le Jeudi 12 février 2026

L’imaginaire du progrès nous aide à nous cacher les répercussions de nos modes de production et de consommation actuels. À tout problème existerait une solution technologique.

Mais même les voitures électriques et l’énergie solaire ou éolienne causent des problèmes environnementaux. Même si ces technologies sont plus durables et beaucoup moins destructrices que celles qui dépendent des énergies fossiles, leur durabilité demeure aussi limitée et leur impact environnemental n’est pas négligeable.

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Nous devons ainsi reconnaitre que les activités économiques humaines ont leurs limites, qu’elles dépendent de ce que la planète offre ou de la destruction qu’elle peut endurer.

Au-delà du dérèglement climatique, l’activité humaine amène de grands changements à l’équilibre des environnements où elle a lieu. Plusieurs de ces changements sont irréversibles. Évidemment, il s’agit de déséquilibres, et l’on peut s’attendre à ce qu’après un certain temps, nos environnements arrivent à de nouveaux équilibres.

Toutefois, ces nouveaux équilibres amèneront des environnements qui ne permettront plus les mêmes genres de vie humaine et qui, dans les cas de désertification ou de submersion des terres, pourraient ne plus permettre la vie humaine.

Et tandis que les personnes les mieux nanties dans le monde pourront se déplacer pour tenter de maintenir leur niveau de vie, il y a déjà de plus en plus de réfugiés climatiques qui ont tout perdu.

Les limites planétaires

L’idée des limites planétaires nous aide à penser à de telles transformations à grande échelle des processus naturels qui ont rendu possible la vie ainsi que les existences humaines telles que nous les connaissons.

Le changement climatique n’est que l’une des neuf limites planétaires, selon le nombre établi par différentes sources. Les autres sont :

Or, la plupart des neuf limites planétaires ont été atteintes.

La température a déjà augmenté considérablement. La diversité de la flore et de la faune décroit chaque année. Les coupes de forêts affaiblissent la part que peut jouer la végétation dans tous les autres processus. Les microplastiques et les produits chimiques ont transformé les océans et donc les environnements des espèces marines, ainsi que tout ce qui peut servir de nourriture. Et nombre de sols ont été asséchés ou inondés.

Différents rapports avancent que six ou sept des limites ont été dépassées. Peu importe le nombre exact de limites, il règne toutefois un consensus : il existe des limites, et ces limites sont dépassées ou en voie de dépassement.

Cela signifie que la Terre, prise comme un système, est en déséquilibre et que les conditions pour toutes les formes de vie ne sont plus les mêmes. Autrement dit, la catastrophe a déjà lieu, et la vie dans toutes ses formes n’est plus la même.

Les mesures prises pour protéger la couche d’ozone montrent qu’une concertation internationale et un engagement citoyen peuvent avoir un effet positif sur certaines des conséquences de notre régime actuel de production et de consommation.

Même si le temps presse pour agir, il faut cependant noter qu’il est déjà trop tard pour deux des processus, qui ont maintenant atteint un stade irréversible.

Toutefois, ce n’est pas la présence humaine en elle-même qui pose problème, mais bien les activités polluantes et destructrices qui accompagnent nos manières actuelles de vivre et d’établir un rapport à ce que nous nommons les «ressources naturelles».

Les limites à la croissance

Le constat est le même si l’on parle en termes économiques plutôt qu’écologiques.

Parler des limites à la croissance, c’est se concentrer sur les activités humaines qui causent de telles transformations aux environnements : l’industrialisation (et la manière dont elle a lieu); la production alimentaire (et ses effets directs sur l’environnement); l’utilisation des ressources naturelles (et la perspective de leur épuisement); ainsi que la pollution (vue comme un choix délibéré).

Chacune de ces dynamiques a une influence sur les autres.

Ces idées proviennent du rapport du Club de Rome, qui a désormais plus de 50 ans, mais qui a récemment été mis à jour. Il existe de nombreuses critiques sur son approche, dont plusieurs sont fondées.

Toutefois, le constat demeure le même aujourd’hui : il faut arrêter la croissance. Même l’idée d’une croissance dite «verte» est à rejeter, étant donné l’impact des nouvelles technologies sur les mêmes processus.

Arrêter la croissance à l’échelle planétaire, cela n’implique pas d’arrêter l’amélioration de la qualité de la vie humaine. C’est plutôt rééquilibrer la production et la consommation pour arrêter les excès ici et permettre une amélioration ailleurs.

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Choisir les bonnes limites, et bien choisir

Les personnes qui s’y connaissent auront remarqué que je n’ai pas inclus la croissance démographique parmi les limites à la croissance. Cette décision découle d’un problème central du Rapport du Club de Rome, qui, par son racisme, voit la croissance démographique comme un problème… en Afrique et en Asie.

La limite démographique suppose ainsi une perspective eugéniste et antidémocratique, où des chercheurs et politiciens des pays du Nord décideraient de la population du reste du monde.

Notons toutefois que d’autres aspects du rapport fonctionnent contre ce racisme en proposant un rééquilibre de la consommation et de la production, et en éliminant les inégalités.

Vivre avec des limites suppose de tenir compte de notre incidence immédiate sur ce qui nous permet de vivre, mais aussi sur la vie des autres. Pour cela, nous avons besoin de deux formes complémentaires de démocratie et plus largement de participation.

Il faut d’abord des mécanismes pour permettre aux populations du monde entier de participer aux décisions liées à la production et à la consommation.

Ces décisions sont pour l’instant la chasse gardée des entreprises privées dites multinationales, mais leurs profits reviennent à des classes situées dans les endroits les moins affectés par les changements climatiques.

Il faut ensuite une participation politique accrue des populations des pays où la plus grande partie des décisions sont prises. Le fait d’adopter un mode de vie plus sobre ne suffit plus à éviter les grandes transformations à l’échelle de la planète.

Les changements au style de vie quotidien ne pèsent pas beaucoup par rapport aux conséquences des projets d’extraction de ressources naturelles qui n’amèneront des profits qu’après des dizaines d’années.

Produire et consommer selon des limites ne sera possible qu’avec des luttes sociales et une imposition de limites là où le profit et les intérêts empêcheront tout ralentissement ou changement d’orientation.

Jérôme Melançon est professeur en études francophones et interculturelles ainsi qu’en philosophie à l’Université de Regina. Ses recherches portent notamment sur la réconciliation, l’autochtonisation des universités et les relations entre peuples autochtones et non autochtones, sur les communautés francophones en situation minoritaire et plus largement sur les problèmes liés à la coexistence. Il est l’auteur et le directeur de nombreux travaux sur le philosophe Maurice Merleau-Ponty, dont La politique dans l’adversité. Merleau-Ponty aux marges de la philosophie (MétisPresses, 2018).

