Ce programme d’assurance médicaments faisait partie des principales exigences formulées par le Nouveau Parti démocratique (NPD) pour maintenir son alliance avec le Parti libéral.
Mais ce programme coute cher.
Le directeur parlementaire du budget avait estimé l’automne passé qu’un régime universel d’assurance médicaments couterait plus de 11 milliards de dollars dès la première année.
Par ailleurs, la plupart des provinces n’en veulent pas, jugeant plus important d’augmenter les budgets consacrés aux services de santé actuels que d’en financer de nouveaux.
On est cependant parvenu à un accord. La perspective d’un déclenchement d’élections fédérales anticipées semble être évitée pour le moment.
Mais c’est en théorie seulement, car rien n’empêche l’un des deux partis de mettre fin à l’entente de façon unilatérale quand bon lui semble. C’est d’ailleurs la menace qu’avait brandie le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, il y a quelques semaines à peine devant la lenteur des négociations au sujet de l’assurance médicaments.
Mais maintenant que le dossier de l’assurance médicaments est en voie d’être réglé, quelles seront les prochaines étapes pour le NPD?
Une entente peut-être vaine
Le gouvernement libéral a répondu à la plupart des demandes des néodémocrates.
Il a adopté une loi antibriseurs de grève, a fourni de l’aide financière pour aider la population canadienne à faire face à l’inflation, a créé un programme national de garderies à 10 dollars par jour ainsi qu’un programme national de soins dentaires, s’est engagé à atteindre la carboneutralité d’ici 2050, a annoncé la fin des subventions au secteur des combustibles fossiles, a imposé une surtaxe aux banques et aux compagnies d’assurance, et finance actuellement la construction accélérée de logements, notamment des logements sociaux.
Il reste donc maintenant bien peu d’éléments de l’entente à mettre en œuvre.
On devrait sans doute voir le NPD revenir à la charge pour faire pression sur le gouvernement pour qu’une loi sur les soins de longue durée soit adoptée.
Mais les libéraux ont déjà annoncé qu’ils appuyaient une telle initiative. Le NPD pourrait aussi se montrer impatient envers la lenteur des progrès obtenus en matière de réconciliation et d’aide aux communautés autochtones. Par contre, ils n’ont pas vraiment de solutions à offrir pour régler ce problème.
Il sera donc difficile pour les néodémocrates de mettre de la pression sur les libéraux pendant les quelque 18 mois restants avant la prochaine élection, puisque la plupart de leurs demandes ont maintenant été satisfaites.
Il y aura ainsi peu d’occasions pour faire la démonstration aux électeurs que le NPD parvient à accomplir de nombreuses choses.
Une situation problématique?
Mais en même temps, on peut se demander si cette situation ne pourrait pas être avantageuse pour les néodémocrates.
Ceux-ci pourraient se démarquer davantage des libéraux et présenter leurs propres initiatives. Ils pourraient aussi être plus critiques vis-à-vis des actions du gouvernement, ce qui est difficile à faire quand celui-ci répond à nos demandes.
On l’oublie souvent, mais le rôle des partis d’opposition est non seulement d’exiger que le gouvernement rende des comptes sur ses actions, mais aussi d’offrir à l’électorat une solution de rechange au parti politique actuellement au pouvoir.
À en croire les récents sondages, la population canadienne serait justement à la recherche d’une autre voie que celle des libéraux de Justin Trudeau.
Cependant, la plupart des électeurs canadiens ne perçoivent pas le NPD comme étant cette solution de rechange.
Les sondages les plus récents montrent que le NPD demeure toujours au troisième rang des intentions de vote, recevant près de 20 % des appuis, derrière les libéraux qui, eux, en obtiennent autour de 25 % et les conservateurs plus de 40 %.
Rappelons qu’aux dernières élections fédérales, les néodémocrates avaient obtenu 18 % des votes, les libéraux 33 % et les conservateurs 34 %.
Que faire en 2024?
Cependant, il reste encore passablement de temps avant les prochaines élections. L’année 2024 pourrait donc être l’occasion pour le NPD de se redéfinir.
La tâche ne sera pas facile, car il lui faudra à la fois se démarquer des libéraux, qui ont pris l’habitude ces dernières années de s’inspirer des idées proposées par les néodémocrates, et convaincre les électeurs de ne pas appuyer le Parti conservateur.
Plusieurs électeurs qui ont voté pour les libéraux en 2019 et en 2021 semblent maintenant prêts à soutenir les conservateurs de Pierre Poilievre. Ce dernier cependant espère aussi attirer les travailleurs, notamment ceux des milieux manufacturiers.
Il faut dire que plusieurs syndicats, mais pas tous, ont appuyé le conservateur Doug Ford lors des élections provinciales ontariennes de 2022. Cet appui n’a certainement pas échappé à Pierre Poilievre. Le NPD devra aussi y prêter attention.
Comment le NPD peut-il donc se distinguer à la fois des libéraux et des conservateurs? La réponse se trouve sans doute dans le dossier de l’environnement.
Les changements climatiques sont réels et bien des Canadiens en sont maintenant conscients. Pourtant, peu de propositions intéressantes ont été avancées par les libéraux et par les conservateurs jusqu’à présent. Avec un Parti vert qui ne parvient pas à séduire l’électorat canadien, le NPD pourrait devenir le parti de la cause environnementale.
En somme, l’année 2024 pourrait bien profiter au NPD. Au lieu de devoir défendre constamment l’entente qu’il a conclue avec les libéraux, le NPD pourra se concentrer sur ses propres idées et monter sa propre stratégie pour la prochaine élection. En commençant avec l’enjeu des changements climatiques.
Geneviève Tellier est professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur les politiques budgétaires des gouvernements canadiens. Elle commente régulièrement l’actualité politique et les enjeux liés à la francophonie dans les médias de tout le pays.
Le 21 février, Anita Anand a dévoilé les premières mesures que prendra le gouvernement fédéral afin de contrer le racisme antinoir dans la fonction publique.
La présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand, a dévoilé les premières mesures du Plan d’action pour soutenir le personnel noir de la fonction publique, le 21 février.
«Le plan vise à accroitre les possibilités de mobilité professionnelle et à améliorer la santé et la sécurité psychologiques du personnel noir», rapporte le Conseil du Trésor dans un communiqué.
Dans les budgets de 2022 et 2023, Ottawa s’était engagé à investir 49,6 millions de dollars pour créer des programmes de perfectionnement professionnel et un fonds pour la santé mentale du personnel noir de la fonction publique.
Le programme d’aide aux employés (PAE), offert dans plus de 90 ministères et organismes fédéraux, recevra près de 6 millions de dollars de cette enveloppe, afin d’améliorer ses services auprès des personnes noires de la fonction publique.
Un peu plus de 8 millions de dollars sont réservés à l’avancement professionnel des fonctionnaires des communautés noires et au programme de leadeurship.
«C’est de la poudre aux yeux»
Une employée noire qui a plus de 15 ans d’expérience dans la fonction publique s’est dite déçue de l’annonce d’Anita Anand. Elle préfère rester anonyme afin d’éviter des répercussions sur son emploi.
«C’est problématique sur plusieurs niveaux, dit-elle en entrevue avec Francopresse. Dans la fonction publique. Il y a plusieurs rangées, c’est comme une pyramide, et plus tu montes, plus c’est des hommes blancs», dit-elle en se basant sur une publication de la Commission de la fonction publique du Canada (CFP) datant de janvier 2021.
La vérification faite par la CFP stipule en effet que «les candidats noirs ont connu la plus grande diminution de représentation entre l’étape de la demande d’emploi et celle de la nomination (de 10,3 % à 6,6 %)».
À la lumière de ces données, la fonctionnaire croit que le programme de leadeurship pour les cadres des communautés noires, présenté par Anita Anand, ne s’attaque pas à la source du problème.
Selon elle, il ne s’attaque pas directement à la discrimination, présente dès l’embauche, ni au souci de rétention et de promotion des employés noirs qualifiés de la fonction publique.
