le Jeudi 2 juillet 2026

Le gouvernement fédéral a de nouveau pioché dans son enveloppe de 121,3 millions promise en 2021 aux établissements postsecondaires francophones. Cette fois, la somme de 5,3 millions de dollars, annoncée le 27 février, vise à financer deux projets sur trois ans, à l’Université de Saint-Boniface (USB) à Winnipeg, au Manitoba.

Le premier projet concerne la mise en service d’un nouveau logiciel en français, afin d’assurer une meilleure gestion des inscriptions des étudiants. Le second devrait permettre à l’établissement d’améliorer son image pour recruter de nouveaux élèves, notamment grâce à une communication modernisée.

Cette nouvelle s’inscrit dans une série d’annonces similaires du gouvernement fédéral à l’échelle nationale ces derniers mois.

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Patrimoine canadien (PCH) explique avoir lancé des appels en 2021-2022 et en 2022-2023 auprès des gouvernements provinciaux et territoriaux, pour financer des projets dans le secteur de l’éducation postsecondaire dans la langue de la minorité.

Dans un courriel adressé à Francopresse, PCH confirme qu’il a dépensé jusqu’à présent 90 678 587 dollars sur trois ans pour 37 projets liés au postsecondaire en français. Plus de 30 millions sont encore disponibles, jusqu’à l’expiration de l’enveloppe totale de 121,3 millions, le 31 mars 2024.

Toutes les demandes de financement reçues par Patrimoine canadien ont été évaluées selon «le mérite, en fonction de critères d’évaluation précis et du montant demandé par les établissements», affirme David Larose, responsable des relations avec les médias à Patrimoine canadien.

D’autres établissements ont par ailleurs reçu des fonds en 2022 grâce à cette même enveloppe, «mais les sommes n’ont pas été formellement annoncées à travers un communiqué de presse».

D’autres annonces visant à appuyer le postsecondaire en milieu minoritaire devraient tomber en 2023-2024.

D’autres établissements concernés

En juin 2022, le Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta a reçu près de 13,3 millions sur trois ans, dont 10 millions de la part du gouvernement fédéral.

L’investissement avait soulagé l’établissement, sans être la solution, selon l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA). Pierre Asselin, alors vice-président de l’organisme, avait confié au journal Le Franco «la solution qui est proposée n’est pas une solution permanente».

Pour se sortir de sa situation précaire, l’Université de Sudbury a de son côté émis deux recommandations fin janvier, lors des consultations prébudgétaires de l’Ontario. L’établissement a reçu l’an dernier près de 2 millions de la part du fédéral.

Les deux établissements n’ont pas donné suite aux demandes d’entrevue de Francopresse.

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Financement de projets urgents

Martin Normand, directeur de la recherche stratégique et des relations internationales à l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), attend le budget fédéral pour s’assurer que les libéraux rendront bien permanent l’appui de 80 millions de dollars promis aux établissements postsecondaires. 

Photo : Guillaume Lamy

Néanmoins, les 121,3 millions promis par le fédéral n’ont jamais été destinés à financer des projets à long terme, rappelle Martin Normand, directeur de la recherche stratégique et des relations internationales à l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC). «C’est une façon de répondre aux besoins ponctuels et urgents des établissements», appuie-t-il.

Certains ont par exemple reçu des financements pour développer leur système informatique. «Remplacer un parc informatique coute extrêmement cher, note Martin Normand. Dans certains cas [cette aide] peut avoir une incidence sur tout le fonctionnement de l’établissement. Ça ne règle pas tous les problèmes de financement, mais ça vient enlever une certaine pression quand des besoins urgents peuvent être résolus.»

Le recteur de l’Université de Moncton, Denis Prud’homme, confirme : «L’appui de 18,5 millions de dollars que nous avons reçu l’an dernier [27,8 millions au total avec l’ajout provincial, NDLR] nous permet de faire du rattrapage. Ça a été un appui énorme pour des investissements qu’on ne pouvait pas se permettre de faire avant. Et ç’a aidé à la stabilisation des finances de l’université.»

Le rattrapage concerne notamment les technologies de l’université néobrunswickoise, autant au sein de son administration que pour le matériel proposé aux étudiants. Un aspect sur lequel l’établissement accuse encore un retard important.

À lire aussi : Technologies : l’U de M s’attaque à son «retard impressionnant» (Acadie Nouvelle)

Refusant de citer des chiffres précis, le recteur fait remarquer que l’Université de Moncton n’est «pas vraiment dans une situation de déficit, mais dans un objectif de rattrapage» et que malgré le «gros appui» reçu en 2022, il souhaite que l’aide fédérale continue, pour stabiliser certains programmes de financement de langue officielle «qui n’ont pas été bonifiés» ni «ajustés sur l’inflation».

Denis Prud’homme précise qu’il s’agit de programmes qui permettraient l’enseignement du français et de l’anglais langue seconde, ainsi que l’aide pour le développement de la recherche en français, l’ajout de livres en français pour la bibliothèque et des bourses pour les étudiants.

Denis Prud’homme est recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton au Nouveau-Brunswick. 

Photo : Courtoisie Université de Moncton

80 millions attendus dans le prochain budget fédéral

Avec un budget fédéral qui devrait tomber dans les prochaines semaines, Martin Normand rappelle que l’ACUFC attend que le gouvernement rende l’enveloppe de 80 millions de dollars promise par les libéraux permanente, afin d’appuyer les établissements postsecondaires des communautés de langue officielle en situation minoritaire au Canada.

L’ACUFC a réitéré sa demande de voir cette enveloppe inscrite dans le budget fédéral ainsi que dans le Plan d’action pour les langues officielles, prévus dans les prochaines semaines.

«On veut s’assurer que ce fonds permette aux établissements de proposer des projets capables de stabiliser sur le long terme», indique Martin Normand.

Denis Prud’homme souligne de son côté que si cet appui financier de 80 millions est maintenu, son établissement pourra songer à investir dans les programmes en français ainsi que dans la rénovation verte des infrastructures vieillissantes.

Le Canada, longtemps isolé par sa géographie, est rattrapé par le phénomène des migrations de masse qu’on observe en Europe et aux États-Unis depuis plusieurs années. Le nombre de demandeurs d’asile a quadruplé au Canada depuis 2016. Il y a eu près de 100 000 demandes d’asile déposées au pays en 2022.

Le profil des demandeurs d’asile a aussi beaucoup changé ces dernières années. Avant 2017, la plupart des demandes d’asile étaient effectuées dans le cadre des programmes réguliers du gouvernement qui permettent l’entrée d’un peu plus de 20 000 réfugiés par année. Ces réfugiés sont parrainés par le gouvernement fédéral, des organismes privés ou des familles.

Mais l’arrivée massive de réfugiés à la frontière terrestre en dehors des canaux réguliers d’immigration met à rude épreuve les capacités de tous les paliers de gouvernement à leur fournir des ressources et des services adéquats.