La session plénière de l’Assemblée de la Francophonie (APF) se déroule à Montréal du 5 au 10 juillet 2024 à l’invitation du Parlement du Canada.

Le ministre Boissonnault souhaite que l’IA reflète la dualité linguistique du Canada. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

«Ça va toucher toutes nos communautés, tous nos pays […] elle ne connait pas de frontières linguistiques ou culturelles», a lancé le ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles, Randy Boissonnault, lors de son discours d’ouverture lundi.

Il a ensuite parlé de la Stratégie pancanadienne en matière d’intelligence artificielle (IA), dont la deuxième phase a été annoncée en juin 2022.

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«S’en servir pour le bon»

«Je veux être certain que l’on développe l’intelligence artificielle avec le français et la vie francophone en tête», explique le ministre en entrevue avec Francopresse.

Selon lui, il y a moyen de se servir de l’intelligence artificielle pour faire la promotion des cultures francophones. Sans détailler la manière d’atteindre ce but, le ministre a insisté sur la visibilité des francophones dans le domaine.

«Les Américains et les Chinois développent leurs systèmes d’intelligence artificielle, et le Canada est à la même hauteur, dit-il. Je veux que les francophones, les francophiles, les francocurieux et les francoqueers soient vus par l’intelligence artificielle.»

Des membres de l’APF sont venus des quatre coins du monde pour la 49e session plénière. 

Photo : Marianne Dépelteau - Francopresse

«Étant francophone en situation minoritaire, je veux avoir accès aux cultures francophones, ajoute le Franco-Albertain. Mais aussi la culture francophone de mon coin, pas seulement de France ou du Québec. C’est très important d’avoir le noyau au Québec, mais il faut aussi que nos communautés à l’extérieur du Québec rayonnent et s’épanouissent avec l’appui de l’IA.»

Néanmoins, le ministre fait une mise en garde : il faut se servir d’une IA responsable, et non d’une IA qui «veut accélérer l’assimilation ou augmenter la mésinformation et la désinformation». «Il faut s’en servir pour le bon et pas pour le mal», conclut-il.

Le député conservateur Joël Godin, président de la Commission des affaires parlementaires de l’APF, rappelle que la Section canadienne de l’Association a déposé des rapports liés à la désinformation ainsi qu’à la protection de lanceurs d’alerte.

On est face à des situations particulières comme tout groupe linguistique. Évidemment que l’intelligence artificielle est un élément très important à considérer et on va travailler là-dessus.

— Joël Godin

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Le français doit se frayer un chemin

Le Québec, par exemple, a déjà commencé à jouer avec l’IA. Mais il y a encore des problèmes à régler avant que la province devienne le noyau qu’espère voir Randy Boissonnault.

Joël Godin est ministre fantôme des Langues officielles. 

Photo : Facebook

«Le Québec est dans une bonne position, mais c’est drôle, sa technologie qui est inventée ici est vendue ailleurs. Et d’ailleurs, elle est pensée pour ailleurs. Donc le français dans le domaine de l’intelligence artificielle n’est pas présent», explique René Villemure, député bloquiste de Trois-Rivières et vice-président de la Section canadienne de l’APF.

Il a remarqué que l’on peut obtenir des logiciels traduits en français, mais que les versions originales dans cette langue sont plus rares.

La force du français dans le domaine de l’IA avait d’ailleurs fait partie des discussions de la Commission politique de l’APF en 2022.

À l’époque, René Villemure avait questionné la responsable de l’Observatoire OCDE des politiques de l’IA, Karine Perset, sur le français en IA. Celle-ci n’avait pas offert de constats clairs, mais ses réponses avaient tout de même encouragé l’ancien sénateur Dennis Dawson à conclure que la place du français dans les domaines scientifiques tels que l’IA méritait d’être renforcée.

«Ça m’inquiète, parce que le monde de l’intelligence artificielle, c’est un monde d’anglophones, laisse tomber René Villemure. Et ce n’est pas la langue le problème, c’est la pensée unique qu’elle amène.»

Ça «passe par l’éducation»

Également présent à l’évènement de l’APF, le sénateur acadien René Cormier confie à Francopresse que «l’intelligence artificielle n’est pas forcément uniquement un mal pour notre société». «Il y a des avantages.»

Selon René Cormier, une bonne maitrise de l’intelligence artificielle passe par l’éducation. 

Photo : Courtoisie

Il s’agit de bien savoir l’utiliser correctement et la clé, c’est l’éducation. «Au niveau universitaire par exemple, il faut qu’il y ait une éthique, une déontologie […] beaucoup de formation est nécessaire», prévient le sénateur.

«Il faut vraiment que l’intégration de l’intelligence artificielle dans notre société passe par l’éducation dans les écoles, dans les universités, autant chez les étudiants que chez les professeurs.»

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’on parle de découvrabilité et de promotion francophone à l’APF. René Cormier raconte que la Loi sur la diffusion continue en ligne a déjà été un sujet de discussion à la Commission de l’éducation, de la culture et de la communication de l’APF.

«On a abordé cette loi pour faire valoir comment le Canada avait travaillé pour s’assurer que, dans les grandes plateformes, le produit culturel francophone et les artistes de la francophonie puissent être visibles.»

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Concilier employabilité et francophonie

Randy Boissonnault devra, dans sa mission de faire découvrir la culture francophone à l’aide de l’IA, concilier ses deux portefeuilles ministériels : les emplois, que l’IA peut générer et les langues officielles.

Questionné sur ce défi, le ministre donne l’exemple d’un entrepreneur francophone qui cherche à obtenir un brevet pour protéger sa propriété intellectuelle.

René Villemure se dit «très soucieux» de la place du français dans le domaine de l’IA. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

«On a déjà des brevets simples qui sont déjà vérifiés par des engins de l’intelligence artificielle au sein de notre gouvernement. [Dans le cas d’]un brevet plus complexe, c’est un être humain qui doit traiter ce dossier. Donc, pour moi, rendre le gouvernement plus efficace dans le traitement de dossiers qui touchent les francophones, c’est très important.»

Le ministre parle aussi de profiter des possibilités d’efficacité qu’offre l’IA. «Tout ce qui est en arrière, paperasse, dossiers, qui peut être traité par les machines d’intelligence sociale, pour moi, c’est très important. Et quand ça touche la culture ou la langue, moi, c’est très important qu’on ait des politiques en place pour protéger notre francophonie.»

D’après René Villemure, l’équilibre entre les emplois créés par l’IA et la protection de la francophonie est «périlleux». «Je sais que [Randy Boissonnault] a une grande affection pour les langues officielles, mais je crois que l’emploi, qui est actuellement un problème majeur à travers le pays, va requérir un peu plus son attention», suggère-t-il.

