Depuis des semaines, l’hypothèse d’élections fédérales imminentes agite la vie politique canadienne. Le gouvernement minoritaire du premier ministre libéral Justin Trudeau est plus que jamais sur la sellette à la Chambre des Communes. Certains analystes prédisent un scrutin national d’ici la fin de l’année, d’autres seulement en 2025.
À l’occasion de son assemblée générale annuelle, l’ACFA a organisé un panel de discussion sur les enjeux des prochaines élections fédérales. De gauche à droite, Charlie Mballa, Nathalie Lachance, Erica Norton et Sarah Biggs.
Quelle que soit la date, l’associée du cabinet d’affaires publiques Biggs-Olsen, Sarah Biggs, appelle les organismes communautaires francophones à recueillir les préoccupations de la société civile.
«Il faut identifier un ou deux problèmes qui comptent vraiment et mettre la pression pour se faire entendre, en particulier dans le camp conservateur», insiste l’analyste politique, qui a participé à un panel sur le sujet à l’occasion de l’assemblée générale de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) le samedi 19 octobre.
Depuis un an, les sondages donnent en effet les conservateurs en tête, avec en moyenne 15 à 20 points d’avance sur les libéraux.
«[Si les conservateurs] rentrent au pouvoir, les francophones devront militer plus fort pour maintenir des services en français. Je ne suis pas sure que la Loi sur les langues officielles soit leur priorité», prévient Sarah Biggs.
Le silence des conservateurs sur les enjeux de la francophonie canadienne ne surprend pas le professeur Frédéric Boily : «Leur discours est axé sur l’inflation, le cout de la vie, les questions économiques dominent.»
Sarah Biggs s’attend par ailleurs à des compressions dans des programmes sociaux «jugés non nécessaires» et s’inquiète du sort des ententes pour des garderies à 10 dollars par jour.
Le professeur de sciences politiques au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily, se montre, lui, plus rassurant : «Les conservateurs ne sont pas aussi généreux que d’autres partis, ils pourraient réduire certaines dépenses, mais je ne pense pas qu’il y aura de coupures drastiques.»
Le politologue estime que les ententes et les programmes les plus menacés seront probablement ceux adoptés plus récemment.
En revanche, la promesse du chef conservateur, Pierre Poilievre, de réduire les financements de la CBC, avec un effet domino sur Radio-Canada, préoccupe fortement les deux spécialistes.
Aux yeux des experts, l’immigration est un autre dossier à surveiller de près. «Pierre Poilievre s’est engagé à maintenir la vitalité des communautés francophones, mais on n’a pas encore beaucoup de détails sur cette question», observe Frédéric Boily.
Pour le politologue Charlie Mballa, les conservateurs sous-estiment le poids politique des communautés francophones en situation minoritaire.
«Derrière, la question financière est transversale, car nous avons besoin d’argent pour financer les services et les infrastructures en français et donner l’envie aux nouveaux arrivants de s’installer et de rester», poursuit le professeur adjoint en sciences politiques au Campus Saint-Jean, Charlie Mballa.
Pour l’instant, Pierre Poilievre s’est montré relativement discret sur les enjeux qui touchent les communautés francophones en situation minoritaire.
Ce silence ne surprend pas du tout Frédéric Boily : «Son discours est axé sur l’inflation, le cout de la vie, les questions économiques dominent. Il table sur le fait que les francophones trouvent leur compte là-dedans.»
«Il y a une sous-estimation du poids politique de nos communautés, de leurs intérêts stratégiques, ajoute Charlie Mballa, qui a pris part au panel de l’ACFA. C’est un calcul politique de mettre l’accent sur d’autres priorités qui constituent de plus grosses réserves de voix.»
En cas de victoire de Pierre Poilievre, Sarah Biggs s’inquiète des compressions budgétaires dans de nombreux programmes sociaux qui pourraient toucher les francophones en milieu minoritaire au Canada.
Pour Sarah Biggs, ce manque d’intérêt reflète une «certaine méconnaissance» de la francophonie en situation minoritaire, en particulier dans l’Ouest : «Nous sommes souvent oubliés, le focus est sur le Québec et l’Ontario.»
Les conservateurs ont néanmoins tenté de changer leur image de «parti qui ne comprend pas les francophones», considère Frédéric Boily.
«Durant les débats accompagnant l’adoption de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, ils ont été assez actifs. Leur porte-parole, Joël Godin, était très au fait du dossier», affirme-t-il.
L’absence de discours clair sur la francophonie canadienne traduit également la volonté des conservateurs de «décentraliser la question linguistique au niveau des provinces», selon Charlie Mballa.
«Leur idéologie est de ne pas s’immiscer dans le travail des provinces. Ils sont donc embarrassés au niveau fédéral, préfèrent être plus en retrait pour ne pas se contredire», analyse le chercheur.
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«Ils sont moins entreprenants et intrusifs que les libéraux dans leurs relations avec les provinces. Ils préfèrent les laisser gérer les dossiers qui relèvent de leurs champs de compétence», abonde dans le même sens Frédéric Boily.
Charlie Mballa voit dans cette volonté de décentralisation un risque «de recul ou du moins de stagnation des acquis» pour les francophones en situation minoritaire, car Ottawa a joué ces dernières années un rôle de chef de file dans l’application du bilinguisme.
La présidente de l’ACFA, Nathalie Lachance, parle d’un «travail de longue haleine» à propos de la sensibilisation des partis politiques aux enjeux des communautés francophones en situation minoritaire.
«Il ne faut pas tomber dans le piège du fédéral qui vient toujours à la rescousse des francophones. Les communautés doivent être capables de transiger avec le provincial», nuance Frédéric Boily.
En attendant le dévoilement des futures plateformes, Charlie Mballa invite la population à suivre l’évolution et la cohérence des discours des chefs de parti, qui essayent de plus en plus de s’éloigner de leur «orthodoxie idéologique» afin d’élargir leur base électorale.
En Alberta, l’ACFA multiplie déjà les rencontres avec les personnes élues et les formations politiques.
«C’est absolument important de s’assoir avec les candidats pour qu’ils soient familiers de nos dossiers et de nos enjeux, qu’ils connaissent mieux nos spécificités», souligne la présidente de l’ACFA, Nathalie Lachance, également participante au panel.