Kethlande Pierre est optimiste face au plan d’action annoncé par le Conseil du Trésor.
Souvent, dans la fonction publique, les cadres sont nommés à un poste selon différents critères, sans passer à travers un processus de sélection formel, avance-t-elle. «Ça arrive très souvent et c’est rare que les Noirs en bénéficient.»
«C’est de la poudre aux yeux. C’est rearranging the chairs on the Titanic. Et on n’a aucune confiance ni aux propositions faites par [la présidente du Conseil du Trésor, Anita] Anand ni au gouvernement Trudeau», se désole-t-elle.
Une confiance à rebâtir et un changement de culture nécessaire
Si Kethlande Pierre, directrice adjointe de l’Office de la propriété intellectuelle du Canada, Innovation, sciences et développement économique Canada, reste optimiste à la suite de l’annonce de la ministre Anita Anand, elle estime cependant qu’il y a des lacunes culturelles au sein des organismes gouvernementaux.
Selon l’ancienne représentante pour le Québec et la section francophone du recours collectif sur la discrimination systémique dans les embauches et les promotions au gouvernement fédéral, le peu de personnes noires qui sont promues au sein de l’appareil gouvernemental se retrouve souvent dans des environnements de travail toxiques où les gestes racistes ou discriminatoires et les microagressions restent impunis.
Déposé à la Cour fédérale en décembre 2020, le recours collectif noir vise à réclamer une indemnisation pour le personnel noir qui aurait été victime de discrimination au sein des institutions fédérales depuis les années 1970.
«La poursuite cherche des solutions à long terme pour lutter de façon permanente contre le racisme systémique et la discrimination au sein du Service public du Canada», peut-on lire sur leur site Internet.
La présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand, n’a pour sa part pas voulu commenter directement ce dossier lors de sa conférence de presse, le 21 février.
Soulignons que la demande de recours collectif n’a pas encore été certifiée par un juge.
«Une personne vient dans ton bureau, te dessine un singe et te dit que tu ne devrais pas être dans l’équipe de gestion, tu devrais être en train de nettoyer les toilettes avec l’équipe d’entretien ménager», témoigne Kethlande Pierre.
«Tu es confronté à des personnes qui ont encore beaucoup de biais inconscients et parfois conscients, mais qui le font avec une plus grande intelligence émotionnelle», ajoute-t-elle.
Elle s’est souvent sentie incomprise et même délaissée lorsqu’elle est allée chercher de l’aide auprès du PAE. «J’ai été consulter et on m’a demandé si c’était dans ma tête que ça se passait», se remémore-t-elle, encore choquée. Elle n’y est plus jamais retournée.
Les deux femmes fonctionnaires sont du même avis : la confiance est belle et bien brisée entre les employés noirs et les institutions. Les employés noirs évitent à tout prix de se confier à leur ombudsman, le PAE, leurs gestionnaires et encore moins leur syndicat.
«On n’a pas confiance dans le service d’aide aux employés, mets y 35 millions [de dollars], les gens ne vont pas y aller», lance fermement Kethlande Pierre.
Alain Babineau est déçu de savoir que plusieurs groupes n’ont pas été consultés avant l’annonce des mesures du Plan d’action, mais reste optimiste.
«Il manque encore des investissements qui visent à changer la culture ou à donner des outils clés sur comment agir ou quoi faire lorsqu’on est victime de racisme systémique ou encore comment gérer une plainte qui touche le racisme systémique.»
«On demeure optimiste»
Bien que le Secrétariat du recours collectif noir (SRCN) reproche à la présidente du Conseil du Trésor un manque de consultation avec les organismes défenseurs des communautés noires dans la fonction publique pour élaborer son Plan d’action, il reconnait que c’est «une avancée» dans le but d’éradiquer le racisme systémique au sein de la fonction publique.
«On demeure optimiste, a lancé Alain Babineau, le représentant francophone du SRCN, lors d’une conférence du SRCN. Mais on va surveiller les avancements qui ont été faits la semaine passée.»
Anita Anand assure que «les initiatives annoncées la semaine dernière s’appuient sur les suggestions formulées par les fonctionnaires noires au cours des dernières années». Elle assure d’ailleurs que ces mesures sont sujettes à évoluer.
Le SRCN, en collaboration avec plusieurs organismes, dont Coalition rouge, a annoncé le 26 février qu’il déposait une plainte contre la Commission canadienne des droits de la personne (CCDP) pour ses pratiques discriminatoires.
Une coalition de groupes de défenseurs des droits des communautés noires a porté plainte, le 26 février, contre la Commission canadienne des droits de la personne (CCDP) pour ses pratiques discriminatoires.
Des mesures réparatrices nécessaires
En plus de sévir contre les actes racistes et discriminatoires, les fonctionnaires sont d’avis de mettre en place des mesures de réparations et de réconciliation pour les anciens et les actuels employés qui ont subi du racisme.
«J’ai envie de vous dire, ajoute Kethlande Pierre, que si on lit le plan [d’action] qui est sorti et qu’on vit du racisme systémique, ça ne nous parle même pas […] la personne qui en vit encore les conséquences, n’est pas touché du tout.»
Au-delà des mesures réparatrices financières, il y a une guérison à entreprendre avec la communauté noire
Depuis 2021, l’Association canadienne des journalistes publie un rapport sur la diversité des salles de nouvelles au Canada. En 2021 et en 2022, 3 % des membres des salles de nouvelles étaient noirs. Même avec une légère augmentation de 0,9 point de pourcentage, la communauté noire reste l’une des moins représentées dans le milieu médiatique canadien.
Pourtant, «nous sommes présents au Canada, nous sommes présents dans toutes les provinces, et nous le sommes depuis des siècles à ce stade. Et ce n’est tout simplement pas proportionnel, le nombre de noirs présents dans les salles de nouvelle, par rapport à la population», déplore Angelyn Francis, journaliste et rédactrice en chef de l’équipe vidéo du Toronto Star.
Selon le recensement de 2021 de Statistique Canada, 1,5 million de personnes déclarent être noires au Canada. Dans ce nombre, il existe des communautés, des cultures et des histoires distinctes.
Face à ce manque de représentativité, la plupart des personnes noires se méfient des médias, affirme Brian Daly, professeur adjoint de journalisme à l’Université King’s College à Halifax, en Nouvelle-Écosse, et spécialiste en éthique et en déontologie journalistique.
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Un traitement incomplet de la nouvelle
Cette méfiance envers les médias provient du portrait incomplet qu’ils transmettent sur la communauté noire, explique le professeur, qui a été journaliste pendant près de 30 ans.
Cette narration incomplète réduit parfois la personne à sa couleur de peau ou à son identité culturelle, dit-il. Pour ne pas tomber dans ce piège, il faut selon lui élargir les horizons de l’identité et inclure d’autres attributs.
Selon Brian Daly, les médias qui manquent de diversité ne présentent pas un portrait complet de la communauté noire.
Par exemple, Brian Daly confie vouloir être aussi vu comme un homme, Canadien, père de famille et professeur de journalisme.
«C’est vrai que je suis noir et mon identité culturelle fait partie de moi, absolument, c’est très important. Mais de me voir juste comme une personne issue de la communauté noire, c’est de ne pas vraiment me voir complètement comme une personne à 360 degrés.»
Le cadrage inégal et le manque de représentation ont donné naissance à un nouveau genre de média : les médias ethniques indépendants qui se consacrent à dévoiler une autre image des communautés, indiquent Angelyn Francis et Brian Daly.
Des nuances qui passent inaperçues
Pour être capable de brosser un portrait complet d’une communauté, de ses membres et de ses enjeux, il faut commencer par avoir une salle de nouvelle diversifiée, car les sensibilités d’un ou d’une journaliste noir.e sont différentes, évoque Angelyn Francis.
En plus, «ça rend l’expérience totalement différente pour quelqu’un qui vient de la communauté noire et qui se fait interviewer par un journaliste noir», ajoute-t-elle.