En 2023, 200 immigrants maitrisant le français ont obtenu leur résidence permanente dans la région métropolitaine de Saint-Jean. Ce chiffre, et d’autres, sont inclus dans le rapport Succeed and Stay : Immigration Patterns Report for Greater Saint John, commandé par la municipalité et rendu public en mai dernier.

Ces nouveaux arrivants représentaient 11 % du total de la population immigrante francophone au Nouveau-Brunswick en 2023, contre 5 % en 2019. Cette année-là, il n’y a eu que 55 nouveaux résidents permanents qui parlaient français et, en 2018, seulement 40. St-Jean veut accueillir 20 % des immigrants francophones au Nouveau-Brunswick d’ici 2030.

Michel Côté constate sur le terrain l’augmentation de l’immigration francophone à Saint-Jean. Mais il prévient : «Si on n’est pas capable de mieux s’équiper pour retenir les nouveaux arrivants, la hausse actuelle ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau.» 

Photo : Courtoisie

Ces statistiques ne surprennent pas le directeur général de l’Association régionale de la communauté francophone de Saint-Jean (ARCf), Michel Côté : «On le voit concrètement sur le terrain, dans les centres de la petite enfance et les écoles, avec de plus en plus d’enfants, d’éducatrices et d’enseignants issus de l’immigration.»

Plus du tiers des élèves du centre scolaire francophone Samuel-de-Champlain sont issus de l’immigration. Dans les deux centres de la petite enfance de la région, la moitié du personnel a été recrutée à l’étranger.

Michel Côté considère que «les stratégies fédérales et provinciales ont aidé à accroitre le nombre d’immigrants francophones». Le responsable évoque notamment le programme fédéral de Mobilité Francophone, qui sert souvent de passerelle vers la résidence permanente.

Dans une réponse par courriel, la ville de Saint-Jean cite de son côté le Programme des candidats des provinces ou encore le Programme d’immigration au Canada atlantique.

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Recruter à l’international, une «grosse bébête qui fait peur» 

Selon Réda Allouch, gestionnaire des bureaux satellites du Centre d’accueil et d’accompagnement francophone pour immigrants (CAFi) du Nouveau-Brunswick, «les investissements» de la municipalité pour s’ouvrir à la francophonie ainsi que le «dynamique tissu économique» de la région ont également joué un rôle.

Il parle de la même manière du bouche-à-oreille entre les immigrants, «qui partagent souvent leur succès d’installation avec leurs proches restés dans leur pays d’origine».

Réda Allouch estime néanmoins que les efforts déployés pour attirer les nouveaux arrivants restent insuffisants : «Il faut faire beaucoup plus de promotion de la région au sein de la francophonie internationale, la rendre plus visible.»

Selon Nicole Arseneau-Sluyter, le manque de place dans les écoles et les centres de la petite enfance de la région de Saint-Jean limite les possibilités d’accueillir plus d’immigrants francophones. 

Photo : Courtoisie

«C’est crucial si l’on veut rattraper notre retard en matière d’immigration et assurer le dynamisme économique et démographique de la communauté francophone de Saint-Jean», insiste Nicole Arseneau-Sluyter, présidente de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) et résidente de Saint-Jean.

De leur côté, les organismes francophones accentuent leurs efforts pour recruter des salariés à l’international, que ce soit en France, en Belgique ou dans des pays du Maghreb.

«Ça nous donne un accès plus rapide à des ressources humaines, mais ça vient avec son lot de défis. Ces embauches demandent beaucoup d’énergie, de paperasses et de suivi», affirme Michel Côté.

Le président du Conseil d’éducation du District francophone Sud parle d’une «grosse bébête qui fait peur». «Certains organismes ne veulent pas s’embarquer là-dedans, car il manque de personnel en interne pour s’en occuper.»

À Saint-Jean, l’ARCf dispose d’ailleurs d’un employé à temps plein pour gérer ces épineux dossiers.

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Une «fausse perception que le français suffit»

Attirer les nouveaux arrivants est loin d’être évident, mais les encourager à rester constitue un défi encore plus grand. D’après le rapport, environ 55 % de ceux qui étaient arrivés à Saint-Jean en 2019 – toutes langues confondues – étaient encore là trois ans plus tard.

Au niveau des francophones, nous en retenons à peu près la moitié

— Michel Côté

Aux yeux de Réda Allouch, la pénurie de logements et d’opportunités économiques en français est à l’origine du départ de nombreux nouveaux arrivants. 

Photo : Courtoisie

Aux yeux de Réda Allouch, la pénurie de logements et d’opportunités économiques en français explique en grande partie les départs.

«Il y a de plus en plus de nouveaux arrivants qui ne parlent pas anglais. Ils arrivent avec la fausse perception que le français suffit et ça limite leur possibilité d’emploi», expose de son côté Michel Côté.

Selon lui, les postes au sein de l’ARCf constituent «une bouée de sauvetage» pour ces unilingues.

«Mais on ne peut pas embaucher tout le monde. Si un conjoint se retrouve sans travail à la maison, la réalité fait que la famille devra partir à Moncton ou au Québec pour avoir deux salaires», poursuit le responsable, qui pointe par ailleurs le manque de services en français, en particulier dans le domaine de la santé.

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Initiatives municipales

Pour améliorer la rétention des immigrants, Saint-Jean va lancer un nouveau site internet bilingue d’aide à l’établissement. 

Le Partenariat local pour l’immigration de Saint-Jean va, lui, créer un groupe consultatif francophone pour répondre aux besoins urgents de la communauté.

«Nous voulons que tous les nouveaux arrivants aient un sentiment d’appartenance à la ville, quelle que soit la langue officielle de leur choix, assure la gestionnaire de la croissance de la municipalité, Tahlia Ferlatte. Pour qu’ils restent, il faut les aider à s’orienter dans leur langue à travers les nombreux services existants, améliorer leur accès aux informations sur le logement, les emplois, etc.»

Moncton préférée à Saint-Jean 

En dépit des barrières, les organismes francophones multiplient les activités multiculturelles pour forger un sentiment d’appartenance à la communauté.

«C’est difficile d’aller chercher tout le monde, on essaie d’accueillir les nouveaux arrivants le mieux possible pour qu’ils se sentent chez eux chez nous», souligne Nicole Arseneau-Sluyter. 

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Les organismes saint-jeannois ont également mis sur pied un guichet unique pour les immigrants. Tous les services dont ils pourraient avoir besoin à leur arrivée sont regroupés au même endroit.

À long terme, l’objectif est ambitieux : atteindre 20 % d’immigration francophone en 2030. Mais «si on n’est pas capable de mieux s’équiper pour retenir les nouveaux arrivants, la hausse actuelle ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau», prévient Michel Côté.

La capacité des services limite aussi la croissance, notamment dans le secteur de la petite enfance. Le centre scolaire Samuel-de-Champlain est présentement à 110 % de sa capacité.