La responsable insiste sur le «travail de longue haleine» à mener avec tous les partis, «bien avant la campagne électorale», pour gagner des «alliés de la francophonie un peu partout».
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Supposons qu’un politicien fasse une déclaration qui, disons, étire la vérité. Une partie de la population se demandera pourquoi personne ne dénonce ce mensonge flagrant. L’autre partie, elle, défendra le politicien.
Cette généralisation est un exemple parfait d’un biais de confirmation. Il s’agit de la tendance qu’a notre cerveau à chercher, à interpréter et à se rappeler les informations qui confirment – et confortent – notre vision du monde tout en rejetant celles qui la contredisent.
Ainsi, un mensonge a beau être irrationnel pour une partie de la population, s’il permet à une autre partie de dire «Ah ah! Je le savais», il sera accepté comme étant une vérité par cette dernière.
Le biais de confirmation n’est pas le seul des biais cognitifs qui nous empêche de naviguer objectivement l’océan d’informations dans lequel baigne le monde moderne. Il est cependant la source de beaucoup de tensions dans les publications sur les réseaux sociaux.
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Pour fonctionner et survivre, l’être humain a dû développer la capacité de prendre des décisions rapidement. Les expériences antérieures et les connaissances acquises sont devenues essentielles à une prise de décision efficace.
Dans un monde stable et cohérent, il n’est pas nécessaire de tout remettre en question lorsque vient le temps de prendre une décision. D’où l’utilité du biais de confirmation. Il permet aussi de garder une certaine cohésion sociale dans des petits groupes.
Par contre, ce monde stable et cohérent n’existe (presque) plus. La vie dans une société composée de millions de personnes n’a rien à voir avec la vie des groupes nomades ou des petites cités-États. Les relations et les interactions entre tous les citoyens sont vertigineusement plus complexes.
Mais le biais de confirmation reste bien implanté. Notre subconscient a pris l’habitude de seulement prendre en compte notre point de vue, nos besoins, notre façon de voir le monde afin de pouvoir réagir rapidement.
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Les réseaux sociaux exploitent majestueusement bien notre biais de confirmation. Les algorithmes sont programmés pour nous présenter des informations de même nature que les précédentes dans le but de nous rendre accros et d’agir sur notre dopamine.
Très rapidement, l’internaute crée une bulle qui laisse entrer très peu ou pas de points de vue divergents au sien.
Celles et ceux qui ne prennent pas l’habitude d’aller voir ailleurs, de mettre leurs croyances à l’épreuve, se creusent une tranchée de plus en plus profonde d’où il peut être difficile de sortir.
Plus nos convictions sont fortes, plus il est ardu d’accepter les faits qui les contredisent.
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Les médias font en ce moment les frais des biais de confirmation.
Les données du Digital News Report 2024 soulignent que seulement 46 % des francophones – et à peine 39 % de l’ensemble de la population canadienne – font encore confiance aux médias. Une baisse importante en quelques années seulement, puisque le taux de confiance général s’élevait à 55 % en 2016.
La lecture des médias traditionnels a été remplacée chez certaines personnes par la consultation de sites Web et de vidéos qui présentent plus d’opinions que de faits. Les bulles se sont souvent construites autour de préjugés, de demi-vérités et de mensonges.
Il faut donc mener une lutte consciente contre notre biais de confirmation. Pour y arriver, il faut commencer par consulter des médias variés qui permettent d’obtenir plusieurs points de vue crédibles sur un enjeu.
Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi garder un degré de scepticisme équivalent pour toutes les informations que l’on reçoit.
Le scepticisme à géométrie variable est très présent dans les cercles conspirationnistes. Les adeptes remettent en question toutes les déclarations des sources officielles, sans nécessairement chercher à analyser la véracité ou les intentions des sources qui confortent leurs croyances ou des messages à l’origine des théories du complot.
Si vous pensez avoir une intelligence supérieure à la moyenne et ainsi être à l’abri du biais de confirmation, détrompez-vous.
Une recherche a montré que les personnes qui ont une plus grande capacité de raisonnement s’en servent souvent pour dénicher les informations étayant leur conception du monde et pour rationaliser le rejet de tout ce qui ne fonctionne pas à leur avantage.
À vous de montrer que vous n’êtes pas à la merci de vos instincts.
Alors que s’amorçait la dernière semaine de consultation de la Commission sur l’ingérence étrangère, le panel sur le renforcement de la «résilience démocratique» s’est surtout prêté lundi à un exercice de définitions.
Alors que les experts rassemblés lançaient leurs idées de stratégies pour renforcer la résilience démocratique, Tanja Börzel, la directrice du pôle d’excellence Contestations of the Liberal Script à l’Université libre de Berlin, invitée par la Commission, a proposé une piste pour la définir.
La résilience démocratique, ce n’est pas juste résister. C’est la capacité à s’adapter face à des menaces externes sans compromettre les principes démocratiques.
Interrogé par Francopresse sur la question, le professeur émérite de l’Université d’Ottawa, François Rocher, croit que la résilience démocratique est une mauvaise piste : «Ici, il ne s’agit pas de s’adapter à l’ingérence étrangère, il ne s’agit pas de s’assurer d’une résilience démocratique. Il s’agit plutôt de contrer l’ingérence de pays tiers dans les choix démocratiques qui sont faits par les citoyens.»
Devant la Commission, le journaliste parlementaire Stephen Maher a plaidé pour une éducation des citoyens sur la nécessité de s’informer pour renforcer leur confiance envers leurs institutions et les médias et, ainsi, appuyer la résilience démocratique.
Les gens les plus suspicieux sont ceux qui prêtent le moins d’attention aux nouvelles. D’un autre côté, il faut que les gens des médias soient humbles. Il ne faut pas faire de propagande ou de dogmes.
Pour la professeure Tanja Börzel, une approche gouvernementale ne suffit pas, il faut une mobilisation de toute la société. «La bonne nouvelle, c’est que le Canada dispose d’un fort capital de confiance en ses institutions, selon des données de l’OCDE.»