Selon Brian Daly, intégrer des journalistes issus de la communauté noire permet de voir les subtilités et les nuances qui existent pour éviter de faire des raccourcis erronés dans la démarche journalistique.
La communauté noire est large et diversifiée, elle n’est pas homogène, souligne-t-il. «On a des gens comme moi qui sont issus de la communauté des Antilles, mais on a des communautés africaines qui sont très différentes et qui sont très francophones. Et on a aussi les Canadiens comme ici, la communauté [afro-]néoécossaise, qui est très différente», précise le professeur.
Pour apporter des connaissances dans la salle de rédaction, Brian Daly encourage l’embauche de personnes originaires de diverses régions du monde, comme l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie, car ces journalistes ont à la fois «une connaissance de notre réalité canadienne et puis en plus une connaissance de la réalité de l’étranger, ils ont une mentalité globale».
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Angelyn Francis, rédactrice en chef du Toronto Star, croit qu’il faut recommander des noms et créer des opportunités pour les aspirants journalistes issus des communautés les moins représentées dans le secteur.
Recruter et donner une chance à la diversité
Cela dit, il est aujourd’hui difficile de recruter des étudiants en journalisme, car «ils choisissent d’autres carrières, comme une carrière en droit ou dans le domaine de communication», déclare le professeur Daly.
Face à ce problème, il invite les salles de nouvelles à chercher et recruter de futurs journalistes de diverses communautés afin de leur donner l’envie de rester.
Pour y arriver, Angelyn Francis dit qu’il faut «encadrer, recommander des noms, créer des opportunités et aider tous ces aspirants journalistes à trouver une voie dans l’industrie».
«En particulier lorsqu’ils sont noirs et issus d’une communauté qui n’est pas bien représentée dans le secteur», ajoute-t-elle.
Brian Daly reste tout de même optimiste. Il a espoir en la nouvelle génération qu’il considère plus sensible, plus désireuse de parler des enjeux et des réalités de diverses communautés.
L’Association canadienne des journalistes a envoyé les invitations pour la quatrième édition de son sondage sur la diversité dans les salles de nouvelles à la fin février 2024.
«C’est plus qu’un travail à temps plein, ça peut être éprouvant. On n’a jamais vraiment de vie privée», confie Clarence Wood, actuel maire et ancien conseiller municipal d’Inuvik dans les Territoires du Nord-Ouest.
«On est mobilisé 365 jours par an, 24 heures sur 24», affirme Ray Orb, président de l’Association des municipalités rurales de la Saskatchewan.
L’élu, engagé en politique depuis 23 ans, évoque une fonction de plus en plus chronophage : les semaines de 50, 70 heures, les sollicitations constantes de ses administrés, les voyages fréquents à l’extérieur de la ville pour des rencontres avec les autorités territoriales ou fédérales, etc.
«Le quotidien d’un maire, c’est d’être en réunion toute la journée. Il n’y a pas un jour sans que je travaille pour la mairie, dimanche compris», affirme le politicien ténois.
«Entre tous les comités, la gestion des ressources humaines, les gens de la communauté qu’il faut aller voir, c’est un travail qui ne s’arrête jamais», renchérit Ray Orb, président de l’Association des municipalités rurales de la Saskatchewan.
Description de tâche sans fin
Défendre les intérêts de sa commune, voter le budget, superviser les dépenses, décider de la taxe foncière, gérer l’eau et les égouts, l’accessibilité, les transports publics, l’entretien des routes, l’urbanisme ou encore l’attribution des permis de construction… la description de tâche des élus locaux est sans fin.
Le professeur de sciences politiques David Siegel s’inquiète de la hausse des violences à l’encontre des maires et conseillers municipaux.
Au contact direct des administrés comme des administrations, ils se retrouvent confrontés à une multitude d’injonctions contradictoires. Ils doivent porter une vision à long terme et répondre aux urgences, maitriser la technicité des sujets tout en étant à l’écoute des citoyens, améliorer la qualité des services publics tout en contrôlant les dépenses.
«On leur demande d’être des élus de proximité, mais ils se retrouvent responsables de problèmes qui dépassent leur territoire municipal, à commencer par les questions de mobilité, d’emploi ou de transition écologique», analyse David Siegel, professeur émérite de sciences politiques à l’Université Brock, en Ontario.
Les élus sont aussi confrontés à un manque d’argent récurrent ainsi qu’à un millefeuille administratif et législatif parfois illisible.
«C’est frustrant, on doit constamment jongler avec des ressources financières réduites, trouver de nouvelles sources de revenus, confirme Clarence Wood. Pour le moindre projet, il nous faut une éternité pour passer à travers les couches de règlementations, de paperasseries et d’obstacles administratifs.»
Et le maire ajoute : «Je ne comprendrai jamais toutes les législations municipales, provinciales et fédérales, mais je fais de mon mieux. Je me concentre sur certaines lois clés pour notre territoire.»
Grand écart entre deux vies
Le salaire est un autre aspect sensible. En dehors des grands centres urbains, la plupart des élus municipaux ne sont pas rémunérés ou perçoivent une indemnité très faible.
Pour Kassim Photo, maire de Shippagan, au Nouveau-Brunswick, certains candidats ont des idées préconçues de la fonction d’élu municipal.
«Beaucoup de gens ne réalisent pas qu’être conseiller, c’est un peu comme un poste bénévole que l’on occupe pendant son temps libre», appuie Amy Coady, qui siège au conseil municipal de Grand Falls-Windsor, à Terre-Neuve-et-Labrador, depuis 2009.
Cette mère de trois enfants a dû garder un travail salarié et dédié toutes ses soirées et ses fins de semaine aux réunions du conseil municipal.
«Concilier ma vie professionnelle avec ma vie familiale n’a pas été de tout repos, mais avec l’aide de mes parents, nous avons fait en sorte que ça marche, partage la Terre-Neuvienne. Et encore, je n’ai pas pu m’impliquer aussi fortement que je l’aurais voulu.»
Au Nouveau-Brunswick, le maire de Shippagan, Kassim Doumbia, exerce également une activité à plein temps en parallèle. Il doit prendre des vacances ou carrément acheter du temps auprès de son employeur pour se consacrer à son mandat d’élu local.
«Ça demande beaucoup de logistique. Il faut être discipliné dans la gestion de son agenda pour préserver du temps avec sa famille tout en répondant aux besoins de ses concitoyens», témoigne celui qui a été élu pour la première fois conseiller municipal en 2012.
Désintérêt pour «la chose publique»
David Siegel s’inquiète, lui, de la hausse des comportements agressifs à l’encontre des élus locaux. Il énumère les insultes, les menaces, les dégradations, voire les agressions physiques que maires et conseillers subissent de plus en plus souvent.
Le chercheur pointe du doigt les réseaux sociaux : «Il y a une brutalisation des relations humaines, une hystérisation des propos qui débordent dans le monde réel et peuvent justifier, pour certains, le passage à l’acte physique.»
Face à ces conditions de travail qui peuvent être éprouvantes, la crise de vocation des élus se fait ressentir un peu partout au pays. Dans les Territoires du Nord-Ouest, Clarence Wood a été élu maire par acclamation, en l’absence d’autres candidats.
Nous avons aussi eu du mal à pourvoir nos postes de conseillers. Tout le monde hésite à se présenter à une fonction publique, surtout depuis la COVID-19. Il y a une espèce d’apathie généralisée, les gens se désintéressent de la chose publique.
En Saskatchewan, Ray Orb fait également état de difficultés pour recruter de nouveaux candidats : «L’âge moyen des conseillers est assez élevé, les jeunes ne sont pas attirés. Ils pensent qu’ils n’auront pas le temps de siéger, ils trouvent les conditions de travail et de rémunération mauvaises.»
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Manque de formations et d’informations
Pour répondre à cette crise, politiciens et chercheurs appellent à une meilleure valorisation de l’engagement au service de la démocratie locale. Ils conseillent d’augmenter les indemnités des élus, mais aussi de sensibiliser davantage le grand public.