C’est triste, on pourrait accueillir beaucoup plus de monde si on avait plus de place

— Nicole Arseneau-Sluyter

Quels que soient les chiffres, l’immigration francophone à Saint-Jean reste en deçà de celle des autres villes néobrunswickoises. Réda Allouch explique que les francophones préfèrent s’installer dans la région du grand Moncton, où ils ont plus de chance de trouver un emploi dans leur langue maternelle. 

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Plus sur la francophonie

L’ancien ministre et député provincial du Nouveau-Brunswick a été nommé par Justin Trudeau vendredi dernier.

Le nouveau sénateur Victor Boudreau est le quatrième francophone néobrunswickois. 

Photo : Acadie Nouvelle

Plusieurs fois ministre, Victor Boudreau a également assuré l’intérim de la chefferie libérale de la province de 2010 à 2012.

Il devient ainsi le quatrième sénateur francophone de la province maritime, aux côtés de René Cormier, Pierrette Ringuette et Rose-May Poirier. Au total, 10 sénateurs représentent le Nouveau-Brunswick, dont six anglophones.Au total, 10 sénateurs représentent le Nouveau-Brunswick, dont six anglophones.

Par ailleurs, le premier ministre n’a pas choisi un francophone du Nord de la province, comme le demandait René Cormier en 2023 et comme l’exige la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) depuis 2021.

Victor Boudreau siègera parmi le groupe des sénateurs indépendants.

Trudeau désavoué et une consultation publique sur les nouvelles en ligne

La pression monte au sein du caucus libéral. Certains de ses membres réclament une réunion sur l’échec des élections de Toronto, d’autres le départ du premier ministre. 

Photo : Chantallya Louis – Francopresse

Le désaveu de Justin Trudeau s’intensifie. Commencé dans les urnes le 24 juin, à la suite de la perte du bastion libéral de Toronto–St Paul’s, il se poursuit au sein de ses troupes.

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Neuf députés, dont l’Albertain George Chahal, ont demandé cette semaine une réunion d’urgence pour discuter des «résultats extrêmement préoccupants» de l’élection complémentaire, dans une lettre obtenue par Radio-Canada.

Questionné par les journalistes, le premier ministre a fermement réitéré son engagement de mener les prochaines élections.

L’ancienne ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, s’est exprimée la première la semaine dernière sur la nécessité de son départ.

Le député néobrunswickois de Saint John–Rothesay, Wayne Long, avait suivi le mouvement, estimant dans un courriel envoyé au caucus qu’il valait mieux le départ du chef libéral «pour le bien de notre pays».

Mercredi, certaines têtes du Cabinet Trudeau ont évité de commenter le sujet, dans un contexte où le premier ministre ne souhaite pas réunir son caucus hors session parlementaire pour évoquer le sujet.

Le public peut commenter la demande d’exemption de Google à la Loi sur les nouvelles en ligne jusqu’à la fin du mois de juillet. 

Photo : Pawel Czerwinski –Unsplash

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a lancé la semaine dernière une consultation publique sur la demande de Google.

Pour éviter de négocier des accords d’indemnisation avec des dizaines d’entités, la société américaine demande une exemption à la Loi sur les nouvelles en ligne, entrée en vigueur l’été dernier.

En échange, l’entreprise distribuera 100 millions de dollars annuellement aux médias canadiens par le biais du Collectif canadien de journalisme (CCJ).  Ce choix doit aussi être entériné par le CRTC.

Le Conseil accepte les commentaires par le biais de la consultation publique jusqu’au 29 juillet 2024.

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La lieutenante-générale Jennie Carignan est la première femme désignée cheffe de l’état-major, à la tête des Forces armées canadiennes. 

Photo : Forces armées canadiennes

La lieutenante-générale québécoise Jennie Carignan a été nommée mardi par Justin Trudeau pour prendre la direction des Forces armées canadiennes (FAC). Elle devient la cheffe d’état-major de la Défense et la première femme à occuper ce poste.

Elle remplace ainsi Wayne Eyre, connu pour avoir présenté des excuses publiques en 2021 aux côtés de la ministre de la Défense de l’époque, Anita Anand, pour les inconduites sexuelles au sein de l’armée.

Le député d’Avalon, Ken McDonald, a annoncé qu’il ne se représentera pas aux prochaines élections fédérales.

Élu depuis les débuts de Justin Trudeau comme premier ministre, en 2015, Ken McDonald avait appelé en janvier à une «révision du leadeurship» libéral.

Le député a également précisé aux médias qu’il avait informé le premier ministre de sa volonté avant la défaite des libéraux dans la circonscription de Toronto–St.Paul’s.

La Loi sur les langues officielles a été modernisée au terme de la dernière session parlementaire. Les élus venaient tout juste d’unir leurs forces pour donner lieu à une nouvelle Loi plus apte à lutter contre le déclin du français. La question linguistique aurait pu être quasi absente des débats cette année.

Mais force est de constater que le fait français a révélé des tensions sous-jacentes entre ces mêmes élus.

Récapitulatif

Dès le mois d’octobre 2023, le français fait les unes. Au Comité permanent des langues officielles, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marc Miller, s’attire les foudres des conservateurs et des bloquistes en refusant de reconnaitre explicitement le déclin du français au Québec.

Francis Drouin s’est excusé à plusieurs reprises après l’incident au Comité. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

En novembre, le porte-parole bloquiste en matière de langues officielles, Mario Beaulieu, présente une étude sur le financement fédéral de l’anglais au Québec. Les libéraux se défendent de protéger la minorité anglophone québécoise tandis que le Bloc les accuse de financer l’assimilation des Québécois francophones.

Le 6 mai 2024, au Comité des langues officielles, le député libéral Francis Drouin insulte des témoins venus parler de l’anglicisation du Québec. «Vous êtes pleins de marde», leur a-t-il dit, retirant immédiatement après ses propos.

Le député s’excuse, ses collègues libéraux le défendent, mais rien n’y fait : les partis d’opposition exigent son retrait du Comité et son départ de  la présidence de la section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF).

Des motions sont déposées, des votes comptés, mais aucun des souhaits de l’opposition n’est exaucé.

Quelques semaines plus tard, en Comité, le député libéral Angelo Iacono avance que le Québec gagnerait à devenir officiellement bilingue. De nouveau, l’opposition s’indigne, et la défense du français se fraye un chemin dans les débats en Chambre.

«Plusieurs [députés libéraux] hésitent de reconnaitre la crise du déclin du français», selon Niki Ashton. 

Photo : Courtoisie

Bien que tous ces évènements concernent avant tout le Québec, les francophones en situation minoritaire sont évoqués. À plusieurs reprises, les chefs du Bloc québécois et du Parti libéral débattent sur qui défend réellement ces communautés minoritaires et le français en général.