Maintenant que cette dynamique est enclenchée, il est peu probable qu’elle cesse d’elle-même, d’autant que ces migrants ont de bonnes raisons de vouloir fuir leur pays et de s’établir au Canada.

Les inégalités, moteurs des migrations

Les 50 % les plus pauvres de la population mondiale possèdent 2 % de la richesse globale. Le 1 % le plus riche possède à lui seul 38 % de la richesse globale. C’est un écart énorme… abyssal! Des études montrent que la migration internationale est étroitement associée à des possibilités d’évolution positive sur le plan économique.

En incluant les personnes déplacées par les guerres et les conflits, il y a plus de 100 millions de migrants dans le monde, et la plupart cherchent à atteindre les pays occidentaux quand ils le peuvent.

En 2022, les demandeurs d’asile arrivés au Canada par les voies irrégulières viennent majoritairement du Mexique, d’Haïti, de la Colombie, du Venezuela, de la Turquie et du Nigéria.

Ces pays ont tous la particularité de présenter des inégalités de revenus extrêmes.

C’est pourquoi, même parmi les pays les plus riches de ce groupe – le Mexique, la Colombie ou la Turquie, par exemple –, on retrouve des populations marginalisées politiquement et économiquement qui vivent dans la pauvreté. On pense ici aux travailleurs non qualifiés mexicains, aux afrodescendants colombiens ou aux Kurdes de Turquie.

La situation économique est encore pire dans les autres pays qui forment le peloton de tête des nationalités des migrants irréguliers au Canada en 2022.

Haïti est un des pays les plus pauvres de la planète. Le Venezuela est dirigé par un gouvernement autoritaire et cleptocrate qui a appauvri sa population. Le Nigéria, aux prises avec une inflation galopante et un boum de sa population, compte des dizaines de millions de personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté.

Contrairement à la croyance populaire, ces inégalités de revenus extrêmes et la pauvreté ne sont pas un fait naturel et immuable.Les inégalités de revenu et de richesse se sont accrues presque partout depuis les années 1980 à la suite d’une série de programmes de dérèglementation et de libéralisation qui ont pris des formes différentes selon les pays.

Les pays riches ne parviendront pas à réduire les migrations des personnes les plus vulnérables sans transformer radicalement le cadre financier international qui freine le développement des pays les plus pauvres.

Il existe pourtant des solutions même si elles ne sont pas simples : on pense ici à la taxation des profits des multinationales, l’encadrement des paradis fiscaux ou le financement de l’éducation.

Un marché de l’emploi prêt à accueillir les migrants

L’autre côté de la médaille, c’est que les migrants sont encouragés à venir au Canada parce qu’ils trouvent des emplois chez nous. Le taux de chômage est à un plancher record : 3,9 % au Québec et 5 % à l’échelle du Canada.

Partout les employeurs cherchent de la main-d’œuvre, en particulier dans le secteur manufacturier, de l’agriculture ou des services. Bref, des emplois au bas de l’échelle que les travailleurs immigrants non qualifiés occupent, avec ou sans permis de travail.

En théorie, les personnes qui demandent le statut de réfugié se voient remettre un permis de travail le temps que leur demande d’asile soit étudiée par le gouvernement.

Mais le nombre record de personnes qui déposent une telle demande en ce moment fait dérailler le système. Les demandeurs doivent attendre plusieurs mois, voire plus d’un an, avant de recevoir un permis de travail. Cette situation a notamment pour conséquence de les pousser à travailler au noir dans des conditions souvent dangereuses.

À partir du moment où la route migratoire existe et où les conditions économiques sont propices à l’international comme chez nous, il serait illusoire de penser que le nombre d’immigrants irréguliers qui se présentent à la frontière canadienne diminuera.

La solution à long terme au phénomène des migrations de masse, au Canada comme ailleurs, passe par une amélioration des conditions de vie des personnes les plus pauvres à l’échelle du globe.

Notice biographique

David Dagenais est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après avoir achevé des études supérieures en économie politique à l’UQAM et à l’Université d’Ottawa.

Les gouvernements du Canada et celui de la Colombie-Britannique ont octroyé plus de 13,5 millions le 3 mars. D’une part pour soutenir huit projets dans plusieurs districts scolaires, universités ou organismes ; d’autre part pour recruter, former et maintenir en poste des enseignants en français dans la province.

Les fonds proviennent du Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023.

Le gouvernement provincial bénéficie d’un peu plus de 2 millions de l’investissement du fédéral, notamment pour la collaboration intergouvernementale dans l’appui à l’apprentissage en français et l’ajout de places pour la formation d’enseignants de français au postsecondaire.

La Colombie-Britannique injecte 4,7 millions dans les districts scolaires publics de la province afin de soutenir le recrutement et le maintien en poste, ainsi que pour les universités publiques pour appuyer la formation des enseignants de français.

Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF) recevra notamment 1,1 million pour accroitre sa capacité de recrutement d’enseignants. Une aide bienvenue, presque trois ans après que la Cour suprême du Canada ait tranché en faveur du CSF et de la Fédération des parents francophones de la Colombie-Britannique (FPFCB).

La décision de justice précisait que la province sous-finançait systématiquement le réseau d’éducation francophone.

À lire aussi : L’arrêt de la Cour suprême en faveur des francophones de Colombie-Britannique, un an plus tard

L’Université Simon Fraser (SFU) reçoit 513 000 dollars afin d’offrir des ateliers et des ressources aux enseignants, en contexte minoritaire et en français langue seconde.

Mylène Letellier, directrice générale de la Société de développement économique (SDÉ) de la Colombie-Britannique, reste optimiste quant à une aide du fédéral aux organismes francophones dans le prochain Plan d’action pour les langues officielles.

Photo : Courtoisie SDÉ de la Colombie-Britannique

L’Université de Colombie-Britannique, Canadian Parents for French B.C. et Yukon (CPF) et quatre districts scolaires provinciaux anglophones recevront également des fonds.

Soutenir l’économie francophone

Outre l’éducation, plus de 3,9 millions ont été octroyés à trois organismes francophones la veille, le 2 mars.

La Société de développement économique (SDÉ) de la Colombie-Britannique a reçu plus de 2,9 millions afin de contribuer au financement opérationnel sur cinq ans.

Selon la directrice générale de la SDÉ, Mylène Letellier, ce plan opérationnel de 540 000 dollars par an permettra de desservir les entrepreneurs francophones de la région. «Notamment le réseau des 300 femmes entrepreneuses ici, des jeunes, des immigrants… Nous avons plusieurs programmes d’accompagnement personnalisés d’atelier de formation en littératie financière et de mentorat pour les entrepreneurs», fait-elle valoir.

Un autre octroi de 221 500 dollars devrait permettre à la SDÉ de mieux outiller les entrepreneurs francophones, notamment en ligne, et d’appuyer de nouveaux projets, comme un écomusée.

Et la culture

L’Alliance française Vancouver et la Société francophone de Victoria ont chacune reçu 965 000 dollars du Fonds canadien de revitalisation des communautés, afin de renforcer les pôles culturels des communautés francophones et francophiles.