En effet, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a enquêté en 2023 sur la confiance dans les gouvernements nationaux/fédéraux dans le monde. Celle des Canadiens atteignait 49 %, un score supérieur à la moyenne mondiale de 39 %.
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En 2023, l’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) évaluait la confiance des Canadiens dans leur gouvernement fédéral à 39 %.
La spécialiste recommande de «penser à des stratégies sur le renforcement de la résilience plutôt que détecter, dissuader et punir l’ingérence étrangère».
«C’est comme arriver avec le gâteau avant d’avoir mis des ingrédients dedans», analyse François Rocher.
Pour ce dernier, puisque le niveau de confiance des citoyens baisse, «on ne peut pas arriver avec une solution en disant que l’on met sa confiance à l’endroit des institutions. On ne peut pas dire “on va faire confiance aux gens pour qu’ils partagent le vrai du faux” si on est sous une pluie de faussetés [de désinformation, NDLR]. Il faut commencer par ouvrir le parapluie».
La résilience démocratique est «un concept un peu vide», insiste François Rocher. «Ça [laisse croire] que les citoyens sont un peu responsables de leur propre sort et ça donne lieu à toutes sortes de dérives.»
La question de la définition de l’ingérence étrangère a aussi créé un obstacle lors de ce premier panel d’experts. Même si elle a déjà été définie par la Commission.
«Les activités influencées par l’étranger qui sont des menaces envers la sécurité du Canada sont celles : qui touchent le Canada ou s’y déroulent, qui sont préjudiciables à ses intérêts, qui sont de nature clandestine ou trompeuse ou comportent des menaces envers quiconque», définit la commissaire Marie-Josée Hogues, qui mène l’Enquête publique sur l’ingérence étrangère, dans son rapport initial.
François Rocher trouve le concept de résilience démocratique «étrange».
Pour le professeur de philosophie de l’Université de Warwick au Royaume-Uni, Qassim Cassam, il faut absolument une définition de l’ingérence étrangère «facile à comprendre pour être utilisable», afin de se doter d’un cadre de travail fiable.
Selon lui, cette définition inclut les «formes traditionnelles d’ingérence, mais aussi la forme moins traditionnelle, comme celle de la désinformation lors de campagnes électorales sur les médias sociaux, par exemple».
Avec une définition «on veut que nos filets attrapent les poissons que l’on veut, pas les poissons que l’on ne veut pas», illustre l’universitaire.
C’est tout l’inverse pour son collègue Hoi Kong, professeur et titulaire de la Chaire de la Très Honorable Beverley McLachlin en droit constitutionnel, à l’Université de la Colombie-Britannique. : «Il ne faut pas perdre du temps à définir l’ingérence mais se concentrer davantage sur le pourquoi de sa régulation et identifier les activités qui en font partie.»
Les panels sur d’autres thèmes qui seront tenus cette semaine aideront la Commissaire à bâtir son rapport, qui devra être déposé avant le 31 décembre.
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«L’absence de la langue comme dimension d’analyse dans la production de données sur le marché du travail entraine un manque d’information», rapportent la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) et deux organismes collaborateurs dans une étude de 2022.
Autrement dit, l’étude souligne un problème majeur : l’exclusion de questions linguistiques dans des analyses gouvernementales des besoins en main-d’œuvre.
Selon Richard Kempler, les gens d’affaires francophones de l’Ontario favorisent les résidents permanents.
Le 26 septembre dernier, le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) a été ajusté par Ottawa afin de diminuer la dépendance canadienne envers ces travailleurs.
Pour développer cette mesure, le gouvernement se fonde sur le portrait économique actuel, notamment le haut taux de chômage général au Canada, qui semble indiquer que la pénurie de main-d’œuvre est chose du passé dans la plupart des secteurs.
Mais dans une réponse écrite à Francopresse, Statistique Canada confirme que le taux de chômage des francophones hors Québec pour l’année 2024 n’est pas connu.
Si ce taux reste élevé au niveau national et si les besoins généraux en matière de main-d’œuvre étrangère peuvent être moins importants qu’avant, cela ne veut pas nécessairement dire que la situation est la même pour les communautés francophones.
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Depuis le 26 septembre, certaines demandes d’études d’impact sur le marché du travail (EIMT), qui permettent de recruter des travailleurs étrangers temporaires, pour des emplois à bas salaire sont affectées par les mesures suivantes :
Il existe toutefois quelques exceptions à ces règles, notamment pour les employeurs des secteurs de la santé et de la construction, où la limite du nombre de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire est maintenant de 20 %.
«Sans nos immigrants, sans nos employés temporaires, qui pour la plupart réussissent à avoir la résidence permanente après un an de travail, on ne pourrait pas fonctionner. […] Mes CPE seraient fermés présentement parce que je n’aurais aucun employé», affirme la directrice générale de l’Association des centres de la petite enfance francophones de l’Île-du-Prince-Édouard, Kathleen Couture.
Pour recruter des éducatrices à l’étranger, celle-ci passe par le volet Mobilité francophone, ce qui lui évite de devoir faire une EIMT. Ce volet, indépendant du PTET, demeure intact.
C’est un avantage pour les employeurs qui y ont recours, car, comme le note Mme Couture, «dans un contexte [francophone] minoritaire, ce n’est pas facile de trouver des francophones».
«Nous avons besoin de quelqu’un avec un diplôme de 2 ans pour être éducatrice de la petite enfance. C’est certain qu’il y a des programmes pour qu’ils puissent aller chercher leur formation, mais l’intérêt n’est vraiment pas là», dit-elle.
Ottawa souhaite prioriser les travailleurs déjà sur place, mais dans le cas des garderies francophones, ces travailleurs sont rares.
«On ne dit pas qu’on ne veut pas d’immigrants, nuance la directrice. Mais on veut aussi que les étudiants de 11e et 12e année commencent à regarder la petite enfance comme une carrière possible.»
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Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Fabien Hébert, n’a de son côté pas entendu d’inquiétudes par rapport aux changements apportés au PTET. «Par contre, je me rappelle quand le gouvernement a fait des changements au niveau des permis d’étude, raconte-t-il. Ça allait affecter grandement les institutions postsecondaires francophones, puis il y a eu un rajustement.»