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L’affaire Drouin

Ce débat a explosé après l’histoire des «témoins pleins de marde», paralysant des réunions entières du Comité.

«Les libéraux se sont engagés dans un filibuster (obstruction parlementaire, NDLR) pour [empêcher] le Comité de voter sur une motion qui se penchait sur cette affaire-là. Finalement, on n’a jamais eu la chance de voter», regrette aujourd’hui la porte-parole néodémocrate en matière de langues officielles, Niki Ashton.

«Plusieurs membres sont prêts à défendre une arrogance troublante qui nuit [aux discussions] sur le déclin du français, stipule la députée. C’est là que les libéraux, particulièrement M. Drouin, ont montré qu’ils ne sont pas prêts à entendre des perspectives sur cela venant du Québec.»

Darrell Samson espère que la prochaine session parlementaire pourra faire avancer les travaux du Comité permanent aux langues officielles, en particulier ceux sur l’éducation en milieu minoritaire. 

Photo : Courtoisie

Selon le député bloquiste Mario Beaulieu, M. Drouin a réagi au «simple constat de la situation de façon très agressive». Cette situation, qu’il a chiffrée dans son étude présentée en novembre, est celle d’un «surfinancement» des établissements postsecondaires anglophones du Québec.

Le député attend de voir la suite des choses : «Peut-être que M. Drouin ne sera plus là au début de la prochaine session. […] S’il revient, on va voir comment on s’organise.»

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Pour Darrell Samson, député libéral qui siège au Comité, les évènements entourant Francis Drouin et Angelo Iacono ont été des «moments difficiles», mais qui ont permis de faire parler du français.

«On n’a pas passé à l’action civile que j’aurais aimée, donc je suis déçu de ce côté-là, admet-il. Même si sur le coup, à court terme, c’est négatif, ça peut être positif parce que ça force les réflexions.»

Darrell Samson ne cautionne pas les paroles de ses deux collègues, mais il demande à la population canadienne de ne pas réduire la vision du Parti libéral et de ses députés à ces deux évènements.

«Notre gouvernement, autant qu’on veuille peut-être chercher à le pointer du doigt, a développé une nouvelle loi. […] Ça, pour moi, ça démontre beaucoup plus.»

Selon Joël Godin, ni les libéraux ni le Bloc québécois ne font de réels efforts pour défendre les francophones en situation minoritaire. 

Photo : Facebook

Des délais, malgré l’urgence

Mais l’adoption de la nouvelle Loi sur les langues officielles n’est pas suffisante aux yeux des députés du Comité. Sa règlementation, réclamée par les élus et organismes francophones depuis des mois, se fait attendre. La présidente du Conseil du Trésor, Anita Anand, prévoit déposer un projet de règlement au début de l’année 2025.

En attendant, les institutions fédérales peinent à respecter leurs obligations linguistiques, comme l’ont noté le Commissaire aux langues officielles (CLO) et le Conseil du Trésor

Pour s’attaquer à ce problème, «[la règlementation] devrait se faire beaucoup plus rapidement», estime Mario Beaulieu.

«Rien ne s’est fait pour les langues officielles depuis que la Loi [a été adoptée] en juin dernier. Je trouve ça malheureux pour la langue française», déplore de son côté le porte-parole conservateur en matière de langues officielles, Joël Godin.

Des décrets sont aussi attendus, notamment par le CLO. Ce dernier souhaite mettre en œuvre ses nouveaux pouvoirs, ce qui laisse croire à M. Godin que «le gouvernement libéral n’est pas là pour agir».

«La volonté du gouvernement libéral, la volonté politique n’est pas là», dit Mario Beaulieu. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

«Il faut avoir des leadeurs qui prennent leur responsabilité et agissent. Je ne peux pas affirmer que l’ensemble de la députation de tous les partis a l’intention de protéger les deux langues officielles. Il y a des gens qui ne sont pas très sensibles à ce sujet-là, ce n’est pas leur priorité», dit-il.

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Critiquant la «lenteur» du Conseil du Trésor, Niki Ashton affirme qu’«un projet de loi n’est pas assez». «On doit s’assurer d’un financement stable à long terme.» 

Darrell Samson espère que la règlementation se fera «plus tôt que plus tard». «J’aimerais qu’on puisse procéder aussi rapidement que possible, car on a besoin de ces outils-là, dit-il. Ça vaut quoi d’avoir des outils si on ne peut pas les utiliser? […] Mettons-nous à la tâche, livrons la marchandise et passons à l’action.»

L’art de raconter des histoires

Cette année, les Franco-Manitobains ont eu plus que la fête du Canada à célébrer. Leur amie Hélène Perreault leur a offert un beau cadeau. Le 1er juillet, l’auteure-compositrice-interprète franco-manitobaine a lancé numériquement son deuxième opus; Nuit sans sommeil.

Illustration de l’album Nuit sans sommeil

Photo : musiquelnpmusic.ca

Dès la première plage «Rebelles», elle nous offre un bouquet de mélodies, allant de la chanson française au jazz en passant par le blues et le folk. Des changements de tempos et d’orchestrations remarquables nous démontrent une belle évolution dans l’écriture musicale de la Franco-Manitobaine, originaire de Montréal.

Sa plume n’est pas en reste. Elle nous interpelle sur la fierté, les prétentieux ou encore les amours compliqués. Un moment fort du disque est la reprise de la chanson de Gérard Jean, «Histoire d’antan». Hélène Perrault en fait une version sobre, mais tout de même accrocheuse.

D’autres bonnes pièces de ce disque sont le folk Ici, sur la fierté du territoire, l’excellent air latino «Jet Lag», sur les joies du jetset, ou encore la country folk «Poussière verbale». Cette dernière chanson est l’un des meilleurs textes de l’album et porte sur les ouï-dire et les rien-dire. J’aime bien également l’air pop «Minuit moins toi», la musique est signée Hélène Perreault sur un texte magnifique du grand Claude Gauthier.

L’artiste franco-manitobaine nous offre une belle variété au niveau des arrangements et de magnifiques textes qui nous interpellent sur de nombreux sujets. Bref, il s’agit d’un nouveau rendez-vous réussi pour Hélène Perreault.

Rebelles
Album : Nuit sans sommeil

L’assurance et la maturité au bout des doigts

Quel plaisir de vous présenter le 2e EP d’une artiste exceptionnelle de l’est de l’Ontario. Tout ça pour moi d’Héloïse Yelle est un petit bijou très captivant lancé à la fin mai.

Illustration de l’album  Tout ça pour moi

Photo : heloiseyelle.com

La jeune artiste, qui baigne dans la musique depuis sa tendre enfance, possède déjà un curriculum artistique bien rempli. Avec ce microalbum, elle nous invite dans son univers de soul, de blues et de ballade.