Concilier vie professionnelle et personnelle n’a pas toujours été simple pour Amy Coady, engagée en politique municipale depuis 2009 à Terre-Neuve-et-Labrador, également mère de trois enfants.
«Si les gens comprenaient mieux ce que font les gouvernements locaux, leur rôle, l’importance de leur travail, ils se présenteraient plus facilement aux élections», souligne David Siegel.
Amy Coady insiste également sur le besoin de garde-fous, comme des codes de bonne conduite, pour garantir l’exemplarité des élus et regagner la confiance de la population. «Le public a parfois l’impression que les gens se présentent pour leurs gains personnels, qu’il y a beaucoup de conflits d’intérêts», regrette-t-elle.
Clarence Wood pointe de son côté le manque de formation des élus : «Les gens accèdent à des postes sans avoir la moindre idée de ce que cela implique. Ils doivent souvent aller chercher les informations par eux-mêmes.»
«Certains candidats ont des idées préconçues. Une fois en fonction, la réalité n’est pas conforme à leurs attentes et ils finissent par démissionner», ajoute Kassim Doumbia.
Plusieurs gouvernements provinciaux et associations de municipalités offrent pourtant des formations sur la gouvernance, la gestion, le budget ou encore les demandes d’accès à l’information. Seulement, dans la plupart des cas, elles ne sont pas obligatoires. Les conseillers municipaux sont simplement encouragés à y participer.
Le Canada en villes
La série Le Canada en villes propose un regard sur les succès et les défis des municipalités canadiennes.
Plus sur la francophonie
Le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC) organise son premier Sommet national sur l’apprentissage pour la francophonie canadienne, du 4 au 6 mars, au Centre national des arts à Ottawa.
Avec le premier Sommet national sur l’apprentissage pour la francophonie canadienne, le RESDAC veut proposer «un nouveau chapitre en éducation francophone», a déclaré son directeur général, Denis Desgagnés.
Selon l’organisme, au Canada, 52 % des adultes francophones en situation minoritaire éprouvent «des difficultés à lire des textes ou à écrire au quotidien dans un cadre fonctionnel», peut-on lire dans le communiqué. «Cela empêche parfois de fonctionner au travail ou dans la vie personnelle.»
Dans cette optique, le RESDAC veut rassembler des acteurs de tout le pays pour «la création d’une communauté apprenante», a lancé mercredi le directeur général de l’organisme, Denis Desgagnés, lors d’une conférence de presse virtuelle.
«Ce que nous proposons vraiment, c’est un nouveau chapitre en éducation francophone», dit-il, ajoutant que l’article 41 (3) de la nouvelle Loi sur les langues officielles reconnait l’apprentissage du français dans les contextes formel, informel et non formel. «C’est maintenant à nous de jouer.»
Le Sommet sera présenté sous le thème «Une envolée sur les compétences pour s’épanouir». Il portera sur deux volets : la mise en commun et l’apprentissage de concepts fondamentaux puis la cocréation d’un nouveau paradigme.
Le campus du Collège Boréal à Sturgeon Falls, dans le Nord de l’Ontario.
Le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de plus de 560 000 dollars pour le Collège Boréal afin de rénover les locaux de son Campus du Nipissing, qui se trouve dans l’École secondaire catholique Franco-Cité, à Sturgeon Falls, en Ontario.
Le secrétaire parlementaire du ministre des Langues officielles et du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Marc Serré, soutient que ce financement favoriserait la vitalité des francophones en situation minoritaire de la région.
Le Collège pourra, entre autres, «accroitre sa visibilité et le recrutement auprès des étudiants du secondaire [et] augmenter les échanges entre les niveaux d’enseignement secondaire et postsecondaire», rapporte le communiqué de presse.
L’aide a été octroyée par l’entremise du programme Développement de communautés de langue officielle − Éducation dans la langue de la minorité et du Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028.
Marie-Nicole Dubois décerne le prix Kermode au député conservateur Joël Godin pour son implication dans la modernisation de la loi sur les langues officielles.
Le député conservateur de Portneuf–Jacques-Cartier, au Québec, a reçu le prix Kermode de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB).
L’organisme a souhaité le remercier d’avoir déposé un amendement demandant des clauses linguistiques dans les ententes fédérales-provinciales dans le projet de loi C-13, devenu la Loi sur les langues officielles modernisée.
«Nous rendons hommage avec ce prix à la solidarité dont il a fait preuve et à sa vision inclusive de la francophonie canadienne», indique la FFCB par communiqué.
Plus de ressources pour les fonctionnaires noirs, baisse de l’inflation et deux années de conflit en Ukraine
La présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand, a dévoilé son Plan d’action pour soutenir le personnel noir de la fonction publique. Le dernier budget du fédéral prévoyait 45,9 millions de dollars pour cette démarche.
«Ainsi, près de 50 millions de dollars soutiennent la création et le développement du Plan d’action pour les fonctionnaires noir.e.s visant à mettre en place des programmes de perfectionnement professionnel et des mesures de soutien en santé mentale pour les personnes noires de la fonction publique», explique le communiqué.
Une proposition d’action collective avait été déposée en 2020 auprès de la Cour fédérale par des fonctionnaires noirs pour demander une indemnisation pour la discrimination systémique dans les embauches et le manque de promotions dans la fonction publique fédérale.
Cette demande est en attente d’être certifiée auprès de la Cour fédérale. Mme Anand n’a pas voulu dire s’il pouvait y avoir une entente à l’amiable à ce sujet.
L’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 2,9 %, après avoir progressé de 3,4 % en décembre, selon Statistique Canada.
«Le facteur le plus important à l’origine du ralentissement de la croissance de l’inflation globale a été la baisse des prix de l’essence d’une année à l’autre en janvier (-4,0 %) par rapport à décembre (+1,4 %)», soutient l’organisme.
Statistique Canada note effectivement un recul du prix de l’essence de 4 % en janvier après une hausse de 1,4 % en décembre.
Même constat pour les prix à l’épicerie. «Même si les prix dans les épiceries sont demeurés élevés, leur croissance a ralenti d’une année à l’autre en janvier (+3,4 %) par rapport à décembre (+4,7 %).»
Le 24 février marquera le deuxième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Par ailleurs, le ministre de la Défense, Bill Blair, a annoncé le 19 février un don de plus de 800 drones à l’Ukraine.
Ce financement de plus de 95 millions de dollars provient des 500 millions annoncés par Justin Trudeau lors de sa visite à Kiev en juin 2023.
Anthony Feinstein, professeur de psychiatrie à l’Université de Toronto, a commencé ses recherches sur la santé mentale des journalistes il y a environ 20 ans. Étant l’un des premiers à se pencher sur la question, le chercheur a rapidement attiré l’attention des médias.
Le 11 septembre 2001, la guerre en Irak de 2003, la violence au Mexique… «[Les salles de nouvelles] ont commencé à m’appeler et à demander “que doit-on faire de nos journalistes?”»
«La majorité des journalistes ne sont ni traumatisés ni déprimés et ne souffrent pas de dépendance, dit-il. Mais la minorité qui souffre de syndrome posttraumatique, de dépression ou d’abus de substance souffre plus que la population générale, et c’est surtout celle qui travaille en zone de guerre ou de conflit.»
«Ce n’est pas toi l’histoire»
Maintenant à l’antenne de Radio-Canada, Manon Globensky a été correspondante en zone de conflit à l’étranger, notamment au Kosovo, en Afghanistan, en Irak et au Koweït.
En 2004, elle a couvert le coup d’État en Haïti.
Manon Globensky, dans le nord de la bande de Gaza, en 2018. Elle couvrait les manifestations de la Marche du retour.
«C’était de moins en moins sécuritaire. Le soir, surtout la nuit, il y avait plein d’exactions et d’exécutions sommaires. […] [Les rebelles] sont venus s’installer dans notre hôtel, se souvient-elle. On est toujours seuls dans nos chambres, mais j’avais encore plus ce poids d’être une fille seule dans ma chambre d’hôtel.»