Mylène Letellier demeure optimiste et espère voir une aide fédérale pour les francophones de la Colombie-Britannique dans le prochain Plan d’action sur les langues officielles, attendu dans le courant du mois de mars.

La directrice générale de la SDÉ a le sentiment que la ministre des Langues officielles Petitpas Taylor a entendu et compris les enjeux économiques des francophones de la Colombie-Britannique, lors des consultations pancanadiennes sur les langues officielles menées l’été dernier.

L’entreprise Arctic Fresh a été fondée en 2015 en réponse au cout croissant et exorbitant des aliments pour les habitants du Nord.

Leur mission est d’offrir à la clientèle un large accès à des produits abordables tout en créant des collaborations avec des partenaires locaux.

L’entreprise élargit maintenant son offre de service en offrant des vols reliant Iqaluit à Clyde River, Sanikiluaq et Igloolik.

Le premier vol d’Iqaluit vers Igloolik a eu lieu le 14 janvier 2023.

Consultez le site du Nunavoix

Élargir son soutien aux communautés

Arctic Fresh Projects a été créé à la suite de nombreuses demandes de services provenant de diverses communautés pour avoir accès à un service aérien.

«Nous sommes profondément enracinés dans nos communautés et cherchons à fournir un soutien de toutes les manières possibles. Notre mandat avec Arctic Fresh a été d’offrir des aliments à des prix abordables et nous cherchons à offrir la même abordabilité avec les voyages en avion à condition que nous soyons en mesure d’offrir le service», affirme Ryan Haggan, directeur des ventes et opérations pour Arctic Fresh Projects.

Richard Amarualik réside à Igloolik et se dit très heureux que la compagnie aérienne opère dans sa communauté.

Il estime qu’une offre supplémentaire pour le service aérien au Nunavut sera positive puisque cela donnera une option aux clients. 

«Je l’utiliserais certainement pour soutenir l’entreprise et cela en pensant que cela pourrait être moins cher. Je sais qu’ils sont très favorables à l’ensemble du territoire et je pense que je devrais leur rendre la pareille», affirme-t-il.

Ryan Haggan spécifie que l’intention derrière leurs nouvelles opérations n’est pas de faire concurrence à l’entreprise Canadian North.  

«Nous ne cherchons qu’à combler les lacunes où la communauté recherche du soutien», résume-t-il.

«Nous sommes pour nos communautés», ajoute-t-il.

Panorama Aviation est l’opérateur des vols d’Arctic Fresh Projects et collabore avec l’entreprise depuis quelques années. 

«Il est important pour notre entreprise de maximiser les impacts sociaux, culturels et économiques du Nunavut. Arctic Fresh Projects est une entreprise inuit impliquée au Nunavut. Notre collaboration permet de bien comprendre les enjeux des communautés et ainsi répondre autant que possible, aux besoins qui ne sont pas comblés dans le transport aérien», affirme Jimmy Emond, président de Corpo Aviation et Panorama Aviation.

Une offre de service plus large?

Actuellement, les communautés de Clyde River, Sanikiluaq et Igloolik sont desservies à raison d’une fois par semaine.

L’entreprise propose des tarifs d’Iqaluit à Clyde River le mercredi à 799 $ par siège et d’Iqaluit à Sanikiluaq le jeudi à 899 $ le siège. Le samedi, la compagnie relie Iqaluit à Igloolik pour 799 $.

D’autres communautés dans le besoin pourraient s’ajouter à cette liste dans le futur.

«Nous avons de nombreux plans pour l’avenir, tous conçus pour soutenir et responsabiliser les communautés tout en luttant contre l’insécurité alimentaire. Nous cherchons à soutenir les Nunavummiut de la manière dont les Nunavummiut veulent être soutenus», déclare Ryan Haggan.

Il est possible de procéder à une réservation ou d’obtenir davantage d’informations sur les services disponibles en consultant le site Web d’Arctic Fresh Projects.

Le terme géographique pour nommer ce genre de territoires est «exclave». Il y en a plusieurs dans le monde.

Question quiz : de quelle exclave s’agit-il? Est-ce l’ancien Bengale oriental (maintenant le Bangladesh) par rapport au reste du Pakistan? Non. Le territoire de Kaliningrad séparé géographiquement du reste de la Russie? Encore non. Gibraltar, possession isolée du Royaume-Uni? Bel essai. La ville espagnole de Llívia, enclavée par la France? Meilleure chance la prochaine fois.

On pourrait continuer longtemps , mais cessons le suspense. 

Il s’agit ici de l’Alaska, exclave des États-Unis. Un monde les sépare, et ce monde, c’est le Canada. Bien… pour être exact, la Colombie-Britannique et le Yukon.

C’est comme si la Floride était une province canadienne, ce qui d’ailleurs faciliterait la vie de bien des snowbirds ou «touristes hivernants» (oui, ce terme existe bien!).

Un chemin tortueux du rêve à la réalité

Une fois l’Alaska acheté, les États-Unis souhaitent qu’une route relie son nouveau territoire (l’Alaska deviendra le 49e État du pays en 1959), mais il y a ce «monde» (rappelons-le, le Canada) entre les deux, et pas moyen de le contourner, sauf par la mer. Bien embêtant.

Certes, il y a plusieurs voies terrestres en direction nord depuis la frontière canado-américaine, mais elles s’arrêtent bien avant l’Alaska.

Le mont Archibald vu du parc national Kluane, au Yukon, route de l’Alaska.

Photo : Ron Clausen, 1992, Wikimedia Commons, Share Alike 4.0 International

Dans les années 1920, l’idée d’une autoroute qui traverserait le Canada du sud au nord fait surface, mais il reste beaucoup de… chemin à faire pour que le tout devienne réalité. 

Ce sera le président Herbert Hoover qui fera les premiers pas. Il crée une commission pour évaluer le projet. Le Canada nomme à son tour trois représentants pour travailler conjointement avec la commission américaine.

En 1933, la commission dit oui, mais le Canada hésite. Ottawa n’y voit pas vraiment d’avantages, surtout que la commission propose que Washington ne finance que le tronçon de la route en Alaska, soit 2 millions de dollars. Le Canada, quant à lui, devrait débourser 12 millions de dollars pour la section canadienne.

Ce sera donc, merci mais non merci. Pas question d’assumer 86 % du cout d’une autoroute souhaitée par les États-Unis pour répondre à leurs intérêts. De toute façon, la Grande Dépression plantera un panneau d’arrêt devant ceux qui rêvent de cette route.

La guerre, élément déclencheur

En 1938, on remet ça : deux commissions sont créées, une aux États-Unis et une au Canada. On ne s’entend pas sur un tracé. Finalement, ce sont les militaires qui s’en mêlent. L’alliance entre l’Allemagne, l’Italie et le Japon pousse les deux pays à renforcer la défense de l’Amérique du Nord.