Dès la première plage «Demande-moi pas de faire semblant», nous sommes séduits par des arrangements de cuivres solides, qui mettent en évidence la voix unique de la chanteuse. Héloïse Yelle démontre toute la puissance et la profondeur de sa voix grâce à deux pièces piano-voix remplies de tendresse.  

La jeune interprète franco-ontarienne propose un à-côté plus intimiste avec les chansons «Poète du vent» et «Nos âmes tristes». Ce dernier titre est gage du talent d’une grande chanteuse. L’album se termine sur une version francophone d’un classique du chanteur R&B Bobby Hebb, «Sunny».

Tout ça pour moi est une carte de visite qui met en évidence le grand talent et la profondeur de la voix d’Héloïse Yelle : une voix énergique et puissante par moment et douce et réconfortante à d’autres.

Poète du vent
Album : Tout ça pour moi

Retour sur un Voyage intérieur d’une âme manouche

Christine Tassan que nous avons connue comme guitariste de jazz manouche avec Les Imposteures,, nous a invités en 2020 à un Voyage intérieur avec son quintette. Il s’agissait d’un album avec de nouvelles compositions captivantes.

Illustration de l’album Voyage intérieur

Photo : christinetassan.com

La première chanson, «Going to NYC», dans un univers plus cool jazz, met la table pour cet opus. Ça rappelle les sons de John Coltrane, Dave Brubeck et Thelonious Monk : un univers où se côtoie, énergie, nostalgie et mélancolie.

Nous avons droit à de nombreux échanges entre le piano, le saxophone et la guitare, et chacun y va de merveilleux solos de temps à autre. L’album s’écoute du début jusqu’à la fin sans effort tellement la complicité des cinq musiciens est enivrante.

La pièce la plus forte est «Frisson d’avril», un tango sur fond de mélancolie tout en douceur. «Gypsy Funk» sonne plus moderne et offre un groove des plus irrésistibles. La pièce titre, «Voyage intérieur», est exceptionnelle avec son univers profond, paisible et nostalgique. Dans le même créneau, «Pleine lune» se charge de terminer cet album tout en beauté.

Après nous avoir séduits avec son groupe Les Imposteures et cinq albums de jazz manouche, voilà que Christine Tassan dévoile une nouvelle carte. Voyage intérieur est un incontournable pour ceux qui sont à la recherche d’une oasis à la vie stressante. Tout au long du disque, nous nous laissons promener par des mélodies exceptionnellement bien fignolées.

Gypsy Funk
Album : Voyage intérieur

Marc Lalonde, dit Lalonde des ondes, est chroniqueur musical depuis plus de 25 ans au sein de la francophonie musicale canadienne et animateur de l’émission radiophonique Can-Rock. Il se fait un malin plaisir de partager cette richesse dans 16 stations de radio à travers le pays chaque semaine.

Victoire des conservateurs et Justin Trudeau sur la sellette

Don Stewart est le nouveau député de la circonscription Toronto–St. Paul’s. 

Photo : Courtoisie

Les conservateurs ont remporté l’élection partielle dans Toronto–St. Paul’s lundi soir, dans une course serrée entre leur candidat Don Stewart et la libérale Leslie Church.

Don Stewart, un financier professionnel, a gagné avec 42,1 % des voix, contre 40,5 % pour Leslie Church, 10,9 % pour la candidate néodémocrate Amrit Parhar et 2,9 % pour le candidat du Parti vert Christian Cullis.

La circonscription ontarienne était rouge depuis plus de 30 ans. Don Stewart succède à Carolyn Bennett, qui a été députée libérale pendant 26 ans et ministre fédérale pendant 10 ans. Celle-ci a pris sa retraite de la vie parlementaire en décembre 2023.

Leslie Church a affirmé sur X qu’elle sera de nouveau candidate dans Toronto–St. Paul’s lors des prochaines élections fédérales.

Au fil des semaines précédant l’élection partielle, de nombreux analystes statuaient qu’une perte pour les libéraux signifierait un coup dur pour Justin Trudeau, dont le leadeurship serait davantage remis en cause.

Mais un sondage d’Angus Reid paru lundi suggère qu’un changement à la tête du Parti libéral ne changerait pas grand-chose à l’écart général entre les libéraux et les conservateurs dans les intentions de vote.

Marc Miller, ami proche de Justin Trudeau, appuie le leadeurship du premier ministre. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Dans une réaction écrite aux résultats de l’élection publiée lundi, Justin Trudeau n’a montré aucun signe de départ : «Il est clair que moi et toute mon équipe libérale avons encore beaucoup de travail à faire pour réaliser des progrès tangibles et réels que les Canadiens peuvent voir et ressentir.»

Questionnés par les journalistes au sujet de sa possible démission, des députés de son caucus se sont tenus debout derrière leur chef.

«Mon avis en tant qu’ami proche ne serait jamais entendu par le public. Mon avis comme ministre et collègue, professionnellement, c’est de rester, absolument», a par exemple déclaré le ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, en conférence de presse mercredi.

Outre le leadeurship du premier ministre, une autre question reste sur les lèvres de commentateurs : si une forteresse comme Toronto–St. Paul’s s’est écroulée, quelle circonscription est encore sure pour les libéraux?

Hausse des prix et reconnaissance autochtone

Selon Statistique Canada, l’Indice des prix à la consommation (IPC) a grimpé de 2,9 % en mai par rapport au même mois en 2023. Cette augmentation était de 2,7 % en avril.

Cette montée s’explique, entre autres, par l’augmentation des prix des services (4,6 % en mai, contre 4,2 % en avril), notamment les forfaits pour téléphones cellulaires, des voyages organisés, des loyers et du transport aérien. Le prix des biens a quant à lui progressé de 1,0 %.

Dans les épiceries, les prix ont augmenté de 22,5 % par rapport à mai 2020, une progression qui se poursuit de mois en mois.

«En reconnaissant l’importance de la robe à clochettes, nous progressons également sur la voie vers la réconciliation», a déclaré Patty Hajdu. 

Photo : Marianne Dépelteau – Francopresse

Statistique Canada attribue principalement la hausse des prix des loyers à la situation en Ontario, où ils ont grimpé de 8,4 % d’une année à l’autre en mai, à la croissance de la population et des taux d’intérêt.

Le ministre responsable de Parcs Canada, Steven Guilbeault, a annoncé mercredi la désignation de Shiibaashka’igan, une robe à clochette sacrée et une tradition de danse sacrée des femmes anishinaabe, comme un évènement d’importance historique nationale.

Dans un communiqué, la ministre des Services aux Autochtones, Patty Hajdu, a qualifié cette reconnaissance de «geste de profond respect pour le patrimoine culturel et les traditions de guérison des communautés anishinaabe».