«Je peux imaginer que les entrepreneurs francophones vivent un peu d’inquiétude et d’anxiété vis-à-vis des changements au programme», déclare Fabien Hébert.
Il évoque la pénurie de main-d’œuvre qui persiste dans certains secteurs et se demande si le gouvernement prévoit mettre en place des mesures spécifiques pour les francophones, «comme il l’a fait pour les permis d’étude».
Selon une source au bureau du ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et des Langues officielles – qui ne peut être identifiée parce qu’elle ne peut pas parler aux médias –, il n’existe actuellement aucun plan qui exempterait les francophones des mesures qui visent le PTET.
«Je peux juste imaginer que les entrepreneurs francophones doivent vivre des inquiétudes, clairement», ajoute Fabien Hébert.
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Dans une réponse écrite, le directeur général de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), Richard Kempler, explique que les domaines de l’hôtellerie, du tourisme et de la restauration sont les plus susceptibles de souffrir des nouvelles mesures.
Pour le reste, il n’anticipe que peu de répercussions sur le fonctionnement des entreprises membres de la FGA.
«Nos employeurs privilégient l’embauche de travailleurs bénéficiant de la résidence permanente, et ce, en raison de l’investissement en temps comme en argent pour leur formation et de la nécessité de retenir les employés qualifiés», écrit-il.
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Le professeur d’économie de l’Université Carleton à Ottawa, Christopher Worswick, voit dans ce resserrement du PTET un «petit pas» vers l’éloignement des programmes d’immigration temporaire, dont il est critique.
Pour plusieurs raisons, il favorise plutôt une immigration qualifiée et permanente. Mais dans deux cas particuliers, il s’avère moins sévère dans l’utilisation de programmes d’immigration temporaire.
Selon Christopher Worswick, il est plausible que le taux d’emploi général au Canada ne s’applique pas à la réalité francophone.
«Je pense que le cas francophone est peut-être similaire au cas de l’agriculture, en ce sens qu’il n’y a peut-être pas beaucoup de gens prêts à occuper ces postes, en tout cas à l’extérieur du Québec.»
«Pour les employeurs qui cherchent des employés francophones à l’extérieur du Québec, je pense qu’il est juste de dire que le taux d’emploi général est peut-être non pertinent, ajoute-t-il. Mais je me demande s’il n’y a pas moyen de calculer le taux d’emploi des francophones.»
Sans avoir de réponse à la question, l’économiste suggère de prendre des pôles géographiques francophones comme Sudbury ou tout l’Ontario et de calculer le taux d’emploi des francophones.
Les unions entre Autochtones et colons européens sont survenues très tôt dans l’histoire de la Nouvelle-France. Le premier enfant connu d’un couple mixte est André Lasnier, né vers 1619 à Port Latour, en Acadie, fils de Louis Lasnier et d’une «Canadienne».
La naissance d’une véritable communauté métisse dans ce qui est aujourd’hui le Canada se déroule cependant bien plus tard et bien plus loin des côtes de l’océan Atlantique. La traite des fourrures en sera la genèse.
Au cours du XVIIe siècle, coureurs des bois, trappeurs et négociants français, puis ceux nés en Nouvelle-France, prennent d’assaut la région des Grands Lacs. Plusieurs de ces aventuriers s’unissent avec des femmes autochtones. Mais ce n’est qu’au siècle suivant que de petits groupes familiaux mixtes s’établissent un peu à l’écart des Autochtones et des Blancs.
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La Terre de Rupert octroyée à la Compagnie de la Baie d’Hudson équivalait au tiers du Canada actuel.
La Compagnie de la Baie d’Hudson
En 1670, la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) voit le jour. Elle obtient une charte royale britannique qui lui donne le monopole du commerce de la fourrure dans la «Terre de Rupert», un immense territoire allant du nord du Labrador jusqu’aux Rocheuses.
Bon nombre d’officiers et autres employés de la Baie d’Hudson fondent des familles avec des Autochtones.
En 1811, la CBH accorde à l’un de ses actionnaires, l’Écossais Thomas Douglas, comte de Selkirk, un vaste territoire qui couvrait cinq fois la superficie de l’Écosse et qui s’étendait de la Saskatchewan actuelle jusqu’au nord-ouest de l’Ontario d’aujourd’hui, débordant même dans des parties des états américains actuels du Minnesota et du Dakota du Nord.
Lord Selkirk y fonde une colonie au confluant des rivières Rouge et Assiniboine, dans le Manitoba actuel. Il attire des Écossais et des Irlandais pour peupler le nouvel établissement, qui devient la première colonie agricole du Canada.
Les conflits prennent fin lorsque les deux compagnies fusionnent en 1821. La nouvelle Compagnie de la Baie d’Hudson se retrouve alors avec un surplus d’employés.
«Wigwam», un Métis saulteaux, communauté autochtone du nord-ouest de l’Ontario, 1858.
Mais la naissance de cette colonie est perçue comme une menace par la grande rivale de la CBH, la Compagnie du Nord-Ouest (CNO), et par les Métis qui l’approvisionnent ou qui y travaillent, dont Cuthbert Grant. Celui-ci prend la tête d’un groupe de Métis qui décide d’expulser les colons de la rivière Rouge. Lors d’un combat, le gouverneur de la colonie, Robert Semple, et plusieurs habitants trouvent la mort.
En conséquence, plusieurs agents métis décident de partir pour aller s’installer à la rivière Rouge avec leur famille. C’est à cet endroit que prendra naissance la communauté métisse du Manitoba.
Mais d’autres conflits surviennent. En 1835, la CBH prend directement le contrôle de la colonie de la rivière Rouge et forme le Conseil d’Assiniboine, qui devient un véritable gouvernement local au sein duquel les habitants métis et canadiens-français y sont représentés aux côtés des Écossais et des Irlandais.
D’une colonie à une province
Au cours des prochaines décennies, les Métis deviennent de plus en plus nombreux au sein de la colonie et s’opposent avec plus de vigueur au Conseil d’Assiniboine.
Les membres du gouvernement provisoire, avec Louis Riel au centre.
En 1867, c’est la Confédération; deux ans plus tard, la CBH vend la Terre de Rupert au gouvernement du Canada. Les Métis sont offusqués que tout se soit passé sans qu’ils aient un mot à dire.