L’invasion de l’URSS par l’Allemagne puis l’attaque japonaise contre la base navale américaine de Pearl Harbour en 1941 amènent le Canada et les États-Unis à faire du projet de route une priorité. À partir de là, money is no object. Les Américains paieront tout.

La route de l’Alaska : en rouge, de Dawson Creek, Colombie-Britannique, à Delta Junction, Alaska. 

Photo : Luigi Zanasi, 2006, Wikimedia Commons, domaine public

Le tracé final est fixé : il partira du centre-est de la Colombie-Britannique, à Dawson Creek, tout près de la frontière albertaine, et s’étendra jusqu’à Delta Junction, en Alaska, en passant par Whitehorse, au Yukon. Les chiffres varient selon les sources, mais on parle d’une route d’une longueur de 2 230 à 2 700 kilomètres, soit environ la distance entre Québec et Winnipeg.

En février 1942, deux mois après Pearl Habour, c’est le feu vert. C’est le Corps du génie de l’armée de terre des États-Unis (Army Corps of Engineers) qui est responsable de la construction.

Le chantier sera apocalyptique. D’abord, le froid. Il fait jusqu’à -40 degrés –; la glace gèle les roues des véhicules. 

Il faut allumer des feux sous ceux-ci pour les rendre fonctionnels.

Puis, la fonte du pergélisol cause l’affaissement de tronçons de la route. Il faut aussi construire à travers des marais en décomposition qui parfois «avalent» les véhicules et le matériel. Viennent ensuite les hordes de moustiques et de mouches noires. On est loin du Club Med.

Les équipes travaillent sept jours sur sept. Le tiers des effectifs sont des militaires noirs. Ils bossent en groupes séparés des autres, vivent dans des locaux distincts. Ils sont moins bien équipés et dorment dans des tentes, alors que les autres bénéficient la plupart du temps d’abris en bois.

Un exploit d’ingénierie hors du commun

Malgré ces conditions horribles, la construction de la route avance à une vitesse folle. Entre février et juillet 1942, près de 700 kilomètres sont construits. En octobre de la même année, soit huit mois après le début des travaux, la construction de plus de deux mille kilomètres de route sera terminée. Inimaginable.

 Construction d’un pont sur la route de l’Alaska, en 1942. 

Photo : Wikimedia Commons, Flickr, Archives provinciales de l’Alberta.

 Pont flottant permettant la construction d’un pont sur la route de l’Aslaka, Yukon, en 1942. 

Photo : Wikimedia Commons, domaine public

L’aménagement de «routes de billots» étaient souvent rendu nécessaire en raison de l’état marécageux ou boueux des terres.

Photo : Fort St. John North Peace Museum

Une section très dangereuse de la partie canadienne de la route de l’Alaska.

Photo : Fort St. John Peace Museum

La route est terminée oui, mais dans quel état? Des ponts de fortune doivent rapidement être remplacés, et la piètre condition de plusieurs tronçons fait en sorte que les véhicules non militaires ne peuvent l’emprunter.

Ose-t-on le dire? La route n’a finalement pas servi à des fins militaires pendant le reste de la Deuxième Guerre mondiale, 99 % des approvisionnements ayant été envoyés en Alaska par la mer.

Par contre, la route a contribué au développement des industries forestières, gazières, minières et touristiques, ainsi qu’au développement du camionnage. Elle a servi de tremplin à la croissance d’Edmonton, devenu un centre d’approvisionnement et mis fin à l’isolement du Nord.

 

Portion de l’autoroute Alcan (pour Alaska-Canada), au Yukon. 

Photo : Ron Clausen, 1992, Wikimedia Commons, CCO 1.0 Universal Public Domain Dedication

En 1948, la route de l’Alaska s’ouvre au public et sera grandement améliorée dans les années 1960 et 1970. Elle est maintenant praticable à longueur d’année et est empruntée annuellement par environ 100 000 personnes.

Ah oui, quel est le cout total de ce chantier? La première estimation au début des années 1930 s’établit à 14 millions de dollars américains. Peu avant le début des travaux, en 1942, ce chiffre grimpe à 25 millions de dollars, puis rapidement à 50 millions de dollars. Au final, la note aura été multipliée encore par trois pour atteindre près de 150 millions de dollars.

«J’ai vu ça comme une occasion unique de m’impliquer dans la vie de l’Île-du-Prince-Édouard et de ses habitants, de faire des rencontres, surtout comme nouvelle arrivante», confie Anaïs Parnoix, bénévole bilingue aux Jeux d’hiver du Canada

Anaïs Parnoix est bénévole bilingue aux Jeux d’hiver du Canada qui se tiennent à l’Île-du-Prince-Édouard. 

Photo : Courtoisie

«C’est très apprécié quand je parle français, on me remercie à chaque fois», ajoute la jeune femme qui a pu animer, en français et en anglais, la cérémonie de remise des médailles de la compétition de tennis de table.

La Française s’est inscrite comme volontaire dès son arrivée dans la province en aout 2022. Quand elle a entendu parler des Jeux, elle a tout de suite été «emballée» par cet évènement sportif de grande ampleur, «un peu comme des Jeux olympiques».

Les mêmes mots reviennent dans la bouche de Karen Baillard, également bénévole bilingue. Aux yeux de l’insulaire, «c’est une chance de rencontrer des gens de partout au Canada et de se sentir partie prenante de la communauté».

Comme Anaïs Parnoix et Karen Baillard, ils sont plus de 5300, à donner de leur temps, à œuvrer en coulisse pour assurer le succès des Jeux d’hiver du Canada. Pendant deux semaines, les bénévoles, reconnaissables à leur veste bleue et à leur teeshirt vert, sont là pour faciliter l’organisation de l’évènement. 

À lire aussi : Quand les Jeux d’hiver font dialoguer sport et arts

Engouement sans précédent 

Présents sur tous les sites sportifs, ils accompagnent les athlètes et leurs entraineurs, renseignent et orientent le public, contribuent à maintenir en état les installations. 

Leurs missions sont très variées. Certains sont affectés aux kiosques d’informations ou à la vente de billets, d’autres conduisent les autobus des athlètes ou gèrent les stationnements automobiles, tandis que des infirmiers volontaires prennent soin de la santé des jeunes sportifs. 

Karen Baillard est bénévole bilingue aux Jeux d’hiver du Canada qui se tiennent à l’Île-du-Prince-Édouard. 

Photo : Courtoisie

Engouement sans précédent 

Présents sur tous les sites sportifs, ils accompagnent les athlètes et leurs entraineurs, renseignent et orientent le public, contribuent à maintenir en état les installations. 

Leurs missions sont très variées. Certains sont affectés aux kiosques d’informations ou à la vente de billets, d’autres conduisent les autobus des athlètes ou gèrent les stationnements automobiles, tandis que des infirmiers volontaires prennent soin de la santé des jeunes sportifs. 