«Avec les rebelles qui buvaient du rhum, qui étaient dopés et qui se promenaient partout avec des machettes un peu rouillées, je me disais que ça n’avait pas de bon sens, qu’on était fous de rester là sans protection.»
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Le risque était aussi très élevé au Liban. Une bombe est d’ailleurs tombée sur un immeuble derrière elle. «J’ai quand même su ce que ça te fait, l’idée d’une bombe qui te tombe dessus. Mais c’est la réalité des gens que tu t’en vas voir aussi.»
À travers les dangers, la journaliste a toujours suivi cette règle d’or du métier : «Ce n’est pas toi l’histoire.»
C’est cette idée de témoigner. Tu peux faire entendre l’angoisse, la peine, la peur des gens qui sont autour de toi, mais toi, tu n’es pas important. La façon dont je vois mon métier de journaliste, c’est de relayer ce que les gens qui sont sur le terrain ressentent.
Dans le Nord de l’Ontario, loin de la guerre
Après l’attaque, Jimmy Chabot s’est réfugié dans un chalet avec sa famille pendant une fin de semaine.
Jimmy Chabot a compris qu’il n’avait pas besoin d’aller très loin pour vivre les dangers du métier. Il y a quelques mois, le fureteur pour Radio-Canada s’est fait attaquer alors qu’il filmait pour un reportage sur l’itinérance et la crise des opioïdes à Timmins, dans le Nord-Est de l’Ontario.
«Dans la vidéo, on voit seulement leurs pieds. Mon but n’était pas d’afficher leur visage», explique-t-il.
Une itinérante s’aperçoit qu’elle est filmée et, mécontente, crie, lui saute dessus et saisit son cellulaire.
«Je me retrouve à deux contre un, relate-t-il. J’ai repris mon téléphone et couru à l’extérieur. J’ai sauté dans le véhicule de deux bons Samaritains, un pickup. Je m’assois sur la banquette arrière, puis la femme est avec son vélo et une clé à molette. […] J’arrive chez nous, je suis un peu sous l’adrénaline, j’ai une partie de la main qui est en sang.»
Jimmy Chabot, lors d’un reportage.
Le lendemain, en poursuivant son reportage à l’entrée d’un refuge pour itinérants, la dame réapparait. «Elle se met devant tous les itinérants de Timmins et me pointe du doigt.» Elle commence alors à raconter des mensonges sur le fureteur, inventant qu’il avait tenté de la tuer. La police s’en est mêlée et Jimmy Chabot est rentré chez lui.
«Je marche souvent avec ma fille pour aller au bureau […] j’en tremblais. Si bien que pour marcher au centre-ville, il a fallu que j’appelle un taxi. […] Je craignais de marcher, puis de me faire attaquer par-derrière, par sa clé à molette, ou en tournant un coin de rue.»
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Depuis, Jimmy Chabot a consulté une psychologue, a augmenté sa dose d’antidépresseurs et bénéficie d’un plan de sécurité qui inclut un taxi pour se rendre au bureau.
Les mécanismes de défense
«C’est comme si on demandait aux journalistes de ne plus être humain pendant qu’ils font leur travail, d’être “sur le go”, et d’être séparés émotionnellement de [ce] qu’ils partagent», prévient Nafissa Ismail.
Selon Nafissa Ismail, professeure de psychologie à l’Université d’Ottawa, plusieurs journalistes développent ces mécanismes dans le feu de l’action.
«Notre cerveau est capable de, en quelque sorte, éteindre les régions du cerveau impliquées dans les émotions. […] On peut le faire pendant un certain temps, dans un certain type de circonstances, mais à la fin, on est tous humains.»
C’est souvent après coup que le journaliste se rend compte de ce qui lui est arrivé : «On dirait que c’est cette après-pensée qui vient davantage chercher les journalistes émotionnellement et qui continue à causer du stress.»
Manon Globensky a observé cette capacité à faire fi de l’horreur lors de son dernier jour à Tyr, au Liban, en 2006. Elle s’est retrouvée devant des corps récupérés lors d’un cessez-le-feu.
«Un super photographe de La Presse canadienne, Kevin Frayer, prenait des photos des cadavres. Moi j’étais incapable de regarder, raconte-t-elle. J’ai demandé “comment tu fais?” Il dit : “Moi je ne les vois pas. Je ne peux pas les voir, parce que si je les vois, c’est sûr, je les ai dans ma tête. J’ai développé ça, c’est la lentille qui les voit, mais moi je ne les vois pas.”»
«Nous, on finit par partir»
«On réalise, entre autres, à quel point on est bien ici et à quel point on n’a pas de problème au Canada. C’est toujours le choc, quand tu sors de ta zone de conflit et que tu reviens dans ton milieu», souligne Manon Globensky.
Selon Anthony Feinstein, la blessure morale affecte aussi les journalistes qui travaillent au Canada.
Anthony Feinstein confirme que le retour chez soi peut être très difficile pour les journalistes, surtout pour ceux qui ont une blessure morale.
«Il s’agit d’un état qui peut résulter du fait d’avoir été témoin, d’avoir perpétré ou de ne pas avoir empêché des actes qui transgressent votre boussole morale», explique l’auteur de Moral Courage : 19 Profiles of Investigative Journalists.
Au Canada, cette blessure se trouve surtout chez les journalistes qui couvrent les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées. Le psychiatre le voit aussi chez ceux qui couvrent les changements climatiques ou qui reviennent de pays en guerre.
«Nous, on finit par partir, laisse tomber Manon Globensky. Eux, ils restent. Donc c’est eux qui comptent, finalement. Mais bon, je ne dis pas qu’il n’y a pas un petit sentiment de culpabilité, même maintenant.»
L’immigration au Canada vise à servir les intérêts du pays et, avant tout, ses intérêts économiques. Les critères de sélection favorisent les personnes immigrantes qui peuvent répondre rapidement aux besoins de main-d’œuvre – même si leurs diplômes ne sont souvent pas reconnus.
Il demeure difficile d’obtenir le statut de réfugié, surtout dans les cas où les candidats et candidates n’ont pas encore eu à quitter leur pays. Et si l’immigration initiale mène à des séparations familiales, de longs délais alourdissent le programme de réunification et posent un poids important sur la vie des familles.
La Politique en matière d’immigration francophone vise elle aussi l’immigration économique et cherche à la diriger vers les communautés francophones en situation minoritaire (CFSM).
Son but premier est de contribuer à la vitalité et à l’épanouissement de ces communautés, ainsi qu’à leur développement, tandis que son but second est d’assurer l’intégration au sein de ces communautés et de veiller à renforcer leur capacité d’accueil.
L’approche actuelle est pensée comme un continuum. Celui-ci est généralement présenté comme passant du recrutement à l’accueil puis à la rétention.
En participant aux efforts d’augmentation du nombre de candidats et candidates à l’immigration et à leur rétention, les CFSM cherchent à convaincre des francophones de s’établir chez elles et à leur offrir des perspectives qui leur permettront de s’y installer plutôt que d’aller ailleurs.
S’il n’est pas surprenant que l’intérêt canadien ou communautaire prime dans les lois et politiques du pays, rien dans cette perspective n’assure que les intérêts et besoins des personnes immigrantes trouveront réponse. Rien ne prévoit non plus que leurs désirs seront satisfaits.
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Adopter la perspective des personnes immigrantes
L’initiative Communautés francophones accueillantes a pour objectif de mettre en place des stratégies développées au niveau local afin de retenir les immigrants et immigrantes dans les communautés de petite taille et souvent rurales. L’un des succès de cette initiative semble être son appui direct aux groupes ethnoculturels.
Ce succès devrait montrer l’importance non seulement d’une approche localisée, mais également de la participation des personnes immigrantes déjà établies et actives au sein des CFSM et de la société canadienne.