Ottawa pousse la provocation en dépêchant des arpenteurs pour cartographier la région, sans égard aux Métis qui y habitent.
Craignant l’arrivée massive de colons anglo-protestants de l’Ontario, les Métis, menés par un jeune membre instruit de leur communauté du nom de Louis Riel, chassent les arpenteurs et s’emparent d’un poste de traite. C’est la «Rébellion de la rivière Rouge».
Quelques mois plus tard, un gouvernement provisoire, dont Louis Riel devient le président, est chargé de négocier l’annexion de la colonie au Canada comme cinquième province.
Des conseillers de Louis Riel emprisonnés, ici devant le palais de justice de Regina, aout 1885.
La pendaison du chef des Métis, Louis Riel, est un évènement majeur dans l’histoire du Canada. Photographié ici entre 1870 et 1873.
Les pourparlers mènent à la création du Manitoba en juillet 1870, avec certaines garanties et certains privilèges pour les Métis, dont la promesse d’une réserve de 1,4 million d’acres de terre.
Mais entretemps, un certain Thomas Scott, qui avait tenté de renverser le gouvernement provisoire, est condamné à mort par une cour martiale, quelques mois avant la création de la province. En aout, un détachement militaire envoyé par Ottawa pour maintenir la paix cherche à venger Scott. Riel fuit aux États-Unis.
Malgré les promesses de la Loi sur le Manitoba, des centaines de Métis sont chassés de leurs terres par des colons, principalement ontariens, et trouvent refuge plus à l’ouest. Les Métis de cette région entreprendront à leur tour une résistance, la «Rébellion du Nord-Ouest», en convainquant Louis Riel de revenir de son exil et d’en prendre la tête.
Après la défaite à Batoche, Riel se rend et est pendu le 16 novembre 1885.
La lutte se poursuit
Au Manitoba, les Métis ne constituent alors plus que 7 % de la population. Au cours des décennies suivantes, les Métis de l’Ouest seront confrontés à la pauvreté, au racisme et au dénigrement. De nouvelles organisations prennent forme pour défendre leurs droits et font quelques gains.
Wab Kinew (né Wabanakwut) a marqué l’histoire en octobre 2023 en devenant le premier Autochtone à être élu premier ministre d’une province canadienne.
Les revendications et les pourparlers des années 1960 et 1970 aboutissent à l’adoption de la Charte des droits et libertés en 1982, dans le cadre du rapatriement de la Constitution canadienne. Les Métis sont reconnus en tant que peuple autochtone au même titre que les «Indiens» (nom alors utilisé pour désigner les Premières Nations) et les Inuits.
En 2013, la Cour suprême du Canada reconnait que le fédéral a failli à son obligation de distribuer aux Métis les terres promises lors de la création du Manitoba. Des négociations s’ensuivent et aboutissent à une entente en 2016 entre la Fédération métisse du Manitoba et Ottawa.
Puis, en 2021, les deux parties signent un accord reconnaissant l’autodétermination et l’autonomie gouvernementales de la communauté métisse. En 2023, le fédéral reconnait certains gouvernements métis de l’Ontario, de la Saskatchewan et de l’Alberta.
En octobre 2023, Wab Kinew est élu premier ministre du Manitoba. Il est le premier autochtone à réaliser cet exploit dans une province canadienne. Comme il l’avait promis en campagne électorale, la première loi qu’il fait adopter par l’Assemblée législative est la reconnaissance de Louis Riel comme premier premier ministre du Manitoba.
Une longue, très longue boucle de bouclée.
La faculté d’éducation et celle des sciences fournissent des informations sur les formations en français, tandis que la French Cohorte en affaires publiques et relations internationales, un programme phare du BAFF avec 65 % des cours en français, est également représentée.
Assis à une table pour déjeuner, Elliot 18 ans et Clara 17 ans, entament leurs premières années à l’université. Nés et élevés à Vancouver, ils ont tous les deux ajouté une mineure de français à leur formation. «J’étudie la physique mais j’adorerais enseigner les sciences en français», explique le jeune homme qui a été scolarisé dans une école secondaire en français. Aucun des deux n’utilisent la langue avec leur entourage familial, alors ils cherchent à s’associer à la communauté pour pratiquer. «C’est génial de pouvoir m’agripper à ces événements en français parce qu’en dehors de l’université, je n’y vais pas», ajoute-t-il. Même si de plus en plus de programmes proposent une mineure en français, des obstacles récurrents subsistent dans la poursuite d’études en français en Colombie-Britannique.
Si le cœur de la mission du BAFF est de permettre à des jeunes adultes de poursuivre des études postsecondaires en français, en milieu minoritaire, il ne s’arrête pas là. Et le directeur Gino LeBlanc tient à le souligner : «Notre deuxième mandat, tout aussi important, est de faire rayonner les cultures francophones», pose-t-il. Ses propos sont parfaitement illustrés dans le discours d’Anika Clark, une étudiante en quatrième année de la French Cohorte qui témoigne de ses doutes et de ses succès. «C’est lors d’un voyage à Winnipeg que j’ai pu enfin parler le français dans un contexte autre qu’académique et c’était incroyable» s’émerveille-t-elle au micro.
Pour le directeur, il est difficile de s’attacher à une langue si on ne l’utilise pas dans la vie quotidienne. Et pour « donner un sens de pratiquer le français », le BAFF organise chaque année depuis 14 ans, soit presque aussi longtemps que sa propre existence, le Printemps de la francophonie. Prévu au mois de mars, il rassemble divers arts comme la littérature, la musique et le théâtre. L’an passé, une conférence avait reçu la célèbre écrivaine québécoise d’origine vietnamienne Kim Thuy.
Après vingt ans d’existence du BAFF, Gino LeBlanc attribue cette réussite au lien étroit et fort avec la communauté francophone de la Colombie-Britannique. «C’est la communauté qui a eu l’idée de créer le BAFF en 2004, rappelle-t-il en préambule de son discours. Le BAFF, c’est le projet de la charte des libertés et celui des langues officielles». Et ce maillage avec la communauté se retrouve aussi dans le mode de gouvernance du bureau. Le comité consultatif est convoqué deux fois par an pour avoir des retours sur les décisions importantes. «Je porte le flambeau de deux directions avant moi, précise Gino LeBlanc. Je pense que la clé c’est qu’on s’est développé étapes par étapes», pointe-t-il. Avec huit étudiants au départ, il compte aujourd’hui 30 programmes différents et plus de 5 000 étudiants formés en français en milieu minoritaire.