Consuelo Vásquez, professeure au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ne se montre pas surprise d’un tel succès : «Le sport est un secteur qui attire, surtout des parents qui s’investissent dans les activités de leurs enfants ; et ce type d’évènement ponctuel séduit également beaucoup.» La chercheuse explique que la tendance est au volontariat épisodique, de courte durée.

Revers de la médaille, les bénévoles peuvent parfois trouver le temps long. «Il y a plus de bénévoles que de besoins, ils ont vu large. C’est un peu frustrant, car si on est là c’est pour se sentir utile», témoigne Anaïs Parnoix. 

Un sentiment que partage Karen Baillard : «C’est tranquille, on est nombreux, et il n’y a pas toujours grand-chose à faire.»

Consuelo Vásquez est professeure au département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal. 

Photo : Courtoisie

Mais, à aucun moment, elles n’ont regretté leur choix de s’engager. Pour elles, le don de soi est une évidence qui remonte à longtemps.

Dès l’école secondaire, Karen Baillard est bénévole auprès de personnes âgées dans des hôpitaux et des foyers de soin. Depuis, elle n’a jamais cessé d’offrir son temps à ceux qui en ont le plus besoin, que ce soit des personnes en deuil ou des malades en soins palliatifs. 

«C’est une manière de redonner à la communauté, ça fait du bien au cœur. On n’est plus concentré sur soi et on devient plus humble, on se rend compte que nos petits bobos ne sont pas si graves par rapport à ce que vivent d’autres personnes», explique-t-elle. 

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Plus court chemin vers le bonheur 

Dans la famille d’Anaïs Parnoix, se rendre utile fait partie des valeurs familiales. La jeune femme s’est toujours mobilisée pour des causes qui lui tenaient à cœur, que ce soit la maladie de Crohn ou l’itinérance. 

«Je donne aux autres et en même temps ça m’apporte beaucoup de bonheur. J’améliore mes compétences relationnelles, je développe de l’empathie», affirme-t-elle. 

Kelly-Ann Paul est directrice générale du Conseil des Jeux du Canada. 

Photo : Courtoisie

«Aider les autres, c’est aussi en tirer des bénéfices et s’aider soi-même», confirme Consuelo Vásquez. La spécialiste constate que «l’épanouissement de soi» et «l’expérience de vie» entrent de plus en plus de ligne de compte chez ceux qui s’investissent. 

«Le travail gracieux est aussi l’occasion de développer ses compétences et d’acquérir de l’expérience», poursuit l’universitaire. 

Quelles que soient leurs motivations, qu’adviendra-t-il des 5300 bénévoles après les deux semaines de compétitions? «Ça fait partie des legs des Jeux, je sais que la société organisatrice considère les différentes options possibles», assure Kelly-Ann Paul.

«Il est difficile de maintenir l’engagement sur le long terme, les gens aiment changer de cause et de projet», prévient Consuelo Vàsquez. L’universitaire insiste, si les organisateurs veulent fidéliser les bénévoles, il faut reconnaitre leur travail au quotidien et donner du sens à leur engagement. Autrement dit, les bénévoles doivent avoir le sentiment de faire une différence. 

Lundi, le chef du Parti conservateur du Canada a pressé Justin Trudeau de fermer le chemin Roxham d’ici 30 jours. Selon lui, le pays n’a pas assez de ressources pour aider les réfugiés et les autres migrants. Le premier ministre du Québec François Legault a fait la même demande au gouvernement Trudeau mardi, dans une lettre ouverte publiée dans le Globe and Mail.

Le chef du Parti conservateur du Canada Pierre Poilievre presse le gouvernement Trudeau de fermer le chemin Roxham, une voie de passage entre les États-Unis et le Canada pour les demandeurs d’asile et les réfugiés.

Photo : Inès Lombardo – Francopresse

Sean Fraser, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, a refusé, argüant, selon La Presse, que la fermeture du chemin Roxham n’allait «pas résoudre le problème».

Accusant le gouvernement Trudeau d’avoir brisé le système d’immigration, Pierre Poilievre n’a pas offert de solution pour mener à bien la fermeture du chemin emprunté par des dizaines de milliers de réfugiés chaque année. Selon des données fédérales, 92 720 demandeurs d’asile ont traversé la frontière canado-américaine en 2022. Ils étaient 64 030 en 2019, avant la pandémie. Une augmentation sans précédent.

Le chef conservateur a toutefois rejeté la suspension de l’Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis. Cet accord permet notamment de gérer la répartition des réfugiés entre les deux pays.

Le député du Bloc québécois Alexis Brunelle-Duceppe a de son côté proposé que le Canada suspende l’Entente pour la renégocier. Il a aussi demandé, pour «soulager le Québec», que la province soit «compensé[e] rapidement» pour couvrir des frais, et qu’une «redistribution immédiate et équitable» des demandeurs s’opère partout au Canada.

La firme Google a de nouveau marqué son opposition au projet de loi C-18 sur les nouvelles en ligne, en confirmant qu’elle testait le blocage aux nouvelles sur sa plateforme pour certains Canadiens.

Photo : Deepanker Verma – Pexels

Le géant de la technologie a mis à l’essai un blocage de l’accès aux nouvelles pour certains Canadiens en réaction au projet de loi C-18. Moins de 4 % des Canadiens seraient touchés par ce blocage.

Le projet de loi vise à imposer à des sociétés du numérique, comme Google et Meta, de négocier des accords pour payer les médias canadiens dont ils partagent les contenus sur leurs plateformes. Google avait déjà menacé de supprimer les nouvelles en ligne de sa plateforme si le projet de loi était adopté.

Devant un comité parlementaire l’automne dernier, les deux sociétés se sont dites préoccupées par le fait que C-18 soit «trop large».

Cette semaine, le bureau du ministre du Patrimoine a réagi en indiquant que les Canadiens ne se «laisseront pas intimider» par la démarche de Google. Le projet de loi doit passer au vote du Sénat dans les prochaines semaines.

L’indice des prix à la consommation est passé de 6,3 % en décembre 2022 à 5,9 % en janvier 2023, d’après Statistique Canada. Il est toutefois plus élevé qu’en janvier 2022 (+0,8 %)

Le recul de ce début d’année s’explique entre autres par la baisse des prix des services de téléphonie cellulaire et des véhicules automobiles, avance Statistique Canada.

Mais les prix des aliments, notamment de la viande, de l’essence de même que les taux hypothécaires ont poursuivi leur augmentation.

Jeudi, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a annoncé de nouvelles mesures pour soutenir les résidents temporaires iraniens qui se trouvent au Canada.

Du 1er mars 2023 au 24 février 2024, les Iraniens qui ont un statut temporaire peuvent demander la prolongation de leur statut, ou peuvent changer de permis, notamment pour un permis d’étude ou un permis de travail ouvert. Tout cela sans frais de traitement de dossier.

Les demandes des Iraniens qui se trouvent déjà au Canada seront traitées en priorité, a précisé IRCC.

Par ailleurs, les citoyens canadiens ou les résidents permanents qui résident en Iran pourront avoir accès à certains documents sans frais, «pour faciliter leur voyage», comme des passeports canadiens à validité limitée.