Toutefois, la Politique en matière d’immigration francophone se concentre sur les liens entre les ministères et avec les organismes communautaires, sans faire une place à celles et ceux qui connaissent le mieux les réalités de l’immigration francophone.
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Permettre aux organismes ethnoculturels de s’outiller
Une étude que j’ai menée avec deux collègues a montré que certains des besoins liés à l’ajustement des immigrants et immigrantes à un nouvel environnement de vie et leurs besoins de participer de manière diverse à la vie communautaire francophone, mais aussi au-delà de la francophonie passent généralement inaperçus.
Nous avons également pu voir qu’en fait, une grande partie de l’accompagnement à l’établissement se fait par les membres bénévoles d’organismes ethnoculturels, qui se concentrent sur l’ajustement à la vie au Canada.
Les organismes ethnoculturels, en organisant des regroupements, donnent la possibilité à leurs membres d’apprendre des trucs et astuces pour répondre à leur nouvelle situation et leur offrent aussi des occasions de se retrouver en compagnie de personnes qui ont de longues expériences de vie similaires.
Ces organismes vont au-delà de ce qui est possible en atelier. En plus de la possibilité de continuer ses pratiques culturelles, ils permettent à ceux et celles qui les fréquentent de bénéficier d’un répit d’avoir à parler une nouvelle langue, à s’adapter aux attentes des autres et à deviner les comportements d’autrui et les codes sociaux. On peut même y obtenir de l’aide pour trouver de nouveaux repères culinaires.
De tels répits sont importants pour se sentir à l’aise et maintenir l’énergie pour s’ajuster et s’habituer à un nouveau milieu.
L’entraide qui a lieu au sein de plusieurs de ces organismes permet par ailleurs aux personnes immigrantes établies de contribuer à l’ajustement des nouveaux arrivants, d’offrir en retour ce qui leur a été donné – le tout, sans les limites imposées par les structures bureaucratiques formelles.
Une telle souplesse est essentielle étant donné que chaque personne a un parcours distinct et doit s’ajuster à différents aspects de la vie en communauté.
Plus encore, des organismes actifs permettent une participation citoyenne. Cette participation peut avoir lieu en leur sein sans que les personnes immigrantes doivent s’adapter à de nouvelles manières de s’associer, de travailler en groupe, d’établir des buts et de poursuivre des objectifs, ou même d’argumenter et d’écouter les autres.
Cette participation aide également les personnes immigrantes à apprendre de celles et ceux qui sont déjà en action dans d’autres organismes communautaires.
De telles occasions de partager sont surtout importantes pour les personnes qui ne sont pas originaires d’Europe, dont les modes de vie diffèrent davantage de ceux de leur communauté francophone d’accueil, pour qui de longues habitudes d’intégration n’existent pas et qui sont moins valorisées.
Les organismes ethnoculturels fournissent également un milieu important pour contrer les pratiques discriminatoires en place au Canada et dans le recrutement, qui pourraient limiter le succès de la nouvelle politique d’immigration francophone.
Une force à maintenir
C’est souvent par le biais des relations que l’on s’inscrit dans une nouvelle communauté. Or, les relations avec la population majoritaire (y compris au sein des CFSM) sont plus difficiles à établir, tant du fait des différences que de la résistance à l’immigration et du racisme qui existent dans nos sociétés.
De la sorte, une part de l’intégration dans un pays d’immigration passe par les groupes ethnoculturels.
Toute personne appartient à plusieurs groupes à la fois et il ne peut être question d’exiger une appartenance première ou exclusive aux espaces francophones.
En reconnaissant l’engagement de ces organismes dans les processus formels d’immigration, on doit toutefois éviter deux risques.
D’abord, il est probable que le gouvernement et des organismes communautaires plus solidement établis servent de gardiens à l’accès au financement et décident des organismes ethnoculturels qui recevront un soutien, ce qui pourrait amener ces derniers à se transformer pour répondre aux objectifs d’autres entités plutôt qu’à ceux qui ont fait leur succès.
Ensuite, le besoin de spécialisation dans l’accueil et l’établissement risque lui aussi de détourner les organismes de leurs forces. L’engagement bénévole qui existe déjà offre tout autre chose que la professionnalisation et il doit être vu comme une force à ne pas abandonner.
Jérôme Melançon est professeur agrégé en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie (MétisPresses, 2018).
La cuisine canadienne ne se résume pas à un seul plat national. C’est une tout autre histoire qui mijote depuis des siècles derrière les fourneaux des grands chefs et dans l’intimité des foyers.
Pour Nathalie M. Cooke, professeure de littérature anglaise à l’Université McGill, tous les provinces et territoires ont leurs propres produits et techniques de préparation, mais ils n’ont pas développé la même mythologie.
«Nous n’avons pas de cuisine homogène typiquement canadienne, nous avons une cuisine multiculturelle qui s’est développée grâce aux vagues d’immigration successives», précise d’emblée Laurier Turgeon, professeur d’ethnologie et d’histoire à l’Université Laval, à Québec.
«Le Canada n’a pas sa propre haute cuisine. À la place, nous avons un multilinguisme culinaire», renchérit Nathalie M. Cooke, professeure de littérature anglaise à l’Université McGill, à Montréal.
La spécialiste de l’alimentation explique que le Canada a construit sa «fiction d’une cuisine nationale» dans le contexte du multiculturalisme : «Notre cuisine raconte l’histoire de l’altérité et de l’intégration.»
L’alimentation, en effet, n’est jamais figée dans le marbre des traditions : elle combine sans cesse l’ancien et le nouveau, le proche et le lointain, le familier et l’étranger.
Un brassage sans équivalent
«Certains aliments, comme le sirop d’érable, ont développé un statut iconique dans notre mythologie, mais l’art culinaire est comme un langage perpétuellement en train d’évoluer», résume Nathalie M. Cooke.
L’historienne culinaire Fiona Lucas estime également qu’on ne peut plus parler de cuisine traditionnelle canadienne : «Chaque famille a sa cuisine traditionnelle, en fonction de ses origines.»
Le chef albertain JP Dublado, originaire des Philippines, marie les saveurs asiatiques et canadiennes dans ses plats.
Depuis les premiers colons français et anglais, la gastronomie canadienne n’a cessé de s’enrichir et de se métisser. En franchissant les frontières, les immigrés ont apporté dans leurs bagages la culture alimentaire de leur pays d’origine.
Nathalie M. Cooke cite l’influence des immigrants chinois dès le XIXe siècle, mais aussi des Italiens entre 1940 et 1960, ou encore des Vietnamiens à partir des années 1970.
Dans leur sillage, les Canadiens ont découvert de nouvelles saveurs, de nouvelles épices, de nouveaux modes de cuisson. Les nouveaux arrivants, de leur côté, ont abandonné certains savoir-faire, amendé certains rituels, adapté certaines recettes.
Ce brassage sans équivalent se retrouve dans les assiettes du chef albertain JP Dublado, d’origine philippine. Le cuisinier marie les saveurs asiatiques de son enfance avec des produits du terroir albertain.
«Il n’y a pas vraiment de cuisine canadienne, c’est un mélange diversifié de tellement de cultures», souligne-t-il.
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Collage de plats régionaux
Pour Laurier Turgeon, l’invention du restaurant chinois à la canadienne témoigne d’un autre compromis inventif entre les traditions du pays d’origine et les rituels du pays d’accueil. Le buffet chinois trouve son origine à Vancouver, vers 1870.
«La cuisine chop suey (la version nord-américaine de la cuisine chinoise) mêle les références identitaires des deux cultures, observe l’ethnologue. Certains plats n’existent même pas en Chine et d’autres sont adaptés aux gouts canadiens.»
«Nous avons une cuisine multiculturelle qui s’est développée grâce aux vagues d’immigration successives», explique Laurier Turgeon, professeur d’ethnologie et d’histoire à l’Université Laval.
Malek Batal, d’origine libanaise et professeur de nutrition à l’Université de Montréal, évoque l’humus réinventé à toutes les sauces avec des versions betterave, poivron, jalapéno, qu’on ne trouvera jamais au Liban.
