le système «n’était pas adapté pour enseigner une langue première mais fait beaucoup d’efforts pour enseigner une langue seconde».
Face à cet enjeu, et encouragé par son attachement à sa culture francophone, Gilles Viaud décide de s’impliquer dans la communauté pour tenter de fonder une école francophone.
Selon Gilles Viaud, il est nécessaire de développer des archives digitales pour inscrire dans la mémoire l’implication des personnes de la communauté qui ont travaillé pour protéger la culture francophone.
Après une longue bataille, en 2001, la première école francophone de Kamloops voit le jour, aujourd’hui nommée l’école Collines-d’or.
«Je voulais avoir ces institutions-là pour que ça bénéficie à ma famille, mais évidemment, en faisant ça, c’était d’autres familles qui allaient en bénéficier, pas juste pour nos enfants qui étaient à l’école, mais pour les générations suivantes», souligne-t-il.
Promouvoir la fierté francophone
Le projet de lancer un balado aussi intime est aussi lié à l’histoire personnelle de l’animateur Jamie Shinkewski et de son parcours unique avec sa culture francophone.
Jamie Shinkewski faisait partie de la première cohorte de la première école francophone de Kamloops en 2001. «Moi et ma sœur, on était parmi les 12 premiers élèves.»
Plus jeune, il voyait sa situation d’élève francophone comme une différence : «Je ne voyais pas [cela] comme un avantage.»
Arrivé à l’âge adulte, l’animateur se rend compte de l’importance d’avoir une culture et un héritage francophones.
Le français a été perdu dans notre famille pour quelques générations et c’était ma mère qui était vraiment passionnée à le reprendre.
En prenant conscience de tous ces facteurs, «comme adulte, tu te sens unique et ça devient une fierté», exprime aujourd’hui Jamie Shinkewski.
Pour l’instant, la communauté de Kamloops continue de travailler «à essayer de rejoindre le plus possible les gens dans la communauté, qu’ils soient francophones ou francophiles. Maintenant nous on est sur une bonne lancée», assure Gilles Viaud.
En ce mercredi 20 septembre 2023, au parc du Centenaire, à Moncton, au Nouveau-Brunswick, la tension monte.
Des groupes d’extrême droite et des groupes d’intégristes religieux, autant chrétiens que musulmans, rassemblés sous la bannière «1 Million March 4 Children», ont encerclé les personnes moins nombreuses issues des communautés 2ELGBTQIA+ et leurs alliés et alliées qui contremanifestaient.
Un enfant est encouragé à les invectiver tandis que des drapeaux trans sont arrachés et déchirés. La violence, tant symbolique que physique, est insoutenable, et plusieurs personnes quittent la manifestation en état de choc.
Il ne s’agit pas d’un acte isolé ou d’un «dérapage».
Partout au pays, la scène se reproduit et on assiste au même schéma, avec des enfants placés en première ligne des affrontements et des communautés culturelles minoritaires instrumentalisées par une droite conservatrice avide d’étendre son pouvoir.
Un véritable bouleversement pour de nombreuses personnes venues contremanifester, peu préparées à se défendre contre un tel déferlement de haine de la part de personnes marginalisées elles aussi. Mais également la preuve, si besoin en était, du niveau de préparation et des efforts fournis sur le plan de l’organisation et de la coordination par l’extrême droite pour parvenir à ses fins.
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Polarisation des débats
Voici plusieurs années que l’on observe, un peu partout dans le monde, une augmentation des attaques contre les personnes 2ELGBTQIA+ et une recrudescence des mouvements contre les droits de ces personnes.
Citons par exemple les manifestations contre les lectures de contes aux enfants par des dragqueens ou les pétitions lancées contre des livres jeunesse sur la sexualité jugés trop explicites.
Citons également les récentes politiques adoptées en Saskatchewan et au Nouveau-Brunswick obligeant le personnel éducatif à informer les parents lorsque leur enfant demande à être identifié par un autre prénom ou pronom. Ces politiques ont donné lieu aux manifestations transphobes du 20 septembre.