Justin Trudeau, le 8 septembre 2021, lors du débat des chefs intervenu peu avant les élections.

Photo : Mélanie Tremblay – Francopresse

Une motion adoptée à l’unanimité mardi par le Comité de la procédure et des affaires de la Chambre des communes obligera les députés membres à se pencher sur la question de l’ingérence de la Chine lors des élections fédérales canadiennes de 2019 et de 2021.

Le média anglophone The Globe and Mail a rapporté la semaine dernière que la Chine avait établi une stratégie lors de la campagne de 2021, afin de s’assurer que les libéraux soient réélus. Selon le média, des documents secrets du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS) auraient permis d’identifier cette stratégie du gouvernement chinois.

Le projet de loi C-13 parrainé par la ministre libérale fédérale Ginette Petitpas-Taylor, qui vise à moderniser la Loi sur les langues officielles, comporte plusieurs avancées significatives pour les francophones de l’extérieur du Québec. L’aboutissement de cette réforme, entamée en 2018, est attendu avec impatience depuis plusieurs années.

Au cours des dernières semaines, nous avons assisté à des scènes rarissimes lors desquelles des députés libéraux montréalais, notamment Marc Garneau, Emmanuella Lambropoulos et Anthony Housefather, ont remis en question publiquement le projet de loi, issu de leur gouvernement, au nom de la protection de la minorité anglophone du Québec.

Ces élus en ont particulièrement contre la reconnaissance au sein d’une loi fédérale de la Charte de la langue française du Québec qui fait du français la seule langue officielle de cette province.

À noter qu’il ne s’agit pas de la seule référence à une législation provinciale dans le projet de loi C-13. Ce dernier reconnait également l’égalité de statut entre les communautés linguistiques française et anglaise du Nouveau-Brunswick.

Désinformation et exagération

Les trois députés dissidents n’hésitent d’ailleurs pas à faire dans la désinformation et l’exagération dans leur tentative de torpiller C-13.

Dans un texte publié sur son site Web le 16 février, Marc Garneau justifie ses positions en citant, entre autres, une proposition d’amendement du Bloc Québécois voulant qu’en cas de conflit entre la loi fédérale et la Charte québécoise de la langue française, cette dernière prévale.

Or, le 7 février, le président du Comité des langues officielles a jugé cette proposition d’amendement irrecevable au motif qu’elle dépassait la portée du projet de loi.

Pour sa part, Emmanuella Lambropoulos a fait référence à une grand-mère de sa circonscription qui n’aurait pas été en mesure d’être servie en anglais par un médecin bilingue de Montréal. Cette histoire ne tient pas la route, car la législation québécoise stipule clairement qu’il est possible de recevoir des services de santé dans la langue de son choix. 

Pas une surprise

Ces députés dissidents ont pourtant fait campagne en 2021 sous la bannière d’un parti qui reconnaissait le statut asymétrique du français et de l’anglais au Canada.

Le discours du trône de 2020 souligne la situation particulière du français au Canada et «la responsabilité [du gouvernement] de protéger et de promouvoir le français non seulement à l’extérieur du Québec, mais également au Québec». Ce passage a d’ailleurs été repris dans la plateforme électorale du Parti libéral l’année suivante.

De plus, la première mouture de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, le projet de loi C-32, contenait aussi une mention à la Charte de la langue française du Québec. Il est mort au feuilleton au moment du déclenchement des élections générales de 2021.

Alors, pourquoi cette campagne de dénigrement du projet de loi C-13? Les personnes qui ont fait le choix de se présenter dans l’équipe libérale fédérale l’ont fait en connaissance de cause. Si elles n’étaient pas à l’aise avec le contenu de la plateforme électorale et les engagements de leur parti, elles auraient pu laisser leur place à quelqu’un d’autre.

Union ou désunion?

Après plusieurs jours mouvementés mettant en lumière des divisions dans les rangs libéraux, le mot d’ordre semblait être le retour à l’unité.

Après une réunion du caucus provincial le 8 février, le lieutenant du gouvernement fédéral pour le Québec, Pablo Rodriguez, a affirmé que l’ensemble des membres s’en allaient désormais «dans la même direction», c’est-à-dire vers l’adoption du projet de loi C-13.

Toutefois, quelques jours après cette déclaration, le ministre Marc Miller a indiqué qu’il ne savait pas s’il voterait en faveur du projet, faisant fi du principe de solidarité ministérielle.

Ce principe veut que les membres du cabinet, une fois au courant d’une politique du gouvernement, doivent la défendre ou, à tout du moins, ne pas la remettre en cause, et bien entendu, voter en faveur de celle-ci. La solution pour un ministre qui souhaite aller à l’encontre de son gouvernement est la démission.

À la suite des déclarations ambigües de son ministre Miller, Justin Trudeau a d’ailleurs confirmé que le vote sur le projet C-13 ne dérogera pas à ce principe, et que tous les ministres devront voter en faveur.

Le simple fait que le premier ministre ait eu à rappeler aux membres de son cabinet qu’ils doivent appuyer un projet de loi gouvernemental est symbolique de la division interne chez les libéraux.

Un besoin de leadeurship de la part des élus francophones

Au cours des dernières semaines, des députés montréalais du « West Island » ont recentré les discussions autour du projet de loi C-13 en fonction de leurs préoccupations.

Pendant ce temps, les réalités des communautés francophones de l’extérieur du Québec sont reléguées au second plan. Ce sont pourtant ces communautés qui, depuis cinq ans, travaillent de pair avec le gouvernement pour en arriver à ce projet de réforme ambitieux.

Il est temps d’envoyer un message d’unité au sujet du projet de loi C-13. Il y a quelques semaines, sur Twitter, le député franco-ontarien Francis Drouin a dénoncé, à juste titre, «le show de boucane» de ses collègues.

Pour sa part, le député libéral acadien Serge Cormier, en entretien avec l’Acadie Nouvelle, a dénoncé les «petits jeux politiques» et l’obstruction de la part des députés de tous les partis, y compris du sien.

Toutefois, d’autres élus, comme la Franco-ontarienne et présidente du Conseil du Trésor Mona Fortier, sont plus hésitants dans leur appui. Interpelée par une journaliste de Francopresse sur le sujet au début février, la ministre Fortier n’a pas clairement appuyé le projet de loi de sa collègue aux Langues officielles.

Le caucus libéral compte près d’une quinzaine de députés francophones de l’extérieur du Québec. Plusieurs occupent des postes influents, tels les ministres Dominic LeBlanc du Nouveau-Brunswick, Dan Vandal du Manitoba et Randy Boissonnault de l’Alberta. 

Qui plus est, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, est l’ancienne titulaire du dossier des langues officielles.

Tous ces élus devraient se rallier publiquement et sans équivoque autour de leur collègue Ginette Petitpas-Taylor et de sa réforme pour envoyer un message d’unité et rappeler l’importance de C-13 pour l’avenir des communautés francophones d’un bout à l’autre du pays.