À l’ère des réseaux sociaux et des plateformes numériques aux offres surabondantes venant d’ailleurs, les jeunes regardent de moins en moins la télévision traditionnelle au Canada.
Une majorité des 18 à 34 ans (62 %) regardent la télé par Internet, contre 42 % chez les 35 à 54 ans et seulement 18 % chez les 55 ans et plus, observe le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) dans un récent rapport.
Dans ce nouveau paysage audiovisuel, les chaines et les maisons de production tentent de s’adapter.
«En contexte francophone minoritaire, les conseils scolaires, les enseignants, les écoles deviennent nos alliés», témoigne Fabienne L’Abbé.
«On regarde beaucoup ce qui se fait ailleurs, sur le Web, et c’est toujours du montage très rapide, beaucoup de graphismes, une présentation très informelle», remarque la directrice des coproductions et des acquisitions chez TFO, Marianne Lambert.
«On s’inspire de ce que les jeunes connaissent déjà. On sait que les ados aiment bien se filmer pour partager des mouvements de danse ou partager une opinion sur quelque chose», observe la productrice de Slalom, Fabienne L’Abbé, comme les vidéos sur Snapchat ou TikTok.
La maison de production ottavienne alimente d’ailleurs ses propres réseaux sociaux pour rester connectée avec son public, en montrant par exemple les coulisses de ses tournages.
«La chose la plus importante, c’est de passer du temps avec les jeunes, être curieux, qu’est-ce qui les intéresse, qu’est-ce qui les interpelle», poursuit la productrice.
Néanmoins, bien que pédagogiques, les émissions doivent rester divertissantes et visuellement attrayantes pour capter l’intérêt des jeunes, indique-t-elle, surtout quand ils grandissent et que le facteur «cool» devient important.
«La famille, c’est un facteur important pour que les jeunes puissent regarder la télé aussi […] si les parents eux-mêmes ne regardent pas beaucoup la télé, c’est sûr que les jeunes ne seront pas nécessairement des consommateurs de ce médium-là», remarque Stéphane Villeneuve.
Stéphane Villeneuve, professeur au Département de didactique à l’Université de Québec à Montréal (UQÀM), estime que la télévision a un gros travail de markéting à faire pour attirer les jeunes, étant donné que la vie sociale de la nouvelle génération se passe maintenant essentiellement en ligne.
«Les réseaux sociaux tentent de nous rendre accros au contenu par l’utilisation de leur plateforme tandis que la télé n’a pas été construite pour ça. Les gens ne peuvent pas interagir avec l’écran de télé», constate le spécialiste.
Pour être plus compétitif, le médium devra peut-être intégrer des éléments interactifs, imagine-t-il, évoquant au passage l’intelligence artificielle.
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Dans un monde où tout est «très, très rapide, le contenu est consommé en moins de 15-20 secondes sur Instagram», commente Stéphane Villeneuve. «C’est pas facile d’assoir un jeune et de dire “OK, regarde ça pendant une heure”.»
Pour Andréanne Gagné, la télévision a encore un rôle à jouer auprès des jeunes, mais a-t-elle les moyens financiers de le faire? «De moins en moins», tranche la chercheuse.
«La télévision confinait l’usage de l’écran de l’enfant à un lieu, un moment, un contenu […] Alors que maintenant, avec notre cellulaire, on traine ça dans notre poche», illustre de son côté la professeure titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, Andréanne Gagné.
«En termes de santé publique, la télévision représente encore cet avantage-là.»
Selon elle, restreindre l’usage des écrans favoriserait un développement plus équilibré chez les jeunes. Elle évoque, par exemple, l’interdiction des cellulaires dans les écoles de certaines provinces.
La télévision offre en outre un cadre plus structuré. La publicité destinée aux enfants est règlementée par le CRTC, rappelle-t-elle.
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Les thèmes des émissions ont aussi changé, ou du moins évolué. «Cette année, on parle beaucoup d’intelligence émotionnelle […] apprendre à identifier les émotions, les écouter, les réguler», décrit Marianne Lambert. Même chez les tout-petits.
«On observe et on entend parler du niveau d’anxiété qu’ils ont déjà. Si je compare à mon enfance – je suis dans la mi-quarantaine – je ne savais même pas c’était quoi l’anxiété», confie la directrice du développement et productrice exécutive, enfance et jeunesse chez TFO, Renée Paradis.
Selon le réalisateur dans l’Ouest canadien Simon D’Amours, l’intelligence émotionnelle reste trop souvent négligée, tant dans les contenus pour les jeunes que dans la société en général, alors que «c’est la base», estime-t-il.
Certaines productions abordent également l’écoanxiété, tout en évitant d’ajouter à l’inquiétude ambiante. «On essaie d’avoir un angle positif, d’outiller les jeunes, de ne pas être défaitistes, de donner des solutions. On veut leur montrer que chaque petit geste compte», explique Marianne Lambert. Elle prend l’exemple de la série Effets dominos, qui met en lumière des initiatives pour protéger la planète.
Pour inspirer les jeunes, SLALOM propose des contenus qui évoquent la citoyenneté numérique, les métiers spécialisés ou encore l’entrepreneuriat. «On vient répondre à un besoin, mais on vient aussi piquer la curiosité», témoigne la productrice Geneviève Cousineau.
Sans oublier de mettre à l’écran «des jeunes qui leur ressemblent, qui parlent avec tous les accents de la francophonie canadienne», souligne-t-elle.
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La série Cirkus s’adresse aux enfants de 6 à 8 ans. «C’est sûr que de rejoindre notre public à cet âge-là, c’est un peu plus difficile. On doit passer par les parents en premier pour pouvoir les intéresser», avoue Geneviève Cousineau.