Le processus de désignation se fait dans le cadre du Programme national de commémoration historique de Parcs Canada et «repose en grande partie sur des propositions du public», selon le communiqué.

«À ce jour, plus de 2240 désignations ont été effectuées à l’échelle nationale.»

La robe à clochettes a reçu une désignation nationale cette semaine. 

Photo : JoslynLM

Caribous, bovins et porcs en politique

Les caribous du Québec ont fait couler beaucoup d’encre la semaine dernière après que le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, a annoncé un possible décret d’urgence pour forcer la province de Québec à protéger cette espèce en péril.

Pierre Poilievre promet d’annuler le décret d’urgence sur les caribous s’il prend le pouvoir. 

Photo : Eya Ben Nejm – Francopresse

Il s’est dit particulièrement préoccupé par l’exploitation forestière et minière, qui menace l’habitat de l’animal.

L’imposition de mesures restrictives par Ottawa a rapidement créé des remous à Québec, qui déplore une ingérence du fédéral dans ses champs de compétences.

Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, en tournée à Saguenay, a déclaré cette semaine que la protection du caribou reste la responsabilité du Québec et qu’il faut «protéger les emplois dans le secteur forestier».

De son côté, la Cour supérieure du Québec a donné raison aux communautés autochtones de Mashteuiatsh et d’Essipit, qui «déploraient ne pas avoir été consultées adéquatement en marge de l’élaboration d’un plan de protection du caribou forestier», rapporte Radio-Canada.

Le tribunal a exigé que le gouvernement du Québec consulte ces communautés d’ici le 30 septembre.

Le gouvernement fédéral veut lever les restrictions sur le clonage de bovins et de porcs pour l’alimentation. Il éliminerait l’obligation de déclaration et d’évaluation des risques, selon un reportage de Radio-Canada.

Ottawa veut lever les restrictions sur le clonage d’animaux à des fins alimentaires. 

Photo : Pixabay

D’après Santé Canada, les produits alimentaires issus du clonage ne présentent pas de risque. Ottawa assure aussi que ce projet de réforme ressemble à ceux que d’autres pays, tels que les États-Unis, le Japon et la Nouvelle-Zélande, ont déjà instaurés.

Selon un avis scientifique émis dans le cadre de cette politique, le clonage permet «la production de copies génétiques presque identiques d’animaux», ce qui peut permettre de cibler des «caractères supérieurs ou rares».

Ultimement, cette technique pourrait contribuer à la qualité du produit et à la tolérance immunitaire à certaines maladies.

Selon un sondage mené par le Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE) en avril 2024, 41 % des francophones en situation minoritaire se trouvent dans une situation financière précaire.

La même proportion affirme que sa situation s’est détériorée au cours des 12 derniers mois. Ce constat est le même dans la population canadienne générale. Selon Angus Reid, 42 % des Canadiens et des Canadiennes pensent aussi que leurs finances sont pires que l’an dernier.

La précarité financière perçue par les francophones hors Québec reste également similaire à celle de la population en général. D’après un sondage du Canadian Maru Household Outlook Index, 55 % des Canadiens sont inquiets pour leurs finances et 43 % d’entre eux ont du mal à joindre les deux bouts.

Selon le sondage du RDÉE, le groupe d’âge des 55 ans et plus est celui dont la situation financière s’est le plus détériorée. Les francophones de 55 à 74 ans ont répondu à 56 % que leur situation financière s’est détériorée et 67 % des 75 ans et plus font le même constat.

«Ce sont des gens qui ont bâti nos communautés […] et qui ne retourneront probablement pas sur le marché du travail, dont les revenus ne suivent absolument pas la hausse des couts […]. Ce genre d’information peut être utile pour les gouvernements», dit le président-directeur général du RDÉE, Yan Plante, en entrevue avec Francopresse.

Parmi les 41 % de francophones en situation précaire, 67 % attribuent leur situation au cout de la vie. Et ils n’ont probablement pas tort : selon Statistique Canada, l’Indice des prix à la consommation (IPC) a grimpé de 2,9 % entre mai 2023 et mai 2024.

Yan Plante rappelle que «les sondages d’opinion sur les communautés francophones, c’est très rare». 

Photo : Courtoisie RDÉE

Des préoccupations variées

Selon Yan Plante, le sondage démontre qu’il faut continuer à améliorer les conditions des francophones «en soutenant ceux qui cherchent un emploi, les employeurs et les communautés quand elles ont des projets de développement économique».

Le cout de la vie, l’inflation, bref le prix à payer pour vivre, «[…] c’est l’enjeu numéro un dans la population canadienne, peu importe la langue dont on parle. Les francophones ne sont pas différents de ça», dit-il.

La population générale s’inquiète au sujet de l’économie et de l’accès au logement, de l’environnement et de l’accès aux soins de santé.

Les francophones en situation minoritaire sondés par le RDÉE  ont surtout parlé de cout de la vie, d’inflation, d’accès aux services en santé, de changements climatiques, d’accès au logement et de criminalité comme étant leurs préoccupations principales.

La protection du français arrive en sixième place derrière ces enjeux.

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Protection des communautés

De manière générale, 41 % des francophones en situation minoritaire pensent que leurs droits linguistiques sont peu ou pas du tout protégés dans leur région. Mais la majorité constate une amélioration de la protection par rapport aux cinq dernières années.

Yan Plante estime que le contexte y est pour beaucoup. Il y a environ cinq ans, le projet de l’Université de l’Ontario français et la survie du Campus Saint-Jean en Alberta étaient menacés, et un nouveau gouvernement au Nouveau-Brunswick inquiétait les francophones, rappelle-t-il. 

«Je pense que les données devant nous démontrent que les gens reconnaissent que dans les cinq dernières années, particulièrement le gouvernement fédéral a fait des avancées avec la modernisation de la Loi sur les langues officielles, un nouveau Plan d’action pour les langues officielles. La mer est plus calme, si on veut.»

Quant à l’avenir de leurs communautés, les sondés sont ambivalents : 5 % sont très pessimistes, 19 % plutôt pessimistes, 27 % plutôt optimistes et 14 % très optimistes.

Si la majorité des personnes interrogées reste partagée sur l’aide gouvernementale pour le développement économique de leurs communautés, 18 % estiment que le gouvernement fédéral en fait trop et 17 % pensent de même pour les gouvernements provinciaux. 

D’ailleurs, selon 15 % des répondants, ce n’est pas aux gouvernements d’assurer la vitalité économique des communautés.

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Il reste que l’accès aux services en français demeure difficile. Les loisirs, les évènements culturels, les lieux touristiques et les services sociaux et de santé sont des secteurs auxquels une proportion significative de francophones peine à accéder dans leur langue.

Néanmoins, ces données n’illustrent pas forcément un déclin dans l’offre des services. Par exemple, 60 écoles élémentaires et secondaires francophones en milieu minoritaire ont été créées  entre 2016 et 2021.