Guillaume Deschênes-Thériault est doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa. Il détient un baccalauréat de l’Université de Moncton et une maitrise de l’Université d’Ottawa. Dans le cadre de ses recherches, il s’intéresse aux communautés francophones en situation minoritaire, avec un intérêt particulier pour l’enjeu de l’immigration. Depuis mai 2021, il est conseiller à la municipalité de Kedgwick au Nouveau-Brunswick.

Niki Ashton a été une voix décisive pour faire adopter des amendements, tantôt en faveur des conservateurs et du Bloc québécois, tantôt en faveur des libéraux.

Courtoisie

Rejet de l’obligation de comprendre le français pour les dirigeants de grandes entreprises

Le Bloc québécois a proposé un amendement qui permettait aux administrateurs ou «tout autre responsable administratif de l’institution fédérale», ainsi que les premiers dirigeants de grandes entreprises assujettis à la Loi sur les langues officielles de comprendre le français au moment de leur nomination. 

«C’est pour éviter les choses que nous voyons comme le cas du CN qui n’avait aucun administrateur francophone», a expliqué Mario Beaulieu, au Comité permanent des langues officielles du 14 février.

«Cela deviendrait une obligation qui limiterait» le choix des administrateurs d’entreprises privées assujetties à la Loi, «en termes de nomination d’un candidat bilingue», a fait valoir Julie Boyer, une fonctionnaire de Patrimoine canadien interrogée par les libéraux. 

La néodémocrate Niki Ashton s’est agacée, indiquant que c’était un «scandale» que les dirigeants d’Air Canada ou du CN ne parlent pas le français, et que c’était une «erreur» de privatiser ces entreprises.

Mario Beaulieu a tenté à reprises de faire reconnaitre la protection du français au Québec, dans diverses parties du projet de loi.

Courtoisie

Les libéraux et les conservateurs, unis cette fois-ci, ont rejeté l’amendement, contrairement au Bloc québécois et au NPD.

Assurer un accès à la justice pour les francophones

L’article 20 de la Loi sur les langues officielles mentionne que les décisions des tribunaux fédéraux doivent être mises à la disposition du public dans les deux langues officielles, sous certaines conditions, et sans invalider les décisions rendues dans une seule langue officielle.

Dans un amendement rejeté, le Bloc québécois réclamait que les jugements des causes francophones soient rendus disponibles dans leur langue partout au pays, et ce, même si cette obligation cause des retards dans leur publication.  

«L’objectif est que les justiciables francophones aient accès au corps de jurisprudence, pas seulement à ceux qui traitent de cas en français, comme c’est le cas en ce moment», a exposé Mario Beaulieu.

Malgré l’appui des conservateurs, le NPD et les libéraux ont rejeté la proposition.

Des amendements en perte de valeur

Les débats autour des amendements amènent parfois des modifications importantes aux intentions initiales.

Le 17 février, le conservateur Joël Godin a proposé un amendement pour obliger le gouvernement fédéral à dénombrer les ayants droit plutôt qu’estimer leur nombre. En cours de débat, sur recommandation de hauts fonctionnaires, le libéral Marc Serré a proposé le sous-amendement d’«estimer avec les outils nécessaires» le nombre d’ayants droit, ne forçant plus le fédéral à fournir des chiffres exacts.

«Les minorités francophones vont perdre parce que ce ne sera pas une surestimation, mais une sous-estimation [du nombre d’ayants droit]» a déclaré le député Godin, irrité.

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Une situation similaire s’est produite quelques jours plus tôt. Le 10 février, les conservateurs ont proposé que les services dans les deux langues officielles soient garantis lorsque le gouvernement faisait appel à des tiers dans la prestation de services.

C’est un sous-amendement néodémocrate qui a été adopté limitant cette obligation aux tiers privés et aux municipalités. Les provinces et les territoires offrant des services au nom du gouvernement fédéral ne sont donc pas dans l’obligation d’offrir les services dans les deux langues officielles.

Une décision qui déplait notamment à la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) qui se bat en cours contre le fédéral depuis dix ans pour que les provinces et les territoires soient soumis à cette obligation.

À lire aussi : C-13 : Pas d’obligation de bilinguisme pour les provinces et territoires

Parmi les amendements de son parti en faveur des francophones minoritaires, le conservateur Joël Godin a tenté de rendre plus précis le dénombrement des ayants droit dans C-13, sans succès.

Courtoisie

Rejet de la définition de «minorité francophone»

Le 7 février, une définition de «minorité francophone» proposée par les conservateurs dans le préambule du projet de loi a été défaite par les trois autres partis.

Dix jours plus tard, dans un article du projet de loi, le Parti conservateur a proposé à nouveau que le gouvernement soit tenu de «favoriser et protéger» les minorités francophones du Canada, de «promouvoir le français» ainsi que «la pleine reconnaissance et l’usage du français et de l’anglais».

Selon les fonctionnaires de Patrimoine canadien et du Conseil du Trésor, bien qu’il n’y ait pas de définition formelle du mot «minoritaire» dans la Loi sur les langues officielles de 1988, la modification des conservateurs n’était pas nécessaire.

«[…] On n’a pas besoin de définir davantage ces notions, elles sont ancrées dans notre réalité quotidienne au Canada» a justifié Warren J. Newman, du ministère de la Justice.

«C’est comme sous-entendu que la minorité anglophone veut dire au Québec et la minorité francophone est hors Québec», a précisé Marcel Fallu, de Patrimoine canadien.

Le Bloc québécois souhaitait aussi faire reconnaitre la protection du français au Québec. La proposition a été rejetée par les membres libéraux et néodémocrates du Comité.

Situation spécifique de la langue française au Québec

Le Parti conservateur du Canada et le Bloc québécois ont successivement échoué dans leurs tentatives de faire adopter une mention à la spécificité de la langue française au Québec, «vu l’usage prédominant de l’anglais dans le pays», selon leurs amendements.

Les deux partis ont avancé que si cette particularité était prise en compte dans la Loi sur les langues officielles modernisée, que cela aiderait à prendre en compte la situation des francophones en situation minoritaire.

Un argument rejeté par les fonctionnaires présents, qui ont expliqué que la modification pourrait nuire à l’égalité réelle entre l’anglais et le français.

Selon Carsten Quell, directeur général du Centre d’excellence en langues officielles : «Ceci pourrait amener à se questionner à savoir si une école minoritaire anglophone se verrait avoir moins de services fédéraux autour de celle-ci qu’une école minoritaire francophone. Donc, c’est le type de questions qu’il faudrait se poser si on adopte cette disposition.»

Un amendement sur la représentativité du français à l’étranger rejeté

Selon le Bloc québécois, les services en français dans les institutions canadiennes à l’étranger devraient être assurés par la Loi sur les langues officielles.

«C’est nécessaire pour […] éviter que des francophones à l’étranger qui veulent interagir avec les institutions fédérales canadiennes en mission externe ne soient découragés [par] une barrière linguistique», a fait valoir Mario Beaulieu, qui a présenté l’amendement. Aucun argument n’a été présenté contre, mais tous les partis l’ont rejeté.