Les émissions jeunesse mettent également en lumière la diversité culturelle et linguistique, un sujet essentiel dans les communautés francophones en situation minoritaire, insiste Marianne Lambert.
«Il y a beaucoup de gens qui sont issus de l’immigration, donc c’est important de montrer ça dans tous nos contenus.»
Marianne Lambert souligne l’importance pour les diffuseurs éducatifs de proposer des contenus divertissants tout en restant pédagogiques et de créer un environnement sûr pour les jeunes téléspectateurs, sans publicité.
La série Hôtel Beyrouth suit notamment la trajectoire d’une famille qui a fui la guerre au Liban à la fin des années 1980 pour s’installer à Ottawa. «L’histoire est racontée à travers les yeux de deux enfants de cette famille», précise la directrice.
«On célèbre la diversité des accents, on aime qu’il y ait différents accents, d’Afrique, d’Acadie, du Manitoba», ajoute-t-elle.
Les chaines en français jouent un rôle important dans la préservation et la promotion de la culture francophone, dans un contexte où l’accès au contenu anglophone est omniprésent, appuie Stéphane Villeneuve.
Pour Geneviève Cousineau, cela contribue à renforcer la fierté francophone des jeunes sur le long terme. «Si on ne produit plus de séries jeunesse en français, ça va être difficile de garder ces gens-là attachés à la culture et à vouloir consommer de la télévision francophone en tant qu’adulte.»
Pour Mario Levesque, professeur agrégé au département de politique et de relations internationales de l’Université Mount Allison, à Sackville, dans le sud-est de la province, le Nouveau-Brunswick n’a pas de poids en politique fédérale.
S’il s’agissait «du Québec, de l’Ontario ou de l’Alberta, oui, ça peut envoyer un gros message certain, mais au Nouveau-Brunswick, non. La province n’est pas assez grosse», observe-t-il.
Selon le politologue Mario Levesque, le regard que portent les francophones sur un parti provincial n’influence pas réellement leur vote sur le même parti au fédéral.
Une nuance entre en compte toutefois. Le professeur agrégé de sciences politiques à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique, Rémi Léger, note que la particularité de la campagne électorale actuelle au Nouveau-Brunswick est que Blaine Higgs, au pouvoir depuis deux mandats, se présente comme l’agent de changement. «Et il joue sur l’impopularité de Justin Trudeau», glisse-t-il.
Par ailleurs, sans influencer la politique fédérale, le scrutin provincial peut être «un indicateur pour Justin Trudeau», remarque Mario Levesque.
«Si les conservateurs remportent la victoire, c’est un message que les choses pour M. Trudeau [dans la prochaine élection fédérale, NDLR] vont être un petit peu plus difficiles.»
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Rémi Léger rappelle que le Nouveau-Brunswick est une province «pauvre» et de fait une «province mineure dans la fédération canadienne». «C’est l’argent qui mène à de l’influence politique normalement.»
«Lorsque le gouvernement fédéral débarque [avec] un fonds de centaines de millions de dollars pour les langues officielles, y compris l’éducation française langue première et l’immersion française, la province écoute parce qu’[elle] a besoin de ces fonds pour financer ses écoles et ses programmes d’éducation», illustre-t-il.
C’est ce qu’il s’est passé entre 2022 et 2023 : le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, avait remis en question l’immersion en français dans la province. Le gouvernement fédéral avait déclaré en réaction qu’il repenserait son transfert de fonds pour les programmes d’immersion.
Cette semaine, la cheffe du Parti vert au fédéral, Elizabeth May, est venue soutenir les candidats verts au Nouveau-Brunswick.
«Il ne faut pas que M. Trudeau vienne ici pour faire la campagne comme Mme May. Il faut que [la cheffe du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, NDLR] Susan Holt mette un peu de distance entre elle et Justin Trudeau, parce que M. Trudeau n’est pas populaire», commente Mario Lévesque.
Pour Rémi Léger le premier ministre d’une petite province n’est pas un facteur important lorsque les électeurs de cette province votent aux élections fédérales.
Selon lui, la politique fédérale peut «faire du dommage» au Parti libéral du Nouveau-Brunswick.
«Plus le Parti conservateur du Nouveau-Brunswick mentionne Justin Trudeau et l’associe à Susan Holt, plus ça va faire mal au Parti libéral pour essayer de faire élire des députés et former un gouvernement majoritaire», analyse le politologue.
Susan Holt avait tenté de se distinguer de Justin Trudeau en mars, en mentionnant une «solution de rechange» à la taxe carbone, selon l’Acadie Nouvelle.
Elle assurait encore récemment qu’elle et son parti n’avaient pas «de lien officiel», rapporte Radio-Canada.
Marie-Philippe Bouchard, actuelle PDG de TV5 Québec Canada, prendra les rênes de la société d’État en janvier, à la fin du mandat de Catherine Tait. L’information, dévoilée mardi par Le Devoir, n’a toutefois pas encore été confirmée par Patrimoine canadien.
La prochaine PDG de CBC/Radio-Canada serait Marie-Philippe Bouchard, actuelle PDG de TV5 Québec Canada.
Pourquoi ça compte : Une francophone originaire du Québec à la tête de CBC/Radio-Canada et l’expérience de Marie-Philippe Bouchard laisse espérer que la voix et les préoccupations de la minorité linguistique seront entendues et prises en compte. Aussi, dans un contexte préélectoral, elle devra défendre la société d’État face à la promesse de Pierre Poilievre, qui assure depuis plusieurs années qu’il «définancera» la CBC s’il devient premier ministre.
Ce qu’ils disent : Pierre Poilievre a cependant mentionné dans le passé qu’il maintiendrait Radio-Canada, pour «préserver une petite partie pour les minorités de langue française, les minorités linguistiques, parce que, franchement, elles n’obtiendront pas de services d’information sur le marché».
Le premier ministre a affirmé mercredi, devant la commission d’enquête sur l’ingérence étrangère, qu’il détenait des noms de candidats et de députés conservateurs canadiens qui seraient impliqués dans l’ingérence étrangère ou qui risque de l’être». Il a aussi indiqué que des parlementaires et candidats d’autres partis ont également été visés.