Les vestiges de la pandémie

Quatre-vingt-deux pour cent des répondants estiment que les entreprises francophones sont essentielles à la survie de la langue française dans leurs régions.

La majorité y reste d’ailleurs attachée ou très attachée, comme en témoigne leur mode de consommation : 52 % disent faire des achats en entreprise et commerce francophones, 28 % le font parfois.

Sur une note moins positive, selon 30 % des francophones en situation minoritaire, la pandémie de COVID-19 a entrainé la fermeture d’entreprises francophones et bilingues. La couverture médiatique lors de cette époque le confirme.

À lire ailleurs : Ces entreprises qui ferment leurs portes en raison de la Covid-19 (IJL-Réseau.Presse-Le Franco)

Mais c’est une autre conséquence de la pandémie qui marque le plus les sondés : la première place est accordée à l’inflation, à 76 %. En deuxième place se trouve la santé mentale, à 44 %.

Ça m’a frappé, raconte . Il y a des gens qui souffrent, qui ont besoin d’aide et [en même temps], on manque de personnel qui parle français dans le milieu de la santé.

— Yan Plante

Le secteur de la santé est effectivement celui qui a été le plus souvent identifié par les francophones comme étant en demande de main-d’œuvre, suivi par l’enseignement et la construction.

Ironiquement, les médias de langue minoritaire sont peut-être mieux servis par la décision de Google d’utiliser l’exemption à la Loi sur les nouvelles en ligne. Parce que c’est le seul endroit dans la Loi où les parlementaires ont pensé aux médias des minorités linguistiques.

La Loi sur les nouvelles en ligne prévoit en effet la demande d’une exemption. L’article 11 donne le droit à un «intermédiaire de nouvelles numériques» – comme un moteur de recherche ou un réseau social – de demander une exemption à la Loi s’il respecte certaines conditions.

L’une de ces conditions stipule qu’il doit avoir conclu des accords qui «assurent qu’une partie importante des médias d’information des communautés de langue officielle en situation minoritaire en bénéficie et [que les accords] contribuent à [la] viabilité [de ces médias]». Très gentil… à moitié.

Loi sur les nouvelles en lignes

Le projet de loi C-18, devenu la Loi sur les nouvelles en ligne, contraint les entreprises qui servent d’intermédiaire entre les producteurs de contenu en ligne – comme les médias – et les lecteurs ou auditeurs à négocier des compensations financières avec les producteurs.

Afin de ne pas être assujetti à cette Loi et de ne pas devoir indemniser les médias d’information pour leur contenu, Meta bloque depuis aout 2023 les nouvelles sur Facebook et Instagram au Canada.

Pour éviter de négocier des accords d’indemnisation avec des dizaines d’entités, Google demande une exemption à la Loi et, en échange, l’entreprise remettra 100 millions de dollars à un seul groupe, qui sera ensuite responsable de redistribuer cette somme aux médias.

Labyrinthe juridique

Le critère de protection des médias de langue minoritaire figure dans le processus d’exemption qu’invoque Google – et certainement créé à la demande de l’entreprise –, mais nulle part ailleurs dans le texte de la Loi.

Puisqu’ils ne sont pas expressément mentionnés dans les critères d’admissibilité de la Loi elle-même, très peu de médias de langue minoritaire auront la possibilité de négocier une entente avec les plateformes en ligne, notamment parce qu’ils doivent répondre à un autre critère, soit celui d’employer au moins deux journalistes.

La plupart des journaux et radios communautaires en milieu minoritaire ne comptent pas deux journalistes.

Selon le Consortium des médias communautaires de langues officielles en situation minoritaire, à l’heure actuelle, 96 % des médias qu’il représente ne sont pas admissibles à une indemnisation selon la Loi. Cette proportion pourrait peut-être descendre à 85 % si l’on compte les journalistes recrutés à l’aide de l’Initiative de journalisme local (IJL).

À lire : Entente Google : les médias de langues minoritaires sur leurs gardes

Pourtant, les médias autochtones sont mentionnés explicitement dans la section sur l’admissibilité de la Loi. Ils ne sont pas tenus d’avoir deux journalistes.

Pourquoi des médias qui produisent du «contenu de nouvelles d’intérêt public qui est axé principalement sur des questions d’intérêt général et qui rend compte d’évènements actuels, y compris la couverture des institutions et processus démocratiques» dans une langue officielle en situation minoritaire n’ont-ils pas droit au même statut distinct?

Sont-ils protégés par la Loi sur les langues officielles? Le temps que la question fasse l’objet d’un débat, il sera trop tard.

En d’autres mots, si Google n’avait pas demandé d’exemption, la Loi ne forcerait pas le géant américain à discuter avec les médias francophones en milieu minoritaire, ou les entités qui les représentent, s’ils ne respectent pas tous les autres critères d’admissibilité.

Il fait noir dans le tunnel

Malgré la précision dans le processus d’exemption, les médias de langue minoritaire ne savent pas encore s’ils seront inclus dans la distribution des 100 millions de dollars de Google en raison des critères d’admissibilité.

Les médias communautaires de langue minoritaire attendent de voir s’ils auront une place au sein du Collectif canadien de journalisme (CCJ), l’organisation choisie par Google pour distribuer l’argent. 

Le CCJ sera fort probablement sympathique à ces médias, puisqu’il a été créé par des petits médias et des médias communautaires.

L’admissibilité des médias de langue minoritaire à la somme promise par Google reste tout de même un mystère. Est-ce que l’obligation d’avoir deux journalistes s’applique ou non à l’exemption? C’est une exemption à la Loi après tout! Sinon, est-ce que le CCJ sera plus souple dans l’interprétation de la Loi?

Il est certain que l’argent de Google ne règlera pas tous les problèmes des médias. De fait, Patrimoine canadien s’attend à ce que les petits médias reçoivent environ 17 000 $ par journaliste. C’est loin de couvrir un salaire.

De plus, si aucun éclaircissement n’est fait dans la loi ou le règlement, les mêmes questions pourraient revenir dans cinq ans, lorsque l’entente entre Google et le CCJ viendra à échéance.

À lire : Les angles morts de l’Entente Google

Impossible aussi de savoir quels autres défis pendent au bout du nez des médias canadiens.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications poursuit ses audiences publiques pour la création du cadre règlementaire de l’application de la Loi.

Il doit encore déterminer quels autres «intermédiaires de nouvelles numériques» pourraient être assujettis à la Loi. Est-ce que ces derniers demanderont une exemption comme Google ou est-ce qu’ils couperont l’accès aux médias d’information au Canada, comme l’a fait Meta?

En attente de réponses, les médias de langue minoritaire retiennent leur souffle.

Ils suffoquent.