«L’alimentation est un terrain où s’opèrent des jeux d’appropriation et de rapprochement des cultures», analyse-t-il.
Dans ces va-et-vient entre l’ici et ailleurs, la cuisine canadienne est également une mosaïque de plats régionaux : la tarte au beurre (butter tart) de l’Ontario, le bœuf au gingembre de Calgary, le schmoo torte fait de crème fouettée, de caramel et de noix du Manitoba, le fish and brewis à base de morue et de pain dur de Terre-Neuve.
«Les ingrédients locaux disponibles et les différentes poches d’immigration influencent les spécialités des provinces et territoires», considère Malek Batal. Il prend l’exemple des immigrants d’Europe de l’Est qui ont amené les pierogis en Alberta, en Saskatchewan et en Ontario.
«Les différentes régions du pays ont leurs propres produits et techniques de préparation, elles n’ont cependant pas développé la même mythologie», poursuit Nathalie M. Cooke.
Se distinguer du Canada anglais
Les Canadiens français sont souvent les premiers à avoir affirmé leur identité culinaire, «pour se distinguer du Canada anglais et ne pas être assimilés», relate Laurier Turgeon.
Il évoque les fèves au lard et la tourtière québécoises, le fricot et la poutine râpée des Acadiens, devenus de véritables emblèmes culturels.
Selon l’historienne culinaire Fiona Lucas, les différences entre les cuisines des Canadiens anglais et français ont tendance à s’estomper.
Les traditions alimentaires des Canadiens anglais ont néanmoins toujours imprégné la gastronomie des francophones. Sous l’influence des colons britanniques, les colons français se sont mis à manger des pommes de terre, jusqu’alors réservées aux animaux. Une nouvelle habitude qui donnera naissance des siècles plus tard au célèbre pâté chinois.
«Il y a toujours eu des différences marquées entre les deux cuisines, mais la ligne est de plus en plus ténue. Les gens et les aliments se sont mélangés», relève Fiona Lucas.
Malek Batal note de son côté une «certaine standardisation des habitudes» à travers le pays avec la multiplication de la restauration rapide à l’américaine où règnent burgers et frites.
Au-delà des couches d’influences successives – française, anglaise, asiatique et, bien sûr, américaine – le premier patrimoine culinaire canadien est celui des peuples autochtones.
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Révolution culinaire à l’horizon
Une gastronomie à base de gibier, de poissons, de riz sauvage, de baies et d’herbes indigènes reprend de plus en plus de place : aiguilles de sapin baumier, persil de mer, thé du labrador, cerf, lièvre fumé, crabes des neiges, etc.
Malek Batal note une «certaine standardisation des habitudes» à travers le pays avec la multiplication de la restauration rapide à l’américaine.
Une cuisine avec des méthodes de préparation unique de séchage et de fumage du poisson, de cuisson lente dans des boites de bois cintrées.
«La richesse et la diversité de nos produits sont sans limites, notre territoire a un potentiel gigantesque, des variétés folles de végétaux», confirme Laurier Turgeon.
Pendant très longtemps, les Canadiens ont regardé ailleurs, mais l’intérêt renait aujourd’hui pour ce qui est plus près.
«Les Autochtones ont toujours valorisé leur propre cuisine, c’est une question d’identité, mais de plus en plus de chefs non autochtones redécouvrent cette cuisine et s’en emparent», constate Malek Batal.
Le signe, selon Laurier Turgeon, qu’une «grande révolution culinaire» se dessine. À ses yeux, grâce à l’utilisation croissante d’aromates locaux, la cuisine canadienne devient de plus en plus élaborée, riche d’un «gout unique» qui la distingue radicalement des autres gastronomies. Autrement dit, une manière d’affirmer son patrimoine culturel dans l’assiette.
Scandale ArriveCAN, logements en milieu rural et entente en sursis
Dans un rapport déposé lundi, la vérificatrice générale du Canada, Karen Hogan, tient l’Agence des services frontaliers du Canada, l’Agence de la santé publique du Canada et Services publics et Approvisionnement Canada pour responsables de la mauvaise gestion de l’application ArriveCAN.
«Notre audit a révélé des échecs et des lacunes graves dans tout ce que nous avons examiné, a-t-elle soutenu lors du point de presse. La plus inquiétante de nos constatations, c’est que l’Agence des services frontaliers du Canada n’avait pas de dossiers financiers complets et exacts. L’absence de cette information nous a empêchés de calculer le cout précis de l’application ArriveCAN.»
L’application, qui avait été lancée par Ottawa au début de la pandémie, devait couter 80 000 dollars canadiens. Mais la facture s’élève aujourd’hui à plus de 59,5 millions de dollars, estime la vérificatrice générale.
La plus grosse part est allée à l’entreprise GC Strategies, qui a reçu plus de 19 millions de dollars de ce financement dans le cadre de contrats conclus avec le gouvernement.
«Nous nous engageons évidemment à corriger [les erreurs]. J’ai pleine confiance dans la présidente de l’Agence des services frontaliers de prendre toutes les mesures qui s’imposent», a déclaré en mêlée de presse Jean-Yves Duclos, le ministre des Services publics et de l’Approvisionnement du Canada.
Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a réitéré son ultimatum devant les journalistes : il est prêt à briser son entente avec le Parti libéral si ce dernier ne dépose pas un projet de loi pour un programme national d’assurance-médicaments d’ici le 1er mars 2024.
«Les excuses, ça suffit, a lancé Jagmeet Singh lors d’une conférence de presse. On a maintenant besoin d’un projet de loi. C’est ce qu’on a forcé les libéraux d’accepter et j’ai dit clairement à Justin Trudeau que vous avez jusqu’au 1er mars pour livrer le projet, sinon il y aura des conséquences.»
Jagmeet Singh menace de briser l’entente avec les libéraux si le gouvernement n’entame pas de projet de loi pour un programme d’assurance médicaments d’ici le 1er mars.
Selon le chef néodémocrate, avec la fin de cette entente, conclue en 2022, le gouvernement perdrait l’appui des néodémocrates lors de la passation et de l’adoption de projets de loi.
«S’ils brisent l’entente, toutes les conséquences sont sur la table», a ajouté Jagmeet Singh, qui a également sous-entendu qu’une campagne électorale pourrait être déclenchée en 2024.
La ministre des Finances, Chrystia Freeland, a annoncé un financement de 176 millions de dollars pour la construction de logements dans les communautés rurales.
Ainsi, Ottawa a signé des ententes avec plus de «60 petites communautés et communautés rurales» pour la construction de 5300 logements sur trois ans et plus de 51 000 logements au cours des 10 prochaines années dans les communautés rurales au Canada.
Cette annonce, qui s’inscrit dans le Fonds pour accélérer la construction de logements, devrait permettre de réduire les formalités administratives et de construire «plus de 550 000 logements au cours de la prochaine décennie», peut-on lire dans le communiqué.
Le gouvernement souhaite aussi attirer plus de «médecins et personnel infirmier nécessaires pour améliorer les soins de santé dans ces régions », explique le communiqué.
«Le gouvernement fédéral augmente de 50 % le montant de l’exonération du remboursement des prêts d’études pour les médecins et le personnel infirmier qui vont travailler dans ces communautés», explique le communiqué.
Conflit israélo-palestinien, guerre en Ukraine et nominations au Sénat
Justin Trudeau exhorte Israël à ne pas attaquer la ville de Rafah.
Le premier ministre canadien et ses homologues de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie appellent le gouvernement d’Israël à suspendre ses attaques sur la ville de Rafah, située à la frontière avec l’Égypte, où près 2 millions de Palestiniens ont trouvé refuge.
«Une opération militaire à Rafah serait catastrophique, peut-on lire dans la déclaration commune envoyée jeudi soir. […] Nous exhortons le gouvernement d’Israël à ne pas s’engager dans cette voie. Les civils n’ont tout simplement nulle part où aller.»