Ce phénomène s’explique notamment par la montée des organismes et des partis d’extrême droite et par la radicalisation d’une portion de la droite traditionnelle. Ces groupes récupèrent les enjeux 2ELGBTQIA+ afin d’attirer des membres en diffusant des discours simplistes de haine et de division.
Le «wokisme» et les «idéologies de gauche» sont pointés par ces groupes comme autant d’épouvantails visant à canaliser la peur et l’ignorance d’une partie de la population qui se sent abandonnée par le système – souvent les mêmes personnes qui ont participé au Convoi de la liberté, mais pas seulement – et qui peut se sentir attaquée par les mouvements progressistes et par ce qui est perçu comme «la gauche intellectuelle», tels que les médias et l’université, qui ne les représentent pas.
Ces groupes extrémistes ont pour stratégie d’entretenir les préjugés présents dans les segments de la population qu’ils cherchent à séduire et de simplifier à outrance certains enjeux sur lesquels ils polarisent les débats afin de justifier la création d’un environnement qui encourage l’intolérance envers les minorités.
«Le contre-mouvement fonctionne comme une porte d’entrée vers l’extrémisme et comme un moyen pour celui-ci de croitre et de gagner en puissance», explique le Conseil des femmes du Nouveau-Brunswick dans un rapport plus que pertinent.
Dans le cas de la politique 713 au Nouveau-Brunswick, par exemple, il ne s’agit absolument pas de protéger les jeunes, mais bien d’une tentative désespérée de la part d’un premier ministre critiqué de toutes parts de se maintenir au pouvoir.
Le temps d’agir
Rappelons que 1 personne sur 300 de 15 ans et plus au Canada est transgenre ou non binaire et que les jeunes 2ELGBTQIA+ risquent davantage de souffrir de problèmes de santé mentale, d’entretenir des idées suicidaires et de faire des tentatives de suicide que les autres.
Porter atteinte à leur autonomie et à leurs droits, au moyen de politiques scolaires restrictives notamment, les expose à de nombreux dangers.
Des jeunes trans et non binaires pourraient, si leur identité de genre est révélée contre leur gré, être victimes de violence de la part des adultes qui les entourent.
Des jeunes pourraient renoncer à affirmer leur genre par peur de représailles, ce qui pourrait avoir de sérieuses répercussions sur leur santé mentale, sur leur image corporelle et leur anxiété, entre autres.
Plus que jamais, il nous faut aujourd’hui faire preuve de vigilance. Ce ne sont pas des évènements isolés, mais bien le symbole d’un mal plus profond qui gangrène nos sociétés. À l’image de ce qui se passe aux États-Unis, nous risquons d’aller vers des violences de plus en plus graves et des reculs de plus en plus importants de nos droits si nous n’y prenons pas garde.
Originaire de Belgique, Julie Gillet est titulaire d’une maitrise en journalisme. Militante éprise de justice sociale, voici près de quinze ans qu’elle travaille dans le secteur communautaire francophone et s’intéresse aux questions d’égalité entre les genres. Elle tire la force de son engagement dans la convergence des luttes féministes, environnementales et antiracistes. Elle vit aujourd’hui à Moncton, au Nouveau-Brunswick.
Ils courent depuis toujours dans les plaines d’Amérique du Nord. Selon Parcs Canada, la première apparition des bisons sur le continent remonte à l’ère glaciaire, il y a entre 130 000 ans et 75 000 ans.
La longévité de l’animal sur le sol canadien a favorisé son adaptation au climat ardu. «Les bisons ne sont pas vulnérables à l’environnement ici, puisqu’ils ont évolué et coévolué ensemble», observe Marie-Ève Marchand, la directrice de l’Institut international des relations avec le bison.
Différentes études prouvent la contribution du bison à «l’augmentation de la biodiversité végétale», souligne Daniel Fortin, professeur au département de biologie de l’Université Laval à Québec.
Selon une étude menée par la Kansas State University, la biodiversité végétale a doublé dans les prairies d’herbes hautes habitées pendant 30 ans par des bisons, à la station biologique de Konza Prairie, aux États-Unis.