Depuis le 13 décembre, sept séances du comité permanent des langues officielles ont été consacrées à l’étude du projet de loi C-13 article par article. Vingt articles sur 71 ont été adoptés. Jusqu’à présent, 44 amendements proposés ont été débattus en comité sur plus de 200. Les membres du Comité permanent des langues officielles reprendront les travaux le 7 mars.

«Quand je suis arrivé en 1992, j’ai cherché un club de football [soccer], mais je n’en ai pas trouvé. Alors je suis allé sur les terrains pour demander aux gens qui jouaient si je pouvais me joindre à eux. Il y avait des communautés étrangères qui se regroupaient pour pratiquer leur sport et les francophones se sont retrouvés à chercher une équipe qui voudrait bien les accueillir.»

Jean-Pierre Boué, président de Franco Foot, un club de soccer francophone du Grand Toronto qu’il a créé en 2007, a vécu, à son arrivée au Canada en 1992, la difficulté de pratiquer son sport en français.

Photo : Courtoisie

Arrivé de France, Jean-Pierre Boué s’est retrouvé à Toronto confronté à une difficulté que rencontrent beaucoup de familles francophones en milieu minoritaire : offrir l’opportunité à leurs enfants de pratiquer une activité sportive en français.

Céline Dumay, directrice générale de la Fédération du sport francophone de l’Alberta (FSFA) est bien consciente du problème. «Certaines personnes ne parlent pas anglais et le premier réflexe des parents, ça va être de chercher des équipes en français. C’est sûr que pour les enfants, au début, c’est difficile et ça peut faire peur de ne pas comprendre la langue. Après, souvent, ils s’adaptent et vont se mêler à la masse.»

Selon elle, le défi est surtout pour les parents qui souhaitent que leurs enfants participent à des activités parascolaires en français. «Ils ne veulent pas que le français soit juste dans le milieu scolaire, mais que les enfants aient l’opportunité de pratiquer dans d’autres domaines», précise-t-elle.

Chantal Young, mère de deux petites filles, est directrice générale depuis janvier 2020 de Sports en français, un organisme manitobain.

Photo : Courtoisie

«On parle en français à la maison et quand on cherche des leçons de natation, on cherche d’abord à leur en offrir en français parce que ma fille de 4 ans, surtout au début, ne parlait et ne comprenait que le français, donc on ne pouvait pas la mettre dans un cours en anglais», indique Chantal Young, installée au Manitoba.

Cette mère de famille connait d’autant mieux le sujet qu’elle occupe, depuis janvier 2020, le poste de directrice générale de Sports en français, un organisme franco-manitobain qui dispose d’un double mandat : «le sport et unir la francophonie manitobaine». «On veut voir les francophones se rassembler autour du sport », indique Chantal Young.

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Sortir le français de l’école

«Nous, on veut pratiquer le français», assure Jean-Pierre Boué, qui a créé le club de soccer Franco Foot en 2007, à ce jour la seule section de l’Association sportive des francophones du Grand Toronto.

«Dans un pays comme le nôtre, la deuxième mission, en dehors de la mission sportive, c’est quand même de développer la langue française pour les francophones, poursuit-il. Une langue qui a des hauts et des bas. L’idée ce n’est pas de s’opposer aux anglophones ; c’est de permettre à tout le monde de parler français.»

Julianna Damer est directrice générale de l’Association la Girandole d’Edmonton, qui propose plusieurs cours de danse en français.

Photo : Heather Saitz

Céline Dumay note par ailleurs que le contact avec la langue française dans la pratique sportive intéresse aussi des jeunes issus de foyers anglophones. «Des jeunes anglophones qui sont dans les écoles d’immersion et qui suivent des cours en français vont vouloir participer à des activités pour avoir des occasions de pratiquer leur français», relate Céline Dumay.

La tenue d’évènements en français ou à composante francophone devient une bonne occasion de promouvoir la pratique du sport dans la langue de Molière. Chantal Young a pu l’observer au Bonspiel de la francophonie manitobaine, le plus grand tournoi de curling annuel en français de la province, qui existe depuis 1972.

«L’année dernière, il y avait une équipe nouvellement arrivée de la France avec deux jeunes enfants qui avaient autour de 12 ans, témoigne-t-elle. Les parents se sont lancés là-dedans avec leurs enfants et ils ont découvert un sport qu’ils ont beaucoup aimé.»

L’entraide entre les clubs sportifs est aussi importante pour faire la promotion de diverses activités. «On est chanceux en Alberta parce qu’on collabore et qu’on peut promouvoir les services entre nous, se réjouit Julianna Damer, directrice générale de l’Association la Girandole d’Edmonton, qui propose des cours de danse à une cinquantaine d’enfants cette année. C’est quelque chose d’important. Le plus de gens qui en parlent, le mieux c’est.»

Céline Dumay est la directrice générale de la Fédération du sport francophone de l’Alberta, qui organise chaque année les Jeux francophones de l’Alberta.

Photo : Courtoisie

Le plafond de verre du haut niveau

Cependant, un manque de communication entre les structures sportives peut constituer un frein important à la pratique, explique Céline Dumay.

«On essaie de travailler avec le gouvernement de l’Alberta pour que tous les coachs soient répertoriés au niveau de la langue. Ça nous permettrait d’avoir une idée de combien d’entraineurs sont bilingues en Alberta. Pour le moment, ils sont enregistrés avec leur spécification, leur discipline, mais souvent on ne sait pas quelle langue ils parlent. Ils peuvent très bien être francophones sans qu’on le sache, et auraient la possibilité d’offrir leur cours en français.»

L’avancement à un niveau supérieur dans la pratique d’un sport peut cependant être limité en français, se désole Céline Dumay. «Si c’est au niveau communautaire, on a des options, mais dès qu’on va à un niveau plus élite, souvent ces jeunes-là se retrouvent à aller en anglais. Ils n’auront pas de possibilités en français.»

Jean-Pierre Boué a été témoin de cette fuite de talents juste avant la pandémie, alors que son équipe de jeunes obtenait de bons résultats. «On s’est dit qu’on allait prendre des jeunes qui vont devenir une équipe fanion [l’équipe principale du club, composée essentiellement d’adultes, NDLR], mais pas du tout. Ils sont partis à l’université, quelques fois en dehors du Canada. Ça n’a pas marché comme on le croyait.»

Il a donc décidé de relancer une équipe fanion avec l’espoir de pouvoir, un jour, reconstituer une équipe de jeunes francophones. «Ça viendra quand les parents auront l’habitude d’aller voir l’équipe fanion jouer et gagner. Ils viendront avec leurs enfants et ça donnera envie aux enfants de jouer», considère le Franco-Ontarien.

La Fédération du sport francophone de l’Alberta offre des évènements sportifs et des animations aux jeunes francophones albertains.

Photo : Courtoisie FSFA