Le chef conservateur refuse d’obtenir les codes de sécurité nécessaires pour obtenir les renseignements sur les parlementaires conservateurs concernés par les révélations de Justin Trudeau.
À la base : La juge Marie-Josée Hogue mène la commission chargée d’examiner «l’ingérence de la Chine, de la Russie et d’autres acteurs» étrangers dans les processus électoraux canadiens. Le premier ministre a témoigné lors de la dernière journée d’audience. Le rapport final est attendu avant le 31 décembre 2024.
Qui est concerné : Justin Trudeau a chargé le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) d’avertir Pierre Poilievre pour que ce dernier ait accès à ces informations et prenne des dispositions pour protéger son parti. Mais pour avoir ces informations, le chef conservateur doit obtenir la cote de sécurité nécessaire, ce qu’il refuse depuis plusieurs mois.
Ce qu’ils disent : Le premier ministre considère que c’est un «manque de gros bon sens» de la part de son adversaire. Pierre Poilievre a qualifié de «mensonges» les déclarations de Justin Trudeau sur le réseau social X.
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Sean Casey, député de Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard, a exprimé publiquement son souhait que Justin Trudeau quitte son poste de chef du Parti libéral du Canada (PLC).
Pourquoi est-ce important : Cette sortie, faite mardi lors de l’émission Power & Politics, sur les ondes de CBC News, ajoute à la démarche d’une partie du PLC. Une lettre endossée par une vingtaine de députés, dont les noms sont toujours inconnus à l’heure d’écrire ces lignes, circulerait pour demander au chef de penser à quitter son poste, selon des informations rapportées par des médias samedi dernier.
En outre, Radio-Canada révélait jeudi matin que quatre ministres du gouvernement Trudeau ne se représenteraient pas aux prochaines élections : le Franco-Manitobain Dan Vandal (Affaires du Nord), Marie-Claude Bibeau (Revenu national), Carla Qualtrough (Sports) et Filomena Tassi (Développement économique pour le Sud de l’Ontario).
L’article assure aussi que ces quatre noms seront écartés du Cabinet lors d’un remaniement qui s’annonce très prochainement.
Ce qu’ils disent : Sean Casey a assuré à CBC que «le message que je reçois très clairement et de plus en plus fortement [de mes électeurs], c’est qu’il est temps qu’il parte, et je suis d’accord».
L’indice des prix à la consommation (IPC) a connu une hausse de 1,6 % depuis septembre 2023, a annoncé Statistique Canada mardi. L’augmentation du cout des aliments est la principale source de l’augmentation tandis que le cout de l’énergie a reculé en un an.
En détails : Si l’inflation est en baisse par rapport à la hausse de 2,0 % observée en aout, «il s’agit de la plus faible progression annuelle enregistrée depuis février 2021 (+1,1 %)».
Même si certains secteurs, comme les biens durables, ont vu leurs prix se stabiliser ou diminuer, la pression demeure forte pour les ménages canadiens. Depuis septembre 2021, l’IPC a grimpé de 12,7 %.
Qui est affecté : Cette hausse a un impact significatif. Selon l’agence fédérale, elle peut accroitre le stress financier, particulièrement pour les ménages à revenu fixe ou ceux déjà en difficulté économique.
Les Mères Mohawks devant la Cour suprême du Canada pour lui demander d’intervenir dans la réintégration d’un panel d’experts chargé de rechercher les sépultures anonymes de victimes d’expérimentations médicales à l’ancien hôpital Royal-Victoria de Montréal. «Nous n’arrêterons jamais de chercher nos enfants», a lancé l’une d’entre elles.
Les Mères mohawks et leurs alliées étaient devant la Cour suprême du Canada mardi pour lui demander d’intervenir dans la protection des sépultures anonymes d’enfants autochtones et allochtones enterrées clandestinement sur les terres kanien’kehà:ka/ rotiononhsión:ni, aujourd’hui occupées par l’Université McGill.
Ce groupe se heurte au refus de l’établissement et de la Sûreté du Québec d’accéder à ces terres.
L’enjeu : Une requête a été déposée mardi devant la Cour suprême du Canada pour garantir que la recherche des sépultures anonymes des enfants autochtones et allochtones victimes d’expérimentations médicales à l’ancien hôpital Royal-Victoria de Montréal soit effectuée sous la supervision d’un panel d’experts en archéologie, sélectionné en partenariat avec McGill et la Société québécoise des infrastructures (SQI) en avril 2023.
Ce panel, qui avait été licencié par l’Université et la SQI durant l’été 2023, a vu sa réintégration ordonnée par la Cour supérieure du Québec, mais cette décision a ensuite été annulée par la Cour d’appel du Québec. Les Mères mohawks se tournent vers la Cour suprême dans l’espoir d’infirmer la dernière décision.
Lundi, Affaires mondiales Canada a expulsé six diplomates indiens, le temps d’enquêter sur leur rôle dans le transfert d’informations visant des Canadiens, conduisant notamment à l’assassinat d’un leadeur sikh en Colombie-Britannique l’été dernier, Hardeep Singh Nijjar.
Justin Trudeau a affirmé en point presse lundi que l’Inde est une «démocratie importante». «Aucun de nous ne souhaite être dans cette situation. Ce n’est pas un choix du gouvernement canadien de créer un froid dans les relations entre le Canada et l’Inde.»
Le gouvernement indien affirme qu’il n’a pas reçu de preuves concernant les accusations portées par le Canada sur le rôle de l’Inde.
Pourquoi c’est important : Cette situation fait croitre les tensions existantes entre les deux pays, avec des conséquences sur les relations diplomatiques et commerciales.
Ce qu’ils disent : En conférence de presse lundi, le premier ministre, Justin Trudeau, a paru particulièrement déstabilisé sur le sujet. «Je crois que l’Inde a fait une erreur monumentale en choisissant d’utiliser leurs diplomates et le crime organisé pour attaquer les Canadiens, pour venir faire sentir les Canadiens pas en sécurité ici chez eux. C’est inacceptable.»
«L’Inde est une démocratie importante. C’est un pays avec lequel nous entretenons des liens historiques profonds entre les peuples et les entreprises, à une époque où l’instabilité géopolitique oblige les démocraties à se serrer les coudes», a-t-il ajouté.