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Une nourriture variée et utile
La physionomie des bisons leur permet notamment d’aller «chercher la végétation qui peut être profondément [enfouie] sous le couvert de la neige», en creusant tout simplement avec leur tête, remarque Daniel Fortin.
Selon Daniel Fortin, professeur au département de biologie de l’Université Laval, il est préférable pour le bison de rester libre.
Durant la saison hivernale, la vache ne peut pas s’alimenter à l’extérieur en raison de sa difficulté d’adaptation aux températures froides, ajoute l’expert.
Au gré de leurs déplacements, les bisons consomment à la fois des plantes indigènes et non indigènes. Ils se nourrissent de végétations vivantes et de plantes mortes. Grâce à ce régime alimentaire diversifié, la défécation du bison est utile pour faire «recirculer la végétation», explique le professeur.
Le processus de broutage du bison favorise par ailleurs la continuité de la pousse de la végétation, puisque l’animal ne retire pas la racine au complet, contrairement aux vaches qui arrachent les racines, complète Marie-Ève Marchand.
Les activités du bison favorisent ainsi l’absorption du carbone dans le sol, qui a pour effet d’enrichir et générer la terre, rapporte-t-elle.
«Il faudra avoir plus de bisons, insiste la spécialiste. Les bisons sont beaucoup plus faciles à élever dans un certain sens que les vaches parce qu’ils demandent beaucoup moins de travail.»
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Espèce menacée
Depuis 19 ans, le bison détient le statut d’espèce menacée.
Selon le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), de 2004 à 2013, la population des bisons a augmenté de 36 %. Néanmoins, le pourcentage ne permet pas à l’animal de sortir de sa condition menacée en raison du manque d’espace adapté pour sa survie.
Patauger pour régénérer la biodiversité
L’aspect le plus distinctif du bison, c’est le wallow, ou quand la bête se vautre sur le sol. Ce comportement a un impact direct et positif sur la qualité de la terre.
«Le bison va être debout, se rouler sur le côté, se lever, brasser la tête, se rouler sur l’autre côté et il forme ce qu’on appelle des espèces de wallow», détaille Daniel Fortin.
Cette action lui permet de disperser l’eau qui va par la suite de régénérer la biodiversité, informe Marie-Ève Marchand.
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Autrement dit, les bisons favorisent l’infiltration de l’eau dans le sol. De fait, ils rendent les plantes plus résistantes aux sècheresses, ce qui aide les Prairies à être plus solides face aux changements climatiques.
En se vautrant sur la terre, le bison perturbe également la végétation plus ancienne. Il permet ainsi à la végétation plus jeune de se développer. «À d’autres endroits où la végétation peut-être de trois, quatre pieds de haut, les plus petites plantes ont davantage de difficultés à croitre», relève Daniel Fortin.
En liberté
Selon Marie-Ève Marchand, la directrice de l’Institut international des relations avec le bison, la longévité de cet animal sur le sol canadien a favorisé son adaptation au climat ardu.
Ces caractéristiques permettent au bison de vivre à la fois dans une ferme ou dans le milieu sauvage. Toutefois, Daniel Fortin considère qu’il est préférable pour l’animal de rester dans un espace assez large. «On ne veut pas mettre une clôture autour du parc, on veut qu’ils soient libres de se promener où ils veulent.»
En 2018, le parc national Banff en Alberta a réintroduit 31 bisons dans une zone de 1200 km2, en toute liberté, après plus d’un siècle d’absence dans la région.
Selon Parcs Canada, l’animal participe au développement de l’écosystème : «Les surfaces broutées par le bison et les dépressions creusées lorsqu’il se roule dans la poussière créent un habitat pour toutes sortes d’animaux, comme le wapiti, les écureuils terrestres et le blaireau.»
La réintroduction du bison à Banff revêt aussi une importance culturelle pour les peuples autochtones, indique l’agence.
La fête continue
Pochette de l’album À boire deboutte.