«La protection des civils est primordiale et constitue une exigence du droit humanitaire international», rappelle Justin Trudeau.
Le premier ministre ne s’était jusque-là pas prononcé sur la décision de la Cour internationale de justice (CIJ) qui exhorte Israël à mettre fin à tout éventuel acte de génocide à Gaza.
«La Cour internationale de justice a été claire : Israël doit assurer l’accès aux services de base et à l’aide humanitaire essentielle et protéger les civils.»
Lors de la 19e réunion du Groupe de contact sur la défense de l’Ukraine aux États-Unis, le ministre de la Défense nationale, Bill Blair, a annoncé un nouveau financement de 60 millions de dollars pour la coalition du Groupe de contact sur la défense de l’Ukraine axée sur les capacités des forces aériennes.
«Les fonds aideront à trouver des fournitures et de l’équipement indispensables liés aux F-16, entre autres, pièces de rechange, postes d’armes, avionique et munitions», rapporte le communiqué.
Bill Blair avait par ailleurs annoncé le mois dernier une enveloppe de 15 millions de dollars pour appuyer l’entrainement des forces militaires ukrainiennes.
Le premier ministre a annoncé la nomination de Manuelle Oudar comme sénatrice indépendante pour le Québec.
Avocate de formation, Manuelle Oudar a travaillé pendant plus de 30 ans dans la fonction publique du Québec.
Elle est présidente-directrice générale de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). «Elle reste active dans sa communauté, comme conférencière ainsi que mentor auprès de jeunes professionnelles et leadeurs qui débutent leur carrière», précise le communiqué.
L’homme d’affaires et entrepreneur torontois Mohammad Al Zaibak a également été nommé la semaine dernière sénateur indépendant pour l’Ontario.
«Il a été très actif dans la promotion du développement social et de la diversité», détaille le communiqué.
Dans l’examen du rapport de l’Initiative du siècle, des fonctionnaires d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) critiquent ses analyses et ses conclusions. Ils remettent aussi en cause l’idée que de hauts seuils d’immigration sont la seule solution aux enjeux démographiques et de main-d’œuvre du Canada.
Une copie de cet examen et des échanges de courriels ont été rendus publics grâce à la Loi sur l’accès à l’information.
L’Initiative du siècle est un organisme inscrit au registre des lobbyistes du Canada depuis 2021 qui défend le scénario d’une population de 100 millions de Canadiens pour l’année 2100.
Elle a été fondée par Dominic Barton, un ex-directeur de la firme McKinsey, à laquelle IRCC a fait appel pour diverses initiatives.
En 2020, le groupe de pression a publié un rapport dans lequel il défend cette cible et dans lequel il étaye ses arguments en faveur de seuils d’immigration élevés.
Rédigé en 2020, selon les échanges de courriels de la même année, l’examen a été envoyé au directeur de la planification des niveaux de migration d’IRCC. Une poignée d’autres directeurs et analystes du ministère ont aussi reçu une copie.
Le gouvernement libéral s’est dissocié des conclusions de l’Initiative du siècle trois ans plus tard, en mai 2023, après que des liens avec le milieu des affaires torontois et la firme McKinsey ont commencé à faire du bruit dans les médias.
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«Pas une analyse rigoureuse»
«Dans l’ensemble, le rapport ne fournit pas une analyse rigoureuse pour étayer le niveau d’immigration suggéré et l’objectif de 100 millions de Canadiens en 2100 comme étant la meilleure option pour le Canada. Bien qu’une longue liste de références soit fournie, elle ne comprend que des ouvrages favorables à leurs arguments», critiquent les fonctionnaires dans leur examen du rapport.
Selon eux, le plan de l’Initiative du siècle soulève des questions sur la «durabilité» de niveaux d’immigration élevés, des hypothèses qui «pourraient ne pas tenir», qui «ne sont probablement même pas vraies» et qui «doivent être examinées attentivement».
Ils contestent notamment l’idée selon laquelle une haute population cause forcément une croissance économique.
Dans le passé, une grande partie de la croissance économique était associée à la croissance de la main-d’œuvre, ce qui n’est peut-être pas le cas dans l’économie du savoir du XXIe siècle.
Les fonctionnaires avancent qu’il n’y a aucune raison de considérer l’augmentation des niveaux d’immigration comme la seule solution à la pénurie de main-d’œuvre due au vieillissement de la population, en partie parce que «les immigrants vieilliront également au Canada».
En proposant d’autres pistes de solutions, ils évoquent des études qui énumèrent les défis liés à l’emploi et au salaire pour les immigrants.
«Si l’on ne s’attaque pas d’abord avec succès aux principaux obstacles à l’intégration des immigrants sur le marché du travail, ce scénario de forte immigration risque fort d’échouer et l’augmentation de l’immigration pourrait être compensée par un taux d’émigration plus élevé.»
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L’Initiative avance que la vaste géographie du Canada lui permet de soutenir une grande population. Or pour les fonctionnaires, cette vision ne tient pas compte du climat et des conditions géographiques du pays.
IRCC tient à rappeler que le gouvernement ne partage pas les objectifs de l’Initiative du siècle. «Ils ne sont pas et n’ont jamais été la politique du gouvernement», assure le bureau du ministre d’IRCC par écrit à Francopresse.
Selon le bureau, le lien établi est un «malentendu» et, avant l’année dernière, «il n’y avait aucune raison pour que les ministres corrigent cette notion, puisqu’il n’y avait aucun malentendu antérieur».
Christopher Worswick fait de la recherche sur l’économie et l’immigration.
Écho des économistes
Le professeur d’économie à l’Université Carleton, Christopher Worswick, confirme que plusieurs économistes partagent les préoccupations de l’examen quant aux niveaux élevés d’immigration.
«Les politiciens et certaines personnes dans la sphère publique parlent des grands avantages économiques de l’immigration, mais les économistes universitaires ne voient généralement pas ces grands avantages.»
Il pense que «les arguments de l’Initiative du siècle sont faibles sur le plan économique».
La littérature scientifique est mitigée sur les questions de croissance économique liée à l’immigration, rapporte-t-il. Que ce soient des questions de produit intérieur brut (PIB) par habitant, de vieillissement de la population ou de marché du travail, plusieurs économistes présentent des résultats différents de ceux de l’Initiative du siècle.
«J’aimerais avoir tort, dit le professeur Worswick. J’aimerais pouvoir dire que l’immigration est à l’origine de toutes ces [apports économiques], mais la littérature est très mitigée.»
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Le gouvernement libéral a pris ses distances
En mai 2023, Sean Fraser, encore ministre d’IRCC, s’est dissocié de l’Initiative du siècle et a indiqué ne pas adhérer à ses conclusions et ne pas partager ses objectifs pour 2100.
«Plutôt que de gérer le dossier de l’immigration de façon sérieuse et responsable, [le gouvernement] le fait de façon idéologique et, à ce moment-là, il évacue tout ce qui pourrait être problématique par rapport à l’immigration», dit le bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe.
Quelques jours plus tard, les libéraux et les néodémocrates ont tout de même fait échouer une motion du Bloc Québécois demandant à la Chambre des communes de rejeter les objectifs de l’Initiative du siècle et au gouvernement de ne pas s’en inspirer pour les seuils d’immigration à venir.
Pour Alexis Brunelle-Duceppe, porte-parole bloquiste en matière d’immigration, malgré la posture des libéraux en mai dernier, les chiffres du gouvernement ressemblent à ceux demandés par l’Initiative du siècle et seraient même plus élevés.
Une posture idéologique selon lui, «parce que l’Initiative du siècle, ça a aussi été bâti par le grand patronat avec des gens comme McKinsey et Dominic Barton».
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Le 1er novembre 2023, le gouvernement a annoncé une cible de 500 000 résidents permanents admis en 2026, un chiffre qui sera stabilisé par la suite. L’Initiative du siècle proposait de continuer à augmenter le chiffre après 2026, pour qu’il soit égal à 1,25 % de la population canadienne.