Le troisième disque de Salebarbes nous invite À boire deboutte. George Belliveau, Jean-François Breau, Kevin McIntyre et les frères Jonathan et Éloi Painchaud sont prêts à réchauffer le party avec leur énergie contagieuse.
Le quintette d’auteurs-compositeurs-interprètes acadiens nous charme à nouveau avec des airs cajuns, country et blues. Dès les premiers accords, le son est accrocheur. Les solos de guitares, d’harmonicas et de violons sont particulièrement travaillés.
Des titres comme Tricher au solitaire, Stirer la roux et Appelle-moi pas par son nom racontent des histoires de solitude et d’amours brisés.
La rivière est une autre pièce extrêmement forte. Elle nous offre de belles harmonies vocales sur une trame de guitare puissante.
Jonathan Painchaud nous livre Y a l’bon Dieu qui l’attend, un petit gospel avec toute l’énergie qu’on lui connait. Il y a aussi Ces oiseaux-là, un rock’n’roll à la Beatles, encore là très réussi.
Il s’agit d’une formule gagnante pour Salebarbes. Avec ce nouvel opus, les Acadiens nous offrent un album solide, entrainant et captivant.
Un deuxième album sous le signe de la sobriété
Allons du côté de l’Île-du-Prince-Édouard, où le duo acadien Sirène et Matelot nous propose Un monde de dissonances.
Pour ce deuxième disque, les auteurs-compositeurs-interprètes Patricia Richard et Lennie Gallant nous partagent un univers folk sobre, parsemé de couleurs country et pop. Sous la réalisation de Davy Gallant, le duo nous captive avec des musiques profondes et des textes qui nous racontent la vie dans toutes ses nuances.
Pochette de l’album Un monde de dissonances.
Ce nouvel opus jouit d’une fraicheur mélodique fort agréable et renferme quelques petits bijoux comme Allo Printemps, Un monde de dissonances et Tourne, tourne.
Une de mes pièces préférées est Les chevaux de l’Île de sable pour son très beau texte, inspiré par la déportation des Acadiens.
Autre belle inspiration, Les demoiselles d’Avignon, qui prend pour toile de fond le tableau du même nom de Pablo Picasso. Patricia Richard et Lennie Gallant rendent également hommage au roi du rock’n’roll français, Johnny Hallyday.
Sur le Minnehaha est une autre belle chanson en l’honneur de la navigatrice Kirsten Neuschäfer, qui a remporté une course en solitaire autour du monde, la Golden Globe Race, sur son voilier le Minnehaha.
Souvenir d’une première rencontre
En souvenir d’un beau chemin parcouru, je vous présente une autrice-compositrice-interprète franco-ontarienne, Reney Ray, native de Kapuskasing, dans le nord-ouest de l’Ontario. L’artiste lancera bientôt un nouvel opus en français.
Pochette de l’album Reney Ray.
Mais tout a commencé en novembre 2018. Elle nous partage alors ses premières émotions avec l’album éponyme Reney Ray et ses onze chansons accrocheuses. Ce produit très intimiste vient nous bouleverser dans le bon sens du terme. L’univers folk roots, avec des arrangements musicaux fluides et des textes magnifiques, est irrésistible.
En plus de ses deux premiers succès radio, Online et Le monde est con, Reney Ray nous livre le fruit d’une plume profonde sur les relations humaines, la sincérité et l’intégrité. On y retrouve aussi un superbe duo avec Denis Coulombe, Protège-moi de l’ombre, qui flirte un peu avec le blues, ce qui ajoute au magnétisme de l’album.
L’héritage, qui parle d’intégrité, est la chanson la plus profonde du disque, une ballade folk piano-voix empreinte de sérénité et de tendresse.
Avec cet album éponyme, Reney Ray nous invite dans un univers intimiste et rassurant. Les mélodies et les textes puissants nous captivent dès les premiers accords sans faiblesses ni longueurs. Un tête-à-tête avec une artiste vraie qui connait aujourd’hui une très belle synergie avec son public.
Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.
La cible de 4,4 % d’immigration francophone hors Québec établie en 2003 a été, comme le rappelle Marc Miller, «difficilement atteinte» en 2022.
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Marc Miller souhaite mettre en place des «objectifs réalisables».
«Je sais la façon dont on a procédé pour s’assurer qu’il y ait cette immigration au Canada, que ce soit dans les volets économiques, rapprochement familial, ou dans le cas des demandeurs d’asile et des réfugiés, ajoute-t-il. Il n’y a jamais eu une vraie emphase sur la langue.»
Lors d’une réunion du Comité permanent des langues officielles, le 4 octobre, le ministre a annoncé qu’il envisageait une prochaine cible de 6 %.
Marc Miller se donne un an pour voir ce qui est possible de faire et mettre les mécanismes nécessaires en place. Atteindre 6 %, «ça va être difficile», prévient-il. «Je ne suis pas confiant qu’on va pouvoir l’atteindre pour l’instant.»
Un poids démographique à la baisse
Au cours de l’été, les francophones en situation minoritaire ont appris que leur poids démographique était en chute libre partout au pays.
D’après une étude de Sociopol, pour maintenir le poids démographique actuel des francophones hors Québec d’ici 2036, il faudrait fixer la cible d’immigration francophone dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM) à au moins 8 %.
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La présidente de la FCFA, Liane Roy, insiste sur un minimum de 8 % d’immigration francophone hors Québec.
«Ni suffisante, ni acceptable»
Mais cette nouvelle cible ne représente que la moitié des 12 % que demande la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA). Un objectif avec lequel Marc Miller dit être en accord, mais qui n’est pas réalisable actuellement selon lui.
«Les propos du ministre Miller sur ses intentions en termes de nouvelles cibles en immigration francophone ne rassurent pas la FCFA», a déclaré Liane Roy par communiqué.
Pour la présidente de la FCFA, «une cible de 6 % en matière d’immigration francophone ne serait ni suffisante, ni acceptable».
«Il n’y a pas de système mécanique qui puisse me donner l’assurance que je puisse répéter [l’atteinte de la cible], quitte à vouloir l’augmenter à 6 %, 7 %, 8 %, ce que je veux bien», s’est défendu Marc Miller en entrevue.
Manque de mécanismes
Selon lui, IRCC manque de mécanismes nécessaires pour atteindre des cibles plus ambitieuses, notamment pour attirer plus de francophones d’Afrique, d’Haïti, de la Belgique ou de la France.
Le ministre n’a pas été plus précis sur les mécanismes manquants, mais assure vouloir fixer des objectifs plus ambitieux dès que possible.
«On a beaucoup de talent au sein du ministère. Pour moi, il s’agit […] de leur donner la capacité de pouvoir me présenter des options qui vont être réalisables pour ce seuil.»
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Le ministre souhaite donc accorder la prochaine année aux fonctionnaires d’IRCC pour leur permettre d’atteindre les cibles de la francophonie canadienne. «Les politiciens font des promesses et n’ont pas nécessairement le talent de les remplir, admet-il. Le talent se situe à l’intérieur de la fonction publique.»
«Ayant eu l’expérience d’un ministère qui s’était fixé des objectifs très ambitieux dans les enjeux autochtones surtout, je connais l’impact que ça peut avoir de rater des objectifs», poursuit l’ancien ministre des Relations Couronne-Autochtones.
En vertu de la loi
Comme l’a rappelé Liane Roy en entrevue avec Francopresse, la Loi sur les langues officielles (LLO) reconnait l’importance du rétablissement du poids démographique des minorités francophones au niveau auquel il était lors du recensement de la population de 1971, à savoir 6,1 % de la population à l’extérieur du Québec.
La nouvelle loi reconnait l’importance de l’immigration francophone pour atteindre cet objectif et comprend une politique en la matière.
C’est pour cette raison que Liane Roy insiste sur un minimum de 8 % pour la prochaine cible : «Il faut absolument qu’il y ait un 8 % quelque part dans la vision du ministre pour nous démontrer qu’il est sérieux et qu’il est conséquent avec la nouvelle Loi sur les langues officielles.»